Chapitre 9 : Evasion et reprise des bonnes vieilles habitudes
Le portail n'a pas résisté longtemps à un camion de cet acabit lancé à pleine vitesse !
Les amas de ferraille sont allés s'agglutiner de ci, de là, signant l'entrée fracassante du Joker et de ses hommes.
Le poste de gardes étant sous contrôle, on relève le pont pour éviter les invités indésirables.
Du haut de sa cellule, Harleen aperçoit le pardessus violet entré en action et elle sautille de joie. Un instant, un doute l'envahit : et si poussin n'était pas venu pour elle ?...
Elle rit puis pleure l'instant d'après, ce qui lui aurait sans doute irrité le Joker s'il avait été en sa présence.
Le Joker noue solidement les deux gardes dos contre dos dans la cabine du camion puis c'est armé jusqu'aux dents et accompagné par quelques hommes - une dizaine - qu'il prend possession des bâtiments qui composent l'asile.
Au préalable, il a fait sauter le générateur électrique et mis la pagaille dans les lignes téléphoniques qui relient l'asile à l'extérieur.
C'est chantonnant et sautillant d'une jambe à l'autre qu'il sillonne les couloirs.
Il déverrouille chaque cellule du rez-de-chaussée, s'amusant à trucider un patient sur deux.
Il intercepte un chariot de soins et administre quelques intraveineuses à sa façon au personnel. Il retravaille également quelques sourires dans la joie et la bonne humeur.
Il parcourt ainsi les étages en distribuant les gags macabres, en tuant plus que de raison et surtout en terminant par la seule cellule qui, au final, l'intéresse : celle d'Harleen.
Cette dernière lui saute au cou.
Etrangement, il ne rouspète pas, se contentant silencieusement de la décoller de lui pour prendre la fuite.
Des hélicos survolent les lieux.
Ils sont accueillis par les lance-roquettes des hommes de mains du Joker.
Leur descente du ciel en flammes amuse toujours autant Mr J.
C'est en emportant Harleen dans les canalisations de l'asile que les choses se corsent.
Ils cheminent dans la puanteur la plus totale, à la seule lueur d'une lampe-torche.
"Mr J..."
"La boucle, Harley !"
"Vous êtes sûr de..."
Le Joker lui fait volteface et braque sa lampe dans les yeux.
"Un mot de plus, Harley... et je te laisse ici !"
C'est l'eau jusqu'aux genoux et le corps penché en avant qu'ils se frayent un chemin jusqu'au grand dégueuloir qui déverse ses eaux putrides dans l'océan. La hauteur est impressionnante.
En bas, plusieurs canots pneumatiques attendent.
"Prête pour le... grand saut ?" ricane le Joker en poussant Harley qui couine avant d'attérir dans les flots, rejointe par le patron.
Le ballet des canots n'a pas échappé au Batman qui les rejoint à bord d'un engin de son cru.
"Lequel d'entre vous... a invité la chauve-souris ?!" râle ironiquement le Joker.
Les hommes paniquent, lui tirant dessus.
Chacun sait qu'un Batman est source d'ennui.
La lutte s'engage alors sur un des zodiac entre un Joker trempé et un Batman résolu.
Harleen, présente sur un canot voisin, retient son souffle.
Puis, elle attrape l'arme d'un sbire et vise.
"T'es malade ! si tu touches le patron ?!" lui hurle l'homme en abaissant le canon de son arme.
Elle abandonne alors son idée première et se saisit du volant de l'embarcation pour foncer dans le canot où les deux hommes se battent.
Batman est projeté hors jeu tandis que le Joker, l'ayant vu approcher, s'est aggripé aux cordages.
Un sbire récupère le patron et les voici filant jusqu'à la côte.
Derrière eux, Arkham est en flammes ; le Joker a truffé le bâtiment d'explosifs.
"La fin... d'une époque." en prenant Harleen contre lui. Cette dernière a le coeur qui manque de sortir de sa poitrine tant les émotions sont fortes.
"Mr J..." soupire-t-elle, s'attendant à un baiser qui viendrait conclure à merveille l'aventure.
Mais poussin a déjà la tête ailleurs et foule la terre ferme sans lui proposer la moindre aide.
"Un coup d'main ?" interroge un de ses hommes.
Harleen soupire en voyant le pardessus violet regagner un véhicule stationné là.
