Chapitre 2 : AMOUR

Partie 2


Le lendemain, Hinata ne put aller à l'école. Elle était tombée malade. Et c'est tout à fait normal. Elle était restée, en effet, une bonne vingtaine de minutes sous la pluie, la veille, à discuter avec Sasuke. Ce matin, en entendant son réveil, elle s'était levée avec une joie qui ne lui était pas coutumière. Elle était heureuse d'aller à l'école. Pourquoi? La réponse était évidente, non?
Pour voir Sasuke bien évidemment. Finie l'époque où elle se sentait mal à l'aise à l'idée de le croiser au lycée. Finie aussi l'époque où penser à lui la rendait triste et en colère contre elle-même. Désormais, à chaque fois qu'elle pensait à lui, eh bien, son âme se réjouissait. Ah! Que c'était beau d'aimer. Sa mère avait raison sur ce point. Cela vous procurait un sentiment étrange, nouveau mais merveilleux. Mais ce qui procurait une félicité supérieure à cet état, c'était d'être aimée en retour.
Ah! Que de joie intense éprouvait Hinata en pensant à Sasuke, en pensant qu'il l'aimait de tout son être !
Et dire qu'auparavant, elle croyait que Sasuke la trouvait sans apprêt et sans intérêt. Elle croyait que son existence lui était indifférente vu la façon dont il se comportait face à elle. Mais tout cela était terminé maintenant et une nouvelle ère allait s'ouvrir. L'ère de l'amour. Du véritable amour, celle avec un grand A.

C'était donc avec cette disposition d'esprit qu'elle s'était levée ce matin-là. Mais à peine s'était-elle assise sur son lit qu'elle se sentit mal. Elle ressentait des maux de crâne intenses, à cela s'ajoutaient le nez qui coulait abondamment et la gorge enrouée. Elle avait touché le gros lot.

Elle avait alors appelé sa mère. Cette dernière était venue, lui avait touché le front et lui avait pris sa température. Résultat : trente-neuf degrés. Une grosse fièvre donc. Conséquence : pas d'école pour elle, aujourd'hui. Elle en fut dégoûtée. Dégoûtée parce qu'elle ne verrait pas Sasuke. Elle ne pourrait pas lui parler, voir son sourire, sentir son parfum. Depuis qu'elle avait conclu le pacte avec lui, depuis hier, elle sentait qu'elle ne pouvait plus vivre sans lui. Ils avaient échangé leurs cœurs et celui d'Hinata ne pourrait vraiment commencer à battre et à fonctionner que lorsqu'elle serait en la présence de Sasuke. Quel désastre pour elle de ne pas le voir durant toute une journée. Le pire, c'est que ça pourrait durer plus longtemps. Elle ne guérissait pas facilement de la fièvre.

Aujourd'hui, sa mère avait décidé de ne pas partir au travail. C'était une habitude pour elle, de sécher le boulot lorsque l'un de ses enfants était malade et souffrant. Elle refusait de les laisser sans surveillance. Un malheur plus grave pourrait vite arriver si je n'étais pas là, se disait-elle. Et puis, lorsqu'on est malade et que l'on se sent extrêmement faible, on a besoin d'une main amie pour nous aider dans nos besoins les plus naturels, comme manger et boire par exemple. Eh bien, elle serait cette main amie pour ses enfants, ses trésors à elle. Et pour traiter un rhume, elle avait sa propre méthode à elle. Pas de sirop, d'antibiotique ou d'efféralgan. Au fond, elle ne croyait pas en la médecine moderne.
Pour elle, les médicaments vendus par les pharmacies et prescrits par les médecins généralistes cherchaient plus à détruire l'homme qu'à le soigner. Elle en avait lu, des livres sur les manipulations que faisaient les grands groupes pharmaceutiques pour commercialiser des médicaments qui, loin de guérir les patients, étaient dangereux pour leur santé. Ces grands groupes créaient même de toutes pièces des maladies pour fabriquer et mettre en vente des médicaments et faire ainsi plus de profits. Il y avait deux livres qui l'avaient édifié sur ce sujet. C'était Les inventeurs de maladies : Manoeuvres et manipulations de l'industrie pharmaceutique de Jorg Blech et Complot mondial contre la santé de Claire Severac. La lecture de ces deux livres l'avait complètement chamboulée. Et depuis, elle n'allait plus chez le médecin et encore moins à la pharmacie. Elle avait, maintenant, pour guérir de petites maladies, recours à des remèdes naturelles. Elle s'était d'ailleurs abonnée à différents sites sérieux et non conformistes, comme Santé Nature Inovation (site dont elle admirait l'honnêteté et le travail fourni par les fondateurs), qui en plus de dénoncer les dérives de la médecine moderne et de l'industrie pharmaceutique, proposait une alternative à travers les plantes et autres fleurs que l'on pouvait trouver dans la nature et aussi en vente chez des spécialistes. Il y avait le site de Révélations Santé & Bien-être (Pure Santé Info) ou encore celui de Dame Nature qui se révélaient tout aussi intéressants que l'autre.

