Un peu de drame et d'action (et de la fluffitude encore) à prévoir pour les prochains chapitres. Bonne lecture et merci d'être là.
Les envahisseurs
Les Avengers étaient une fois de plus revenus bredouilles de leurs recherches. Trouver une base HYDRA était aussi facile que de trouver une aiguille dans une botte de foin.
Leur retour coïncidait avec deux événements majeurs. D'abord, il y avait la capture de Bradley Shaw, ex-agent SHIELD et ex-employé à la Tour Avenger. Il n'avait pas été très coopératif lors de son interrogatoire préliminaire. Il ne cessait de clamer ses intentions pacifiques et qu'il n'était là que pour récupérer ses effets personnels. Étant donné qu'il n'y avait plus rien à récupérer dans son ancien casier et qu'il traînait une vieille carte d'accès aux archives, cela prouvait cependant qu'il y avait anguille sous roche.
Malheureusement, Steve, Bucky et le reste des Avengers n'avaient pas pu avoir l'occasion de lui tirer les vers du nez, car un deuxième événement majeur s'était produit peu de temps après le retour de la mission: de nouveaux venus avaient envahi la tour. C'était l'heure du bilan de l'année et Pepper Potts était débarquée dans la place, accompagnée de fonctionnaires, de grattes papier et de comptables, chacun en veston-cravate armé d'un attaché case.
Depuis la chute du SHIELD, Stark Industries était le principal pourvoyeur des Avengers. Autrement dit, c'était l'entreprise qui payait toutes les dépenses et Pepper s'occupait de toute la bureaucratie. Et depuis la Guerre Civile, Tony était obligé d'être transparent et de faire part de toutes ses activités au gouvernement. Ça ne plaisait pas trop à Steve, mais c'était le compromis convenu pour avoir le droit de faire le boulot d'Avenger sans que les Nations Unies les déclarent encore une fois hors-la-loi. Chaque année, un bilan de toutes les activités Avengers était déposé et Pepper devait participer à maintes et maintes réunions du conseil en tant que PDG.
Tenir incarcéré un ancien employé faisait partie des activités dont le gouvernement tenait à être au courant. À leur arrivée, les hauts fonctionnaires avaient félicité Steve d'avoir intercepté une potentielle menace, mais la Tour Avenger n'était pas une prison et les Avengers n'avaient pas le pouvoir de juger un individu alors on avait envoyé Bradley sur le Raft, cette prison flottante perdue dans l'océan, et les Nations Unies s'occuperaient de son cas.
Bucky était frustré. Il aurait préféré cuisiner lui-même le type. Steve était cependant malin. Quand une équipe était venue chercher Bradley, il avait "oublié" de leur donner l'ancienne carte d'accès aux Archives. Bruce Banner et Tony s'occuperaient de l'analyser dans leur labo dès que la tour serait délivrée des envahisseurs.
Si une équipe d'agents était rapidement venue cueillir Bradley, les hauts fonctionnaires qui étaient débarqués pour leur bilan annuel, eux, prenaient tout leur temps pour faire leur boulot.
Bucky avait vu traîner de nombreux inspecteurs-veston-cravate dans la tour, et on l'avait dévisagé à maintes reprises. Il savait être à l'origine des nombreux litiges qui avaient déchiré les Avengers par le passé et entaché la réputation de la bande. Beaucoup de représentants de tous les gouvernements du monde désapprouvaient qu'un assassin interplanétaire ait le droit de vivre en liberté. Il avait été jugé, on l'avait déclaré innocent, mais il y aurait toujours de mauvaises langues. Ça ne dérangeait toutefois pas trop Bucky de se faire regarder de travers. Il les comprenait et trouvait même qu'ils avaient raison de s'insurger de le voir se balader en liberté. Lui-même s'étonnait tous les jours qu'on ne l'ait pas jeté en prison. Mais l'État avait émis son verdict; il était légalement irresponsable de tous les crimes qu'il avait commis et il faudrait que tous ces contestataires s'y fassent un jour ou l'autre.
Steve était sur les nerfs. Il n'aimait pas qu'on vienne fouiner dans la tour pour les examiner comme s'ils étaient tous des singes savants mis à l'épreuve. Bucky ne s'inquiétait pas vraiment, lui. Peu importe ce qui se passerait au terme de cette visite, les conséquences ne pourraient jamais être pires que ce qu'il avait supporté ces 70 dernières années.
