Chapitre 9 : Un Amour Unilatéral

Comme d'habitude, les « Dail Keep » avaient gagné. Depuis mon arrivée au lycée, les garçons n'avaient jamais perdu un seul match, mise à part la fois où Julian avait été ramené d'urgence à l'hôpital à cause d'un gars de l'équipe adverse, l'équipe de Portland si je me souviens bien. Il lui avait complètement cassé l'os de l'épaule. Et, par solidarité avec lui, l'équipe avait préféré déclarer forfait.

Nous étions aux vestiaires, terminant de nous changer, quand Alice me demanda :

- Bella, ça te dirais de passer le reste de la soirée en ma compagnie? Tu pourrais même rester dormir à la maison si tu veux, me sourit-elle.

L'idée de passer une soirée entre filles ne me déplaisait pas, surtout que j'allais pouvoir lui soutirer de nouvelles informations sur son frère, notamment ce fameux tatouage que j'avais découvert il y avait à peine une heure. Mais l'idée que ce soit chez elle… et chez lui surtout, ne m'enchantait pas vraiment. L'aimer à son insu n'était déjà pas une mince affaire - sachant que je partagerai pour l'année scolaire les mêmes salles de cours que lui - mais alors aller chez lui, dans son espace personnel pour peut-être le voir…. Et puis, il y avait ses parents… Je fis donc une mine grimacière à Alice, lui montrant mon refus.

- Aller, s'il te plaît, me chuchota-t-elle… Je te promets qu'il ne sera pas là! L'équipe a décidé d'aller boire un verre pour fêter la victoire. Et puis mes parents sont partis pour le weekend… s'il te plaît, me répéta-t-elle, en faisant la moue.

Trouillarde comme j'étais, je craignais qu'Edward rentre plus tôt et qu'il me voie chez eux - très certainement en pyjama en plus.

- Une prochaine fois, lui répondis-je donc. Je ne m'en sentais pas capable pour le moment.

- Bon, me dit-elle boudeuse. La prochaine fois alors…

- Oui, lui répondis-je, certaine qu'elle avait pris cette phrase au pied de la lettre.

Le lendemain, mon cousin arriva chez moi avec une gueule de bois. Ils avaient dû bien se rincer le corridor hier soir à voir sa tête.

- Salut ma cousine adorée, m'enlaça-t-il l'air souffrant, la main sur le crâne. Je le laissais entrer. Il alla d'ailleurs rapidement s'affaler sur le canapé.

- Salut. Ca va ? Demandai-je poliment.

- Oui, à part ce fichu mal de crâne… on a fêté la victoire hier,me dit-il. C'est bien ce que je pensais, ils avaient apparemment fêté ça avec beaucoup d'alcool.

- Heureusement que vous ne célébrez pas chaque victoire, rigolai-je.

- Oui, mais comme Edward est un petit nouveau et qu'il a marqué la quasi-totalité des points, on a voulu lui faire une petite ovation, m'expliqua-t-il.

- Rien n'empêche de fêter cela sans alcool… ou avec modération, répliquai-je. A voir ta tête, j'ai l'impression que tu as dû avoir la dalle bien en pente hier soir, me permis-je d'ajouter.

- Merci, dis aussi que je suis un alcoolique! Se vexa-t-il.

- Non, je n'ai jamais dis ça, répliquai-je en riant… c'est juste que, quand tu fais la fête, tu n'y vas pas de main morte.

J'avais déjà eu l'occasion de participer plusieurs fois à des soirées avec eux et je savais qu'ils y allaient fort… La dernière fois, ils avaient fait boire Mike jusqu'à ce qu'il vomisse ses trippes. C'était écœurant mais on avait bien rit.

- Ton prince charmant ne fait pas dans la dentelle non plus,riposta-t-il.

Sur ce coup, il eut le don de me faire taire. J'étais simplement curieuse de savoir comment il était quand il était saoul. Certains sont plutôt joyeux, d'autres plutôt tristes.

- Tu veux du paracétamol ? Lui demandai-je, pour changer de sujet et éviter de lui poser cette question ridicule. Il acquiesça.

Je le laissais donc ingurgiter son comprimé et allais m'installer à ses cotés devant la télévision, zappant constamment les chaines à l'aide de ma télécommande.

- Tu sais, hier, j'en ai appris des belles,me dit-il pour rompre le silence.

- Ah bon? Lui répondis-je, désireuse de connaitre la suite.

- Oui,se contenta-il d'ajouter.

- Tu me dis ça et ensuite tu te tais? M'agaçai-je.

- Je ne suis pas sûr que tu veuilles savoir de quoi il s'agit, s'exprima-t-il d'un ton indifférent.

- Alors, pourquoi est-ce que tu m'en parles? Lui demandai-je.

