Entr'acte: Faire sécher ses ailes


Pretty Young Things - Bodyrox ft. Luciana

Les exams se terminaient. Je voulais profiter de ma liberté totale pour trainer, voir mes amis, bref glander et lire bien sûr.

Je dis à mon oncle qu'il me faudrait rester plus longtemps pour finaliser mon dossier d'inscription au bahut pour l'année prochaine. Il n'eut, bien sûr, aucune objection.

Je passais tout mon temps avec Naomily, enfin le temps qu'il leur restait quand elles ne baisaient pas.

Elles étaient lumineuses, leur complicité était incroyable. Tous leurs mouvements se répondaient, toutes leurs expressions étaient coordonnées, cela devenait une sorte de danse, une chorégraphie naturelle dont je prenais plaisir à être le témoin.

Katie avait disparue. Ems me dit qu'elle sortait beaucoup et visiblement avec un gars différent à chaque fois. Ce qui l'arrangeait car pendant ce temps elle l'a laissée tranquille.

J'étais un peu agacé, je n'étais pas arrivé à convaincre Katie. J'aurais aimé qu'elle soit avec nous et voir réunit les sœurs.

Parfois, nous partagions des moments avec Thomas et Panda qui filait à nouveau le parfait amour depuis le soir du bal.

Bien sûr à chaque fois, j'étais la pièce rapportée, le seul à ne pas être en couple, mais j'avais l'habitude et je m'en foutais maintenant.

Un matin, JJ m'a laissé un message en me disant qu'avec Freddy, il allait chercher Cook et Effy.

Si Ems avait toujours de la rancune envers Effy, Naomi et moi étions heureux de nous dire que Cook risquait de revenir.

Nous en avions parlé ensemble, elle aussi sentait la fêlure de Cook. Elle était comme moi, elle savait que derrière la façade du mec branleur et fouteur de merde, il y avait un homme fragile et intelligent mais qui souffrait énormément.

Nous nous étions encore plus rapprochés avec Naomi. Nous avions du plaisir à parler, philosopher. Nous abordions tous les sujets dont en ce mois de juin, la coupe du monde de foot en Afrique du Sud et donc de Mandela, son idole. Nous nous mettions dans l'énorme canapé de sa mère et Emily nous regardait assise sur un pouf en sirotant des bières.

Elle disait en souriant qu'elle ne pourrait être plus heureuse en voyant la femme et l'homme de sa vie, devant elle, s'entendant aussi bien.

En plus, l'OM était champion de France de foot, je les saoulais avec mes cris de guerre, « nous sommes les marseillais ». Elles essayaient de m'étouffer avec leurs mains et moi, je faisais le supporter déchainé avec écharpe et maillot. Je crois bien qu'elles détestaient le foot. :)


Vashti Bunyan - Just another diamond day

Je parlais aussi beaucoup avec Kieran, des après-midi où bizarrement je me retrouvais seul pendant que certaines, fatiguées, faisaient « une sieste ».

Entre deux joints, nous évoquions souvent la nouvelle économie. Il croyait beaucoup au troc et aux échanges gratuits de savoirs.

Il voulait connaître mes ambitions, mes projets après mon diplôme. Je lui expliquais l'Ecole Normale. Mon désir d'être prof le laissait songeur. Mais j'avais envie de chercher, de partager, d'expliquer et quoi de mieux que de le faire avec des jeunes. Pour moi, seule une jeunesse formée, éclairée pourrait faire évoluer le monde. Je voulais y contribuer.

Il riait en me disant que je n'étais pas le premier à avoir cette ambition.

Je sais mais c'est grâce à ces hommes que le monde avance. Je lui parlais de Jean Zay, de ce que cet homme en quelques années avait apporté à l'Education et à la Culture de la France pendant le Front Populaire.

« Ce sont des hommes comme lui dont on a besoin. Des hommes qui face aux pires mensonges, aux pires atrocités, ne renoncent jamais à leur idéal. »

Il me dévisageait et je crois qu'il enviait mon enthousiasme.

Il m'aimait beaucoup, il m'avoua que je lui donnais du courage.

Il souhaitait que Naomi, soit comme moi. Il espérait qu'elle mettrait son intelligence au service d'études solides pour faire de grandes choses. Il l'imaginait dans une université renommée, elle en avait les moyens.

« Il ne faut pas gâcher un tel potentiel, n'est-ce-pas Jules ? »

« Bien sûr, mais je crois que Naomi réussira sa vie quoi qu'elle fasse. »

Je pensais surtout qu'il lui serait difficile voire impossible de quitter Emily.


Atomic Kitten - Ladies Night

Chez Naomi, j'étais un peu comme chez moi. Sa mère était très gentille et elle m'adorait, elle aussi.

Il faut dire que souvent, je me mettais devant les fourneaux pour préparer des plats français dont elle raffolait. Et j'avais même un lit pour les soirs où un peu trop bourrés ou partis ou les deux à la fois, je voyais deux motos sur le trottoir.

Lorsque par miracle, j'avais pu rentrer chez Julia, le lendemain matin, je ramenais des croissants et pains aux chocolats d'une boulangerie française que j'avais dénichée, tenue par des belges très sympas qui me parlaient toujours de Benoit Poelvoorde.

« Room service ». Je frappais à la porte de la chambre des filles.

« Vous pouvez rentrer, monsieur le valet. » Naomi avait la voix endormie.

Je pénétrais dans une pièce où la pénombre se disputait avec l'odeur de corps qui avaient vécu des moments intenses.

« Voulez-vous que j'aère mesdemoiselles ? »

« Je vous en prie, faîtes mon bon. » La tête d'Emily sortait à peine des bras de sa chère et tendre.

J'ouvrais la fenêtre d'une main et me tournais vers le lit.

« Puis-je aimablement demander à mesdemoiselles de bien vouloir s'habiller ? Car les sentir nues sous ce drap si léger qui ne cache rien de leur formes me fout drôlement la trique, si mesdemoiselles veulent bien me permettre de m'exprimer ainsi. »

Elles se gondolaient dans le lit.

« Mais quel jeu vous me faîtes jouer ?» Je posais le plateau au sol et me jetais sur le lit.

Les cris étaient instantanés, c'était mon tour de rire comme un fou.

Je me retrouvais avec un coussin sur mes yeux. « Tu ne bouges pas, on s'habille. »

Je soulevais le coussin, elles passaient chacune un tee-shirt.

« Même comme ça, c'est encore très suggestif. Vous ne mettez pas de culottes ? »

Plaf ! Un autre coussin dans la figure.

Assis en tailleur sur le lit, nous prenions un petit déjeuner français.

Ces moments, je les savourais, car notre bonheur ensemble était parfait.


The Ting Tings - That's Not My Name

« Je vais devoir partir avec mes parents en France et ça m'emmerde. » Emily était boudeuse

« Bordeaux, le bassin d'Arcachon, c'est très beau mais ça ne vaut pas Bristol, c'est sûr.» Lui dis-je en regardant amusé Naomi.

« Tu vas tellement me manquer, Ems. »

« Putain de vacances, en plus avec Katie. »

« Arrête Ems, c'est peut-être l'occasion de vous retrouver toutes les deux. » Je me voulais positif.

« Elle va tout faire pour essayer encore de nous séparer, » gémit Naomi en s'agrippant à Emily.

Elles étaient belles. Elles pouvaient sembler si fragiles. Un frisson me parcourut.

« En fait, moi aussi, je rentre en France.»

« Je vous l'ai pas dit mais j'ai réussi l'écrit de l'Ecole Normale. Je suis admissible à l'oral. »

« C'est génial ! » Ems me claqua un énorme bisou, Naomi me prit dans ses bras. « Je suis très fière de toi. Mais si tu réussi, … »

« Oui, il me faudrait quitter Bristol. Mais tu sais c'est déjà exceptionnel de réussir l'écrit dès la première fois alors être définitivement admis ce serait un exploit. Et puis je serai le premier junkie à intégrer le saint des saints de la culture française. »

« Mais tu es exceptionnel, Jules ! » Ems le pensait réellement, c'était ma meilleure motivation.