Elle aurait tant voulu... tant aimé...
"Patron... on la braque, cette banque ?"
Le Joker, à moitié vautré sur une banquette délabrée, pieds reposant sur une caisse en bois, s'amusant avec la lame d'un de ses nombreux couteaux.
Cet homme est un ancien d'Arkham, récupéré lors de l'opération menée quelques nuits plus tôt, visant à libérer Harleen.
"Je constate... qu'une fois de plus... Mr Finch... vous n'avez pas écouté attentivement... le discours."
L'homme de main perd soudain de son assurance.
Le Joker ramène les pieds à lui, se redressant, impressionnant.
"Mais peut-être voulez-vous... prendre l'initiative de... diriger vous-mêmes les opérations, Mr Finch ?... ou l'équipe... pourquoi pas ?!"
Les autres hommes présents viennent tous de reculer d'un pas.
L'ambiance est électrique.
"Je vous écoute, Mr Finch... par quoi commençons-nous ?..." en tournant autour du malheureux, s'arrêtant pour le regarder.
Le couteau vient de regagner la poche droite cependant.
Il a peut-être encore une chance de s'en sortir...
Les présents retiennent leur souffle.
"Allez-y, Mr Finch... dites-nous... ce qu'il faut faire."
La main gantée opposée fouille dans la poche, retirant un objet que personne le parvient à distinguer.
"J'avais pensé y entrer par le toit..."
"Le toit ?... intéressant." tranche la voix nasillarde du Joker.
"Ensuite, on coupe les fils électriques..."
"... en évitant les coups de jus..." renchérit le Joker.
Les hommes présents grincent des dents. L'humeur du patron est imprévisible, son comportement est des plus volatiles...
"On peut alors entrer par..."
Le Joker passe devant lui, regard se réajustant sur le visage de l'homme.
"Shh ! c'est l'heure de... l'administration des médicaments."
Black-out.
"Pa... pardon ?"
"Je disais que vos médicaments... vous attendent, Mr Finch."
"Patron, je n'ai pas..."
Dans un geste brusque, le Joker enfonce une seringue dans le cou de l'homme, appuyant du pouce sur le piston, administrant toute la dose contenue.
L'homme vacille, tenant son cou.
Un coup de pied le fait rejoindre le sol.
"Avec les... salutations du médecin chef."
Le Joker surveille chacun de ses hommes.
Le premier qui aura un geste ou même un regard malencontreux face à l'amoncellement de billets de banque au centre du hangar s'attirera les foudres du patron.
Harleen se tient en bout de ligne.
Le Joker ramasse une poignée de billets et se dirige vers elle : "Fais-toi plaisir."
L'instant d'après, les billets flambent.
Le Joker regarde Harleen se maquiller à l'aide d'un miroir ébréché. Elle s'est achetée quelques fringues ainsi que du maquillage.
Le stick à lèvres passe d'une commissure épargnée à l'autre.
Le Joker se lève, posté derrière elle.
Sa main se saisit d'une mèche entière de ses cheveux, faisant basculer avec un soin inhabituel chez lui, sa tête sur le côté, dévoilant son cou.
Le miroir lui permet de distinguer la moitié du visage de l'homme.
"Tu ne m'as pas encore... remercié de t'avoir sortie de là."
"Mer... ci. Je... j'attendais le bon mom..."
"Shh ! Je préfère te savoir stupide... qu'ingrate."
Cette fois, c'est la caserne de Gotham qui a fait les frais d'un Joker très porté sur les explosifs en tout genre, ces derniers temps.
Avant de procéder à la mise en flammes de l'endroit, le Joker est venu à bout de l'équipe de garde et a placé les cadavres en tenue, casques compris, au volant des véhicules.
Le spectacle a du valoir son pesant en or lorsque les portes sectionnales des garages se sont ouvertes !
Le Joker s'est même amusé à faire enfiler une tenue à Harleen et l'a placé au volant d'un véhicule, déclenchant la sirène hurlante dans tout le bâtiment. Ils ont d'ailleurs pris la fuite à bord de la grande échelle.
Harleen a l'impression d'être la mascotte du groupe plutôt que la chérie du patron.
Ce sentiment l'agace, profondément.
Elle est à présent résolue de montrer à Mr J. sa véritable valeur. Et quoi de mieux qu'un acte héroïque pour se démarquer ?...
