Bien le bonjour~
Disclaimer : tous les personnages appartiennent à Hidekaz Himaruya.
Eeeet aujourd'hui c'est la journée d'accueil des nouveaux étudiants dans mon université. Vous le sentez, le stress ? D:
Bref... On se rapproche gentiment de la fin de Young and Beautiful, la publication de l'épilogue est prévue pour le 30 septembre. D'ici là, un chapitre la semaine prochaine bien sûr.
Merci encore une fois pour vos reviews, follows, favoris ;)
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Bonne lecture !
Chapitre X
Samedi 27 août 2016, Rome.
Une fois qu'Antonio avait pris conscience de ce détail -à savoir l'approche imminente du départ, et donc, d'une séparation provisoire- ses vacances passèrent à toute vitesse. Les jours lui échappaient, les moments passés avec Lovino semblaient disparaître et rejoindre le passé avant même qu'il les ait vécus. Il était morose -ce que Lovino n'avait pas manqué de remarquer. Il s'était confié à l'Italien, bien sûr, ce qui n'avait rien fait pour apaiser les craintes de l'adolescent. D'un accord tacite, ils avaient décidé de profiter à fond des derniers jours, avant qu'Antonio ne reparte avec sa bande de joyeux Germaniques, alors que les Italiens resteraient sur place encore quelques jours avant de remonter en Belgique avec Papy Romeo.
Ils avaient poursuivi l'exploration des environs, étaient repartis à l'assaut de la Ville Éternelle pour un peu de shopping et encore quelques de musées.
Et ce soir-là, c'était le dernier soir. Le dernier soir de Ludwig, Roderich, Gilbert et Antonio en Italie. Le lendemain matin, très tôt, ils reprendraient la route pour un voyage de retour bien moins joyeux que celui de l'aller. Mais pour l'heure, ils étaient à Rome, dans un restaurant chic, à partager leur dernier repas. Ils en étaient au dessert lorsque Romeo proposa qu'ils repassent boire un verre dans un bar, après, pour célébrer la fin de deux mois que tous avaient aimé partager.
Ils avaient donc échoué dans un bar sombre et légèrement enfumé, où jeunes et moins jeunes se côtoyaient pour siroter des cocktails. Ils se trouvaient dans un coin de la salle, autour d'un tonneau retourné dont le fond servait de table. Devant eux, dégustés au fils des conversations, des verres stylisés irisés de couleurs variées et contenant de multiples saveurs.
Lovino sentait la torpeur de l'alcool frapper dans son crâne. Il n'avait décidément pas l'habitude de boire de l'alcool aussi fort. Et il était déjà vulnérable après le vin bu pendant le repas, et l'alcool dans son sorbet du dessert... Peut-être aussi qu'il avait mal choisi son cocktail, peut-être qu'il était trop alcoolisé, peut-être qu'il l'avait bu trop vite... Une fois qu'il avait un verre en main, il avait tendance à le boire trop facilement -à petites gorgées, mais régulières et peu espacées. Son verre était déjà presque vide quand les autres n'étaient pas encore à la moitié.
Il avait l'impression que chaque clignement de paupières prenait des secondes entières. L'atmosphère du bar lui semblait étouffante, il sentait son esprit lentement se retourner à mesure que l'alcool circulait dans son organisme. Et il fut bientôt envahi par l'anxiété. L'appréhension. Il sentait une tension dans son estomac, un nœud d'angoisse, comme lorsqu'il stressait avant un examen. Sans raison, ici... Pourquoi devait-il s'inquiéter ? Il était en vacances.
