Note d'Introduction : Et me revoilà pour la suite de la cavale de Draco et Grégory… J'ai galéré comme jamais pour écrire ce chapitre et j'espère qu'il vaut le coup. Dites-moi à la fin si c'est réussi ;) Enjoy !
Avertissement : ATTENTION SPOILERS concernant Fantastic Beasts. D'une certaine manière. Ceux qui l'ont vu comprendront aisément.
Chapitre Edité, suite à une très judicieuse review relevant le fait que j'avais (honte sur moi) confondu le Riddikulus et le Rictusempra. Malheureusement, c'est une confusion régulière chez moi... ça veut pas rentrer^^ Milles Excuses donc.
Chapitre 10
La Fourberie
Objectivement, il s'agissait d'une très belle malle. En effet, Severus Snape se doutait bien qu'une simple valise moldue n'aurait pas convenu à des Sang-Purs orgueilleux et traditionalistes. Aussi, avait-il pris soin, en premier, de lever tout sort de dissimulation, et alors, le cuir bordeaux et usé de l'objet s'était écaillé, comme un reptile qui mue, et sa véritable forme était apparue à ses yeux et à ceux du cabot. Sculptée dans l'ébène, elle était illustrée de motifs floraux à la géométrie compliquée. L'armature métallique était la même qu'initialement, tout comme la serrure.
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"Tu es bien certain de connaître la combinaison d'ouverture ?
-Je suis certain du cryptage utilisé. Comment pourrais-je savoir la couleur préférée de ton élève ?
-Daphné Greengrass n'est pas du genre à utiliser sa date de naissance comme mot de passe relatif à des informations de première importance.
-Quand bien même, tu as probablement une meilleure idée de comment fonctionne sa petite tête tordue." Severus soupira, il envisageait déjà d'assommer son acolyte exceptionnel et de le laisser mourir au fond de la malle, une fois leur expédition accomplie.
"Black… Explique moi juste le code.
-Ton adolescente est très cultivée, Cette serrure est composée de dix-huit caractères. Comme tu l'as constaté, deux styles différents se distinguent. Les dix premiers dessins relèvent du cunéiforme.
-Du cunéiforme ? Comme les moldus ?" demanda le maître des potions avec incrédulité. Sirius Black grimaça.
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"Pas vraiment. Les sorciers étaient déjà présent en Mésopotamie. Ils se sont inspirés des cunéiformes moldus pour élaborer des versions sorcières que presque tout le monde a oublié aujourd'hui, y compris la plupart des familles de sang-pur.
-Tu veux dire que c'est par pur hasard que ta famille en a conservée la mémoire ?
-Non." sourit Sirius. Il se leva du fauteuil dans lequel il était installé et fit signe à Snape de le suivre dans le salon. Là, sur l'un des murs, s'étendait l'immense arbre généalogique des Blacks. Il pointa un doigt sur le nom d'un individu. Snape releva un sourcil :
"Herbert Burke. Qui est ce sorcier ?
-Le mari de Belvina Black.
-Je le vois bien…
-L'arbre n'est pas tout à fait exact. Comme tu le vois plus, bas, la descendance jugée "illégitime" est absente tout comme les traîtres à leur sang dans mon genre sont supprimés sauvagement.
-Dois-je vraiment pleurer sur ton sort ?"
Aussi sarcastique qu'il soit, Sirius parvint à l'ignorer et se décida à conclure.
"Belvina et Herbert ont eu une fille qu'ils ont appelée Ursula, en hommage à la mère de Belvina. La petite a été oubliée de l'arbre car on la croyait cracmolle.
-Elle ne l'était pas ?
-Peu importe. Ce qui compte c'est qu'elle a épousé un Greengrass. Et ainsi, elle a transmis à sa descendance son savoir de Black.
-Les Greengrass ne sont pas aussi anciens que les Blacks.
-Non. Ils ont opéré un sacré jeu d'alliances depuis toujours et sont trop liés aux sang-purs originels pour qu'on les différencie aujourd'hui. Mais ils tiennent leur savoir de ceux qu'ils ont importé à leur famille. En l'occurrence les Blacks. Mais ils ont des contacts avec les Longbottom, les Crouch et les Flint depuis longtemps. Je ne serais pas surpris qu'ils tentent de marier l'une de leurs filles à un Malfoy. Je vais devoir imposer certaines conditions à mon petit cousin, j'imagine." Snape sembla très amusé de cette dernière remarque mais ne la releva pas.
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"Revenons-en à notre affaire. Daphné Greengrass connaît donc le cunéiforme magique de par une aïeule Black. Et ensuite ?
-Elle ne connaît pas qu'un seul cunéiforme mais ses sept variantes magiques. Elle a choisi d'utiliser l'une des trois branches présentées sous forme de phonogrammes.
-Je ne comprends que l'anglais et le latin sale cabo…" s'emporta le potionniste, vexé de devoir dépendre du savoir de son pire ennemi.. Sirius l'insulta copieusement pour faire bonne mesure mais ne se dispersa pas outre mesure.
"Pour faire simple, les dix premiers caractères sont des symboles représentant des sons. Je pense donc qu'il y ait de grandes chances pour que la gamine ait scellé ce coffre avec un sort.
-Cela ne simplifie pas les choses." fit le professeur en se massant la base du nez, contrarié.
"Effectivement." confirma Sirius.
"Qu'en est-il des huit caractères restants ?
-Ce sont des runes.
-Les Blacks sont-ils forts en runes ?" daigna demander l'espion avec un rictus moqueur. Sirius le trouva presque amusant.
"Pas particulièrement. Mais mon frère ambitionnait de devenir Professeur de Runes en Amérique. Il possède plein de livres ennuyeux sur le sujet, qui par chance, sont venus compléter mes lacunes." Sirius crut entendre Snape murmurer "Cher Regulus" mais n'en fut pas certain.
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Il prit la peine d'appeler d'un accio le livre salvateur et l'ouvrit à la bonne page.
"Ceci est un manuel d'archéologie moldu. Tu dois connaître le principe j'imagine." Snape hocha lentement la tête mais fronça les sourcils :
"Le Ministère ne contrôle pas les découvertes compromettantes des moldus ?
-Tant que les moldus ne font pas le lien entre leurs trouvailles et l'éventualité d'une société dont les membres seraient dotés d'aptitudes surnaturelles, le Magenmagot n'intervient pas. Je soupçonne Dumbledore de les avoir rassurés sur la question.
-Ce serait bien son genre…" fut la réaction presque attendrie du maître des potions.
"Enfin, tout cela pour dire que Greengrass a été plutôt maline sur ce coup là. En effet, si les moldus sont très doués concernant la traque de leur propre histoire, les sorciers, qui ont de tout temps cultivé leur culture primitive, ont oublié certains pans entiers de leurs origines. Et je ne te parle pas de l'étude des créatures magiques et de leurs micro-sociétés. C'est précisément dans ce domaine méconnu que la gosse a été piocher. Les runes sculptées dans cette serrure sont les premiers caractères centauriques jamais utilisés. On les reconnaît à la forme d'arc allongé rappelant celle du sabot équin.
