Voilà ! un cadeau délivré avant l'heure. Vous pouvez remercier le père Noël ( ah ah je plaisante ). Profitez bien de Noël, s'il y a bien un moment dans l'année où la société permet à une bonne partie des individus de ne pas travailler, c'est celui-ci. Pourvu que ça continue jusqu'à la fin des temps j'ai envie de dire. Sur ce, bonne lecture, j'espère que ça vous plaira.

PS : si on ne se revoit pas avant janvier, j'en profite pour vous souhaiter à l'avance une très bonne année 2018, pleine de joie et de réussite.

A bientôt

ThéodoreBarney

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Chapitre 35 : Les Lettres d'Émeraude

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Drago et Blaise étaient tous deux assis face à Elphias Dodge. Le vieil homme fixait d'un œil las par l'unique fenêtre de la pièce la pluie qui tombait drue au-dehors, dans la forêt. C'était le matin, et pourtant il faisait sombre à l'intérieur de la petite maison où tous les trois se trouvaient. Il faisait diablement froid aussi, la cause étant qu'il n'y avait pas de cheminée pour faire du feu. Drago porta sa tasse de thé à ses lèvres pour se réchauffer tandis qu'au même moment Dodge se raclait la gorge et débutait son récit.

- Je vais vous parler d'une époque...d'une époque tellement ancienne que celui ou celle qui n'y est pas né et qui n'y a pas vécu ne peux pas comprendre ce qu'était le monde en ce temps-là. Vous ne pourrez jamais le comprendre, vous enfants du premier âge. Cependant, moi homme du quatrième âge j'espère parvenir à vous faire saisir une infime partie de l'essence du monde d'il y a un siècle en vous contant certains événements qui s'y sont déroulés. J'ai encore des souvenirs bien vivaces des mes années d'études à Poudlard. Je suis persuadé que Poudlard est la seule chose qui n'a pas changée depuis tout ce temps, et c'est l'un de mes plus grands motifs de réconfort.

- Il y a eu une terrible attaque au mois de juin, précisa Blaise.

- Je sais, j'ai eu des échos. Mais ce n'est pas le château qui a été détruit n'est-ce pas ? Seulement le parc ?

- Le stade a été incendié, et la foudre a frappée de plein fouet le vieux chêne séculaire au bord du Lac Noir, déclara Drago.

- Le vieux...chêne ? Vous êtes sûrs ? S'exclama Dodge, dont la mine s'était brusquement décomposée. C'est impossible...c'est un arbre sacré...c'est...oh Merlin...comment une abomination possible a pu se produire ? C'est le chêne que Godric Gryffondor, Salazar Serpentard, Rowena Serdaigle et Helga Poufsouffle avaient planté main dans la main il y a de cela 1000 ans, juste après avoir achevé la construction du château. C'était le garant de l'harmonie entre eux quatre...c'était l'Arbre de Vie...

- L'arbre de quoi ? Insista Drago.

- Oubliez ça, fit Dodge en balayant sa question d'un revers de sa main parcheminée et fripée. Les tours de Poudlard se dressent toujours vers le ciel et ses murs sont toujours là, et cela suffit à me réconforter.

Le vieil homme sembla un moment perdu dans quelque souvenir qui lui revenait en mémoire. Il ne tarda cependant pas à reprendre la parole de sa voix rauque et cassée.

- J'ai rencontré Albus lorsque j'avais onze ans. Nous étions amis ainsi que vous me l'avez très justement fait remarquer Drago Malefoy, oui ça nous étions amis, des amis inséparables même. J'ai passé sept ans avec Albus dans la maison Gryffondor, à l'époque où Phineas Nigellus Black était directeur de Poudlard. Quand je vous disais que c'était une lointaine époque, ajouta-t-il en voyant la tête surprise que tirait Blaise ainsi que Drago.

- Phineas...l'arrière-grand père de Sirius Black ? Demanda Drago.

- Lui-même. Ça ne me rajeunit pas tout ça, fit Dodge en hochant tristement la tête. Phineas était un ancien élève de Serpentard, et il s'est évertué à dénigrer la maison Gryffondor durant toutes les années où il a été directeur, et en particulier lorsque j'étais étudiant à Poudlard. La raison, vous la connaissez peut-être : à travers la maison Gryffondor, c'était Albus Dumbledore qu'il dénigrait. Albus était...un génie. Je n'ai pas d'autre mot. Tout le monde y compris à Gryffondor m'insultait de lèche-cul, de toutou, mais moi j'ai toujours sût au fond de moi qu'ils n'étaient que des jaloux. Ils étaient jaloux que je sois le meilleur ami d'Albus, et le directeur Phineas était jaloux de son talent. J'ai vécu à une époque de jaloux. Tous affichaient leurs louanges envers Albus Dumbledore, lui faisant remarquer combien il était grand, beau, talentueux, prometteur...que du vent tout cela. Je le sais maintenant, derrière cette unanime acclamation de façade, la plupart conspiraient en secret à le dénigrer. Aujourd'hui, la légende veut qu'Albus était aimé de tous du temps où il était étudiant. Ce n'est qu'un mensonge. Albus avait nombre d'ennemis à Poudlard, et peu d'amis. Outre la jalousie des uns, je ne nie pas qu'Albus était quelqu'un d'assez...excentrique et provocant. Il a en sorte tout fait pour se faire des ennemis. C'était un jeune homme violent, impulsif, en proie à des accès de colère et de rage soudains, très hautain, méprisant...

Elphias poussa un long soupir avant de reprendre.

- Ce que moi j'aimais chez lui, c'était son savoir. Il savait tellement de choses pour quelqu'un de son âge ! C'était phénoménal. Même moi j'avais le sentiment d'être un ignare, et pourtant je suis né dans une bonne famille, donc c'est vous dire. Il y en avaient quelques autres qui l'admiraient sincèrement tout comme moi. Et vous savez quoi ? Il les a traités comme ses égaux, tout comme moi il m'a traité comme son égal dès le premier jour. De toute ma vie jusqu'à aujourd'hui, je ne l'ai jamais oublié. Et il y a autre chose que je n'ai jamais oublié de mes années à Poudlard. À l'époque où j'étais étudiant, les ASPIC se déroulaient au mois de mai, et la tradition voulait que les résultats soient annoncés le dernier jour de juin. Ce dernier jour du mois de juin, lors de ma dernière journée à Poudlard, Phineas Nigellus Black a fait quelque chose dont je me souviens encore. Il est descendu de son estrade pour remettre personnellement son diplôme à Albus Dumbledore, et il l'a serré dans ses bras en versant une larme sincère. Il en a profité ensuite pour remettre à Albus la médaille du mérite magique et pour lui offrir un trophée pour services rendus à l'école. J'entends encore le tapage assourdissant que firent les élèves en applaudissant unanimement le jeune diplômé tandis que celui-ci quittait la tête haute la Grande Salle de Poudlard. J'espère ne pas me tromper en disant qu'il n'y a jamais eu de plus beau moment de communion entre les quatre maisons du château, d'autant plus que les Serpentard étaient ceux qui acclamaient le plus Albus. Et cette fois-ci c'était des acclamations sincères. Je me souviens que certains professeurs pleuraient en regardant partir Albus. C'était une magnifique journée, dans tous les sens du terme.

Elphias Dodge étira tout doucement les lèvres en un sourire.

- Ce jour-là, tout le monde à Poudlard même ses plus farouches adversaires ont fini par admettre qu'Albus Dumbledore était quelqu'un de brillant et de méritant. Il a fallut qu'il se batte sept années entières, mais il a bel et bien fini par triompher de ceux qui dénigraient sa personne.

Le sourire d'Elphias flotta encore un moment sur ses lèvres flétries, puis il s'estompa pour laisser place à un air des plus sombres.

- Et pourtant, Merlin seul savait que si Albus venait de gagner une bataille, une autre venait de commencer pour lui. Je veux parler bien entendu de sa vie personnelle. Réussir ses études est une chose, réussir à mener sa barque dans le monde cruel et sans pitié au-delà de l'enceinte protectrice de Poudlard, s'en est une autre. Avant de me rencontrer à l'âge de onze ans, Albus avait déjà eu des problèmes dans sa famille. Il faut savoir tout d'abord qu'il était le fil aîné d'une famille de trois enfants. Il avait un petit frère de trois ans de moins que lui qui s'appelait Abelforth, et une petite sœur de six ans de moins que lui du nom d'Ariana. Ariana Dumbledore avait cinq ans lorsqu'elle a été sauvagement agressée par de jeunes moldus qui vivaient près de la maison de la famille Dumbledore, dans le village de Terre-en-Lande dans le Yorkshire. Le père d'Albus, Perceval est entré dans une colère noire lorsqu'il a constaté que les dégâts physiques, et surtout mentaux infligés à sa fille étaient irréparables. Il a massacré les jeunes moldus qui avaient agressés Ariana, et il a été immédiatement condamné et emprisonné à Azkaban.

Elphias Dodge poussa à nouveau un profond soupir.

- Cela s'est passé durant le printemps précédant l'entrée d'Albus à Poudlard, alors qu'il avait encore dix ans. À la vérité, les dégâts infligés à la petite Ariana auraient pu être réparés par les médicomages de St Mangouste, mais suite à l'emprisonnement de son mari, la mère d'Albus, Kendra Dumbledore a un peu perdue la tête et a décrétée qu'Ariana n'irait voir aucun médicomage. La pauvre mère avait affreusement peur que sa fille soit devenue une cracmol. Elle avait honte. C'est pour cela qu'elle a décidée de déménager de Terre-en-Lande durant l'été, peu de temps après l'emprisonnement de son mari, pour s'installer dans un endroit où personne ne la connaissait, à Godric's Hollow. Ce village avait une signification particulière pour elle, car Godric Gryffondor y était né, et il s'agissait de l'ancêtre de son mari Perceval. C'est quelque chose dont les Dumbledore se sont toujours enorgueillis d'ailleurs, d'être les derniers descendants de Gryffondor. Cette famille avait un sacré orgueil, surtout Kendra. Voilà donc dans quel climat familial Albus est entré à Poudlard. Il ne m'a fait part de tout cela qu'au bout de plusieurs années. Il m'a dit qu'il n'était jamais allé rendre visite à son père à Azkaban, mais que sa mère y était allée souvent. Albus n'a jamais sût précisément quand est-ce que Perceval est mort, mais cela est survenu quelques années après son emprisonnement vraisemblablement, alors que son fils aîné étudiait encore à Poudlard.

Drago était pâle comme la mort. Blaise ne se portait pas mieux, teint cireux et yeux écarquillés. Elphias leur offrit un regard qui se voulait rassurant.

- Je suis navré si je vous effraie. C'est la triste histoire de la famille Dumbledore que je vous conte à présent. Vous vouliez apprendre des choses que Albus n'a jamais osé vous dire, les voici. Si vous ne voulez pas en savoir davantage, dites-le moi et je me tairait.

- Non, dit Drago d'une voix rauque à force de ne pas parler. Continuez.

Elphias récolta également l'approbation de Blaise, et il continua donc son récit.

