Note d'auteur : Ce 10e chapitre répond au prompt "Orchidée". C'est le plus long de la fic, près de 9000 mots, mais bon, j'espère que la taille du curseur ne vous rebutera pas^^
Un énorme merci à Labige et CharlenePotter pour leurs corrections ! (surtout sur un texte de cette longueur !)
Bonne lecture !
Asteria connaissait Liam O'Flaherty depuis plus de douze ans. Ils étaient entrés à Poudlard la même année et avaient été répartis tous les deux à Serdaigle. Ils n'étaient pas pour autant devenus les meilleurs amis du monde dès ce jour-là. Asteria n'avait jamais été à l'aise avec les garçons, elle préférait la compagnie des filles, aussi avait-elle attendu sa cinquième année pour adresser la parole à Liam. En réalité, c'était le soir de la bataille de Poudlard qu'ils avaient vraiment discuté pour la première fois.
Les élèves venaient d'être évacués à la Tête de Sanglier et Asteria restait recroquevillée dans un coin, cramponnée au bras de son amie Fiona Cornfoot, attendant que tout s'arrêtât. Une heure plus tôt, un Auror était venu les voir et avait demandé si certains élèves majeurs souhaitaient combattre. Un bon nombre de Serpentard s'étaient levés et l'avaient suivi, imités par d'autres élèves de Serdaigle et Poufsouffle – tous les Gryffondor majeurs étant restés dans la Grande Salle.
L'auberge était alors devenue très silencieuse, personne n'osait parler. Par moments on entendait quelques sanglots, semblables à des couinements. Asteria n'émettait pas un bruit, trop apeurée. Sa sœur était partie combattre avec les élèves de Serpentard portés volontaires. Elle ignorait si elle reverrait Daphné, quelle serait l'issue de la bataille et ce qu'il adviendrait d'eux si les Mangemorts gagnaient… Alors elle demeurait silencieuse, écoutant les bruits sourds des explosions, priant pour que tous reviennent sains et saufs dans une prière vaine.
C'est à cet instant que Liam les avait rejointes. Il leur avait adressé un sourire rassurant que Fiona lui avait rendu. Asteria admirait sa maîtrise d'elle-même : son frère était resté dans la Grande Salle et elle ne laissait pas paraître son angoisse. Liam avait posé sa main sur l'épaule d'Asteria, comme pour l'enjoindre à lui sourire à son tour. Elle avait esquissé une vague grimace, ne se sentant pas le cœur à la joie. Il s'était alors assis près d'elle et avait commencé à plaisanter un peu avec Fiona. Gagnée par leur regain d'enthousiasme, Asteria s'était redressée et jointe à la conversation. Ils n'avaient pas une seule fois abordé la bataille qui avait lieu, se contentant de parler de leurs professeurs, d'une note catastrophique qu'ils venaient d'avoir ou des dernières farces et attrapes… Bien sûr, Asteria n'avait pas pu ignorer tout ce temps son inquiétude, mais elle avait le cœur plus léger et lorsque la fin de la Bataille sonna, elle fut reconnaissante à Liam de lui avoir permis de passer les dernières heures dans la gaieté plutôt que dans la peur constante.
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Cet épisode les avait un peu rapprochés mais malgré tout, Asteria continuait à se trouver mal à l'aise en sa compagnie autant qu'en celle de n'importe quel garçon. Durant leurs deux dernières années à Poudlard, ils avaient un peu parlé, de temps en temps, à la fin d'un cours ou au détour d'un couloir. Ils avaient quelques centres d'intérêts communs, ce qui leur permettait de toujours trouver un sujet de discussion, mais Asteria s'arrangeait pour que cela ne s'éternisât pas et trouvait un prétexte pour lui fausser compagnie.
Ses parents n'avaient cessé de lui répéter que batifoler ne lui apporterait rien, qu'elle faisait bien mieux d'étudier plutôt que de lier amitié avec des garçons qu'elle ne reverrait sans doute jamais… Asteria ne réfléchissait pas, elle obéissait. Ce que disaient ses parents était indiscutable et d'ailleurs ils savaient bien lui rappeler que Daphné ne les avait jamais déçus. Ou qu'elle ferait bien de prendre exemple sur elle car sa sœur aînée réussirait sans aucun doute dans la vie, et ce grâce aux conseils parentaux qu'elle suivait scrupuleusement.
Asteria savait que Daphné comptait plusieurs garçons dans ses amis, mais elle les voyait très peu ensemble et Daphné avait toujours été la reine de la dissimulation. Jamais leurs parents n'avaient douté d'elle, persuadés que leur fille aînée adorée leur obéissait en tous points et ferait plus tard l'honneur de la famille. Le fait est que, deux ans après qu'Asteria eut fini ses études, Daphné disparaissait suite à une chute accidentelle et mortelle du haut d'une falaise. Asteria revit Liam le jour de l'enterrement mais n'alla pas lui parler bien qu'elle sût qu'il n'était pas venu pour pleurer Daphné.
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Le Ministère organisait chaque année au mois d'octobre un grand gala, réception somptueuse destinée à tous les employés du Ministère et à leurs enfants majeurs. Une fois ses études à Poudlard terminées, Asteria avait pu s'y rendre mais elle l'avait regretté à chaque fois : on ne la regardait pas, on ne lui accordait pas la moindre attention, elle avait l'impression d'être invisible. Contrairement à Daphné qui captait tous les regards, au grand ravissement de leurs parents. Un jour, un jeune homme avait fait apparaître un splendide bouquet d'orchidées qu'il avait tendu à Daphné. Elle avait ri et s'en était bien vite débarrassé en le donnant à Asteria. Depuis ce jour, elle détestait les orchidées.
Lors de ces réceptions, elle avait croisé Liam. Les deux premières fois, il était accompagné par une fille de Poufsouffle qu'Asteria connaissait tout juste de vue. La troisième fois, qui avait eu lieu après la mort de Daphné, il était venu seul mais Asteria était restée en compagnie de ses parents et lui avait juste adressé un petit signe de la main, de loin. Elle avait espéré voir Drago Malefoy, qu'elle avait rencontré peu après le décès de sa sœur et qui ne la laissait pas indifférente. Mais bien que son père travaillât au Ministère, elle ne l'avait pas aperçu ce soir-là.
