Bonjour. Voilà, on reprend une activité normale le mercredi, j'ai repris un peu d'avance. Déjà, j'avais prévu douze chapitres pour cette fic, mais je me rends compte que ça va pas le faire, et du coup maintenant j'en aie prévu vingt. Pour vous faire une idée, disons que je peux dire en étant à peu près sûre de moi que ce chapitre marque la moitié de la fic. Merci beaucoup pour vos reviews qui furent tous bien cools pour ce chapitre.
Réponses aux dangereux Anonymous :
Cluster : Merci, voilà la suite ! Contente que Harry te plaise toujours.
Del : Oui Hermione se lâche un peu avec la fin du semestre et lol. Je dirais compréhensible, en ce qui me concerne. Après tout ce qu'elle s'est pris dans la figure, elle peut pas rester guindée tout le temps. Je te trouve dure avec Fleur lol. D'accord elle est clairement insupportable mais y a pire quand même comme personnage de fiction niveau méchanceté suprême, moi je la trouve plutôt soft, en fait. Merci pour ta review en tous cas, j'espère que la suite te plaira également.
Tshu : Il ne faut jamais hésiter, une review c'est toujours intéressant pour qui la reçoit. Sauf que les filles ensemble c'est pas joli dans ma fic lol.^_^ Contente que Fleur te plaise en tous cas. Le revirement d'Hermione en fin de chapitre vient simplement du fait que d'une, elle n'est plus la prof de Fleur et n'a plus à supporter de la voir obligatoirement, et de deux, avec toutes les tuiles qu'elle a eues elle en a sa claque, alors du coup elle se permet enfin de sortir un peu de son rôle professoral et de faire un peu n'importe quoi. Ca me semblait logique pour le coup depuis le temps qu'elle bouillonnait, je trouve qu'elle a été assez guindée comme ça pendant assez de chapitres, à la longue, et surtout après ce qui s'est passé entre elles, ça n'aurait plus été crédible. Merci à toi pour ta review.
Batuk : Enfin le poids de Ron il est toujours là dans la tête d'Hermione quand même. Le point de vue de Fleur ? Hum, j'en abuse pas. C'est un personnage que j'aime encore garder un peu mystérieux, je considère que c'est Hermione mon personnage principal et Fleur c'est « l'autre ». Mais t'inquiète, y aura d'autres pdv Fleur, ça va revenir. Merci pour ta review.
Wave : Tu n'as pas aimé, c'est ton droit le plus strict, et je te remercie de m'en avoir fait part de façon argumentée dans ta longue review. Par contre, cesses donc de t'excuser d'être « néophyte » à chaque fois que tu reviewe, il semble que c'est notre cas à tous ici et que le but de ce site, et bien c'est le partage entre « néophytes » justement . Le but d'une review, c'est de recueillir une impression à chaud, pas d'avoir une critique littéraire technique, docte, ampoulée, froide et impersonnelle par quelqu'un qui vient de terminer une thèse sur la place de la virgule dans le romain contemporain. Et faut pas non plus s'offusquer de mes élucubrations humoristiques sur les « muets », je taquine les lecteurs gentiment, c'est tout, ça n'est en rien une insulte et j'essaie de ne jamais pousser aux reviews de façon agressive, d'ailleurs j'ai moi-même lu beaucoup de fics et je ne reviewe pas à chaque fois, je suis donc très compréhensive vis-à-vis des « muets », car j'en suis à l'occasion. Sinon j'ai bien enregistré tes critiques sur le comportement des personnages dans le chapitre 9 et ton point de vue se vaut tout à fait, même si j'ai mes raisons d'avoir rendu mes personnages de la façon qui t'as déplu. Je dirais donc simplement que pour moi Hermione a été assez guindée et professorale comme ça, que là les vacances arrivent et qu'elle n'a plus ce genre d'obligations, elle craque donc un peu, et ça n'est pas obligé de la rendre sympathique. Qu'elle pense à Ron, tu veux qu'elle pense à quoi d'autre? Elle le connait depuis plus de dix ans, a vécu avec lui presque trois, vient de s'en séparer, limite toute sa vie sociale est structurée autour de lui, je vais pas non plus le balayer d'un revers de main juste parce que les lectrices ne l'aiment pas ! Harry, il fait ce qu'il peut, c'est