- Quand Abelforth est rentré à Poudlard trois ans après son frère aîné, Kendra est demeurée toute seule à Godric's Hollow avec Ariana. Vous allez me dire qu'elle n'avait plus qu'un enfant au lieu de trois à s'occuper, mais ça a été très pénible pour elle. La mort de son mari et l'absence de ses fils, ainsi évidemment que l'état constamment maladif de sa fille, tout cela l'a plongée dans une terrible dépression qui s'est étalée sur des années entières. Le seul moment où il elle se sentait mieux c'était l'été, lorsque les beaux jours revenaient en même temps que ses deux fils. Tout le contraire d'Albus qui détestait rentrer chez lui pour les vacances. Il fêtait systématiquement Noël à Poudlard, mais lorsque l'école fermait pour les vacances d'été, il était obligé de rentrer à Godric's Hollow. Albus avait honte de sa sœur, dont l'état s'aggravait d'année en année à cause de l'isolement que lui faisait subir sa mère, sans que celle-ci pense cependant mal faire.

Elphias se balança dans sa chaise roulante, l'air embarrassé.

- Un ou deux ans avant qu'il ne termine ses études à Poudlard, Albus a commencé à entrer en conflit avec sa mère et son frère. Il a menacé sa mère de révéler au grand jour l'état déplorable d'Ariana pour forcer Kendra à l'emmener se faire soigner à St Mangouste. Puis, lorsque Abelforth a insisté pour arrêter ses études et aider sa mère à s'occuper de sa petite sœur, Albus l'a giflé et l'a martelé en lui interdisant de faire ça. Abelforth a obéit, tous deux ont repris leurs études, la dépression de Kendra a empirée, et l'état d'Ariana s'est dégradé. À Poudlard, j'étais devenu le journal intime vivant d'Albus Dumbledore. Il me racontait tout, sans tabou, sur ce qu'il se passait dans sa famille. J'étais devenu l'épaule réconfortante lorsqu'il avait des accès de chagrin si puissants qu'il pouvait sangloter des heures durant. Retourner à Godric's Hollow lui faisait peur, et il voulait vivre toute sa vie à Poudlard, loin des malheurs de sa famille. Inconsciemment, c'est sans doute pour cela qu'il a forcé Abelforth a ne pas abandonner ses études, pour que lui aussi vive loin d'Ariana et de Kendra. Je n'ai jamais vu de jeune homme aussi triste et aussi torturé qu'Albus. Il aspirait à devenir quelqu'un d'important, il était ambitieux, et il considérait sa mère et sa sœur comme des entraves dont il voulait se défaire à tout prix. Je n'affirmerais pas si c'était à juste titre ou non, mais en tout cas ses arguments n'étaient pas dépourvus de raison. Et surtout, la mort en prison de son père le faisait terriblement souffrir. Il a pleuré son père toute sa vie, même s'il m'a confié un jour que Perceval avait été puni de façon juste pour son crime.

Elphias bu une gorgée de thé. Il avait cessé de pleuvoir dehors, et le vieil homme reprit son récit.

- Tout a changé lorsque Albus a terminé ses études. Ou plutôt lorsqu'un événement inattendu eu lieu l'été-même après l'obtention de son diplôme d'ASPIC ainsi que des titres honorifiques dont je vous ai déjà parlé. Albus était revenu couvert de gloire à Godric's Hollow, et il décida rapidement que le temps était venu pour lui de quitter la maison familiale, au moins pour une année supplémentaire. Il me contacta pour que nous partions faire un voyage d'une année autour du monde. Seulement, à peine était-il arrivé chez moi à Londres qu'une terrible nouvelle lui parvient : sa mère Kendra était morte, tuée accidentellement par Ariana lors d'une de ses fréquentes crises incontrôlables qui avaient lieu depuis son agression. Albus annula notre voyage et me planta là pour rentrer en catastrophe à Godric's Hollow. Il y trouva son frère Abelforth et tous deux assistèrent à l'enterrement de Kendra au cimetière. Je m'y suis moi-même rendu, par amitié et pour afficher mon soutien à Albus. J'ai à cette occasion été le malheureux témoin d'une scène de bagarre extrêmement violente entre les deux frères, au su et au vu de tout le monde, devant la tombe de leur mère. Abelforth a cassé le nez de son frère aîné en l'accusant d'être un égoïste, un homme prétentieux, pédant, arrogant, orgueilleux, vaniteux. Je ne dirait pas que c'était faux, mais la crudité de ses propos ainsi que sa violence physique était totalement injustifiée. Quoi qu'il en soit, après la mort de Kendra, Albus s'est vu forcé de rester à Godric's Hollow s'occuper de sa petite sœur tandis qu'Abelforth continuait ses études à Poudlard. Cette situation lui était insupportable, et il a rapidement fait en sorte qu'elle ne dure pas. La célèbre historienne de la magie Bathilda Tourdesac vivait non loin de la maison des Dumbledore, et Albus la pria de prendre en charge Ariana. Bathilda connaissait depuis longtemps le secret de Kendra, et Albus décida donc de lui confier sa sœur pour pouvoir enfin partir avec moi autour du monde. Et c'est à ce moment là que...qu'il fit la connaissance de...de Gellert Grindelwald.

Elphias Dodge marqua une longue pause. Ses mains s'étaient mises à trembler contre sa volonté, ainsi que ses lèvres flétries. Dans ses yeux injectés de sang luisait une lueur apeurée et farouche.

- Je ne devrait même pas prononcer ce nom, déclara-t-il. Personne ne devrait le prononcer. C'est se souiller soi-même que de proféré ce nom maudit. Cet homme était le neveu de Bathilda Tourdesac, un neveu né en Bulgarie et qui avait étudié à Durmstrang. Il avait mon âge, et celui d'Albus également. Lorsqu'il l'a rencontré été-là, Albus a trouvé en lui la personne idéale pour se réconforter d'avoir perdu sa mère et pour oublier l'existence de sa sœur malingre et malade. Cet homme était...beau je n'en disconviendrait pas. Et brillant également. Il ressemblait fatalement à Albus par ses compétences intellectuelles hors-normes. Deux génies, voilà ce qu'ils étaient. Ils sont devenus les meilleurs amis du monde du jour au lendemain, et moi je suis passé à la trappe. C'est trois ans plus tard que j'ai fait la rencontre de cet homme, lorsque Albus a enfin daigné se rappeler de mon existence. À ce moment-là, Abelforth venait enfin d'achever ses études ( qu'il avait piteusement ratées par ailleurs, ne décrochant même pas ses ASPIC ). Dans la maison familiale des Dumbledore à Godric's Hollow, la tension devient palpable. Au premier coup d'œil, Abelforth a haï férocement Grindelwald, et moi je l'ai également détesté très rapidement. Moi et Abelforth, il nous prenait pour des moins que rien, des valets à son service ainsi qu'à celui d'Albus. Abelforth est celui qui en a le plus bavé. Il n'a cependant pas toléré bien longtemps que Grindelwald reste chez lui, et après avoir reprit de vive force Ariana à Bathilda Tourdesac, il a failli en venir aux baguettes avec lui, mais Albus s'est interposé entre son ami et son frère. Tous deux ont volontairement fichu le camp avant que la situation ne dégénère encore plus. Et puis, Albus voyait enfin là l'occasion de se débarrasser définitivement d'Ariana pour la laisser aux soins de son frère cadet. Pourtant, contre toute attente, ce n'est pas avec Grindelwald qu'il quitta Godric's Hollow, mais avec moi. En effet cet été-là, il se disputa violemment avec son ami. Après trois ans d'amitié, leur relation se brisa net comme une baguette. Toujours est-il qu'enfin après trois ans d'attente je pu partir faire le tour du monde avec Albus. Notre voyage dura un an, comme prévu. Nous avons vu mille et unes merveilles, et c'était un pur bonheur que d'êtres à nouveau amis comme au bon vieux temps. Je n'ai jamais eu le bonheur de le voir aussi heureux par la suite.

Elphias Dodge cessa de parler quelques instants, le temps de reprendre son souffle. Il paraissait hésiter à poursuivre son récit. Ses mains se remirent à trembler, mais il fini par poursuivre.

- Un an après notre départ pour faire le tour du monde, moi et Albus sommes rentrés à Godric's Hollow. Ce que nous y avons découvert, ni lui, ni moi, ni personne n'aurait pu s'y préparer. Ça a été un tel choc...

Les tremblements de Dodge s'intensifièrent, et Drago se leva pour lui prêter assistance, mais le vieillard se calma rapidement. Il devient même totalement immobile, mis à part ses lèvres qui s'acharnaient à trembler. Dans ses petits yeux bleus injectés de sang, les larmes s'accumulèrent, lui brouillant la vue, puis finirent par déborder et par couler le long de ses joues, traçant des sillons salés sur sa peau parcheminée et ridée.

- Je ne peux pas, sanglota-t-il, je ne peux pas...c'est trop dur...c'est tellement affreux...ce qu'il lui a fait...

Blaise était totalement tétanisé, embarrassé qu'il était par la détresse du vieil homme. Drago prit lui la peine de se lever et de s'accroupir auprès de la chaise roulante dans laquelle était assis Dodge.

- Rien ne vous oblige à parler. Vous en avez suffisamment dit je pense.

- Non mon garçon, fit le vieillard en se tamponnant vaille que vaille les yeux. Je suis navré...un accès de faiblesse dû à l'âge...pardonnez-moi...asseyez-vous...je vais continuer.

Drago le fixa d'un œil soucieux, mais consentit quand même à se rasseoir. Dodge prit une profonde inspiration, expira, puis une fois qu'il eu maîtrisé à nouveau son souffle, il se remit à parler.

