Note de l'auteur : Je profite de la mise en ligne du chapitre 10 pour vous remercier de tous les commentaires très sympas que vous m'avez laissé, car ils font vraiment, vraiment très plaisir : ils me boostent et me poussent à continuer. Merci =)
Petit message à Popo : Je pense que tu vas avoir certaines réponses à tes questions, paradoxalement « grâce » à Chase. Je te laisse découvrir… ;-)
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House roulait vite, trop vite selon Cameron. Mais elle devait avouer que cette vitesse était grisante ; l'espace d'un instant, d'une portion de bitume et d'une bourrasque glacée, elle oubliait tout même celui qu'elle étreignait de toutes ses forces sur cette route. Mais a roulé trop vite, on s'expose à la chute, inévitablement.
Ils arrivèrent sur le parking à petite vitesse et descendirent de la moto après s'être garer sur la place réservée de House.
La jeune fille resta un moment immobile, à scruter le bâtiment d'un regard vague. Attendri, il l'observa avant de passer une main discrète dans son dos et de lui chuchoter imperceptiblement :
« On y va ?
- Bien sûr. »
Un dernier sourire et ils se dirigèrent vers le grand bâtiment en prenant soin d'instaurer une distance respectable entre eux. A peine arrivés dans le hall, House aperçu Cuddy foncer droit sur eux.
« Misère… »
Il se contenta de lever les yeux au ciel avant que sa patronne l'interpelle.
« House ! S'écria-t-elle, oh Cameron excusez moi, je ne vous avez pas vu. Vous venez d'arriver ?
- Oui, je viens juste d'arriver.
- Vous aussi House ? Demanda-t-elle suspicieuse en regardant le manteau qu'il n'avait pas encore eu le temps de quitter.
- Oui moi aussi, on s'est croisé sur le chemin, dit-il en évitant de croiser le regard de Cameron. Bon qu'est-ce que vous me voulez Cuddy ?
- Je… je vais y aller, s'excusa timidement Cameron, à tout à l'heure… House.
- A tout à l'heure. »
Il sourit intérieurement ayant remarqué qu'elle avait faillit l'appeler par son prénom ; un court instant, il s'était perdu dans ses pensées en la regardant s'éloigner si gracieuse, si frêle… si jeune. Malheureusement, ce petit égarement n'échappa pas à sa patronne :
« Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
- Quoi ?
- Mais ce regard enfin !
- Et bien oui, je regarde Cameron, il faut dire qu'elle est plutôt bien roulée et elle a un de ces petits…
- House !
- Poussez vous, vous me gâcher la vue ! Désolé, vous, vous êtes vieille, vous faites pas le poids !
- House !
- Bon qu'est-ce que vous me voulez à la fin ?
-Je vous rappelle que vous m'avais raccroché au nez hier soir !
- Oui, j'en avais assez d'entendre vos jérémiades.
- Si vous considérez que les plaintes des patients sont des jérémiades et bien rendez vous au tribunal mon cher !
- Ouhouh j'ai peur, quel pouvoir d'intimidation c'est dingue ! Dit-il en bayant.
- Vous feriez bien de dormir un peu, au lieu de passez vos nuit en charmante compagnie.
- Comment ?
- Je ne suis pas dupe House… ce matin, et hier soir, votre air au téléphone, dit-elle d'un sourire ironique en s'éloignant.
- Quoi ? Cuddy, revenez ! »
Elle agita sa main comme pour lui signifier de manière on ne peut plus subtile qu'elle avait des choses importantes à faire et que cette conversation était remise à plus tard.
« Et Merde. Est-ce qu'elle sait ? Comment le saurait-elle ? Wilson… »
House fulminait intérieurement en se dirigeant d'un pas claudicant mais déterminé vers le bureau de son ami lorsqu'une voix l'interpella à l'étage du dessus :
« House ! S'écria Forman, on a un nouveau cas. Dépêchez vous, on vous attend. »
Le médecin re-fulmina avant de faire marche arrière et de monter à l'étage. Une fois arrivé en salle de diagnostic, il prit soin de ne pas poser son regard sur celui de sa jeune amante au risque de s'y perdre trop longtemps.
Le diagnostic différentiel commença, les idées fusèrent - et les désaccords aussi, les mots s'inscrivant au fur et à mesure de la discussion. Les tâches furent vite assignées : les trois internes se rendirent au labo. Après un instant de silence, Chase se tourna vers Cameron :
« Tu es arrivé en moto avec House.