pas l'oracle, il n'est pas non plus avec Hermione H24, surtout qu'elle ne veut pas parler et qu'il est loin d'avoir tous les éléments. « Ron, ce naze » : J'ai ri. Merci. Ca ça me conforte vraiment dans l'idée qu'ici personne n'a décidément d'empathie pour ce pauvre Ron, à se demander si ça n'est pas lui le « méchant » de mon histoire ! (n'empêche qu'il manquerait carrément de classe pour le coup comme méchant.) Fleur, faible ? Elle a juste proposé un verre et un numéro de téléphone assorti d'une proposition aussi subtile qu'un pachyderme dans le grenier de ma grand-mère, ça fait partie du personnage quelque part, si tu y vois une faiblesse, pourquoi pas, c'est juste qu'elle tente le coup sans aucune subtilité parce qu'elle a l'habitude de tout miser sur son physique parce que la dernière fois qu'elle s'est pris un rateau c'était en CM2. Peut être que j'ai mis moins d'humour dans ce chapitre que dans d'autres, soit, peut être que ce qui t'a saoulé au fond, c'est que je consacre les trois quarts du chapitre à « Ron, ce naze », ce qui m'a fait évincer toute description de lieu ou de psychologie accessoire car il me semblait qu'ici c'était pas le propos. Cette fic ne me gave pas, elle m'agace par moments, mais je prends plaisir à l'écrire. Merci donc pour cette review subtile, tes points de vues sur mes personnages valent tout à fait mes justifications et tu as tout à fait le droit de les trouver gonflants, mes personnages sont aussi là pour ça : être gonflants. Ah, et je ne te frapperais pas sous les côtes à droite : à cet endroit là, c'est dangereux. Et merci pour tes compliments par ailleurs, à vrai dire je crois que j'aime aussi tes lancers de cailloux, ça fait se remettre en question sur l'opportunité de faire ça ou ça. Si tu te contentes de considérer le 9 comme un chapitre plat de transition c'est le moindre mal que je pourrais espérer, en tous cas n'hésite vraiment pas à reviewer de nouveau si tu as encore des choses à dire, en négatif comme en positif.
Musiques écoutées en écrivant :
Portishead – Glory box
Massive Attack - Teardrop
Amy Whinehouse – Back to black
Amusez vous bien.
CHAPITRE 10 : Dehors
- Vous m'en voyez navré, mais on ne peut pas vous prolonger la chambre.
- Et pourquoi ça ?
- Quelqu'un a réservé après vous, et comme vous vous y êtes prise un peu tard je…
- Donc, si je comprends bien, je dois quitter la chambre demain à dix heures. récapitule calmement Hermione.
- Oui, en effet.
- D'accord. Merci de prévenir ! Au plaisir ! lâche-t-elle avec une certaine méchanceté.
Elle tourne le dos au réceptionniste et remonte les trois étages en courant. Très bien. Si c'est ça, elle s'y prendra autrement. Fini de rigoler, plus le temps de s'apitoyer. Elle aurait dû faire le prolongement à l'avance, ou réserver bien plus tôt pour une période plus longue. Elle aurait aussi dû se douter qu'en ce début de période estivale, les touristes afflueraient dans la capitale, que tous les hôtels seraient complets, qu'il n'y aurait plus de place pour elle nulle part. Mais il n'est plus temps de se faire des reproches.
Elle rassemble tristement ses maigres affaires en une masse éparse au dessus du lit et en bourre indistinctement son sac de voyage noir, celui là même avec lequel elle a quitté Ron quelques deux mois plus tôt. Ron, branché à des tuyaux, qui voudrait qu'elle revienne. Ron, avec tous ces tuyaux, branché, qui ne sait toujours pas qu'elle ne reviendra pas. Conscience crevée. Elle attrape son téléphone et descend à la réception, demande un ticket pour une connexion internet d'une demi-heure.
Elle s'assoit devant l'un des ordinateurs de la salle télé. Derrière elle, des résidents regardent un match de foot en hurlant à chaque fois que le ballon change de pied.
Elle cherche sur internet plusieurs numéros de téléphones et adresses d'hôtels londoniens et en note un maximum pendant le temps qui lui est imparti. Le décompte des minutes de connexion autorisées défile si vite qu'elle a surtout l'impression d'avoir payé pour trente secondes.