Il porta le verre glacé à son front, tentant de se rafraîchir et ainsi d'éclaircir ses idées... Sans succès. Son geste passa inaperçue -il était assis à côté d'Antonio, à l'extrémité de la banquette, près du mur, tandis que Gilbert, à l'opposé, tenait le crachoir et captivait l'attention des autres. Lovino tourna la tête vers sa droite en un mouvement épuisant -il avait cette impression de lenteur, quoi qu'il fasse- et posa les yeux sur Antonio. Ses boucles brunes rendues plus foncées par l'obscurité du lieu, ses yeux pétillants et rieurs, la courbe de sa mâchoire, son bras autour de lui... Il sourit d'abord à cet émerveillement et cette sensation de totale euphorie à la vue de son amant, fortement accentués par l'alcool, puis ses entrailles se contractèrent à nouveau et lui rappelèrent que cet être cher, demain, aux premières lueurs du matin, s'en irait et s'éloignerait de lui. Rentrerait dans sa vie d'adulte, réglée comme du papier à musique. Et il l'oublierait. Ça ne pouvait que se passer comme ça. Pourquoi en serait-il autrement ? Pourquoi choisirait-il de s'encombrer d'un ado qui n'avait même pas encore terminé le Secondaire alors qu'il pouvait trouver quelqu'un avec les mêmes horaires, le même parcours de vie, le même âge, les mêmes préoccupations ? Pourquoi choisirait-il de s'encombrer d'un poids mort, d'un adolescent immature qui ne supportait même pas l'alcool et qui avait un caractère de cochon ?
Avant même qu'il s'en rende compte, de lourdes larmes perlaient sur son visage et il se sentit abattu. S'il avait pu réfléchir correctement, et non pas avec un esprit embrumé par l'alcool violent que contenait son verre, il aurait certainement maudit les substances colorées qui altéraient sa perception du monde et mélangeaient toutes ses émotions, en plus de les décupler. Jusqu'alors, il n'aurait jamais pensé avoir l'alcool triste -Feliciano plaisantait toujours en lui disait que, ivre, il casserait probablement la gueule de tout le monde. Là, il ne se sentait pas capable de frapper qui que ce soit, ni même de se lever sans se tenir à la table.
« Lovi... Ça va ? » murmura Antonio à son oreille, après avoir embrassé ses cheveux.
L'adolescent chassa les larmes de ses joues avec un geste rageur de la main.
« B-Besoin d'air... » articula-t-il.
Antonio scruta son visage un moment, comprenant que l'alcool ne lui allait pas vraiment.
« Je t'accompagne. »
Il les excusa auprès des autres. Romeo regarda son petit-fils quitter la table en vacillant avec un regard un peu inquiet. Antonio rassura le grand-père d'un signe de la main -il s'en occupait, pas d'inquiétude. Il attira l'Italien à lui et l'attrapa par la taille, le soutenant en même temps qu'il le maintenait contre lui. Ils sortirent du bar et se retrouvèrent dans la rue, où Lovino inspira de longues goulées d'air frais.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda à nouveau Antonio.
Lovino se retourna vers lui, la peine peinte sur son visage.
« Tu... Tu pars demain... » dit-il, la gorge nouée.
« Oui, mais ça ne change rien, on... »
« Demain... Tu vas... Je... Je veux pas te perdre... ! »
Il éclata à nouveau en sanglots, avec plus de violence cette fois et Antonio l'attira à lui, le serra entre ses bras. Lovino agrippa le col de sa chemise blanche et laissa libre cours à ses larmes, avec une telle violence que ses épaules en étaient ébranlées. D'un côté, Antonio trouvait ça mignon que le sévère Lovino s'abandonne ainsi dans ses bras et ses pleurs, de l'autre, il comprenait que cette effusion de larmes induite par la consommation d'alcool -il aurait peut-être dû dissuader l'adolescent de choisir un cocktail aussi corsé, lui qui n'était qu'à moitié habitué aux légers mojitos et sangria- traduisait bel et bien une angoisse véritable, enfuie au plus profond de l'Italien, sous sa fierté et son refus du sentimentalisme.
« Hé... Tu ne vas pas me perdre. Ce n'est pas parce qu'on va se séparer pour quelques jours que le charme sera rompu. On se reverra... On combinera mon job et l'école. C'est pas un problème ! T'en fais pas pour ça, ok ? Tout ira bien. »
Il embrassa à nouveau le sommet de son crâne, resserrant son étreinte autour du corps tremblant entre ses bras.
« Pourquoi moi, Tonio ? Pourquoi pas quelqu'un qui soit comme toi, hein ? »
« C'est justement parce que tu n'es pas comme moi que je t'aime. »
« Parce que je suis jeune et bien foutu ?! »
« Non, pas du tout. Au-delà de ton physique, il y a énormément de paramètres qui m'ont fait tomber amoureux. Tu es terre à terre quand moi je rêve. Tu sais ce que tu veux alors que je me laisse vivre. J'aime pouvoir te rassurer quand tu n'as pas confiance en toi. Ton sens de la répartie... Ton esprit, ton obstination... Tu es une vraie tête de mule, Lovi, c'est mignon. » dit-il en essayant de rire.
