Chapitre 10

Durant trois jours, je passais la plupart de mon temps dans la grande salle avec les rois, ne sortant que pour aller manger ou pour me rendre dans ma salle de bain. À chaque trajet, je croisai Félix, le plus souvent, il était avec Jane parfois avec d'autres vampires et dès qu'il en avait l'occasion, il se montrait brutal pour me forcer à reprendre forme humaine. Quand Jane était avec lui, elle me faisait souffrir le martyr juste après, prenant l'excuse qu'elle pensait que j'allais attaquer. Les vampires qui assistaient à ce genre de scène riaient le plus souvent.

J'étais toujours dans la salle du trône, je n'aurais jamais pensé que les rois recevaient autant de visites. J'avais faim, il était tard le soir et je n'avais pas mangé depuis ce midi mais je ne voulais pas prendre le risque de croiser Félix ou Jane à nouveau... mais surtout pas Félix.

La porte s'ouvrit et d'autres gardes entrèrent, deux capes rouges et une cape noire. Je frémis, c'était sûrement Alec, Félix allait jubiler et moi, j'avais envie de mourir. Il tourna la tête vers moi et se stoppa tout en détaillant ma forme animale, les sourcils froncés.

Je devais avouer qu'il était beau, flippant mais beau. Comme tous les vampires en fait mais lui dégageait... quelque-chose de plus. Ses cheveux noirs n'était pas coupés courts, des mèches retombaient sur ses tempes, il était vraiment beau... et flippant. Je me sentais bizarrement attirée par lui, ce qui était tout bonnement impossible. Je rejetai ça dans un coin reculé de ma tête – très reculé et cadenassé.

Il se détourna, pour reprendre sa marche vers les rois et je laissai ma tête retomber sur mes pattes-avant en essayant de comprendre pourquoi je m'étais sentie attirée par un vampire que je savais cruel.

« Aro, appela Marcus.

Je relevai la tête pour voir Aro tenir la main de Marcus entre les deux siennes.

« C'est très surprenant, lança Aro, enthousiaste.

Il lâcha la main de Marcus et se remit au centre, entre son trône et les gardes.

« Comment s'est passé cette mission ? Demanda-t-il.

« On ne peut mieux, les traîtres ont été punis comme il se devait.

La première chose que j'eus pensé c'était ''quelle voix magnifique'' la seconde chose c'était ''je suis en train de dérailler''. Ce vampire avait sans nul doute tuer ces soit-disant traîtres et moi, j'étais là en train d'apprécier sa voix.

Aro prit la main d'Alec et semblait content de ce qu'il apprenait sur cette mission, je retins un soupir méprisant, ne voulant pas me faire remarquer.

« Je vois que tu te poses des questions sur cette louve, elle fait partie du même groupe de loups qui s'étaient liés au Cullen. Heidi l'a ramenée avec une série de touristes et nous avons décidé de la garder, elle semble rendre le pouvoir d'Alice inefficace et ça me semble essentiel de garder les Cullen hors de nos affaires.

Alec hocha la tête et sortit de la salle avec les deux autres gardes sans plus faire attention à moi. Quelques minutes plus tard, les rois quittèrent les lieux à leur tour et je savais qu'en leur absence, Félix pourrait revenir à la charge alors je décidai d'aller dans ma chambre trouver quelque-chose d'autre pour couvrir mon corps le temps d'aller manger.

Je me rendis compte que toutes les portes étaient fermées, alors j'essayai tant bien que mal d'ouvrir les portes avec mes pattes-avant sans avoir à muter et me retrouver nue. J'avais griffé le bois des portes dans le processus mais au moins, j'avais pu sortir. J'espérais qu'il ne m'en tiendrait pas rigueur.

Une fois dans ma chambre, je m'aperçus que le seul drap que j'avais à disposition était celui que j'avais laissé dans le couloir, trois jours plus tôt. Je pouvais toujours utiliser celui qui recouvrait le matelas de mon lit, cependant.

La porte s'ouvrit et Demetri entra avec un plateau qu'il déposa sur mon lit, il se tourna vers moi et semblait vouloir me dire quelque-chose mais s'abstint et s'en alla. Je mutai et avalai le contenu du plateau en vitesse, des raviolis, une bouteille d'eau et une crème au chocolat. Une fois mon repas fini, je repris ma forme lupine pour ne pas que l'on me voit nue.

La porte s'ouvrit et je découvris Alec, je pensais avoir un peu plus de temps avant qu'ils ne mettent les plans de Félix à exécution. Je reculai au maximum et me tapit contre le mur, ne pouvant aller plus loin. Il sourit et s'approcha lentement de moi, comme s'il voulait que j'anticipe les atrocités qu'il comptait me faire.