Elle sort devant l'entrée pour appeler, étouffant dans la chambre dont elle doit dégager dans moins de vingt-quatre heures. Elle y passe un temps interminable, et grille bien la moitié de son forfait. Un, deux, trois hôtels. Quatre. Tout est complet. Juillet lui crache à la gueule. Touristes en shorts et polos à sueur, lunettes de soleils en toc et rires familiaux bousculent son maigre refuge. Soleil rouge. Une saleté de crépuscule urbain qu'on peut pas vraiment mater à cause des fils électriques et de la hauteur des bâtiments qui bouchent la vue. Hermione rêve doucement qu'il pleuve. Elle se souvient de l'une de ces soirées qu'elle a passée avec Harry après une promenade sous la pluie, de ce temps où elle était encore avec Ron. Il lui semble qu'en ce temps là, ça n'allait pas si mal. Elle irait peut être même jusqu'à dire que c'était le bon temps. Ca avait dû être en avril, ou non, peut être en mars. Oui, c'était en mars, avant l'arrivée de Fleur D.
Maintenant, elle l'appelle Fleur D, dans sa tête. Pourquoi Fleur D, et plus cette salope de Delacour, ou cette pouffiasse de Fleur Delacour , elle n'en avait su trop rien, jusqu'au jour où, essayant de se débarrasser de certains papiers inutiles dans sa chambre d'hôtel, un jour d'ennui, pour alléger son sac, elle ne retombe sur la liste de ses étudiants du semestre 2, avec, bien sûr, leurs adresses mail à côté de leurs noms, pour le cas où elle aurait eu à les prévenir d'une absence ou pour leur envoyer des documents complémentaires au cours. Là, sur sa feuille de présence, entre les sandersonemily, les marlewdylan, les jojolerigolo et autres adresses mail complètement frappées au possible que certains étudiants n'avaient toujours pas renoncé à abandonner pour les mails professionnels – ce qui promettait, soi dit en passant -, il y avait un petit fleurd suivi d'un nom de domaine quelconque, coincé au milieu des autres.
Jusque là, Hermione n'avait jamais eu à s'en servir, du fleurd, c'était un peu comme une arme précieuse, une arme très douce. Elle se disait que Fleur D n'avait pas forcément son mail à elle, vu qu'elle ne l'avait donné qu'une seule fois, en début de semestre, à tous ses étudiants, et qu'elle n'était arrivée qu'en mars. Hermione aime bien le fait de l'avoir, même si c'est pour ne jamais s'en servir. Pour preuve, elle l'a bien déchiré, le numéro de téléphone.
Alors, elle a gardé la feuille, même si elle n'en a effectivement plus besoin. Fleur D.
Sacrée Fleur D ! Qui diable a 15, à la fac ?
Hermione ne prend le temps de regarder tout ça que depuis qu'elle s'ennuie. Et dire qu'elle n'avait pas eu le choix, au moment des corrections. Obligée de mettre 15 à Fleur D.
Aussi, quelle idée, que de toujours rendre ses dissertations à temps. Et extrêmement bien rédigées. Précises. Sans lourdeurs. Claires. Sans fautes d'orthographes. Avec un truc en plus qui persistait à percer sous la rigueur universitaire, comme une plante vivace. Quelque chose de suffisamment subtil, cependant, pour passer inaperçu à qui ne voulait pas voir, quelque chose qui n'aurait pas réveillé les vieux correcteurs rigoristes qui savaient exactement quel genre d'idées, dans quel ordre, et avec quel virgule au paragraphe 3 ils souhaitaient voire atterrir sur leur bureau de chêne pour mettre une bonne note.
Hermione avait rarement vu ça. Même en troisième année de licence, elle voyait encore défiler davantage de perles à afficher dans les chiottes pour que les invités puissent se marrer un coup en pissant que de bons devoirs.
Les copies de Fleur D égalaient celles de Jennifer Williams, sa meilleure élève, avec ce truc en plus qui écorchait Hermione, pour qui l'intelligence scolaire avait toujours été le seul refuge. Décidément. Elle lui prendrait tout, et sans rien lui laisser.
Hermione se demande parfois si elle aurait dû dire oui. Elle revoit ses décolletés et son visage railleur, elle revoit une armée de pinces à cheveux encercler un ordinateur portable en formation classique de bataillon militaire. Une belle saloperie, cette Fleur D. Une sacrée foutue belle saloperie.
