DEUXIEME PARTIE : L'arène
Chapitre 10 : Les tributs du Trois
(Kassy)
Je n'ai pas vraiment dormi cette nuit. Tellement peur d'être trouvée par un carrière que j'ai seulement somnolé en rêvant des tributs morts hier. Je me réveille alors que le soleil se lève à peine. Je meurs de faim : Ne pouvant plus attendre : je prends quelques biscuits. Mais maintenant il faut que je trouve de l'eau. Je mets mon sac sur le dos et je pars en direction du lac. Même si un tribut se présente, il faudra que je me batte au bout d'un moment. Il fait encore plus froid que hier. Les juges doivent bien s'amuser à changer la température chaque fois que l'envie leur vient. Il faisait déjà en dessous de 0 hier, et ils descendront sûrement encore plus jusqu'au grand final. J'ai les poumons endoloris à cause du froid, et j'ai encore très faim. Mais j'arrête d'y penser et continue d'avancer. J'attends qu'on me saute dessus à tout moment, et puis j'y pense : Je n'ai pas d'arme. On pourrait faire ce que l'on veut de moi et je ne pourrais même pas me défendre. Hors de question d'aller en chercher à la corne d'Abondance car elle est soit piégée soit gardée par des tributs, et il faudrait que je tue quelqu'un pour pouvoir lui voler son arme. Alors j'avance, sans réfléchir. Passé midi, il n'y a pas de soleil, juste de la neige qui tombe encore et encore. Je n'ai pas encore bu une goutte d'eau, et j'y pense : La neige ! L'idée m'avait traversé l'esprit au départ des Jeux mais je n'y avait pas fait attention. J'hésite un peu, je suis un peu douteuse : Les Juges et même tout le Capitole jubilent quand ils nous voient mourir de déshydratation à l'écran, alors pourquoi mettre de la neige. Si elle était empoisonnée, on en aurait entendu parler aux ateliers de survie. J'en prends un peu dans la main, prête à courir le risque. Je ne veux pas attendre d'être mourante pour savoir si elle est potable ou non. Alors tant pis : Je me penche en arrière et avale la neige. Grosse erreur. D'abord, cela ne me fais rien. Puis peu à peu, ma gorge se resserre. Je ne comprends pas bien, puis enfin me vient la réponse : Cette neige nous donne encore plus soif !
Comment j'ai pu être aussi stupide au bout d'une journée ? Je suis contente de ne pas être morte, mais je me pose des questions. Pourquoi ne pas rendre cette neige mortelle ? Je suis la preuve vivante que ce piège aurait merveilleusement fonctionné. Ou alors ils auraient pu la rentre radioactive, de sorte à nous tuer lentement. Quoique nous assoiffer encore plus peut-être une bonne idée. Je dois être très éloigné des joueurs, hier j'ai marché toute la journée. Plus ma soif grandit, moins bien je marche. A cause de la déshydratation, mes muscles sont encore plus douloureux. Le lac doit être à plusieurs heures de marche. C'est désormais exclu d'espérer le rejoindre vivante, d'autant plus si des tributs m'y attendent. Je n'ai aucun moyen de me défendre. Je ne vois aucune solution pour boire à présent; je n'ai plus qu'à attendre que l'eau tombe du ciel. Mais oui, qu'elle tombe du ciel ! Je me relève aussitôt, malgré la douleur, et je m'efforce de faire quelques pas entre les arbres. Je dois m'arrêter plusieurs fois, mais je continu. Evidemment, je ne montre plus aucun signe de faiblesse, même si l'envie n'y manque pas. Les sponsors n'aiment pas les pleurnichards, je dois me montrer forte pour espérer plaire au public et recevoir de l'eau. Mais il faudrait que Tess, qui à toute les boissons qu'elle veut, se montre coopérative. J'avance en ne réfléchissant à rien. Emmett me serait vraiment utile à cet instant. Maintenant que je sais qu'il n'a pas été tué à la corne d'Abondance, j'espère le voir arriver à tout instant. Je marche jusqu'à la fin de l'après-midi, et quand le soleil commence à se coucher, j'arrive vers la clairière et je