Je n'avais pas publié de chapitre concernant Raphael n'étant pas à saveur humoristique. Pourtant, je ne considère pas du tout Raph comme un rigolo. Je n'avais pas parlé non plus de fantôme et qu'est-ce que l'Halloween sans fantôme ? Donc, en voici un, plus sérieux, adapté et traduit d'un texte par Duzmachine1984.

Léger update pour aller avec la couverture

Léo était mort. Et il était mort avant que Raphael puisse lui dire tout ce qu'il voulait lui dire, ce qu'il représentait vraiment pour lui. Il avait agonisé quelques instants dans les bras de Michelangelo et lorsque Raph l'avait atteint, se précipitant à genoux à ses côtés, pour prendre sa tête contre lui, les magnifiques yeux bleus s'étaient clos pour toujours. Raphael était demeuré avec son ultime aveu au travers de la gorge.

Lorsqu'ils avaient incinéré Léo, Raph n'y était pas. Il n'avait pas été là de son vivant pour lui, cela aurait été une putain d'ironie qu'il soit là pour sa mort. Non, Raphael n'y était pas. Le corps de jade s'en irait, pur dans la mort comme il l'avait été de son vivant et Raph ne pouvait se résoudre à voir se consumer dans les flammes ces chairs faites pour l'amour.

L'absence de Léo avait toujours été difficile à supporter pour Raphael. Et de plus, il n'était pas à jouer à l'héros dans la jungle. Il était mort et Raphael n'était plus qu'une coquille vide : plus personne sur qui déverser ses émotions, ses frustrations, et…plus personne à adorer, à vénérer et à désirer.

Splinter proposa à Raphael de combler la place laissée vacante par la mort de Léo. Il lui avait fallu toute sa maitrise de soi, qui n'était pourtant pas sa force, pour ne pas frapper le vieux rat. Il avait ri, d'un rire dément et sans joie : Combler le vide laissé par Léo ? Comment combler cette plaie béante dans son cœur qu'était le manque de son frère, sa moitié, son tout ? Rien ni personne ne le pourrait jamais ! Comment pourrait-il pallier une absence quand lui-même était mort en- dedans ? Tout n'avait plus qu'un goût de cendres et Raphael était de la même poussière évanescente que Leonardo lui-même. Comment remplacer son frère, l'unique, celui qui avait élu, chéri et aimé si profondément ? Comment prendre sur soi, quand sa poitrine hurlait de douleur de n'avoir jamais pu et ne pouvoir jamais se presser sur ce corps tant aimé, réduit en fumée ? Comment prendre soin et protéger ses frères quand seulement l'idée de se tirer du lit lui était insupportable ?

Cocaïne. Ce fut sa première option. L'alcool ayant depuis longtemps remplacé l'eau dans sa vie, il était à la recherche de quelque chose de neuf, de plus puissant. L'alcool était un dépresseur. Il avait besoin d'un stimulant, quelque chose qui le ferait sentir bien, d'euphorisant. Quoique la prémisse même de cette idée fut ridicule : Comment se sentir bien quand Léo n'y était plus ? Il renifla sa première ligne au moment où les flammes léchaient le corps inanimé de Léonardo.

Ses frères tentèrent de le refréner, de lui parler, mais cela fut sans effet. Il surprit Mikey à regretter l'absence de Léonardo comme étant le seul être ayant eu une emprise sur Raphael, et ne pas être mort à sa place. Raphael ne sut que répondre. Cela n'était pas faux concernant la partie sur l'influence. Toute sa vie, Raph n'avait requis l'approbation de personne, hormis celle de son frère aîné, même si cela avait été très subtil. Mais il ne souhaitait pas la mort du gamin. Il n'en voulait pas à Michelangelo, même si Léonardo avait pris le coup fatal à sa place. Mikey n'était pas responsable du fait que Léo fut un putain de héros. Il n'était pas responsable que Raph, toute sa vie, n'avait été qu'un con. Mikey avait reçu le dernier soupir de Léonardo, pouvant lui dire combien il l'aimait en seulement quelques mots, n'ayant rien à prouver, à réfuter ou à se faire pardonner. Si Léo était mort dans ses bras, il aurait dû agoniser deux semaines pour qu'il puisse déverser tout ce que son cœur ressentait. Léo était mort et mort en ne sachant pas et cela consumait Raphael plus rapidement qu'il consommait sa cocaïne.

Quand cela commença, il blâma la drogue. Il faisait inconsciemment des choses dont il ne se souvenait plus. Par exemple, la tasse de Léo était sur la table, au lieu de dans l'armoire. Son lit se faisait tout seul. Sa porte de chambre se verrouillait seul. Léo avait toujours été sévère à ce sujet. Verrouiller sa porte de chambre laissait une minute de plus pour se préparer en cas d'invasion. Raph avait toujours refusé prétendant faire son affaire de qui serait assez stupide pour commettre une infraction dans leur repaire. Mais Léo préférait toujours prévenir et vérifiait toujours les verrous.

Lorsque Raph revenait le nez sanglant, tremblant, de chez Casey, les ampoules explosaient dans leur porcelaine, les portes claquaient et les autres lumières clignotaient à un rythme effréné. Parfois, le verre que Raph prenait pour se remettre se fracassait contre le mur ou des coups résonnaient sur les murs comme si un poing invisible les frappait. Ses seringues, pour s'injecter la coke liquide, quand il souhaitait un effet plus rapide, disparaissaient. Il en parla à Donatello qui ne sut que le mettre en garde contre l'abus de drogue et des conséquences sur sa santé mentale, comme des hallucinations et des pertes de mémoire.