-Ils devraient être énormes dans ce cas si un centaure adulte les as tracés.
-Greengrass les a probablement recopiés à plus petite échelle. Cela ne faisait que brouiller les pistes.
-Tu penses vraiment que c'est mon élève qui aurait fabriquée cette serrure. Elle l'aura hérité de son père ou d'un vieil oncle sans doute." Sirius secoua la tête avec conviction.
"Je ne pense pas qu'une fille élevée par un père lui transmettant le goût du secret et de l'intrigue ne prendrait le risque de confier sa plus grande richesse à l'artefact d'un excentrique. La malle est clairement son ouvrage. J'imagine qu'elle est composée d'éléments rapportés cependant." Severus se rembrunit. Black marquait un point.
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Sirius montra à nouveau le livre moldu au maître des Potions :
"L'auteur du livre a répertoriés tous les caractères retrouvés dans le monde pour établir un alphabet. Par chance, les centaures utilisaient le même alphabet que les moldus et les sorciers, en complément d'une deuxième langue composée de hennissements entrecoupés de sons humains.
-Quel capharnaüm ça devait être.
-M'en parle pas !" s'amusa Sirius avant de se taire brusquement, comme s'il avait été sur le point de dévoiler quelque chose d'intime ou de confidentiel. Il enchaîna rapidement.
"Enfin bref. Même si elle a pu transposer l'alphabet centaurique au nôtre, je pense qu'elle a dû garder l'esprit d'origine en choisissant un mot qu'un centaure aurait pu utiliser de manière coutumière.
-On part donc sur la faune, la flore, les étoiles, des éléments de la nature.
-C'est mon avis. Et je pense que nous trouverons plus facilement un terme relevant du champ lexical de la vie sauvage qu'un sort complexe de taré de sang-pur." Severus lutta contre le rictus qui menaçait de s'emparer de ses lèvres. L'animagus pouvait être cocasse.
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Ils passèrent une nuit pénible de recherches sur le vocabulaire plus ou moins complet qui aurait pu être celui des centaures, en classant les propositions par probabilité. Severus avait suggéré, avec pertinence que Greengrass avait peut être voulu signer son sceau avec les runes. Dans un premier temps, ils cherchèrent dans la généalogie des Greengrass des prénoms féminins ou masculins floraux, usage commun à plusieurs familles de Sang-Pur. Ils retinrent, comme pouvant entrer dans les huit cases : Rosaline, Jacinthe, Capucine, Hortense et Eustache.
"Pourquoi Eustache ?" s'étonna l'animagus.
"Eustache provient du grec et signifie "bon épi".
-Et tu crois que les premiers centaures connaissaient le grec ?
-C'est ce que la mythologie de ces derniers laisse entendre…
-Si on commence à dévier de notre résolution.
-Greengrass est une jeune femme brillante. Nul doute qu'elle ait tenté de crypter son message déjà codé.
-Foutus serpentards !" Jura Sirius. Et il ouvrit un livre de sorts anciens en ne cessant pas de marmoner. Il lança, mauvais, à son partenaire de recherches :
"Démerde toi avec ces putain de centaures ! Je m'attaque aux maléfices sadiques qui auraient pu l'intéresser.
-Elle cherchait avant tout à apposer un sésame sur sa malle…
-Oui oui !" fit-il avec un geste impoli avant de se murer dans un silence boudeur.
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Au petit matin, il fallut se rendre à l'évidence, Ils étaient trop fatigués pour être à nouveau productif. Ils s'autorisèrent une pause qui consista en un petit déjeuner complet servi par Sirius. Bien entendu, comme il s'agissait de Snape et Black, qui n'avaient à se communiquer que des insultes, ils préfèrent chacun rester silencieux. Du moins, leur mustisme dura jusqu'à ce que Severus prenne congé.
"Nous sommes samedi. Je dois impérativement être rentré à Poudlard avant dix-neuf heures dimanche. Ce qui signifie que ce fichu coffre doit être ouvert et en partie fouillé avant. Je rentre chez moi me reposer jusqu'à quatorze heures. D'ici là, tâche de te munir de tout ce qui nous permettrait d'échapper à des monstres en tous genres. Nul doute que cette sale gamine ait piégé son repaire.
-Où est passée la brillante serpentarde ?" souligna Sirius avec un éclat satisfait dans le regard.
"Je ne suis pas chauvin de mes élèves. Il s'agit d'une peste, bien déguisée, mais d'une peste, comme les autres inconscientes de son âge. Au moins Parkinson l'assumait-elle en partie." La mention de l'adolescente décédée laissa planer un froid angoissant. Puis, Snape prit le chemin de la cheminée.
/DMGG/
15 Janvier 1996
La Jeunesse en Prison
-The Quibbler-
Suite à la révélation du retour de Vous-savez-Qui juste après la Nouvelle Année, le Ministère a pris des mesures drastiques en outrepassant l'autorité du Directeur de Poudlard pour faire arrêter des élèves susceptibles d'être des nouvelles recrues du Seigneur des Ténèbres. Ainsi, la totalité des enfants issus de lignages au sang-pur ont été placés dans une section spéciale du Bureau des Aurors afin d'être interrogés. C'est le cas des héritiers Crabbe, Pucey, Bullstrode, Nott, Zabini et Higgs. Certains noms déjà associés à celui-qui-ne doit-pas-être-nommé manquent toutefois à l'appel, laissant supposer de leur culpabilité comme Draco Malfoy et Grégory Goyle. D'autres ont déjà ouvertement révélée leur allégeance, comme Daphné Greengrass.
La brillante étudiante, qui jusqu'ici était décrite comme discrète et travailleuse a disparu en compagnie de Lucius Malfoy, après l'attaque perpétrée par ce dernier et quelques mangemorts, le 3 Janvier. Depuis, l'éminent homme d'affaires est en cavale. Son épouse, Narcissa née Black, est confinée à domicile le temps que son fils et son mari soient retrouvés. Elle a été placée sous restriction magique et sa baguette lui a été retirée. Si procès il y a, de grands noms du Ministère insistent pour que l'épouse du mangemort avéré ne soit jugée que pour complicité et non acte de magie noire.
A Poudlard, les élèves restants sont soumis à une vérification quotidienne et systématique de leurs dortoirs et leur courrier. Certains parents menacent déjà de retirer leur progéniture de l'antique école. L'ancienne Grande Inquisitrice Dolores Umbridge a été retirée de son poste suite à la pression exercée par les parents et un vote doit avoir lieu pour désigner un nouveau conseil suite à la destitution évidente de Lucius Malfoy. Albus Dumbledore est toujours à la tête de l'établissement jusqu'à ce que le nouveau conseil décide de le maintenir ou non en place.
Le niveau d'alerte aux attaques isolées est renforcé suite au raid mené contre Poudlard, mettant en lien les agissements perpétrés avec la grande évasion de prisonniers de fin d'année précédente. Nul doute que Lucius Malfoy ait reçu le soutien de sa belle-soeur Bellatrix Lestrange, et de l'époux de cette dernière.
La rédaction du Quibbler unit ses propres recommandations à celles du Ministère pour nuancer la position du ministère Cornelius Fudge.