- Lorsque nous avons pénétrés dans la demeure familiale des Dumbledore, dans la maison qui normalement revenait de droit à Albus, Abelforth nous a barrés le passage et nous a fixés bien en face, surtout son frère. Il y avait une telle haine dans son regard que Albus lui-même en a été effrayé. Moi, j'ai humblement battu en retraite et je suis resté à l'extérieur. Lorsque Albus est sorti de la maison, il était dévasté. Sa petite sœur Ariana âgée de seize ans venait de mettre au monde un enfant, et des complications survenues durant l'accouchement faisaient qu'elle était mourante. Abelforth raconta tout de go à Albus que durant son absence, Grindelwald s'était adjugé la maison des Dumbledore, avait violé Ariana, et qu'il avait été lui-même brutalement maltraité. Mais pire que tout, l'enfant qui venait de naître. J'ai affreusement eu peur à ce moment-là que Abelforth ne tue sur-le-champ son frère, mais celui-ci parvient je ne sais comment à le calmer un peu et à lui dire qu'il allait de ce pas se mettre à rechercher Gellert Grindelwald. Cet homme...ce monstre plutôt, bref, il était toujours à Godric's Hollow à ce moment-là. Albus n'eût pas à le chercher bien loin puisqu'il avait encore l'impudence de résider chez sa tante, à quelques centaines de mètres de la femme qu'il avait violentée. Je revois cette scène comme si c'était hier. Albus a demandé calmement à Grindelwald de l'accompagner jusqu'à chez lui. L'autre l'a suivi sans mot dire, ils sont passés devant moi, mais avant qu'ils n'atteignent le perron, Abelforth a ouvert la porte d'entrée à la volée, une lueur de folie dans les yeux. Il a pointé sa baguette droit sur Grindelwald et a prononcé sans trembler le sortilège de la mort. L'autre l'a renvoyé sans sourciller, et Abelforth serait mort si je ne l'avais saisi par les chevilles pour le faire tomber à plat ventre, tandis que le sortilège de lumière verte allait heurter une fenêtre et la réduisait en éclats. Après cela, Grindelwald a traité Albus de traître ou de je ne sais plus quoi, et il s'est également retourné contre lui. Abelforth m'a repoussé brutalement et a également menacé son frère, avant de se raviser et de se jeter sur Grindelwald. Tous les trois ont roulés dans la terre sous le soleil d'été, tandis que moi j'avais heurté une des marches du perron à cause du coup qu'Abelforth m'avait donné, et j'étais à moitié assommé. Leur lutte à tous les trois a durée longtemps. Ils étaient grands et puissants physiquement tous les trois, quoique Grindelwald était le plus rapide, Albus le plus malin, et Abelforth le plus violent. Je n'avais jamais vu le petit frère d'Albus aussi déchaîné, animé qu'il était par une fureur aveugle. Il aurait été capable ce jour-là d'abattre un géant de trois mètres de haut sans aucun souci.

Elphias termina de se tamponner les yeux, inspira un grand coup puis continua.

- Leur lutte aurait pu durer jusqu'au crépuscule, voir même jusqu'à la fin des temps, mais au bout d'un moment, une silhouette frêle se présenta sur le perron, et la lutte acharnée qu'ils se livraient cessa aussitôt. La silhouette était Ariana, vêtue en tout et pour tout d'une chemise de nuit fine qui laissait sans peine deviner son corps famélique et son visage pâle et doux comme celui d'un ange. Elle tenait son nouveau-né dans ses bras. Les trois hommes qui se battaient se sont relevés et l'ont longuement regardée. Ariana tremblait de tous ses membres, des taches de sang et d'autres fluides que je ne préfère pas évoquer maculaient sa chemise de nuit, et elle tenait son bambin à bout de bras, si bien que c'est moi qui le lui ai doucement prit des mains. Elle s'est alors effondrée à genoux, les mains jointes. Nous sommes restés tous les quatre figés, et nous avons mis un certain temps à comprendre qu'elle priait en silence. Ses lèvres bougeaient, mais elle n'arrivait pas à parler. Je crois qu'elle était muette. En tout cas c'est ce que j'ai cru, jusqu'à l'instant où elle a brusquement levée son visage vers le ciel et elle s'est mise à hurler, d'un hurlement de damné, qui a refroidit l'atmosphère à tel point que je crois qu'à ce moment-là il a gelé même en enfer. Elle a hurlée sans discontinuer, sans baisser le ton d'un octave, et puis elle s'est tue brusquement, et elle s'est affalée sur le sol comme un pantin désarticulé. Elle était morte. Du sang coulait abondamment entre ses cuisses. L'hémorragie interne dû à l'accouchement lui avait été fatale.

Elphias fût prit par une nouvelle crise de larmes incontrôlable.

- Merlin...Merlin a pardonné j'espère...à cette pauvre...pauvre fille...oh Seigneur...personne ne méritait une mort si horrible...même le plus rebuté des moldus...même le plus rebuté des elfes de maison...

Il reprit un semblant de contenance avant de se remettre à parler.

- Après cet événement horrible, Grindelwald a décampé sans demander son reste avant que ni moi, ni Albus ni Abelforth ni quiconque d'autre n'ai le temps de lui faire payer son crime. Albus ne l'a plus revu en personne jusqu'à son affrontement face à lui dans la plaine de Belaria en Bulgarie plus de quarante ans plus tard. Et je pense sincèrement que depuis cette date-là, Grindelwald n'a plus jamais remit un seul pied en Angleterre. Contrairement à l'enterrement de Kendra où il y avait eu tout le village qui s'était déplacé, il n'y avait personne à part Albus, Abelforth et moi à l'enterrement d'Ariana. Je ne suis moi-même resté que très peu de temps. Albus m'a raconté plus tard que lui et son frère étaient restés debout des heures durant, toute la nuit, jusqu'au petit matin sans bouger ni prononcer un seul mot, devant la tombe de leur sœur. Abelforth tenait le bébé dans ses bras, une petite fille. Il n'a rien dit à son frère, mais Albus a compris par lui-même qu'Abelforth garderait l'enfant avec lui et l'expulserait de la maison familiale s'il avait l'insolence d'oser y remettre les pieds. Abelforth n'a fait montre d'aucune violence physique envers son frère, mais avant de quitter le cimetière de Godric's Hollow il l'a regardé dans les yeux et il lui a dit : Tout ça c'est de ta faute.

Drago sentit les sanglots lui nouer la gorge. Jamais il n'avait entendu d'histoire aussi triste. À ses côtés, Blaise avait la mine sombre.

- J'ai appris bien plus tard que durant les trois ans où il s'était lié d'amitié avec Grindelwald, Albus et lui avaient en fait été amants. Je n'ai...jamais pu concevoir qu'Albus se soit fait manipulé par...par ce monstre, mais je ne vois pas comment qualifier ce qu'il lui a fait autrement que comme de la manipulation. Ainsi donc, après avoir perdu son père et sa mère, Albus a perdu sa sœur, son frère, son amant, son meilleur ami, sa maison, son honneur, son estime, tout...il a tout perdu ce jour-là. Tout sauf les lauriers de la gloire qu'il avait si durement travaillé pour conquérir à Poudlard. Moi-même je le confesse, je me suis détourné de lui pendant de nombreuses années à compter de cette date. La famille Dumbledore était dorénavant marquée du sceau de la damnation, la preuve l'attestant étant l'enfant issu du viol d'Ariana par Grindelwald. Albus a été hanté jusqu'à sa mort par l'accusation que lui a fait porter son frère, et par tous les horribles événements auxquels cette accusation renvoyait. Il a toute sa vie tenté de réparer ses erreurs. Il haïssait les moldus jusqu'alors car il estimait que c'était des gens de leur espèce qui avaient agressés Ariana et qui avaient été la cause de l'emprisonnement de son père, et donc par là même, ils méritaient tous d'êtres asservis par les sorciers et réduits en esclavage. À partir de la mort d'Ariana, il a remit en question tous ses idéaux, il a bannit tous ses rêves de gloire, d'exploits, de richesses, de conquêtes. Cela explique pourquoi Albus a toujours refusé d'être Ministre de la Magie. Albus s'est mis à mépriser les honneurs et titres académiques honorifiques, menant une existence des plus simples sans visées précises sur un métier. Il n'a également jamais plus aimé quiconque après ce que lui avait fait Grindelwald, et il n'a jamais retrouvé un ami tel que moi, bien qu'au fil des décennies j'ai fini par me rapprocher à nouveau de lui petit-à-petit puis par entièrement lui pardonner. En revanche, ce qui a été infiniment plus dur pour Albus, ça a été le dédain que lui a voué son frère Abelforth. Celui-ci s'est toujours refusé à donner de ses nouvelles à Albus, et ils ne se sont tous les deux revus plus qu'une seule et unique fois après leur veillée commune dans le cimetière de Godric's Hollow : sur le lit de mort d'Abelforth. Et même là encore, Abelforth s'est refusé à pardonner à son frère, comme j'ai pu le faire moi-même. Abelforth a également toujours refusé qu'Albus puisse voir la petite fille d'Ariana, qui était une cracmol sans aucun pouvoir magique, et qui par miracle en dépit de son état de santé précaire est parvenue à l'âge adulte, sans doute grâce aux soins que lui a prodigué Abelforth. Elle s'appelait Esmeralda, et malgré sa fragilité physique, elle était saine d'esprit et avait un très beau visage. Abelforth a sacrifié sa vie pour s'occuper d'elle, renonçant à se marier et à avoir des enfants par devoir pour la mémoire de sa défunte sœur. Malgré l'interdiction formelle d'Abelforth qu'Albus puisse la voir, il a consentit un jour à envoyer à son frère aîné une photographie de sa nièce Esmeralda encore adolescente. Ça a été un nouveau choc pour Albus. Au dos de la photographie, il était précisé qu'Esmeralda n'avait pas de pouvoirs magiques. J'ose imaginer que c'est à ce moment-là qu'Albus s'est mis à aimer les moldus, et s'est évertué tout le reste de sa vie à les aimer et à les défendre avec acharnement. De là lui est peut-être venu également l'envie d'utiliser son savoir de la manière la plus noble possible, c'est-à-dire le transmettre aux générations futures en devenant professeur.

Elphias poussa un long soupir.

- Il y a quelque chose qu'il faut que je vous montre. Suivez-moi.

Il poussa sa chaise roulante jusqu'à une commode qui se trouvait à l'autre bout du salon, suivi par Drago et Blaise qui se levèrent aussitôt. Il ouvrit un tiroir du meuble et farfouilla quelques instants à l'intérieur. Au bout d'un court laps de temps, il en ressortit une liasse de paperasse qu'il manipula avec précaution comme s'il s'agissait de trésors enfouis.

- De quoi s'agit-il ? S'enquit Blaise en fronçant les sourcils.

- De lettres. De lettres écrites par Albus à sa nièce. À défaut de la voir, il lui écrivait souvent, et Abelforth autorisait Esmeralda à lire les lettres et à les garder. Elle était très contente de recevoir des lettres de la part de son oncle Albus. Abelforth ne l'a jamais dit à son frère lorsqu'il l'a revu avant de mourir, mais il lui a été très reconnaissant de cela en son for intérieur. Il me l'a dit lorsque je suis moi-même venu lui faire mes adieux. Abelforth s'est éteint voilà une bonne trentaine d'années maintenant, alors qu'il était déjà largement octogénaire.

Elphias Dodge tendit une liasse de lettres à Drago, une autre à Blaise.

- Ces lettres sont de vrais trésors de tendresse et d'amour, écrites d'une plume merveilleuse avec une magnifique encre verte. Dans les lettres qu'il envoyait, Albus la nommait toujours Émeraude en référence aux yeux verts de jade d'Esmeralda. C'est pour cela qu'on les appellent les lettres d'Émeraude.

Les doigts quelques peu tremblants, Drago déplia une des lettres et la lu de long en large.

- C'est...éblouissant, finit-il par dire en rendant la liasse de papier au vieil Elphias Dodge.

- Oui. Ces lettres sont l'incarnation de tout ce qu'il y a de bon dans le cœur d'un homme. Elles transpirent tout ce qu'il y a de plus subtil, tout ce qu'il y a de plus simple, tout ce qu'il y a de plus heureux. Jamais Abelforth ne s'est plaint qu'Esmeralda ait pleurée après avoir lue une lettre de son oncle Albus. Elle pleurait plutôt de rire, ça oui.