- Pour rien…

- Julian, tu as intérêt à me dire ce que je ne sais pas. Si tu me dis ça, c'est que ça me concerne, directement ou indirectement, alors crache le morceau! M'énervai-je.

- Du calme ma belle… je vais te le dire. Mais promets-moi de ne pas m'insulter…me dit-il en se décalant légèrement. Mais qu'avait-il ? Je n'allais pas le taper quand même ! Il se taisait, attendant que je le lui promette.

- OK, je te promets de faire un effort… soufflai-je.

- Quand Edward est saoul, il déballe toute sa vie,rigola-t-il. Je lui jetais un regard noir.

- Monsieur Julian Swan, ne me dis pas que tu en as profité! Lui dis-je amère. Il me lança un sourire espiègle.

- Pourquoi n'en aurais-je pas profité? Je te signale que j'avais une enquête à faire… me dit-il.

J'espérais juste que lui non plus de son côté n'avait rien dévoilé sur sa vie et nos secrets. Cependant, Julian n'était pas du genre à raconter sa vie quand il était bourré, il était plutôt du genre enquiquineur… encore plus que lorsqu'il est dans son état normal.

- Et est-ce que ton enquête a évolué? Lui demandai-je curieuse, sans pour autant ne plus être énervée après lui.

- Oh que oui, me sourit-il… d'ailleurs, tu as ma bénédiction, ajouta-t-il.

- Non mais oh…. Nous ne sommes plus en l'an 1900… et puis, tu n'es pas mon père je te signale,rétorquai-je.

Vraiment culoté celui-là… mais qu'est-ce qu'il est adorable de vouloir faire le grand frère super protecteur… mais que venait-il de dire? Qu'il m'autorisait à l'aimer? Mais pourquoi donc?

- Mais, qu'est-ce que tu viens de me dire? Continuai-je interrogative.

- Ton soi-disant prince charmant n'a jamais eu de copine, me dit-il surexcité… Au début, je n'y croyais vraiment pas, mais après… j'ai été obligé de le croire.

- Et pourquoi ?Lui demandai-je incrédule.

- Parce qu'il m'a dit qu'il cherchait l'âme sœur etc. Son regard était tellement sincère. Et puis, quand on est bourré, on dit toujours la vérité, c'est bien connu,débita-t-il.

- Oui, c'est ce qu'on dit en général, lui répondis-je. Je n'eus même pas le temps d'ajouter autre chose qu'il me racontait déjà tout.

- …et puis, l'énorme tatouage qu'il a sur le bras, il se l'ait fait en vacances à Ibiza - une nuit durant laquelle il était complètement bourré comme hier soir - et il le regrette amèrement… et il ne lui reste plus que trois points sur son permis de conduire et …

Je le coupais aussitôt. Je ne comprenais vraiment pas pourquoi ça ne le dérangeait pas que je tombe amoureuse d'un garçon comme lui. J'étais cependant très heureuse de savoir dans quelles circonstances il avait fait ce tatouage. Il le détestait? Pourtant, je trouvais qu'il avait son charme. Mais, je devais avouer que cet Edward Cullen n'avait pas l'air fréquentable et que le statut de prince charmant que je lui avais donné jusqu'ici ne lui correspondait vraiment plus. Il ressemblait à n'importe quel footballeur finalement, mise à part sa beauté fracassante et son inexpérience sexuelle. J'étais vraiment déçue. Malgré cela, je l'aimais toujours, incontestablement, et ça commençait à m'effrayer.

- Attends une minute, lui dis-je soucieuse… Ne viens-tu pas de me dire que ça ne te dérangeait pas que je le fréquente? Il n'est pourtant pas le genre de garçon avec lequel tu aurais envie que je discute, lançai-je.

- Non, mais attends que je te raconte la suite ma belle, ajouta mon cousin. Il continuales points du permis ce n'est qu'un détail - moi-même, il ne m'en reste que quatre - ça m'arrive d'être bourré et ce n'est pas pour cela que je ne suis pas un mec bien. Il avait raison sur ce coup et la peur que j'avais ressentie deux minutes plus tôt s'évapora aussitôt. Au fait, tu savais qu'il fumait?

- Oui, Alice me l'a dit, lui répondis-je.

- Il fume pour décompresser… soi-disant que ça l'agace qu'il y ait trop de filles qui lui court après, c'est le meilleur moyen pour qu'il se calme.

- C'est ce qu'il t'a dit? Lui demandai-je curieuse.

- Oui, mot pour mot… il a même ajouté que la seule fille qu'il voudrait voir s'intéresser à lui, se fiche royalement d'un gars dans son style, et ça le déprime littéralement, ajouta-t-il.