« On verra bien. »

« Bon, je vais me retrouver seule ici, formidable. Hé, vous n'allez pas m'oublier ? » Elle s'adressait surtout à Emily.

Ems l'embrassa, « jamais » et prenant son air soucieux.

« Et toi ?»

Merde, elles commencent à se coucher sur le lit. « Je veux bien participer. » On ne sait jamais un moment d'égarement de leur part.

Emily lève un œil. « Et tu pars quand ? » Tout en retenant Naomi.

« Demain en fait, je ne voulais pas gâcher nos derniers moments en vous le disant avant, sinon on n'aurait pensait qu'à ça, surtout moi. »

« Et toi, Ems ? »

« Dans trois semaines. »

Je m'allongeais à côté d'elles, « Si vous voulez passer par Paris, n'hésitez pas. »

Naomi fit la moue. « J'aimerais bien, mais j'ai plus un rond. Va falloir que je bosse cet été. »

« Pour moi, ça va être compliqué avec mes parents. On s'arrête sur Lyon chez des amis à l'aller mais sur le retour, pourquoi pas. »

« Bon, on se laisse pas abattre, on les finit ces croissants ? »

Je ne pensais pas que l'été serai aussi mouvementé.


L'Eurostar filait sans un bruit vers la France, dans quelques minutes nous serions sous le Channel dans ce long boyau, fierté de l'industrie franco-britannique. Je me demandais ce qui reliait le plus l'Angleterre et la France, ce tunnel, la bourse, le foot ou bien la musique, les fringues et les filles. J'optai pour la seconde proposition, surtout si on y ajoute la bière.

Je mis mon IPod sur les oreilles, allons-y pour de la …...Real Fucking Music

Fucked Up - Son the Father

Mon écrit de l'ENS avait été très bon, presque 16 de moyenne, bon ok, mon devoir d'anglais m'a aidé et je suis doué en langues anciennes. L'épreuve de philo sur « l'imitation » m'avait particulièrement interrogé car j'évoquais la relation entre imitation et ressemblance. Ce fut pour moi extraordinaire que dans une épreuve de 6h d'un des concours les plus difficiles du cursus scolaire français, je pense à Emily et à Katie. Je vous assure avoir abordé la gémellité. Elles veillaient sur moi. En fait j'ai triché, nous étions trois à passer l'épreuve.

Et maintenant mon oral. J'étais parti au dernier moment, je ne voulais pas trop réfléchir, passer l'examen plusieurs fois et ainsi m'épuiser.

J'avoue que préparer cet oral chez Naomi, au lieu d'être enfermé dans une pièce sombre à trimer, était osé mais ma culture je me l'étais forger pendant des années de lecture et de travail, j'étais prêt techniquement et ma facilité d'élocution, ma vivacité d'esprit m'aideraient. Le jour J, je suis toujours à 100% c'est ma qualité et ma chance. Non, ce qui m'inquiétait c'était mon âge, 17 ans et intégrer l'ENS sans passer par les classes prépa, j'étais perplexe. Et puis il y a mon caractère. Je ne suis plus l'élève sérieux et souple qui plait, sans qu'il en ait conscience, aux jurys. J'étais un rebelle, je l'ai toujours été mais aujourd'hui, je l'affirmais dans mon comportement. Toute mon attitude, mes paroles étaient tendues vers un seul but, la vérité. La vérité de ce que j'étais, la vérité de mes propos, dussent-ils écorcher la bien-pensance de nos élites. Je craignais le dérapage. Je portais beaucoup moins bien le costume cravate.

J'avais redouté le sujet d'histoire sur « impérialisme et colonisation. » Mes propos furent parfois vifs mais il faut croire que, soit les correcteurs furent indulgents, soit je sus rester dans les limites, ce qui d'ailleurs ne me plaisait pas forcément.

Il y avait plus. Inconsciemment, je suis sûr que je voulais rester à Bristol. Et pourtant, ce concours était le but de ma vie d'étudiant mais était-il le but de ma vie d'adolescent ?

Mes amis, les abandonnerais-je ?

Que de chemin parcouru en 10 mois, je n'étais plus le Jules timide et renfermé. Bien sûr, je n'étais pas Cook, mais j'étais plus sûr de moi, j'allais vers les autres sans difficultés. J'affirmais mes envies et mes plaisirs.

Ils étaient tous devant moi :

Emily, avec laquelle, j'avais trouvé un équilibre entre amour et amitié. J'avais, une relation fusionnelle, je ne pouvais imaginer vivre sans elle et lui faire l'amour m'avait libérer. Ce que j'avais ressenti pour elle cette nuit-là était une extraordinaire communion et ma passion s'était transformé en un immense plaisir d'être à ses côté. J'étais apaisé.

Naomi, c'était mon ami, i. Nos relations étaient réellement et purement intellectuelles. Nous étions dans une égalité parfaite. De son côté, elle pourrait dire que je suis son amie, e. Aucune ambiguïté avec elle, j'aurais pu la voir nue, d'ailleurs c'est arrivé, cela n'aurait rien changé.

Thomas, c'est mon pote. Il est sérieux, mais surtout d'un courage extraordinaire dans sa vie, c'est un combattant de la vie. Nous savons, sans nous le dire, que nous pouvons compter l'un sur l'autre.

Panda, avec son attitude décalée, sa fraicheur, elle est géniale mais attention, elle a une réelle profondeur d'âme, elle est particulièrement intelligente et je parie qu'elle nous surprendra.

JJ, c'est la pureté doté d'un esprit d'une capacité exceptionnelle et ne nous étonnons pas de le retrouver un jour à la tête d'un grand labo de math. Il a, pour lui, une humanité, c'est l'être humain par excellence.

Cook, c'est ma fascination, il représente le danger de vivre qu'il faut encaisser sinon on reste sur le carreau. Il va au bout des choses, il m'a beaucoup apporté et grâce à lui, j'ai accepté de me battre contre mes démons. Je ne passerais plus jamais pour un con. J'ai peur pour lui, j'ai peur de voir ses fractures l'entrainer trop loin. Mon amitié est forte.

Effy, l'écorchée vive, The Skin. Celle dont votre peau brûle quand vous la touchez, qui vous enflamme et se consume dans ses angoisses. Je l'ai approchée deux fois et j'en garderais toujours les cicatrices. On n'oublie pas une fille comme elle quand on a eu la chance de la connaître.

Freddy, le skateur addictif, mon bel indécis, le compliqué, qui n'ose pas. Je reconnais, il m'agace et puis j'ai du mal à lui pardonner le mal qu'il a fait à Katie.

Katie, la revoilà, elle réapparait toujours dans mes pensées, why ?

Je comprends sa douleur, ses interrogations. Elle est aujourd'hui beaucoup moins forte qu'Emily. Katie a besoin d'être rassurée et aimée. Je sais qu'elle n'est pas la fille facile et stupide que certains croient. Elle a un caractère affirmé et déterminé. Demain, si elle a confiance en elle, elle peut faire de belles et grandes choses. Devenir un pilier auprès duquel un homme pourra trouver le repos et le bonheur.

Nous sommes tous des écorchés vifs. La vie râpe notre peau, la met à nue et nous avons mal. Nous devons muer pour nous forger une carapace. Enfin si on en a le temps.


The Who - My Generation

J'arrivais à Paris Nord. Charles était au bout du quai, habillé avec une veste de toile légère, un pantalon de lin et l'écharpe de soie, un vrai germanopratin. A la vue de mon jean troué et blouson treillis de l'armée, mes cheveux en bataille, mon rasage très approximatif, il réajusta ses lunettes.

« Mon dieu, Jules, tu as changé, heu, … de style. » La cigarette que j'allumais dès qu'on fut sorti de la gare fini de le décontenancer.

Je rigolais. « Ça me fait plaisir de te voir, tu m'as manqué. Allez, tu vas tout me raconter, Sarko fait toujours chier, j'ai compris.»

« Ton oral, tu t'es bien préparer ? Ce serait génial d'être ensemble. Pourquoi tu n'as pas voulu venir plus tôt ? J'aurais pu être ton répétiteur. » « La compétition va être dure, tu es en forme ? »

« Super, ne t'inquiète pas.» Préparé physiquement et mentalement entre deux lesbiennes alcoolisées, un prof fumeur de joints et un ami noir rappeur et un peu dealer.