Elphias Dodge rangea les lettres dans leur tiroir puis revient se poster près de la fenêtre.

- Avec le temps, la fragilité physique d'Esmeralda s'est atténuée, même si par rapport à une jeune sorcière du même âge, elle demeurait relativement peu robuste et bien plus encline aux maladies et aux blessures. Elle s'est mariée cependant vers la trentaine, après avoir quittée son oncle Abelforth. Son mari était un moldu du nom de Lyonel Evans. Par je ne sais quel miracle, elle lui a donné trois enfants, trois filles pour être plus précis. Leurs noms ne vous disent rien peut-être, mais sait-on jamais, je vais vous les dire quand même. La première se nommait Charlotte, la seconde Pétunia, et la troisième Lily.

Le cœur de Drago rata un battement.

- Attendez...ne me dites pas...Lily...Lily Evans c'est ça ? Oh Merlin...

Elphias Dodge le regarda fixement.

- Oui Lily Evans. Née en 1953, alors que Esmeralda avait près de cinquante ans. Cet ultime accouchement lui a été fatal, mais elle s'est battue comme une lionne des jours durant avant de mourir. Elle était trop âgée pour enfanter, mais des miracles arrivent parfois. En l'occurrence, un miracle a voulu que l'enfant naisse en bonne santé. Vous connaissez Lily Evans monsieur Malefoy ?

- Je...

- Oui je ne suis pas un imbécile, je sais pourquoi. Le monde entier de la sorcellerie la connaît bien mieux sous le nom de Lily Potter. La femme de James Potter et la mère du célèbre Harry Potter. Lily était la seule fille d'Esmeralda a se révéler être une sorcière. À part cela, elle a héritée des magnifiques yeux d'émeraude de sa mère, et son fils également à ce que j'ai pu voir. J'adore leurs yeux à tous. Les votre aussi m'intriguent monsieur Malefoy.

- Vous êtes en train de dire que Harry Potter est le...l'arrière-petit neveu d'Albus Dumbledore ?

- Exactement. En tout cas c'est comme cela que l'on désigne le lien de parenté éloigné qui les relie par le sang.

- Et Albus Dumbledore...le savait n'est-ce pas ?

- Oui. Comment aurait-il pu ne pas le savoir ? Le jeune Potter a le regard d'Esmeralda. C'est un regard que l'on n'oublie jamais.

- Et les deux autres filles de la nièce d'Albus...qui sont-elles ?

- Ce sont des moldues. Elles sont toutes les deux encore en vie il me semble à l'heure actuelle, mais je n'en ai pas la certitude. Toutes les deux sont mariées également il me semble, mais là encore je n'en suis pas sûr...oh attendez ! si ! La première-née...je m'en souviens. Esmeralda et son mari ont cru qu'elle allait mourir tellement elle était faible. Un des frères de Lyonel Evans le mari d'Esmeralda l'a adoptée car il ne pouvait pas avoir d'enfant. Ce frère-là était médecin, ou un truc du genre. Bref, cette première-née du nom de Charlotte est adulte aujourd'hui. Elle est médecin elle-même je crois, ou quelque chose approchant. Son mari...oui elle a un mari je crois.

Un doute subit fit frissonner Drago.

- Il s'appelle comment le mari ? C'est un moldu lui aussi je suppose ? Il est quoi ? Dentiste ? Son nom c'est quoi ? Ça commence par Gran et ça se fit par ger ? C'est ça ?

- Cela vous intéresse à un haut point à ce que je vois. Oui sans doute, maintenant ça me reviens. Il doit s'appeler Gringer, ou quelque chose comme ça.

- Granger. Et ils ont une fille. Hermione Granger. C'était la plus brillante sorcière de ma promotion à Poudlard, et même de ma génération toute entière. Et c'était également la femme que j'aimais.

Menaçant de fondre en larmes, il préféra quitter brusquement la pièce, ne pouvant en supporter davantage.

.

Une semaine passa, et l'état de santé d'Elphias Dodge alla de mal en pis. Il était désormais incapable de bouger par lui-même sa chaise roulante. Il préférait dorénavant rester constamment près de la fenêtre du salon et dormir là toute les nuits en position assise.

- Je suis désolé de vous avoir bouleversé, déclara un matin le vieil homme à l'intention de Drago. Ce n'était pas mon objectif.

- Je ne suis pas bouleversé, mentit le beau blond. Juste un peu ébranlé disons.

En une semaine, il n'avait pas pu oublié ne serait-ce qu'une seule des paroles de Dodge. Il en avait fait des cauchemars, se retournant encore et encore dans son lit en grognant en plein cœur de la nuit.

- Il y a une dernière chose que j'aimerais savoir malgré tout. C'est à propos de Grindelwald.

- Vous voulez savoir quoi ? D'où il venait ? Sa relation avec Albus ? Ce qu'il est advenu de lui après sa fuite d'Angleterre ?

La voix de Dodge était plus rauque et cassée que jamais. Une quinte de toux le prit subitement et le plia en deux. Il cracha des bolées de sang dans son mouchoir, puis une fois la quinte passée, il se raffermit et fixa à nouveau Drago.

- Je veux savoir ce qu'il a fait durant les trois ans qu'il a passé avec Albus Dumbledore.

- Bien, asseyez-vous fit Elphias en s'éclaircissant la gorge du mieux qu'il pu. Comme je vous l'ai déjà dit, Gellert était bulgare et avait étudié à Durmstrang, dans son pays natal. C'est à dix-huit ans qu'il est venu en Angleterre. Le hasard a voulu qu'il rencontre le plus brillant sorcier de sa génération en Angleterre. À l'époque où je l'ai connu, il était grand, avec de longs cheveux couleur de l'or et des prunelles brunes tirant sur le noir. J'ai appris bien plus tard que lui et Albus avaient commencés à élaborer des projets pour dominer le monde et réduire les moldus en esclavage. Je ne sais pas s'il a eu une influence néfaste sur Albus, ou si celui-ci était aveuglé par l'amour qu'il portait à Grindelwald. Ce que je sais, c'est que Albus haïssait déjà les moldus lorsqu'il a rencontré Grindelwald. Je n'ai pas peur d'affirmer que Albus aurait pu tout aussi bien devenir comme lui, un mage noir. Il avait toutes les dispositions requises, le savoir, la puissance, la haine tenace, pour en devenir un, et il a été à deux doigts d'emprunter cette voie-là, avant qu'il ne parte en voyage en tour du monde avec moi et avant la mort de sa sœur. Évidemment, la mort d'Ariana a dégoûté à tout jamais Albus de tout ce qui avait trait au pouvoir. Quant à Grindelwald, je n'ai jamais su s'il aimait Albus ou s'il le considérait juste comme son bras droit. Pour avoir violé sa sœur lorsqu'il était absent, je pencherais plus du côté du bras droit plutôt que de l'amant. Je n'ai même pas envie de savoir à la vérité. Ce monstre n'a jamais possédé ce que nous autres nous appelons un cœur, j'en suis convaincu, ou s'il en avait un, il devait être en pierre. Mais il y a autre chose. Du temps où ils étaient très proches, Grindelwald a confié à Albus qu'il était venu en Angleterre dans un but bien précis : alors qu'il étudiait à Durmstrang, il avait lu des livres anciens qui traitaient d'un trésor légendaire depuis longtemps disparu, ou supposé comme tel. Il s'agissait du mythique Graal. Albus avait lu aussi des livres sur la question dans la bibliothèque de Poudlard, à l'époque où les livres sur les sciences occultes n'étaient pas consignés dans la réserve, et donc accessibles à tous.

Drago esquissa un rictus en pensant au vieux grimoire qu'il avait avec lui dans ses affaires.

- Tous les deux, ils ont formés des projets pour partir en quête du Graal, et par ce biais soumettre les moldus et affirmer la suprématie des sorciers sur l'ensemble du globe. Grindelwald disait sans cesse qu'il était intolérable que les sorciers devaient se cacher, et que c'étaient les moldus qui au contraire devaient se terrer chez eux et craindre les sorciers. Il voulait abolir le Code du Secret Magique, il voulait que les sorciers s'exposent à nouveau au grand jour. Et Albus était de son avis. Ils ont mis du temps à former clairement leurs plans machiavéliques. Au bout de trois ans, lorsque Abelforth a terminé ses études et les a chassés de la maison familiale des Dumbledore, Grindelwald a proposé à Albus de partir avec lui en Bulgarie pour débuter leur longue quête. Et c'est là qu'ils se sont disputés. Albus ne voulait pas partir, il voulait remettre à plus tard la recherche du Graal. Albus était un horrible garçon à l'époque, bouffi d'orgueil, assoiffé de gloire et de pouvoir, mais on peut au moins lui reconnaître que même à ses heures les plus sombres il n'a jamais été un fanatique comme pouvait l'être Grindelwald. Toujours est-il que Albus a fini par partir de Godric's Hollow pour aller faire le tour du monde avec moi, son vieil ami dont il s'était rappelé l'existence. Suite à la mort d'Ariana un an plus tard, après le retour d'Albus, Grindelwald a prit la fuite et a quitté pour toujours l'Angleterre afin de mener seul sa quête du Graal. La suite, vous la connaissez sûrement. Grindelwald a mis des années à devenir un mage noir, et lorsque se fût le cas, lorsqu'il eu accumulé suffisamment de savoir, de puissance et de haine, il sema la terreur dans toute l'Europe, que ce soit chez les moldus où dans les communautés sorcières. Il était accompagné par des renégats bulgares aussi fanatiques que lui et qu'il commandait. On appelait la bande de Grindelwald avec épouvante la Horde Noire. Elle a semée la terreur et la mort une première fois il y a sept décennies à peu près, puis une seconde fois deux décennies plus tard. Leurs massacres ont été plus horribles que tout ce que Voldemort lui-même a pu perpétré en Angleterre. Entre les deux séries de massacres, Grindelwald s'est consacré plusieurs années durant à la construction d'une prison dans les Carpathes. Il l'a baptisée Nurmengard. Tous ceux qu'il ne tuait pas, il les envoyait dans cette forteresse. On raconte que des dragons gardaient Nurmengard du temps de l'apogée de la Horde Noire. Un grand nombre de membres de cette Horde Noire surveillaient Nurmengard lorsqu'ils ne sillonnaient pas l'Europe pour massacrer des moldus. Ils étaient des éleveurs de dragons, et on les appelait les Guards Syanka, autrement dit en bulgare : les gardiens de l'ombre.

- Et au final, Grindelwald n'a jamais trouvé le Graal ? Questionna Drago tout en connaissant la réponse.