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Elle avait reçu une lettre de Liam courant décembre. Il lui demandait de ses nouvelles et lui racontait un peu ce qu'il devenait. Elle avait répondu et à partir de ce jour, entretenu une correspondance soutenue avec lui. Ils se bornaient à de simples discussions sur les sujets qui les intéressaient, pouvant parfois passer quatre ou cinq lettres à parler de la même chose sans se lasser. Bien qu'elle essayât de se convaincre que c'était un échange purement amical, Asteria ne pouvait empêcher son cœur de battre un peu plus vite à l'arrivée de chaque nouvelle lettre.
Elle l'avait revu à un nouveau gala du Ministère durant lequel ils avaient passé le plus clair de leur temps ensemble. Malheureusement, elle avait aussi aperçu Drago Malefoy et la soirée s'était terminée sur une violente dispute entre elle et lui. Liam n'en avait rien su et elle ne lui en avait jamais parlé. Asteria avait tâché de ne garder de cette soirée que les souvenirs agréables, comme les compliments de Liam et sa courtoisie envers elle, chose dont Drago Malefoy semblait être totalement dénué.
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Après cette soirée, elle continua à entretenir sa correspondance avec Liam mais ne pouvait s'ôter de l'esprit qu'il s'était comporté avec elle de façon plutôt étrange pour un « ami ». Ou bien était-ce parfaitement normal pour un garçon de dire à une amie qu'elle était jolie ? Et de l'embrasser sur la joue comme il l'avait fait ? Elle se trompait peut-être complètement sur les intentions de Liam. Ses lettres n'avaient pas changé de ton, il ne semblait pas vouloir plus que leur correspondance habituelle, aussi s'ôta-t-elle cette idée de la tête.
Asteria n'en eut aucun mal puisque que deux mois après le gala au Ministère, elle revoyait Drago Malefoy au Chaudron Baveur alors qu'elle y prenait un verre avec Fiona. Les images de cette soirée défilèrent dans sa tête, elle se le rappelait l'ignorant complètement, pendant qu'il déambulait parmi les invités, le regard hautain, Pansy Parkinson à son bras. Le revoir ici, alors qu'elle espérait ne plus jamais croiser son chemin avait remué en elle tous ces souvenirs et son pincement au cœur de voir qu'elle ne représentait rien pour lui. Bien sûr, il était hors de question de le lui montrer et puis, après tout, elle le détestait pour ce qu'il était, pour ce qu'il avait fait. Elle le lui avait dit sans détour, ce soir-là. « Je vous déteste. » Trois mots qui, elle l'espérait, l'avaient sans doute blessé plus qu'il ne voulait l'avouer.
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Trois semaines après cette rencontre, Asteria reçut une nouvelle lettre de Liam. Elle s'attendait à lire la suite de leur débat sur la métamorphose humaine, mais fut très surprise de voire la brièveté de la missive. En réalité, son contenu n'avait rien à voir avec leur conversation précédente, ou uniquement dans la première phrase :
Chère Asteria,
Je t'enverrai sous peu ma réponse à ta dernière lettre mais le sujet de celle-ci est bien différent : j'aimerais t'inviter à dîner un soir prochain. J'ai préféré attendre que les fêtes soient passées pour plus de disponibilités. Je te laisse le choix de la date et du lieu, si tu acceptes.
Bien à toi,
Liam
Asteria ne réfléchit pas longtemps. Revoir Liam lui ferait très plaisir et débattre de vive voix leur changerait de leur correspondance. Elle lui répondit très vite qu'elle acceptait et lui proposa le samedi en 10, au Farfadet Malicieux, un restaurant du Chemin de Traverse qu'elle affectionnait tout particulièrement et qui n'avait pas pâti de tous les rendez-vous désastreux qu'elle y avait eus. Et elle était sûre de n'y rencontrer aucune connaissance de ses parents qui pourrait leur rapporter ce qu'elle faisait – même s'ils seraient sans doute ravis de s'imaginer qu'elle dînait avec un potentiel futur mari. Cette pensée la fit sourire.
*o*o*o*o*
Ce début janvier était glacial. Asteria se rendit sur le Chemin de Traverse enveloppé dans une cape bordée de fourrure, le visage entièrement couvert pour l'abriter des rafales. A sa grande joie, Liam était à l'heure et ils s'empressèrent d'entrer pour s'abriter. Le décor n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'elle y était venue. Le propriétaire semblait atteint d'une manie de collectionner les représentations de farfadets, il y en avait absolument partout. C'était un des aspects pittoresques de ce lieu. Liam semblait apprécier et pour cause, beaucoup de ces statuettes et autres décorations étaient des Leprechauns, créatures de la mythologie irlandaise.
Le dîner se passa très bien, comme Asteria l'avait espéré. Ils parlèrent longuement de sujets divers, allant de l'astronomie qu'elle aimait tant au dessin et à la peinture que Liam pratiquait un peu. Ils ne virent pas le temps passer et Asteria se dit que c'était sans doute la meilleure soirée qu'elle ait passée depuis bien longtemps. Lorsqu'ils sortirent du restaurant, le vent était tombé et ils décidèrent de marcher un peu en continuant de parler. Il n'était pas tard et quand il était désert, le Chemin de Traverse devenait très agréable à arpenter. Au cours de la promenade, Liam passa un bras autour de ses épaules. Asteria lui en fut reconnaissante, le froid était mordant et sa cape ne la protégeait pas complètement. Vint un moment où il descendit un peu plus bas sa main jusqu'à venir la loger au creux de sa taille. Un peu surprise, Asteria ne se dégagea cependant pas.
Elle n'était pas idiote, elle avait eu suffisamment de rendez-vous avec des hommes plus ou moins… entreprenants pour deviner les intentions de Liam. Mais si jusque là elle avait repoussé tous ceux qui s'avisaient ne serait-ce que de lui effleurer la joue, elle laissa la main de Liam où elle était. Elle n'était pas habituée à ce genre de démonstrations et d'ordinaire elle ne laissait pas un homme avoir une telle proximité avec elle, craignant qu'il ne veuille davantage s'il voyait qu'elle ne bronchait pas. Certains hommes avec qui elle avait dîné, qui lui avaient été présentés par des amies, n'avaient eu aucun savoir vivre, s'imaginant sans doute qu'un verre et une nuit en leur compagnie suffiraient à Asteria. Elle n'était pas comme ça. Mais Liam non plus, elle le savait. Cette main sur sa taille ne demandait rien de plus à cet instant. Et elle l'en trouva d'autant plus agréable.