Du moins, c'était ce qu'il croyait jusqu'à ce qu'il croise par hasard Pepper qui sortait en furie d'une salle de réunion.
« C'est hors de question! » fulmina-t-elle.
Faisant claquer ses talons hauts avec hargne dans le couloir, une bande de vestons-cravates la suivait presque au pas de course. Ils ne remarquèrent pas Bucky qui arrivait de la piscine intérieure et se dirigeait vers l'ascenseur. Quand bien même aurait-il voulu ne pas épier la conversation, les voix résonnaient sur les murs du hall comme dans un aréna.
« Jamais de la vie. On parle d'un être humain, bonté divine!
-Un être humain qui est dans le coma depuis plus de 4 mois. » dit un homme chauve à lunettes. « Vous avez vu les chiffres tout comme nous, non? Cette fille nous coûte les yeux de la tête pour être maintenue en vie. Il a même fallu engager une infirmière à temps plein pour s'occuper d'elle. »
Cette fois Bucky pila net. Il oublia l'ascenseur et fit demi-tour pour rattraper le groupe qui s'éloignait.
Pepper s'était arrêtée aussi. Elle fit face au groupe, et toute sa prestance et sa fureur en firent reculer plusieurs.
« Chaque vie humaine vaut la peine d'être préservée. N'est-ce pas le discours que vous nous avez servi quand vous êtes débarqué avec votre traité sur les Accords de la Sokovie?
-On parle ici d'un seul individu. Et qui n'est nullement menacé par les activités Avengers, qui plus est.
-L'accident s'est produit sous notre toit, c'est donc à nous d'en assumer les conséquences!
-Je suis désolé, Mlle Potts, mais le protocole est clair; une assistance médicale de ce type ne peut être prodiguée qu'aux membres actifs Avengers. Chaque membre de cette équipe a son importance et son utilité, mais Éléanor Thompson n'est pas considérée comme telle. Ce n'est qu'une employée de l'entretien ménager.
-Sur papier peut-être. Mais en pratique, elle fait beaucoup plus que ça.
-Je conçois qu'il est très édifiant de laver le caleçon de Capitaine America. » répliqua l'homme, plein de sarcasmes. Bucky allait sortir de l'ombre et foncer dans le tas pour faire taire le type, mais la suite le cloua sur place. «Toujours est-il qu'elle peut être facilement remplacée, son travail n'est pas essentiel au bon fonctionnement de la Tour ni à la réussite des missions de terrain. Elle n'est pas importante. »
Elle n'est pas importante.
Ces mots-là frappèrent Bucky comme un coup de poing.
Pepper exprima son indignation, au diapason de la sienne.
« Comment osez-vous... » souffla-t-elle avec une colère sourde. « Comment osez-vous parler d'un être humain en ces termes? Vous n'auriez pas une pieuvre noire tatouée sur votre bras, dites-moi?
-Mlle Potts! » s'insurgea une femme au chignon sévère. « C'est une très grave insinuation de prétendre que nous sommes à la solde d'HYDRA!
-Vous vous comportez de la même manière.
-Mesdames! » rappela à l'ordre un homme aux cheveux blancs avec un attaché-case. « Nous nous éloignons du sujet qui nous préoccupe.
-C'est juste. » approuva un autre homme. « En somme, Mlle Potts, notre bilan annuel est plutôt positif, mais il reste à régler la question au sujet de Mlle Thompson. Nous ne pouvons assumer les soins médicaux astronomiques que son état exige. Nous le regrettons, croyez-le bien, et si nous étions certains que la situation était temporaire, nous n'aurions même pas cette discussion en ce moment. Or, ce n'est pas le cas. Le rapport du Docteur Cho stipule que ce coma pourrait durer des années. »
Pepper soupira et croisa les bras.
« Si c'est une question d'argent, vous savez très bien que je peux payer moi-même tous les frais médicaux. Les contribuables peuvent être épargnés et je n'ai pas besoin de vos subventions.
-Ce n'est pas seulement une question d'argent. » dit la femme au chignon. « Le Docteur Helen Cho n'a pas les ressources adaptées et les attributions requises pour prendre en charge ce type de patient. Elle a été engagée ici en tant que scientifique. Mlle Thompson occupe beaucoup trop de son temps et ses activités primaires en sont affectées. Elle n'est pas payée pour s'occuper d'un patient dans le coma à long terme, elle est payée pour rafistoler vos agents quand ils reviennent de mission et le reste du temps elle doit effectuer des recherches pour faire avancer la nanomédecine qu'elle a créée.»