Et puis, Hermione s'ennuie. Loin des touristes et des gueulards, loin de la mer et des châteaux, des légionnaires, du sable chaud, des soirées entre amis sur le sable, des repas familiaux ensoleillés sur des jeux de plage, Hermione s'enferre dans la moiteur-étouffoir de sa chambre d'hôtel, dans la fumée du voisin et dans les cris des autres, loin de Harry, de son couple et de son bébé, loin de son rôle professoral. Juillet est là, Hermione s'ennuie, s'enferre et ne veut voir personne. A part Luna, peut-être.
Harry est relié à Ron, Ron est relié à des tuyaux.
Elle n'est reliée à personne. Elle n'a plus le droit de voir Ron. Ron lui manque, parfois. Elle culpabilise encore beaucoup. Elle sait pourtant qu'il ne faut pas y aller si ce n'est pas dans l'intention de se remettre avec lui, et maintenant, elle est sûre d'elle, c'est non. Ca fait longtemps qu'elle est sûre d'elle. Mais encore bien davantage depuis qu'il a failli mourir.
Elle se prend à prier stupidement pour qu'il s'en sorte.
Sa fenêtre est toujours entrouverte, il n'empêche qu'elle s'enferme. De sa fenêtre, étuve sans air, elle regarde passer les vacanciers en tongs ensablés d'ice-cream de mauvaise qualité en s'emplissant les narines de fumée.
Les jours de désespoir, elle relit les copies de Fleur D. Elle rit au détour de certaines phrases, sans raison particulière.
L'ennui grandit, l'admiration aussi, parce qu'elle n'a plus rien à corriger, parce qu'elle n'a plus rien à partager. Juillet est un mois mauvais. Elle a encore certaines copies car bien souvent, les étudiants ne viennent pas les rechercher après les examens, et elle n'a pas toujours l'occasion de les voir en personne pour les leur remettre. C'est le cas pour Fleur D, comme pour Sanderson et pour d'autres, rien d'extraordinaire à cela. Les examens se sont tous déroulés en dehors de l'horaire du TD, et en général une fois que c'est fini, c'est fini, les étudiants se contentent de souffler et ont autre chose à penser l'été que d'aller rechercher leurs copies.
15, ah, c'est beau !
Hermione étouffe et se meurt progressivement dans la petite chambre glacée par le soleil touristique. Fleur D danse, idéalisée, absente. La torture hebdomadaire lui manque.
Elle avait tant pris l'habitude de tout compter qu'elle ne s'en apercevait même plus. Elle se rend maintenant compte que tout ça, au milieu de son marasme avec Ron, lui donnait un rythme. Le nombre de vendredis, le nombre de semaines, le nombre de regards, le nombre de petites méchancetés gratuites et sans grandes conséquences. Hermione se prend à tout pardonner. A tout reconsidérer, à tout réinventer. Fleur D n'est pas méchante. C'est juste une sacrée saloperie. Hermione aussi sait voir les gens. D'ailleurs elle les a assez vus, merci bien. Harry appelle trop. Elle ne décroche pas à chaque fois.
Fleur D danse dans sa tête comme la jeune fille en robe blanche ornant le dessus de la boîte à musique de sa grand-mère, la boîte à musique qu'elle adorait quand elle était gosse, la grand-mère morte, la boîte à musique morte aussi. On a dû l'emporter quelque part dans le pays dans un camion poubelle entre les tampons hygiéniques usagés et les épluchures de patates. La danseuse étoile a sûrement eu les ailes cassées dans le mouvement du sani-broyeur, et le délicat petit mécanisme de la musique a dû s'enrayer dans la même occasion.
Fleur morte aussi, et Fleur D doit mourir. Fleur D, au bras d'une statue morte, broyée, emportée par un camion-poubelle.
Hermione fait des rêves agités.
Elle relit les copies, elle épluche les petites annonces immobilières, elle erre dans la ville, elle regarde les taxis, les téléphones, les bornes et les bus à tour-operator, la tour de Londres, et Big Ben, sur votre gauche. Elle est même montée, une fois, et elle s'est farcie la description de tous les monuments de Londres dans toutes les langues au milieu de couples d'allemands en shorts.
Harry. Et Ron qui est fini dans sa tête. Et Fleur D, présence discrète, presque effacée, affadie en un mois de silence, haussement de sourcil, demi sourire, sarcasme, pince à cheveux égarée ordinateur méchanceté sale ignorance feinte errance de nuit couloir agent de service emplafonné ménage bifurquer pour ne pas les croiser sortir dans l'air frais de la nuit Fleur D évaporée, sauf que.
Sauf qu'on lui demande de dégager. Madame, nous n'avons pas pu vous prolonger la chambre.