-Sortez de chez vous seulement en cas de grande nécessité.
-Limitez les communications de votre réseau de cheminette.
-Érigez des protections magiques sur les cheminées, les portes d'entrées et toute issue avec l'extérieur.
Mais surtout, nous vous rappelons, qu'en aucun cas, la barbarie et la paranoïa ne doivent vous pousser à commettre des actes violents préventifs qui pourraient être condamnables dans un temps de future paix.
Xenophilius Lovegood, Rédacteur en Chef du Quibbler
/DMGG/
La piste des noms floraux des ancêtres n'avait pas été concluante. En effet, lorsqu'il était revenu au Square, Severus avait retrouvé un Black particulièrement fier de lui. Il ne s'était pas reposé autant que lui et avait isolés trois sortilèges qui, de par leur intitulé, pouvaient rentrer dans les dix caractères. Il s'agissait de sorts particulièrement offensifs. Le premier provoquait chez la victime les mêmes effets que le baiser du détraqueur. A ce moment là, comme hanté par un vieux souvenir, Black avait été silencieux, sombre, et avait frissonné pour évoquer le second sortilège. Celui-ci était moins radical, il privait celui qui l'avait reçu de sa magie pendant près de deux heures toutes les vingt-quatre heures. Bien qu'impossible à conjurer, on pouvait vivre avec sans qu'il n'altère les capacités surnaturelles le reste du temps. Le dernier était bien plus complexe et semblait issu d'un métissage de cultures magiques redoutable. Sans hésitation, les deux sorciers s'accordèrent à penser que la jeune serpentarde l'avait préféré. Il s'agissait après tout de protéger son bien le plus précieux, d'où la nécessité de créer le plus de dégâts possibles sur son ennemi.
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"Aloha Venom Adversarius Dauthuz Assecurare" répéta Severus après que Black lui ait lu le paragraphe explicatif d'un livre qui n'aurait même pas eu sa place dans la Réserve de la Bibliothèque de Poudlard. Sirius grimaça :
"Venin, Adversaire, mort… On peut dire qu'il a toutes les qualités pour être l'heureux élu du coeur de Greengrass.
-Sans compter la formule d'ouverture qui en fait un gardien de serrure né.
-Cette petite a une culture assez controversable. Qui sait ce que nous allons trouver dans cette malle.
-Sans doute autant de magie noire que de magie blanche. N'oublie pas Black, ce n'est pas son journal intime de sympathisante mangemort. C'est l'anthologie des secrets honteux de milliers de sorciers en Angleterre.
-Pourquoi en Angleterre ? Nul doute que ces rapaces se seront liés à toutes les grandes dynasties du monde. Il doit bien y avoir quelques éléments sur des chefs d'états étrangers, au moins concernant leur vie privée." Severus hocha la tête.
"Comment comptes-tu entrer cette formule dans les dix premières cases ? Il y a bien plus de dix syllabes...
-Facile. J'ai simplement cherché l'origine la plus ancienne des mots composant l'incantation. En remontant dans leur étymologie, je suis arrivé à composer cinq mots chacun formé de deux syllabes.
-Et un signe cunéiforme représentant une syllabe, cela nous fait bien dix syllabes. Et si ce n'était qu'un hasard ?
-Ecoute Snape. Je ne pense pas que Greengrass soit bilingue en cunéiforme. Sauf erreur de ma part, elle a certainement dû réfléchir comme nous pour ajuster la formule souhaitée et la faire correspondre à un socle de caractères déjà existants. Ce coffre est composé de pièces rapportées comme je l'ai déjà supposé.
-Admettons. Alors on rentre la formule et voilà, nous déverrouillons l'artefact sans souci ?
-Je pense que les dangers que nous rencontrerons seront dans le coffre. Si la serrure elle-même était piégée, Greengrass n'aurait aucun moyen d'en contrer les effets.
-Cela se tient." reconnut avec réticence le maître des Potions.
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Ils opérèrent par la suite avec précaution. Une fois les dix premiers caractères enclenchés, ils tentèrent de compléter la formule centaurique avec l'un des noms d'ancêtres floraux. Mais aucun déclic ne se fit entendre sur aucun des cinq noms sélectionnés. Sirius donna un coup de pied dans une chaise pour évacuer sa frustration. Severus tenta de rationnaliser la situation :
"Peut être que l'un des noms est bon et que c'est le cunéiforme qui pêche…
-Impossible. Il n'y a aucune sombre incantation qui corresponde mieux au désir de Greengrass; c'est forcément l'un des noms." Severus se concentra et énonça logiquement :
"Greengrass avait besoin d'éloigner à tout pris quiconque de ses informations confidentielles. Elle a choisi une incantation particulièrement virulente pour sceller le réceptacle de son savoir. Un nom, malgré toute la symbolique qu'il accorde, n'a pas le pouvoir d'empêcher quiconque de s'approcher."
Sirius s'énerva :
-Où veux tu en venir ?
-Qu'est-ce qui aurait pu être utilisé par les centaures pour éloigner des indésirables ?
-Les centaures sont de grands agriculteurs et leur survie repose sur leurs cultures. Essentiellement des potagers." L'animagus hocha la tête vigoureusement :
-Et leur magie n'est pas offensive. Donc…
-Ils ont dû utiliser une essence particulière de plante pour éloigner les rongeurs qui se seraient attaqués à leurs jardins !
-Nous cherchons donc une essence naturelle fréquemment utilisée par les botanistes. Super. On cheminette Chourave ou comment ça se passe ? " fit le gryffondor, sarcastique. Cette fois, Severus sourit vraiment.
"Pas la peine. Elle m'a demandé de commander des bulbes de narcisses la semaine passée en même temps que mes ingrédients de potions. Elle a été particulièrement insistante sur le fait qu'elle devait en avoir assez pour ériger un double périmètre autour des serres.
-Narcisse, cela fait bien huit caractères... " Tout en parlant, Sirius convertit chaque lettre en son équivalent centaurique. Mais là encore, aucun changement ne s'opéra. Snape fronça les sourcils et ordonna :
"Peut être n'étions nous pas dans le faux avec cette magie des noms… Remplace la dernière lettre par un A."
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Aussitôt, un claquement mat s'éleva dans la pièce et le couvercle de la malle bascula lentement en arrière pour dévoiler un escalier en marbre sombre descendant dans les entrailles de la terre. Le gryffondor sourit en se frottant les mains.
"Je suis le plus téméraire des deux, je passe en premier.
-Le plus curieux." rectifia Severus avec réalisme. Il le laissa passer sa première jambe par dessus le rebord de la malle, puis la deuxième.
"Tu vois quelque chose ?
-Snape… je ne suis même pas tout entier dedans." Sur ce commentaire acerbe, il descendit jusqu'à ce que sa tête ne soit plus dans la pièce. Alors, il poussa une exclamation surprise :
"Vide ! " lâcha-t-il, déçu. Severus, agacé par sa bêtise utilisa le livre moldu pour lui asséner un coup sur la tête qu'il voyait toujours, immobile désormais.
