Renaissance

Chapitre 10 : de l'histoire à la légende ... du passé au présent ...

Ulquiorra se redressa comme un ressort sur le petit lit de la cellule. Il toucha son front et essuya les quelques gouttes de sueur qui s'y étaient formées. L'impression désagréable restait encore présente, même si elle était ténue. Un massacre, des cris, du sang, des plaintes ... une douleur immense ... Le malaise se dissipait doucement, le poison s'était complètement dilué dans ses veines à présent. Mais il doutait que son impression faisait suite à l'empoisonnement de Kurotsuchi. C'était une réminiscence de son passé d'humain, il en était de plus en plus persuadé. Son regard coula de ses doigts aux caméras.

Il avait entendu les légers cliquetis de leurs déplacements. Byakuya avait du quitter la tour et redonner la main aux gardes. Dans quelques heures il devrait faire connaître son choix et il espérait que Kurosaki avait réussi à trouver quelque chose. Il ne pourrait gagner beaucoup plus de temps. Si le Gotei 13 l'emmenait au procès, son sort serait scellé et il ne pourrait plus quitter le Sereitei. Sauf si l'un des Capitaines descellait son Zanpakuto ; autant dire que les chances étaient nulles.

Orihime. Son visage souriant passa devant ses yeux suivit par ce même visage hurlant de douleur lorsque l'autre Hollow lui avait planté ses dents dans son cou. Ses doigts se crispèrent sur son vêtement blanc. Le kimono noir des Shinigamis lui avait été retiré à son arrivée dans la tour. Même emprisonné, il se sentait plus libre dans cette tenue qui lui rappelait son uniforme blanc d'Espada. Il espérait que Kurosaki avait toujours ses dons et les aurait tant qu'il serait bloqué ici. S'en remettre à cet agité lui était difficile, pourtant il n'avait eu d'autre choix.

La porte s'ouvrit, laissant apparaître Byakuya, toujours droit comme un I. Il n'avait donc pas quitté la tour. Etrange. Byakuya lui rendit sa tenue et son sabre noir de Shinigami.

- Je reviens dans une heure pour t'amener devant le Conseil. Sois prêt.

Il repartit aussitôt, laissant Ulquiorra à nouveau seul. Le malaise le reprit. La Femme était en danger, il en était certain et il ne pouvait rien faire. Pour la première fois depuis qu'il était un Espada, il se sentit inutile et cela lui était intolérable.

à Karakura

Ichigo se rendit très tôt chez Urahara. Il devait y rejoindre Orihime. Chad et Ishida n'étaient toujours pas de retour et cela l'ennuyait. L'intelligence d'Ishida et la force tranquille de Chad leur aurait été utiles.

- Kurosaki-kun !

Il sursauta et se retourna en souriant à l'appel joyeux de son amie. Son visage était souriant. A peine avait-elle les yeux un peu cernés, preuve de sa fatigue. A ses yeux elle était restée la même qu'avant. Qu'avant la rencontre avec Rukia, qu'avant les Arrancars, qu'avant le retour de Ulquiorra à la vie.

- Tu as bien dormi, s'enquit-elle gentiment.

- Mieux que toi sans doute, est-ce que je me trompe ?

- je viens bien ! S'empressa-t-elle de le rassurer, un peu trop vite à son goût.

Yoruichi leur ouvrit et les invita à rentrer et les devança jusqu'à la bibliothèque où Kisuke travaillait déjà. Ou plutôt où il travaillait encore. Ses cernes étaient marquées. Il avait du passé la nuit penché sur ses livres.

- Ah bonjour ! Prenez place où vous pouvez. J'ai trouvé plusieurs choses, enchaîna-t-il aussitôt. Plusieurs autres documents sur la religion chrétienne, enfin surtout la catholique, sur leur relation Dieu, son fils, les anges et le diable et sur les missions d'évangélisation au Japon. C'est passionnant en fait !

Yoruichi soupira discrètement et se tenait debout adossée à la porte fermée. Orihime lut plusieurs passages entourés par Kisuke, Ichigo y jeta un oeil avant de se relever.

- Un rapport avec le bâtiment ou Ulquiorra ?

- Oui ! Plusieurs ! Ce livre parle de l'évangélisation de notre ville de Karakura. Les derniers vestiges de ceci sont l'Eglise, le cimetière qui l'entoure et la colline des larmes de sang.