Ce matin-là, elle hésitait entre donner à sa fille de l'échinacée ou du sureau noir, en infusion. Des plantes qu'elle avait lu, dans quelques articles, être bonnes pour traiter un état grippal. Après avoir réfléchi un moment, elle opta pour donner d'abord de l'échinacée et plus tard du sureau noir. Oui, elle lui en donnera plusieurs fois à boire dans la journée. Il était vital pour sa guérison qu'elle boive beaucoup, surtout des boissons chaudes.

Lorsque sa mère arriva avec l'infusion, Hinata avait les yeux rivés au plafond. Elle ne dormait pas. Difficile de dormir quand on avait un tel mal de crâne. Elle n'arrivait donc pas à penser ni à réfléchir correctement. Après avoir bu la tisane préparée par sa mère et parlé un peu avec elle, elle essaya de se rendormir. Elle n'était pas vraiment fatiguée mais sa mère lui avait conseillé de le faire, lui affirmant que sa maladie passerait plus vite si son corps goûtait à un vrai repos. Cela prit du temps avant qu'elle ne trouva le sommeil mais le but fut atteint. Elle ne se réveilla qu'à treize heure ou plutôt c'est sa mère qui la tira de son sommeil. Cette dernière voulait absolument qu'elle prenne des forces en mangeant un peu. Elle lui avait préparé une soupe aux poireaux et aux courgettes, repas qui aurait pu dégoûter certains mais pas Hinata. Elle adorait les soupes préparées par sa mère.

Cette dernière était dans la cuisine en train de préparer le plateau repas de sa fille, lorsqu'on sonna à la porte. Sa mère alla donc ouvrir la porte et sans doute après les salutations d'usage, elle invita la personne à entrer. Hinata ne distinguait pas clairement la voix de l'inconnu. Elle reconnaissait une voix d'homme mais rien de plus. Mais au son de la voix de sa mère (qui avait un gros organe, il fallait l'avouer) et au rire qu'elle entendait d'elle, il devait s'agir sûrement d'une de ses connaissances. Puis dix minutes après, sa mère revint dans sa chambre et lui annonça que quelqu'un était venu la rendre visite. Avant même qu'elle ait pu demander qui c'était, sa mère sortit et laissa entrer l'inconnu dans sa chambre. C'était bien un homme. Ou plutôt un jeune homme. Une silhouette et un visage qu'elle connaissait parfaitement, maintenant. Oui, c'était Sasuke.