- Pardon ? »
Cameron était interloquée : Forman lui, amusé, tendit l'oreille.
« Tu es arrivée en moto avec House, je t'ai vu.
- C'est vrai ça Cameron ? Demanda Forman.
- Mais… je comprends pas, où est-ce que tu m'as vu ?
- Par la fenêtre.
- Alors tu m'espionnes maintenant ?
- Je t'espionnes pas, je m'inquiétais c'est tout. Tu m'avais dit que tu serais là à 8h et tu n'étais toujours pas là à 10h. Apparemment je n'avais pas raison d'être inquiet…
- Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- Tu as passé la nuit avec House c'est ça ?
- Quoi ? S'exclamèrent Forman et Cameron en cœur, tu es dingue, ajouta Cameron.
- Alors pourquoi tu es arrivé en moto avec lui ?
- Ca… ca ne te regardes pas ça.
- J'en étais sûr, s'écria Chase glacial en s'éloignant.
- Mais je peux t'expliquer, j'étais sur le chemin et…
- Je m'en fou Cameron, ce que tu m'as dit m'a suffit.
- Je n'ai pas couché avec lui ! Cria Cameron, Chase, Chase ! »
La jeune femme n'eut pas la force de le retenir. Elle resta là, au milieu du couloir de longues minutes, ne sachant que faire, ne sachant quoi penser. Devait-elle essayer d'arranger les choses avec lui ? Bien sûr que oui, elle n'était pas l'une de ses garces qui prennent et jettent sans aucun scrupule, sans aucun état d'âme. Mais elle était tout de même assez garce pour coucher avec deux hommes en même temps, sans en prévenir un. Elle avait de la considération pour Chase, malgré tout, il restait son collègue. Mais avait-elle envie d'arranger les choses ? Elle avait envie d'être avec House, pas avec Robert Chase. Mais ce que House lui offrait n'était pas une place près de lui ; Chase si. Mettre fin à ce semblant de relation qu'elle avait bâtie avec Chase revenait à se jeter dans la gueule du loup, à se laisser envouter par les actes d'un homme qui ne mèneraient pas plus loin qu'à un lit. Elle ne devait pas se laisser aveugler. House avait été claire. Alors, devait-elle refuser la proposition de House ? Elle en était incapable ; elle en avait tellement rêvé, elle en avait tellement besoin. Agir égoïstement était sa seule solution : elle devait récupérer Chase pour pouvoir se protéger de House, c'était simple. Deux hommes pour n'obtenir aucune vraie relation. Cameron avait toujours été une mauvaise mathématicienne.
Cameron reprit doucement ses esprits et se dirigea vers le labo ; Forman s'y trouvait déjà. Il la regarda entrer d'un regard compatissant ; elle lui sourit puis s'assit près de lui, tremblante, le cerveau en ébullition, les yeux piquants.
Sans comprendre, comme si les mots dépassèrent sa pensée, elle déclara d'une voix faible :
« J'ai couché avec House.
- Tu as… quoi ?
- …
- C'est pas vrai, tu me fais marcher ?
- J'ai une tête à te faire marcher ?
- Je… je n'en reviens pas. Et pourquoi tu as mentis à Chase ?
- Je ne voulais pas le faire souffrir.
- Il va bien falloir que tu le fasses ; tu as ce que tu voulais, tu as House, et bien dis le à Chase, il s'en remettra.
- Je n'ai pas House.
- Ah, je vois. C'était le coup d'un soir c'est ça ; le matin il t'a dit que c'était une erreur, qu'il regretterait… Que ce n'était que pour une nuit. C'est ça ?
- Deux nuits.
- Deux nuits ??? Mais ça peut pas être pour deux nuits, c'est jamais pour deux nuits. C'était quand ?
- Hier soir. Et avant-hier soir.
- Ah mais alors j'avais raison pour Mr Réveil Matin… mais Mr Réveil Matin c'était House ! Je n'en reviens pas.
- Forman…
- Excuse moi, c'est juste que… comment ça s'est passé ?
- Il m'a appelé, il avait besoin de Vicodine. Et puis je sais pas, je l'ai soigné, il m'a embrassé et puis on a… Le lendemain, on s'est expliqué : je voulais plus, lui pas. Je croyais que c'était terminé jusqu'au moment où il est venu sonner chez moi… Après, on a du aller à l'hôpital et… le soir, il est monté chez moi et, on a fait l'amour, une deuxième fois, dit-elle dans un soupir.
- Et bah. Je sais pas quoi te dire… Qu'est-ce qu'il veut ?