Mais je ne mentais pas, mon esprit était acéré comme un rasoir.

D'un coup de voiture, une Peugeot 106 rouillée et pourave, il m'amenait chez mon oncle, bien entendu absent, où je posais mon sac.

« Bon, on fait quoi, ce soir ? »

«On va voir la bande au café de la Sorbonne, on mange un bout et ensuite j'ai pensé à que l'on pourrait aller voir une pièce. J'ai un ami qui monté un Brecht mais on ne rentrera pas tard, tu dois te reposer. »

« Tu sais, j'ai surtout besoin de ne pas penser, au contraire, il me faut de l'adrénaline. Mais, on peut commencer par ça. »

C'était agréable de retrouver les amis étudiants et leurs profs que j'admirais tant, il y a encore quelques mois. Mais le gamin qui restait dans son coin avait vécu, et je me retrouvais à porter la controverse à un doctorant sur la place du risque dans la vie des adolescents. Ce con, le seul risque qu'il avait pris c'était de choisir entre Dauphine et la Sorbonne. Alors, j'imaginais ce qu'un Cook aurait pu lui dire mais je le faisais avec d'autres mots et appuyé par les auteurs classiques.

Charles riait sous cape. « Les anglais nous l'ont changé, notre jeune Padawan ». Oui, Charles était fan de Star Wars, ce qui pour un futur Nobel de littérature me le rendait encore plus sympa.

La soirée fut, comment dire, agréable. Une jeune troupe, avait transposé «La Bonne Âme du Se-Tchouan» dans une banlieue actuelle morne, sale et violente. Nous les retrouvâmes après le spectacle dans les coulisses. Charles discutait avec le metteur en scène, un tantinet poseur pour moi. Par contre la jeune comédienne qui interprétait Shen Té était particulièrement talentueuse à mon avis. J'engageais donc la conversation avec elle, sur la pièce, puis sur l'art théâtral, puis sur la musique, l'Angleterre et tout en parlant, je roulais un joint que je lui tendais. Je cru que Charles allait faire une attaque.

« Jules, c'est quoi ? Tu crois que c'est nécessaire ? »

Je regardais la fille en riant. « Tu connais mon prénom et le tien c'est … »

« Sandrine » en allumant le pet, avalant deux goulées puis me le rendant.

« Je suis sûr que tu sais où on peut aller s'éclater !»

« J'ai une petite idée. »

« Charles, la nuit va être longue. »

Sandrine avait du charme, sa beauté était naturelle, absolument pas sophistiquée. Des cheveux châtains clairs recouvraient ses épaules. Ses yeux couleur noisette étaient une promesse de sensualité, sa bouche appelait les baisers longs et profonds.

Elle était une comédienne qui jouait à l'instinct comme elle le faisait dans l'amour visiblement. Elle se donnait sans retenue.


FIDLAR - Cocaine

Nous sommes allés dans une boite, une sorte de caveau. Je retrouvais les sensations de Bristol mais là bizarrement j'étais encore plus libre.

Charles avait essayé de me dissuader : « Jules, ce n'est pas sérieux tu as ton premier oral dans 2 jours. »

Je lui expliquais une chose : « J'ai besoin de ça. Je suis vivant cette nuit. Mon corps et mon cerveau réclame leur part de fête et de plaisir et tant qu'ils n'auront pas ce qu'ils souhaitent, ils me harcèleront alors je préfère le leur donner tout de suite.»

Autant le dire, il ne fut pas convaincu mais il resta avec moi, je pense pour me surveiller.

Sandrine aimait danser, bouger, rire et picoler. Nous parlâmes de moins en moins, et nos peaux se touchaient de plus en plus. Je l'enlaçais, lui mordais le cou, et la faisais tourner autour de moi. Nous transpirions tellement par la chaleur et l'alcool que nos cheveux étaient trempés, je lui ramenais une mèche derrière son oreille, ses yeux lançait des appels, elle avança ses lèvres et je l'embrassais avec une fougue qui me surprit moi-même.

Et puis, un grand bâtard est arrivé. Il a commencé à la coller comme si je n'étais pas là. Il espérait quoi, ce con ? Je lui ai sauté à la gorge, sans sommation. Je lui ai assené un putain de taquet dans sa bouche et avant qu'il ne touche le sol, je le repris d'un coup de pied dans les côtes. C'est le premier qui cogne qui gagne.

« Fuck you ! »

Le gars était par terre, plié en deux, j'allais l'achever quand je sentis deux bras m'attraper et m'entrainer sur un côté. Je me dégageais violemment et me retournait prêt à décalquer le type, je crois que Charles a cru sa dernière heure arriver, je devais avoir des yeux de fous.

« C'est moi, Jules, calme toi. T'es devenu cinglé. »

« Personne m'emmerde, Charles, personne, tu entends ! »

Par chance, dans le noir, les videurs ne m'avaient pas repéré et le mec avait filé, porté par ses potes, je pense.

Sandrine me prit par la main, je crois que la scène lui avait plu. Elle m'emmena dans une petite pièce avec un sofa, et me dit « attend moi je reviens tout de suite ». Allongé, je pensais que Paris n'était pas mal non plus, tout en massant mes doigts, j'étais fier de moi. En fait, je m'étais autorisé de draguer ce soir ce que je ne faisais pas à Bristol. Je m'apercevais que je ne voulais pas m'éloigner d'Emily. Je ne souhaitais pas mettre une personne entre elle et moi, mais ici, c'était différent. Merde, j'arrive encore à réfléchir … mais pas pour longtemps.

Sandrine revint avec un petit sachet, pas besoin de me faire un dessin.

« Tu en veux ? » Son visage était brulant.

Je pris le sachet et tirais deux lignes blanches bien nettes sur la table de verre, faîtes exprès pour cela, comme d'ailleurs les cartes de crédit.

« Honneur aux dames. » Elle me sourit.

J'aspirais ensuite le produit avec délectation. Mon cerveau s'éclairait, je sentais ses mains sur moi, ses baisers, son dos, ses seins lourds et fermes, ses cuisses musclées. Tout était plus proche, plus direct. Je lui fis l'amour sans me soucier de qui pouvait rentrer ou nous voir.

Lorsque nous sortîmes de la boîte, le petit jour pointait. Il est 5h Paris s'éveille et moi je n'avais pas du tout sommeil. Spéciale dédicace à messieurs Lanzmann-Dutronc, des vieux d'avant-guerre.

Charles visiblement si, car je le retrouvais affalé sur une banquette dans le patio qui jouxtait l'entrée.

Je lui mis un mot dans la poche, l'avantage avec les écrivains c'est qu'ils ont toujours du papier et un stylo, « Suis chez Sandrine, à +. »

On acheta des brioches avec du chocolat. On prit le RER, elle habitait un petit appart de banlieue.

Arrivés, la porte à peine ouverte, un gros chat roux me sautait dessus avec un ronronnement de fou.

Elle rit. « Ok, tu as passé le test, tu es adopté. »

Elle ouvrit son chemisier et m'attira contre elle. La journée s'annonçait passionnante.

Sandrine était très sensuelle et pas du tout intellectuelle, ce qui m'étonnait pour une comédienne.

« Tu sais, j'ai quitté le lycée à 16 ans, j'ai fait du théâtre dans une MJC, plus pour le fun que pour l'art."

"Je fais des petits boulots, Mac Do tu vois. Je vis avec ma sœur ainée. Et puis Gaëtan m'a repéré dans un truc amateur, il m'a proposé le rôle. Il dit que ma nature vaut tous les conservatoires du monde »

« Je le trouve un peu chiant mais il a raison, tu es réellement à l'aise sur scène, tu as une présence forte, tu es lumineuse et je n'ai pas à te mentir puisque je t'ai déjà sauté. Ce que Gaëtan aimerait peut-être ou a aimé, faire, n'est-ce pas ? ».

« Jaloux ! J'aime bien. Et bien non, il n'a pas osé, il n'est pas comme toi, toi tu prends ce qui passe, tu oses. »

Entendre ces paroles aujourd'hui, moi qui était puceau et coincé, il y en encore 6 mois, c'est assez déroutant. Mais je prends l'air conquérant à la Cook, enfin j'imagine.