Pepper eut un reniflement plein de dérision.
« Oui, bien sûr, une technologie qui vous sera très lucrative si elle commercialise un jour ses inventions, n'est-ce pas, messieurs dames?
-Je ne vous cacherai pas que les retombées économiques des États-Unis et de la Corée du Sud seraient considérables si...
-Merci, je n'ai pas besoin de vos discours sur l'économie mondiale. »
L'homme au noeud papillon commençait à s'impatienter.
« Consentirez-vous au moins à prendre au sérieux nos recommandations?
-Pas question. Je suis responsable de cette tour et je déciderai de la manière dont je vais gérer le budget annuel. Si vous voulez vous retirer et briser votre contrat, libre à vous. Je n'ai pas besoin de votre argent.
-Ce serait regrettable. Notre entente déjà précaire n'en serait que plus fragilisée si vous ne teniez pas compte du vote du conseil.
-Justement, jusqu'à preuve du contraire, le conseil est là pour conseiller, pas pour diriger. »
Il y eut un silence durant lequel le type au noeud pap sembla réfléchir à une riposte. Puis un sourire mauvais orna son visage.
« Dois-je vous rappeler, Mlle Potts, qu'Éléanor Thompson est votre employée, mais en tant qu'enfant orpheline bénéficiant du programme de tutelle, elle est également la propriété du gouvernement?
-Éléanor Thompson est majeure, elle n'appartient à pers...
-Elle n'a pas de famille, elle est donc sous contrôle gouvernemental si elle n'a plus les capacités mentales de prendre des décisions. Donc, oui, effectivement, pour toute autre affaire dans cette tour, le conseil ne peut que vous conseiller. En ce qui concerne Mlle Thompson, toutefois, j'ai bien peur que votre avis n'ait pas beaucoup de poids dans la balance. »
Pepper ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. L'insinuation l'outrait. Bucky aussi, mais il y avait un truc qui lui échappait qui était sans doute encore plus grave parce que Pepper était totalement scandalisée. Les poings serrés, elle inspira à fond et usa de tout son sang froid pour contrôler ses tremblements.
« Messieurs dames, si vous voulez bien m'excuser, j'ai des affaires en cours à reprendre. Vous savez où se trouve la porte de sortie.
-Très bien, Mlle Potts. Nous vous contacterons plus tard et nous vous ferons part de la décision finale du conseil. »
La bande de vestons-cravate prit congé, mécontents. Ils se dirigèrent vers la sortie du hall et ce fut là que Pepper se rendit compte de la présence de Bucky.
« Bucky? »
A sa mine revêche, elle devina qu'il avait été témoin de toute la scène. De tous les habitants de la tour, il était bien le dernier qui avait besoin d'entendre une telle conversation. Il transpirait de colère et Pepper se demandait si elle arriverait à gérer un type comme lui s'il perdait son calme.
« Que veulent-ils?
-Bucky, ne t'en fais surtout pas. Ce sont juste de vieux fonctionnaires radoteurs qui...
-Que veulent-ils faire de Léa? » insista-t-il, vindicatif.
A ce moment, elle eut un soupir de soulagement parce que la porte de l'ascenseur s'ouvrit et Tony débarqua, accompagné de Natasha et Bruce.
« Oh, tiens, salut Edward-à-la-main-d'argent. Salut chérie. Enfin sortie de cette fichue réunion? Si tu savais à quel point je suis heureux d'avoir délégué mes pouvoirs! Fini les réunions rasoir! Ben, dis donc, vous en faites une tête. Qu'est-ce qui se passe? »
Bucky ignora les nouveaux venus et ne quittait pas des yeux la PDG.
« Répondez-moi, Pepper. Que veulent-ils faire de Léa? »
Pepper obtint rapidement un public intéressé et intrigué autour d'elle. Elle capitula et consentit enfin à répondre.
« Comme il n'y a eu aucune évolution, qu'elle en est toujours au même stade depuis plusieurs mois, ils pensent que ce serait lui rendre service de... de la débrancher.
-La débrancher?
-Oui, la débrancher de ce respirateur et laisser faire la nature. »
Tony anticipa une mauvaise réaction et il se plaça tout de suite entre Bucky et Pepper.