"Un peu de bon sens par Merlin ! Tu vois bien que l'escalier continue, tu n'es que sur la sept ou huitième marche.
-Je ne vois rien Snape…" répondit le gryffondor d'une voix perplexe. Son comparse s'énerva :
"Je te vois, moi ! Ne fais pas l'imbécile et descends !"
L'autre homme grogna mais lança un lumos pour continuer d'avancer. Mais, il remonta et sortit du meuble, blanc comme un linge. L'autre ravala ses remarques pour demander :
"Qu'est-ce que tu as vu là dedans ?
-Rien. Et c'est bien le problème." Severus le fixa avec incrédulité.
"Et c'est tout ?" L'ancien maraudeur tendit alors sa main qui était rouge de sang. Il développa :
"La rampe de cet escalier me semble piégée." Snape résuma :
"Donc pas de rampe pour nous.
-Et comment fait-on dans le noir ? Le lumos ne fonctionne pas." Snape fronça les sourcils.
"Okay. Greengrass est plus vicieuse que prévue. C'est notre première embûche. Descendre dans le noir.
-En tenant cette rampe agressive ?" demanda le sang-pur, peu séduit par l'idée.
"Simple mise à l'épreuve par le sang, un grand classique de ces tarés de sorciers conservateurs. Le sang, c'est l'essence de la magie selon eux. Le prélever à l'ennemi, c'est l'affaiblir." Sur ce, il le poussa vers le meuble. Sirius jura mais pénétra à nouveau dans l'artefact, le potionniste sur ses talons cette fois.
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Effectivement, une fois qu'ils furent entièrement entrés dans le meuble, la lumière extérieure ne leur parvint plus. Il n'y avait aucun son non plus hormis leurs souffles et les bruissements de leurs gestes, comme s'ils étaient dans une grande cave vide. Malgré l'avertissement du gryffondor, Snape tenta de lancer plusieurs sorts mais rien ne prit. Résignés, ils posèrent leur main droite sur la rampe et descendirent, le silence n'étant entrecoupé que par les commentaires de Sirius qui ouvrait la marche. Severus ne savait pas de quoi était faite cette rampe mais elle était redoutable. D'aspect lisse et froid, c'était pourtant comme si des milliers de minuscules lames enflammées perçaient la peau en profondeur pour les vider de leur sang. Il espérait seulement qu'en bas des marches, ils seraient exemptés de ce moyen pour se repérer. Soudain, devant lui, Black poussa une exclamation et annonça d'une voix prudente :
"ça y est ! Nous y sommes. L'escalier a pris fin et la lumière est revenue." Severus quitta enfin la dernière marche et ses yeux semblèrent revenir à la vie. Il lança un sort mineur qui fonctionna parfaitement :
"La magie aussi est revenue.
-Je préfère cela !" confirma Sirius en jetant un regard désolé à sa main ensanglantée.
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Severus sortit deux petits flacons de sa poche et en tendit un à son acolyte, qui attendit de le voir boire pour l'imiter.
"Qu'est-ce que c'est ?
-Un elixir de régénération sanguine.
-Tu te trimballes toujours avec ça sur toi ?" railla Black.
"On ne sait jamais quand le Seigneur des Ténèbres va s'énerver. " Tout compte fait, Sirius décida que ce n'était pas si drôle de se moquer des manies de potionniste de son ancien camarade de classe. Il se racla la gorge et regarda devant lui. Ils étaient dans une salle octogonale plutôt grande mais entièrement vide. Sur le pan de mur derrière eux était l'escalier, et celui en face d'eux était entièrement recouvert d'un miroir. Les six autres pans étaient occupés par une porte chacun. Severus se massa les tempes.
"J'ai l'impression que nous allons y passer le reste de la journée et sans doute la nuit et peut être même demain serons-nous toujours là à ouvrir des portes jusqu'à trouver la bonne." Sirius fit quelques pas plein d'entrain.
"Pas de temps à perdre donc ! Autant y aller au hasard, nous verrons bien !" Severus marmonna pour lui tout seul mais le suivit tout de même, conscient qu'effectivement, ils ne pouvaient s'arrêter si tôt pour réfléchir.
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Black était tellement prévisible pour Severus. Il avait simplement décidé d'ouvrir la première porte à leur gauche. La salle sur laquelle elle menait n'était pas si terrifiante que ce qu'ils auraient cru. Elle était nue, comme la précédente, mais le mur du fond était occupé par une grande fresque sorcière sans cohérence apparente. Ils s'approchèrent, baguettes dégainées, de ce mur et en y regardant de plus près, la lumière se fit :
"Un puzzle.
-Vraiment Black, je vais devoir subir ton énoncé d'évidences jusqu'au bout ?
-Hé ! Je suis facilement impressionnable. C'est ce qui fait mon charme." Severus ne lui accorda aucune réplique qui aurait pu l'encourager dans ses frivolités. Pourtant, l'autre s'autorisa de continuer :
"On a dit baston pour moi et casses-têtes pour toi. Je vais donc m'asseoir dans un coin et attendre que tu te bouges un peu. J'ai assez pris de risques pour aujourd'hui." Severus le laissa parler en levant les yeux au ciel et approcha sa baguette de la surface mouvante. Il désigna du bout de son artefact un point précis du mur et tenta de le faire bouger. Cette opération fonctionna. Il crut entendre Black l'applaudir avec ironie mais se concentra pour composer le visage originel de l'oeuvre d'art, car il ne faisait aucun doute qu'ils devaient être face à un tableau sorcier de main de maître. Au début, le maître des potions avançait à l'aveugle, trop troublé par les dessins changeants. Puis, il remarqua que certains motifs ne semblaient pas pouvoir se dégager d'une aire définie et parvint à cerner les différents carrés composant la peinture. Ce fut beaucoup plus simple à résoudre après cette découverte.
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L'austère sorcier ne recula pour contempler son ouvrage qu'une fois celui-ci accompli. Le cadre entourait la représentation d'un grand jardin aux fleurs et aux fruits abondants. Au fond de ce jardin, il y avait une petite cabane dont la porte était ouverte. Severus pointa sa baguette sur cette porte et murmura accio. Aussitôt, comme attirée par un aimant puissant, la porte grossit en se rapprochant pour totalement effacer le jardin. Alors, Sirius s'approcha et rappela :
"Je suis toujours l'éclaireur." Il entra dans le tableau, ou du moins passa la porte qui l'avait supplanté. Severus n'eut pas le temps d'être surpris par la présence d'une femme à la mine sévère qui ne lui était pas inconnue que son camarade s'exclama, pris au dépourvu : "Mère !". L'individu qui lui faisait face se mit à rugir des insanités et Severus se remémora le tableau recouvert de rideaux, dans le hall d'entrée du Square Grimmault. Le professeur fronça les sourcils en voyant tout le corps de Black se tendre. Puis, il leva sa baguette et rugit :
"RIDDIKULUS !" Aussitôt, la tête de Walburga Black rétrécit considérablement avec un bruit de ballon qui se vide, et sa voix devint celle d'un petit enfant qui piaille. Face à cette vision, Black éclata de rire et l'épouvantard se rua vers le centre de la pièce pour disparaître sous une trappe. Comme il n'y avait aucune autre issue, les deux sorciers se dirigèrent vers le battant ouvert dans le sol.