- La colline des larmes de sang ? Jamais entendu parler de ça !

- Elle a été rebaptisée. C'est la colline opposée à celle que surplombe l'Eglise. Au temps de la construction de l'Eglise un petit village s'y trouvait. Il a été détruit durant une nuit. D'après ce livre, il s'y est passé quelque chose de terrible une nuit et le village a disparu dans un incendie suite à cette nuit. Plus jamais personne n'osera y construire une seule habitation. Les lieux sont paraient-ils hantés depuis cette date. C'est dans ce livre de légendes ...

Ichigo fronça les sourcils.

- Une légende ? C'est pas de l'invention ça ?

- Les légendes sont souvent des déformations enjolivées de la réalité. Elles sont racontées encore et encore. Puis la vérité historique disparaît progressivement, laissant place au seul conte.

Orihime s'était saisie du livre de contes et légendes.

- Le livre raconte qu'un démon vengeur à tête humain a massacré tout un village, tuant indifféremment hommes, femmes et enfants. Tous sans exception. Une fois la tâche achevée, il aurait peint des croix chrétiennes renversées sur chaque mur de chaque maison. Puis il a mis le feu à chaque maison. Ensuite il se serait envolé dans les airs, dans la fumée et aurait disparut. Les villages avoisinant seraient venus à la rescousse mais trop tard. Tous les villageois avaient péri.

Elle s'interrompit.

- Il paraît que les soirs clairs, on pouvait apercevoir le démon sur le toit de l'Eglise, sa longue queue s'enroulant autour de la croix, guettant les villageois qui se perdaient près de l'Eglise pour les chasser et les tuer. Progressivement l'Eglise fut abandonnée.

Kisuke se gratta la tête.

- il doit y avoir un fond de vérité car j'ai trouvé ceci dans l'histoire de Karakura. Quelques années après la construction de l'Eglise où nous nous trouvions hier, le Shogun a commencé à douter des intentions soi-disant pacifiques des missionnaires espagnols et portugais. Le Japon s'est progressivement refermé aux autres pays et une grande purification religieuse a commencé. Karakura n'était qu'un des villages qui se trouvaient à proximité de l'Eglise. Mais les nobles de la région étaient très à l'écoute du Shogun et pour lui plaire, ont commencé une purification plus dure qu'il ne le demandait. Des missionnaires ont été arrêtés, torturés et mis à mort. L'Eglise a été brûlée et abandonnée, des tombes profanées. C'était une période particulièrement barbare. D'après ce livre, toute la mission qui se trouvait dans cette paroisse a été décimée en une nuit.

- Quelle horreur, murmura Orihime.

- Oui. Il n'y a rien en revanche sur la colline des larmes de sang. Ça c'est la légende. Et là nous avons l'histoire. Et les deux se croisent.

- Un rapport avec Ulquiorra ? Demanda Ichigo la tête posée sur son poing.

- je le crois. Nous devrions retourner là-bas. Il fait jour à présent. Je pense que nous trouverons d'avantage d'information dans les murs de l'Eglise et peut-être dans le cimetière. Ensuite nous pourrons nous rendre sur cette colline.

Yoruichi attendit que Ichigo et Orihime soient sortis.

- je n'aime pas ça, Kisuke. J'ai un mauvais pressentiment. Le Hollow que nous a décrit Orihime peut très bien encore être là-bas et nous attendre. Il peut s'en prendre à elle et je ne comprends pas qu'il puisse se rendre invisible à notre perception.

- Je sais tout cela. Mais je crois que c'est la meilleure piste pour le moment. Tenons-nous prêts à toute éventualité.

Ils arrivèrent devant l'Eglise qui paraissait bien moins imposante qu'en pleine nuit. Sa taille était même modeste. Le cimetière était moins sinistre également. Ils entrèrent dans un grincement de porte dans la nef et s'arrêtèrent devant des vitraux abimés. Il y a avait eu quelques travaux de restauration après la seconde guerre mondiale car ce bâtiment de pierre avait été l'un des rares à rester debout. Cette ténacité à ne pas plier sous les bombardements alliés avait impressionné les habitants de Karakura.

