Disclaimer: je ne touches toujours pas d'argent. Tout les droits vont à Chris Carter et à la FOX.
Chapitre 10:
La nuit était tombée à une vitesse fulgurante sur la ville de Bar Harbor. De hautes volutes de fumée d'un blanc éclatant s'élevaient des cheminées, fendant le ciel noir et sans étoiles. Le léger vent du matin s'était muté en bourrasques violentes, s'infiltrant par les moindres recoins et vous glaçant jusqu'à la moelle. La lune, luisante et pleine,perdue au cœur d'un halo de nuages, baignait le bâtiment gothique d'une lueur spectrale. Les gravillons de l'allée craquaient sous le poids des personnes présentes, cacophonie délirante dans le silence de plomb. Le clocher sonna onze coups, qui résonnèrent contre les murs de pierre. Les derniers arrivant se pressaient vers l'intérieur. Dans la nef bondée, des silhouettes se dessinaient à la lueur des bougies. L'air empestait l'encens et le bois. Devant l'autel, deux chaises en bois aux dossiers droits, attendaient patiemment leurs occupantes.
Dana se tenait droite et fière, en apparence. À l'intérieur, elle se sentait sombrer. Elle s'accrochait à l'espoir infime que Mulder arrive à temps. Elle n'acceptait pas de devoir dire adieu à la vie terrestre maintenant. Il lui restait tellement de choses à faire, à dire et à vivre. Elle voulait se marier, continuer de courir après les lubies de son meilleur ami, contemplait la neige tomber devant une tasse de thé avec sa mère, profiter de ses neveux. Tant de choses à faire. Cependant, elle se voulait forte. Ne jamais abandonner, voilà ce qui la caractérisait. Elle était une battante. Elle devait se battre, pour elle, pour sa famille et pour Mulder. Ces quelques jours de solitude et d'angoisse peuplés d'introspection, lui avait fait admettre l'inévitable. Fox était bien plus que ce qu'elle clamait au monde entier. Il méritait de le savoir. Elle ne pouvait pas mourir avant de lui avoir dit ces trois mots-là. Tellement magique et tellement destructeur à la fois.
A ses côtés, Mary chantonnait. Dans les quelques bribes qu'elle eut pensé entendre, elle pensait reconnaître une comptine pour enfants. Cette mélodie incessante et perturbante, provoquait chez Scully des envies de meurtre.
-Mary, arrête s'il te plaît.
-Pardon.
Le silence revint. A la fois terrifiant et réconfortant. Consolation d'un laps de temps trop court selon Dana. Mary chantait à nouveau. Elle se prit alors à écouter plus activement les paroles. Une histoire de bois, de pique-nique, d'ours et de déguisement. Tellement dans le thème de la soirée. Si elle sortait de la vivante, elle se promettait d'écrire un livre sur cette soirée. Elle voyait déjà le titre de celui-ci :« Halloween et pendaison, fête païenne à Bar Harbor ». Pour sûr, il ne serait pas classé dans la catégorie enfant. Ou alors, ce serait l'introduction de son rapport pour le bureau. Oui, cette option semblait plus probante.
Ses poignets la démangeaient. Ils étaient liés par une corde en chaume a niveau de son abdomen. Vu la température extérieure, elle était pratiquement sûre que si ces tarés ne se dépêchaient pas un peu, elle mourrait d'hypothermie. À peine cette pensée lue-elle effleurée, que l'adjoint Ropse, fit son entrée dans la petite salle. Il portait le parfait uniforme du colon d'Amérique. C'était à la fois stupéfiant de voir que même les plus petits détails avaient été respecté, mais aussi affligeant. Pour qui se prenaient-ils tous à la fin ? Rédemption divine son cul oui ! Tiens, elle se mettait à jurer. Mulder aurait bien ri.
L'homme s'avança et attrapa la corde au sol. Tirant un coup sec sur leur lien, leur intimant de bouger. Ses yeux mirent quelques minutes à s'adapter à la lumière tremblotante des cierges. À la vision de cette église bondée, une seule phrase lui vint à l'esprit.
-Pour l'amour du ciel, c'est quoi ce bordel !