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Il leur fallut descendre le long d'une corde ancienne prête à craquer. Sirius fit la remarque qu'ils n'avaient pas intérêt à la casser s'ils voulaient ressortir de cette maison de la peur à la fin. Ils furent immédiatement submergés par l'importante quantité de fumée qui obscurissait les lieux. Toutefois, des sifflements familiers et des gargouillis caractéristiques rassurèrent Severus.
"Nous sommes dans un laboratoire de Potions.
-Oh, alors c'est toi qui énonces les évidences maintenant." Le serpentard eut un rictus satisfait en parcourant les couloirs entre les tables sur lesquelles fumaient de nombreuses potions. Puis, sa mine presque joyeuse se décomposa rapidement.
"Black. Nous avons un problème. Toutes ces potions sont aussi réussies que celles de Longbottom. Dans moins d'une demi-heure, elles auront toutes explosé…" L'ancien prisonnier leva les main devant lui.
"Ne me regarde pas comme ça. C'est toi l'hystérique des chaudrons de nous deux. Alors prouve nous que Dumbledore ne t'as pas nommé Professeur de Potions par pitié pour ton gros nez."
Severus l'insulta copieusement mais se hâta d'une mixture à l'autre pour déterminer laquelle était la plus dangereuse, laquelle était la moins réussie, etc… Il s'autorisa une pause au niveau de la paillasse où reposaient les ingrédients et les étudia minutieusement pendant cinq minutes.
"Je croyais qu'on devait se dépêcher de les annihiler…
-Ta gueule Black, j'essaie de réfléchir.
-Ah ça c'est sûr qu'avec une tête tordue comme la tie…" Le gryffondor se tut brusquement en recevant un Sort de Bouchecousue de la part du maître des potions. Celui-ci passa le quart d'heure suivant à s'agiter dans tous les sens, coupant, broyant, insérant des ingrédients dans les potions, etc… Puis, graduellement, Sirius constata que la fumée se dissipait et que les élixirs se calmaient dans leurs chaudrons et leurs cathéters. Puis, la pièce eut à nouveau un air respirable et le gryffondor émit un sifflement appréciateur. Très sensible à la flatterie, Severus annula son sort précédent.
"J'imagine que tu es vraiment doué, après tout…" Ils découvrirent alors une petite armoire qu'ils pensaient remplie d'informations recueillies par les Greengrass. Mais, en ouvrant ses deux battants, ils trouvèrent le chemin de l'épreuve suivante.
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Severus prit la peine d'annoncer :
"Au vu du dernier stratagème de Greengrass, je pense que nous entrons dans la partie difficile de cette…" Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'une pluie de lumières rouges et vertes s'élança sur eux depuis l'autre extrémité du hall dans lequel ils avaient débouché. Severus put seulement apercevoir neuf silhouettes munies de baguettes magiques les attaquer avant que Black ne se jette sur lui pour le pousser derrière une statue. Puis, il se transforma en chien et courut entre les sorts qui leur tombaient dessus. Severus réussit à sortir sa tête de derrière son bouclier de pierre pour le voir éviter les rais de lumière avec une agilité féroce. Les crocs découverts, la langue pendante, Black courait de sa maigre silhouette pourtant moins décharnée que quelques mois plus tôt, et parvint à atteindre l'alignement de silhouettes encapuchonnées qui les attaquait. Il en mordit une mais émit un couinement de douleur immédiatement après. Alors, il s'éloigna des hautes figures, un peu sonné, et reprit forme humaine. Il vint découvrir l'un de leurs assaillants de son capuchon, pour découvrir une simple statue. En voyant le maître des potions sortir de sa cachette Sirius cria :
"NON ! Ce sont de vrais sorts. Je ne sais pas comment Greengrass s'y est prise, mais ces statues émettent de la magie." Severus réfléchit à toute vitesse.
"Elles n'ont pourtant pas de volonté propre et leurs tirs sont toujours les mêmes. Il doit y avoir un interrupteur quelque part." Après quelques minutes, l'animagus trouva l'interrupteur, le poussa, et alors, l'alignement de statues derrière lesquelles était retranché le professeur de potions se mit à son tour à lancer des sorts. Simplement, elles visaient toutes un seul et même point du mur devant lequel se tenait Sirius. Il sauta à temps sur le côté pour éviter le puissant rayon qui désintégra le mur menant à une autre épreuve.
/
Severus rejoignit Sirius dans la pièce suivante.
"On est pas passés loin cette fois…" murmura l'évadé d'Azkaban. Severus hocha la tête, essuyant une égratignure le long de sa propre tempe.
"Malgré mon appréciation des connaissances de Greengrass, j'ai sans doute sous-estimées ses capacités. Il faut plus que de l'habileté pour enchanter des statues de cette manière. Il faut une très grande maîtrise de sorts compliqués, sans compter la quantité d'énergie magique à déverser en elles.
-Je déteste les élèves prodiges.
-J'en sais quelque chose." rappela avec un regard mauvais le maître des potions. L'animagus se tourna vers lui juste avant qu'ils ne changent de pièce. Il l'attrapa par l'épaule pour le fixer, le regard exorbité, dans les yeux.
"Je n'aurais pas été jusqu'à te tuer ! Cette malheureuse histoire a dérapé ! Je me suis déjà excusé. Je me suis calmé. Et tu as voulu me livrer aux détraqueurs ! C'était cher payé pour un adolescent idiot qui a été puni par douze ans d'emprisonnement à Azkaban ! Quand est-ce que tout ceci va cesser ?! Nous ne serons jamais amis, Snape, ce sont des choses qui arrivent ! Une incompatibilité totale, c'est rare à notre niveau, mais ça existe ! Mais nous sommes aujourd'hui obligés de coopérer, pour anéantir le tyran qui t'as privé de ta liberté et le même taré qui a anéanties les seules personnes que je considérais comme ma famille ! Alors je ne te demande pas d'oublier. Mais mettons cette affaire de côté jusqu'à la fin de la guerre, okay ?!
-Lâche moi.
-Est-ce que nous sommes d'accord ?!
-Lâche moi."
/
Sirius dut le lâcher lorsqu'un son bas et inquiétant se fit entendre. Ils regardèrent dans la pièce qui avait été dévoilée par la chute du mur. Une masse noire et mouvante s'agitait au centre de la rotonde occupant toute la pièce. L'amas de magie sombre s'apparentait à un fluide recroquevillé sur lui-même. Lorsqu'ils entrèrent dans l'enceinte de son territoire pour l'observer, ce fut comme s'il s'éveillait. Il grandit, s'élargit, son ombre fut plus grande, son envergure impressionnante. Il fonça sur les nouveaux venus après s'être élevé en une grande tornade obscure détruisant les fondations mêmes de la rotonde de verre. Au-delà des baies translucides, les deux sorciers pouvaient deviner des couloirs et des portes, mais bien éloignés de l'antichambre des épreuves qu'ils avaient bravées. Ils étaient aux portes du palais de la connaissance de Greengrass, face à l'ultime épreuve. La tornade se rassembla, une fois le plafond de verre détruit, et les prit pour cible telle une comète furieuse. Ne sachant pas comment briser une telle concentration d'énergie, Sirius la contra avec la plus puissante magie blanche qu'il connaissait. A sa plus grande surprise, la même incantation s'éleva en écho de la sienne :
"EXPECTO PATRONUM !".