suis à l'endroit où j'avais vu le tribut. Prête à m'en aller, j'aperçois deux tributs au milieu du champ. Je les reconnais très biens : les amis du Trois. Clavia, la fille qui m'a attaqué la veille et son partenaire qui m'a entre autre sauvé la vie, Johnesy. Mais quels idiots ! Il n'y a pas meilleur moyen de se faire repérer que de se placer en plein milieu d'un terrain désert. J'hésite à leur dire de s'en aller, parce que si ils me repèrent ils m'attaqueront surement, et à deux cette fois-ci. Je fais demi-tour, mais aussitôt après j'entends un cri strident. Je fais volte-face et je vois deux personnes courir vers eux. Je ne connais pas leur noms ni leur district, mais je me souviens qu'ils m'avaient fait grande impression à l'entrainement, en particulier le garçon. Et je me souviens aussi qu'à l'entrainement, ce garçon me disait quelque chose… Ca y est ! Il était passé dans un reportage il y a quelques années, car son frère avait remporté les Hunger Games. Bref, cet homme dit à sa partenaire de rester à l'écart, et fonce sur Clavia. Il lui saute dessus la plaque au sol, puis commence à furieusement l'étrangler. A peine Johnesy a-t-il fait demi-tour pour l'aider que la fille lui lance un couteau en pleine hanche. Il s'écroule par terre, hurlant de douleur. Mes yeux ne se décrochent pas du spectacle. Pendant que Johnesy se relève, je vois le garçon se relever, au-dessus de Clavia. Johnesy s'avance vers elle, mais un coup de canon indique qu'il ne peut plus rien faire pour elle. Il s'arrache le couteau de la hanche et part en boitant. Le garçon pourrait le rattraper en quelques secondes et le tuer, mais celui-ci retourne vers sa partenaire. Je l'entends d'ici :
- Laissons-le partir, il va surement vers une source d'eau pour nettoyer sa plaie. On va le suivre.
Et il est intelligent en plus ! Ils feraient de bons alliés ! Ils partent devant, et je les suis en faisant bien attention de rester hors de vue. Je longe la bordure de la clairière, en restant dans la forêt. Pauvre Johnesy. Il doit être en train de se vider de son sang. Je continue d'avancer tout en faisant bien attention de rester à plusieurs mètres du duo. Une dizaine de minutes plus tard, je ne vois plus le duo mais j'entends l'eau couler. Entendre de l'eau me refais prendre conscience que je suis assoiffée. Je fonce, mais je suis stoppée net par un coup de canon. Qui est-ce ? Je parie qu'en arrivant à la rivière, Johnesy ne devait plus servir à rien à ses traqueurs. J'entends des pas arriver dans ma direction, alors je me cache derrière un arbre. Ils passent devant moi sans prêter attention aux alentours. Ils sourient tous les deux, les gourdes pleines à la main. Ils s'éloignent, et moi je fonce à la rivière. Ma découverte est macabre. Je vois le corps inerte de Johnesy flotter sur la rive. Je vais plus loin pour prendre de l'eau. Je bois une gourde entière, puis deux. Je la remplie à nouveau et je pars en longeant la rivière. Le soleil se couche et il me reste seulement quelques biscuits. Je décide de l'endormir le ventre vide. De toute façon, j'ai repris pas mal de force en buvant. Je cherche un endroit où dormir. Impossible de retourner sur la falaise, ça fait trop loin de là où je suis. Je monte sur un arbre, et je me hisse sur une banche à quelques mètres du sol. Je trouve une fourche pour m'y allonger car je n'ai pas de corde pour m'accrocher à une seule branche. Je me sers de mon sac à dos en guise de coussin et j'attends le bilan des morts avant de dormir. Comme je m'y attendais, il n'y a que les deux du Trois. Plus que douze tributs. Mais après que l'hymne soit finie, la température baisse énormément. Je n'ai que ma veste sur moi, et je meurs de froid. Je me sers du minuscule drap en guise de couverture, et même si ça ne suffit pas, je m'assoupis quelques heures.