Alors Hermione se paie une dernière nuit agitée, et le lendemain, elle est dehors à dix heures, ancrée à son sac et sans savoir où aller, hôtels complets, elle repense à Fleur D, la bouche de Fleur D chevillée au corps, et plus la chaleur de juillet s'accroche à ses pas, et plus le soleil tape, et plus elle a la bouche de Fleur D tapant dans son crâne à coups de marteau, ce qui lui fait remonter une de ces migraines épouvantables, torture silencieuse que personne ne voit. Tous ses repères se sont dissous comme un cachet effervescent dans un verre d'eau. La perte des cours qui s'égrènent sans soleil, tout pareils, rôle social, professoral. La vie, l'appartement, les courses, Ron, si fragile, Fleur D, l'enflure, la petite saloperie ambulante. Toujours en retard. Plus rien, en retard, les cours, finis. On ne peut pas vous prolonger la chambre, Madame. On ne peut pas vous prolonger la chambre, Madame.
- Allo, Harry ?
….
Huit jours déjà sur le canapé d'Harry. Huit jours, son sac de voyage noir pendu au pied du canapé. Huit jours, et Ginny fait toujours la gueule.
- Tiens, regarde là, ça à l'air pas mal ça, non ? Le prix a l'air intéressant. fait remarquer Harry, vissé à l'ordinateur, appelant Hermione toutes les cinq minutes pour lui montrer une énième annonce immobilière pour une location de studio dans la banlieue de Londres.
Hermione est reconnaissante à son ami de se démener pour elle. Mais aucune des visites qu'elle a faite jusqu'à présent ne s'est révélée concluante. Même avec son salaire de prof de fac, impossible de se loger à Londres, ils demandent encore des garants et des cautions solidaires, même à trente ans, et ils veulent encore des salaires bien plus conséquents que celui d'Hermione, qui est pourtant correct. Alors, Hermione cherche dans la banlieue. Elle ne trouve rien. Elle se réveille ensuite en sursaut la nuit, après des micro-sommeils légers, étranges, peuplés de Fleur D et de baux locatifs et de pluie torrentielle cognant sur des tuyaux. Elle fait des cauchemars épouvantables dans lesquels Ron est aspiré par les tuyaux et se dissout à l'intérieur en l'appelant dans des cris horribles qui la réveillent. Dans d'autres rêves, elle est au tribunal, et Fleur D, en tenue de greffière, la juge pour avoir tué Ron. Dans d'autres, Harry agite un mouchoir près d'une locomotive à vapeur, façon dix-neuvième siècle, et Hermione part en voyage, et elle ne revient pas. A la fin du voyage en général, elle se réveille, et elle se rend compte qu'elle n'a pas bougé, elle est toujours sur le canapé d'Harry, et Fleur D tente de l'étrangler, parfois, enfin, souvent. Lorsqu'elle ne sent pas les mains serrer, elle ne dort pas.
Harry a tout de suite voulu lui déplier le canapé, pour qu'elle aie un vrai lit, mais elle a refusé, arguant que sa visite était provisoire et qu'elle ne voulait pas vous foutre tout un bordel au milieu du salon, et Harry a soutenu que non mais n'hésite pas, si tu veux déplier, tu déplie, surtout mets toi à l'aise, et Hermione n'a rien déplié du tout, parce que dans sa tête, elle ne reste pas, et que déplier le canapé d'Harry signifierait : s'encroûter, s'imposer, et rester.
Les magazines de Ginny sont empilés dans les chiottes. Comme Ginny garde tout, elle a rapidement retrouvé l'exemplaire qu'elle cherchait. Son cœur s'est alors déplacé quelque part dans son ventre, et pour faire passer ça, elle a dessiné une moustache à Fleur D.
Ginny fait la gueule, ce qui inhibe plutôt sérieusement tout déploiement éventuel de canapé. Harry peut bien dire toute la journée que ça n'est pas vrai, Hermione ne le croit pas là-dessus, car il n'a pas d'objectivité. Elle s'est donc contentée d'emprunter une sympathique couverture à carreaux verts et rouges dans l'armoire du couple.
En ce beau mardi gerbant de soleil, Harry est au travail. Ginny est de repos, à la maison, avec Hermione, et elles ne parlent pas. Ginny l'évite, depuis qu'elle est là, s'en tenant à la simple cordialité feinte, bonjour, au revoir, merci, bonne nuit. Et à peine.
