Chapitre 10

Merlin était terrifié, même s'il tentait de paraître calme. A Ealdor, les gens avaient toujours été terrifiés par les tremblements de terre et autres catastrophes naturelles, parce qu'à peine quelques secondes suffisaient à ruiner leurs réserves, et leurs maisons. Et puisque Cenred ne leur avait jamais prêté attention, cela signifiait qu'ils perdaient tout. Merlin savait que Camelot était différent, qu'Arthur était différent, et qu'il ne laisserait jamais son peuple dans la misère, mais c'était tout de même une peur ancrée en lui. Lorsqu'Arthur saisit sa main, il sut qu'il avait peur, lui aussi, alors il la serra en retour.

Les secousses ne s'arrêtaient pas, et il cherchait une solution, lorsqu'il se rappela qu'il avait déjà contrôlé les éléments une fois, lorsqu'il avait battu Nimueh. La situation était très différente, et il avait appelé les éléments, il ne les avait pas renvoyés d'où il venait, mais il savait qu'il devait essayer quand même. S'il restait sans rien faire, il aurait des morts sur la conscience, et il le savait.

Mais il ne pouvait pas pour autant se lever et utiliser la magie devant Arthur, comme si de rien n'était. Il ne voulait pas non plus l'assommer et prendre le risque que des débris ne le blessent. Il fallait qu'Arthur reste conscient, ne serait-ce que pour qu'il puisse se protéger. Merlin déglutit en réalisant qu'il n'avait plus qu'une seule solution : il devait dire la vérité à Arthur.

Il ouvrit alors la bouche, mais Arthur parla en même temps. Finalement, le roi lui fit signe de parler en premier, et Merlin prit une grande inspiration. Il était encore plus effrayé à l'idée de dire la vérité à Arthur que par le tremblement de terre. Il n'avait jamais révélé son secret à personne, les rares au courant l'ayant découvert par eux-mêmes –et ils étaient tous morts depuis, excepté Gaius. Il ouvrit la bouche, mais les mots restèrent bloqués au fond de sa gorge.

Alors qu'il se poussait à parler, une violente secousse se fit sentir, et des débris tombèrent du plafond. Avant qu'il ne puisse réagir, Arthur l'avait tiré vers lui, et il se retrouvait pressé contre la poitrine du roi, qui l'entourait fermement de ses bras.

- Merlin ! Est-ce que ça va ?

Merlin hocha la tête et leva les yeux, tentant de voir si le plafond ne risquait pas de s'effondrer. Plus ou moins rassuré, il déglutit et se tourna à nouveau vers Arthur, lorsqu'il sentit quelque chose d'étrange, comme s'il utilisait la magie. Il secoua la tête pour se re-concentrer, et tenter d'avouer la vérité à Arthur, lorsqu'il réalisa que la terre avait cessé de trembler. Tout était redevenu calme, comme si rien ne s'était passé. Merlin fronça les sourcils, se dégagea des bras de son roi et se leva, examinant du regard la cave. Il entendit Arthur l'appeler, mais ne répondit pas, cherchant à savoir ce qu'il se passait.


Lorsque Merlin se dégagea de ses bras, Arthur fronça les sourcils et tenta de le retenir, mais Merlin s'était déjà levé. Il se leva alors à son tour pour le rejoindre, et le stoppa d'une main sur son bras.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je crois que le tremblement de terre est fini, Arthur, il faut qu'on remonte pour voir si tout le monde va bien et si…

- Merlin, attends ! On n'est même pas sûrs que ce soit fini !

Merlin dégagea son bras et remonta les escaliers, et Arthur leva les yeux au ciel avant de le suivre. A peine sortis de la cave, ils se retrouvèrent face à des murs fissurés, des morceaux de dalles jonchant le sol, et la poussière rendant l'air quasiment irrespirable. Artur toussa et fit signe à Merlin de le suivre. Après quelques mètres, ils virent un corps, gisant au sol. Merlin le reconnut comme l'un des serviteurs, et se rua à ses côtés. Il poussa les quelques débris et retourna l'homme pour prendre son pouls, avant de fermer les yeux en soupirant. L'homme était mort. Il sentit une main sur son épaule, et laissa Arthur l'aider à se relever en silence.

Ils reprirent leur chemin vers la sortie, et Arthur ne put s'empêcher de réaliser qu'ils n'avaient encore vu personne de vivant. Il se mordillait l'intérieur de la joue inconsciemment, priant pour qu'il y ait de moins de morts et de blessés possibles.


Finalement, quelques secondes plus tard, il vit quelqu'un avancer dans leur direction, et plissa les yeux pour tenter de savoir de qui il s'agissait. Il ne reconnut Gwaine que lorsque Merlin cria son nom et se jeta dans ses bras, et Arthur soupira, soulagé de voir le chevalier en vie, mais il ne put s'empêcher de ressentir une pointe de jalousie.

- Gwaine ! Tu vas bien ? S'enquit Merlin.

- Je vais bien. Mais où est-ce que vous étiez, on vous a cherché partout !

- Ah ça, c'est une bonne question, marmonna Arthur avant que Merlin ne lui lance un regard noir.