Deux yeux ambrés et humides se levèrent vers lui et tentèrent de sourire. Il poursuivit :
« J'aime t'entendre parler de ce que tu aimes et ronchonner comme tu le fais si bien... Parce que c'est le signe d'une personnalité forte qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Tu vois, je tiens bien trop à toi pour te laisser quitter ma vie si facilement. »
Lovino passa ses bras autour de son amant, s'accrochant dans son dos. Antonio passa une main dans ses cheveux.
« Tout ira bien. Je ne te laisserai pas partir. Je te le promets. On peut trouver mille façons de passer du temps ensemble. Tu viendras le vendredi soir dormir chez moi... Et tu passeras le week-end, avant de retourner à l'école le lundi. Je te ferai réviser. On mangera ensemble le mercredi midi. On ira se perdre dans les librairies et tu me feras découvrir plein d'histoires merveilleuses. On se réveillera certains matins en se manquant, et certains en se retrouvant. On courra sous la pluie jusqu'à la station de métro la plus proche. On ira voir des films débiles et des films qui me feront pleurer, et tu te moqueras de moi en cachant ta propre émotion. On ira au théâtre. J'irai te voir à la sortie de l'école. On ira voir des concerts à l'Ancienne Belgique, ou alors on ira écouter Roderich. On fera des expériences culinaires douteuses. Tu me joueras Porque te vas jusqu'à ce que je te maudisse parce que j'arriverai plus à me la sortir de la tête. On s'engueulera et on s'embrassera, mais Lovi, je te jure que mon retour ne marque la fin de rien du tout, si ce n'est de mes vacances. »
Antonio obligea Lovino à relever la tête vers lui. Et si les yeux restaient brillants, le sourire qu'il lui adressa l'était tout autant.
oOo
Dimanche 28 août 2016, région de Mazzano Romano.
Après une nuit qu'ils avaient passée enlacés, Antonio et Lovino se réveillèrent le lendemain matin avec un sentiment partagé de tristesse. Les adieux, même temporaires, s'échangeaient rarement dans la joie. L'adulte embrassa Lovino avant de le laisser se réveiller correctement pendant qu'il prenait sa douche. Sa valise était bouclée depuis l'après-midi précédent. Dans sa chambre, les draps avaient été retirés. Et, abandonné dans son lit, l'Italien eut l'impression que c'était comme s'il était déjà parti. La pièce lui semblait vide. Seul le bruit de l'eau lui rappelait qu'Antonio n'était pas un mirage, et qu'il était encore là.
Son réveil indiquait 6 heures. Le départ était prévu à 7. Une heure... Une dernière heure, et puis le rêve de ces vacances serait brisé. Antonio l'emmènerait avec lui, pour -peut-être- le reconstruire à Bruxelles. Leur petit oasis de rêve. Il soupira. Pourquoi cette putain d'angoisse ne l'avait pas quitté depuis la veille ? Elle était toujours là, nouée à son estomac. Par contre, le mal de tête, c'était nouveau, tiens. Plus jamais il ne boirait de cocktails.
Il se redressa dans son lit, s'enfonça dans l'oreiller, derrière son dos, et laissa échapper un autre soupir. Il ouvrit la table de nuit et mit la main sur des analgésiques, qu'il avala avec le fond d'eau qu'il restait dans un verre, posé sur le meuble -une précaution d'Antonio, qui voulait éviter la déshydratation de son amant à cause des alcools forts de sa boisson de la veille. L'eau tiédie lui rafraîchit tout de même les idées, il eut l'impression d'être un peu plus conscient. Pas moins déprimé, mais déjà un peu plus réveillé.