Ils continuèrent de parler et marcher comme de vieux amis, sans que le geste de Liam ait refroidi quoique ce soit entre eux. Ils parvinrent au Chaudron Baveur où Liam lui proposa de boire un dernier verre, histoire de se réchauffer, mais Asteria déclina. La soirée avait été très agréable et elle préférait en rester là pour en garder un très bon souvenir. Liam insista pour la raccompagner et cette fois, Asteria accepta. Il ne s'agissait que de transplaner sur le pas de sa porte, mais ce serait l'occasion de se dire au revoir autrement qu'en partant chacun de son côté à la sortie d'un bar. Ils arrivèrent devant la grille en fer forgé du manoir des Greengrass. Asteria n'avait pas informé ses parents qu'elle voyait Liam ce soir-là. Elle ne tenait pas à ce qu'ils se mêlent de sa vie privée qu'elle orchestrait comme elle l'entendait.
Un peu embarrassée, Asteria murmura un « Au revoir » à peine audible dans le vent qui soufflait. Liam sourit. Il sortit sa baguette, exécuta un gracieux moulinet et fit apparaître une fleur qu'il tendit à Asteria. Une orchidée… Elle détestait cette fleur, ou du moins elle le pensait jusqu'à ce soir. Unique, donnée par Liam, et non un gros bouquet dont se débarrassait quelqu'un, cela prenait un tout autre sens. Elle la protégea du vent en l'abritant dans sa cape puis elle redressa la tête et regarda Liam. Il souriait toujours. Il déposa un baiser sur sa joue et s'éloigna un peu alors qu'elle posait sa main sur la poignée de métal glacé, ouvrait la grille, entrait dans le parc et la refermait. Asteria marcha lentement dans l'allée de gravier menant au manoir.
Arrivée à la porte en chêne, elle se retourna. Liam était toujours là, s'assurant visiblement qu'elle entrait chez elle sans problème. Asteria resta un instant à l'observer. La lumière était très basse, elle provenait uniquement de la lune voilée par les nuages et la lampe qui surplombait la porte d'entrée n'éclairait pas assez loin. Mais elle parvenait encore à le distinguer très vaguement. Elle vit ses yeux briller, comme ceux d'un chat, reflétant la lumière au-dessus du porche. Elle allait ouvrir la porte quand quelque chose se produisit dans son esprit.
Sans se poser de questions, Asteria ne chercha pas à lutter. Elle dévala le perron, traversa le parc en courant, faisant crisser les graviers sous ses pieds, rouvrit la grille… Elle se retrouva face à Liam, pouvant à peine distinguer son visage dans l'obscurité. Lorsqu'il sourit, elle n'attendit pas plus et agrippa ses épaules de ses mains avant de déposer un baiser sur ses lèvres. Aussitôt qu'elle eut fait cela, elle recula comme s'il l'avait brûlée et baissa les yeux, presque honteuse. Elle redressa un peu la tête et distingua le sourire éclatant de Liam. Sentant ses joues s'empourprer, elle sourit à son tour, ne sachant pas s'il pouvait la voir dans le noir. Sans un mot de plus, elle rouvrit la grille, pénétra dans le parc, la referma doucement et cette fois-ci, rentra chez elle. Elle ne se retourna qu'en fermant la porte d'entrée pour voir Liam disparaître dans un « crac » à peine audible à travers les rugissements du vent.
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L'orchidée survécut quelques jours mais se fana rapidement malgré les soins d'Asteria. Celle-ci pensait sans cesse à ce qu'elle avait osé faire et cela la hantait. Elle craignait d'avoir détruit son amitié avec Liam. Peut-être s'était-elle imaginé des choses, peut-être que sa main sur sa taille n'avait rien signifié, peut-être ne la voyait-il que comme une très bonne amie, peut-être que tous les compliments qu'il lui avait faits n'avaient été qu'amicaux ?… Obsédée par ce qui s'était passé, Asteria ne s'était pas aperçue qu'elle n'avait pas une seule fois pensé à Drago depuis plusieurs jours. Lorsqu'elle s'en rendit compte en tombant sur son invitation au gala du Ministère, elle sourit. Finalement, elle préférait sa nouvelle obsession, au moins elle y pensait avec bonne humeur.
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Asteria reçut comme promis une lettre de Liam une semaine après cette soirée. Elle la lut attentivement, retenant ses arguments quant à la métamorphose humaine, mais fut un peu déçue de voir qu'il ne faisait nulle part mention de ce qui s'était produit une semaine plus tôt. Y avait-il accordé si peu d'importance ? Elle pensait constamment depuis cet instant et lui ne s'en souvenait plus ? Cela l'attrista plus qu'elle n'aurait voulu l'admettre. Ou peut-être était-ce mieux comme cela : faire comme s'il ne s'était rien passé et rester amis sans que flotte entre eux un certain embarras. Elle tenait à Liam et préférait rester son amie plutôt que tout gâcher à cause d'un stupide baiser. Oui, c'était sans doute bien mieux comme cela.
Asteria rédigea rapidement sa réponse, veillant à ce que qu'aucune de ses phrases ne laisse paraître le trouble en elle. Il fallait qu'elle reste naturelle s'il préférait ne pas en parler, elle ne voulait pas lui mettre le couteau sous la gorge. Elle envoya sa lettre, non sans ressentir un soupçon de déception, mais décida de l'ignorer. Elle reçut la réponse de Liam le lendemain et sortit comme à son habitude la lettre de l'enveloppe avec empressement. Mais cette fois un billet entraîné par la missive en tomba, qu'elle se baissa pour ramasser. Elle le lut sans attendre, le cœur battant.
Je joins ce billet à ma lettre pour ne pas fatiguer ma chouette, elle a suffisamment à faire avec notre correspondance ! Je n'irai pas par quatre chemins : j'aimerais te revoir pour qu'on parle de ce qui s'est passé l'autre soir. Comme d'habitude je te laisse le choix du lieu et de la date, en espérant que tu acceptes cette invitation.