Nous avons passé la journée à faire l'amour, manger, dormir, prendre une douche et refaire l'amour.


Harlem Shakes - Technicolor Health

Je suis rentré avec le soleil qui commençait à décliner, demain c'était le JOUR.

J'avais appelé Charles dans la journée pour le rassurer. Je suis prêt.

J'ai chaussé mes baskets et suis allé courir. L'air était plus frais, les trottoirs défilaient sous mes pieds, les rues s'enchainaient. Je rentrais dans un parc, j'accélérai, je pensais à Thomas. Parfois, il m'emmenait dans ses courses rapides et interminables, je m'accrochai de mon mieux mais lorsque que nous arrivions sur le stade, je m'asseyais dans l'herbe totalement épuisé et je le regardais faire des tours et des tours de piste. Il ressemblait à un pur-sang avec ses longues foulées. Je lui disais qu'il n'avait pas trois mais six poumons.

Des familles avaient mangé sur l'herbe et profitaient encore un peu de la fraicheur du soir. Des filles et des garçons allongés, écoutaient de la musique, en fumant et en buvant du Red Bull.

Des mecs jonglaient avec des balles fluo, cela faisait des traits de lumière multicolore dans le noir.

Je repérais des couples gays plus en retrait sous les arbres, je déteste l'expression pour vivre heureux, vivons cachés.

Arrivé à la maison, je pris un bain et je me couchais avec un sentiment de réel bonheur. J'attrapais mon tél et appelais Emily.

« Salut mon Ems, ça va ? »

« Oui, super et toi ? »

« Vraiment bien, je suis sorti hier, ce fut chaud !»

« Ha, oui ! Hum, raconte-moi tout ça. » Je savais que son nez se plissait.

Je l'entendis chuchoter « C'est Ju » « Tu as un bisou de Naomi »

« Un seul, tant pis !»

« Alors tu me dit. »

Oui, il fallait lui en parler, c'était mieux pour elle et moi,

« J'ai vu une pièce de théâtre avec une très jolie comédienne, elle s'appelle Sandrine et … »

« Et, … allez accouche, tu l'as séduite et emportée dans ta grotte pour la dévorer. »

« Nous avons, bu, dansé, pris de la coke et non, c'est elle qui m'a emporté dans son antre et là nous nous sommes mangés mutuellement. »

Il y eu un petit silence. « Tu es heureux, c'est super. C'est demain ton oral n'est-ce pas ? »

« Emily, tu es triste ? Je ne comprends pas, c'est mon histoire avec cette fille ? »

« Je ne suis pas triste au contraire.»

« A d'autre, je te connais trop bien maintenant. »

« Non, c'est pas elle. C'est que je me dis que tu vas réussir ton concours et rester à Paris. Je suis très con, au lieu de t'encourager, je joue encore l'égoïste totale. J'ai Naomi pour moi et toi tu es seul. Excuse-moi, mais ces dernières semaines, vous avoir tous les deux pour moi, c'était tellement bon. »

« Ecoute moi, je serai toujours près de toi, là dans ta poche en haut de ta veste, regarde dedans, je suis sur ton cœur, pour toujours quoiqu'il arrive, quelle que soit la distance. »

« Oui, je sais. Jules, je veux que tu sois heureux sinon je ne peux pas l'être complétement. Naomi me fait des yeux noirs, je vais me faire engueuler»

Je criais dans le téléphone, « Naomi, je suis heureux d'être votre ami, gardez moi toujours une petite place. »

« Demain tu vas réussir, tu es le meilleur. » La voix de Naomi était réconfortante.

« Je vous appelle demain soir, je vous raconterai mon triomphe. »

« A demain, dors bien, grosses bises. »

« Aimez-vous bien, vous deux. » Je l'attendis rire.

« Pour ça ne t'inquiète pas »

Je raccrochais. La vie est très con, quel que soit le résultat de ce concours, je ne serai pas … et merde.

Je vis un texto de Sandrine : « Baisers, tu me manques. Merde pour demain. »

Je lui renvoyais un gros merci avec un kiss.

Cette fille était sympa, j'avais passé une super journée mais pourrais-je l'aimer ? Rien de moins sûr.


Grizfolk - The Struggle

Charles m'attendait devant la grille du jardin de mon oncle avec sa caisse pourri, il avait dû l'acheter avec Kieran qui avait le même tas de boue. Je m'étais coiffé et j'avais mis le costume. Shit !

« Allez grimpe, on y a va. »

J'étais en pleine forme, trop certainement.

J'aurais dû m'abstenir de choisir comme sujet de philo « Quand faut-il désobéir ? » ou en histoire « les juifs en France ».

Dans ces oraux, il faut savoir faire des concessions, mais je n'en étais pas capable. Aucune humilité, et face à un jury tout puissant, même la vérité ne peut rien, surtout la vérité.

« Monsieur, je vois dans votre dossier, excellent par ailleurs, que vous avez choisi de partir dans un collège anglais au lieu de faire une préparation dans un lycée français, c'est courageux. L'ouverture au monde est une très bonne chose mais pourquoi un établissement de seconde zone alors que de prestigieux collège anglais auraient pu vous accueillir ? »

Conard, Roundview est la meilleure chose qu'il me soit arrivé.

« Peut-être parce que les établissements prestigieux n'étaient pas capable de m'apprendre les matières fondamentales de ma vie. La désobéissance commence par refuser les voies tracées par d'autres. Et le collège de Roundview, pour votre information, n'est pas un établissement de seconde zone et il m'a enseigné bien plus que ne l'aura fait mon lycée français. »

Je crois que ce n'est pas tant ma réponse que mon regard hautain et mon attitude corporelle provocante qui ont choqué ces messieurs du Jury. Et d'autres petits détails comme ma façon de dépeindre une société française qui pour moi n'en a toujours pas fini avec son racisme et son antisémitisme ou bien de défendre des minorités qui avait à mon avis l'obligation de désobéir face à un gouvernement actuel qui les opprime. La liberté se gagne par le combat.

Ok, ce n'était pas malin et quasiment hors sujet, du coup j'ai certainement gagné ma liberté de retourner dans mon collège de seconde zone.

Bref, en sortant je savais mon sort scellé. Mais avais-je aujourd'hui envi de faire partie de cette élite intellectuelle française qui ne sortait jamais de la butte Saint-Germain ?

Charles était à la fois en colère et malheureux, déjà qu'il conduisait mal, j'avais peur de chaque poteau que je voyais s'approcher de la voiture.

« Je ne te reconnais pas, tu sais bien qu'il faut faire le dos rond, il faut jouer le jeu. La liberté dont tu parles, il faut la conquérir comme au judo en accompagnant le mouvement pas en se heurtant de front. »

« Tu fumes, tu te drogues, tu bois, bref qu'est-ce que tu cherches ? A foutre ta vie en l'air ? Bon dieu, Bristol te rend dingue. »

« Tu as oublié, tu baises. » Je ris, ce qui l'énerva un peu plus. « Je sais, j'ai changé mais Bristol m'a permis de me dépasser. J'ai vaincu certaines de mes peurs, de mes angoisses. J'ai appris à respirer et j'aime ma vie là-bas. Mis à part toi, ici, je n'ai personne. A Bristol, j'ai des amis, des amours, des bons et des mauvais moments mais je les vis à fond. Je ne suis plus seul. Oui, je bois, je me drogue mais je ressens chaque chose avec plus d'intensité. Je travaille mieux, regarde mes résultats, ose me dire que mon écrit était merdique, mais putain ne me demande pas de faire des concessions, je n'en ferais plus jamais de ma vie. J'ai trop souffert, je veux être heureux et mon bonheur, il est à Bristol pour l'instant. Par contre, je ne vais pas lâcher et l'année prochaine je serai encore devant eux. Crois-moi, je vais encore les emmerder. »

Et ce con, se mit à crier par la vitre ouverte, « Révolution ! Antisocial, tu perds ton sang-froid ! »

« Ok, j'ai compris, bon, allez, on va fêter ta défaite. » Charles comprenait vite, il était un vrai ami.