Mary se contenta de hausser les épaules, complètement imperméable à la situation actuelle. Elle se sentit tirée en avant par la traction exercée sur ses liens par Ropse. Si elle s'en sortait vivante, il allait voir de quel bois elle se chauffait. Foi de Dana Scully. On les força à s'installer sur deux chaises en bois. Devant elles, un nombre incalculable de personnalités hauts placés de Bar Harbor. Le maire, des adjoints municipaux mais également, de police, le coroner, des rangers, des enseignants et également des commerçants et citoyens lambdas. En tout et pour tout, une quarantaine de têtes, toutes venues ici pour les voir mourir. L'orgue entama des notes lugubres, alors que du fond de la petite église, une lueur vacillante s'avançait à pas lents et réguliers. Derrière un cierge d'une taille impressionnante, se tenait Darin Corvin, enveloppé dans une soutane écrue. Il monta les quelques marches le séparant de l'autel, sans même adresser un regard à sa fille. L'assemblée remua, attendant la suite des événements.
-Mes frères et mes sœurs. Nous sommes ici, ce soir, pour effectuer l'avènement final du projet de notre Seigneur tout-puissant. Les dernières hérétiques du cercle vont périr ce soir. Frère Louis, approchez et venez marquer ces suppôts de Satan de ma marque de notre Père.
Un jeune homme d'à peine dix-huit ans se leva et approcha timidement. Il se place d'abord face à Mary, évitant de croiser son regard clair et résolu.
-Mary Corvin, après réunion de notre tribunal divin, tu es accusée d'acte de sorcellerie envers la communauté de notre île. En tant qu'instigatrice de ton cercle, tu connaîtras un sort différent que celui réservé à tes sœurs.
Louis avança prudemment sa main du front de la jeune fille. Trempant ses doigts dans une coupelle, il traça une croix sur le front de cette dernière. Les narines de Dana frémirent. L'odeur métallique du sang frais caressa doucement ses papilles olfactives. Un rapide coup d'œil sur le côté lui confirma ce que son odorat lui murmurait déjà. Mary avait le visage tendu vers le ciel, les yeux grands ouverts et une expression de défi brillant dedans. Sous la pâleur de la lune, sa peau semblait presque transparente et le sang, lui, luisait d'un noir profond. Le spectacle était à la fois terrifiant et envoûtant. Le petit Louis fit quelques pas et se trouva alors face à elle. Au contraire de sa jeune compagne de misère, elle chercha son regard. Le garçon finit par plonger dans ses yeux et, durant un court moment, elle crut voir passer un éclair de peur et de pitié dans son regard. Peur et pitié pour elle et son sort, ou pour les prochains événements de la soirée ? Elle ne sut le dire sur le moment.
-Ne la regarde pas malheureux ! Elle pourrait t'ensorceler !
Il détourna brusquement les yeux, pour se plonger dans la contemplation de Corvin senior.
-Lilith, reine des démons et de toutes les sorcières, après réunion de notre tribunal divin, tu es jugée coupable de trahison envers ton créateur tout-puissant. Tu as choisi de t'acoquiner avec le Vilain et de rependre le malheur et la désolation sur la Terre à l'aide de créatures tout droit venue des abysses. Tu as préféré siégé en tant que Reine sur le Royaume Obscur et tu dois maintenant en payer le prix fort. Afin d'être certain de ton anéantissement, tu seras placé avec ton succube, sur le bûcher de la damnation.
Le souffle de Scully se coupa. Son cœur cessa de battre durant une seconde beaucoup trop longue pour être insignifiante. Elle sentit à peine le doigt de Louis traçant avec son propre sang son arrêt de mort à même sa peau. Pour la première fois depuis le début de leur collaboration, Dana perdit presque foi en son partenaire. Son cerveau analysait à la vitesse de la lumière les informations en sa possession et ses chances de survie. Celles-ci, elle le savait, s'amenuisaient de minutes en minutes et maintenant, alors que la foule était secouée par des cris hystériques, elles se résumaient simplement à un fil.
