CHAPITRE 9

Ce dont il ne faut pas se souvenir

Non, la journée n'est pas prête d'être terminée. Je dois encore aller à Willow River, interroger l'employeur de Scott Stanford, ainsi que sa famille. Si j'ai le temps j'aimerais bien voir Pop's aussi, juste pour m'assurer qu'il va bien. Et j'ai encore ce rendez-vous avec Cullen…

"Booth, ça va aller."

Je lui souris. D'habitude c'est moi qui lui dis cette phrase.

Et elle fait quelque chose qui ne lui ressemble pas, elle me caresse la main. Je ne sais pas si je dois voir en ce geste plus que de l'amitié. Non, je ne pense pas. Entre partenaires on se soutient, et c'est exactement ce qu'elle est en train de faire.

"Vous me piquez mes répliques Bones. J'ai une mauvaise influence sur vous.

- Peut-être pas si mauvaise…"

Je me trompe et je crois déceler un sous-entendu ? C'est assez perturbant, surtout quand on connait Bones comme je la connais… Mais qui me dit que Bones m'aime, autrement qu'en ami ?

"Il faudrait peut-être rentrer, je dois analyser le corps."

Elle a raison, on a assez perdu de temps.

"On y va Bones, on y va."

Je détache ma main des siennes, même si j'aurais voulu qu'elles ne me quittent pas. Pour ne plus y penser je me concentre sur la route, et le reste du trajet se fait dans le silence.

Arrivés devant l'institut Bones s'en va précipitemment. J'ai l'impression que quelque chose à changé chez elle, mais je ne sais pas ce que c'est. Bien sûr il y a cette enquête, mais je crois qu'il y a autre chose qui se cache derrière.

Je la laisse partir et me dirige vers le bureau de Cullen. Il est presque 16h30.

"Agent Booth, asseyez-vous s'il vous plait."

Je m'exécute.

"Vous êtes parmi nous depuis quelques années déjà. Vous obtenez de très bons résultats et résolvez la plupart des enquêtes avec l'aide de votre partenaire, Melle Temperance Brennan."

J'acquièce d'un signe de tête.

"Comment vous sentez-vous en ce moment ?"

Sa question me perturbe. J'avoue que je ne m'attendais pas à ça.

"Je vais bien monsieur.

- J'ai entendu dire que vous n'étiez pas au mieux de votre forme.

- Il n'y a rien à signaler monsieur.

- Bien. Parlez-moi un peu de cette affaire. Vous m'avez dit qu'elle vous implique personnellement ?

- Je le crois monsieur. Le premier corps, Scott Stanford, a été retrouvé dans un théâtre. A côté de son corps il y avait une figurine qui ressemble à celle que le père du Docteur Brennan avait déposé sur la tombe de sa mère. Scott Stanford était infirmier à Willow River, la maison de retraite où réside mon grand-père.

- Et pour le deuxième corps ?

- On l'a retrouvé dans une station service, une carte de tarot à côté de lui. Mais nous n'avons pas établi de lien avec moi pour l'instant.

- Mais vous croyez qu'il y en a un ?

- Oui.

- Bien, bien. Prévenez-moi de l'avancée de cette enquête. Ce n'est pas très bon que l'on de nos agents soit impliqué dans cette affaire, même s'il l'est indirectement."

J'acquièce et me lève pour sortir de son bureau, puis me ravise.

"Monsieur, je peux vous demander l'autorisation de mettre mon grand-père sous surveillance ?

- Si vous jugez cela nécessaire, alors je n'y vois pas d'inconvéniants.

- Merci Monsieur."

Je me dirige vers la porte de son bureau pour en sortir.

"Agent Booth.

- Oui monsieur ?

- Une dernière chose. Le docteur Sweets a demandé à vous voir vous et le Docteur Brennan, ce soir à 18h.

- Bien monsieur."

