12.
Alrénaze passa la main au-dessus du visage d'Aldéran qui rouvrit les yeux.
- J'ai dormi ?
- Oui, deux jours… La part Humaine en toi te rend tellement faible… Elle n'a pas supporté l'énergie que tu as fournie à ton Temple.
Aldéran se redressa, appréciant l'environnement autour de lui, familier.
- Tu te sens mieux ?
- Pas encore très solide sur les jambes, mais je suis prêt à recommencer. J'en étais où ?
- Il te reste deux sceaux à briser pour libérer les deux derniers des Péchés contenus dans ton Temple. Ensuite, nous n'aurons plus qu'à les rassembler et à les lâcher ! Nous allons attendre que tu en aies fini. Ca ne devrait pas te prendre plus d'une journée. Bois un verre de Nectar, ça te donnera assez d'énergie pour y arriver.
Quittant le lit que surmontait un dais de fines tentures colorées, Aldéran revint dans la salle de prières de son Temple, tandis que la Générale le quittait.
- Bon, comment je faisais encore, moi… ?
Fixant du regard les deux boîtes en métal qui se trouvaient sur des colonnes basses, il en grava l'image dans sa tête puis ferma ensuite les yeux pour mieux se concentrer et canaliser l'énergie surnaturelle pour la projeter sur les sceaux.
Après s'être téléportée avec le capitaine de l'Arcadia dans une grotte au cœur même de l'astéroïde, créant autour d'eux une bulle d'oxygène, Saharya avait fait remonter un rouleau de cuir d'un puits.
- C'est tout ? s'étonna le pirate.
- A quoi donc t'attendais-tu ? s'étonna la Magicienne alors qu'il avait défait le lien et déplié le rouleau.
- Je ne sais pas… Un gardien, un piège pour intrus. Alors qu'il fallait juste prendre ce rouleau !
Elle sourit.
- Oui, sauf que sans énergie surnaturelle, tu aurais pu attendre longtemps près de ce puits !
Un moment, Albator considéra les quatre Dagues, à la lame d'une blancheur un peu aveuglante, la poignée noire et argent.
- Et ça peut tuer un Général de l'Apocalypse ? insista-t-il.
- En effet. Une simple estafilade suffirait même ! En revanche, il faudra qu'Aldéran soit tout près d'eux pour frapper. Et s'il bénéficiera de la surprise pour le premier coup, il n'en ira évidemment pas de même pour les deux autres ! La Dague se désintégrera une fois qu'elle aura atteint sa cible.
- Je pense qu'il vaut mieux que je mette de suite de côté l'une d'elle, pour éviter que l'un des Généraux ne la retourne contre Aldie !
- C'est plus prudent. Je nous ramène à bord de ton vaisseau. Direction le Sanctuaire des Généraux ! Il n'y a pas de temps à perdre, Aldéran est sur le point de libérer le dernier des Péchés. Je vais donner tout ce que j'ai à l'Arcadia pour qu'on arrive à temps. A toi de t'arranger pour que ton fils reçoive ces Dagues.
- Et je sais exactement comment procéder ! gronda le pirate.
Les quatre Temples irradiaient d'énergie, vibrant à l'unisson.
Les Généraux s'étaient alors rassemblés sur le pentagramme de pierre qui se trouvait à équidistance des Temples, chacun sur une des pointes, des petites étincelles voltigeant au centre du tracé symbolique.
- Ces lueurs, ce sont les Péchés ? interrogea Aldéran.
- Oui. Toutes les passions et toutes les haines des Mortels, répondit Alganhar. Ces instincts si puissants qu'ils ont dû être extraits d'eux car ils les auraient ravagés.
- Et c'est bien ce qui va leur arriver ! ricana Alrénaze.
- Les Péchés vont infecter chaque corps, d'Humains, Non-Humains et des mécanoïdes les plus évolués, ajouta Alféryone. Ils vont se détruire les uns les autres.
- Et si ça ne va pas assez à notre goût, nous n'aurons qu'à déchaîner les éléments naturels en catastrophes surnaturelles, reprit Alganhar. Ce sera la partie la plus intéressante, d'ailleurs.
- Sauf que tu n'en seras pas, releva Alféryone. Libérer les Péchés usera tes dernières forces.
- Je m'en doutais. Aucune importance, notre but sera atteint ! sourit Aldéran, très calme, complètement détaché de la situation.
- Fais appel à ce qui reste d'énergie en toi, intima Alrénaze. Fais exploser ton énergie, c'est elle qui renverra – combinée aux nôtres – les Péchés dans l'univers des Mortels !
Alganhar tendit l'oreille.
- C'est quoi, ce vrombissement ?
- Je l'entends aussi, murmura Alféryone.
- Ca perturbe ma concentration, ragea Alrénaze. Quoi que ce soit, il faut s'en débarrasser !
- Mais comment une créature aurait-elle pu pénétrer notre Sanctuaire, aboya encore Alganhar.
- Ca vole et ça vient droit sur nous ! siffla Alrénaze en désignant un point noir.
Fonçant à pleine vitesse, le spacewolf survola le pentagramme et les quatre Généraux, avant d'effectuer des tonneaux pour éviter les salves d'énergie qui l'avaient pris pour cible !
L'appareil se retournant sur le dos, le cockpit s'ouvrit et un objet en fut jeté.
Aldéran avait bondi alors que ses trois pairs étaient très occupés à projeter leurs éclairs pour tenter d'abattre le jet qui repartait tout aussi vite qu'il était arrivé !
Dépliant le rouleau de cuir, Aldéran saisit deux des Dagues, les lançant droit sur Alganhar et Alrénaze !
- Sale traître ! hurla Alféryone alors que ses deux compagnons se volatilisaient en particules d'énergie, inoffensives, les Dagues disparaissant avec eux.
Aldéran tira la troisième Dague de son étui, faisant face à la dernière Générale.
- Non, ça ne s'arrêtera pas là ! éructa-t-elle. Je peux encore provoquer une Apocalypse pour ces êtres que tu chéris tant et que tu crois en sécurité ! Tu es loin d'en avoir fini avec moi, Aldéran, et notre affrontement fera des étincelles !
Et elle disparut, la Dague sifflant dans le vide pour aller se ficher un peu plus loin dans le sol.
Après avoir posé son spacewolf hors de vue, et surtout hors de portée des Généraux, Albator était revenu au pentagramme du plus vite qu'il le pouvait, le cœur battant, ignorant ce qu'il allait découvrir !
- Aldie !
- Bien joué, papa, sourit Aldéran, avec de s'assombrir. L'Arcadia est en orbite ?
- Oui. Saharya l'a fait voler à une vitesse inimaginable !
- Elle va devoir faire encore mieux.
- Pourquoi ?
- Si j'ai compris la menace d'Alféryone, elle va s'en prendre à la Colonie Sylvidres, à mon véritable Sanctuaire ! Il faut que j'aille le défendre !