- Jamais. Albus Dumbledore a mit fin aux horreurs de son ancien ami...ou amant, je ne sais pas. Bref, il est parvenu a retrouver l'homme qu'il haïssait le plus au monde, l'homme qui avait violé sa sœur, maltraité son frère, et qui l'avait lui-même manipulé. À la tête de plusieurs centaines de membres de la brigade de la police magique de plusieurs Ministères sorciers différents, Albus a livré bataille aux Guards Syanka de Nurmengard. Tous ont été tués, ou bien emprisonnés dans la forteresse qu'ils étaient eux-mêmes censés surveiller. Après cela, Albus et une poignée de volontaires ont pourchassés Grindelwald, qui avait réussi à s'échapper avec ce qu'il restait de sa Horde Noire. Il les a rattrapé dans la plaine de Belaria, au pied des montagnes où se situait Nurmengard. Comme aucun ne voulait se rendre, Albus et le contingent de volontaires ont dû tous les tuer un par un, au prix de lourdes pertes de leur propre côté. Finalement, Grindelwald a été le dernier a rester debout. Albus s'est dressé face à lui et lui a proposé un duel judiciaire : Merlin seul devait désormais décider qui était innocent de la mort d'Ariana. Celui qui perdrait le combat serait celui désigné par le Ciel comme le coupable, et aurait droit comme récompense à la mort. Le combat a débuté en milieu d'après-midi, et il a duré des heures durant. Au petit matin le jour suivant, Albus a fini par triompher de Gellert Grindelwald. Le combat était pourtant extrêmement indécis et Albus n'avait aucune garantie de l'emporter. Mais un oiseau de feu descendit des nuages alors que l'aurore se levait, distrayant Grindelwald suffisamment longtemps pour que Albus mette celui-ci hors d'état de combattre. L'oiseau de feu était un phénix, Fumsec, qui depuis des temps immémoriaux avait été le résident attiré de Poudlard. Il a crevé un œil à Grindelwald avec son bec et ses serres acérées. C'est à partir de ce jour-là que Albus a prit sous sa coupe le phénix et l'a toujours gardé avec lui. Quant à Grindelwald, Albus au lieu de l'achever et de l'envoyer en enfer comme il aurait dû le faire, préféra se montrer clément et laissa la vie sauve au mage noir, mais il l'enferma dans sa propre prison de Nurmengard, avec pour unique compagnie les débris de sa Horde Noire.

Elphias cessa de parler. Ses yeux étaient plus injectés de sang que jamais.

- Vous en avez appris suffisamment je pense. Laissez-moi me reposer maintenant.

Drago se leva sans discuter, puis il se dirigea d'un pas pesant vers la chambre où il passait ses nuits. Il y trouva Blaise encore endormi. Il n'avait cependant pas encore refermé la porte que Dodge le héla depuis le salon.

- Monsieur Malefoy...votre œuf d'or...c'est un œuf de phénix n'est-ce pas ?

- Oui, confirma le blond en revenant sur ses pas pour se camper face au vieillard.

- Je sais où vous pouvez le mettre en sécurité. Garder sur soi une chose aussi précieuse est dangereux.

- Quel endroit serait assez sûr ? À part Poudlard ?

- Il n'y a pas que Poudlard fort heureusement. Il existe un lieu...dans cette région...Dexter Le Passeur ne vous en a pas parlé ? Ce lieu...est très spécial. On le nomme le...le Val Sans Retour. Vous comprendrez pourquoi. Il se trouve dans une forêt sacrée. La forêt de Brocéliande. Lorsque je serais mort, emmenez cet œuf là-bas.

Drago hocha la tête, incapable de proférer une seule parole. En l'espace de quelques instants, le vieil homme venait de résoudre le problème après lequel il courait depuis des semaines.

Elphias Dodge s'éteignit le soir-même. Ni Drago ni Blaise ne s'en rendirent compte, mais lorsqu'ils voulurent aller dîner dans le salon, ils trouvèrent le vieillard assoupi dans sa chaise roulante. En tout cas, c'est ce qu'ils crurent, jusqu'à ce que Blaise s'inquiète de l'absence du bruit de sa respiration.

- Il s'en est allé, déclara tristement le métis en constatant que le pouls ne battait plus.

- Paix à son âme, formula Drago d'une voix tout aussi contrite.

Ils ne mangèrent pas ce soir-là, faisant en silence leurs affaires en vue de partir dès le lendemain. Le sommeil se mit à fuir Drago quasiment toute la nuit. La mort d'Elphias était prévisible, mais elle intervenait si subitement, et si peu de temps après tout ce qu'il lui avait appris sur Albus Dumbledore, qu'il ne pouvait pas ne pas en être attristé.

- Il y a un lieu où nous pourrons être en sécurité Blaise, déclara Drago à son ami le lendemain matin.

- Ah bon ? Où ça ?

- Dodge m'a donné des indications. C'est un val qui se trouve dans une forêt. Une forêt sacrée. Nous devons nous mettre en route dès maintenant. Tu as fait tes affaires je suppose.

- Oui. Il faut aussi que j'envoie un patronus à Dexter pour l'avertir que Dodge est mort.

- Bonne idée. Ce serait bête qu'il continue à lui envoyer de la nourriture à présent.

Blaise s'exécuta aussitôt, tandis que Drago soulevait le corps du vieil homme de son fauteuil et le prenait dans ses bras pour l'emmener au-dehors.

- On l'enterre ? Demanda Blaise après avoir rejoint son ami à l'extérieur.

- Non. Ramasse du bois. On va allumer un bûcher.

- Mais...pourquoi ?

- C'est la tradition de l'Ordre du Phénix. C'est ce que Rogue a fait avec le corps de Dumbledore. Je l'ai vu de mes propres yeux. J'ai le devoir de le faire à mon tour avec Dodge. Maintenant ramasse du bois, je me chargerais d'allumer le bûcher funéraire.

Blaise entassa rapidement une pile de bûches, et Drago allongea le corps froid d'Elphias Dodge en haut du bûcher.

- Incendio ! Formula-t-il, et le bûcher s'embrasa aussitôt.

Ni lui ni Blaise ne versèrent une seule larme, mais la tristesse était bien présente chez les deux jeunes hommes envers ce vieil homme qu'ils n'avaient pas eu le temps de connaître suffisamment. Dans son sac à dos, Drago sentait la chaleur que dégageait l'œuf du phénix, et la chaleur du brasier qui lui soufflait au visage venait s'y rajouter. Au bout d'un moment cependant, Blaise se tourna vers lui.

- Il faut les prendre avec nous.

- De quoi ?

- Les lettres d'Émeraude.

Presque à regret, Drago s'éloigna du bûcher pour retourner à l'intérieur de la petite demeure qui avait été celle d'Elphias Dodge. Les doigts tremblants, il tira le tiroir et en extirpa les magnifiques lettres qu'Albus Dumbledore avait écrites à sa nièce. La liasse de papier à la main, il retourna dehors. Blaise se proposa de les mettre dans son sac, et Drago accepta sans broncher de les lui donner. Lorsqu'il vit que quelque chose s'était échappé d'une des lettres, Drago se baissa pour ramasser. À la lumière des flammes, il vit que c'était une photo du visage d'Esmeralda. Il la contempla un long moment, bouleversé. Son nez, sa bouche, sa chevelure, son sourire, tout lui rappelait Hermione dans son visage. Sauf ses yeux. Ses yeux de jade étaient ceux de Harry Potter.

.

.

Les ténèbres étaient partout. Il n'y avait pas moyen de distinguer quoi que ce soit d'autre. Ouvrir ou clore les paupières, aucune différence, il faisait aussi sombre les yeux fermés qu'ouverts. S'il n'y avait eu que ça, à la rigueur ça ne serait pas désagréable. Mais il y avait autre chose. Il y avait la puanteur de rance et de moisi qui agressait les narines, le bruit furtif et les couinements des rats qui écorchait les oreilles et déclenchait des frissons incontrôlés, et par dessus tout, il y avait la douleur à la tête. La douleur, elle était insupportable car c'était la seule que l'on ne pouvait pas ignorer. On pouvait à la rigueur boucher les narines et respirer par la bouche en semi-apnée pour se soustraire à l'odeur de moisissure, on pouvait aussi se boucher les oreilles pour ne plus entendre les affreux cris des rats, mais la douleur venait de l'intérieur, elle martelait le crâne sans relâche, elle glissait par ondes plus ou moins puissantes dans tout le corps, et lorsque l'on était amarré dans le noir sans moyen de bouger ni de voir quoi que ce soit, il était impossible de s'y soustraire. Et lutter contre la douleur était encore plus douloureux que la douleur elle-même, alors tout ce qu'il y avait à faire était de ne rien faire, de laisser la douleur ondoyer comme un serpent de feu à l'intérieur du crâne, de subir en serrant les dents, de lâcher de temps à autre un petit gémissement tout en se contenant pour ne pas laisser la langue trahir toute la souffrance. Un coup de pied se fit sentir. Puis, une fois les oreilles débouchées, le son d'une voix se fit entendre.

- Hermione ? Tu es devenue sourde ? Hermione ?!

- Oui ? Demanda-t-elle d'une voix pâteuse à force de ne pas utiliser sa langue pour parler.

- Ça fait dix fois que je t'appelle, grogna la voix de Ronald dans les ténèbres. Heureusement que j'ai des longues jambes, sinon je n'aurais même pas pu te toucher pour te faire réagir.

D'après le son de sa voix, Hermione détermina mentalement qu'il devait se situer à deux mètres d'elle environ.

- Qu'est-ce qu'il y a Ron ?

- Je voulais te demander si tu avais une idée pour nous sortir d'ici. Je commence à devenir dingue avec cette odeur de pourriture. Et puis j'ai faim aussi.

- Si j'avais la moindre petite idée, je te l'aurais dite tu penses bien, répliqua-t-elle d'un ton plus sec qu'elle ne l'aurait voulu. Réfléchi un peu Ron.

Elle l'entendit grogner, mais il n'ajouta rien. Et tout redevient silencieux comme avant. Le remords l'envahi subitement. C'était à cause d'elle qu'ils se trouvaient tous ici, enfermés et enchaînés dans les entrailles de la péniche. Le ronflement des moteurs sous ses fesses lui était très désagréable, mais au moins savait-elle quelque chose : la péniche avait levée l'encre. Quant à savoir où elle allait, c'était quelque chose dont elle ne savait absolument rien.

- Ron ?

- Oui Hermione ?

- Je...je suis...vraiment désolée...je...c'est ma faute tout ça...je suis désolée...sincèrement...

- Ne pleure pas, murmura le rouquin dans l'obscurité. Ne va pas compliquer la situation en te rajoutant la responsabilité sur le dos.

Hermione ne pleurait pas, mais les sanglots obstruaient déjà sa gorge, et sa voix plaintive et suppliante en disait suffisamment long sur le degré de culpabilité qu'elle ressentait.

- Je...oui d'accord, murmura-t-elle à son tour. Je te le promet Ron...je...je vais trouver un moyen pour nous faire sortir d'ici.

- On cherchent tous un moyen, répondit la voix rauque du rouquin.