« On passe prendre Sandrine, elle ne joue pas ce soir. »

« Demande lui, si elle a pas une copine un peu comme elle. »

« Ben, sa sœur, ça te dit ? » Il me fit un clin d'œil.

Coup de bol, la sœur de Sandrine, Carine, aimait beaucoup les intellectuels à lunette.

Je passais mon temps dans les coulisses, à regarder jouer Sandrine. Elle était époustouflante. D'ailleurs, les critiques ne s'y trompaient pas et la petite salle était sold-out tous les soirs, ce qui, en été, est rare pour ce type de spectacle.

On se retrouvait ensuite tous les quatre à sortir après les représentations, petit resto, boîtes ou soirée plus privées.

On rentrait tard le soir ou tôt le matin soit chez Charles soit chez les filles.

J'appelais de temps en temps Ems. Plus son départ approchait, plus elle angoissait et j'imaginais que pour Naomi, c'était la même chose. Un jour, je tombais sur elle, Ems avait oublié son tél, comme souvent.

« Jules, je sais que sa sœur et sa mère vont tout faire pour nous séparer, j'ai peur et puis toute seule, je vais déprimer. »

« Fais confiance à Emily, elle saura se défendre et un mois ça va vite passer, vous vous appellerez tous les jours et moi aussi je t'appellerai, promis. »

« Tu restes encore en France ? »

« Oui, je vais rester encore un peu, je crois »

« Ça se passe bien avec ta copine, c'est ça ?»

« Oui, c'est cool. »

« Je suis contente pour toi, have good fun. »

« Thanks, Kiss, Naomi. »


Levellers - When Love Runs Out of Time

« Jules, j'ai une audition, un metteur en scène veut me voir pour un film. Il m'a repérée dans la pièce. »

Elle était surexcitée, elle n'arrêtait pas de bouger, prenant un objet, le reposant, allant, venant, elle ne savait plus quoi faire de son corps.

« Super, viens ici dans mes bras, c'est quand cette audition ? »

« La semaine prochaine. Il m'a fait passer une scène à travailler. Tu vas m'aider parce que tu vas voir, je ne peux pas demander à ma sœur »

« Pourquoi ? » Elle me tendit le script.

Ce n'est pas vrai, la scène décrivait la conversation entre deux filles qui … s'aiment et s'embrassent.

Il faut croire que je suis poursuivi.

« Ok, bon, je crois pouvoir t'aider. Comment dirais-je ? A comprendre le personnage. »

« T'es sûr ? Ce sont deux filles, déjà moi, je ne suis pas gay et j'ai pas d'amies qui le sont. J'ai jamais fréquenté ce type de fille. Tu vois, c'est pas trop mon style. Et toi, tu vas comprendre alors que t'es un mec et pas pédé d'après mon expérience. Tu peux m'aider à répéter pour le baiser mais pour le reste à part me donner la réplique. »

« Ecoute, mes meilleures amies sont gays et ce sont des filles formidables.» Elle me regarda bizarrement, surprise.

« Etre gay, ce n'est pas un vice. Avant d'être gay, on est amoureux d'une personne, tu comprends. Un jour mon amie a dit à celle qui n'était pas encore réellement sa copine, une chose qui explique assez bien, je crois leurs sentiments : « A chaque fois, que je te vois, je ne me dis pas que j'ai envie de te baiser, j'ai juste envie d'être avec toi. » Et pourtant crois-moi, elle l'aime avec une force que je n'ai vu nulle part ailleurs. ». Sandrine réagit à ces derniers mots.

« Plus que nous nous aimons ? »

Aïe, fait chier, mais bon, être honnête, c'est souvent difficile.

« C'est une question difficile, je ne me la suis pas posée. Je suis bien avec toi mais si tu veux une réponse franche, je crois, oui, je crois qu'elles s'aiment plus que tout au monde. »

Elle sourit, un peu contrariée, « Ce qu'il y a de bien avec toi, c'est que tu ne dissimules jamais, j'apprécie ».

« Et ces filles ce sont vraiment tes meilleures amies ? » C'est normal, elle voulait savoir.

« Oui, je les aime profondément. » J'étais gêné, je ne voulais pas la blesser.

« Et une plus que l'autre ou les deux pareils ? »

J'aurais pu biaiser, je ne l'ai pas fait, « Non, il y en a une qui est plus que ma vie. Notre lien est très fort, en tout cas pour moi, il est indispensable. C'est mon amie.»

« Je suis désolé de te dire des choses comme cela, Sandrine. Ça ne veut pas dire que je ne suis pas avec toi, je suis bien avec toi. » Je lui pris les mains pour la persuader mais je n'avais pas dit « je t'aime », j'en étais conscient.

« Ça doit être formidable d'avoir une telle amitié, tu as de la chance. » Elle chassa le nuage dans ses yeux.

« Bon, alors on bosse. »

Elle avait raison, c'était mieux de parler d'autre chose.

« Et il s'appelle comment ce film ? »

«Je ne sais pas, c'est tirée d'une BD d'après ce que j'ai compris. »

Le lendemain, j'achetais « le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh. Je le traduirai pour Naomily. Ce bouquin était génial, les dessins superbes et l'histoire humaine. Je savais qu'elles apprécieraient le Kdo.

J'essayais au mieux d'expliquer, de raconter à Sandrine de ce que je savais d'un amour entre deux filles. Des difficultés à assumer le regard des autres sur soi, de sa famille et surtout son propre regard.

« Mais le plus important c'est que l'amour est le même quel que soit le sexe ou l'âge des êtres qui s'aiment. »

Trois ans plus tard, le film et ses deux actrices recevaient la Palme d'Or à Cannes.


Marillion - Kayleigh

Je savais qu'Emily était du côté d'Arcachon où elle s'emmerdait et se languissait de Naomi. Mais bon, le contraire m'aurait étonné. J'espérais au moins qu'elle se rapprocherait de sa sœur. Ni l'une, ni l'autre ne seraient pleinement heureuse tant qu'elles ne seraient pas réconciliées.

La voix de Naomi était blanche.

« Tu as des nouvelles d'Emily ? »

« Non, pas depuis trois, quatre jours. Elle m'a envoyé un texto me disant qu'elle ne savait pas quoi faire et que tu lui manquais. »

« Et bien, il faut croire que cela a changé. Elle ne me répond plus depuis 3 jours, je ne sais pas à quoi elle joue. Elle fait chier.»

« Il y a certainement une explication. Il lui est peut-être arrivé quelque chose. Je vais l'appeler tout de suite et je te reprends. Ne t'inquiète pas, tu sais que tu peux lui faire confiance comme elle te fait confiance. A toute.»

Je tentais d'appeler mais je tombais sur une messagerie saturée.

Après un moment d'hésitation, j'appuyais sur la touche Katie, j'espérais entendre le son de sa voix.

Mais là encore messagerie, je ne disais rien.

« Naomi, sa messagerie est pleine. Katie ne répond pas non plus. Peut-être, ont-elles des problèmes de réseaux. »

« Et même ! Les téléphones fixes, ça existe. Merci, à plus. »

« Naomi, attends, ... » Elle avait raccroché.

J'étais inquiet, Emily sans appeler Naomi pendant trois jours, ce n'était pas normal. Elle ne tient pas plus de 12h.

Je n'avais aucun moyen de la retrouver, je ne savais pas où la famille Fitch avait loué exactement.


Le soir Sandrine s'aperçut rapidement de mon caractère maussade et irrité.

Nous étions assis à la terrasse d'un bar et j'en étais à ma troisième vodka.

« Jules, tu as un problème ? Tu n'es plus le même. Tu ne dis rien et tu ne m'écoute pas. Je te disais que Kecchiche, il veut que nous commencions à répéter dès cet automne et le tournage devrait avoir lieu l'année prochaine.»

« Quoi ? Qui c'est ce Kecchiche ? »

« Le metteur en scène, je t'en ai déjà parlé. Il est très connu. Hé, réveille-toi. »

« Excuse-moi, je n'y suis pas. »

« Explique-moi alors ! » Sandrine s'énervait, c'est normal.

