Hellow ! Bon, je reconnais avoir menti. Je préfère vous livrer un peu de douceur car sinon, vous ne reviendrez jamais ^^

Merci encore de prendre le temps de cheminer ici bas...


CHAPITRE 9

Petite pluie abat grand vent

7 Avril 1897


Dans le ciel obscur éclairé par une lune lumineuse, la voie lactée s'étendait timidement aux yeux de tous, offrant aux rêveurs une vue idyllique bercée de poésie et de plénitude.

Perdu dans une zone sauvage et montagneuse, le village de Godric's Hollow permettait régulièrement cette apparition magique et astrale.

Enfreignant les règles familiales, Abelforth pressa ses doigts contre la paume blanchâtre et fragile de sa jeune sœur, alors qu'ils parcouraient à toute vitesse le chemin rocailleux qui menait à un point stratégique, éloigné des maisons les plus isolées.

Habituée aux sinistres murs bleus qui délimitaient son quotidien, Ariana observa, ébahie, la beauté fragile de cette nuit éclairée. La nature avoisinante dévoilait sa véritable force lors de ces douces soirées printanières, démontrant ainsi toute sa complexité et sa variété. Nombres de plantes et d'animaux osaient s'aventurer en extérieur, exclusivement à la nuit tombée, et Abelforth s'amusait souvent à comparer Ariana à ses jeunes pousses sauvages et insaisissables.

Blessé de la savoir éternellement coincée dans sa petite chambre protégée, le jeune sorcier avait pris l'habitude d'attendre que l'épuisement gagne sa mère pour organiser ses excursions secrètes, mais ô combien nécessaires. Ainsi l'isolement obligatoire de la jeune fille s'apparentait à un lointain souvenir lorsqu'il pouvait lire dans ses yeux le bonheur simple de ces découvertes nocturnes.

Les crises qui jalonnaient sa vie usaient la pauvre petite, la rendant irritable et asociale, même avec sa propre famille, mais heureusement, à force d'observations et de persévérance, Abelforth avait décelé une faille dans cette longue torture qu'elle subissait. La nuit, les ombres qui s'octroyaient tous les droits dans ses yeux voilés, s'évaporaient subtilement pour laisser place à une douce mélancolie.

C'était là leur petit secret personnel.

Ainsi régulièrement, lorsque le garçon revenait de Poudlard pour les vacances, il offrait à sa jeune sœur une redécouverte du monde extérieur. Loin de la foule et des regards, loin des préjugés et des dangers, Ariana s'ouvrait un peu plus, se dévoilait telle qu'elle était réellement : une pauvre enfant apeurée à qui la vie avait joué un sale tour.

Dissimulée par l'obscurité de la nuit, observée exclusivement par l'astre lunaire, la jeune fille s'épanouissait dans la contemplation de ce qui lui semblait être un rêve.

Regarde, murmura son grand frère, regarde comme c'est beau.

Et Ariana regarda, observa, contempla, se perdit dans cette immensité qui lui paraissait si lointaine et inaccessible. Les doigts d'Abelforth raffermirent leur emprise sur sa main alors qu'elle esquissait un pas supplémentaire en avant. Alors elle rejeta vers lui un regard voilé et empli de tristesse.

Il craignait toujours qu'elle s'envole, qu'elle lui échappe par quelques fourberies dont ses humeurs avaient le secret. Il ne pouvait manquer de vigilance auprès d'elle. Et cet intérêt marqué qu'il lui portait avait le don de la peiner. Car elle n'était pas sans savoir qu'il était la marque d'un manque de confiance évident.

Ariana, poursuivit-il d'une voix douce, mais ferme, tu sais que tu ne peux pas t'éloigner. Je dois toujours pouvoir te voir, pour veiller sur toi…

Alors, comme si elle sortait de ce brouillard constant qu'était devenu sa conscience, la jeune fille posa sa main libre sur la joue de son grand frère en une caresse reconnaissante et ferma les yeux.

Résistant à l'envie de faire comme elle et de s'abandonner à cette pure sensation de toucher et de partage, Abelforth se contenta de regarder sa jeune sœur, et ses yeux irradiaient d'affection et de tendresse.

Ces rares moments qu'ils partageaient tous les deux leur offraient une complicité certaine qui ne manquait pas de se révéler utile lorsque les crises d'Ariana resurgissaient sans prévenir. Ainsi il avait le don de la calmer et de l'éloigner de cette noirceur qui s'octroyait le droit de la vampiriser.