Je restais bouche bée. Edward aimait donc quelqu'un. Je me mis à déprimer moi aussi - pourtant, je savais bien qu'il était inaccessible et qu'une fille comme moi ne l'intéresserait sans doute jamais - mais c'était plus fort que moi. Julian se rendit compte de mon état à cet instant et s'empressa de me prendre dans ses bras. Ce qui eut le don de me faire déverser quelques larmes. C'était la première fois que je pleurais pour un garçon.

- Hey ma Bella chérie, tu es carrément amoureuse, y'a pas à dire…. Chut, ne pleure pas, tenta-t-il de me calmer.

- Comment veux-tu que j'aille bien avec ce que tu viens de me dire? J'aime un garçon qui, visiblement, en aime une autre, pleurnichai-je.

- Mais tu n'en sais rien, imagine un peu que ce soit toi! Me dit-il.

Mon cœur s'arrêta un instant - espérant au plus profond de mon être que ça puisse être moi… mais ça ne pouvait pas être moi - dans mes rêves, oui, bien sûr, mais pas dans la réalité. Une pauvre fille banale comme moi ne pouvait pas intéresser un garçon intelligent, intimidant et si énigmatique tel Edward. En le regardant, personne ne saurait dire ce qu'il est réellement. Si seulement je pouvais échanger toutes ces demandes, aussi insignifiantes soient-elles, des autres garçons comme Newton pour celle d'Edward.

- Arrête un peu, t'as vu ma tête? … et t'as vu la sienne?Me résignai-je en reniflant.

- Bella, ta façon de te juger est plus que frustrante!Me dit-il d'un air agacé. Tu es la plus jolie fille que je connaisse qui n'a pas un pois chiche à la place du cerveau, ajouta-t-il.

- Tu me dis ça parce que je suis ta cousine et que tu veux que je me sente mieux, boudai-je en essuyant mes joues encore mouillées.

- Ne sois pas sotte, tu sais très bien ce que je pense de ta beauté, ma belle… on a les mêmes yeux, la même bouille, alors c'est tout à fait normal que tu sois jolie,s'esclaffa-t-il.

C'est vrai que mon cousin me ressemblait beaucoup. Mise à part la couleur de cheveux - que lui avait hérité de sa mère et moi de mon père - beaucoup de monde pensaient que l'on était frère et sœur. Bref, il me réconfortait en se ventant…. Et le pire, c'est que ça fonctionnait. Il savait vraiment me faire rire quand ça n'allait pas. D'ailleurs, le chapitre « Edward Cullen » fut clos pour le restant de la journée… et les jours suivants.

Un mois plus tard, la situation devenait de plus en plus pesante. Je n'avais plus parlé d'Edward à Julian, ni même à Alice. Avec cette dernière, j'avais essayé mais en vain. Elle qui était toute excitée à l'idée que j'aime son frère s'était mise à éviter tout sujet le concernant…allez savoir pourquoi.

Bref, je n'avais plus personne à qui parler de cet amour impossible, plus personne…
Les quelques jours ayant suivi le premier match de la saison, je n'avais osé m'approcher d'Edward pour lui dire ne serait-ce que « Bonjour ». Mais, ensuite, il était venu de lui-même me saluer tous les matins. Le jour où il s'était approché de moi pour me tendre la joue pour la première fois - je m'en souviens encore comme si c'était hier - je m'étais pétrifiée et avais senti le malaise refaire surface mais, étant déjà assise à la paillasse que l'on partageait en biologie avancée, j'avais réussi à me ressaisir en m'accrochant fortement à mon tabouret.

Bien sûr, les décharges électriques avaient été beaucoup plus puissantes que celles qu'il avait déjà pu me transmettre, peut-être était-ce dû à la proximité de nos lèvres à cet instant. J'avais, qui plus est, rosi comme une pivoine. Edward avait un parfum extrêmement exquis et enivrant, c'était divin.

Seulement, mis à part ce bonjour matinal auquel j'avais droit, il n'y avait rien d'autre, même pas une parole, ni même un sourire… rien. En plus, Alice s'était vraiment résignée à ne plus rien me dire sur lui. Elle me disait de prendre sur moi et d'aller le découvrir de moi-même. Ne me connaissait-elle pas assez pour savoir que j'en étais incapable? Et pourquoi ne voulait-elle plus m'en parler? Je l'agaçais très certainement trop. Je n'avais même pas pu lui raconter la conversation que j'avais eue avec Julian le lendemain du match. Je suis pourtant sûre qu'elle aurait aimé apprendre cette nouvelle et qu'elle aurait voulu aller asticoter son frère afin d'en apprendre plus sur cette fille.