« T'as-t-on dit qui j'étais ? Me demanda-t-il.

J'acquiesçai de la tête en grognant, il rit.

« Allons, petite louve, tu n'es pas en position de me grogner dessus. J'aimerais voir à quoi tu ressembles, peux-tu te transformer ?

Il me croyait si stupide ? Dès que je l'aurais fait, il utilisera son pouvoir sur moi et l'autre porc pourra... je n'osai même pas y penser. Il soupira voyant que je ne ferai pas ce qu'il me demandait. J'entendis la porte s'ouvrir à nouveau et Félix se tint près d'Alec, je lui grognai dessus ce qui n'eut aucun effet à part le faire rire.

« Enfin tu es là, je me disais qu'on pouvait s'amuser avec cette petite, qu'en dis-tu ? Lança-t-il à son ami.

« Je ne suis pas d'humeur, lâcha Alec avant de disparaître.

Félix haussa les épaules.

« Tu as de la chance visiblement, mais ne crois pas être sauvée pour autant.

Il disparut à son tour. Je me faufilai sous le lit pour me cacher et m'endormis rapidement. Je me réveillai tout aussi rapidement après un cauchemar puis me rendormis à nouveau.

Le claquement de ma porte me réveilla le lendemain. Je ne voyais que des chaussures noires d'où j'étais.

« Je sais que tu es là.

C'était la voix de Demetri, je sortis de ma cachette à contre-cœur et fut surprise de le voir avec des sacs à l'effigie de quelques marques de fringues.

« Corin a été faire les magasins pour toi, elle devait partir en mission alors elle m'a chargé de te les apporter.

Je hochai la tête, il s'en alla. Je mutai et me jetai sur les sacs, j'enfilai un shorty et un soutien-gorge. Je fus surprise qu'ils soient parfaitement à ma taille puis j'enfilai un jean et un tee-shirt. Il n'y avait pas de chaussures mais comme je risquai de me transformer à chaque fois que je serai en danger, ce n'était pas bien grave.

Je me hâtai pour rejoindre la cuisine, je mourrai de faim. Je me fis des haricots verts et un steak haché. Faire la cuisine avec ses deux mains était carrément moins compliqué et bien plus rapide.

J'en étais à mon dessert quand Félix entra dans la pièce. Jamais il n'allait me laisser tranquille ? Un grand sourire carnassier s'installa sur son visage.

« Je vois que tu as retiré tes poils. Es-tu enfin prête pour moi ?

C'en était trop, je craquai, j'éclatai en sanglot et me cachait derrière mes mains. C'était un peu une sorte de crise de nerf sauf que je n'avais pas le loisir de m'énerver à volonté alors je pleurais.

« Oh, voilà qu'elle pleure maintenant, railla-t-il.

« Laisse-la tranquille, Félix.

Je relevai la tête vers Demetri qui venait d'apparaître et qui, apparemment, venait de me défendre. Félix était aussi surpris que moi.

« Tu es devenu son chevalier servant ? Se moqua-t-il.

« Peut-être bien, répondit-il en le défiant du regard.

Félix soutint son regard avant d'abandonner et de s'en aller. Je regardai Demetri pleine d'interrogations mais il quitta la pièce lui aussi. Je ne finis pas mon dessert, essuyai mes larmes et fis la vaisselle.

J'étais de retour dans ma chambre, je regardais les habits que Corin m'avait achetée. Elle avait prévu large et c'était une bonne chose puisque je risquai de me transformer très souvent dans ce château infernal.

La porte de ma chambre s'ouvrit, Alec se trouvait devant moi et me scrutait comme s'il se demandait quelque-chose à mon sujet. Je relâchai la tunique qui tomba dans le sac et me tournai vers lui, sur mes gardes. J'avais toujours cette attirance pour lui mais je ne comprenais pas pourquoi, c'était peut-être le syndrome de Stockholm. Ça ne pouvait être que ça.

« Je me disais que tu aimerais peut-être sortir à l'extérieur du château ?

J'écarquillai les yeux. Venait-il d'être... gentil ? Il ne m'avait jamais rien fait mais Corin m'avait dit qu'il faisait partie des Volturi qu'il fallait éviter... bien qu'en fait, il fallait tous les éviter.

Je hochai doucement la tête, il me sourit en me regardant étrangement, je n'en fis pas grand cas. Son regard s'abaissa sur ma poitrine puis descendit jusqu'à mes pieds.