La douce main de la fillette glissa alors qu'elle quittait la joue du jeune homme, avant de se perdre dans les méandres du vent nocturne. Les yeux toujours clos, Ariana laissa ses pensées voguer, focalisée sur les sensations extraordinaires que lui offrait l'extérieur. La fraîcheur caressant son duvet, la bise soufflant dans ses cheveux défaits, l'atmosphère tamisée éloignant ses idées noires.

Le regard rivé sur elle, Abelforth observa avec délectation le bonheur simple qui irradiait de la jeune fille. Le temps des rires semblait bien loin désormais, mais il était heureux de constater qu'il parvenait encore à faire ressentir du bien-être à sa jeune sœur. Même à travers toutes ces horreurs et tous ces démons qui peuplaient son existence.

Viens, lui chuchota-t-il en la tirant par la main.

Sortant de sa rêverie, Ariana ouvrit les yeux, brisant la fine paroi du cocon où elle s'était réfugiée. Ses pas se mêlèrent à ceux de son frère alors qu'il l'entraînait un peu plus loin au sommet d'un léger dénivelé.

Le souffle saccadé par un manque évident d'exercice, la fillette trébucha à plusieurs reprises tandis que leur progression se poursuivait. Mais heureusement la main ferme d'Abelforth la soutint à chaque étape, lui prodiguant une certaine assurance bienvenue et la protégeant des inévitables écorchures qui auraient trahi leurs escapades secrètes.

En atteignant leur objectif, Abelforth saisit tendrement la taille de sa petite sœur et l'aida à se hisser sur un immense rocher qui surplombait le panorama déjà impressionnant. Docile, la jeune fille se laissa porter avant de tourner le regard vers le firmament de la nuit qui semblait déjà prendre la fuite.

De légères teintes brumeuses, mais colorées, s'étiraient à l'horizon, dévoilant les contours des montagnes lointaines qui jalonnaient la vallée. Le soleil dormait paisiblement, encore invisible, mais doucement on pouvait deviner sans mal ses premiers timides rayons.

Bien que la scène se répètait inlassablement chaque matin, Abelforth ne se lassait pas d'une telle beauté astrale, et Ariana partageait son émotion, envoûtée par la magie naturelle de ce simple lever.

Hypnotisés, pensifs, les deux jeunes gens laissèrent errer leurs yeux sur la surface limpide de la terre qui se découvrait au monde, dévoilant d'autres merveilles, offrant toute la complexité de sa variété aux pauvres mortels, ignorants de pareilles joailleries.

Hélas, si la venue du jour éclairait la terre et émerveillait les hommes, elle avait aussi le don d'apporter en son sein une luminosité débordante et envahissante. Et si cette dernière comblait les plus heureux, elle faisait également remonter à la surface les noirceurs grandissantes des ombres tapies de toute part, derrière chaque arbre, chaque mont et vallée. Et avec elles resurgissaient les démons éternels du voile oppressant de la jeune fille.

Cette dernière glapit soudainement en réalisant le brusque retour de ce qu'elle cherchait tant à fuir. Son regard s'embruma aussitôt et ses membres se crispèrent imperceptiblement dans une synchronisation diabolique.

Abelforth sentit l'atmosphère basculée et la pression avoisinante gagner en intensité. Son regard s'assombrit et il tendit les bras pour aider sa jeune sœur à toucher le sol. Ariana se laissa guider, consciente que le basculement vers sa folie intérieure approchait vicieusement.

Ils rebroussèrent chemin à toute vitesse, ne s'attardant plus sur le petit chevreuil surpris de leur passage matinal qui fuyait au loin, ou sur la pauvre libellule qui se débattait vainement dans une immense toile d'araignée couverte de rosée.

Focalisés sur leur objectif, les deux Dumbledore gagnèrent rapidement le domicile familial encore endormi en cette heure matinale.

Le plus silencieusement possible, Abelforth raccompagna son précieux fardeau jusqu'à la petite chambre bleue qui faisait office de refuge comme de prison. Pourtant Ariana s'y engouffra avec soulagement et rejoignit aussitôt sa place habituelle, près du couvre-lit, lovée contre les oreillers moelleux tassés à force d'être trop accaparés.

La fillette s'y abandonna, emmitouflée dans des couvertures, le regard vague, mais un léger sourire flottant sur son visage enfantin. L'escapade resterait marquée dans sa mémoire, maigre réconfort en comparaison avec l'isolement puisant qui entourait son univers.

