Chapitre 10 :

L'attente était interminable. Les heures défilées et ils n'avaient toujours aucune nouvelle de Don. Le silence régnait en maître, seulement troublé par de ponctuelles petites conversations sans importance, juste pour se distraire un peu.

La jambe de Charlie ne cessait de sautiller nerveusement. N'en pouvant plus, Amita posa fermement sa main sur son genou pour le forcer à ne plus bouger.

« Arrêtes Charlie. Tu me rends encore plus nerveuse. »

- « Désolé mais je n'en peux plus d'attendre. C'est encore plus atroce que je l'avais imaginé. »

« Je sais. Nous sommes tous nerveux. Regardes Larry, il joue avec le téléphone de Megan. Lui qui déteste ces gadgets. »

Dans des circonstances plus heureuse, Charlie se serait moquer de son ami mais il n'était pas d'humeur. Il se contenta de prendre la main d'Amita et s'efforça de prendre son mal en patience.

L'attente continua encore plus d'une heure jusqu'à ce que le médecin Thomson fasse son apparition. Alan et Charlie bondirent de leurs chaises, Larry réveilla Megan et serra sa main ainsi que celle d'Amita, tandis que David et Colby se levèrent également de leurs fauteuils mais incapable de faire un pas en avant. Il n'y avait plus aucun bruit, toutes les respirations étaient en suspend. Le temps semblait s'être arrêté. Charlie essayait de lire sur le visage du neurochirurgien mais ce dernier restait impassible. Tellement impassible que Charlie en eut une nausée écœurante. Ce masque professionnel bien en place ne pouvait signifier qu'une seule chose. L'opération avait échouée.

« M. Eppes, si vous voulez bien venir dans mon bureau avec votre fils, je souhaiterais vous parler en privé. »

« Ces personnes sont de très bon amis de Donnie. Vous pouvez parler en leur présence. » Répondit Alan, la gorge incroyablement serrée.

Le neurochirurgien regarda une nouvelle fois le reste du groupe et hocha la tête dans un signe d'accord. Un imperceptible soupir de soulagement s'échappa des lèvres d'Amita, de Larry et de l'équipe de Don. Ils étaient aussi impatients que Charlie et Alan et n'auraient pas supportés de devoir attendre plus longtemps. Charlie sentait ses jambes céder. Il se raccrochait désormais à un infime espoir. L'opération avait échouée, c'était une chose. Mais cela ne voulait pas pour autant dire que Don était mort. Le docteur Thomson regarda tour à tour les deux hommes Eppes. Il avait trente ans de métier derrière lui et il ne s'était toujours pas habitué aux regards remplis d'espoir des familles dirigeaient vers lui alors qu'il n'y en avait plus.

«Je suis vraiment désolé. J'ai malheureusement une très mauvaise nouvelle à vous annoncer. Don nous a quittés il y a vingt minutes. Nous avons fait tous ce qui étaient en notre pouvoir pour le sauver mais nous avons sous estimé la tumeur… »

Les lèvres du médecin continuaient à bouger mais Charlie n'entendait plus rien. Il avait mal compris, c'était la seule explication qu'il était disposé à entendre. Les nombres étaient en leur faveur. Mais beaucoup plus que les nombres, il avait confiance en son frère, l'invincible Don. Il ne pouvait pas ne plus être là. Il secoua sa tête en appelant à l'aide son père du regard mais ce qu'il vit le rendit encore plus pétrifier qu'il ne l'était. Le visage d'Alan était serein, résolu. Ses mots étaient comme des jets de piquets de glace :

« Tu sais ce que disait toujours ton frère, Charlie. Un jour, on gagne. Un jour, on perd. Aujourd'hui, Donnie a perdu. Nous ne pouvons plus rien pour lui.»

Les yeux de Charlie sortirent de leurs orbites. Il n'y avait même pas une seule trace d'émotion dans la voix de son père.