« NON! »
Comme prévu, Bucky fit un mouvement vers l'avant. Ce n'était pas pour s'en prendre à la PDG, mais plutôt pour se ruer dans le hall et rattraper cette bande de gratte-papiers écoeurants.
« Bucky, calme-toi. » dit Bruce en posant sa main sur son épaule.
« C'est quoi cette histoire, Pepper? » dit Natasha, les sourcils froncés.
Pepper leva les mains en l'air en signe d'apaisement.
« C'est juste que... Étant donné son état... Elle n'est plus qu'un corps maintenu artificiellement en vie. Je ne pense pas comme eux, je ne veux pas la débrancher, alors elle serait peut-être mieux... ailleurs. »
Bruce croisa les bras en secouant la tête.
« Quatre mois c'est tout ce que ça vous prend pour décider si elle se réveillera un jour ou non? Il y a des tas de cas de gens tombés dans le coma qui ont repris connaissance après des années. On ne parle pas d'une mort cérébrale, bon sang, on parle d'un stade 3!
-Je suis malheureusement contrainte de penser au bien de l'équipe d'abord. Une bonne partie de mes ressources sont investies dans les soins procurés à Léa. Je ne suis pas équipée pour l'entretien permanent d'un patient, je n'ai que des installations provisoires et limitées. Tiens, par exemple, quand Steve a été admis en soins intensifs, nous n'avions pas deux respirateurs, celui que nous avions était déjà utilisé... Une chance que Steve soit un Super Soldat sinon...
-Stark vous fournira d'autres équipements. » Bruce jeta un coup de menton à Tony. « Si c'est une question d'argent.
-Ce n'est pas l'argent le problème. Cho n'est pas médecin en soins prolongés, c'est une scientifique d'abord et avant tout.
-Vous êtes d'accord avec eux alors! » s'insurgea Bucky.
« Pas du tout. Je suis d'accord sur le fait que nous ne sommes pas mandatés pour ce genre de cas, mais je ne voulais pas l'abandonner à son sort. Je voulais au moins considérer la solution de la transférer ailleurs, dans un centre spécialisé pour ce genre de patient. »
Tony était embêté. Il comprenait la logique bureaucratique de l'affaire, mais il était totalement solidaire de la réaction du soldat. Il voyait cependant à quel point sa compagne était tiraillée entre ses obligations et son affection pour leur nounou.
Il s'approcha et entoura sa taille de son bras.
« Que veux-tu faire?
-Je ne sais pas encore, Tony. » Elle se massa les tempes, lasse. « Je ne sais vraiment pas. Je ne peux de toute façon rien faire tant que ces gens n'auront pas pris de décision finale. Ils tergiversent encore.
-Pourquoi ce serait à vous de décider du sort de Léa?» demanda Bucky, qui était toujours aussi raide et tremblant de rage.
Tony n'allait pas tolérer qu'on malmène Pepper.
« Hey, bats les pattes, Bucky-brin-d'acier. Pour ton information, Pepper est la tutrice légale de Léa, c'est donc à elle que revient ce genre de décision puisqu'elle n'a pas de famille. Et elle va l'envoyer dans une institution spécialisée dont je vais payer la facture. Elle ne sera plus le problème du gouvernement et tout rentrera dans l'ordre, n'est-ce pas?»
Pepper secoua la tête.
« Tu te trompes, Tony. Je suis à moitié tutrice seulement. C'est une des clauses de son contrat, elle le savait très bien quand je l'ai engagée. »
Voyant que les autres avaient du mal à suivre, elle expliqua: « Tous les employés de la tour ont signé une décharge, un genre de contrat qui me permet de décider de leur sort si ces employés ne sont plus en mesure de prendre eux-mêmes une décision en cas de malheur. Ils sont même obligés de faire leur testament dès qu'ils sont engagés. Ça évite beaucoup de problèmes de paperasse si une seule personne a le pouvoir de trancher. Vous comprenez, il se passe tellement de choses ici, on côtoie de près la mort malgré nous, tous les jours, même si nous ne participons pas directement aux missions Avengers. Et c'est donc à moi que revient ce genre de pénible décision, en tant que PDG de Stark Industries et principale sponsor de la nouvelle section Avengers, depuis la chute du SHIELD. »
Elle n'était manifestement pas enchantée d'avoir ce pouvoir entre les mains. Mais c'était son devoir et elle le ferait.