En ce qui concernait le reste, tout se passait plus ou moins bien depuis la rentrée. Loren commençait à accepter mes ordres de capitaine durant les entrainements et se faisait de moins en moins méprisante à mon égard. En revanche, ses blablatages à propos d'Edward m'agaçaient royalement - mais bon, je ne pouvais rien y faire.

Alice m'avait présenté Jasper, une semaine plus tôt. Je trouve qu'il a son charme : plutôt timide, cheveux mi-longs, yeux bleus… ils s'accordaient bien tous les deux mais je me demandais comment Jasper faisait avec elle, lui qui avait l'air si calme. L'expression « les opposés s'attirent » m'était venue en tête immédiatement. Elle avait enfin son chéri à ses côtés et semblait vraiment heureuse avec lui.

La journée que je venais de passer avait été dure et stressante. J'avais eu une interrogation en mathématiques que j'étais certaine d'avoir ratée, la prof de français voulait nous faire jouer dans une pièce de théâtre dont on ne connaissait même pas encore le nom et pour couronner le tout, Mike était de nouveau à l'affut. Bref, j'avais besoin de penser à autre chose et, comme à mon habitude, un petit détour par la salle de musculation avant la séance d'entrainement me ferait un bien fou. Ce petit quart d'heure de vélo m'aiderait à évacuer le stress de la journée.

Voir Edward durant huit heures consécutives - si ce n'est pas dix avec la pause du midi - sans même pouvoir lui adresser la parole était vraiment difficile. Certes, je n'avais jamais osé le faire en réalité, mais de savoir que lui non plus ne venait pas me parler m'avait fait finir par penser qu'il n'en avait pas très envie. Pour tout dire, j'avais l'impression qu'il ne m'appréciait pas vraiment et qu'il me disait bonjour par simple politesse ou pour ne pas subir les foudres d'Alice.

Au moment où je franchis la porte… stupéfaction! Edward était là, installé sur un vélo et pédalait. Je m'étonnais encore de sa silhouette si parfaite. Le débardeur qu'il portait lui moulait divinement le torse et faisait ressortir ses biceps. Je pouvais enfin voir son tatouage en entier et remarquait que celui-ci représentait une terre ainsi qu'une tête de totem ou je ne sais quoi d'autre… Je ne m'attardais pas dessus cependant, mais plutôt sur les gouttelettes de transpiration qui coulaient le long de son front - je ne pus m'empêcher de cligner des yeux plusieurs fois pour voir si je ne rêvais pas et fus prise en flagrant délit de reluquage.

- Pardon, excuse-moi, je ne savais pas que tu étais là… je m'en vais, réussis-je à prononcer.

C'était un exploit pour moi. C'était la plus longue phrase que je lui avais dite depuis que l'on se connaissait. Je me retournais alors et m'apprêtais à partir quand il m'interpella.

- Non, Bella… attends, cria-t-il derrière moi.

Mon cœur se mit alors à battre la chamade et je n'osais pas m'arrêter pour lui demander pourquoi. C'est alors que je sentis une main se poser sur mon épaule. Je me stoppais instantanément, sentant le rouge me monter aux joues. Je tremblais de partout. Mais pourquoi diable ce garçon me mettait dans de pareils états? Je sentais mon cœur battre jusqu'à mes tempes, ç'en était presque douloureux.

Je me retournais avec beaucoup de mal, en fermant les yeux et respirant un bon coup… « Courage Bella, tu vas y arriver » me sermonnai-je. « Tu attends ce moment depuis un bout de temps, alors ne détale pas. » continuai-je pour me forcer à ne pas prendre la fuite. Je lui faisais maintenant face et il n'avait pas retiré sa main pour autant. Et, moi, bête comme mes pieds, je restais muette et n'avais pas rouvert les yeux, de peur de me noyer dans les siens. Il était si proche de moi à cet instant que je pouvais sentir la chaleur émaner de son corps pour venir me frôler tout en douceur. Des décharges électriques se propageaient partout sur moi.

Il déplaça sa main pour venir la poser sous mon menton délicatement. Mon cœur eut un raté. Il souleva délicatement ma tête et me demanda :

- Bella, ouvre-les yeux s'il te plaît, me conjura-t-il presque. Je ne réfléchis pas une seconde et lui dis :

- Je ne peux pas… Mais quelle gourde! Avec ça, s'il ne comprenait pas ce que je ressentais pour lui c'est qu'il n'était pas perspicace… or, je savais qu'il était intelligent. Je ne pensais déjà plus de manière cohérente alors, si j'ouvrais les yeux, c'était fichu.

- S'il te plaît, chuchota-t-il. Comment ne pas dire non à cette voix si douce? Je n'étais plus maitre de mon corps et il pouvait faire ce qu'il voulait de moi à cet instant.