« C'est Emily, mon amie, elle n'a plus donné de nouvelles depuis plus de trois jours à Naomi, sa copine. Elle est dans le sud avec ses parents. Ça ne lui ressemble pas, je ne comprends pas. J'ai essayé d'appeler, je tombe sur sa messagerie. »

« Peut-être qu'elle a rencontré quelqu'un, l'été est propice aux amours infidèles. »

Elle riait, c'était exaspérant.

« Arrête de dire des conneries. Tu ne sais pas de quoi tu parles. » J'étais agressif, trop.

Je l'avais douchée.

« Désolé, je suis vraiment inquiet. » J'essayais de rattraper ma maladresse.

« Je comprends. » Le ton de sa voix était froid.

Je lui pris la main. « C'est mon amie, elle est importante pour moi. »

Elle retira la sienne, « Oui, je sais, c'est moi, je n'aurais pas dû plaisanter. Je vais rentrer. » Elle se leva. « On se voit demain tu m'as promis de m'amener au musée d'Orsay, n'oublie pas. » Elle me sourit mais sans chaleur.

« Attends, je te raccompagne. »

« Non, ce soir tu ne seras pas avec moi, ce n'est pas la peine. »

Je la regardais partir sans émotion, Emily était toujours la première dans mon cœur.


Wildcat! Wildcat! - Hero

Je n'avais pas envie de me coucher. Je décidais de me balader. Paris la nuit est différente. Je marchais, croisant des touristes fatigués, des SDF qui s'installaient dans des recoins d'immeubles pour voler quelques minutes de sommeil, des jeunes qui cherchaient l'ivresse et des vieux qui comme moi s'emmerdaient.

J'ai tourné des heures, sans but.

J'arrivais devant une boite de nuit branchée, il n'y avait que des filles à l'extérieur qui attendaient de rentrer. C'est normal, j'étais dans le quartier du Marais, le centre de vie des communautés gay de la ville. Le nom était jolie « Le Violette », il m'évoquait plein de choses.

Je regardais les couples, comme si je cherchais, Emily et Naomi.

Une voix me sortit de ma torpeur : « Hé, mon beau, c'est pas pour toi, ici. Va jouer plus loin. »

La femme, était grande et costaud, certainement une videuse de la boîte qui n'aimait qu'un petit con tourne dans le coin. Il faut dire que les agressions d'homo se multipliaient.

J'avais envie de lui dire : « Ma meilleure amie est gay, elle est ma vie et elle a disparu, s'il vous plait laissez-moi entrer. Elle est là, si ça se trouve. »

Mais rien ne sert de parler à un mur et Emily ne risquait pas d'être à Paris.


Je finis par rentrer chez moi, et pris une bouteille de rhum Diplomatico, qui venait directement du Venezuela, dans le bar de mon oncle.

Je dormis mal et angoissé.

Le portable vibrait. C'était la sonnerie banale, donc aucune des personnes que j'aimais qui chacune avait leur musique.

La nuit trop courte, pas envie de répondre. Putain ça insiste, fais chier. Je prends l'appareil, c'est quoi ce numéro, si c'est un commercial, je l'éclate.

« Oui ? » Prenant un ton désagréable, très désagréable.

Une voix connue était au bout du fil. « Ju, c'est moi, c'est Emily. »

« Ems, merde, putain ! » J'étais réveillé pour de bon.

« Tu m'appelles d'où ? Je n'arrivais pas à te joindre, Naomi non plus. Tu l'as eu ? Tu étais où ? Bordel, je me suis inquiété. »

C'était la petite voix d'Emily, celle qu'elle prend quand elle n'est pas sûre d'elle. « Je suis à Paris. »

« A Paris ? Avec tes parents ? Où à Paris ? » Effectivement, l'indicatif était celui de Paris, je suis nul.

J'arrêtais avec les questions, je la sentais mal à l'aise, je pressentais un problème.

« Donne-moi une adresse, je te rejoins, enfin si tu veux. »

Elle me donna un nom d'hôtel à Bastille. « Je suis là dans moins d'une demi-heure. Tu as appelé Naomi ? »

« Non, j'ai plus de batterie sur mon portable et je tombe sur une messagerie. »

« Tu l'appelleras avec le mien, j'arrive. »


Joy Enriquez - Tell Me How You Feel

26 minutes plus tard, je la serrais dans mes bras.

« Bon première chose, voici de quoi te remonter le moral. » Je glissai mon phone dans sa main.

« Tu m'expliqueras tout après, je vais prendre une douche, parce que ce matin, n'est-ce pas, j'ai une amie qui ne m'en a pas laissé le temps. »

Elle sourit, je fais bien le clown parfois.

Je la laissais tranquille avec la femme de sa vie.

L'eau coula abondamment sur mon corps autant pour me délasser que pour laisser du temps à mes amies de s'expliquer, pleurer, puis s'aimer.

En sortant de la salle de bain, je trouvais une Emily apaisée, allongée sur le lit, visiblement cela avait dû se passer comme je le pensais.

« Alors ? Vous vous êtes rassurées mutuellement ?» Je m'asseyais à côté d'elle.

« Oui » Elle me raconta comment Katie avait planqué son tel, la batterie à plat, et son erreur de numérotation quand elle avait appelé Naomi avec le téléphone de Katie.

« Donc, vous êtes à Paris depuis 3 jours mais où est Katie ? »

« On s'est disputé. Elle a pété un plomb, trainé toute une nuit seule dans Paris puis rejoint Effy à Venise sans avertir. Je l'ai cherché partout. J'ai fini par appeler ma mère hier, elle a réussi à la joindre, et m'a rassuré. Puis elle m'a filé ton number. »

« J'avais aucun numéro. Je ne me souvenais plus du tien, et je n'avais pas ton adresse. »

« Il faut pas nous en vouloir si on ne t'as pas prévenu, on voulait être entre sœur. » Elle soupira. « C'est réussi. »

« Je ne vous en veux pas, c'est normal vous avez besoin de vous retrouver toute les deux, et ça viendra. »

« Tu es un incroyable optimiste, tu me dis toujours que les choses vont s'arranger. Mais franchement, c'est une vrai salope de m'avoir fait ça. »

« Oui, je suis optimiste pour toi. Ta sœur est paumée, il faut l'aider Emily, doucement. Katie doit retrouver confiance en elle. Elle a une telle image négative d'elle même qu'elle commet des actes qui la conforte dans cette posture, tu comprends. »

« Tu as raison mais c'était particulièrement tordu. »

« Oui, je reconnais. » J'étais heureux, j'avais retrouvé Emily. Je lui prenais la main.

« Je ne savais pas qu'Effy était en Italie. Et que Katie parte la voir à Venise, c'est courageux de sa part, elle m'épate ta sœur.»

« C'est vrai mais je suis pas sûre que ce soit une bonne idée. »

« Moi, je le crois, il faut savoir vider les contentieux et tourner la page. Elle a raison. »

Emily fit une moue qui voulait dire un peut-être sans conviction.

« Bon, sinon, qu'est-ce que tu vas faire ? Rentrer sur Bristol ? »

« Bien sûr mais avant, il faut que je redescende sur Bordeaux, voir mes parents. J'ai un train demain matin.»

« Cool, alors on a du temps. Allez, je t'embarque. Tu vas découvrir mon Paris.»

« Tu n'as pas faim parce que outre la douche, je n'ai pas eu de petit déjeuner, moi ? »

« Si très. » Son sourire était revenu.


Je l'entrainais à la terrasse d'une brasserie où nous prîmes outre un petit déjeuner, un repas complet avec steak, french fries and salad with oil … d'olive et un gâteau au chocolat là-dessus.

Emily pouvait dévorer. Je me suis toujours demandé où elle mettait toute la nourriture qu'elle ingurgitait, elle, si petite et menue.

Bien sûr, j'avais oublié de prévenir Sandrine. Son message était glacé. « Je t'attends au café de la Sorbonne comme convenu, tu es où ? »

Mon appel se voulait explicatif d'une situation inattendue. Mais ma promesse d'arriver dans 30 minutes, n'eut pas l'effet rassurant que j'attendais.

« C'est ta copine. C'est normal qu'elle râle, tu lui as posé un lapin. C'est de ma faute, je chamboule tout.»