« Pour Léa, c'est différent. Je ne suis pas unique tutrice. Le conseil a son droit de veto s'il n'est pas d'accord avec mes décisions. Parce que c'est une enfant du gouvernement; une orpheline. Elle leur appartient.
-Autrement dit, ils ont le pouvoir de tuer Léa sans qu'il n'y ait aucune conséquence. » dit Tony.
Natasha devint blême.
« C'est impossible. Ils ne peuvent pas faire une chose pareille... »
Bucky n'ajouta plus rien. Il se contenta de secouer la tête à la négative, tout en reculant et en dévisageant Pepper, l'air horrifié.
« Bucky, attends... » commença Pepper, mais il finit par tourner les talons et partit au pas de course.
Personne ne songea à le rattraper. C'était inutile, il n'était plus en état d'écouter qui que ce soit.
« Tony, bonté divine. » rouspéta Pepper. « Était-ce vraiment nécessaire d'utiliser le terme "tuer" devant Bucky? Tu exagères les faits.
-C'est pourtant exactement ce qu'ils comptent faire.
-Ce n'est pas comme ça qu'ils raisonnent la chose. Ils croient lui rendre service en la débranchant, puisqu'elle n'a plus vraiment de qualité de vie.
-Service mon oeil. Ils pensent à leur porte-feuille avant le bien-être d'autrui. »
Bruce croisa les bras.
« Ils ne peuvent pas aller jusque là. Léa a des droits, propriété du gouvernement ou pas.
-J'ignore s'ils iront jusque là... Ils n'ont pas encore tranché.
-Ne vous méprenez pas, j'adore Léa, elle prend soin de nous comme une mère avec ses enfants et je ne me passerais pour rien au monde de ses services. » répliqua Natasha. « Mais elle n'est qu'un tout petit grain de sable dans les rouages de l'immense machine Avengers. Pourquoi le gouvernement s'acharne sur son cas comme ça?
-C'est évident qu'ils cherchent juste à se servir du cas de Léa pour démontrer un rapport d'autorité sur nous. » dit Tony, amer. « Ils cherchent à bien nous faire sentir que nous sommes libres d'être Avengers que grâce à leur merci.
-Ils veulent montrer qu'ils ont le gros bout du bâton. » soupira Bruce.
« De toute façon, si je n'abonde pas dans le même sens que le conseil, le gouvernement commencera à nous mettre des bâtons dans les roues et ça se terminera comme la dernière fois; en guerre civile. »
Tony fulminait.
« Il n'y aura pas de guerre civile cette fois. Parce qu'on sera tous du même côté.
-S'ils veulent débrancher Léa, ce sera nous tous contre le gouvernement. » dit Natasha. « Ce ne sera pas une guerre civile, ce sera un coup d'État.
-Guerre civile, coup d'État... Le résultat sera le même; je ne veux pas revivre un tel chaos. »
Fatiguée, Pepper se pinça l'arête du nez.
« La journée a été longue. » dit Tony en la poussant vers l'ascenseur. « Va te reposer au penthouse. Dummy te fera une bonne tisane. On repensera à tout ça plus tard. »
Pepper ne protesta pas. Elle se laissa guider, de guerre lasse, alors que Tony envoyait un regard éloquent vers le reste du groupe. Il articula en silence les mots "Surveillez Bucky" avant que la porte de l'ascenseur ne se referme sur eux.
En effet, après une annonce pareille, Bucky aurait pu perdre le contrôle, se défouler, briser des murs (encore), et ce n'était pas le moment d'entacher le joli bilan positif que le gouvernement venait tout juste de leur rédiger.
Il n'y eut pas de casse cependant. La seule réaction de Bucky fut de retourner au labo de Cho.
Il était entré en trombe et était passé devant Steve et Cho alors que celle-ci lui faisait passer un dernier examen de contrôle pour signer son rapport de rétablissement complet. Bucky ignora l'appel de son ami et alla s'enfermer dans la chambre de Léa.
Cho et Steve échangèrent un regard inquiet.
Dans la chambre, Bucky était entré au moment où Claire l'infirmière faisait son examen de routine. Interloquée, elle ne put que se pousser de son chemin quand Bucky se pencha sur le lit pour saisir Léa par les épaules.
