La jeune femme regarda sa montre. Six heures. Bientôt fini pensa-t-elle. Elle détestait faire la fermeture. Cette journée l'avait éreintée, Alice sa collègue l'avait laissée seule pour cette première journée de soldes. La jolie blonde était partie en congé maternité. « T'inquiète pas ça t'arriveras un jour à toi aussi ! » Lui avait confié son amie peu avant son départ. Alors elle avait souri gentiment en lui conseillant d'aller rejoindre son mari au lieu de dire des âneries. Maintenant elle était toute de seule dans le magasin à satisfaire des clientes aussi vulgaires que désagréables. Mais la jeune femme ne se plaignait pas. Non, elle aimait son travail. Elle travaillait au rayon cosmétique. Peu glorifiant disaient certains, elle se fichait de leurs avis. C'était avec fierté qu'elle agrafait chaque matin l'étiquette avec son prénom sur sa chemise d'uniforme.
La jeune femme remit consciencieusement le far à paupière qu'une cliente lui avait fait cherché en haut d'un rayon avant de lui préférer un rouge à lèvres criard. Qu'importe, la jeune femme n'avait jamais été du genre à se laisser abattre.
Elle sourit même en pensant à son amie qui était mère depuis quelques heures. Un jour, peut être que cela lui arriverait. Tenir entre ses bras ce petit être délicat, choyer un enfant, son fils. Car il est vrai que jusqu'à présent elle avait toujours su qu'elle aurait un petit garçon. Elle l'aurait appelé Eli comme son grand père. Il aurait été très fort à l'école, mais aussi un passionné d'alchimie. Et puis, elle l'aurait empêché de devenir un coureur de jupon. Son fils aurait été quelqu'un de bon et généreux, elle ne l'aurait pas laissé devenir vulgaire et macho comme tous les hommes qu'elle avait connu jusqu'ici.
Son sourire s'étira en pensant qu'avant de s'intéresser à l'éducation de son fils elle aurait mieux fait de lui trouver un père !
Elle descendit de l'escabeau sur lequel elle était bien restée plus de dix minutes à rêver. C'est alors qu'elle s'aperçu qu'elle n'était plus seul dans le rayon.
C'était un soldat. Un militaire, son vêtement bleu ne permettait aucun doute. Il lui adressait un sourire bienveillant. Il s'avança vers elle, hésitant.
« Je peux faire quelque chose pour vous monsieur ? »
Monsieur, ce mot du le faire sourire. Il devait avoir son age. La vingtaine, tout juste. Mais c'était la société qui voulait ça. Il fallait être souriante, à l'écoute, de bons conseils surtout quand ça pouvait faire rapporter plus au magasin…
« Oui. En faite je souhaite faire un cadeau, mais je ne sais pas trop quoi choisir.
- Bien, laissez moi vous aider, après tout, je suis là pour ça.
Elle lui afficha un sourire radieux alors qu'il semblait particulièrement mal à l'aise.
- A qui souhaitez vous faire un cadeau ? Une amie, votre sœur, votre petite amie ?
- Ma petite amie avoua en un souffle le militaire.
- Qu'est ce qu'elle aime dans la vie votre amie ?
- Euh je ne sais pas.
- Quoi ? Vous ne savez pas ce qu'il lui ferait plaisir ? Répondit elle étonnée
- Ben en faite, ça va faire peu de temps que l'on est ensemble elle et moi. Mais ça a tout de suite été le coup de foudre.
La jeune femme ne put que sourire un peu plus à cette déclaration touchante.
- Je vous propose d'aller faire un tour du côté maquillage pour commencer. Qu'en dites vous.
- Oh non ! Je veux dire… Elle ne ressemble pas à toutes ces filles vulgaires ! Celle que j'aime est douce et délicate. Elle est rayonnante et respire la beauté naturelle. Je refuse qu'elle masque son joli teint par des couches de crème successives comme ces mégères.
Il avait dit ça d'un seul coup. Puis se rendant compte de ses paroles, il rougit furieusement. Il n'y a décidément rien de plus beau qu'un homme qui rougit ne put s'empêcher de penser la jeune femme. A partir de cet instant elle sut que même si elle ne devait rentrer chez elle qu'à une heure du matin, elle aiderait le jeune soldat à trouver le cadeau idéal pour sa petite amie.
Elle le questionna beaucoup. Demandant sans cesse des questions plus précises sur la belle alors qu'il se prenait au jeu rallongeant chaque fois un peu plus ses réponses. La jeune femme prit plaisir à imaginer la petite amie du militaire. Elle ne put s'empêcher de la plaindre. Son petit ami venait de lui avouer qu'il partait pour le front. Il lui laissait un dernier cadeau avant son départ. Il n'était même pas sur de revenir à Centrale un jour.
Finalement, ils choisirent ensemble une très joli boite à bijoux en argent. Elle était gravée de fines arabesques, sublime mais tout en restant simple. A vrai dire, la jeune femme avait aimé ce boîtier dès qu'elle l'avait vu. Elle économisait sur sa paye depuis des mois pour se l'offrir en priant qu'aucune cliente ne l'achèterait avant elle. Pourtant quand elle avait entendu l'histoire du couple, elle avait tout de suite dirigé le jeune homme vers le précieux article. Après tout elle préférait que ce soit ELLE qui le possède. Ce boîtier lui rappellerait toujours l'amour qu'ils s'étaient portés. Finalement, la jeune femme se dit que c'était peut être mieux ainsi.
« Si vous le souhaitez, vous pouvez faire graver les initiales de votre bien-aimée sur le couvercle.
- C'est une excellente idée.
- Et quelles sont ses initiales…
- GJ
- Bien je m'en chargerais. Vous pouvez venir récupérer le cadeau demain.
- Pas la peine. Demain je serais au front.
« Hugues bouge toi !
Un autre militaire attendait dehors. Elle ne l'avait pas vu arriver. Le jeune soldat, Hugues puisque c'était son nom, sembla mal à l'aise par la présence de son ami. La jeune femme elle était perdue.
- Dois je annuler votre commande ? demanda t elle.
- Non.
« Hugues ! »
- Oui j'arrive !
Il se retourna une dernière fois devant la jeune femme et déposa un rapide baiser sur ses lèvres.
- Adieu Gracia. J'aurais aimé vous connaître. Ne m'oubliez pas.
L'OS a été modifié. Merci à Whyle et son soucis du détail. à bientôt!