Immédiatement, la forme scintillante d'une biche familière à Sirius galopa à la droite de son chien et les deux patronus rasèrent le sol pour affronter le déferlement furibond leur faisant face. Le fracas de leur rencontre provoqua des secousses qui firent tomber au sol les deux sorciers. Pourtant, pour leur plus grande surprise, loin de se détruire l'une l'autre, les deux formes de magie s'immobilisèrent, comme se contemplant, flottant l'une face à l'autre, se parlant. Il n'y avait plus de chien ni de biche mais une boule claire et éclatante dont la proximité lumineuse semblait rassurer l'amas de magie noire. Le produit de leurs patronus se distendit et enlaça la masse sombre en ébullition. Fascinés par le spectacle qui prenait place devant leurs yeux, les deux sorciers contournèrent l'étrange échange pour sortir de la verrière en grande partie détruite. Après une dernière étreinte, l'énergie claire se sépara de son opposée et se scinda en deux pour que les patronus rejoignent leurs sorciers. L'inconnue puissance inquiétante qui les avait attaqués s'éloigna d'eux en ondulations légères jusqu'à disparaître par le trou béant dans le mur.
/
Après le choc qu'ils venaient de subir, Sirius avait besoin d'explications.
"Qu'est-ce que c'était ?
-Je ne suis pas sûr. ça pourrait… ça pourrait être une arme de l'ère de Grindelwald." Sirius le fixa avec incrédulité et conclut par :
"Il faut vraiment qu'on intercepte Greengrass. Elle ferait une trop bonne recrue pour Volemort." Severus hocha la tête et avança hors de la rotonde. Ils étaient à nouveau dans un grand hall desservant plusieurs couloirs et plusieurs portes, un très grand nombre.
"Par où commencer ?" à la question de Sirius répondit un écho qui sembla provenir de l'intérieur même de sa tête.
"Par ici maître." Il demanda vivement à Severus :
"Tu as entendue cette voix ?
-Quelle voix Black ?
-Celle qui m'a répondu.
-Personne ne t'as répondu…" Severus tourna sur lui-même pour découvrir un éventuel sorcier ou une autre statue qui manipulait Black mentalement mais il ne vit rien. Sirius lui, poussa une exclamation horrifiée. Une nouvelle masse d'énergie avait pris place, derrière eux. Black fixa avec surprise l'immense pieuvre dorée qui leur faisait face. Ce n'était assurément pas une statue, même sorcière. La fluidité des mouvements qu'elle effectuait était bien réelle et son regard était presque hypnotique.
/
Le gigantesque animal parla à nouveau, sans ouvrir la bouche.
"J'attendais votre venue pour ouvrir les portes maître." Sirius se rapprocha de Snape pour demander :
"Et là ? Tu as entendu ?" Severus, pour son plus grand effroi, fit non de la tête., au comble de la perplexité.
"Mais tu la vois ?!" cria-t-il en le secouant de toutes ses forces. Encore une fois, Snape fit non mais fronça les sourcils. La grande pieuvre dorée dont la voix s'apparentait à une base tonalité d'orgue, lui parla à nouveau.
"Dois-je ouvrir les portes, maître ? Ou tuer le sang-mêlé ?" Sirius cracha :
"Ne touche pas au sang-mêlé !" Cette fois, il se passait définitivement quelque chose. Et Severus devina que Greengrass savait utiliser la magie du sang de manière exceptionnelle, jusqu'à sélectionner ce qu'un individu pouvait voir en fonction de la nature de son sang sorcier. Il y avait donc des dangers qu'il ne pouvait percevoir en raison de son sang-mêlé. Cette idée ne le rassura pas du tout. Il devait se préparer à n'importe quoi.
/
"Black, qu'est-ce qui te parle ?
-La pieuvre !" s'agaça Sirius en la montrant du doigt, prenant un air d'évidence.
A ce moment là, la pieuvre, lassée du manque de réponse de Sirius, décida d'agir. Elle se propulsa en avant à l'aide de ses longues tentacules aux reflets ambrés. Sirius sauta en avant pour l'empêcher de s'attaquer au maître des potions. Prenant cela comme une réponse à ses questions, l'immense bête faite de magie, décida d'ouvrir les portes, mais pour cela, elle devait prendre possession du corps de son maître. L'une de ses tentacules entra en contact avec l'oeil droit de l'ancien prisonnier, et alors, en le touchant, elle devint totalement visible. Severus poussa un bruit écoeuré et recula, brandissant sa baguette pour lui jeter un sort. Se sentant menacée, la pieuvre plongea dans l'oeil de son hôte dans un cri de douleur de ce dernier. Une fois l'animal disparu dans l'orbite de son acolyte, Snape se précipita sur lui. Black était pris de convulsions mais ses yeux restaient obstinément ouverts. Le spectacle qui se déroulait dans son oeil droit terrifia le potionniste. Il y voyait une grande pieuvre dorée qui paraissait se noyer dans un océan de tempête. L'absurdité d'une telle vision le fit cligner des yeux à plusieurs reprises mais le contenu du songe surnaturel défilant sur la rétine du gryffondor continuait. La pieuvre avait désormais avalée toute l'eau de la mer et dans un dernier spasme, elle exhala son dernier souffle. Les cris de Black redoublèrent tandis que son oeil noircissait subitement, s'effritant même, comme s'il mourrait en même temps que la pieuvre. Puis, dans un ultime gémissement, il s'effondra, évanoui.
/
Il fallut plusieurs secondes à Severus pour se calmer et constater que le coeur de Black battait toujours. Suite à cette certitude, il lui fit boire quelques potions qu'il gardait toujours dans de petites fioles dans l'intérieur de sa cape de sorcier. L'autre reprit doucement conscience, et palpa immédiatement son oeil. Mais il n'y avait plus qu'une orbite creuse et calcinée là où se trouvait auparavant son globe oculaire. Il ne saignait pas, comme si la brûlure inexplicable qui avait marqué la mort de l'étrange créature avait cautérisé sa blessure. Snape demanda :
"Est-ce que tout va bien, Black ?
-J'ai perdu un oeil !" balbutia le gryffondor, paniqué.
"Hormis ton oeil, est-ce que tu souffres quelque part ?" Le sang-froid du maître des potions sembla l'apaiser. Il haletait toujours mais moins violemment qu'à son réveil ou que pendant son agonie.
"Je crois que le reste est intact." affirma-t-il en continuant de se palper partout pour vérifier. Le maître des potions dit entre ses dents :
"On doit rentrer au Square. Pomfresh doit t'examiner." Sirius se leva et sentant que ses jambes le soutenaient fermement fit, résolu :
"Non.
-Ne sois pas irresponsable." l'accusa immédiatement son ennemi de jeunesse.
