Chapitre 10: Premier contact

Je brûlais d'une fièvre horrible qui rendait tout mon corps tremblant.

Dans l'état catatonique où je me trouvais, il me semblait voir Harry et Ron dans la Salle sur Demande lors de notre cinquième année alors que nous nous entraînions.

Des combats fictifs qui prenaient tout leur sens aujourd'hui.

Je m'endormis, mon esprit et mon corps brûlants de fièvre.

Lorsque j'ouvris les yeux, je me tétanisais devant le spectacle qui s'offrait à moi : le ciel bleu constellé de nuages, le vent frais qui portait à mon nez des senteurs de tilleuls, les éclats de rires qui engourdissaient mes oreilles.

Mais ce fut surtout cette vision du parc de Poudlard où mes amis paressaient dans l'herbe qui bouscula la réalité.

Pouvait-ce être réel ?

Je m'avançais timidement vers le groupe.

Ginny était adossée contre Harry qui jouait avec une mèche de ses cheveux, Ron assis en face d'eux contemplait son plateau d'échec version sorcier, Neville et Luna lancés dans une de ces discussions dont eux seuls avaient le secret.

A mon approche Harry se tourna vers moi :

- Tu as finalement délaissé le devoir de Métamorphose Hermione ?

- Jamais de la vie, tu la connais, répondit Ron à ma place.

Ginny prit ma défense :

- Tu devrais passer plus de temps à travailler Ron, peut-être tes notes s'amélioreraient-elles ?

Ron offusqué leva la tête et croisa mon regard, le sang afflua à ses joues.

- Oh pardon Hermione !

- Viens t'asseoir avec nous, m'invita Harry.

Je m'installais à leurs côtés dans l'herbe moelleuse du parc.

Je fermais les yeux sous la caresse des rayons du soleil, pour les rouvrir dans une pièce sombre.

Comment ?!

Dans un état second, je fixais les pavés grossiers de la cellule.

Les larmes coulèrent alors que la réalité me rattrapait.

Rien n'était réel et ne le serait plus jamais.

Les jours suivants, je me nourris à peine puis cessais tout simplement.

Autant en finir le plus vite possible.

Mon jeûne forcé entraîna bientôt une divagation de ma personne.

Pendant plusieurs heures il m'arrivait d'oublier qui j'étais.

Dans mon délire, j'eus du mal à me rendre compte que les bruits de pas que j'entendais étaient bien réels et non issus de mon imagination.

La porte s'ouvrit à la volée et claqua en se refermant.

De ma position je n'entrevis qu'une paire de bottes en cuir noir lustrées :

- Putain Granger, à quoi tu joues ?! fit sa voix tremblante de colère.

Je fixais sereinement ses chaussures que je trouvais fascinante.

- Tu m'écoutes bordel ! éclata-t-il.

Je continuais à l'ignorer superbement déclenchant un flot d'injures dans le cachot de la part de mon visiteur.

Mes oreilles sifflèrent face à tant de grossièreté :

- Malefoy, soupirais-je, ta mère ne t'as jamais lavé la bouche avec du savon ?

Ma voix avait une sonorité étrange, lointaine.

Visiblement déconcerté par ma question, son visage afficha une expression surprise :

- Jamais, pourquoi ? Ça doit-être dégoutant !

Ses paroles énoncées dans le contexte où nous nous trouvions me donnèrent envie de rire.

Décidément il n'avait aucun humour celui-là !

Son expression frustrée et boudeuse finit par déclencher mon rire.

Je ne pouvais plus m'arrêter surtout quand son visage curieux me dévisagea comme si j'étais folle.

Ce n'est pas bien loin, avais-je envie de lui avouer.

- Tu es vraiment étrange Granger, sa voix aux accents rauques arrêta ma crise de fou rire, après tout ce qu'ils t'ont fait, tu trouves encore le moyen de rire.

Je le contemplais, cherchant je ne sais quoi dans son allure pouvant me montrer que je n'étais pas la seule à souffrir.

Mais rien dans son maintien arrogant ni dans son sourire sarcastique et encore moins dans ses yeux gris où je ne lisais qu'une franche curiosité.

Chose étrange, Malefoy s'assit à mes côtés comme recherchant un besoin de compagnie, de chaleur humaine :

- Tu sais Granger je te comprends...

- Ça m'étonnerait, m'enflammais-je ! Tu ne passes pas ton temps enfermé sans savoir si tes amis sont encore en vie, toi tu es libre !

Il rit, d'un rire glacial presque sauvage et quand enfin il se fut calmé son visage reflétait une profonde lassitude.

- Libre, un bien grand mot. Chacun de mes gestes m'est dicté. Je n'ai jamais eu d'ami, mais tu dois le savoir Granger. Et ma mère je n'ai guère l'autorisation de la voir. Comme toi, je suis emprisonné par les liens qui m'attachent au Seigneur des Ténèbres.