Ils observèrent les vitraux et les sculptures. Kisuke les guidait grâce à son livre de théologie. Il y avait les saints, le fils de Dieu, Dieu, la colombe, la Vierge Marie, quelques apôtres. Rien de spécifique aux évènements décrits dans le manuel d'histoire. Ils arpentèrent durant deux bonnes heures l'Eglise dans tous les sens, jusqu'à la sacristie. Les vitraux étaient moins lumineux que dans la nef ou dans le choeur. Quelques touches rouges, jaunes ou vertes insistaient sur la couleur d'une coupe, d'une croix ou d'herbe ... ou de flammes. Ichigo baillait bruyamment devant le plus petit des vitraux lorsqu'il avisa la couleur rouge des flammes entourant des croix jaunes sur un fond vert.

- Des flammes, là ! S'exclama-t-il en regardant de plus près.

Les trois autres se rapprochèrent. Kisuke le poussa légèrement et examina le vitrail plus avant.

- Je crois que tu tiens quelque chose ; ce sont des crucifixions de prêtres. C'est la communauté qui a été torturée et brûlée.

- qui a pu réaliser cet ouvrage alors qu'il étaient tous morts ? C'est récent ?

- la restauration des couleurs est relativement récente. Mais je dirai que l'assemblage et la création du vitrail sont d'époque.

- Les habitants ? Avança Yoruichi.

- Non. Personne n'aurait osé aller à l'encontre des nobles de l'époque.

- d'autres missionnaires ou des rescapés ?

- Peut-être. Je ne sais pas.

Orihime passa sa main contre le verre froid et pas tout à fait lisse. Les angles étaient cassés et l'on ne pouvait plus distinguer la signature qui normalement devait être en bas, comme sur les autres.

- Tentons le cimetière. Nous y trouverons peut-être autre chose, avança Ichigo qui lisait la déception dans les yeux de son amie.

- Oui.

Il errèrent entre les allées de l'ancienne partie mangés par les mauvaises herbes. Plusieurs pierres tombales étaient renversées, brisées en deux ou plusieurs morceaux. La pluie, la neige et le gel avaient rongé la pierre et les inscriptions. Mais tout ceci ne remontait pas à la période des faits racontés par Kisuke. Yoruichi plissa les yeux. Un sentiment de malaise la gagnait. Elle se sentait observée et cela ne lui plaisait pas du tout.

Kisuke comprit son avertissement silencieux et prit sa canne à la main, écartant avec son aide quelques ronces qui couraient le long du bâtiment, le long de la sacristie. Elles étaient prises autour d'une pierre allongée au sol. Sur celle-ci, la trace d'une ancienne pierre qui se dressait sans doute vers le ciel était encore visible. Quelques lettres latines étaient tout juste encore lisibles. Et là, juste à droite de ces écritures au bas du monument une date. 1666.

- Là, leur désigna Kisuke. Je doute que ce soit une coïncidence.

- Orihime s'agenouilla à terre et laissa ses doigts errer sur les chiffres. Les mêmes que ceux tracés avec le sang d'Ulquiorra sur son miroir. A côté des chiffres, une croix.

- Cela symbolise la date de la mort dans la religion catholique, expliqua Kisuke.

- Tu saignes Orihime, remarqua Yorichi.

- J'ai du me piquer avec les ronces, ce n'est ...

- tu plaisantes ! C'est bien plus que quelques gouttes à cause d'une épine ! Cria Ichigo en relevant la jeune femme et en lui tournant les paumes vers le haut.

Deux plaies rondes s'y étaient formées et saignaient doucement mais continuellement. Il tourna sa tête pour examiner son cou et vit les deux marques laissées par le Hollow commencer à saigner également.

- Qu'est ce que ça veut dire ?

Yoruichi leva la tête et vit une ombre se déplacer au-dessus d'eux, sautant du toit de la sacristie au clocher. Les cloches se mirent à sonner, les enveloppant d'une ambiance sinistre. Les plaies d'Orihime se mirent à saigner plus fort et Kisuke s'empressa de déchirer une partie de son manteau pour lui bander les mains et le cou. La jeune femme invoqua son pouvoir de guérison mais cela ne servit à rien.

- Orihime, ça va ? Demanda Ichigo.

- Oui, je ne sens rien ... ça ne fait pas mal mais je n'arrive pas à l'arrêter.

