Contente de voir que l'histoire vous plaît toujours, même après dix chapitres ! Ça donne la motivation qu'il faut pour écrire davantage ! Disons que l'histoire est terminée dans ma tête depuis longtemps, reste à la coucher sur papier (ouin… disons plutôt la taper à l'ordi…). Je vous disais que j'avais une actrice en tête pour jouer le rôle de la mère de Booth. Demandez pas pourquoi c'est toujours elle qui me vient en tête, je n'en ai vraiment aucune idée ! En plus, c'est une actrice assez peu connue aujourd'hui, mais quand je l'ai revue à la télé, il y a un moment, j'ai eu un bon feeling pour elle… hihi ! Alors pour la grande majorité d'entre vous qui allez ignorer de qui je veux parler, allez taper Jacqueline Bisset sur google… et essayez de trouver une image où elle n'a plus vingt ans ! ;)

Bon, alors où en étions nous… ?


« Annie ! »

La voix avait résonné si fort que Theodora avait cru que les murs de la caravane allaient s'effondrer. Allongée dans son lit, le cri l'avait fait sursauter. Elle jeta un coup d'œil rapide à sa montre : 11h21. Elle ne dormait pas, comme c'était le cas à chaque fois qu'elle se retrouvait seule au beau milieu de la nuit. Elle passait la nuit à fixer le plafond de la caravane, la peur au ventre, à attendre que sa mère revienne. Mais cette fois, la crainte s'était transformée en une peur bien réelle : il était là.

« Annie ! »

Le cri était revenu. Il était maintenant accompagné du martellement d'un poing sur la porte de la caravane. Cette fois, elle était morte de trouille. Theodora se glissa rapidement hors de ses couvertures, puis, aussi agilement qu'un chat, se glissa silencieusement sous la banquette-canapé qui lui servait de lit. Le martellement reprit de plus belle, et cette fois, elle crut que la porte allait céder. Il n'en faudrait pas beaucoup plus…

« Annie ! Ne fais pas semblant qu'il n'y a personne, je sais que tu es là ! »

Non, sa mère n'était pas là. « Annie » l'avait laissée toute seule, une fois encore.

- Tu me dois encore trois mois de loyer, Annie ! Trois mois ! Ça ne peut plus durer comme ça !

Theodora essaya de ne plus respirer. Il finirait par s'en aller. Il fallait simplement qu'elle reste cachée.

- Teddy ? reprit la voix grave de l'autre côté de la porte. Je sais que t'es là.

Theodora eut l'impression que son cœur s'était arrêté. Il ne pouvait pas l'avoir vue !

- Dis bien à ta mère que si je ne suis pas payé lundi matin, c'est terminé la charité chrétienne. Elle va se retrouver à la rue. T'as compris ce que je te dis ? Pour ta mère, ce sera la rue. Pour toi, sois certaine que j'appellerai les services sociaux ! Alors fais-lui bien le message ! Lundi matin, Teddy !

Theodora ferma les yeux et attendit encore un moment. Elle entendit les pas qui s'éloignaient de la caravane, puis s'assura qu'il était bel et bien parti avant de sortir de sa cachette. Lundi matin ? Cela ne lui donnait que trois jours…

La voix résonnait encore, parfois, dans sa tête. Cette voix, Theodora ne pourrait jamais l'oublier. Juste avant de raccrocher le téléphone, elle avait eu l'impression de l'entendre à l'autre bout du fil. Elle en avait encore des frissons…

Theodora rangea le téléphone puis décida d'aller jeter un dernier coup d'œil dans la chambre de sa mère avant de redescendre. Elle ouvrit lentement la porte qui était entrouverte, et vit que sa mère ne dormait pas. Elle s'en approcha lentement.

- Comment ça va ? lui demanda-t-elle.

- Ça va mieux, arrête de t'en faire.

- Et comment voudrais-tu que je ne m'inquiète pas ?

- Il faudra bien se rendre à l'évidence, ma Teddy… Ça n'ira pas en s'améliorant.

Teddy ne répondit pas. Elle savait que sa mère avait raison. Mais c'était une vérité tellement difficile à admettre !