« Bucky? »
Il ne l'écoutait pas. Il se concentra uniquement sur le visage pâle recouvert d'un masque. Il fixa ce visage comme s'il avait pu détenir un pouvoir télékinétique comme Wanda.
« Réveille-toi. » ordonna-t-il. « Il faut que tu te réveilles, tu m'entends? »
Pas de réponse. Évidemment.
« RÉVEILLE-TOI! »
Il aurait voulu la secouer pour la tirer de ce fichu sommeil permanent, mais opta plutôt pour s'agripper les cheveux.
Claire voulut s'approcher, abasourdie par cette soudaine détresse qu'elle décelait dans ce cri.
« Bucky, allons, que vous arrive-t-il? »
Pas de réponse. Juste un gémissement.
Elle regarda Léa, ne comprenant pas ce brusque accès de désespoir. Son état était toujours le même, non? Elle n'avait pas dépéri. Le matin même Bucky était venu lui raconter son déménagement et leurs déboires avec un ex-employé louche. Pourquoi, là, maintenant, il était si désespéré qu'elle se réveille?
Machinalement, elle commit l'erreur de poser une main sur l'épaule de Léa pour remettre en place l'encolure de son pyjama que Bucky venait de froisser.
« NE LA TOUCHEZ PAS! »
Claire fit un bond en arrière, les mains en l'air. Steve fit son entrée à ce moment et se plaça entre elle et Bucky. Valait mieux qu'un super soldat s'occupe de lui dans ces moments-là. Un être humain ordinaire ne pouvait pas prendre le risque d'être dans les parages. Il ne craignait rien pour Léa cependant. Au contraire. Elle était plus à l'abri que jamais. Bucky était entré en mode chien de garde et personne n'arriverait à l'approcher sans se faire sauter à la gorge, même si on ne lui voulait aucun mal, même s'il s'agissait de ses amis.
« Buck... Buck, les cris n'arrangeront rien. » dit-il d'un ton qui se voulait apaisant. « Calme-toi. »
Il se tourna vers Claire, et Cho qui se tenait dans l'entrée de la chambre, et leur fit signe de sortir. Steve se retrouva seul dans la pièce avec un Bucky qui tremblait violemment, la respiration saccadée. Un masque de haine absolu couvrait son visage alors qu'il fixait toujours Léa. Une haine qui n'était pas dirigée vers elle, bien sûr, mais vers ce gouvernement crapuleux, vers lui-même, vers son karma, vers la fatalité.
« Banner vient de me briefer. Je comprends tout à fait ta réaction, mon vieux, et je suis aussi scandalisé que toi, mais ce n'est pas ça qui va la réveiller.
-Pas importante... » Il arpenta la pièce comme un lion en cage. « Ils ont dit qu'elle n'était pas importante!
-Je sais, c'est atroce, je suis 100% d'accord avec toi, mais il faut que tu te calmes, Buck.
-Ils ne la toucheront pas. » grinça-t-il entre ses dents. « Je te préviens, Steve, il va falloir me passer sur le corps avant qu'ils entrent dans cette chambre.
-Tu n'auras pas besoin d'en arriver là. Pepper ne le permettra pas. Tony encore moins. Il la fera disparaître s'il le faut, dans un autre pays où l'extradition n'est pas permise... Ses moyens sont infinis. Tu n'as pas à t'en faire. »
La colère de Bucky céda la place à une vive panique.
« Ils ne peuvent pas lui faire ça. Ils n'ont pas le droit! Elle est innocente... Pourquoi permettent-ils à un type comme moi de vivre après tout ce que j'ai fait et pourquoi ôteraient-ils le droit à la vie à une fille innocente? Ça n'a aucun sens!
-Pas de ça avec moi! » gronda Steve. « Tu as le droit autant qu'elle de vivre en paix sur cette terre, tu m'entends? Tu es un type bien, Buck. Plus que bien. La preuve; tu es là dans cette chambre, prêt à protéger un être innocent des menaces qui pèsent sur lui. Maintenant, cesse cette auto-flagellation une bonne fois pour toutes. »
Il voyait bien qu'il parlait dans le vide. Alors il utilisa le seul argument qu'il ne pourrait pas contredire.