Le silence se fit à nouveau. Les chaînes en acier qui emprisonnaient les poignets d'Hermione commençaient très sérieusement à lui faire mal. Elle avait les doigts gourds, ne les sentant presque plus malgré le fait qu'elle ne cessait de les ployer et de les déployer sans arrêt. Ses chaînes lui permettaient de s'asseoir contre le mur de la cale, mais pas de s'allonger sur le sol lorsqu'elle avait sommeil. Lorsque la fatigue était trop grande, il lui arrivait quand même de s'affaler de tout son long, mais lorsqu'elle se réveillait, c'était les deux bras suspendu vers le plafond à la verticale. Inutile de dire que ça faisait un mal de chien, et Hermione ayant peur de se déboîter une épaule, ou pire une omoplate, elle dormait assise la plupart du temps. La seule façon pour elle de distinguer le passage du temps, c'était les repas qu'on lui apportait. Il n'y en avait eu que trois qui lui étaient parvenus depuis qu'elle s'était réveillée dans les cales de la péniche avec son affreux mal de crâne. Les repas étaient si infâmes qu'elle y avait à peine touchée. Comme il faisait noir, elle ne voyait pas de quoi il s'agissait, mais il lui avait suffit à chacun des trois repas de donner un coup de langue dans l'écuelle qu'on lui avait servi pour être prise d'une irrésistible nausée. Le temps des repas était très court de toute façon. À chacune des trois fois, un gitan avait ouvert une porte des cales, une lampe à pétrole dans une main, tandis qu'un autre faisait le tour de la cale pour distribuer à chacun sa ration de nourriture dans une écuelle, ainsi qu'une gamelle d'eau. Au bout d'un court moment, il repassait pour reprendre les ustensiles, qu'ils aient été vidés ou non. Hermione se sentait terriblement humiliée par ce processus. On ne les détachait pas pour qu'ils puissent se servir de leurs mains pour manger et boire, et Hermione avait bien malgré elle et bien piteusement baissée la tête à trois reprises, pour pouvoir donner des coups de langue dans sa gamelle afin de se désaltérer. On les traitaient comme des animaux, et elle en ressentait à chaque fois un mélange de honte et de rage.

- Ils ne peuvent pas nous laisser ici, déclara soudainement la voix de Harry, qui était encore plus lointaine que celle de Ron. Manzone va forcément vouloir comprendre pourquoi nous ne lui avons pas dit que nous étions des sorciers.

- Il n'y a rien à comprendre, grommela en réponse la voix de Dean, plus lointaine encore aux oreilles d'Hermione. On lui a caché quelque chose, il a découvert ce que c'était, et voilà ce que nous récoltons.

- Tu es en train de dire que nous n'avons que ce que nous méritons ? Gronda la voix de Neville. Ce sont eux les fautifs. Tu as vu comment ils nous traitent maintenant qu'ils savent que nous sommes des sorciers ? Est-ce que nous on leur a fait ça sous prétexte qu'ils soient des moldus ?

- Calmez-vous tous les deux ! S'exclama la voix de Pansy. On croirait entendre deux gosses de six ans.

- Pansy a raison, abonda la voix de Tracey. Ce n'est surtout pas le moment de se diviser.

Après un bref silence, Harry reprit la parole.

- La prochaine fois qu'il y a deux gitans qui nous apportent notre repas, j'en profite pour réclamer une audience avec Manzone. Je vais tenter ça.

- Ça peut marcher, approuva Ron. Vas-y Harry, montre-leur ce que tu as dans le pantalon.

- Moi ce n'est pas avec Manzone que je veux m'expliquer, déclara soudain Hermione.

Elle sentit tout l'attention converger vers elle en un instant. Gênée, elle reprit néanmoins :

- C'est avec Vieille Rupa, la tante de Manzone, que je voudrais avoir un entretien.

- La vieille ? Renifla Pansy avec dédain. Celle qui a dit qu'elle était la seule prophète à bord de cette péniche ? C'est une folle. Ça ne servira à rien que tu causes avec cette harpie.

- Justement, si elle est folle je trouverais peut-être matière à la convaincre de nous libérer, même avec de piètres arguments.

- N'y compte pas, rétorqua fermement la voix de Ron. C'est cette vieille harpie qui nous a trahis et qui t'as assommée avec sa cane, on ne l'a pas oublié. J'entends encore dans mes oreilles sa voix de crécelle ordonnant à son neveu et à ses petits-neveux de se saisir de nous, en hurlant que nous étions des sorciers et en brandissant ta baguette en guise de preuve.

- Oui c'est vrai, mais...

Hermione sentit les larmes affluer à nouveau, ce qui l'empêcha de poursuivre. On lui avait voler sa baguette, une partie de son âme à elle, comme c'était le cas chez tous les sorciers. Elle ressentait de façon extrêmement douloureuse cette privation, bien plus encore que sa faim ou sa soif, ou même encore plus que son mal de crâne et sa douleur aux poignets.

- Ce sont tous des sauvages, trancha d'un ton sec la voix de Tracey. Hommes, femmes, enfants, ils se sont tous rués sur nous comme un essaim d'abeilles sur du miel, sans discuter ce que cette Vieille Rupa leur disait. À croire que c'est elle la véritable chef du clan, et non Manzone. On n'a même pas eu le temps de résister qu'ils nous avaient déjà neutralisés et qu'ils nous fouillaient pour dénicher nos baguettes. Et cette vieille harpie a ensuite rit d'un air satisfait lorsque l'on nous a emmenés de vive force pour nous enchaîner dans les cales. Alors oui je suis d'accord avec Pansy, elle est complètement folle, mais c'est ce qui fait sa force et aussi sa faiblesse. Je suis de l'avis d'Hermione, c'est avec elle qu'il faut avoir une discussion.

- Et tu crois qu'elle va vouloir nous libérer, quand bien même elle daignerait écouter nos arguments ? Maugréa Dean.

- On ne sait jamais, répondit Tracey. Hermione est une brillante oratrice, il y a un espoir qu'elle réussisse à convaincre Vieille Rupa.

- Et Rogue qui disait que l'on ne craignait rien..., soupira Harry. Je lui faisait confiance, mais là pour le coup il s'est lourdement trompé. Malgré ce qu'il nous a dit sur le quai de Southampton, il nous a bel et bien abandonnés.

- Tu es trop fataliste Harry, déclara Neville. Nymphadora Tonks avait assurée à Rogue que tout c'était bien passé pour elle sur cette péniche, il a dû la croire sur parole. N'oublions pas que Rogue se bat à chaque instant contre Voldemort, une foule d'obligations l'empêchait sans aucun doute de monter à bord avec nous.

- Mais, si Rogue a dit à Manzone qu'il était un sorcier, pourquoi n'en a-t-il pas fait de même avec nous ? Rétorqua Harry.

- Sans doute parce que les gitans auraient refusés que nous montions à bord.

L'explication se tenait. De toute manière, il était futile d'imputer à Rogue la situation compromettante dans laquelle ils se trouvaient tous les sept. Hermione continuait de se sentir coupable, malgré les paroles rassurantes de ses amis qui affirmaient que ce n'était pas le cas. Ils en étaient là de leurs délibérations, lorsque la porte de la cale s'ouvrit et que deux gitans leur apportèrent pour la quatrième fois leur repas.

- Je réclame une audience ! S'époumona Harry avant que l'un des gitans n'ai eu le temps de commencer la distribution des gamelles et des écuelles.

- Tu la fermes sorcier ! Répliqua le gitan qui tenait une lampe à pétrole.

Hermione se rendit brusquement compte que les deux gitans étaient Salvio et Livio, les deux frères de Silvio, le gendre de Manzone.

- Je réclame une audience avec votre chef ! Répéta Harry. Accordez-moi au moins cela ou sinon vous regretterez de nous avoir enchaînés ici !

- Mais c'est qu'il nous menace en plus ce blanc-bec ! Rugit Salvio en se dirigeant d'un pas furieux vers le brun à lunettes, sa lampe à pétrole se balançant rapidement d'avant en arrière.

- Frère arrête ! S'écria Livio en lui agrippant le bras. Tu tombes dans son jeu, ne vois-tu pas ?

Il déposa les gamelles et écuelles sur des caisses de fer, puis il chipa la lampe à son frère tout en le repoussant sans ménagements, avant de s'avancer devant Harry et de s'accroupir pour se mettre à sa hauteur. Il puait le vin, les épices et une odeur rance de poisson, ce qui fit frémir les narines de Harry tandis que Livio éclairait son visage avec la lampe.

- Tu sais que ton insolence pourrait te coûter la langue mon p'tit gars ? Toi et tes sorciers d'amis vous n'êtes rien sans vos bouts de bois, et vu la situation dans laquelle vous êtes, vous feriez bien de faire profil bas et de laper dans vos gamelles comme des bons toutous obéissants. Sinon, je pourrais tout aussi bien te casser la tronche si j'en avais envie. Je pourrais aussi couper un des bras à ton estropié de copain aux cheveux de feu, et lui arracher son affreux truc en fer qu'il porte à l'autre. Je pourrais aussi me farcir les jolies p'tites sorcières qui sont avec toi, et les refiler à mes frères après pour qu'ils en jouissent à leur aise. Je pourrais aussi tous vous fiche à la mer pour que vous serviez de repas aux poissons et aux crabes. Je pourrais vous faire tout ça à toi et à tes sorciers d'amis, mais je le ferait pas, parce que jusqu'à présent vous avez fermés vos bouches, sauf quand il s'agissait de laper dans vos écuelles. Donc tu peux ouvrir la tienne en grand mon p'tit gars, mais dans ce cas-là c'est toi qui le regrettera. Et tes sorciers d'amis avec.

Harry le regarda tranquillement, puis sans prévenir il lui cracha au visage. La salive dégoulina le long du nez de Livio, éclaboussa ses joues et son front, son crâne luisant et chauve, et des postillons atterrirent jusque sur ses oreilles. Il se redressa avec stupeur et s'éloigna de Harry avec une expression ahurie sur le visage.

- Je vous avais prévenu que vous le regretteriez, déclara tout aussi tranquillement le brun à lunettes. Et moi au moins contrairement à vous, je met très rapidement à exécution les menaces que je profère. Vos menaces à vous m'ont cependant édifié sur un point : vous n'êtes qu'un barbare, un sauvage et une ordure de premier ordre. Par égard pour votre clan, accordez-moi une audience pour que je vois si le reste de votre fratrie est aussi peu civilisée que vous ou non.

La fureur empêchait à Livio de dire un seul mot. Il gesticulait et hurlait silencieusement des imprécations et des injures, mais la rage l'étouffait à un tel point que les sons se bloquaient dans sa gorge. Ce fût désormais à Salvio de calmer son frère, en lui reprenant des mains la lampe et en dardant un regard noir sur Harry.

- Nous allons réfléchir à votre proposition, grinça-t-il finalement comme à contrecœur. Mais la décision finale de savoir si vous avez droit à une audience reviendra de toute façon au maître de cette péniche.

- Et qui est-il dites-moi ? Ricana Pansy. Vieille Rupa ou Manzone ? La harpie ou le gros phoque ?

- Sorcière ! Je ne tolérerais pas que tu dises ça ! Gronda Salvio. Fermez-là tous maintenant ! Pour votre peine vous serez privés de repas jusqu'à nouvel ordre !