« Tu chamboules rien. Tu es contente d'être avec moi à Paris ? »

« Oui beaucoup. »

« Moi aussi, alors tout va bien ».

En allant vers le boulevard Saint Germain, je lui montrais Notre Dame, la Seine, les Quais.

Nous nous tenions par la main ou par la taille. Nous étions des amoureux aux yeux des passants. Un touriste asiatique, nous demanda la permission de nous prendre en photo, serré l'un contre l'autre sur le pont Saint Michel. Il nous dit, « Paris c'est l'amour ! » Nous éclatâmes de rire, s'il avait su.

Nous aurions dû nous séparer avant d'arriver au café. Charles était dehors à une table avec Carine et Sandrine. Une personne étrangère à mes relations avec Emily pouvait effectivement se poser des questions, mais nous avions tellement l'habitude de nous comporter comme cela ensemble et puis nous étions si heureux de nous retrouver.


Active Child - Calling In The Name of Love

Charles était ravi de rencontrer enfin Emily et dans son anglais académique, engagea la conversation. Carine avait des notions mais Sandrine aucune, elle se sentit encore plus exclue.

J'essayais maladroitement de rattraper le coup en lui parlant mais en fait, je ne savais pas quel sujet aborder.

Des amis nous rejoignirent. Nous étions plus d'une dizaine à parler anglais, français, et surtout franglais. Souvent Emily se tournait vers moi pour me demander de traduire.

Pour les convaincre qu'elle avait bien une sœur jumelle, elle sortit une photo d'elle avec Katie, elles étaient si belles toute les deux.

Du portefeuille, protégé par un étui plastique, un dessin apparut. Un dessin du visage d'Emily. Un copain des beaux-arts, David le remarqua.

« Je peux ? »

« Bien sûr. » Emily le lui montra.

Le dessin était fin, le coup de crayon précis et surtout l'expression du visage était extraordinaire, au-delà de la vérité du trait, c'était toute la personnalité d'Emily qui apparaissait. Je ne l'avais jamais vu.

David, le regarda un moment puis il leva les yeux vers Emily ; « Qui l'a fait ? »

« Ma sœur, mais elle n'aime pas qu'on en parle. Ju, tu peux traduire ? »

« Bien sûr. » J'étais scotché et sous le charme de ce dessin de Katie tout comme David qui poursuivit.

« C'est une professionnelle ? Elle expose, elle donne des cours, peut-être ? »

« Non pas du tout. Elle dessine souvent, mais elle ne veut pas que cela se sache même mes parents ne voient pas ce qu'elle fait. Pourquoi ? Tu as l'air subjugué. »

« Crois-moi ta sœur à un vrai talent. Bien sûr il faudrait que je voie d'autres œuvres mais déjà je trouve qu'elle maîtrise l'art du portrait au fusain de façon remarquable. » Ses yeux brillaient. « Tu pourrais me faire parvenir des photos de son travail, enfin si elle est d'accord. »

Emily sortit son portable. « J'ai pris, sans le lui dire, des tableaux que je trouve très beaux ».

Elle montra des aquarelles, d'autres dessins. Certains étaient réalisés avec un grand souci du détail, d'autres avec des nuances, des petites touches, où les couleurs dansaient sur la toile.

David était conquis. « Et bien si ta sœur veut rentrer aux Beaux-Arts de Paris, elle y a toute sa place. »

Emily se sentait fière de sa sœur et moi aussi, j'étais fier de Katie.


Je connaissais Charles, il appréciait Emily, sinon il ne lui aurait pas parlé autant. Il pouvait être très distant et froid si les gens ne l'intéressaient pas. Mais là, c'était un vrai moulin à parole.

Emily le trouvait très drôle. Il la faisait rire avec son air Vieille France et son accent qu'il voulait old school. Dans un mouvement inconscient, tout en riant, Emily posa sa tête sur mon épaule, mis sa main sur la mienne, je lui saisis la taille pout l'attirer contre moi. Sandrine était électrifiée.

Elle se leva et s'éloigna, j'avais compris. Je fis un signe à Ems et la rejoignis.

« Excuse-moi, mais je ne sais pas me comporter autrement avec elle. Nous sommes trop proches. »

Sa voix était calme : « Je ne sais pas si elle gay. Si elle aime une autre fille. Mais en tout cas, c'est clair, elle t'aime. Alors vous baisez peut-être pas, mais c'est tout comme. Et toi, tu n'as rien réglé, tu es totalement dingue d'elle. Il n'y aura jamais de place pour une autre femme dans ta vie, Jules. Et jamais une autre femme n'acceptera cela. »

« Mais je ne t'en veux pas, tu m'avais averti de … cette amitié. C'est dommage, j'aurais aimé découvrir les impressionnistes avec toi.»

« Je suis désolé Sandrine. » Parler ne servirait à rien. Je ne mentirais pas pour tenter de la contredire car elle avait raison.

Elle me regarda dans les yeux : « j'espère que tu trouveras le bonheur, Jules, mais j'en doute. Finalement tu es comme tout le monde, égoïste. Adieu»

Je trouvai la sortie un peu théâtrale mais je le méritais. J'avais traité Freddy de salaud pour son comportement envers Katie et je venais exactement de faire la même chose même si les circonstances étaient différentes.

Sandrine partie, Carine la suivit et Charles me fit remarquer que grâce à moi, il risquait de se retrouvait célibataire. Il courut pour rattraper Carine.

La bande se dispersa. Les conflits amoureux ne sont agréables pour personne.


Sleeping At Last performs "Turning Page"

J'amenais Ems au Jardin du Luxembourg. J'adorais cet endroit.

« Jules, tu ne peux pas foutre ta vie en l'air pour notre amitié. Ça me fait peur pour toi. Tu me disais que tu étais bien avec cette fille. Je ne veux pas jouer ce rôle, Ju. Celle qui t'empêche de vivre. Ce n'est pas la première fois qu'on en parle. En plus, je fais les choses machinalement, je n'avais pas conscience de mes gestes. »

« Assis-toi, je vais t'expliquer. » Je lui montrais un banc mais je restais debout, je me concentre mieux debout.

« Je n'aimais pas Sandrine.»

« Justement, tu ne peux pas m'aimer moi, Jules. Moi j'ai Naomi et toi tu n'as personne. A un moment même avec Naomi, il va y avoir des problèmes. Tu ne pourras pas rester toujours avec nous. Je n'ai pas envie un jour de devoir choisir car c'est Naomi que je choisirai, tu comprends. »

« Ce n'est pas toi que j'aime, non plus. Tu es mon amie. Je te l'ai répété souvent, mon amour est celui d'un ami. »

« Certes tu m'es très chère et je donnerai ma vie pour toi, mais je ne t'aime plus d'amour. Tu étais un fantasme, j'avais besoin d'aimer et je t'ai aimé avec une force incroyable. Mais notre histoire a évolué, c'était un amour d'adolescent perdu et seul. Tu as su aussi m'amener vers un autre type de relation et quand je te serre dans mes bras, j'embrasse une amie. Tu peux me croire. »

« Je peux te l'avouer, jamais je n'ai pensé à toi dans mes nuits d'amour solitaire, jamais. Tu étais intouchable. Je respecte énormément la personne que tu es. »

« Et le soir où nous avons fait l'amour, j'étais fou de bonheur mais c'est parce que j'avais brisé ma solitude. Tu étais avec moi, tu t'étais donnée à moi et je savais que c'était pour la vie. Tu m'as fait un magnifique cadeau d'amitié et je l'ai pris comme tel. » Je prenais une profonde respiration.

« Non ! J'ai compris autre chose, peu à peu, cet été et aujourd'hui, encore un peu plus. Il y a une personne dont l'image revient toujours dans ma tête, une personne qui peuple mes rêves libertins. Une personne avec laquelle, je pressens le bonheur que nous pourrions nous apporter. Une personne que je veux protéger, aimer, chérir, rendre heureuse. » J'hésitais beaucoup à donner ce nom qui m'apparaissait chaque jour avec une plus grande évidence.

Comment pouvait-elle le prendre ? Mais c'était la vérité alors …..