- Tu es le premier qu'on croise, où sont les autres ?

- Quand la terre a commencé à tremblé, les autres chevaliers et moi avons décidé de sortir le plus de gens possibles du château. On vous a cherché, mais impossible de vous trouver.

Arthur hocha la tête, et songea qu'il faudrait vraiment qu'il demande à Merlin comment il connaissait la pièce dans laquelle ils s'étaient réfugiés.

Ils sortirent du château avec Gwaine, et Arthur fut soulagé en voyant la foule, et le nombre de personnes saines et sauves. Outre le nombre de paysans et de serviteurs, il remarqua Gwen, assise sur un banc avec l'une des servantes, lui appliquant un bandage. Un chevalier avait emmené les blessés dans un coin, et formé une sorte de camp de secours. Arthur tourna la tête et réalisa que le château n'était pas le seul batiment à s'être en partie effondré, de nombreuses maisons étaient également en ruines, et les gens, paysans et chevaliers, faisaient des allers-retours pour vérifier s'il restait des habitants coincés dans les décombres.

Il sentit Merlin poser une main sur son bras et se retourna.

- Où est Gaius ?

Arthur tourna la tête et réalisa que Gaius n'était en effet nulle part.

- Il doit encore être à l'intérieur, mais je suis sûr qu'il va bientôt sortir.

Arthur tenta de lui offrir un sourire réconfortant, mais Merlin tourna la tête et soupira, visiblement inquiet. Il se mordit la lèvre, espérant que Gaius allait bien.


Lorsque Léon et Gwaine, qui avait rapidement fait demi-tour pour retourner aider, sortirent à nouveau du château, Arthur se dirigea vers eux.

- Du nouveau ? Je vais venir avec vous.

- Non, Sire, vous feriez mieux de rester ici, votre peuple a besoin de vous.

- Justement, une partie de mon peuple est enfermée là dedans, Léon, je ne peux pas…

- Et si la terre se remet à trembler ? Vous ne pouvez pas y retourner, Arthur, vous devez rester en sécurité. Et vous serez plus en sécurité ici qu'à l'intérieur.

- Bon très bien, soupira Arthur, mais… Est-ce que vous savez où est Gaius ?

Léon baissa les yeux et Gwaine secoua la tête.

- On ne l'a pas trouvé, Sire. Mais certaines parties du château se sont effondrées, bloquant l'accès à certaines pièces. Il se trouve peut-être dans l'une d'entre elles, mais nous n'avons aucun moyen d'en être sûrs. On pense avoir sorti tous les survivants, et on va commencer à aller chercher les corps, de manière à les rendre aux familles. Il est possible qu'on trouve Gaius entre temps, après tout on ne vous avait pas trouvé, et vous étiez en vie.

Arthur hocha la tête, mais il voyait bien que Léon cherchait des excuses pour se convaincre que le médecin était toujours en vie. La vérité était qu'il avait peu de chances de s'en être sorti, et Arthur en était conscient, mais il savait qu'il serait incapable de le dire à Merlin.

Il se dirigea donc vers Merlin, qui s'était agenouillé devant une petite fille pour soigner sa blessure avec ce qu'il avait sous la main. Lorsqu'il vit Arthur, il finit rapidement et se leva pour aller à sa rencontre.

- Arthur ! Ils ont trouvé Gaius ?

- Pas encore. Mais ils cherchent encore, il reste encore beaucoup de monde à l'intérieur.

Merlin hocha la tête, mais Arthur voyait qu'il n'était pas rassuré. Le roi soupira et laissa Merlin aider les blessés pour aller à la rencontre de son peuple, leur demander s'ils avaient retrouvé leur famille, tenter de les réconforter.


Finalement, il retournait auprès de Merlin lorsque la terre se mit à trembler légèrement. Instinctivement, Arthur l'agrippa pour le protéger, avant de réaliser qu'il ne s'agissait pas d'un tremblement de terre, mais de magie. Les murs du château, de la citadelle et des maisons qui avaient été détruites commençaient à se reformer, ramenant la ville à son état d'origine. Arthur ouvrit de grands yeux et se tourna vers Merlin, qui fixait le château, l'air tout autant abasourdi, et les yeux plus bleus que jamais, et le roi comprit que cela ne venait pas de lui. Il fronça alors les sourcils, mais avant de n'avoir pu demander quoi que ce soit, Léon se tenait devant lui.

- Sire, je sais que vous voulez probablement attendre de savoir ce qu'il se passe, mais nous devrions désormais avoir accès aux salles qui étaient trop encombrées, et je doute que nous puissions perdre trop de temps avant de…

- Bien sûr, le coupa Arthur. Allez y, et retrouvez-moi tous les survivants restants.

Puis, se penchant légèrement afin que Merlin n'entende pas :

- Et retrouvez-moi Gaius, Léon.

Le chevalier acquiesça, et fit signe aux autres de le suivre.


Les minutes et les heures défilèrent, Merlin et Arthur s'occupant du peuple et des blessés comme ils le pouvaient, jusqu'à ce qu'il remarque Léon et Gwaine lui faisant des signes.