- Je te laisse, finit-elle par lui dire les larmes aux yeux. Tu devrais dormir un peu.

- Attends ! l'interrompit sa mère avant qu'elle ne sorte de la chambre. Mets moi un peu de musique, s'il te plait.

- Parce que tu crois que ça va t'aider à dormir ?

- Je ne veux pas dormir. Pas avec le peu de temps qu'il me reste.

Theodora ferma les yeux, espérant ainsi retenir les larmes qui s'accumulaient dans ses profonds yeux noirs. Lentement, elle s'approcha du petit système de son qui se trouvait dans la chambre.

- Laisse-moi deviner ce qui te ferait plaisir… dit Theodora en programmant le IPod de sa mère.

Elle baissa le volume pour que le son ne la dérange pas trop, même si elle savait à quel point sa mère n'avait toujours vécu que pour la musique. C'était son plus grand amour… La chanson commença et le son de la guitare si caractéristique fit sourire Anne.

Everybody knows where you go when the sun goes down.
I think you only live to see the lights of town.
I wasted my time when I would try, try, try.
When the lights have lost their glow, you're gonna cry, cry, cry.

Anne ferma les yeux et appuya sa tête contre son oreiller.

- Tu me connais par cœur… murmura-t-elle.

- C'était pas difficile de savoir que Johnny Cash te ferait plaisir… Tu ne m'as pas appelée Teddy June pour rien !

- June Carter… une chanteuse comme il ne s'en fait plus !

Anne respira à fond, les yeux fermés.

- Tu n'aurais pas dû laisser tomber la musique, Teddy June. Tu as un don, chérie.

- Disons que mes priorités ont changé. Je ne regrette rien.

- Pour l'instant peut-être, mais plus tard tu t'en voudras d'avoir abandonné une si prometteuse carrière.

- Plus tard, je m'en serais voulu si je ne l'avais pas abandonnée…

La mère ouvrit les yeux et les planta dans ceux de sa fille. Le message était plus fort qu'auraient pu l'être tous les discours du monde.

- Tu y reviendras, lui dit finalement Anne d'une voix assurée. Crois-moi, un jour, tu t'y remettras.

- On verra alors si le talent que tu crois m'avoir légué est encore là…

- Hey, je ne t'ai pas appelée Teddy June pour rien !


Lorsqu'elle arriva dans la cuisine, Theodora trouva Seeley et Jared assis au comptoir lunch, l'air grave. Lorsqu'elle les vit lever la tête à son arrivée, elle sut qu'ils l'attendaient.

- Quoi ? leur demanda-t-elle, surprise, figée devant leurs deux regards.

Les deux hommes ne parlèrent pas, chacun semblant attendre que l'autre prenne la parole le premier. En bon aîné, ce fut Seeley qui se décida enfin.

- As-tu des problèmes, Teddy ?

Elle le regarda en fronçant les sourcils.

- Tu veux dire mis à part le fait que ma mère a bientôt mourir dans mes bras ?

Le ton avait été sarcastique. Elle jouait celles qui n'y comprenaient rien. Seeley ne réagit même pas.

- Je veux dire du genre qui ont un signe de dollar au bout.

Encore une fois, elle joua l'innocente.

- Je ne vois pas pourquoi tu me parles de ça…

Elle allait sortir, mais les deux hommes se levèrent.

- Théo… l'interrompit alors Jared. Je t'ai vue, ce matin, avec ce type dans la cour. J'ai entendu le marché que vous avez passé. Tu lui dois de l'argent, et tu dois le trouver pour lundi matin.

Theodora laissa tomber sa tête vers l'arrière.

- C'est rien, ça ! Arrêtez de vous inquiéter pour moi !

- Théo… poursuivit Jared. Pourquoi as-tu une dette envers lui ? Tu peux nous le dire ! C'est une dette de jeu, de drogue… ?

- Non !

Elle avait crié. Seeley s'avança lentement vers elle.