Emily me dévisageait. « De qui tu parles, je la connais ? »

Avait-elle compris ? Bien sûr, sinon son visage ne serait pas aussi tendu.

« Je parle de Katie. » Et d'un coup, le seul fait d'avoir prononcé son nom, je sentis mon âme s'envoler.

Emily ne savait pas quoi dire, je crois qu'elle était à la fois inquiète et incrédule.

« Katie ? Mais tu es …, vous êtes, si …. différents. Tu es sûr et puis c'est ma sœur, … jumelle, Jules, … »

« Je sais, oui, je l'avais remarqué. » Je dis cela en souriant mais je me repris, il ne fallait pas laisser de place à l'ambiguïté.

« Ok, je vais être clair tout de suite. Ce n'est pas toi que j'aime à travers elle ! D'abord vous n'êtes pas totalement similaires physiquement, j'ai toujours su vous différencier. Et vos personnalités sont distinctes. Vous n'êtes pas les mêmes personnes. Donc, il faut que tu en sois convaincue Ems, si j'aime Katie, ce n'est pas à cause de toi. Ce n'est pas pour te remplacer. C'est bien elle, Katie, que j'aime. »

« J'aime sa peau, sa démarche, sa voix, ses expressions de visage, sa façon de s'habiller, de rire, son foutu caractère. Je l'aime, c'est dingue mais c'est comme ça, je ne peux plus rien y faire. »

Emily me fixait intensément. « Je te crois, je sais que tu ne mens pas. Mais je n'aurais jamais cru que Katie puisse t'intéresser.»

« C'est ce que j'ai cru aussi, mais déjà le premier jour, elle m'intriguait. En fait, chaque fois que je pensais à elle, je croyais que c'était par rapport à toi mais je me trompais. Quand je la voyais dans mes fantasmes, ce n'est pas parce que je te respectais, c'est parce que c'est elle qui me plaisait. »

« Quand je m'inquiétais de vos rapports, je pensais aussi à elle, à ses souffrances. Quand Freddy l'a trompée, je lui en ai voulu, à ce mec, de lui avoir fait du mal. Quand Effy l'a frappée et que nous attendions qu'elle se réveille, j'ai cru devenir fou. Et quand, aujourd'hui, tu m'as dit qu'elle avait disparue, j'ai tellement eu peur de ce qui aurait pu lui arriver. »

« Je n'avais pas conscience de cela, de mes sentiments, mais chaque jour, cela devient plus clair. Je dois me rendre à l'évidence, je suis amoureux de Katie et depuis longtemps. »

« Je pense à sa solitude, je voudrais tant aller à Venise pour la rassurer. »

« Alors, fait-le, va la voir et dis-lui. »

« Non, c'est trop tôt, c'est un animal sauvage, encore plus que toi. Elle se cabrera, sa fierté rejaillira. C'est elle qui doit faire le chemin qui l'amènera à changer. Un jour je serai près d'elle, et cela sera une certitude pour nous. Si j'y allais maintenant et à supposer qu'elle me suive, elle ne saura jamais de quoi elle est capable et je crois qu'elle est capable de beaucoup de choses. Tu as entendu David. »

« Il ne faut rien lui dire. Laissons faire la vie. Cela peut prendre du temps mais tant pis, j'attendrai. »

Je marchais de long en large, Emily se leva, me prit dans ses bras et là toutes mes angoisses s'évanouirent.

« Tu m'étonneras toujours, tu es un être rare. »

Cela faisait deux fois que l'on me le disait.

« Ne flatte pas trop mon orgueil. Mais tu n'y feras aucune allusion devant elle n'est-ce pas ? C'est comme pour la peinture, ne lui en parle pas, pour cela aussi, il faut qu'elle y vienne par elle-même.»

« Je me demande si tu ne la connais pas mieux que moi. » Emily me prit la main.

« Je crois que nous la connaissons bien tous les deux parce que nous l'aimons.»

« Viens on va monter en haut de la Tour Eiffel et voir le soleil se coucher sur Paris. »

Dire la vérité peut faire tellement de bien.


Nous achetâmes dans une pâtisserie une grande boîte de petits gâteaux de soirées qui se mangent en une seule bouchée. Nous avions du chocolat et de la chantilly sur le menton et le nez. Les doigts collés de sucre, c'était bon.

Au plus haut de la Tour Eiffel, le soleil nous enveloppa de ses rayons rougeoyants. Nous étions libres et heureux. Crevés également mais je lui montrais encore la Pyramide du Louvre et les Champs Elysées.


Elliot Moss - Slip

Arrivés à l'hôtel, nous nous allongeâmes sur le lit, épuisés.

« Tu as ton train de bonne heure, allez dodo. »

« Tu restes avec moi cette nuit ?»

« Pour moi la question ne se posait pas. » « Tu me connais un vrai pot de colle, ma pauvre, tu vas m'avoir sur le dos jusqu'à la fin de tes jours.»

Elle fit une grimace très imagée.

Je ris : « Tu ressembles à une gargouille de Notre Dame »

Et devinez ? Elle me bourra de coup de poing.

Elle retomba sur le dos, son regard se figea vers le plafond.

« J'étais mal hier, j'ai cherché Katie partout.»

Lorsque Emily commençait une conversation de cette façon, c'est qu'elle voulait dire une chose importante mais qu'elle hésitait.

« Oui, c'est normal et … donc »

Elle se donna du courage. « J'ai rencontré une fille dans un bar, j'étais malheureuse, elle était sympa et puis Naomi ne m'avait pas rappelé. Le soir, elle m'a amené dans une boîte mais …» son débit s'accéléra : « il ne s'est rien passé entre nous ».

«Je le sais Ems, pas besoin de me le dire. »

« Juste, je me sentais seule. C'était une boîte gay, j'étais à l'aise, je n'avais pas à tricher.»

« Je comprends. »

« Mais je me dis que pour Naomi, je n'aurai pas dû. En plus les filles étaient très libres entre elles, tu vois. »

« Oui, j'imagine. Mais tu n'as rien fait de mal, tu as seulement passé une soirée dans un club gay. Et quoi qui se soit passé, ça ne regarde que toi. Ce qui importe c'est l'amour que tu portes à ta chérie et que tu sois honnête envers toi-même. »

« J'ai eu peur, elles faisaient l'amour devant moi. J'avais bu, pris de la coke, et je ne me contrôlais plus, j'étais excitée, j'ai jouie. J'ai pensé très fort à Naomi. Je me suis presque enfuie de la boite. Une fois dehors, je me suis senti libérée mais triste de ce que j'aurais pu faire.»

« Un amour doit, peut-être, traverser des épreuves pour se fortifier, Ems. »

Elle se cala contre moi, elle avait besoin de se rassurer. « Dans deux jours tu la serreras dans tes bras et vous ferez l'amour comme jamais vous ne l'avez jamais fait. »


Le lendemain matin, je l'accompagnais à la gare Montparnasse.

«Tu rentres quand sur Bristol, Ju ? »

« Assez vite, je pense. Plus rien ne me retiens ici et puis, Bristol me manque, ma moto et surtout vous tous. »

« Pour ce que tu m'as dit hier, tu ne vas pas être malheureux. J'aimerais pas que tu souffres à cause de Katie.»

« Non, je sais que j'y arriverai, c'est écrit dans les étoiles. J'ai lu mon horoscope et il est noté : « vous aurez pour belle-sœur, une enquiquineuse », or des comme ça, je n'en connais qu'une. »

Elle me sourit. « Moi, ça me plairait que tu sois mon beau-frère. J'espère que Katie ne sera pas con et finira par comprendre. Et merci, la journée était géniale.»

« Tu reviendras à Paris avec Naomi et là, je vous ferai faire le grand tour. »

Elle me fit un dernier coucou à travers la vitre et le TGV m'enleva mon amie.

L'été n'était pas totalement terminé mais je pensais déjà à la rentrée. Que nous réservait cette nouvelle année ? La dernière avait été déjà mouvementée, devais-je appréhender la suivante ? Comment sera ma vie dans un an ? Finalement il y a avait tant de possibilités que c'était excitant.

Bristol, putain, tiens-toi bien, je reviens.