Elle en était choquée. Jamais, elle n'aurait pensé que Sasuke viendrait la voir. Mais elle était dans un si mauvais état qu'elle eut peur de donner une mauvaise impression à celui-ci. Si d'ordinaire, elle se trouvait laide, elle devrait l'être deux fois plus avec cette foutue grippe. Ajoutez à cela le fait qu'il se trouvait dans sa chambre. Une chambre qui était loin de ressembler à celle d'une jeune fille respectable. Avec ce désordre pas possible, elle ressemblait plutôt à celle d'un mec. On y voyait par terre, des tonnes d'aquarelles non rangées dans leur boîte, de nombreux dessins peints sur des toiles, des livres, des cahiers d'école, des vêtements sales, etc. En se rendant compte de tout cela, elle en rougit de honte. Hinata était loin d'être ce qu'on appelle une bordélique. Elle voyait le ménage comme une activité secondaire, une activité qui devait passer en dernier lieu après celui des principales. Elle rangeait donc sa chambre quand elle en avait le temps. Et comme la semaine, elle entreprenait des tas de choses, elle s'arrangeait le week-end pour donner un coup de balayette.
Or, il n'était que mercredi et le coup de balayette avait été donné il y avait quelques jours déjà - samedi dernier. Elle désespérait de cette situation.
Que va-t-il penser de moi, maintenant? Que du mal, j'en suis certaine car cette chambre mal rangée renvoie à une femme désordonnée, irresponsable, incapable de gérer un foyer. C'est du moins ce qu'elle pensait et elle croyait que Sasuke en penserait tout autant. Mon amour va donc se finir avant même d'avoir commencé. Quelle tragédie!

Mais Sasuke ne semblait pas être contrarié de se trouver dans une telle chambre. Alors certes, il avait un regard curieux qui se promenait dans les moindres recoins de la pièce mais Hinata ne sentait émaner de lui aucune gêne, ni aucun dégoût. Il s'avança vers le lit de celle-ci avec le plateau repas que lui avait donné Yume. Il s'assit sur le bord.

- Bonjour, Ma chère et tendre ! Salua-t-il.

- Bonjour, Mon tendre et cher ! Répondit-elle en souriant.

Il avait un regard si chaleureux et un sourire si enjoué qu'Hinata s'apaisa et ne pensa plus à sa situation si désespérante. Elle reprenait courage en la vie et en elle-même.

- Je vois que tu es mal en point. J'avais raison de penser que tu étais malade en ne te voyant pas à l'école aujourd'hui, toi d'habitude si sérieuse et si assidue, dit Sasuke.

- À qui la faute, d'après toi? Questionna Hinata.

- C'est vrai que je suis en grande partie responsable de ton état actuel. C'est pourquoi je suis venu te voir. Tu sais ? Partout où je passe se produisent des miracles. Des aveugles retrouvent la vue, des sourds entendent, des personnes paralysées aux membres inférieurs retrouvent l'usage des jambes. Oui, je suis le faiseur de miracle !

- C'est bizarre, je ne vois aucun changement depuis que tu es arrivé.

- C'est normal, je ne t'ai pas encore touché. Mon super pouvoir ne se manifeste que si je touche la personne malade.

- Eh bien, vas-y. Ne te gêne pas !

Il posa la main sur son visage, caressant ses joues, faisant le contour de ses yeux, de sa bouche. Hinata ressentait un doux plaisir en bénéficiant des caresses de son bien-aimé. Sa main avait beau être assez froide, elle n'en avait cure. À ce moment-là, elle n'existait plus que pour ce contact. Il posa enfin le plat de la main sur son front. Il ferma les yeux et faisant mine de se concentrer intensément, il récita une sorte de prière incompréhensible. Un charabia en quelque sorte.

- Te voilà guérie maintenant ! Vas-y, lève-toi et marche, dit-il tout sourire.

- Je ne peux pas. Je me sens toujours un peu faible et la tête en vrac, répondit-elle.

- Ah! Oui. J'avais complètement oublié. Mon super pouvoir ne fonctionne pas le mercredi.

Ils se regardèrent un instant et se mirent à rire tout les deux. Hinata était aux anges Elle venait de découvrir une autre facette de la personnalité de Sasuke. Elle ne savait pas qu'il pouvait plaisanter et se montrer si drôle. Et puis, c'était la première fois qu'elle le voyait rire. Il n'était pas fait de pierre, après tout. C'était un humain entier avec de véritables sentiments qui véhiculaient dans tout son être.

- Je peux savoir ce que tu as dit à ma mère pour qu'elle rit autant, demanda Hinata.

- Je lui ai simplement dit la vérité. Qu'elle était très belle, que si je n'étais pas amoureux de sa fille, je lui demanderais de m'épouser et que si elle avait accepté, je lui aurais fait onze enfants afin de créer ma propre équipe de football, répondit Sasuke.