- Écoute… Peu importe ce que c'est, tu n'as pas à t'en cacher, ou à en avoir honte. J'ai déjà eu des dettes de jeu, tu sais. Je n'en suis pas fier, mais ça m'est arrivé. Jared a des problèmes d'alcool, tu le sais ça ? Alors tu ne serais pas la première de la famille à qui ça arriverait…

Theodora les regarda à tour de rôle, les dents serrées.

- Maman buvait, vous le saviez, ça ?

Les deux frères se regardèrent, surpris, puis tournèrent à nouveau leur regard vers elle et Seeley secoua négativement la tête.

- Elle a eu des problèmes d'alcool pendant des années. Je me suis toujours juré de ne pas faire la même bêtise qu'elle, poursuivit Theodora. Alors non, ce n'est ni une dette de jeu, ni de drogue ou quoi que ce soit du genre.

Les deux hommes eurent intérieurement un soupir de soulagement.

- Dis-nous ce qui ne va pas, Théo, lui dit alors Jared. À deux, nous pourrons te venir en aide !

Theodora sembla hésiter, puis elle lâcha un profond soupir et les entraîna à l'extérieur, sur la galerie arrière. Elle referma la porte derrière elle.

- Si jamais vous mentionnez quoi que ce soit de ce que je vais vous dire à maman, leur dit-elle enfin, je vous jure que je vous tue.

Les deux frères hochèrent la tête. Theodora poursuivit :

- L'homme que tu as vu, dit-elle en s'adressant à Jared, s'appelle Jacob Donovan. Sa mère, Stella Frances Donovan, était la propriétaire de cette maison. Il y a plusieurs années déjà, elle a engagé maman comme aide-ménagère, pour faire l'entretien des chambres qu'elle louait aux touristes. Elles se sont liées d'amitié, toutes les deux. C'était une amitié du genre qu'on ne rencontre qu'une seule fois dans une vie. Maman et moi avons fini par emménager ici, avec elle. Nous l'aidions pour l'entretien, la préparation des repas… Stella était déjà malade quand nous sommes emménagées. C'est pour cette raison qu'elle nous avait engagées au départ. Elle souffrait de sclérose en plaques. Au fil du temps, son état s'est détérioré. Elle est décédée il y a sept ans. Dans son testament, elle léguait tous ses biens et sa maison à son fils unique, Jacob. Elle avait cependant averti maman que ce legs comportait une clause qui nous permettrait, à maman et à moi, de vivre dans la maison sa vie durant. Jacob serait propriétaire, mais nous y aurions un droit d'habitation.

- Voilà donc pourquoi vous vivez encore ici aujourd'hui, l'interrompit Jared.

- Enfin, pas tout à fait. Il semble que c'était bien là les volontés de Stella. Mais Jacob ne l'entendait pas ainsi. Il s'était juré de tout faire pour nous jeter dehors.

- Mais si le testament mentionne un droit d'habitation, il ne peut rien faire ! s'exclama Seeley.

- Stella croyait nous léguer un droit d'habitation à vie. Le testament, lui, mentionne un droit d'habitation de deux ans.

- Donc, résuma Jared, voilà presque deux ans que votre droit s'est éteint…

- Maman est malade depuis des années. Son premier cancer est apparu alors que Stella était encore en vie. Mais lorsque Jacob est venu, il y a cinq ans, m'annoncer qu'on devait quitter la maison, je savais que maman n'aurait pas la force de vivre un autre déménagement. Nous avons vécu dans tellement d'endroits différents, déménagé un nombre incalculable de fois… Ici, pour la première fois de sa vie, je sentais qu'elle était à sa place. Chez elle. À la maison.

- Combien tu le payes ? lui demanda alors Seeley qui avait tout compris.

- Je le paye avec ce que je peux trouver, lui répondit-elle en tournant son regard vers la plage où Parker et Clara couraient toujours avec leur cerf-volant. Il me demande mille cinq cent dollars par mois.

Les deux frères eurent l'impression qu'on leur avait arraché les bras.

- Mille cinq cent dollars par mois ? explosa Seeley. Mais comment tu arrives à payer ça ? Tu le fais depuis cinq ans ?