« Papa, Don est mort ! Comment peux-tu rester aussi froid ?! » N'obtenant aucune réponse, Charlie secoua le bras de son père pour le faire réagir : « Tu comprends ce que je dis ?! Donnie est mort ! »

Une main douce débarqua par derrière sur l'épaule de Charlie. Surprit par ce contact doux, le jeune génie se retourna et se retrouva noyer dans les yeux noirs de son frère. Il ne sut pas s'il devait rire ou pleurer.

« Don ? C'est bien toi ? » Il approcha sa main du visage de Donnie pour s'assurer qu'il n'hallucinait pas. Don le laissa faire en couvrant la main de son petit frère avec la sienne.

« Papa a raison. J'ai perdu. Personne ne peut plus rien pour moi. »

« Tu te trompes, Donnie. Je suis là, moi. Je suis sûr que je peux… »

« Non Charlie. Toi aussi tu ne peux plus rien pour moi. S'il te plaît ne m'en veux pas. Je n'ai pas voulu te laisser mais cette tumeur était plus forte que moi. Ne t'inquiètes pas, je ne suis pas seul. Maman est venue me chercher. »

Comme par magie, Margaret apparut à côté de Don et caressa le visage de son plus jeune fils.

- « Donnie ira bien, mon cœur. Je vais bien m'occuper de lui. Nous avons du temps à rattraper tous les deux. »

- « Qu…quoi ? Non ! Tu ne peux pas l'emmener ! »

Charlie agrippa son frère comme s'il pouvait réellement l'empêcher de s'en aller. Des mains essayèrent de l'écarter mais sa poignée était ferme.

« Tu dois laisser partir Donnie, Charlie.»

A la fois surprit et furieux par l'attitude de son père, Charlie desserra involontairement sa prise et Donnie en profita pour s'échapper.

- « Papa et maman ont raison. Tu dois me laisser partir. »

Une lumière blanche aveuglante commença à faire son apparition derrière Don et Margaret.

- « Je veillerai sur toi de là haut, p'tit frère. »

Charlie regarda alternativement ses parents et son frère avec stupeur, surtout son père.

« Papa ! Il ne peut pas nous laisser ! Fais quelque chose !»

« Non Charlie. J'ai promis à ton frère de faire ce qui est le mieux pour lui. Et le mieux est que ta mère l'emmène. »

Margaret prit la main de son fils aîné et ils commencèrent à être emporter par la lumière.

« Merci papa. Charlie, tu t'occuperas bien de papa, d'accord ? »

« Non ! »

« Bien sûr que si. Ce n'était pas vraiment une question. Je sais que je peux te faire confiance.»

« Non ! Don ! »

Charlie voulait courir vers eux mais Alan le retenait par la taille. Donnie et Margaret adressèrent un dernier au revoir et disparurent à jamais.

« Don ! »

« Charlie !»

« Don ! »

« Charlie, réveilles-toi, tu fais un cauchemar. »

Les supplications d'Amita restèrent sans effet. Charlie continuait de se débattre contre les mains de son père.

« Charlie ! »

La réalité parvenant enfin à reprendre le dessus, Charlie ouvrit ses yeux en criant le prénom de son frère. Son cœur battait la chamade, rendant difficile la reprise du contrôle normal de sa respiration. Il lui fallut un petit moment pour comprendre qu'il venait de faire un rêve. Il essuya la sueur sur son front avec sa manche et regarda autour de lui. Ils étaient toujours dans la salle d'attente. La lumière extérieure indiquait que l'après-midi touchait à sa fin. Son père et Amita l'observaient avec des yeux de faucons.

« Tu te sens bien ?» S'enquit Alan.

« Oui. Oui, je vais bien. J'ai juste fait un mauvais rêve. »

« Il devait être effrayant. Nous n'arrivions pas à te réveiller, Amita et moi. »

« C'était tellement réel. » La voix de Charlie en tremblait encore.

« Tu veux nous en parler ? Ça te fera du bien. » Lui proposa Amita.