« Léa veut que tu cesses de te détester. Et tu le sais. Tout ce qu'elle a fait pour toi depuis que tu es entré dans cette tour n'a été fait que dans ce but-là; t'arracher à cette culpabilité constante pour te permettre de recommencer une nouvelle vie du bon pied. »
Il pointa le doigt sur le corps inerte, allongé sur le lit.
« Alors, fais honneur à sa volonté, pour une fois. »
Bucky céda. Il s'affaissa sur la chaise. Les coudes sur les genoux, il se tint la tête à deux mains.
« Il faut qu'elle se réveille. Il le faut...»
Steve posa une main sur son épaule. Il n'ajouta rien. Que pouvait-il dire, de toute façon? Il ne pouvait pas lui donner de faux encouragements en lui assurant que Léa finirait par se réveiller un jour. Ç'aurait été lui mentir. Et il ne pouvait lui demander d'être patient tout en restant lucide et se tenant prêt au pire. Ce n'était pas ce qui lui ferait tenir le coup.
Bucky passa le reste de la journée sur cette chaise, sans bouger ou presque. Steve le laissa tranquille quand il sentit que la rage et la panique qui l'habitaient firent place à une calme vigilance. Il était toujours en mode chien de garde, cependant.
Il le laissa seul quelques instants et sortit de la chambre en se disant que ce gouvernement pour lequel il travaillait et risquait sa vie ne méritait plus depuis longtemps ses services. Steve était désabusé, par moments. Comment pouvaient-ils prendre ainsi Léa en otage juste pour asseoir leur suprématie? Car il s'agissait bien de ça; une guerre de bureaucrates qui cherchent par tous les moyens à démontrer qui est le grand chef. Ils n'avaient rien trouvé à leur reprocher dans leur bilan alors ils s'étaient rabattus sur une pauvre civile qui avait le malheur d'habiter sous le même toit qu'eux. C'était vraiment pathétique...
C'était ce genre de truc qui lui donnait parfois envie de tout laisser tomber. La seule chose que ce gouvernement avait faite de bon pour eux avait été de laisser Bucky vivre en homme libre. Et encore, on attendait qu'un tout petit faux pas de sa part pour le renfermer dans une cellule.
En soupirant, il regagna le labo et rencontra le reste du groupe qui attendait. Il tomba d'abord sur le visage inquiet de Claire. Elle échangea avec lui un regard éloquent. Avec ce qui venait de se passer, elle avait enfin compris ce que Steve avait compris depuis un bout de temps: il n'y avait pas que la culpabilité qui poussait Bucky à veiller sur Léa depuis son accident. Quelque chose de plus profond le liait à elle. Sa dernière réaction véhémente en témoignait.
Steve embrassa ensuite du regard la petite foule agglutinée dans le labo. Pepper était là. Jane était aussi dans les parages. Même Maria Hill et Happy. Il s'attendait à les voir inquiets et scandalisés, comme lui l'était, par les conclusions qu'avait tirées le conseil du gouvernement, mais ils semblaient plutôt satisfaits et contents d'eux-mêmes.
« J'ai raté quelque chose? » demanda-t-il.
Cho s'approcha avec un léger sourire aux lèvres.
« Nous en avons discuté et... je crois que je connais la solution à notre problème. »
Elle exposa son idée et, en effet, cela parut un plan parfait pour régler la situation temporairement.
« Je vais aller lui expliquer tout de suite.
-Attendez, Steve. » dit Claire. « Me permettriez-vous d'y aller?
-Je ne crois pas que ce soit une bonne idée qu'une autre personne que moi approche Bucky en ce moment.
-Excusez-moi de faire ma psy de bas étage, mais Bucky n'a pas besoin de son meilleur ami. Il croirait que vous voulez seulement prononcer de belles paroles rassurantes pour le calmer. En ce moment, ce dont il a besoin, c'est de la parole d'une personne impartiale extérieure à son cercle d'amis. »
Steve hésitait.
« Vous connaissez mon passé, Steve. Vous savez à quel genre de types j'ai eu affaire. J'ai dû gérer des mecs plus difficiles. Bucky ne me fait pas peur.
-Bon. D'accord, mais je reste derrière la porte au cas où.
-Comme vous voudrez. »
Elle sourit à l'assemblée et, sans plus attendre, alla ouvrir la porte de la chambre de Léa. Bucky se leva d'un bond, mais Claire n'y fit pas du tout attention. Elle s'avança vers son chariot et reprit là où elle l'avait laissé son examen de routine sur sa patiente. Bucky ne dit pas un mot, mais scruta à la loupe chaque geste qu'elle accomplissait.