Antonio sortit de la salle de bain dix minutes plus tard, ses cheveux encore un peu humides, déjà habillé, et somme toute, prêt à s'en aller. Il offrit une main secourable à Lovino pour le tirer du lit et le guider jusqu'à la table du petit-déjeuner. Ils arrivèrent les premiers et aidèrent Romeo à dresser la table. Ludwig et Feliciano les rejoignirent bientôt, le silence fut comblé par le babillage du cadet des jumeaux. Roderich et Gilbert finirent par arriver eux aussi, et le déjeuner se prit dans une bonne humeur habituelle toutefois teintée de morosité. Lovino prêtait à peine attention aux conversations, il était absorbé dans son bol de céréales et dans la contemplation d'un futur qu'il imaginait brillant, mais où s'introduisaient des flashs beaucoup moins joyeux de rupture et de cœur brisé. Il était doué en matière de décodage d'attitudes. Il lisait très bien les comportements des gens. Mais il n'était pas impossible de trouver plus fort que lui, meilleur manipulateur. Il restait une infime chance qu'Antonio en soit un.
Il chassa cette pensée. Antonio, vraiment ? Non. Il était bien trop candide pour cela...
oOo
Les valises entassées dans le coffre de la petite voiture d'Antonio, il ne leur restait plus qu'à dire au revoir aux Italiens et remercier Papy Vargas. Cela fait, ils sortirent et prirent place dans leur inconfortable carrosse.
Antonio traîna un peu dans la maison. Feli et Romeo étaient sortis se poster sur le perron pour saluer de la main le départ, le jeune homme essuyant ses larmes -pas qu'il doutât de revoir Ludwig, c'était juste son caractère comme ça : vite submergé par l'émotion. Lovino, pour sa part, referma la porte d'entrée avant qu'Antonio ne puisse quitter la villa. Il avait essayé de rester digne pendant la séance officielle des étreintes et des poignées de main, contrairement à son frère, mais maintenant qu'il était seul avec Antonio... Il se fit plus exigeant. Calé contre la porte, il attira Antonio à lui pour un baiser profond et fougueux qui les laissa tous deux à bout de souffle. L'Espagnol lui souriait, mais lui conservait son sérieux. Ce fut le plus cérémonieusement du monde qu'il entoura le visage d'Antonio de ses mains, le força à le regarder dans les yeux et le menaça :
« Si quand je rentre, je découvre que tu n'en avais qu'à mes fesses et pas à mon caractère exécrable, je t'égorge, Carriedo. »
Antonio comprit que ce n'était pas le bon moment pour rire. Il se contenta donc de sourire encore plus, attendri.
« Pas d'inquiétude. Je t'aime, Lovi~ »
Il quémanda un autre baiser, que Lovino lui accorda avant d'ouvrir la porte et de le pousser dehors sans cérémonie.
Il rejoignit sa famille sur le perron, croisa les bras tandis qu'Antonio leur adressait un dernier signe de la main avant de reprendre sa place au volant de sa voiture. Le moteur ronronna une fois qu'il eut tourné la clef. Sur le siège passager, Roderich regardait Antonio sans même que l'Espagnol s'en aperçoive. Il le regardait scruter le rétroviseur, les yeux fixés sur les trois silhouettes qu'ils laissaient derrière eux. Il s'engagea dans l'allée qui menait hors du terrain des Vargas. Les silhouettes rapetissaient. Feliciano et Romeo faisaient signe, l'un chaleureusement, l'autre avec de grands gestes. Lovino restait immobile. Les yeux d'Antonio étaient rivés sur lui. Et il restait immobile, regardant la voiture s'éloigner. Immobile, jusqu'à ce qu'une main tremblante monte jusqu'à son visage et chasse une larme.
Avec un sourire triste, Antonio rejoignit la route principale et les Italiens disparurent du rétroviseur. Il eut un frisson. Peut-être était-ce la perspective de remonter en Belgique, peut-être était-ce le fait d'être éloigné de Lovino, il ne saurait le dire. Mais il avait déjà plus froid.
Anh du drama. Mais j'aime pas ce chapitre, m'enfin. Tant pis. Le suivant est cool, je crois. :D
Notes
L'Ancienne Belgique est une salle de concert intimiste dans le centre de Bruxelles.
Les analgésiques sont des anti-douleurs. Parce que "aspirine" c'est une marque. :o
Déjeuner chez les Belges = petit-déjeuner en France. Même si pour être honnête, on utilise indifféremment petit-déjeuner et déjeuner pour le repas du matin. Ah, cette fic se transforme en étude anthropologique de la population belge...
Bon, vu que j'ai eu une journée stressante, vous me laissez plein de mots doux sympathiques et adorables, n'est-ce pas? :D
A la semaine prochaine !