Hermione en a marre.
- Ginny, tu me fais la gueule ?
- Non.
Hermione insiste.
- Non mais sérieusement, ça t'ennuie que je sois là ?
Ginny soupire.
- Non, Hermione, non, bien sûr que non. Tu le sais bien.
- Ben non, je le sais pas justement. Qu'est ce que tu as contre moi ? Je croyais qu'on était amies, et là ça fait huit jours que je suis là et que tu ne me décroche pas un mot.
Ginny se détourne, les yeux baissés sur son ventre rond de quatre mois, tripotant les boutons de son chemisier comme pour faire diversion.
- Ecoutes, tu peux rester tant que tu veux, d'accord ? Je ne remets pas ça en cause. Tu as besoin, on t'accueille, c'est tout à fait normal, et je sais que tu aurais fait pareil pour moi. Mais comprends aussi que je sois perturbée à cause de mon frère.
Un nœud fixe la gorge d'Hermione quelque part entre la nausée et l'asphyxie.
- Per… Perturbée à cause de ton frère ?
Ginny baisse un peu les yeux, gênée.
- Ce que tu veux dire, c'est que tu me fais la gueule parce que… tu penses… parce que c'est à cause de moi que Ron a… a fait ce qu'il a fait ? s'embrouille Hermione, face au silence.
- Ca n'est pas ce que j'ai dit.
- C'est ce que tu pense ! crie Hermione.
- Ca n'est pas ce que j'ai dit.
- Tu penses vraiment que c'est de ma faute, pour Ron ? insiste Hermione.
Elle a besoin de savoir. Ca fait deux semaines qu'elle a besoin de savoir, et là, un coup oui, et un coup non, un coup c'est sa faute, et pas sa faute, et ça commence à bien faire à la fin.
- Je sais que votre couple, c'était compliqué, et qu'il n'allait pas bien. murmure Ginny.
- Tu dis que c'est de ma faute, et entièrement de ma faute. murmure Hermione.
- Je n'ai pas dit ça.
- Tu l'as pensé. Je n'ai plus rien à faire là. Tu n'auras plus à supporter ma présence une nuit de plus. Je m'en vais. Je ne vous dérangerais plus.
- Non mais attends, Hermione, c'est pas ce que j'ai dit, Hermione… Non mais t'en va pas comme ça, on peut discuter quand même.
- Va te faire foutre, Ginny.
Ca ne prend qu'un petit quart d'heure à Hermione pour tout renfourner en boule dans son sac de voyage. Elle tente désespérément de rappeler tous les numéros d'hôtels notés un peu partout en pagaille dans le fatras de feuilles volantes qu'elle accumule et se trimballe depuis presque deux mois, et en trouve un, et un seul, qui ne peut lui proposer une chambre que pour une seule et unique nuit, car après, il y a des espagnols qui ont réservé et qui doivent arriver dès le lendemain matin pour occuper tout l'étage.
Hermione plante là Ginny et sa culpabilité et pose sa solitude et son sommeil torturé dans une toute nouvelle chambre dénuée du moindre repos. A quelques stations de métros de là, les voisins d'Harry et Ginny les entendent s'engueuler. Dans la soirée, le téléphone d'Hermione sonne.
- Harry ?
- Hermione, c'est pas sérieux, personne n'a jamais remis ta présence en cause, tu peux revenir et rester tant que tu veux chez nous jusqu'à ce que tu trouves un appart.
- C'est bon, Harry, t'inquiète pas, j'ai trouvé un hôtel.
- Allez, reviens, sérieux, Ginny est désolée, elle n'a pas voulu dire ce que tu pense.
- J'ai trouvé un hôtel.
- On s'inquiète pour toi Hermione.
- Et bien arrêtez un peu, alors. Je n'ai pas envie d'être la pauvre martyre éplorée, ni la pauvre SDF qu'on héberge. Bonsoir, Harry.
Hermione raccroche sèchement. Les larmes affluent, ça pique les yeux. Le lendemain, dix heures, elle doit quitter la chambre. Elle obtient cependant une rallonge de quelques heures en faisant semblant de traîner et en se heurtant dans les femmes de ménages. Ensuite elle obtient également qu'on lui garde son sac à la réception au moins pour la journée, et elle va manger un sandwich crudités fromage sur un banc et regarder des monuments qu'elle a déjà vus. Elle commence à se demander si elle ne va pas tout simplement finir par retourner dans son ancien appartement dont elle a toujours les clés, sachant que Ron est en maison de repos et qu'elle ne risque pas de le croiser, mais cette idée lui glace les sangs. L'heure tourne, elle passe la journée à errer dans les rues, la sueur se colle à ses vêtements. Le besoin d'une douche devient presque purement physique et désespéré, mais c'est trop tard, elle n'a plus de chambre.
