Disclaimer : évidemment, tous les personnages et lieux qui vous sont familiers appartiennent à J. K. Rowling.

Humphrey le Boggart

OS rédigé pour un jeu du FoF, en 1 heure.

Thème 5 : Joker

Comment devient-on un Boggart ? Est-ce qu'on naît ? Est-ce qu'on mue ? J'en sais fichtrement rien. Ce que je sais en revanche, c'est que j'aurais mille fois préféré être un esprit frappeur, un fantôme ou même une goûle.

A l'état naturel, si je puis m'exprimer ainsi, un Boggart ressemble à une sorte de nuée grisâtre, sans forme bien définie, tapie au fond d'un tiroir ou d'une armoire, dans un coin sombre, derrière un rideau. Dans cet état (si tant est qu'on puisse qualifier cela d'un état), il ne se passe rien. Je ne peux même pas vous dire si on pense à quelque chose. Non, je ne crois pas. On attend, on se tourne les pouces (au figuré, bien sûr), en espérant qu'un imprudent ou un imbécile aura la lumineuse idée d'ouvrir l'armoire ou d'écarter le rideau. Et là, ta-daaaaaa ! On entre en scène.

Ça c'est le côté fun de l'existence. Le moment où on sent la peur et où on s'imprègne des craintes de notre victime. Il y a une véritable jouissance à voir les yeux s'emplir d'effroi, à entendre le cri strident, et même, à assister à l'évanouissement du sujet. Pour peu qu'un autre arrive pour lui porter secours, c'est la cerise sur le gâteau, et on remet ça. Le mieux quand même, c'est quand la victime prend conscience qu'il a affaire à un Boggart et qu'il lutte. Ah ! Mais nous savons ce qui vous fait peur et nous nous infiltrons dans la moindre faille. Parfois nous nous amusons à jouer les vaincus, pour procurer un faux sentiment de sécurité à la victime, avant de revenir en force. En général, c'est là qu'ils craquent.

Evidemment, il y a de tout. Il y a ceux qui ont peur des vampires, ceux qui ont peur du loup, ceux qui craignent les serpents, ceux qui ont peur de l'eau. Ça, ce n'est pas très drôle, mais croyez-moi, ils sont nombreux. Du coup, on se transforme en mare et on attend. C'est moyen, si vous voulez mon avis.

Beaucoup crient un peu et passent leur chemin. Boggart = 1, sorcier = 0. Quelques uns ont appris le sortilège du Riddiculus, mais encore faut-il qu'ils s'en souviennent et qu'ils l'exécutent correctement. Chaque bégaiement renforce mon incarnation, chaque mouvement de baguette fautif fait avancer un peu plus Dracula, les crocs dégoulinants de sang.

Je n'aime pas le sortilège du Riddiculus. C'est toujours humiliant d'être forcé à se transformer en quelque chose de risible et d'entendre les rires idiots de ceux qui criaient deux minutes auparavant. Ah, vous faisiez moins le fier, tout à l'heure ! Bon, bah puisque c'est comme ça, j'en ai assez, je boude. Deux minutes de plaisir pour des heures, des jours, des semaines peut-être, d'inertie en attendant le prochain gogo.

Je plains sincèrement ceux qui ont échoué dans des vieilles demeures dont personne ne veut, fermées depuis des années. On ne peut tout de même pas se faire peur à soi même, et se transformer en chat pour faire cavaler une souris n'est pas très gratifiant. J'ai eu de la chance, je le reconnais, d'avoir été découvert par un homme aussi sociable que celui qui m'a ramené dans ses bagages. Lui-même est loup-garou à ses heures, alors la peur, il connaît et puis il n'est jamais blessant. Ridiculiser la lune en lui faisant prendre l'aspect d'une baudruche reste tolérable et puis je prends cela comme un mal pour un bien. J'accepte ce léger rabaissement, en échange des peurs toutes fraîches des centaines d'enfants de ce château. Aaaah… jeunes, inexpérimentés, et si faciles à effrayer.

Celui-là, par exemple a une peur qu'il ne surmontera pas rapidement. Un Détraqueur… ça, j'ai de beaux jours devant moi et c'est une transformation aisée. Il ne crie malheureusement pas beaucoup, mais s'évanouit facilement. Celle-ci, mais elle est jolie comme un cœur ! Qu'est-ce que ce sera pour vous, ma belle ? Un cafard ? Ah, les filles ! Bon, allez, un gros alors… ah mais elle est partie ? Jolie voix, de beaux aigus… Au suivant ! Mademoiselle ? Une fraise ? Une FRAISE ? Son subconscient m'envoie l'image d'un engin métallique qui tourne en faisant un bruit à faire grincer des dents. Je n'aime pas les moldus : comment voulez-vous que je me transforme en quelque chose que je ne connais pas ? Bon, là, ça ne te fais pas peur ? Bah laisse la place aux autres, alors ! Ah, l'araignée ! Elle a toujours du succès. Allons-y une grosse, énooooorme, bien velue, avec des grandes pattes.

« Riddiculus ! »

Aïe ! Flute ! Aïe ! Mais qu'est-ce qu'il m'a attaché aux pattes ? Des patins à roulettes ? Il est fou ? C'est un pervers !

Oh, un bon candidat. Viens mon enfant, c'est ça, approche. Prends ton temps, ne trébuche pas. Hum… un professeur ? Ah, devenons un sorcier pour quelques instants. Hum, dommage qu'il n'y ait pas de miroir : j'aimerais contempler ma haute taille et ces habits noirs. Très seyant et un bon départ pour effrayer. Je sens mon visage prendre une expression dédaigneuse et je fixe derrière de grandes mèches de cheveux noirs le garçon qui recule de deux pas pour chaque pas que je fais en avant. Comme j'aimerais rencontrer ce professeur. Un bon sujet d'inspiration, vraiment.

« Ridd… »

C'est ça mon petit. Bien essayé, mais l'incantation est tronquée.

« Riddiculus ! »

Pas mal, mais le mouvement de baguette est fautif. Héhéhé.

« Riddiculus ! »

Non.

Non. Je refuse.

Non. Pouce, je ne joue plus ! Joker ! Jokeeeeer !

Malgré tous mes efforts, je sens mes habits se transformer et ma démarche s'altère, entravée par une robe trop étroite. Un truc poilu et qui sent la naphtaline s'est mis autour de mon cou. Pouah ! Une tête de renard ! Non, pas de chapeau, je n'ai pas une tête à chapeau !

Et ils rient ! Pas seulement le petit morveux devant moi, mais tous ! Le loup-garou aussi ! Tu riras moins à la prochaine pleine lune, ça c'est moi qui te le dis !

Ah ! La cloche ! Laissez-moi rentrer dans mon armoire ! Je n'ai jamais été aussi humilié de ma vie ! Je vais peut-être postuler pour un vieux manoir abandonné, finalement…