Yoruichi s'envola dans les airs à la recherche de l'ombre. Avec souplesse, elle se rendit dans le clocher et silencieuse comme un chat, longea les murs. Rien à part ce maudit bruit qui la désorientait. Puis d'un coup elle se sentit entrainée vers le haut et prit un coup dans le ventre qui la plia en deux et la propulsa au sol, enfonçant deux bancs de bois qui cédèrent avec fracas. Kisuke, resté à l'extérieur, sentit le reiatsu de Yoruichi fléchir.

- Kurosaki ! Reste avec elle ! Je vais voir ce qui se passe !

Il dégaina son sabre et courut jusqu'au clocher, passant au travers un vitrail pour entrer dans le choeur. Il atterrit sur l'autel et vit Yoruichi qui se relevait péniblement. Il leva la tête et observa les cloches qui résonnaient toujours.

- ça va ?

- Un peu endolorie mais rien de cassé hormis mon amour-propre. Il y a quelque chose là-haut ou quelqu'un.

- Le Hollow ?

- Sans doute ... mais je ne l'ai toujours pas ressenti ...

- Intéressant !

- ...

Ils levèrent la tête et revirent une ombre se précipiter au-dehors et disparaître. Ils reprirent le même chemin que Kisuke et se retrouvèrent à côté d'Ichigo soutenant Orihime. Les bandages étaient déjà rougis.

- ça ne s'arrête pas, leur apprit-il visiblement inquiet.

- tu n'as rien vu passé ? Rien ressenti ? Lui demanda Yoruichi tout en scrutant les environs avec précision.

- Non !

- c'était lui ? Questionna Orihime.

- sans doute. Il faut qu'on te ramène à l'hôpital.

- non ! Nous devrions l'emmener au sein de la quatrième division. Retsu Unohana a un pouvoir de guérison supérieur au tien. Yoruichi, je t'ouvre un passage. Emmène-là et trouve quelqu'un à qui raconter ce qui se passe ici ... quelqu'un d'autre qu'Hitsugaya.

- Oui ! Viens Orihime.

Kisuke leur ouvrit une porte. Tant pis pour l'autorisation, ils s'en passeraient une fois encore. Yoruichi bondit avec Orihime dans les bras et disparut dans la porte. Un rire sardonique les accompagna. Ichigo et Kisuke levèrent les yeux et virent une ombre disparaître en fumée.

- Merde ! Elle avait raison ! Grinça Ichigo entre ses dents.

- Tu en doutais encore ?

- Elle met tant de coeur à protéger ceux qu'elle aime que oui, j'ai eu un doute concernant Ulquiorra et les morsures qu'il aurait pu lui faire.

- ceux qu'elle aime ? Répéta Kisuke.

Ichigo ne répondit pas. Il était inquiet pour elle et il avait parlé trop vite. Il s'agenouilla et arracha les ronces couvrant la pierre, la dégageant complètement.

Kisuke prit un papier et un crayon et recopia les inscriptions.

- Je vais m'efforcer de décrypter tout ça. Je vais aussi copier le vitrail et ce qui peut encore nous intéresser. Inutile de t'inquiéter. Yoruichi va l'emmener directement à la quatrième division où elle sera soignée.

Yoruichi se rendit dès son arrivée à la quatrième. Retsu Unohana n'était pas présente mais Hisane la remplaçait. Les plaies saignaient déjà moins depuis leur arrivée au Sereitei et Hisane put rapidement les arrêter. En revanche, les marques restèrent sur le cou et les paumes. Orihime regarda ses mains avec appréhension. Pourquoi ses mains s'étaient-elles mises à saigner ainsi ?

- C'est étrange que tu n'ais pas réussi à te guérir. Je n'ai pas eu besoin de forcer.

- Pourquoi ton Capitaine n'est elle pas ici ? Interrogea Yoruichi.

- Elle a été appelée au Conseil. Je crois que l'Espada Schiffer doit y comparaître une nouvelle fois.

- C'est déjà le procès ?

- Non. Il doit faire son choix entre le procès ou s'expliquer.

- Ulquiorra est vraiment en état d'arrestation ? Demanda Orihime dans un filet de voix.

- oui.

- je reviens te chercher dans quelques minutes. Reste ici. Je dois aller parler à quelqu'un.