Repose-toi, lui recommanda son grand frère avec affection. Si l'occasion s'y prête, nous irons jusqu'au lac demain.

Vague promesse d'une joie tant souhaitée, chuchotée avec espoir.

Néanmoins les ténèbres glissaient déjà avec oppression dans les yeux voilés de la jeune fille, l'esprit d'ores et déjà tourmenté par des souvenirs autrement plus désagréables et nuisibles.

Saisissant que l'instant poétique touchait définitivement à sa fin, le jeune homme ferma la porte, déconfit d'abandonner ainsi sa jeune sœur aux démons qu'elle seule voyait.

J'espère que la promenade en valait le coup.

Le cœur d'Abelforth manqua un battement alors qu'il bondit en arrière de surprise, la main sur la poitrine pour calmer son souffle transi.

Visiblement leur discrétion laissait à désirer.

Albus se tenait dans le couloir, bras croisés, regard accusateur de celui qui surprend des fautifs. Cependant son jeune frère reprit rapidement sa contenance et acheva de tirer le verrou de la porte sans lui accorder la moindre attention.

Depuis combien de temps ? demanda l'aîné d'une voix autoritaire où pointait une extrême contrariété.

Quelle importance, répliqua Abelforth sur le même ton.

Furieux de se voir ainsi réprimer, Albus s'approcha de son benjamin, le regard encore plus sombre et sa détermination d'autant plus élevée.

Combien ? répéta-t-il comme s'il n'avait essuyé aucune interruption.

Un léger soupir s'échappa des lèvres tremblantes du plus jeune qui osa enfin affronter le courroux du plus grand.

Quelques semaines. C'est la troisième fois, ajouta-t-il comme à regret.

Sur cette annonce, il esquissa un geste vers sa propre chambre, mais fut confronté à la présence de son frère sur le chemin.

Ce n'est pas lui rendre service que de lui donner de l'espoir, insista Albus. Tu sais bien que ses crises sont variées et imprévisibles. Imagine que l'une d'elles se déclenche alors que vous êtes seuls à l'extérieur.

Je sais gérer ses colères, remarqua Abelforth avec hargne. Elle a confiance en moi. Jamais je ne-

Tu n'es pas à l'abri qu'un mouvement brusque l'effraie. Un écureuil, une bourrasque de vent dans une branche. C'est trop dangereux. Pour elle, pour toi, comme pour tous les autres.

Je te dis que je maîtrise la situation, insista le plus jeune. Tu crois que je n'y ai pas pensé ? cracha-t-il. Je suis à l'affût du moindre de ses mouvements, aussi suspects ou anodins soient-ils. Jamais je ne la mettrais un danger, elle ou les habitants du village. Mais ces sorties lui font vraiment du bien ! Elle retrouve petit à petit sa lucidité lorsqu'elle est dehors, expliqua-t-il avec passion. Si on poursuit sur cette voie peut-être même qu'elle pourra prononcer quelques mots…

Albus secoua la tête avec pessimisme et ce fut son tour de laisser échapper un profond soupir, il décroisa les bras et se passa une main dans les cheveux, découragé.

Tu vis dans un rêve Abelforth, murmura-t-il.

Furieux, le jeune frère contourna son aîné avec fierté, la tête haute, et s'approcha à grands pas de sa porte. Alors que la poignée tournait entre ses doigts et que la porte grinçait en s'entrebâillant, il acheva :

Rêver, c'est continuer à y croire Albus, articula-t-il avec difficulté tant l'émotion se bloquait dans sa gorge. Et moi, j'y crois.

Sans un regard en arrière, le jeune garçon pénétra dans sa chambre plongée dans le noir, et referma la porte derrière lui.

Alors son petit corps d'enfant glissa le long du bois frais de la porte et il enfouit sa tête dans ses genoux, ses longs cheveux auburn s'entremêlant dans ses doigts crispés.

Parfois il avait l'impression que sa sœur n'était pas la seule à s'être perdue dans cette noirceur infinie qu'était leur triste quotidien…


A SUIVRE


Fin du neuvième chapitre. Et début du fossé qui se creuse entre les deux frères. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion de voir le nouveau film Les Animaux Fantastiques, mais à présent, je me demande si Ariana Dumbledore n'était pas une sorte d'Obscurial... J'essaie de me renseigner sur Pottermore ou après des interviews qu'a faites JKR, mais je ne suis pas sûre de moi. Qu'en pensez-vous ? En tout cas, j'espère que ce nouveau chapitre vous a plu.

A très vite. Ehlilou