Alors que l'air emplissait à nouveau ses poumons, elle se força au calme. Mulder viendrait. Il venait toujours, cette nuit ne seraient pas différentes des autres fois.
-Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, reprenez avec moi tous en choeur :
Exorcizamus te omnis immundus spiritus omnis satanica potestas omnis incursio infernalis adversii omnis congregatio secta diabolica ergo draco maledicte ecclesiam tuam securi tibi facias libertate servire te rogamus audi nos.
Et le cantique s'éleva clair et puissant, résonnant de manière irréelle contre les hauts murs de pierres brutes. Ropse réapparut et les força à se lever. Scully eut un flash. Elle se souvint d'une image tout droit sortie d'un livre sur l'histoire américaine. Des femmes et des jeunes filles, des prétendues sorcières, toutes attachées les unes aux autres, et jetées à la vindicte publique. La foule les encerclant et les engloutissant. Elle imaginait sans mal, le désespoir qui s'était alors emparé de ces êtres, bouc émissaire de la colère du peuple et de la soif d'une prétendue justice divine. Elle expérimentait un sentiment semblable, mélangé à une colère sourde. Et alors que la marée humaine les poussait sans ménagement vers l'extérieur de l'église, elle jeta un regard rapide aux étoiles, inhalant l'odeur saline de l'iode s'élevant des vagues en contrebas.
Il fallait saluer le savoir-faire des ouvriers Bar Harboriens. Le bûcher était magnifique. Des morceaux de bois formant une plate-forme semblable à une scène, sur laquelle reposait un grand mât, le pied disparaissant sous de la paille et du petit bois. L'odeur de l'essence chatouillait les narines des agents spéciaux présents sur place. L'excitation était palpable dans les rangs des forces de l'ordre local. Cette opération serait pour certain, la seule et l'unique auquel ils participeraient durant leur carrière. Skinner se tenait aux côtés de son ami. Ils étaient face au bûcher, tapis à une dizaine de mètres de lui, dans l'obscurité du bosquet. Ils attendaient tous patiemment.
-Je m'occupe de récupérer la petite, chargez-vous de Scully Mulder. Vous la sortez de là, et vous la mettez à l'abri, les gars se chargeront du reste et de Corvin.
Fox acquiesça. Il était tendu comme un arc, son gilet par balles enserrant son torse, son arme au poing, prêt à en découdre. Le clocher sonna douze coups lourds dans la nuit sans fond. Un frisson parcourut l'ensemble des agents présents. C'était le moment.
Ils aperçurent d'abord, une lueur vacillante, sortant par la petite porte. Puis ce fut l'horreur. Darin Corvin, éructant en latin, les membres de sa congrégation formant une tache d'un noir d'encre, hurlant toutes sortes d'inepties, et au milieu, deux formes blanches bringuebalées d'un côté et de l'autre, comme deux petits bateaux de papiers luttant contre les vagues immenses de la tempête. La foule se stabilisa face à l 'énorme structure de bois. Et le silence engloutit le jardin.
En face d'eux, Mulder et Skinner contemplaient l'ascension lente de Dana et Mary, attendant le moment propice.
Dana eut un mouvement de recul, luttant quelques secondes contre Ropse et Deathly. Malheureusement, la poigne réunit des deux hommes eut raison de sa résistance et ils l'attachèrent au haut mat. Du coin de l'œil, elle eut l'impression de voir un éclair brillant au milieu des fourrés. Illusion ou réalité ? Mary attrapa sa main. Tournant légèrement la tête, elle fixa son regard dans les yeux clairs de la jeune fille.
Et le monde arrêta de tourner. Les cris de la foule disparurent. Plus rien ne comptait à part elles deux.
-Souvenez-vous, vous survivrez. Ayez confiance, les feuilles ne se trompent jamais.
Un instant hors du temps. Retour au présent. La foule hurlait toujours plus fort, et deux jeunes hommes s'approchèrent de leur autel de la mort. Les flammes se reflétèrent dans les yeux bleus de Scully. Elle inspira une dernière fois, emplissant ses poumons de l'air frais de la nuit. Souhaitant de tout son cœur que cela ne soit qu'un cauchemar.