- Il veut… enfin, il me propose de… se voir juste pour… coucher ensemble. Pas pour une vrai relation. Il faut que je réponde, oui ou non.
- Tu vas refuser j'espère ?
- …
- Cameron ! Tu ne peux pas te contenter de ça ; je veux dire, c'est même pas que t'as le choix, tu n'es pas capable de te contenter de ça. Tu es amoureuse de lui, tu voudras toujours plus que ce qu'il veut bien te donner. Il faut que tu refuses sinon tu vas souffrir.
- Je sais mais…
- Et Chase dans tout ça ?
- Je t'en supplie ne lui dit rien.
- Je ne lui dirais rien.
- Il y a House qui m'offre de coucher avec lui et Chase qui m'offre plus que ça. Et moi je voudrais que les rôles soient inversés.
- Tu ne vas quand même pas… coucher avec Chase et House à la fois ?
- J'ai besoin de temps pour réfléchir, savoir ce que je veux.
- Cameron !
- Je sais, j'agis comme une garce, j'ai honte… j'ai tellement honte.
- Et House le sait ?
- Il m'a dit que j'étais libre de faire ce que je veux, à côté.
- Et ça inclus de coucher avec Chase ?
- Je crois.
- Cameron, tu t'es foutu dans un sacrée pétrin…
- Je sais.
- Il faut que j'aille voir le patient… Est-ce que…
- Vas y, ça va aller, t'en fait pas. Merci.
- Y a pas de quoi. »
Avant de quitter le labo, Forman se retourna et aperçu la silhouette de Cameron, recroquevillée sur sa chaise, douloureuse. Il soupira, secoua la tête et monta à l'étage.
***
« Wilson !
- Hum ? »
House venait de faire une entrée fracassante dans son bureau, comme à son habitude. Il était 20h ; la journée avait été plutôt décevante, surtout en ce qui concerne le dernier cas très facilement résolu. Même pas intéressant.
« C'est toi qui lui as dit ?
- Dire quoi ? A qui ? Dit-il dans un soupir las.
- A Cuddy !
- Et qu'est-ce que j'aurais dit à Cuddy selon toi ?
- Que j'ai couché avec Cameron hier soir ! S'écria-t-il en s'asseyant.
- Alors tu as remis ça ? Demanda calmement Wilson d'un air moqueur.
- Mais là n'est pas la question ! Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ? Mais tu te moques de moi ma parole !
- Absolument pas. Je constate seulement que tu n'as pas été long à la ramener dans ton lit ce qui signifie…
- Ce qui signifie rien du tout !
- Ce qui signifie qu'elle est encore plus douée que tu me le disais. Bravo House, tu as tiré le gros lot !
- Cette conversation est totalement irréaliste : d'habitude c'est moi qui me moque et toi qui morfle, pas l'inverse. Et puis, je vois pas en quoi les compétences de Cameron ont à voir avec…
- Ca a tout à voir au contraire ! S'exclama Wilson en éclatant de rire.
- Ah ah ah, vraiment très marrant.
- Oh c'est bon, si on a plus le droit de rire. Et au fait, non, Cuddy ne sait pas que tu es avec Cameron.
- Je ne suis pas avec Cameron.
- Excuse-moi : que tu couches avec Cameron. Je ne lui ai rien dit, personne ne lui a rien dit d'ailleurs : elle sait que tu étais avec quelqu'un hier, mais elle ne sait pas qui.
- Et on peut savoir comment elle sait ça ?
- Hey oh, c'est bon ne me regarde pas comme ça, c'est de ta faute ! Je l'ai vu juste après que tu lui aies raccroché au nez figure toi : et elle m'a dit, je cite « qu'elle avait l'impression que tu n'écoutais pas et que tu avais une voix étrange, voir joyeuse. » Tu es joyeux quand tu es avec elle, termina-t-il simplement d'un sourire tendre.
- Rho mais faut arrêter là : Jimmy on t'as pas dit que les films à l'eau de rose c'était plus de ton âge ?!
- C'est de l'âge de tout le monde, même des vieux irascibles de 50 ans dans ton genre figure toi ! Je constate seulement que tu étais content, c'est tout.
- Je n'étais pas content ! C'est juste qu'elle m'a… déconcentré, tu sais comment sont les femmes, quand elles ont décidé quelque chose…
- Oh pauvre petite chose sans défense, on croirait qu'elle t'a violée !