Hinata rit de nouveau. Décidément, Sasuke était hilarant. Il n'en manquait pas une pour faire rire son entourage. Est-ce qu'il est toujours comme ça, se demanda t-elle, ou bien a-t-il fumé quelque chose d'illicite avant de venir ? Elle opta pour la première réponse et se sentit chanceuse d'être aimée par un garçon si charmant, si intelligent et si drôle.

- Tu as donc mis, avec aisance, ma mère dans ta poche, conclut-elle.

- Je le devais vu que je suis en quelque sorte marié à sa fille, répondit-il.

- C'est vrai.

Et en disant cela, elle rougit. Elle repensa à la cérémonie d'hier qui l'avait liée à jamais avec ce garçon qu'elle connaissait à peine. Elle n'en revenait toujours pas de son audace. Enlever ainsi son haut et se tenir ainsi droit avec seulement son soutien-gorge et son jean. Et puis, elle avait fait preuve encore plus d'audace en se faisant une petite incision à la poitrine. Elle qui détestait et fuyait la douleur, qui avait les larmes aux yeux rien qu'en se faisant une piqûre chez le médecin, et bien elle a eu la volonté nécessaire pour se faire une légère blessure. Elle se disait qu'elle devait fortement aimer ce garçon pour aller à de telles extrémités. Et c'était vrai.

- Je vois que tu dessines, constata-t-il après un dernier coup d'œil sur le plancher de la chambre et les toiles dispersées un peu partout.

- Je n'appellerai pas vraiment ça dessiner. Je fais plutôt du gribouillage, répondit-elle, oubliant sa honte du début.

- Moi, je trouve ça plutôt jolie. Tu te débrouilles assez bien avec un pinceau, je trouve. Pourrais-tu me faire un cadeau d'un de tes dessins?

- Tu es sûr de vouloir de telles toiles, qui ne représentent rien et qui n'a aucune profondeur, chez toi ?

- Bien sûr, je l'accrocherai au mur de ma chambre.

- Tu ne dis pas ça pour me faire plaisir ? Demanda-t-elle avec suspicion.

- Non, sur mon honneur.

- Très bien, alors choisis celle qui te plaît le plus.

- D'accord mais tout à l'heure seulement. On parle, on parle et on oublie le plus important qui est de te nourrir pour que tu reprennes des forces. Allez ouvre la bouche ! Je me charge de te donner cette soupe qui m'a l'air fameuse.

- Mais je peux me débrouiller toute seule. La fièvre ne m'a pas enlevé l'usage de mes mains, protesta Hinata.

- Je sais mais je veux quand même te donner à manger. Je veux ainsi te prouver mon amour, que je suis ton soutien, que je serai toujours là pour toi que tu sois en bonne santé ou malade. Oui, je serai toujours là car je t'aime. Alors, me laisseras-tu te donner à manger?

Hinata rougit de nouveau. Comment agir autrement après une telle déclaration passionnée. Elle aimait le fait qu'il ait dit qu'il serait toujours là parce qu'il l'aimait et non pas parce qu'il s'était engagé avec elle. Elle acquiesça donc à sa demande.

Tant que dura le souper, Sasuke ne parla pas et imposa aussi le silence à Hinata. Ce n'est qu'après le repas terminé que la conversation reprit. Hinata apprit, entre autre, que Sasuke s'était rendu à son adresse après en avoir demandé l'information à Ino. Ils continuèrent à papoter pendant au moins une demi-heure. Puis, Sasuke l'informa qu'il devait partir et la laisser car il devait rendre visite à une vieille tante. Il choisit son dessin et sortit. Mais il revint sur ses pas en affirmant avoir oublié quelque chose.

Il s'approcha d'Hinata et lui posa un baiser sur ses lèvres. Il lui dit ensuite au revoir et s'en alla. Hinata, quant à elle, resta bien évidemment sur son lit, se sentant encore un peu faible. Mais son mal de crâne avait passé. Peut-être que Sasuke avait vraiment un super pouvoir, pensa-t-elle en souriant.