Il poussa son frère à l'extérieur de la cale et s'en alla lui-même, non sans claquer violemment derrière lui la lourde porte en fer qui permettait d'accéder aux cales. Et tous les sept furent à nouveau plongés dans les ténèbres opaques.

Sitôt les gitans partis, Ron éclata brusquement de rire.

- Ouah Harry tu m'a impressionné là ! Bien joué mon pote ! S'esclaffa-t-il. Tu lui en a fait baver ! Ah ah ! Jeu de mots ! Le type il avait vraiment de la bave sur sa face ! Ah ah !

Le fou rire de Ron contamina à peu près tout le monde, même si les rires des autres étaient plus des rires de soulagement qu'autre chose. Hermione était la seule à ne pas se joindre à l'allégresse de ses amis. Elle présentait que le volte-face de Harry ne serait pas sans conséquence pour eux, comme pour elle. Et elle avait affreusement peur que les menaces de Livio ne soient appliquées.

.

Le temps passa, les rires s'estompèrent et chacun reprit conscience qu'il était toujours enchaîné aux murs de la cale, puis tous retombèrent dans leur mutisme initial.

Affamée et assoiffée, Hermione fit la sourde oreille à son ventre qui gargouillait pour réclamer de quoi se restaurer. La jeune femme sombra au bout d'un moment dans le sommeil, épuisée par son mal de crâne et les chaînes en acier qui lui lancinait les poignets. Lorsqu'elle se réveilla, le besoin pressant de vider sa vessie la prit. Maugréant un juron à voix basse, Hermione se retient, non sans tirer furieusement sur les chaînes qui emprisonnaient ses poignets, geste purement dérisoire. Le temps passait abominablement lentement, ou bien était-ce simplement l'envie pressante qui tiraillait la jeune femme ? En tout cas, Hermione n'avait aucune envie de se faire sur elle, et pour éviter cela autant que faire se peut, il fallait qu'elle trouve rapidement une solution à son problème. Son cerveau se mit à réfléchir à toute vitesse, tandis que ses yeux scrutaient son propre corps dans l'obscurité pour tenter d'y trouver quelque chose, n'importe quoi qui lui permettrait de briser ses chaînes. N'avait-elle pas gardée un poignard sur elle ? Non sans doute pas. Autre chose ? Non plus. Merlin faites quelque chose par pitié, se mit à prier silencieusement Hermione. Elle tourna la tête à sa droite et à sa gauche dans l'espoir de distinguer quelque chose le long des murs qui pourrait l'aider. Mais comme elle n'y voyait rien dans cette obscurité de poix, elle préféra laisser tomber. À la rigueur, pensa-t-elle en son for intérieur avec désespoir, je peux arrêter de me retenir, personne ne verra que je me suis souillée dans cette obscurité. Oui, lui chuchota une autre voix dans sa tête, mais l'odeur...

Hermione eu un frisson de dégoût. Et c'est alors qu'elle sentit quelque chose tressauter sur sa peau entre la naissance de ses seins et son cou, quelque chose de lourd. Son médaillon. Elle se figea brusquement, réfléchissant à nouveau. C'était l'unique moyen pour elle de s'en sortir. Après avoir réfléchit encore quelques instants à ce qu'elle allait faire, la jeune femme ploya son cou vers l'avant, puis elle s'assit sur les genoux et baissa la tête pour permettre à la fine chaîne du médaillon de glisser dans ses cheveux. Avant que le médaillon ne tombe sur le sol, elle saisit la chaîne entre ses dents puis releva la tête. Hermione glissa ensuite avec ses dents la chaîne du médaillon autour de sa main droite toute gourde à cause de la mauvaise irrigation du sang dû aux chaînes d'acier. Elle reploya tant bien que mal ses doigts autour du médaillon, le serra fort dans sa paume, puis elle appuya sur l'encoche qui permettait d'ouvrir ou de refermer la chaîne pour porter le bijou en sautoir ou l'enlever du cou. Une fois la chaîne séparée en deux bouts, Hermione tordit son bras afin de placer les deux bouts autour du dernier maillon des chaînes en acier qui était arrimé à une attache fixée dans le mur. Elle relia à nouveau les deux bouts et referma l'encoche. Désormais, son médaillon pendouillait à la verticale le long du mur, accroché au dernier maillon des chaînes d'acier. Hermione se colla contre le mur de la cale, puis s'empara de son médaillon à une main et ouvrit le bijou. Le rubis qui se trouvait à l'intérieur rougeoya dans les ténèbres. Elle ne le toucha pas, sachant par avance qu'il serait brûlant. Son envie de vider sa vessie devient encore plus pressant, et elle serra les cuisses en maugréant. Il fallait qu'elle se dépêche. Après un moment de réflexion, elle appliqua son médaillon contre le dernier maillon en acier. Le contact du rubis surchauffé sur le métal froid créa des vapeurs qui s'élevèrent dans l'air vicié de la cale.

- Hermione ? C'est toi qui produit cette odeur ? L'interrogea Ron d'un air surpris. Ça sent la fumée.

- J'essaie de me libérer Ronald ! Souffla la jeune femme d'un air exaspéré. Laisse-moi me concentrer.

- Que...quoi ? Tu as trouvée un moyen de te libérer ? Comment ?

- Ron tais-toi pour l'amour de Merlin !

Il se le tient pour dit, et Hermione pût à nouveau s'atteler à sa besogne. Elle sentit avec une grande satisfaction que l'acier commençait petit-à-petit à fondre au contact de la pierre précieuse. C'était une pierre magique, elle le savait désormais. Si jamais elle revoyait sa mère un jour, il faudrait qu'elle lui demande où elle avait trouvé le médaillon, car c'était sa mère qui lui avait offert ce bijou alors qu'elle n'était même pas encore rentrée à Poudlard. Cependant, elle se reconcentra sur sa tâche, veillant à tirer toujours plus avec son poignet droit sur la chaîne en acier au fur et à mesure que la pierre précieuse en fusion grignotait le métal du dernier maillon. Soufflant comme un bœuf à cause de l'effort, Hermione continua cependant à s'acharner à tirer. Elle n'avait même plus besoin de maintenir le médaillon sur l'acier, la pierre précieuse à l'intérieur s'étant collée comme une ventouse au maillon de métal, et s'engluant un peu plus au rythme auquel elle faisait fondre ce même métal. Au bout d'un moment, le maillon fondit entièrement, et la chaîne d'acier se détacha de l'attache fixée au mur pour tomber violemment sur le sol, produisant un affreux cliquetis métallique. Le médaillon tomba à sa suite. Hermione poussa un petit cri de triomphe qui déclencha les interrogations de ses amis. Trop excitée pour leur répondre, elle enleva le médaillon de la chaîne d'acier. Son bras droit était libre de ses mouvements désormais, même si son poignet était toujours emprisonné par la chaîne et que celle-ci traînait sur le sol. Pour se débarrasser définitivement de ses fers, elle aurait besoin de voler la clé qui ouvrait les menottes. En attendant, elle refit la même chose avec la chaîne qui emprisonnait son bras gauche. Cela mit tout autant de temps, mais tout cela eu peu d'importance lorsqu'elle se trouva entièrement libre. Hermione tituba un peu lorsqu'elle se mit debout.

- Prend ça, dit-elle à Ron en lui donnant son médaillon. Et ne touche pas la pierre à l'intérieur, elle te brûlerait les doigts. Je file hors de la cale pour chercher les clés qui permettraient d'ouvrir nos fers. J'ai vraiment envie de me débarrasser de ces horribles chaînes.

- C'est surtout que tu as envie d'aller au petit coin.

Elle afficha un air éberlué. Comment savait-il ? Et depuis quand la taquinait-il comme ça ? Elle pouvait deviner son sourire moqueur dans l'obscurité. Le son de sa voix et ses paroles avait fait que le temps d'un battement de cœur, elle avait cru que c'était Drago qui lui parlait.

- Oui aussi, reconnu-t-elle tout en remerciant silencieusement Merlin qu'elle se trouve dans le noir pour pouvoir dissimuler son visage écarlate. À tout à l'heure vous autres, dit-elle pour l'ensemble de ses amis.

- Hermione attend ! S'exclama Harry avant qu'elle ne s'éclipse hors de la cale. Ne fait pas de conneries je t'en prie. N'oublie pas que les gitans réfléchissent à nous accorder une audience.

- Ils ne nous en accorderont pas. Ils sont trop pleutres et trop lâches pour avoir le cran de nous détacher de nos fers, même le temps d'une audience. Je reviens avec les clés des menottes.

- Très bien, abdiqua Harry. Nous te rejoindront dès que possible. Une dernière chose Hermione : tant que tu y seras, essaie de voir où est-ce qu'ils ont planqués nos baguettes et prend-les toutes si tu les trouve. Nous comptons sur toi.

La jeune femme acquiesça, puis elle ouvrit la porte de la cale qui n'était pas fermée à clé et quitta les ténèbres opaques dans lesquelles ses amis étaient encore prisonniers.

Si Hermione voulait avoir la moindre chance de réussir son entreprise, elle savait qu'elle devait agir vite. Par bonheur, elle trouva en quelques instants des toilettes. Une fois sa vessie soulagée, elle retourna dans le corridor faiblement éclairé. Seule une lampe à pétrole suspendue au plafond diffusait de la lumière. La jeune femme tangua, puis perdit l'équilibre et dû se retenir à un mur pour ne pas s'étaler de tout son long. La péniche venait en effet de faire une brusque embardée à tribord. Traînant ses chaînes en acier dans son sillage, elle s'avança aussi silencieusement que possible dans le corridor, puis elle tourna à l'angle. Lorsqu'elle arriva devant les escaliers qui permettaient de descendre dans les cales, elle s'arrêta pour réfléchir à ce qu'elle allait faire ensuite. Elle enroula tout d'abord les chaînes d'acier autour de ses bras pour éviter qu'elles ne fassent du bruit en traînant par terre, puis elle se risqua à jeter un œil sur le pont supérieur en gravissant les marches. Ce qu'elle s'apprêtait à faire était de la folie, elle le savait. Si elle se faisait attraper, elle n'aurait aucun moyen de se défendre, et en représailles les gitans pourraient parfaitement briser sa baguette et toutes celles de ses amis, si ce n'était pas déjà fait.