Vingt-et-une heure, elle revient à l'hôtel récupérer son sac, complètement épuisée après une journée à tourner dans toute la ville, et elle sort cette fois pour de bon, la peur au ventre.
En fouillant dans la poche de son blouson, au milieu des clés et des chewing-gums à la menthe, elle sent alors quelque chose, un bout de papier, qu'elle prend au début pour un ticket de caisse qu'elle a oublié de balancer, mais au fond dès la première seconde, elle sait bien que ça n'est pas ça. Il est déchiré en plusieurs morceaux et elle s'acharne à le reconstituer. Le point d'ancrage « Fleur D » lui manque et c'est peut être une solution parmi d'autres. Après tout, elle aurait dû dire oui à l'absinthe au lieu d'aller se mettre à raconter n'importe quoi. Elle va se faire jeter, mais ça ne dérange pas, car elle a démystifié Fleur D, elle sait maintenant à peu près comment elle fonctionne, à quoi s'en tenir. Elle a créé dans sa tête une sorte de portrait robot hybride entre la Fleur D du magazine de Ginny, la Fleur D des cours et la Fleur D du lycée.
Hermione s'accroche à ces quelques lignes de failles, la peur.
Elle sait très bien qu'elle n'est pas à la rue et qu'il ne faut pas jouer à la grande précarité tragique quand on est prof de fac avec un bon salaire, en tous cas, c'est comme ça qu'elle a été élevée.
Elle commence à étudier méticuleusement, calmement, les solutions de repli qui se présentent à elle, le point crispé sur les lambeaux de papier déchiré dans sa poche.
Elle peut toujours retourner chez Harry et Ginny et faire amende honorable avec cette dernière, même si elle n'en a vraiment aucune envie.
Elle peut carrément prendre un train et retourner chez ses parents dans les tréfonds de la campagne anglaise après leur avoir expliqué sa situation. Elle sera accueillie, mais ce sera une terrible régression, et si on pense pour ce soir, il y a au grand minimum cinq heures de route et il est vingt-deux heures, donc c'est difficilement possible et même si ça l'était, ça va mettre sa mère dans des états pas possibles et elle aura droit à une montagne de questions agressives et culpabilisantes donc vaut mieux éviter. Et si elle retourne vivre chez ses parents, comment fera-t-elle à la reprise des cours, pour son travail ? Il n'est pas temps d'y penser, ce serait toujours une solution acceptable en attendant mieux, mais pas viable sur le long terme.
Dans le pire des cas, il y a toujours Catherine et son connard de mari, mais là pour le coup, si elle n'a tenu que huit jours chez Harry, elle se connaît assez pour savoir qu'elle tiendrait à peine deux chez eux.
Elle n'irait pas jusqu'à aller emmerder Luna, mais à deux dans 15m2, ça pourrait être sympa au moins un temps, avant que ça ne devienne juste invivable et ne ruine une amitié naissante. Mais non, elle n'irait pas jusqu'à aller emmerder Luna. Ce serait vraiment pour le coup impardonnable. Ironie du sort, c'est encore l'idée la plus séduisante qui est la moins envisageable. Elles se connaissent depuis trop peu de temps, et puis, ça se fait pas.
Donc. Les parents, les hôtels, les amis. Et absolument rien ne l'empêche de retourner se poser tranquillement dans son ancien appartement pendant que Ron est en maison de repos. Administrativement, elle est d'ailleurs chez elle, le bail est aux deux noms.
Autant être dehors. Même si il y a encore toutes ses affaires là bas, ça n'est plus chez elle, elle passera chercher tout son bazar quand la situation sera plus stable. Là, elle craint de chialer à la vue du moindre bibelot et du moindre mouchoir, et elle ne désespère toujours pas de trouver un hôtel pour ce soir.
Mais elle se raisonne, non, elle n'est pas dehors. Une dizaine de solutions se profilent bien dans son esprit. Les parents, les hôtels, les amis, l'appartement de Ron, et ,heu, aller passer quelques jours chez la tante Maggie, voilà, la tante Maggie, ça fait longtemps qu'on l'a pas vue la tante Maggie. Si elle est dehors, ça n'est que pour cette nuit, mais pas sur le long terme, persiste-t-elle à se dire avec une rationalité froide.