Yoruichi sauta par la fenêtre ouverte et courut jusqu'à la tour. Elle pensait que soit Hitsugaya soit Soi Fon étaient chargés du prisonnier. Peut-être réussirait-elle à influencer son ancienne vice-capitaine pour qu'elle explique au Conseil les récents évènements. Elle fut surprise en ressentant le reiatsu de Byakuya qui s'avançait justement vers la tour. Celui-ci se retourna alors qu'elle arrivait à sa hauteur.

- Toi ? N'es-tu pas exilée sur Terre ?

- Bonjour à toi aussi Capitaine !

- Tss ...

- je n'ai pas le temps de faire des mondanités avec toi ! Il faut que tu rapportes au Conseil les derniers évènements.

- Nous sommes attendus au Conseil justement. Si tu veux une audience, procède par la voie officielle.

- On n'a pas le temps pour ces tracasseries administratives ! Orihime Inoue est ici et la présence d'un Hollow dont nous ne pouvons ressentir la présence se confirme.

Les deux arguments suffirent à intriguer Byakuya. L'un pour le non-respect de l'interdiction de présence d'humain au Sereitei sans autorisation, l'autre comme danger potentiel vis-à-vis du Sereitei.

- Marchons. Je t'écoute.

- trop gentil !

Ulquiorra était prêt et attendait le capitaine lorsqu'il avait senti une, non deux présences familières non loin de lui. La Femme Shinigami qui pouvait prendre l'aspect d'un chat et Orihime. Que faisaient-elles ici ?

Les pas se son geôlier se rapprochaient dans le couloir. Il n'avait pas prévu cette intrusion des deux Femmes et pour lui cela ne pouvait dire qu'une chose ; que Kurosaki avait échoué.

La porte s'ouvrit sur Byakuya et la Femme Shinigami. Ulquiorra fronça ses sourcils à leur grande surprise.

- je suppose que si vous êtes ici, Kurosaki a échoué dans sa mission de protection. Où est-elle ?

- Elle est ...

Byakuya leva le bras devant Yoruichi, la contraignant au silence.

- cela n'est pas son affaire. Pour l'heure, nous devons nous rendre au Conseil.

- je n'irai nulle part avant d'avoir eu une réponse.

Byakuya ne leva même pas un sourcil, à peine surpris par la voix plus ferme, limite agressive de l'Arrancar.

- Ne n'oblige pas à t'y emmener de force, Shinigami Schiffer.

Ulquiorra ne bougea pas d'un iota. Il se tenait aussi droit que Byakuya, l'un planté devant la fenêtre, l'autre juste devant la porte. Le regard de Yoruichi passa de l'un à l'autre. Ils étaient si différents physiquement mais elle devinait le même caractère fier, intransigeant, limite rigide.

- Je te conseille d'obtempérer et de ne pas aggraver ton cas. Tout écart te serait durement reproché.

Yoruichi savait qu'aucune parole sortant de la bouche de Byakuya n'était lancée à la légère. Elle le connaissait si bien. Pour l'autre, elle se demanda si il allait finir par céder. Elle croisa son regard vert, flamboyant un instant puis à nouveau d'une indifférence.

- Je m'en vais ! Lança-t-elle. Je dois encore voir Soi Fon avant de partir.

Elle dévala les escaliers à toute vitesse et se rendit dans la quatrième. Orihime discutait encore avec Hisane. Elles s'interrompirent en la voyant arriver comme une furie.

- Désolée Hisane, ravie de t'avoir revue. On doit repartir, tout de suite Orihime !

- Ah bien ... je te ...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Yoruichi l'avait chargée sur son épaule comme un sac de patates et se rua vers la sortie. Elle bifurqua et sauta de toit en toit, jusqu'à arriver sur les toits reliés entre eux par de hauts passages.

- Yoruichi, pose moi ! Ce n'est pas la bonne direction ! C'est ... aïe !

Orihime tomba sur son postérieur. Elle grimaça de douleur en se relevant et jeta un regard irrité à la belle brune.

- Yoruichi ... Que ?

Yoruichi tendit son doigt vers un point derrière elle. Byakuya franchissait la porte de la tour, Ulquiorra sur ses talons, l'air indifférent et parfaitement libre de ses mouvements. Elle était surprise. Kuchiki devait avoir un réel respect pour se contenter de l'escorter simplement, contrairement à l'attitude de Hitsugaya.