Au bout d'un mois d'évènements inexplicables, de quatre bouteilles de vodka ayant éclatées dans ses mains, du mot « Stop » inscrit sur la buée du miroir lors de sa douche à de multiples reprises, ou d'alcool à friction répandue sur ses sachets de coke ouverts de façon incompréhensible, il crut encore qu'il était fou. Peut-être de l'abus de drogues, peut-être de la solitude et de la douleur, il ne savait. Cette nuit-là, un mois jour pour jour après la mort de Léo, comme il se redressait dans son lit, en reniflant et grattant son nez à vif, sortant de son sommeil agité, il s'aperçut que la porte de la chambre avait disparue. Elle avait tout simplement ... disparue. Il y avait un mur lisse où elle avait été, toujours été et était encore lorsqu'il s'était couché. Sa main toucha le mur en hésitant, mais il était solide. Il était réel. La porte n'était ... tout simplement plus là et les lumières du plafonnier, ouvertes.

Raph dut admettre l'évidence. Quelque part, Léo était là, le surveillant de l'invisible et Raph était en colère. Il explosa de rage. Il détestait le surnaturel, il détestait les fantômes et plus particulièrement celui de ce frère contrôlant et qui avait décidé de l'emprisonner et de gérer son existence, apparemment, d'au-delà du tombeau.

-C'est une putain de plaisanterie, Léo ? Tu ne peux pas faire ça ! Tu dois tout régenter même après ta mort ? Je dois sortir ! Manger ! Poursuive l'entrainement, veiller sur nos frères ! Ferme la putain de lumière, je veux dormir !

Si quelqu'un dans le repaire l'entendit, il est certain que Raph dut apparaître fou, mais il ne s'en soucia pas.

La lumière vacilla brièvement puis s'éteignit, et Raph s'endormit d'un sommeil troublé, mais plus en paix que les dernières semaines, ressentait de toutes les fibres de son être les yeux bleus inoubliables veiller sur lui, le guettant dans l'ombre sans jamais se détourner. Il sentait presque le souffle fleurant le thé vert sur sa joue et il jura avoir eu l'impression que des lèvres froides avait baisé sa tempe après avoir chuchoter un « oyasumi » à peine perceptible.

Le lendemain, la porte était revenue et il sortit de sa chambre le plus rapidement possible, après une injection matinale, dont il avait prudemment gardé la seringue et le matériel nécessaire, sous l'oreiller. Il attendit l'effet et ne réagit même pas en voyant de nouveau les mots "stop"apparaître et disparaître des murs. Il se sentait épié et décida que le mieux à faire était de déménager pour de bon chez Casey. Il sentit un regard invisible pesé lourdement sur lui dès que L'idée se forma dans son esprit. Il se leva et défit rapidement son garot. En sortant avec précipitation de sa chambre, bien décidé à quitter le repaire pour toujours, il jeta par réflexe un bref regard sur la chambre de Léo et vit que la porte était ouverte.

Raphael fronça les sourcils devant l'hérésie. Personne ne devait entrer dans la chambre de Léonardo, qui était devenue un sanctuaire. Lui-même l'avait verrouillée et avait interdit l'entrée. Poussé par il ne sait quel démon, il se dirigea vers la porte et s'avança à l'intérieur de la pièce.

L'odeur de son frère était encore présente de façon tangible même un mois après son décès. La chambre était propre, comme la tenait son propriétaire de son vivant. Sur le lit soigneusement fait, un livre relié de maroquinerie bleue était déposé.

Que faisait ce livre, seule chose non rangée, déposée là, à la vue, suppliant Raphael de le prendre ?

Raph tendit la main et ouvrit le livre dont les pages dégageaient un arôme parfumé très puissant et familier, qui lui fit monter les larmes aux yeux.

Rapidement, il vit que c'était un journal intime. Un moment, un scrupule lui vint de souiller la mémoire de son frère en violant ses pensées. Puis, la conviction se forma dans son esprit, facilité par l'abus de drogue, que Léonardo l'avait laissé là pour son propre usage. Rassuré, il s'assit et lu.

Une heure, plus tard, ses yeux brouillés par les larmes fermèrent le carnet.

Léo l'avait aimé et désiré, comme Raph lui-même avait aimé et désiré Léo. Mais Léo surtout s'était inquiété de lui. De sa colère, de son alcoolisme, de son comportement à haut-risque et chaque jour l'âme de Léo avait pleuré d'inquiétude pour Raphael et ce, toutes ces dernières années. Léo avait même envisagé avec anxiété ce qui se passerait après sa mort, pour Raph, prévoyant que personne ne saurait prendre soin de lui, en son absence. Toutes ces angoisses, Léo ne les avaient jamais formulées explicitement, mais Raph était convaincu désormais qu'elles tourmentaient Léo jusque dans les limbes.

Puis le livre s'ouvra tout seul à la dernière page, pour appuyer cette nouvelle affirmation. Aucune entrée ne stipulait la journée à laquelle les mots avaient été notés, mais Raphael jurerait qu'ils dataient du matin même.

Nous nous sommes aimés et nous nous sommes fait du mal. Je serai toujours près de toi, mais je ne serai jamais en paix si tu n'arrêtes pas.

Raph avait alors cesser la cocaïne et tenta de s'ajuster à cette nouvelle vie, sans Léonardo. Plusieurs fois, ils avaient tenté de parler à Mikey et à Don du fantôme de Léo qui le hantait, mais ceux-ci l'avaient regardé tristement, comme s'il perdait la tête.

Mais Raph préférait perdre la tête, devant la tasse fumante de Léo, ressentant sa forte présence que de demeurer assis, seul, plongé dans un monde de chagrin, de remord et de désespoir.