« Attends une seconde, me dit-il avant de disparaître.

Il réapparut moins d'une minute plus tard, une paire de ballerine en main. Évidemment, il me fallait des chaussures.

« Ça devrait t'aller, m'informa-t-il en me les tendant.

Je les lui pris et les enfilai.

« Tu es prête ? S'enquit-il.

Je hochai la tête à nouveau, il m'ouvrit la porte en grand et je le suivis jusqu'à la sortie du château. L'air pur fit du bien à mes poumons, c'était une journée nuageuse mais je n'allais pas me plaindre, j'étais dehors. Nous nous promenâmes dans les rues de Volterra, aucun de nous ne parlait, je le sentais me scruter à plusieurs reprises. Quelques heures plus tard, nous croisâmes une boutique qui vendait des glaces, il acheta une glace au chocolat qu'il me tendit.

« C'est un de mes parfums préférés en ce moment, sourit-il quand je pris la glace.

Nos doigts se frôlèrent, sa peau était glacée, comme celle de tous les vampires. Je me demandai s'il y avait un sous-entendu dans son aveu, je savais que mon odeur était un mélange de cannelle et de chocolat. Y avait-il une menace sous-jacente ? Je blêmis avant de reporter mon attention sur ma glace qui commençait à fondre. Il ne me quitta pas des yeux lorsque je léchai les gouttes de glace qui coulaient sur le cornet. Ils étaient devenus plus sombres, empli de désir. À savoir si c'était le désir du sang ou tout autre chose. Je ne savais pas quelle option je préférais.

J'avais fini ma glace en un temps record, nous errions toujours dans les rues de Volterra et je portais mon attention sur tout ce qui m'entourait. Alec s'arrêta net en m'arrêtant par le bras, je le regardai, perplexe. Ses sourcils étaient froncés, comme si une chose l'agaçait.

« Reste ici, m'ordonna-t-il. Tu n'as pas intérêt à bouger, je n'en ai pas pour longtemps.

Il s'éloigna de moi et tourna dans une ruelle perpendiculaire à la notre, je regardai les alentours, tout me semblait normal. J'étais dehors sans aucune surveillance, si je voulais m'enfuir, c'était le moment ou jamais. Je pris une inspiration pour avoir un peu plus de courage et me mis à courir aussi vite que je le pouvais.

Force était de constater que j'étais rapide, même sous forme humaine, la surprise éclairait le visage des passants que je croisai mais je n'en fis pas grand cas et continuai de courir à perdre haleine. J'aurais été plus rapide sous forme de loup mais je ne voulais pas effrayer les gens. Je n'étais pas aussi imposante que les autres Quileutes mais je l'étais plus qu'un loup ordinaire, impossible qu'ils ne se posent pas de question à ce sujet. D'autant que je ne pouvais pas me transformer sous leurs yeux.

Je quittai Volterra, me retrouvant sur une route de campagne qui n'en finissait pas. De chaque côté de cette route, des prairies à perte de vue et des arbres parsemés au hasard. Il aurait été préférable de prendre un bus mais je ne pouvais pas risquer d'attendre le prochain. Mes jambes commençaient à me tirailler, je ralentissais de plus en plus sans le vouloir, prise par la fatigue. Allons bon, j'étais plus rapide que mes semblables mais c'était tout ce que j'avais de plus. Aucune force, aucune endurance. Je finis par marcher, épuisée. Je fermai les yeux un instant, me frottai l'œil gauche et me figeai en sentant une odeur boisée, métallique avec un petit quelque-chose mentholé.

J'ouvris les yeux, Alec était devant moi, à peine à quelques centimètres, je ne pouvais pas faire un pas de plus sans le heurter, ses yeux noirs irradiaient de colère. Je perdis la vue, l'odorat et l'ouïe. Sans que je ne puisse le voir venir, une douleur mordante me fit vaciller et tomber sur le côté. Je m'en étais rendue compte seulement parce que la chute a été brutale. Il venait de me gifler, fort. Je mis ma main sur ma joue pour calmer la douleur, j'allais sûrement avoir une marque mais rien de cassé, il avait du retenir sa force.

N'ayant aucune autre sensation, je ne pouvais que me focaliser sur ce que mon unique sens encore en marche me faisait ressentir ce qui accentuait la douleur. Sa main glacée se ferma sur mon bras et me releva prestement, je me sentis tirée vers l'avant et je dus suivre le rythme comme je pus.

Qu'avais-je fait ? J'aurais du savoir que je ne pourrais pas m'enfuir, j'aurais dû me transformer, j'aurais été plus vite et plus loin. Ça n'aurait fait que retarder l'inévitable, j'en serais au même point. Qu'est-ce qui m'était passé par la tête ?