Charlie considéra la proposition mais un regard sur son père l'incita à la refuser. Alan était épuisé, physiquement et émotionnellement. Ses nerfs étaient au bord de la rupture. Il avait besoin de réconfort. Pas d'entendre qu'il avait rêvé que Donnie était mort. Charlie jeta à nouveau un coup d'œil autour de lui. Il s'aperçut que Megan, David et Larry étaient absents et Colby était debout devant la fenêtre, perdu dans ses pensées. Il ne semblait pas avoir entendu ses cris.

« Où sont passés Megan, David et Larry ?»

« David et Larry sont partis à la cafétéria et Megan avait besoin de se rafraîchir un peu. Ils devraient revenir bientôt», le renseigna Amita.

« Il est quelle heure ? »

« Un peu plus de 17 heures. » Soupira son père en se frottant les yeux.

« Ça va papa ? »

Alan appuya le dos de sa tête contre le mur et ferma les yeux.

- « Je me sens comme si je pouvais dormir une semaine sans me réveiller. »

- « Tu devrais essayer de dormir un peu. Je te réveillerai si on a des nouvelles. »

- « Merci Charlie mais je n'arriverais pas à dormir tant que je ne sais pas que Donnie va bien.»

« L'opération doit durer 10 heures environ. Don est en salle d'opération depuis un peu plus de 9 heures. C'est plutôt bon signe. »

Alan resta silencieux si longtemps que Charlie pensa qu'il s'était endormi finalement. Mais Alan chuchota faiblement :

« Oui. C'est plutôt bon signe. » Convint-il, même s'il pressentait le contraire. « C'est dur de rester ici sans savoir ce qui se passe. » La voix d'Alan se fana et Charlie s'aperçut qu'il s'était réellement endormi cette fois-ci.

L'attente dura encore deux heures. Alan n'avait pas dormi longtemps. A peine un quart d'heure. David et Larry avaient ramenés de la nourriture et du café de la cafétéria. Personne n'avait faim mais tout le monde mangea tout de même. Ils ne savaient pas combien de temps l'attente allait encore durer et ils n'avaient pas mangés à midi. Avoir quelque chose dans l'estomac les aiderait à garder des forces. Puis Megan s'était endormie en se servant des genoux de Larry comme oreiller et celui-ci jouait avec un téléphone portable. Une désagréable sensation de déjà vu s'empara de Charlie. Plus les minutes passaient, plus tout se déroulait comme dans son cauchemar. Il sentit Amita poser une main ferme sur son genou.

« Arrêtes Charlie. Tu me rends encore plus nerveuse. »

Charlie s'apprêtait à s'excuser comme dans son rêve mais il fut interrompu par l'arrivée du docteur Thomson dans la salle d'attente. Il crut qu'il allait s'évanouir. Le visage du neurochirurgien était impassible. Le masque professionnel, celui qui signifiait que l'opération avait échoué, était bien en place, prêt à l'emploi. Malgré sa stupéfaction, Charlie bondit en même temps que son père de sa chaise. Il n'avait pas besoin de regarder le reste du groupe pour savoir que Larry réveillait Megan et serrer sa main ainsi que celle d'Amita et que David et Colby s'étaient aussi levés de leurs fauteuils, incapable de faire un pas en avant.

« M. Eppes, si vous voulez bien venir dans mon bureau avec votre fils, je souhaiterais vous parler en privé. »

« Ces personnes sont de très bon amis de Donnie. Vous pouvez parler en leur présence. » Répondit Alan, la gorge incroyablement serrée.

Le neurochirurgien regarda une nouvelle fois le reste du groupe et hocha la tête dans un signe d'accord. Comme il s'y attendait, Charlie entendit l'imperceptible soupir de soulagement s'échappait des lèvres d'Amita, de Larry et des trois agents. Il sentit ses jambes céder et il se raccrocha à un infime espoir. L'opération avait échoué, c'était une chose. Le rêve en était une autre. Cela ne voulait pas pour autant dire que Donnie était mort. Le docteur Thomson regarda tour à tour Charlie et Alan. Il avait trente ans de métier derrière lui et il ne s'était toujours pas habitué aux regards remplis d'espoir des familles dirigeaient vers lui.

- « Je suis…»

A suivre