"Je ne le suis pas. Nous avons payé assez cher l'accès à ce palais des connaissances. Maintenant, nous y sommes. Assurrons nous que notre peine valait le coup. Après tout, tu dois bien avoir une pommade cicatrisante sous la main ou un machin dans le genre qui me permettra de tenir le temps d'une première exploration, non ?" Snape renifla mais ne le contredit plus. Il lui tendit seulement un petit flacon et une petite boîte contenant respectivement une Solution de Regain et un baume cicatrisant.
/
Une fois les soins reçus et appliqués par Sirius, ils contemplèrent avec un léger découragement, les premiers indices de l'infinité du dédale qui les attendait. Plusieurs siècles d'accumulation de connaissances contenues dans une valise, c'était très réducteur. Il y avait là de quoi loger l'entière population sorcière d'Angleterre !
"Crois-tu que d'autres pieuvres dorées invisibles se cachent dans ce labyrinthe ?
-Peu de chances. Cette abomination était inédite et elle est morte avec ton oeil. Ce qui est très surprenant, au demeurant.
-Elle croyait que j'étais son maître.
-Comment ?
-C'est ainsi qu'elle m'appelait : Maître. J'imagine que c'est mon lien de parenté avec Greengrass qui m'a protégé.
-Et qui l'a trompée.
-Et qui l'a trompée. Au vu de la précision de Greengrass dans ses compositions magiques controversables… Je dirais que le fait que je ne sois pas un Greengrass l'a empêché de prendre possession de moi. Et elle s'est retrouvée prisonnière.
-C'est la seule explication possible…" lui accorda le potionniste.
Puis, il s'élança dans un premier couloir dont la signalisation au mur annonçait : Généalogie Bâtarde des Sang-Purs Originels, Complots Secrets des Grandes Familles, Héritages dissimulés des Nobles Sorciers. Sirius le suivit, non sans caresser avec résignation le creux de son oeil détruit.
/DMGG/
« Il y a un chien dehors. » Draco semblait apeuré. Grégory jeta un regard par l'ouverture de la hutte sommaire qu'ils occupaient et aperçut l'animal, qui ne cherchait nullement à se cacher. Il était assis de l'autre côté de la clairière et regardait dans leur direction, d'un oeil unique. De la vapeur s'échappait de sa gueule ouverte et il semblait avoir couru longtemps avant de s'arrêter là.
« Il a dû sentir la viande que nous avons fait cuire ce matin.
-Nous n'aurions pas dû rester plus d'une nuit ici !
-Nous sommes à plus de trois cent kilomètres de Poudlard, et toujours en pleine campagne." Rappela Grégory. Il pensait sincèrement qu'ils avaient réussi à semer d'éventuels poursuivants.
"Il s'approche." commenta le jeune Malfoy, légèrement angoissé. L'animal resta à l'ombre des arbres, longeant l'airial de maigre dimensions, et cessa de trotinner à proximité d'eux. Il s'arrêta et s'allongea, sa queue battant l'air, et ses oreilles dressées. Il n'était pas hostile et semblait curieux à leur sujet.
"Tu crois que ça pourrait être l'animal d'un moldu ?
-Il semble être seul.
-Il a l'air sociable.
-Oui… Mais il ne porte pas de collier, il est sans doute sauvage." rationalisa Greg. Plus accoutumé à ces bêtes que Draco ne l'était, il s'approcha prudemment du grand chien noir. Celui était mince mais non famélique, ce qui signifiait qu'il mangeait à sa faim. Mais il n'était pas aussi gras qu'un compagnon familier. Le jeune serpentard émit un petit sifflement pour attirer son attention mais l'animal fixa obstinément Draco, qui restait immobile, de peur de l'exciter. Quand Grégory tendit la main pour le caresser, il lui accorda enfin un regard d'avertissement en se mettant à grogner. Celui-ci resta alors immobile et s'accroupit, à seulement deux mètres du canidé. Ce dernier avança alors dans la direction de Draco, tout doucement, en rampant à moitié. Grégory lui conseilla :
"Il a l'air de te préférer à moi. Si tu veux mon avis, il n'a pas un super instinct. Quiconque te connaît un peu sait que tu n'es pas un grand amoureux des bestioles en tous genres."
/
Draco lui accorda un reniflement hautain mais resta focalisé sur le chien. Celui-ci était maintenant devant lui, à cinquante centimètres. Il avança son museau et donna de petits coups dans la main de Draco. Grégory émit un son outré :
"J'y crois pas. Il a l'air de bien t'aimer !" Draco sourit, surpris et un peu rassuré, et donna une caresse sur la tête du chien. Celui-ci prit une autre position et bougea pour réclamer de nouvelles attentions. Puis, alors qu'il insistait pour que le blond le papouille toujours au même endroit, Draco sentit dans le pelage de l'animal un petit cylindre en métal très fin. Il fronça les sourcils et chercha à détacher l'objet. Alors, le chien, docile, ne broncha plus. Lorsqu'il put observer dans la paume de sa main la chose en question, il comprit qu'il ne s'agissait pas d'un chien de moldu.
"Grégory… C'est un messager." Il était blafard et son teint blême poussa son compagnon de cavale à s'approcher malgré l'accueil peu amène que le chien lui réservait. Il semblait contrarié par sa présence et Grégory, qui adorait les chiens, en était un peu blessé.
En tirant sur le petit bout de métal, Draco avait fait sortir des poils hirsutes de l'animal, une plume, de petite taille, mais une plume indéniablement sorcière et fonctionnelle. Lorsqu'il la saisit, comme pour l'utiliser, elle se mit à trembler et s'échappa de sa main pour s'agiter dans l'air. Alors, en dessins de fumerolles, elle inscrivit un message dans l'air.
/
Draco, mon précieux fils,
J'ai appris avec autant de crainte que de soulagement ta désertion de l'École. Ta conduite m'a convaincue de la nécessité pour nous deux de nous dégager de l'engagement pris par ton père auprès du Seigneur des Ténèbres.
J'ai moi-même rassemblé des affaires à la hâte, et me prépare à échapper à mes gardiens dès que le moment viendra. Ce chien, en qui j'ai toute confiance, te conduira vers un lieu de rendez-vous que je sais sûr. Là, nous nous retrouverons et je te présenterai un nouvel allié qui nous assure un avenir sauf.
Dans l'attente inquiète de te revoir en bonne santé.
Narcissa.
P.S : Je ne sais pas si tu es au courant, mais le petit Goyle a également pris la fuite. J'ose espérer qu'il ne te poursuive ni ne te retrouve pas.
/
"C'est méchant." s'indigna Grégory. Draco ricana tandis que la fumée se dispersait dans l'air.
"Elle ne te connaît pas, et elle n'a aucune raison de penser que nous sommes de connivence." Grégory eut une moue que le blond ne sut pas interpréter et ajouta :
"De connivence ? Alors c'est ce que nous sommes." Draco le fixa mais ne répondit pas à cet étrange commentaire et regarda le chien. Il inclina la tête et dit simplement :
"Merci." L'autre serpentard souleva :
"Quoique on décide de faire, on devrait lui donner à boire et à manger. Il doit venir de loin." Draco hocha la tête.