L'espoir. Voilà ce qui m'était passé par la tête, j'avais espéré pouvoir être libre. J'aurais dû trouver un téléphone et appeler les Cullen puisqu'ils m'avaient donné leur numéro pour le cas où j'aurais besoin d'eux.

Au bout d'un moment, nous étions de retour au château. Quelques couloirs et quelques portes plus tard, je fus projetée en avant et tombai au sol. Je pouvais sentir le bois qui recouvrait le sol, je devais être dans ma chambre. J'essayai de trouver mon lit à l'aveugle mais ne le trouvai pas à l'endroit habituel. Ce n'était sans doute pas une mauvaise plaisanterie, je ne devais pas être dans ma chambre alors je restais là où je me trouvais.

C'était déconcertant de ne pouvoir ressentir que le toucher, j'avais l'impression qu'il n'existait plus aucun son autour de moi. Petit à petit, la douleur de ma joue faiblissait mais j'avais toujours cette sensation, comme un bleu, comme après chaque raclée que mon père m'octroyait. Au moins, ce n'était que la joue, cette fois.

Soudainement, je ne ressentis plus rien. Aucune douleur à la joue, le sol sous mes fesses n'existaient plus, c'était comme si je flottai dans le néant. Je n'étais plus qu'un esprit dans le rien, des pensées qui volaient dans l'obscurité. Je n'avais aucune conscience du temps qui passait. Je n'entendais que ma voie intérieure, tout ce que je voyais étais noir. Sauf quand mes souvenirs m'apparaissaient.

« Qu'est-ce que tu m'as fait ?

Non, non, non ! Il ne pouvait pas revenir, pas maintenant, pas lorsque j'étais réveillée, sans moyen de m'échapper.

« C'est de ta faute.

J'essayai de m'enfuir, de courir mais mon corps ne m'obéissait pas, je n'avais plus de corps. Je ne ressentais plus mon corps.

« Elle est morte à cause de toi !

Je voulais pleurer mais comment faire ?

« Arrêtes tes pleurnicheries.

« Tu n'as pas été sage, les vilaines filles n'ont pas le droit de pleurer.

Je voulais crier mais je savais que ça ne servait à rien, je ne pourrais pas le faire. Les phrases de mon père se succédaient les unes après les autres dans ma tête, des phrases que j'avais entendue de sa bouche tout au long de mon enfance.

Soudain, je sentis quelque-chose de doux sous moi, comme de la soie. Je me demandais si c'était quelque-chose dans mes souvenirs mais non, je ressentais mon corps à nouveau et je pouvais même bouger. Progressivement, je recouvrais mes sens, tous.

J'ouvris les yeux et me redressai en position assise, repliant mes genoux pour mettre mes jambes contre moi. La soie était en faite le drap qui recouvrait un lit double, Alec se trouvait assis sur le lit, le dos dirigé vers moi, il avait ses bras pliés sur ses cuisses et sa tête était enfuie dans ses mains. Affolée, je jetai un œil à mon corps et fus soulagée de voir que j'étais toujours vêtue. Je profitai qu'il ne me regarde pas pour contempler ce que je supposai être sa chambre. C'était sobre, pas vraiment décoré. Il y avait en face du lit, une commode avec des bricoles posées dessus et accroché au mur un tableau, le représentant lui et Jane. Alec était aussi brun que Jane était blonde mais autrement, ils se ressemblaient.

Il releva la tête et tourna son corps vers le mien tout en restant assis. Il leva sa main vers son visage assez rapidement, je sursautai. Il stoppa son geste à quelques centimètres puis reprit plus doucement, il essuya mes joues avec son pouce.

« Tu pleures, murmura-t-il. Ça n'était jamais arrivé, sous l'emprise total de mon don, chez les humains bien sûr, les vampires ne peuvent pas pleurer.

Je baissai les yeux pour les porter sur le drap.

« Tu es dans ma chambre, je ne pouvais pas te laisser dans la tienne sans défense.

Il me releva le menton pour que je le regarde.

« Ne me mets plus en colère contre toi, m'ordonna-t-il durement.

Je ne répondis rien, me contentant de rester silencieuse en espérant que le syndrome de Stockholm se résorbe un jour.

Ooo

Tadammmmm.

XD

J'ai hâte d'avoir vos avis sur le syndrome de Stockholm de Carlie xD

Comme promis à Mackensy, voici ton cookie virtuel : (:¨:) au cœur chocolat fondant.