Liam
L'absence de formule de politesse à la fin ne laissait présager rien de bon. Néanmoins, il lui fallait voir les choses en face : si elle n'en parlait pas avec lui, elle deviendrait folle à force de se tourmenter. Aussi lui donna-t-elle rendez-vous au Chaudron Baveur deux jours plus tard. Elle serait certaine de n'y croiser personne de sa connaissance, et il y avait tant de gens étranges qui venaient dans ce lieu que personne ne ferait attention à eux, ils pourraient parler en toute tranquillité.
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Asteria arriva plus d'une demi-heure en avance. Elle voulait en profiter pour se détendre et appréhender ce qui allait se passer. Elle craignait le pire. Elle l'entendait déjà lui dire qu'il ne voulait plus entendre parler d'elle et qu'il avait trouvé son geste parfaitement déplacé… Elle en oubliait même que Liam était loin d'avoir été élevé dans la même rigueur qu'elle.
A chaque fois que la porte du bar s'ouvrait, elle sursautait, le cœur battant. Elle sentait ses joues chauffer sous l'anxiété. Soudain, il fut là. Elle crispa ses mains sur le rebord de la table mais s'efforça d'avoir l'air naturel en se levant pour lui montrer où elle était. Il la rejoignit, un grand sourire aux lèvres. Elle s'en trouva rassurée. Il s'assit face à elle et commanda aussitôt une Bièraubeurre à Tom. Asteria se tordit les mains sous la table, pétrie d'angoisse. Liam commença par prendre de ses nouvelles auxquelles elle tenta de répondre avec désinvolture mais elle ne pouvait ignorer les tremblements dans sa voix et ses pommettes qu'elle sentait s'empourprer. Et puis il s'arrêta de parler et la considéra d'un air plus grave.
— Asteria, j'aimerais que…
— Je suis désolée ! s'écria-t-elle, sa voix devenant aiguë. Je ne sais pas ce qui m'a pris, vraiment ! Si on pouvait oublier ça, s'il te plaît…
Il sembla surpris, haussant un sourcil de manière comique.
— Ah, eh bien d'accord, si c'est ce que tu veux…
Elle ne put s'empêcher de déceler une nuance de déception dans sa voix, mais se dit qu'elle se l'imaginait sans doute, comme toutes les autres choses à propos d'elle et Liam. Elle se sentait si ridicule, comme une adolescente prise en faute alors qu'elle avait plus de vingt ans. Elle leva les yeux vers Liam mais il regardait obstinément ailleurs. Elle sentit la table trembler un peu et vit qu'une de ses jambes s'agitait de manière compulsive comme s'il avait hâte de se lever et de partir.
— C'est drôle Asteria, dit-il soudain. A travers tes lettres je pensais vraiment te connaître, j'avais l'impression que tu étais de ces filles qui ne s'embarrassent pas de secrets, qui ne changent pas d'avis comme un Métamorphomage change de coupe de cheveux… Et quand tu m'as embrassé, je me suis dit que j'avais vraiment de la chance parce que tu es quelqu'un de génial. Mais j'aurais dû me douter que je ne serais pas assez bien pour toi, que tes parents trouveraient à redire sur moi.
L'air profondément peiné, il se leva, déposa quelques pièces sur la table pour payer leurs consommations et sans un mot de plus se dirigea vers la porte du bar côté moldu. Asteria resta figé sur sa chaise. Le sang battait ses tempes, résonnant dans tout son crâne. Elle n'arrivait pas à réfléchir mais une chose au moins était sûre : elle était une parfaite idiote. Vérifiant quand même qu'il avait laissé assez pour payer leurs deux Bièraubeurres, elle sortit du bar en courant à moitié, priant pour qu'il n'ait pas transplané. Elle l'aperçut heureusement, qui marchait lentement, dos à elle, à quelques mètres de là.
— Liam ! appela-t-elle.
Il se retourna et elle pressa le pas pour le rejoindre, se moquant d'avoir l'air d'une héroïne de livre romantique. Lorsqu'elle fut face à lui, elle se sentit stupide. Qu'allait-elle lui dire ? Mais son silence sembla lui suffire puisqu'il combla la distance entre eux deux et la serra dans ses bras. Un baiser passionné aurait été inutile, cette étreinte leur suffisait amplement. Elle ferma les yeux et sourit, se sentant pour la première fois depuis très longtemps pleinement heureuse.
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C'était comme dans un rêve. Cela faisait plus d'un mois qu'elle sortait avec Liam et elle n'aurait jamais imaginé pouvoir être aussi heureuse. Il ne se passait pas une journée sans qu'elle sourie ou qu'elle rie, chose qu'il lui paraissait impossible quelques semaines auparavant. Asteria effleura les pétales de l'orchidée qui trônait dans un joli vase sur sa table de chevet. Liam lui en offrait une nouvelle à chaque fois qu'il la voyait et elle se trouvait stupide d'avoir un jour détesté cette fleur. La douceur des pétales, la délicatesse de son parfum… C'était la plus belle des fleurs. Elle avait l'impression de vivre dans une histoire à l'eau de rose et se sentait ridicule. Et comme à chaque fois que cette pensée lui venait, elle éclata de rire, heureuse d'être ridicule car elle n'avait jamais été aussi épanouie qu'en cet instant.
Liam avait tout ce dont une femme pouvait rêver : il était drôle, intelligent, cultivé, avait un regard charmeur, un magnifique sourire… Il n'avait pas changé de comportement depuis que leur relation avait évolué, il était resté le même et Asteria lui en était reconnaissante. Il ne l'accablait pas de lettres enflammées, ne cherchait pas à l'embrasser à tout bout de champ et ne monopolisait pas son emploi du temps. Elle appréciait qu'il respecte sa solitude, et qu'il ne soit pas démonstratif en public, elle avait horreur de se faire remarquer.
Elle n'avait pas encore parlé de lui à ses parents. Asteria était encore naïve, peu expérimentée dans ce qu'on appelle l'amour, cependant elle n'était pas idiote. Elle savait qu'il était inutile de s'emballer après un mois qu'elle considérait comme parfait en tous points. Et elle savait que si elle présentait quelqu'un à ses parents, ce serait lorsqu'elle serait certaine que c'était le bon. Liam qui connaissait leurs idéaux et leurs principes, le comprenait parfaitement, même si – Asteria le sentait – il était un peu déçu qu'elle ait encore des doutes.