"Fais ça, je ne sais pas ce que ces bêtes mangent." Grégory alla chercher un morceau de viande froide qui leur restait et un petit mug d'eau provenant de leur gourde. Il les présenta au sol, à quelques pas du chien, qui les renifla longtemps avant de daigner s'y intéresser. Il refusa encore une fois, avec un grondement menaçant, que le pauvre serpentard le caresse.
"Il ne m'aime vraiment pas. ça n'a pourtant pas l'air d'être un mauvais bougre. Il doit être un peu bête je pense." Le grondement s'intensifia, pour le plus grand amusement du Malfoy qui s'esclaffa :
"Pas si bête si tu veux mon avis. Je pense qu'il t'a compris.
-Comme si c'était possible." maugréa Goyle.
/
Ils restèrent près de leur abri de fortune en regardant le chien manger. Draco semblait soucieux, ce qui n'échappa pas à son camarade.
"Tout va bien ?
-Mmm…" lâcha-t-il sans lui prêter davantage attention. Grégory soupira à l'idée de devoir encore une fois le forcer à s'exprimer.
"Tu comptes aller la retrouver ?
-Qui ?
-Ta mère. Et ce … nouvel allié.
-Je ne sais pas." avoua enfin l'ancien préfet en se prenant la tête entre les mains.
"Je crains que ce ne soit une ruse de mon père pour me ramener au manoir. Il est rusé, et il n'aurait pas de scrupules à me berner de la sorte.
-Quelque chose te fait douter de la sincérité de la lettre ?
-Non. C'est pour cela que je ne sais pas quoi penser. Le style est indéniablement celui de ma mère, de même que l'écriture.
-Ta mère aurait vraiment désobéi à ton père ?" Même Grégory sembla incrédule à l'idée, et Draco l'était tout autant.
"Je sais qu'elle tient à moi…" commença-t-il. Puis, après avoir baissé les yeux, il termina :
"Disons que… J'ai toujours pensé que cela ne la pousserait jamais à se dresser contre mon père. Je suis son fils. Mais il est son époux. Et elle a toujours été très convenable." Avec une très grande perspicacité, l'autre garçon suggéra :
"Peut être qu'elle pensait la même chose de toi." Draco lui jeta un regard d'incompréhension totale.
/
Il passa une main dans les poils longs du chien lorsque celui-ci vint se coucher contre son flanc après un bâillement, et lui massa le crâne. D'une certaine manière, ce contact était rassurant.
"Je me demande où elle est et qui est de son côté.
-La mention de ce nouvel allié est intrigante. En qui ta mère aurait assez confiance au point de fuir et de se cacher de ton père ?" Draco grogna.
"Personne à ma connaissance justement. Elle m'a toujours répété que la famille passait en premier, puis, le sang. Je ne la vois pas se joindre à des sang-mêlés ou des nés-moldus, quant aux traîtres à leur sang, ce serait surprenant. Je sais que quelques sang-purs sont du côté de Potter. Mais à part Augusta Longbottom, ils ne se dévoilent pas aussi clairement. La vieille aurait accepté de l'aider ? Elle n'est pas assez puissante pour nous protéger.
-Personne parmi ses parents ne l'accueillerait ?" Draco songea aux noms interdits, qu'on lui avait fait apprendre depuis petit pour ne plus jamais les prononcer. Il se souvenait surtout d'Andromeda Black, puisqu'il s'agissait de la soeur aînée de sa mère et qu'elle avait toujours un regard blessé quand elle en entendait parler. Mais Andromeda avait épousé un moldu, à la connaissance de Draco, et ne semblait pas toute indiquée en matière d'avenir sauf. En toute franchise, il avait oublié, à force de faire comme s'ils n'avaient jamais existé, les autres Blacks maudits. Subitement, Draco imagina ce que ce serait d'avoir des cousins. Son père était fils unique, sa tante Bellatrix n'avait jamais eu d'enfants avec Rodolphus Lestrange, et la seule tante restante était placée sous tabou.
"Greg ?
-Oui ?
-Tu as des cousins ?"
/DMGG/
Note de Fin : Alors… Haem… Vous allez me haïr… Mais on aura un "troisième chapitre charnière" en fait. Parce que j'ai eu des idées à foisons pour ce chapitre et que j'ai dû encore reporter certaines scènes. Et oui, mille excuses, on voit pas tant que cela Draco Et Greg mais ce chapitre assez lourdingue (-j'en ai conscience-) était nécessaire pour la suite à plusieurs niveaux. J'imagine que certains ont des hypothèses-théories, et j'espère sincèrement que ceux qui en ont nous en feront part en review, ça serait amusant :D
Anecdotes :
-L'incantation à entrer dans les dix caractères (chaque mot étant composé de deux caractères, vous l'aurez compris) est un mélange que je me suis galéréééééééé à inventer provenant de plusieurs origines : hawaïen, latin, anglais et proto-germanic. Oui oui, rien que ça. ça m'a pris environ deux heures. Vous vous doutez bien qu'avec tout ce travail, vous n'en avez pas fini avec cette incantation…
-L'article du Quibbler : j'en suis un peu émue parce que d'habitude, j'insère des articles fictifs de Gazette du Sorcier, mais pas encore je n'avais pratiqué le Quibbler. Veuillez donc m'excuser si le style de cet article est incertain, c'était une première tentative et c'était dur de concilier nécessité journalistique, compte rendu bref de l'actu sorcière du moment, et personnalité de Xeno' + message de paix final ahah.
-Pour ceux qui douteraient de la capacité d'un patronus à affronter (et non détruire) un Obscurus, je vous donne le pourquoi de la plausibilité selon moi^^ : JKR a décrit le patronus comme étant une magie très pure, très positive, une magie du bien fondamentalement (eh oui les Bad Guys ne peuvent pas en matérialiser un, c'est elle qui l'a dit, pas moi). Et de ce qu'on sait de l'Obscurus, il représente quelque chose de très obscur, le déni d'une partie de soi-même, ce qui est d'une violence et d'une noirceur absolue. J'ai donc eu l'idée de "soigner" l'un par l'autre. Bien entendu, ce n'est qu'une tentative basée sur mes propres déductions.
-Le Sort de Bouchecousue ne m'appartient pas, c'est le titre d'un drarry sympa (oui ça existe des drarry pas trop niannian même si je ne suis pas fan) que j'avais trouvé amusant et tendre.
-A la base je devais expliquer que la rampe sanglante n'était pas qu'une épreuve, mais qu'elle permettait aussi d'identifier le sang des visiteurs et ainsi de déterminer que Sirius était un sang-pur apparenté aux Greengrass, et donc Severus une menace de sang-mêlé. Puis, je me suis dit que ça alourdirait sans doute, avec en plus l'éventualité très forte que vous le déduisiez déjà par vous-mêmes.
Note de Publication : Bah du coup, vu que j'ai décalées certaines scènes déjà écrites, ben il est en cours d'écriture, au tiers environ (oui le même tiers que la dernière fois du coup).
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