Allez, Fleur D.
Appeler Fleur D, histoire de se faire remettre les idées en place, un bon coup, et vogue vers l'hôtel suivant, oui, elle en trouvera un ce soir… Elle préfère l'ironie grinçante de Fleur D, elle préfère son rejet à la pénible compassion du couple modèle.
La raison d'Hermione irait chez ses parents, mais le reste ne voit décemment pas ce qu'elle irait foutre là bas. C'est aussi surtout qu'il est trop tard pour cette nuit.
Elle ira sûrement. Chez ses parents, ou dans l'appartement de Ron, c'est malheureusement fort probable. Mais avant ça, Fleur D, chaque chose en son temps.
Elle a plus ou moins réussi à reconstituer le papier déchiré, adossée contre un mur, son sac de voyage posé à côté d'elle. Elle compose le numéro.
- Allo ?
- Delacour ?
- Ah non madame ! Ici c'est Germaine ! fait une voix de femme âgée avec un fort accent français.
- Ah bon. Navrée madame, c'est une erreur de numéro. Excusez-moi, au revoir.
Hermione soupire, encore plus stressée, stressée au-delà du raisonnable. Ces français de Londres, ils sont partout. Ah oui mais c'est vrai, c'est que là en fait c'était pas un 9, c'était un 0… La fichue écriture de Fleur D, ça par contre, même dans les bonnes copies, difficile à déchiffrer.
Nouvel essai, sang qui cogne.
- Allô.
- Delacour.
- Granger ? C'est toi ?
Une bouillie musicale assourdissante hurle simultanément dans le téléphone d'Hermione. Elle est tellement à l'ouest qu'elle ne saurait dire si il s'agit de rap ou de techno, sûrement d'un mélange des deux particulièrement redoutable.
- Co… Comment t'as deviné ? balbutie-t-elle en désespérant de ne pouvoir se faire entendre en éloignant le téléphone.
- Probablement parce que personne ne m'appelle jamais Delacour. D'ailleurs à ce propos, pourquoi tu m'appelles ?
- Tu m'as donné ton numéro, c'était bien pour que je t'appelle non ? D'ailleurs tu dois te souvenir de ce que tu m'as dit.
Il y a un blanc, si tant est qu'on puisse considérer comme un blanc l'impression d'avoir une boîte de nuit greffée à l'oreille gauche.
- Alors là, celle là, elle est pas mal. Y a un monde fou chez moi mais si tu veux tu peux passer. Tu te prends un verre et tu te poses là, j'ai rien de mieux à te dire.
- Heu, tu veux dire que c'est chez toi ce boucan là ?
- Ben oui c'est chez moi, tu croyais quoi, que c'était chez ma grand-mère ? Je ne déconne pas, Granger, amènes toi si ça te chantes. Ca va couper Granger. Tu t'amènes oui ou non ?
- D'accord, je viens. Je ne suis pas sûre de vouloir voir le désastre que j'entends d'ici, mais je viens.
- Si t'as jamais vu pire, c'est triste. Bon, tu prends la Northern line, et tu descends à East Finchley, sortie 1. Tu tournes dans le boulevard à ta droite, et c'est le numéro 4. Tu sonnes, on t'ouvrira. A toute.
Fleur D raccroche et Hermione prend conscience qu'elle n'a rien mangé qu'un sandwich de toute la journée et qu'elle crève, par conséquent, la dalle. Northern Line.
J'ai jamais dit qu'Hermione l'avait balancé, le numéro. Elle l'a déchiré, c'est tout. Et ben tout le monde s'est fait avoir. Je sollicite le Canard d'or du procédé scénaristique le plus "qu'est ce que c'est con mais qu'est ce que ça marche". A la prochaine et n'oubliez pas de reviewer si vous avez aimé ou détesté ce chapitre, si un personnage vous gonfle ou qu'il vous rappelle votre arrière-grand oncle, ou si vous voulez m'exprimer que cette fic est sexiste parce que le « connard de mari » de Catherine n'a toujours pas de nom. (je me défends d'ailleurs par avance de cette accusation: il est mon personnage préféré.) Bonne journée/soirée/matinée/nuit à toi qui a survécu péniblement jusqu'à cette note inconséquente.
Louise Nargole