Passa février.
Passèrent mars et avril.
Passa mai.
Il lui offrait toujours des orchidées, c'était devenu un rituel, comme si leur histoire allait voler en éclat s'il cessait. Il avait ses gestes familiers avec elle qu'il exécutait sans même qu'Asteria s'en rendît compte désormais tant ils faisaient partie d'eux. Tantôt un bras autour de sa taille, tantôt un doigt caressant sa joue, tantôt une main frôlant sa nuque. Et elle, moins démonstrative, se contentant d'entremêler ses doigts aux siens car le peu de contacts physiques qu'elle avait eus avec des hommes au cours de sa vie rendait celui-ci infiniment intime à ses yeux. Mais le temps passant, elle avait appris à se faire plus audacieuse, surtout lorsqu'elle avait vu qu'il appréciait cela. Elle aimait l'embrasser fiévreusement, entourant sa nuque de ses bras, se pressant contre lui comme si elle voulait qu'ils ne fassent plus qu'un. Cette sensation de fusion l'enivrait.
Asteria avait appris à lui faire une confiance aveugle, chose qu'elle ne se serait jamais autorisée quelques temps plus tôt. Si les infimes doutes sur la pérennité de leur histoire subsistaient, elle n'en avait aucun sur Liam. Il n'y avait pas de secrets entre eux, elle savait qu'en aucun cas il ne la blesserait intentionnellement et ferait en sorte de ne jamais la décevoir. Elle espérait être capable d'en faire autant.
Au début, lorsque Liam s'était permis de glisser une main sous son chemiser en l'embrassant, elle n'avait pas pu s'empêcher de reculer. Elle s'en était voulu de sa réaction si brusque, d'être aussi ingénue et craintive. Lorsqu'elle y avait repensé, elle n'avait pas pu s'empêcher de se dire que cela n'avait pas été désagréable et de fil en aiguille, elle s'était prise à imaginer ce qui se serait passé si elle l'avait laissé aller plus loin. Mais elle avait vite chassé ces pensées de son esprit car elle ne se voyait pas faire quoique ce soit avant le mariage.
Et pourtant, elle qui depuis quelques temps s'évertuait à s'opposer à ses parents sur bien des points, pourquoi n'enfreindrait-elle pas également cette règle ? Elle avait l'impression d'être une enfant qui se cachait sous ses draps pour lire tard le soir, laissant croire à ses parents qu'elle dormait. Elle se sentait coupable d'avoir ces pensées mais également investie d'un étrange sentiment de liberté. Elle avait vingt-deux ans, elle n'était plus une adolescente, c'était à elle de gouverner sa vie.
Elle avait petit à petit laissé Liam faire preuve de plus d'intimité avec elle. Elle ne reculait plus lorsqu'il caressait son dos sous ses corsages et avait appris à faire de même, faisant abstraction de sa crainte de paraître trop entreprenante. Il lui était arrivé de s'endormir la tête sur ses genoux, oubliant qu'elle considérait ce genre de position comme aguichante. Cela lui plaisait de transgresser un à un ses interdits. Et plus le temps passait, plus la pensée de franchir la dernière limite la taraudait.
Alors un soir, elle choisit de faire voler en éclats cette partie de son éducation. Elle avait trop souvent lu l'envie dans les yeux de Liam et la frustration qu'il devait ressentir en respectant ses principes à elle. Elle en avait assez d'être bridée par cette société aristocratique complètement rétrograde tandis que Liam était si libre, laissant ses pas le porter comme un oiseau plane au gré des courants. Elle avait envie de suivre son exemple. C'était tôt, elle le savait, mais Liam et elle se connaissaient comme s'ils avaient grandi ensemble, grâce à leur correspondance et à toutes les discussions qu'ils avaient eues depuis le début de leur relation. Elle se sentait parfaitement en confiance.
Ses parents étaient sortis dans le monde, aussi Asteria avait-elle le manoir pour elle seule, comme cela arrivait bien souvent. Alors qu'il l'embrassait dans sa chambre, elle l'attira vers son lit sur lequel ils s'assirent. Il lui adressa un regarda interrogateur et elle baissa les yeux, comme la première fois qu'elle l'avait embrassé, sentant ses joues s'empourprer. Les mots étaient inutiles, ils se connaissaient trop bien. Le moindre de ses gestes fut aussi délicat que s'il manipulait une poupée de porcelaine et même si Asteria n'éprouva pas beaucoup de plaisir, elle ne regretta pas une minute sa décision. Elle n'aurait choisi personne d'autre que Liam pour partager ce moment. Ses parents n'en surent jamais rien, naturellement, tout comme ils ne savaient toujours pas pour elle et Liam. Cependant, à mesure que le temps passait, les doutes d'Asteria s'envolaient. Elle avait partagé tant de choses avec Liam, il était forcément le bon. Elle se donnait encore un mois pour réfléchir et elle le leur présenterait début août. Ce serait le milieu de l'été, durant les beaux jours, ils seraient dans de bonnes dispositions. Oui, c'était la meilleure solution. Et ils l'aimeraient forcément, comment ne le pourraient-ils pas ?
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Plus le jour approchait, plus Asteria se rongeait les sangs. Elle avait eu tort de s'imaginer que tout se passerait bien : Liam n'était pas un Sang-Pur et n'était pas de l'aristocratie sorcière… Évidemment qu'à elle, ces détails n'importaient pas, mais elle craignait par-dessus tout les remarques désobligeantes que pourraient émettre ses parents. Liam lui avait assuré qu'il s'y attendait et qu'il ne s'en vexerait pas, mais Asteria ne désangoissait pas. Pourtant ses parents semblaient d'assez bonne humeur ces derniers temps, elle aurait dû s'en réjouir, mais tout pouvait basculer d'un jour à l'autre. Liam lui avait proposé de reporter mais elle avait refusé. Ce serait ce jour et pas un autre.