- Tout va bien ?

- Nous avons pu sortir tous les survivants, et la plupart des corps, Sire.

Arthur acquiesça.

- Et Gaius ?

- Il n'est nulle part, Arthur.

- Comment ça nulle part ?

Gwaine soupira.

- On ne l'a pas trouvé. Pas même parmi les corps.

- Mais enfin, il était dans le château, il doit bien être quelque part ! Cherchez encore !

- Arthur… Si jamais il est effectivement dans le château, mais qu'on ne l'a pas vu, c'est strictement impossible qu'il soit en vie.

Arthur déglutit. Gaius n'avait pas quitté le château, il en était certain. Si cela avait été le cas, il aurait été le premier à venir aider, à tenter de soigner les blessés.

Il soupira lourdement, prit une grande inspiration, et fit demi-tour pour rejoindre Merlin. Il posa une main sur son épaule et l'appela doucement.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Léon et Gwaine sont certains d'avoir aidé tous les survivants à sortir.

- Vraiment ? Où est Gaius ? Demanda-t-il, le regard plein d'espoir, et Arthur sentit son cœur se serrer.

Ne sachant pas comment lui dire la vérité, il se mordit la lèvre, et ce fut tout ce dont Merlin eut besoin.

- Ils sont sûrs qu'il ne reste personne ? Demanda-t-il, la voix tremblante.

Arthur répondit d'un léger signe de tête, cherchant quelque chose à dire. Avant qu'il ne puisse trouver quoi que ce soit, Merlin s'était jeté dans ses bras et avait enfoui son visage dans le creux de son cou. Arthur le serra dans ses bras et laissa reposer sa tête contre la sienne, dans un geste qu'il espérait réconfortant. Il était conscient qu'ils n'étaient pas seuls, et qu'une partie de son peuple était en train de les fixer, mais il s'en fichait. Etant donné les évènements, il était peu probable que beaucoup d'entre eux ne décident d'y voir quoi que ce soit, et quand bien même, il ne parvenait pas à s'y intéresser. Il croisa rapidement le regard de Gwen, mais ne s'y attarda pas non plus, préférant porter toute son attention sur Merlin, tentant de lui apporter un peu de confort.

Après quelques secondes, Merlin se recula, les larmes aux yeux.

- Peut-être qu'il n'était pas dans le château, il a très bien pu sortir, et… Et si c'était le cas, il serait déjà là, acheva-t-il.

Il soupira et porta la main à son front, avant de faire demi-tour et de retourner auprès des blessés, sans dire un mot, et Arthur ne fit rien pour le rattraper. Il savait que c'était inutile, et que Merlin voulait s'occuper l'esprit, se rendre utile pour ne pas crouler sous le poids de la perte de l'homme qui était plus un père pour lui que n'importe qui d'autre. Arthur pouvait comprendre ça, alors il le laissa faire.


Lorsque la nuit commença à tomber, Gwaine lui fit remarquer qu'il serait peut-être bon de s'arrêter jusqu'au lendemain, d'autant plus maintenant que les gens pouvaient rentrer chez eux. Ils s'interrogèrent brièvement sur le responsable de la reconstruction de Camelot, mais Arthur haussa les épaules. Il serait plus que ravi de la remercier si cette personne venait à lui, mais il n'allait pas mener de recherches pour la retrouver. Du moins pas pour l'instant. Il était bien plus intéressé par la reconstruction du royaume, et de son peuple. Il écouta néanmoins son chevalier et pria le peuple de se reposes du mieux qu'il pouvait pour la nuit, offrant à ceux qui ne voulait pas rester chez eux les chambres disponibles au château.

Puis, il attendit que Merlin ne le rejoigne avant de se mettre lui-même en route.

- Est-ce que v…tu as besoin de moi ? Demanda Merlin, et Arthur secoua la tête.

Néanmoins, lorsque le sorcier voulut tourner pour se rendre dans les quartiers de Gaius, Arthur lui attrapa le bras. Merlin l'interrogea du regard, mais il ne répondit pas, lui faisant simplement signe de le suivre.

Une fois dans sa chambre, Arthur enfila rapidement sa tenue de nuit.

- Qu'est-ce que…

- Il faut que tu dormes, le coupa Arthur, et on sait tous les deux que ce ne sera pas le cas si tu restes chez Gaius. De plus, je te soupçonne fortement d'avoir prévu de sortir pour le chercher, et crois moi, ça ne l'aidera pas si tu t'effondres de fatigue. Alors tais-toi et viens dormir.

Arthur s'attendait à une réponse, un refus, mais Merlin se contenta de soupirer et de retirer sa tunique avant de se glisser sous les draps à son tour. Arthur s'allongea sur le dos, soupira, et le tira par le bras, jusqu'à ce que Merlin se retrouve à moitié avachi sur lui. Merlin se repositionna silencieusement, utilisant son torse comme un oreiller. Arthur ferma les yeux, prêt à s'endormir, lorsqu'il sentit une larme atterrir sur sa poitrine. Inspirant profondément, il serra son bras autour de Merlin, conscient que le lendemain ne serait probablement pas vraiment meilleur.