- Elle est belle et jeune et fougueuse et moi je sais pas faire deux choses en même temps : entre Cameron à moitié nue sur moi et Cuddy qui me passait un savon, le choix a été rapide, crois moi !
- Tu es amoureux.
- Je ne suis pas amoureux. Et s'il te plait, arrête de me regarder avec ce regard attendri, ça me débecte. Je… je lui aies fait une proposition.
- Une proposition ?
- Oui. Continuer à se voir mais seulement pour… le sexe.
- House…
- Je sais je sais ça ne se fait pas. Mais tu me connais, je sais pas vivre en couple, j'ai jamais su. Autant sans tenir qu'à ça.
- Ca ne fonctionnera pas, ça ne fonctionnera jamais. Tu vas la faire souffrir.
- Je ne vais pas la faire souffrir.
- Bien sûr que si ; tu lui demandes de faire un choix, mais ça n'en est pas un pour elle, elle a tellement attendu que tu lui témoignes un peu d'attention qu'elle va dire oui. Et la placer dans cette position où elle ne peut pas refuser, c'est déjà la mettre en souffrance. Et après elle, ce sera toi. Il faut que tu fasses un choix : soit tu prends tout, soit tu prends rien. Il y a pas de combines possibles.
- Je ne peux pas. Je peux pas vivre avec elle… mais je suis incapable de la laisser filer, elle est si…
- Fragile.
- Fragile. »
Ils restèrent un moment interdis ; tous deux troublés, dans leurs pensées. Sans rien ajouter de plus, House sortit de la pièce laissant son ami seul.
Il prit l'ascenseur et monta à son bureau. Personne. Il jeta un rapide coup d'œil au porte manteau, dépourvu de vêtements. Ils étaient tous déjà partis. Cameron était partie. Il soupira, saisit sa veste et quitta l'hôpital.
***
« Chase, attend ! »
Sur le parking extérieur, Chase avait une bonne avance sur Cameron. Mais la jeune femme était bien déterminée à le rattraper même si cela signifiait qu'elle devait lui courir après.
« Chase.
- Je n'ai pas envie de te parler.
- Je n'ai pas couché avec lui Chase.
- Pourquoi je te croirais ?
- Et pourquoi tu ne me croirais pas ? Après tout tu m'as juste vu sur sa moto, ce qui ne signifie rien.
- …
- Je voulais prendre le métro ce matin. Et il est passé en moto pendant que j'étais en chemin : il m 'a proposé de monter alors j'ai accepté vu que j'étais déjà en retard. Fin de l'histoire.
- D'accord.
- Je n'ai pas couché avec lui, je ne l'aime pas. »
Deux mensonges en une phrase, Cameron battait tous les records. Pourtant, elle ne laissait rien transparaitre, de l'extérieur du moins : à l'intérieur, c'était la cacophonie générale.
« D'accord, répéta-t-il doucement en la regardant dans les yeux, je te crois Allison.
- Merci. On va chez toi ?
- Si tu veux.
- Alors on y va. »
Allison sourit du sourire le plus sincère qu'elle pouvait offrir ; et elle se rendit compte que ce sourire était la seule et unique chose qu'elle pouvait lui donner. Le reste n'était que mensonge et faux semblant.
La soirée se passa : ils discutèrent, elle était distraite, il la pardonnait - la fatigue, elle se rongeait. Ils passèrent la nuit ensemble mais elle fut incapable de dormir. Ses bras autour de sa taille n'étaient pas ceux de House et cela, elle ne pouvait dorénavant plus le supporter. Pas après y avoir gouté. Elle se sentait mal à l'aise et mal tout court. Elle pleura doucement contre son oreiller en se maudissant à chaque nouvelle larme. Elle se dégoutait d'agir ainsi, elle se dégoutait de croire qu'elle n'avait pas le choix, elle se dégoutait de l'aimer lui alors que c'était lui qui la méritait.
Elle partit à 4h du matin, préférant ne pas affronter Chase et la lumière du jour. Elle ne put fermer l'œil ; elle n'espérait qu'une chose, que le matin ne vienne jamais.
***
Mais il vint. Trop tôt, trop tard peut être, elle n'avait plus envie d'aller travailler. Elle était fatiguée de cette nuit passer sans sommeil, à réfléchir sur tout, sur rien.
Il avait envie de la voir. Il se leva 5 minutes plutôt ce jour là - ce qui ne le fit pas arriver en avance, mais montrait néanmoins une rare impatiente. Il avait envie de la voir même si cela signifiait qu'il devait affronter son visage triste et ses yeux affolés par le dilemme.