Par chance, lorsqu'il arriva, c'était une magnifique journée. Un petit vent frais soufflait et le ciel ne comptait que peu de nuages. C'était un point très positif, elle reprit confiance. A la demande de Liam, elle lui choisit ses habits. Il souhaitait donner la meilleure impression possible et bien que fréquentant Asteria depuis longtemps, il ne s'était jamais intéressé à l'habillement de l'aristocratie sorcière. Elle opta pour une robe bleu nuit et une cape de velours de la même couleur qui lui donnaient beaucoup de classe sans en faire trop. Elle avait tenu à faire la surprise à ses parents et s'était auparavant assurée qu'ils seraient à la maison à l'heure prévue.
Lorsqu'ils arrivèrent devant la grille de fer forgé du manoir, Asteria arrangea une dernière fois la tenue de Liam qui sourit de la voir si fébrile. Puis elle ouvrit la grille et l'entraîna à sa suite dans le parc. Ils remontèrent l'allée de graviers sans échanger un mot, Asteria sentait ses oreilles chauffer d'appréhension. Toutes ses angoisses refaisaient surface et elle mourait d'envie de s'enfuir en courant dans la direction opposée. Mais Liam était le bon, elle n'en doutait plus, aussi la confrontation avec ses parents devenait-elle inévitable. Elle saisit le cogne-porte et frappa trois fois. Ce fut leur elfe de maison qui vint ouvrit, comme d'habitude. Jamais ses parents ne se déplaçaient pour faire cela. Il s'inclina bien bas devant Asteria puis devant Liam qui parut surpris d'une telle marque de respect.
L'elfe les informa que Mr et Mrs Greengrass étaient au salon. Il sembla vouloir ajouter quelque chose mais Asteria ne lui en laissa pas le temps. Elle entraîna Liam vers l'endroit indiqué, le cœur battant. La porte était close. Elle adressa un petit sourire qui se voulait rassurant à Liam mais ne réussit pas à en donner l'illusion. Elle posa sa main sur la poignée et ouvrit la porte. Ses parents étaient tous deux assis dans les beaux fauteuils tendus de toile de Jouy. Ils tournèrent aussitôt la tête. Inspirant un grand coup, Asteria déclara d'une traite :
— Maman, Papa, j'aimerais vous présenter quelqu'un.
Elle ouvrit plus grand la porte et c'est alors qu'elle vit qu'un troisième fauteuil était occupé.
— Vous ! s'exclama-t-elle avec la sensation qu'un seau d'eau glacé venait de lui être déversé sur la tête.
Drago Malefoy se leva aussitôt, comme si elle l'avait griffé. Ils se défièrent du regard quelques secondes, avant qu'il n'arrange machinalement les plis de son habit et dise d'une voix un peu hésitante :
— Je crois que je vais y aller...
— Qu'est-ce que vous faites ici ? le coupa Asteria sans se soucier des regards outrés de ses parents. De quel droit osez-vous entrer ici ? Vous…
— Asteria ! la coupa son père. Mr Malefoy est notre invité. Nous parlions affaires. Mais je t'en prie, qu'avais-tu à nous dire ?
Ce fut la première fois qu'Asteria fut presque heureuse de la présence de Drago Malefoy, car elle empêchait ses parents de se montrer secs et cassants avec elle. Elle fit entrer Liam dans la pièce en s'efforçant de ne pas laisser Drago la déconcentrer.
— Je vous présente Liam O'Flaherty, dit-elle après avoir pris une grande inspiration. Nous nous fréquentons depuis plus de six mois et… je compte l'épouser.
Dit comme cela, c'était si peu naturel… Mais Liam et elle en avait discuté, il avait donné son accord pour être présenté à ses parents comme son fiancé bien que cela ne soit pas dans leurs projets immédiats, loin de là. Un silence bien trop pesant suivit cette annonce. Asteria sentait le regard de Drago sur elle mais faisait son possible pour l'éviter. Elle se concentra sur la réaction de ses parents qui semblaient complètement abasourdis. Elle les vit échanger un regard, comme s'ils communiquaient par Legilimancie. Puis son père prit la parole :
— Eh bien, Liam O'Flaherty, nous sommes ravis de faire votre connaissance. A vrai dire nous désespérions d'entendre un jour ces mots de la bouche d'Asteria. J'aimerais discuter avec vous, suivez-moi. Mr Malefoy, nous en resterons là pour aujourd'hui, repassez demain.
Drago acquiesça silencieusement et Asteria regarda son père emmener Liam dans la pièce attenante. Sa mère resta dans le salon et n'ajouta rien. Drago la salua puis sortit à son tour. Il passa près d'Asteria mais elle fit semblant de ne pas le voir. Il se dirigea d'un pas vif vers la porte d'entrée et malgré elle, elle le regarda prendre sa cape que lui tendait l'elfe, la jeter sur ses épaules et s'apprêter à sortir. Mais il fit soudain volte-face et croisa son regard. Asteria eut un hoquet et détourna aussitôt les yeux, morte de honte qu'il l'ait vue l'observer. Il délaissa la porte d'entrée et revint vers elle. Asteria ferma aussitôt la porte du salon, ne souhaitant pas que sa mère la voie repousser un homme avec qui son père traitait. Mais il ne la toucha pas, se contentant de rester à deux mètres d'elle.
— Vous allez vraiment l'épouser ? demanda-t-il d'une voix neutre comme s'il lui parlait de la pluie et du beau temps.
— En effet, répondit-elle, les lèvres pincées.
Il hocha lentement la tête, comme pensif.
— Et maintenant sans mentir, reprit-il, vous allez vraiment l'épouser ?
— Où voulez-vous en venir ? demanda-t-elle, méfiante.
Drago soupira, comme s'il était agacé qu'elle ne comprenne pas plus vite.
— Il a l'air sympathique. C'est lui qui était avec vous au dernier gala du Ministère, n'est-ce pas ?
Asteria opina, de plus en plus confuse. Elle n'aimait pas cette intrusion de Drago dans sa vie privée et espérait qu'il avait un but bien précis.
— Il n'est pas pour vous, Asteria, dit soudain Drago en la regardant droit dans les yeux. Vous le savez. Vous méritez mieux que lui…
— Et qui ça ? Vous peut-être ? le coupa Asteria en ponctuant ses paroles d'un rire moqueur. Même un Scroutt à Pétards vaut mieux que vous. Et Liam est quelqu'un d'exceptionnel, je vais l'épouser et vous n'avez pas voix au chapitre.