- Tant que je paie, poursuivit Theodora, il se tait. Au fond, ça l'arrange, de cette manière il n'a pas à entretenir la maison, à louer les chambres…

- Et depuis tout ce temps, tu n'as rien dit à maman ? lui demanda Jared.

- Je vous l'ai dit : vous lui dites quoi que ce soit, et je vous jure que je vous arrache la tête. Et bien d'autres choses encore…

Les trois frères et sœur demeurèrent sur la galerie, un peu peinards. Seeley sentait la révolte monter en lui. Jared était désemparé.

- Très bien, finit par dire Seeley. Tu n'as pas de quoi le payer ce mois-ci ? Je m'en charge.

- Non ! s'exclama Theodora. Pas question. Je me suis toujours débrouillée, je ne veux pas que tu commences à me faire la charité.

- Alors dis-toi que je le fais pour maman, si ça peut te faire plaisir !

- Non ! C'est non négociable !

- Et tu crois que trois jours de délai c'est assez pour trouver mille cinq cent dollars ? lui demanda Jared. Tu crois trouver ça d'ici lundi ? Mais avec quoi penses-tu pouvoir le payer ?

- Je me suis arrangée avec Donovan.

- Et quel type d'arrangement vous avez fait ? lui demanda Seeley, suspicieux.

- Du genre qui m'a sauvé la mise bien des fois.

Seeley et Jared la regardèrent un moment, puis Seeley ferma les yeux.

- Jure-moi que tu n'as pas fait ça ! lui dit alors Jared, désespéré.

Theodora ne répondit pas.

- Théo ! continua Jared. Dis-moi que tu n'as pas fait une chose pareille !

La jeune femme resta muette.

- Non ! reprit Seeley. C'est hors de question ! S'il faut que je t'attache, je le ferai, mais pas question que tu ailles régler tes comptes de cette façon !

- Seeley…

- Non, Teddy, je ne le permettrai pas !

- Je me suis toujours débrouillée toute seule et je continuerai très bien à le faire ! Ce n'est pas parce que vous tombez soudainement du ciel qu'on vous demande quoi que ce soit !

- C'est de la prostitution, Teddy !

Le mot seul avait fait déborder le vase. La jeune femme le fusilla du regard.

- Si ça permet à maman de rester ici un mois de plus, lui répondit-elle, eh bien c'est un sacrifice que je suis prête à faire !

Les deux hommes la regardèrent, terriblement désolés.

- Alors tu l'as déjà fait ? lui demanda Jared.

- Ça, ça ne te regarde pas.

- Teddy… finit par lui dire Seeley d'une voix calme. Laisse-nous te venir en aide. On ne te laissera pas tomber, fais-nous confiance. Si tu tiens à nous rembourser absolument, tu le feras. Mais ça t'accordera un délai pour souffler un peu. Je t'en prie, accepte mon offre.

Elle ne lui répondit pas immédiatement, mais un cri lointain venant de la plage attira son attention. Parker et Clara riaient aux éclats et couraient dans le sable. Theodora ferma les yeux, puis tourna finalement la tête vers ses deux frères.

- C'est d'accord, finit-elle par dire. J'accepte ton offre, mais pour ce mois-ci seulement. Et je te rembourserai.

Seeley et Jared eurent l'impression qu'un éléphant était descendu de leurs épaules. Seeley hocha la tête lentement, soulagé. Il mit la main sur l'épaule de sa sœur et la regarda longuement dans les yeux. Lui qui croyait avoir été blessé et abandonné, lui qui croyait que Theodora avait eu la jeunesse dorée dont il avait toujours rêvé, il réalisait que l'histoire n'était pas aussi simple qu'il ne l'avait crue au départ. Il sentait également qu'il lui manquait encore plusieurs pièces du puzzle. Regardant sa sœur dans les yeux, il l'attira à lui et la prit dans ses bras. Il fut surpris de voir qu'elle se laissa faire.


Tadam ! Un autre chapitre de terminé ! J'espère que ça vous a plu ! Maintenant, en attendant le prochain chapitre, vous savez ce qu'il vous reste à faire...