Hermione se faufila dans un nouveau corridor et y repéra quelques portes closes. Elle choisit donc au hasard d'ouvrir l'une d'entre elles pour pouvoir se cacher à l'intérieur d'une pièce. La pièce dans laquelle elle s'enferma était petite et puait le poisson. Le cœur battant à éclater dans sa poitrine, Hermione plaqua son dos contre la porte en fermant les yeux et en poussant un petit soupir. Son nez se fronça lorsqu'elle sentit par-dessus la puanteur de poisson une odeur de transpiration ainsi que les odeurs d'arômes d'épices. Dans l'obscurité de la pièce, elle distingua alors une forme humaine allongée dans un hamac. Elle s'approcha en dépit de tout bon sens, allumant même une lampe à pétrole qui se trouvait posée sur une table afin d'y voir plus clair. Et ce qu'elle vit la fit chavirer. C'était Myro qui dormait à poings fermés dans le hamac. Il poussa un puissant grognement et commença à se retourner à cause de la lumière que dégageait la lampe. Après être restée tétanisée quelques instants, Hermione se demanda si elle devait s'en aller ou tout simplement lui régler son compte pour la trahison dont il s'était rendu coupable envers elle et ses amis. Le temps qu'elle se décide, il se frottait déjà les yeux en se redressant sur son hamac, et elle prit donc la décision de prendre la fuite. Cependant, elle n'atteignit jamais la porte car un brutal coup de pied derrière le genou la fit s'affaler de tout son long sur le sol, faisant cliqueter les chaînes d'acier enroulées autour de ses poignets. Hermione s'écorcha la joue en se prenant une écharde dans le plancher, et se redressa tant bien que mal, des larmes lui picotant les yeux.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Grogna la voix de Myro en l'empêchant de se relever en lui écrasant les jambes avec un de ses pieds.

- Il s'est réveillé très rapidement ce salaud dis donc, songea sombrement Hermione sans lui répondre.

- Tu veux pas parler c'est ça ? Comment t'as fait pour te détacher ?

- Tu as changé Myro, fût tout ce qu'elle trouva à dire.

- Hein ? Ça veux dire quoi ça ? Bougonna-t-il tout en écrasant plus rudement les jambes de la jeune femme avec son pied.

- Tu m'aimais sombre brute ! S'écria Hermione avec rage. Et malgré ça, tu m'a trahie ! Tu as voulu profiter de moi !

- Toi tu m'a menti, répondit-il du tac au tac tout en retirant son pied, lui permettant enfin de se relever.

Elle le fixa avec dégoût tout en frottant son jean sali par les bottes du gitan.

- J'ai gardé un secret ! Il y a une sacrée nuance tout de même ! Ça n'a rien à voir ! Je n'ai jamais menti ! Tu inventes des prétextes pour me faire culpabiliser ! Rend-moi ma baguette !

- Quoi ? Hors de question sorcière. Ce n'est pas moi qui l'aie de toute façon.

- Sorcière..., fit Hermione d'un air suffoqué. Comment oses-tu ? Dit-elle en retenant non sans difficulté ses larmes. Mes propres parents sont des êtres humains sans pouvoirs magiques, comme toi ! Tu es ignoble ! Tu es...

- Silence ! Grogna-t-il en lui plaquant une main sur la bouche. On risque d'entendre tes piaulements à l'autre bout de la péniche. Tu tiens tant que ça à te faire repérer ?

Elle hocha négativement la tête, puis elle se dégagea de son emprise d'une brusque secousse et ouvrit la porte pour sortir de la pièce et aller dans le corridor, où il s'empressa de la suivre.

- Tu ne m'approche pas ! S'exclama-t-elle en faisant volte-face.

- Hermaioni...Vieille Rupa avait tort...mais c'est ma famille...j'ai été forcé d'obéir...

- Tu n'a été forcé à rien du tout. Un vulgaire coup de cane t'a fait plier aux ordres, mais tu aurais très bien pu faire taire cette vieille harpie comme elle m'a moi-même fait taire.

- Tu ne comprend pas. Tes amis étaient une menace. J'ai bien tenté de leur dire de te laisser à moi, mon père n'a rien voulu savoir.

- Tais-toi ! Tu t'enfonces encore plus bas dans mon estime avec tes paroles de traître ! J'étais sur le point de faire l'amour avec toi tu te rends compte ? Et tu n'a même pas été capable de me protéger ! Comment veux-tu que je te considère autrement qu'avec dégoût après ça ? Navré de t'apprendre que je ne fait pas l'amour avec des traîtres, encore moins avec des lâches !

Elle hésita à dérouler ses chaînes d'acier pour lui gifler le visage avec, mais elle préféra s'éloigner de lui, puis par disparaître hors de sa vue en tournant à l'angle du couloir.

Lorsqu'elle atteignit le pont de la péniche, elle vit qu'il faisait nuit noir. Il faisait bon à l'extérieur contrairement à ce à quoi elle s'attendait, même si une petit brise fraîche faisait voler des mèches de ses cheveux. À tribord et à bâbord, à la proue comme à la poupe, d'aussi loin que porta son regard, Hermione ne vit qu'une immense étendue d'eau noire. La péniche n'était assurément pas en train de remonter le fleuve comme elle devrait sans doute être en train de le faire. Ils ont déviés de leur route, songea avec fureur la jolie brune. Rogue le saura et le leur fera payer ! Quelle bande de crétins !

Elle se détourna brusquement de la vue de la mer lorsqu'elle entendit du bruit dans son dos. Elle vit avec fureur que Myro venait de monter sur le pont.

- Je t'ai dit de ne pas me suivre ! Lui cria-t-elle.

- Calme-toi petite terrienne. Tu ferais mieux de regagner les cales pour ta sécurité.

- Ouais y aurait plutôt intérêt ! Gronda une voix.

Hermione vit avec stupeur trois hommes émerger à la suite de Myro. Il s'agissait de Livio et Salvio, les deux gitans qui lui avaient apporté à manger lorsqu'elle se trouvait enchaînée. Leur troisième frère Tonio était avec eux.

- Alors comme ça, ça veut s'échapper et filer en douce ma belle ? Et puis quoi encore ? Nous massacrer dans notre sommeil avec tes sortilèges de sorcière ? Très peu pour moi. Tu vas fiche le camp d'ici et regagner dare-dare la place qui est la tienne, lui déclara Tonio d'un ton menaçant.

Il lui empoigna le bras avant qu'elle n'ai eu le loisir de s'esquiver. Elle chercha à lutter, mais Salvio l'emprisonna à son tour, par la taille cette fois-ci. Quand elle se mit à leur donner des ruades avec ses pieds, Livio le troisième frère les lui empoigna. À eux trois, ils la soulevèrent de terre et la firent redescendre dans les profondeurs de la péniche.

- J'ai fait ça pour ton bien Hermaioni, lui chuchota Myro en suivant les hommes qui tenaient la jeune femme chacun par un bout. Je les ai prévenus de ta fuite pour qu'ils te ramènent en sûreté.

Elle lui jeta un regard noir, ne pouvant lui répondre à cause de la grosse main calleuse de Tonio plaquée contre sa bouche. Les trois hommes suivis par Myro pénétrèrent dans la cale du fond de la péniche avec leur encombrant fardeau sur les bras.

- C'est quoi ce bordel ?! Beugla soudain Livio en allumant sa lampe et en constatant que Ron était presque parvenu à retirer ses chaînes.

Il laissa le soin à ses deux frères d'enchaîner à nouveau Hermione, puis il se dirigea vers Ron et lui décocha un coup de poing d'une rare violence en pleine figure. Après quoi, il se tourna vers Myro.

- Toi rend-toi utile mon garçon ! Apporte-nous des nouvelles chaînes pour ces deux-là ! Vite !

Myro détala au triple galop, laissant derrière lui la porte de la cale grande ouverte. Hermione poussa des cris d'effroi en voyant Ron s'affaler contre le mur. Même avec la faible lueur de la lampe à pétrole, elle voyait une tâche sombre s'élargir juste au-dessus de son œil et couler le long de son visage jusqu'à son cou.

- Salvio ferme le clapet à cette sorcière ! S'écria Tonio en remettant brutalement Ron en position assise.

- Harry aide-m...

Un poing dur comme de la pierre s'abattit sur son visage. En une demi-seconde elle vit le sol crasseux de la cale jaillir à sa rencontre. Elle garda malgré tout les paupières ouvertes, mille chandelles dansants devant ses yeux. Elle sentit le goût âcre et bourbeux du sang dans sa bouche, et son nez lui fit affreusement mal. Salvio la redressa sans douceur et lui emprisonna à nouveau les poignets. Elle se sentit défaillir, et elle cracha du sang sur le sol. Avant de fermer les yeux pour sombrer dans l'inconscience, elle entendit le bruit des nouvelles chaînes que Myro apportait pour lui retirer à nouveau sa liberté.

.

Rien n'avait changé. Il faisait toujours aussi sombre, les couinements des rats se faisaient toujours entendre, et l'odeur rance de moisissure n'avait pas déguerpie. Il y avait deux petites différences tout de même par rapport à précédemment : elle n'avait plus son médaillon en sautoir autour du cou, et la douleur s'était déplacée de son crâne vers son nez et sa mâchoire. Elle avait comptée un seul et unique nouveau repas depuis qu'on l'avait à nouveau enchaînée solidement au mur. Cette fois-ci, elle n'avait rien touchée, pas même l'eau servie dans une gamelle. Elle avait prit la décision de se laisser mourir de faim et de soif plutôt que de s'abaisser à nouveau à se comporter comme une chienne. C'était exactement ce que ses geôliers attendaient d'elle, eh bien elle ne leur ferait plus ce plaisir. Comme avant, elle dormait la plupart du temps. Sa vessie ne la tiraillait plus cependant, Merlin soit loué. De temps à autre, elle crachait du sang sur le sol. Elle espérait ne pas avoir été trop amochée. Le plus probable était qu'une veine avait éclatée dans son nez et qu'une partie du sang avait coulé depuis son palais jusque dans sa bouche. En tout cas, elle ne ressentait aucune douleur aux dents ni aux gencives, mais les os de sa mâchoire étaient douloureux. Elle sentait du sang séché sur la partie supérieure de sa lèvre, mais essayait de ne pas y prêter attention.

- Réveillez-vous, murmura quelqu'un.

Elle sentit qu'on la secouait, alors elle se força à ouvrir les yeux. Le seul son de la voix n'aurait pas suffit à la tirer du sommeil sans rêves dans lequel elle était plongée la plupart du temps.

- Qui êtes-vous ? Répondit-elle d'une voix méfiante en contemplant la jeune femme qui se tenait accroupie devant elle, une lampe à la main.

- Je suis Azra, la petite sœur de Myro.

- Qu'est-ce que vous me voulez ? Gronda Hermione à la manière d'une bête farouche.

- Mon père veut s'entretenir avec vous. Il a fini par accepter votre réclamation d'audience.

- Ce n'est pas moi qui ai réclamé une audience, c'est mon ami.

- Peut importe. Mon père souhaite vous voir vous, et personne d'autre. Je vais vous retirer vos chaînes du mur, mais vous serez toujours attachée aux poignets. Vous allez ensuite me suivre docilement jusqu'au lieu de l'entretien, d'accord ? Si vous ne le faites pas, mes frères vous traînerons de force jusqu'au lieu où vous devez aller. Je me suis substituée à eux car je n'estimais pas nécessaire de vous infliger cette torture si vous vous montriez docile.

- Votre frère Myro est un traître et un lâche ! Cracha Hermione.

- Surveillez votre langue. Vous n'avez eu que ce que vous méritiez vous et vos amis. Dans le temps, mes aïeux s'évertuaient à éradiquer les gens de votre espèce en leur plongeant la tête sous l'eau et en les noyant. Et les terriens faisaient pire : ils les brûlaient vivants.