Drago tourna la tête, comme pensif. Il soupira à nouveau et sans un mot de plus, tourna les talons. Asteria avait l'étrange sensation de l'avoir blessé. Elle aurait dû s'en moquer comme d'une guigne mais elle n'aimait pas peiner les gens, qui qu'ils soient, cela lui pesait sur le cœur pendant longtemps ensuite. Cependant elle ne chercha pas à rappeler Drago, elle préférait qu'il parte avec une mauvaise opinion d'elle et ne revienne plus l'importuner.
Il sortit de la maison et quelques minutes après, la porte du salon s'ouvrit sur Liam et ses parents. Son père lui jeta un regard de reproche et Liam ne le salua que sèchement. Asteria aurait dû s'en douter, cela s'était mal passé. Évidemment, Liam n'était pas le gendre dont rêvaient ses parents, ça c'était certain. Son père lui fit signe qu'il avait à lui parler et elle dut se contenter de raccompagner Liam à la porte d'entrée. Elle déposa un léger baiser sur ses lèvres et le suivit du regard jusqu'à ce qu'il transplane. Puis elle rejoignit ses parents dans le salon, s'asseyant à la place qu'occupait Drago tantôt.
— Asteria, je comprends que tu apprécies ce garçon mais tu ne l'épouseras pas, trancha son père.
— Et pourquoi ? demanda-t-elle avec agressivité. Il n'est pas à ton goût, je suppose ?
— Ce n'est pas un Sang-Pur. Et il n'appartient pas à notre milieu, il n'a pas l'éducation nécessaire. Il n'aura jamais les moyens de subvenir à tes besoins. Sa mère travaille – il insista sur ce mot – à un poste peu élevé au Ministère et son père semble avoir des lubies parfaitement inappropriées, en plus d'être un né-Moldu. Non, Asteria, tu ne l'épouseras pas.
— Je l'épouserai ! s'exclama Asteria en se levant d'un bond. Et tu n'as rien à dire !
— Asteria ! s'exclama sa mère. Fais ce que te dit ton père !
— Non ! répliqua-t-elle avec ferveur. Je savais que c'était une mauvaise idée de vous présenter Liam, j'aurais dû l'épouser sans rien vous dire ! Et puis qui es-tu pour le juger ? ajouta-t-elle à l'adresse de son père. Tu décrètes qu'il n'est pas assez bien pour moi mais tu fais affaire avec Drago Malefoy ? C'est un traitre, un ancien Mangemort !
Son père parut un peu déstabilisé. Mais il répondit :
— C'est lui qui m'a sollicité. Vu mon poste au Ministère, il espérait que je pourrais plaider en faveur de sa famille pour les réhabiliter un peu au sein du monde. C'aurait été Lucius, je n'aurais jamais accepté de traiter avec lui. Mais Drago était un adolescent à cette époque, il n'est pas responsable de tous ses actes, il a été embrigadé. Cependant, je ne ferai pas quoique ce soit pour eux.
Asteria ne sut quoi répondre à la sentence sans appel que venait faire tomber son père. Elle avait beau mépriser la famille Malefoy, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu émue par la démarche de Drago. Mais elle se garda bien de le dire. Elle se contenta de se lever et de sortir de la pièce, malgré les protestations de ses parents. Elle transplana aussitôt qu'elle fut dans le couloir et rejoignit Liam.
*o*o*o*o*
Liam ne lui tint pas du tout rigueur de ce qui s'était produit. En revanche, elle ne put éviter les questions sur sa froideur à l'égard de Drago Malefoy. Elle s'était contentée de lui dire qu'elle le méprisait pour ce qu'il était et c'avait été le premier secret qu'elle avait eu pour Liam. En réalité, les jours qui suivirent l'entretien avec ses parents, il ne se passa pas une journée sans qu'elle repense à ce que lui avait dit Drago. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il avait sous-entendu. Cela lui paraissait clair et pourtant elle aurait préféré que ce ne le fût pas : elle plaisait à Drago Malefoy et il était jaloux de Liam.
Elle avait du mal à croire ce qu'elle pensait. Fut un temps où il ne la laissait pas indifférente, mais elle croyait que depuis leur confrontation au Chaudron Baveur, il la détestait. C'était ce qu'il avait laissé paraître… Elle était perdue et pour la première fois depuis longtemps, les doutes l'assaillaient de nouveau. Lorsque Liam lui souriait elle s'en voulait terriblement de les lui cacher. Et lorsqu'elle se sentait sur le point de tout lui dire, quelque chose en elle se bloquait et lui murmurait qu'il valait mieux taire cela.
Au cours du mois, leur relation se dégrada. Asteria se faisait de plus en plus distante et si au début Liam avait fermé les yeux sur son changement de comportement, il ne put plus en faire abstraction lorsqu'un jour elle détourna brutalement le visage alors qu'il allait l'embrasser. On était en septembre, cela faisait un peu plus d'un mois que l'entretien avait eu lieu, et si Liam avait facilement passé l'éponge sur le comportement du père d'Asteria, elle en revanche demeurait hantée par sa confrontation avec Drago.
— Asteria, je ne te reconnais plus… murmura-t-il en se reculant, blessé par son geste de refus. Depuis quelques semaines tu as complètement changé. Tu ris moins, tu te renfermes, tu parles peu… J'ai fait quelque chose de mal ?
A ces mots, Asteria fondit en larmes. Comment pouvait-il croire que c'était de sa faute alors que c'était elle qui lui mentait, qui le trahissait par son secret et les pensées qu'elle n'aurait jamais dû avoir ? Mais évidemment, il n'en savait rien puisque justement elle s'était tue au lieu de lui en parler. Elle sentait leur relation s'étioler et le pire était qu'elle ne faisait rien pour remédier à cela. Non, la vérité était que son cœur était ailleurs. Elle ne pouvait plus penser à Liam sans que l'image de Drago apparaisse dans son esprit. Elle pensait pourtant tout avoir avec Liam, elle pensait faire sa vie avec lui, mais alors que quelques semaines plus tôt ces rêves lui semblaient parfaitement réalisables, aujourd'hui ils apparaissaient comme flous.
— Liam je suis tellement désolée… ahana-t-elle entre deux sanglots.