Je réprime une envie de hurler. Sweets. Toujours là quand il faut. Je sors du bureau de Cullen et me dirige directement vers l'institut. Je ferais part de mes pensées à Sweets lors de notre entrevue de 18h !

J'arrive à l'institut, Bones est penchée sur le corps. Elle me dit que le second corps a été tué d'une balle au cœur, et que c'est par le même homme qui a tué Scott Stanford.

Elle est au téléphone avec Angela, mais elle a une expression bizarre sur son visage. Elle raccroche, cette expression ne l'a pas quitté.

"Angela a trouvé quelque chose. Elle dit que ça ne va pas vous plaire.

- Pourquoi ça ?

- Elle ne m'a rien dit de plus."

Et en silence, nous entrons dans le bureau d'Angela. Je laisse Bones parler.

"Alors, qu'est-ce que tu as trouvé ?

- Le deuxième homme s'appellait Allan Gordon, il avait 35 ans. Il était célibataire, n'avait pas d'enfants et vivait chez sa mère.

- C'est tout ?"

Bones m'ote les mots de la bouche !

"Non. C'est la partie qui ne va pas vous plaire."

Je la regarde avec un air interrogateur. Qu'est-ce qui ne va pas me plaire.

"J'ai son dossier médical, Allan Gordon souffrait d'une tumeur au cerveau, un cancer de stade 4. Sa tumeur était inopérable, elle avait approximativement la taille d'un melon. Ses médecins lui donnaient une semaine, voire deux.

- Autrement dit il serait…

- Mort, même si le musicien ne lui avait pas rendu visite.

- Je crois qu'on a le lien avec vous Booth…"

Bones et Angela me regardent comme si j'allais retourner sur le billard. Décidémment, ce n'est vraiment pas une bonne journée ! Je ne suis plus tracassé ni hors de moi, je suis perdu. Je ne sais plus quoi penser, quoi dire, quoi faire.

Je m'adosse contre le bureau d'Angela, mes yeux regardent n'importe ou sans vraiment se fixer quelque part.

"Booth…"

La voix de Bones me réveille un peu, alors je lève les yeux et fixe son regard. Il y a quelque chose d'inhabituel, un changement dans son attitude. Et soudain je sais à quoi elle pense. Ce dont il ne faut pas se souvenir…

Dans ma mémoire c'est comme si toutes les images que je voyais pendant que j'étais dans le coma défilaient. Et d'un coup, un flôt de tristesse m'envahit. Quelque chose que je ne peux contrôler. J'ai les larmes qui sont au bord de mes yeux, qui sont prêtes à tomber, même ici, devant Angela et devant Bones. Je baisse la tête, espérant qu'elles n'y voient que du feu, mais je sais qu'elles ne sont pas dupes.

"Booth, vous allez bien ?"

Je ne réponds pas, je ne peux pas. Il y a toutes ces images, toutes ces belles images qui ne sont pas réelles mais qui me font me sentir tellement bien… mais tellement vide aussi. Non je ne suis pas l'homme le plus heureux au monde, pas avec tout ça dans ma tête. Pas avec des illusions qui m'ont paru tellement vraies qu'aujourd'hui elles me font mal.

Je ne peux pas contrôler. Ni mes larmes, ni mon chagrin, ni ma peur. Je crois que j'ai réprimé ça trop longtemps, j'ai appris à le faire. J'ai appris à ne pas craquer pendant une mission, pendant une séance de torture… Mais il ne s'agit pas d'une mission, et je crois que c'est pire que de la torture.

"Booth ?"

Je sens que Bones s'inquiète. Alors je lève ma tête et, la gorge nouée, je mumure :

"On se voit plus tard."

Et je sors du bureau d'Angela. Les larmes tombent toutes seules. Je les sèche négligemment avec ma manche, et je marche rapidement pour sortir de l'Institut. Comme pour aller plus vite que toutes ces images qui défilent dans ma tête, que tout ce dont il ne faut pas se souvenir…