Claire ne le regarda même pas quand elle commença à parler. Tout en lisant les données de l'électrocardiogramme, elle préparait le changement de soluté. Elle fit exprès d'accomplir lentement les gestes que Bucky l'avait vue faire des dizaines de fois pour être certaine qu'il n'en vienne pas à la conclusion qu'elle avait d'autres intentions que de prendre soin de sa patiente.
« Voilà ce qui va se passer, James Buchanan Barnes. » amorça-t-elle. «Vous allez dire bonne nuit à Éléanor parce que je dois faire sa toilette après cet examen. Ensuite, vous retournerez dans votre nouvel appartement, lire un bon livre, écouter de la musique ou regarder un DVD et vous allez cesser de vous inquiéter pour ma patiente parce qu'il n'y a plus aucune raison de vous en faire. »
Si Bucky n'obéit pas, il parut au moins curieux et ouvert à ce qu'elle disait.
« Il n'y a pas à s'en faire parce que le Docteur Cho a besoin de Léa, voyez-vous. Elle est un cas unique de coma de stade 3 et elle a des tas de tests et d'expériences à faire sur elle, dont les résultats pourraient contribuer à faire avancer la neurotechnologie et la nanotechnologie sur lesquelles elle travaille depuis des années. A long terme, ses recherches seront très utiles pour le gouvernement. Eux qui attendent avec tant d'enthousiasme la commercialisation de ses inventions, ils ne lui mettront sûrement pas des bâtons dans les roues en lui retirant un sujet d'expériences qui a autant de valeur, n'est-ce pas? »
Bucky n'était pas certain de bien comprendre.
Claire se décida à lui faire face et croisa les bras.
« En termes clairs, Bucky, si le gouvernement finit par décider de débrancher Léa, Cho va leur servir le seul argument qui les fera céder sans discuter: l'argent. Si elle stipule que Léa peut leur rapporter du fric avec ses expériences, ils vont capituler. Il sera évidemment bien inutile de spécifier que ces expériences n'auront jamais lieu. Il est hors de question qu'elle devienne un vulgaire cobaye. S'ils exigent des rapports, Cho en inventera. Elle est plus brillante qu'eux, ils ne comprendront rien à son charabia de toute façon. Elle peut faire durer ce petit manège des mois, même des années. D'ici là, l'état de Léa se sera peut-être amélioré, qui sait. »
Bucky n'en revenait pas. C'était presque trop beau pour être vrai.
« Cho est prête à mentir au gouvernement pour protéger Léa?
-Il n'y a pas que vous dans cette tour qui soit prêt à tout pour la sauver, mon grand. » dit-elle avec un petit clin d'oeil. « Pas besoin de gros bras pour la défendre ou de fuir à l'autre bout du monde. »
Elle retrouva ses airs sévères d'infirmière dragon.
« Maintenant, sortez d'ici, c'est l'heure de la toilette de la demoiselle et vous savez que je ne tolèrerai pas de présence masculine dans les parages. Rentrez chez vous, dormez sur vos deux oreilles et revenez lui dire bonjour demain. »
Bucky ne lui rendit pas son sourire, mais la transperça d'un tel regard empli de gratitude que Claire dut détourner les yeux tellement ça la bouleversait.
« Dehors. » dit-elle, la gorge serrée.
Il obéit.
De retour au labo, il se retrouva cerné par les Avengers qui le considéraient avec un mélange de compassion et d'inquiétude. Il les ignora tous. Il ignora même Steve alors qu'il passait devant lui. Il se dirigea tout droit vers Helen Cho et cette dernière se raidit à son approche. Rien dans ses yeux ne témoignait de ses intentions ni de son état mental et tout le monde resta bouche bée quand Bucky la prit dans ses bras. Prisonnière d'une étreinte à couper le souffle, Cho n'arriva pas à bouger tellement ce geste la pétrifiait, physiquement et mentalement. Jamais il n'avait fait de démonstration affective depuis son entrée dans cette tour. Même pas avec Steve. Il y avait de quoi être perturbée.
Sans dire un mot, Bucky rompit le contact et quitta le labo.
Tony referma sa bouche qui était restée entrouverte de surprise.
« Y avait des champignons hallucinogènes dans les lasagnes de ce midi? »
A suivre