— C'est lui, c'est ça ? demanda-t-il d'une voix un peu trop brusque même si sa main sur son épaule était tout ce qu'il y avait de plus tendre.
— Lui ? répéta-t-elle, incrédule, en s'essuyant les yeux.
— Malefoy, répondit Liam avec un soupir de lassitude. Tu es comme ça depuis que tu l'as vu chez tes parents. Et quand je suis allé parler avec ton père, il était encore là. Il t'a dit quelque chose ? Sur moi ou sur lui ? Asteria, cet homme est un traitre, un salaud de la pire espèce ! Tu ne peux pas… tu ne peux pas…
— Je ne peux pas quoi ?
— Tu ne peux pas être amoureuse de lui… termina Liam alors que sa voix se brisait sur les derniers mots.
Asteria aurait aimé tout nier en bloc, se lever et exprimer son indignation devant tant d'injustice de la part de Liam. Mais elle ne le put simplement pas. Parce qu'il venait d'exprimer à voix haute ce qu'elle se forçait à taire tout bas depuis plusieurs semaines. Et peut-être même plusieurs mois ? Combien de temps s'était-elle menti de la sorte ?
— Tu as passé tout ce temps à ne m'en dire que du mal, souffla-t-il. Tu m'as répété sans relâche que tu le haïssais, que rien ni personne ne pourrait changer l'opinion que tu avais de lui… Tu m'as menti ou…
— Non ! s'exclama-t-elle avec une nuance désespérée dans la voix. Non, je ne t'ai pas menti…
— Pas à moi mais à toi-même, ça c'est certain, constata-t-il, amer. J'ai vu comment il te regardait quand tu as annoncé à tes parents que tu voulais m'épouser. C'est depuis ce jour que ça a commencé. Tu t'es enfin aperçue que tu pouvais avoir mieux que moi ? Qu'est-ce que j'étais ? Un « faute de mieux » ?
— Non ! s'écria-t-elle. Non Liam, non ! Je n'ai jamais pensé ça de toi… Tu es la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. Mais tu mérites mieux que moi…
— Oh je t'en prie, arrête, la coupa-t-il. C'est le couplet habituel, mais je préférerais que tu me donnes la vraie raison plutôt que d'essayer de faussement te culpabiliser.
Asteria se mordit la lèvre pour ne pas fondre à nouveau en larmes. Comment lui dire la vérité sans lui briser le cœur ? Elle ne voulait pas lui faire de mal. C'était à elle qu'elle voulait faire du mal, pour oser faire subir ça à Liam. Il avait raison, elle essayait de se donner bonne conscience en rejetant la faute sur elle, mais c'était stupide. Stupide comme tout ce qu'elle avait fait jusqu'ici. Comment avait-elle pu croire qu'elle aurait droit, elle aussi, à une vie heureuse avec un homme qu'elle aimait ?
— Oui Liam, je crois que j'en aime un autre, souffla-t-elle.
— Est-ce que tu m'as aimé un jour, au moins ? demanda-t-il d'une voix pleine de tristesse.
Elle se tourna vers lui et le regarda dans les yeux.
— Oui. Je t'ai aimé et je t'aime encore. Mais je ne peux pas continuer. Je ne veux pas passer ma vie à te mentir, à te trahir, à te dire que je t'aime alors que ces mots sont pour un autre, à…
— Arrête, l'interrompit-il. S'il te plaît, ne continue pas, j'ai compris. C'est mieux comme ça, tu as raison.
Il se leva, prêt à partir. Asteria ne put s'empêcher de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres :
— Tu me détestes ?
Il la regarda. On aurait dit que le poids du monde venait de s'abattre sur ses épaules.
— Je ne pourrai jamais te détester, pas après ce qu'on a vécu. Et tu as été honnête avec moi, même s'il a fallu que je force un peu les choses. Je pense que je t'aimerai toujours. Et peut-être qu'un jour j'arriverai à mettre tout ça de côté et recommencer à te parler comme avant. Mais pas maintenant.
Les larmes roulaient sur les joues d'Asteria. Elle se sentait si horrible, si méchante… Elle avait l'impression que quelque chose se brisait en elle, qu'une flèche l'avait percée de part en part. Savoir que c'était peut-être la dernière fois qu'elle voyait Liam lui causait une douleur insoutenable. Elle aurait aimé se jeter à son cou, lui dire qu'elle regrettait, qu'elle n'avait pas pensé un mot de ce qu'elle avait dit mais ce serait un mensonge, un de plus. Alors elle le regarda fermer la porte de sa chambre. Un « crac » significatif lui indiqua qu'il venait de transplaner avant même de descendre l'escalier.
Les yeux embués de larmes, une profonde douleur dans la poitrine, elle tourna son regard vers sa table de nuit. L'orchidée qui y trônait était fanée. Asteria s'avança et la prit délicatement dans sa main. Elle déposa sur ses pétales un baiser d'une infinie douceur puis la jeta par la fenêtre. Le vase demeurerait vide, désormais. Son cœur aussi, elle le sentait. Rien ne pourrait jamais réparer la douleur causée par le mal qu'elle avait fait à Liam.
Elle était vide, brisée, et c'était son juste châtiment.
Note de fin : Ce chapitre est vraiment beaucoup plus long que les autres, mais comme à l'origine ce sont des OS indépendants, je n'avais pas l'intention d'écrire cette histoire sur plusieurs textes, du coup je l'ai condensée en un seul. J'espère que ça vous aura plu en tout cas :) Oui, Liam est adorable, parfait, mais voilà, parfois - souvent même - ça ne suffit pas... Et j'avais sincèrement pensé à un moment la faire l'épouser, et pourquoi pas le tromper avec Drago, mais non, définitivement je ne pouvais pas faire ça d'Asteria, j'aime beaucoup ce personnage que j'ai quasiment inventé (hormis le nom et le "destin"), et en faire une épouse infidèle, surtout avec un tel mari... Nope, jamais ! Donc voilà, elle est en mauvais état maintenant, mais honnête au moins^^
Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à commenter et à dimanche pour la suite ! (je publierai du Danemark o/ Oui je sais, ça n'a aucune importance, mais je suis tellement contente d'y aller trois jours que j'essaie de caser l'info à toutes les sauces xD)