Orihime se retourna et les vit, enfin le vit ... elle fut happée par ses yeux verts. Ceux-ci s'agrandirent un peu avant de retrouver leur aspect habituel. Byakuya se renfrogna légèrement et continua à avancer se dirigeant droit vers Yoruichi qui était elle tout sourire, toujours aussi ravie de jouer un mauvais tour à son vieil ami.

- tu ne changeras jamais, nota Byakuya. En revanche, je ne savais pas que tu étais devenue sentimentale.

- Tourne la tête si ça te dérange. Tout le monde sera content. Il l'aura vu, elle aussi, tu t'en sors avec les honneurs et je reste la peste empêcheuse de tourner en rond.

- Tss ...

Ulquiorra s'était arrêté devant la jeune femme. Elle rosit légèrement et leva la tête vers lui.

- tu vas bien ? lança-t-elle en esquissant un sourire.

- je ne risque rien ici. Si tu es ici, Femme, c'est parce que le Shinigami remplaçant n'a pas su te protéger.

Ce n'était même plus une question. Une simple affirmation. Elle cacha ses main dans les plis de sa jupe mais pas assez vite. Alors qu'il avait une seconde plus tôt les mains dans ses poches, il se saisit de ses mains et les retourna d'un geste vif mais doux. Il les observa quelques secondes avant de les lâcher. Elle tenta de s'écarter de lui, mais elle n'en eut pas le temps.

Ulquiorra la saisit par la taille et pencha sa tête pour examiner son cou et les marques laissées par le Hollow. Les cheveux roux tombèrent dans un mouvement souple sur le bras de l'Espada. Il effleura les marques du pouce et sentit l'artère palpiter sous sa peau. Cette même artère qui avait éveillé sa faim et avait failli le rendre fou. Il déglutit, légèrement troublé par la tiédeur et la douceur de sa peau, si différente de la sienne, froide et dure.

Orihime n'osait pas bouger de peur de briser cette parenthèse hors du temps. Elle n'avait pas peur de lui, bien au contraire. Elle s'avouait à présent qu'il l'attirait comme un papillon de nuit irrémédiablement attiré par une lumière vive qui lui serait fatale. Elle ouvrit légèrement ses lèvres, en une invite silencieuse.

Leurs regards s'accrochèrent plus longtemps que d'habitude, chacun cherchant une réponse dans celui de l'autre. Leurs respirations s'accéléraient un peu plus également. Les joues d'Orihime rosirent d'avantage encore. Ils avaient presque oublié où ils se trouvaient mais Ulquiorra se ressaisit et se redressa laissant ses doigts descendre le long du cou de la jeune femme jusqu'à son épaule, puis le long de son bras avant de regagner sa poche.

- Retourne sur Terre auprès de Kurosaki. Femme ! Fit-il en s'adressant à Yoruichi.

- J'ai un nom, Arrancar !

- tu transmettras un message à Kurosaki. S'il ne la protège pas plus efficacement, il sera mort avant d'avoir perdu ses dons. Et toi et Urohara subirez le même sort.

- Sans blague, grogna Yoruichi.

Byakuya s'interposa.

- il est temps. Nous allons finir par arriver en retard en salle du Conseil et cela n'arrive pas avec moi.

Ulquiorra commença à marcher avant de s'arrêter. Il se retourna vers Yoruichi.

- ces marques dans ses paumes sont des stigmates. J'ai cru comprendre que vous étiez déjà sur la piste de la religion chrétienne. Complétez vos recherches et arrêtez ce Hollow. A trois contre un, ça ne devrait pas être si difficile.

- ils ont essayé ! Les défendit Orihime. Mais ils ne le voient pas et il n'a même pas eu à me toucher pour me faire ça.

- Intéressant.

Sur ce simple mot, il s'éloigna, emboitant le pas du capitaine Kuchiki. Yoruichi soupira en les suivant des yeux.

- Pff ! Ces deux-là sont faits pour s'entendre.

Elle observa Orihime qui les suivait toujours des yeux, ses doigts posés là où Ulquiorra avait posé les siens. Elle n'avait pas rêvé et avait bien remarqué cet instant de grâce entre les deux. Tout comme Byakuya qui était resté de marbre. Enfin, en apparence tout du moins.

- Rentrons, lança-t-elle.