- Pourtant c'est tout ce que tu voulais !

De nouveau ce rire effrayant s'échappa de ses lèvres :

- Non Granger je n'ai rien choisi ! Ni mon avenir ni mes fréquentations ! Tout cela appartient à mon père !

Je restais silencieuse devant ses paroles.

- Le pire, reprit-il, c'est que j'oublie parfois jusqu'à mon identité et dans ces moments-là je commets des choses affreuses...

Je fus prise de frissons :

- ...dont je ne me souviens même plus. Hier Macnair m'a félicité. Quand je lui ai demandé pourquoi il m'a répondu que lui-même n'aurait pas fait un meilleur travail. J'ai tué toute une famille Granger et je ne me souviens ni du lieu ni de leur visage ! De rien !

Sa voix prit des intonations désespérées à la fin de sa tirade.

Quelques sanglots nerveux s'échappèrent de sa poitrine.

Bouleversée par ses paroles je voulus le réconforter.

J'avançais timidement une main dans son dos, face à mon geste son corps se raidit, je reculais précipitamment.

- Excuse-moi Granger je n'ai pas pour habitude de me dévoiler.

De nouveau j'avançais la main et sans que je ne contrôle la suite Malfoy se retrouva dans mes bras.

Il me serra fort contre lui durant de longues minutes.

Je le laissais s'abreuver de ma présence.

Nous sursautâmes simultanément quand la porte s'ouvrit :

- Notre Maître te demande Malefoy, siffla le Mangemort.

Malefoy se recomposa un visage impassible avant de se lever, il sortit sans se retourner.

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Je déambulais dans les couloirs, la tête obscurcie par une nouvelle migraine.

Je redoutais ces moments-là, annonce de ma perte de lucidité.

Voilà que je me retrouvais prisonnier de mon propre corps.

Car c'était bien ce qui arrivait.

Une part de moi, celle que je surnommais l'ombre, me poussait à tuer cette peste de Granger, être à ses côtés était une lutte permanente.

Et l'autre, la "lucide" se raccrochait à cette Sang-de-Bourbe de toutes ses forces.

Granger représentait mon passé, un passé pas si horrible comparé à ma vie actuelle.

Granger c'était Poudlard, le temps où je pensais illusoirement avoir le contrôle de ma vie.

Une chose qu'aujourd'hui je n'avais plus.

Je frappais à la lourde porte derrière laquelle Voldemort gérait ses affaires, d'avance j'étais alerté, prêt à être repris pour une chose qui lui aurait déplu.

Je n'étais pas de ceux qui appréciaient un entretien privé, avec moi ça finissait toujours mal.

La voix glaciale du Seigneur des Ténèbres s'éleva :

- Entre Drago.
Je franchis lentement le seuil et pris mon temps pour refermer la porte afin de cacher l'état dans lequel ma confrontation avec Granger m'avait laissé.

Voldemort se tenait appuyé contre la fenêtre, son serpent qui déclenchait mes frissons enroulé autour de son cou.

Si tu pouvais l'étrangler !

Le silence envahit la pièce, mon cœur s'emballa en réponse.

Enfin Voldemort parla :

- Drago, mon cher Drago, Lucilla m'a rapporté une chose étrange te concernant.

Cette sale idiote, j'aurais dû lui lancer un bon endoloris pour qu'elle ne l'ouvre pas !

- Il semblerait que tu t'attaches un peu trop à notre locataire. J'ai passé l'éponge devant les privilèges que tu lui as accordés maintenant j'attends.

- Je n'ai pu obtenir aucun résultat avec elle Maître...

- Une perte de temps voilà ce qu'elle est ! Si elle ne possède aucune information sur Potter alors elle n'est qu'un poids mort. Greyback sera heureux de s'en débarrasser.

Je serrais les poings.

- Je suis sûr qu'avec un peu de temps j'arriverais à en tirer quelque chose, je vous en supplie, accordez m'en plus !

Voldemort m'observa attentivement suite aux intonations désespérées que ma voix avait prises.

Contrôle-toi Drago bon sang !

- Je laisse la question de Granger en suspens, mais ton cas me désole. Je vais devoir te remettre sur le droit chemin Drago.

Sa phrase se termina par un sourire cruel alors qu'il levait sa baguette.

Ça finissait toujours mal...

Impuissant je fermais les yeux.

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Je me levais en sursaut, frissonnante quant au hurlement qui se répercutait.

Qui pouvait donc crier aussi fort ?

Au fond de moi je me réjouissais de ne pas être la seule à subir l'attention du Seigneur des Ténèbres.

Je passais ce que je présume être la journée à ébaucher des plans de sorties plus risqués les uns que les autres.

Je ne pourrais m'en sortir sans aide extérieur mais pourquoi pas intérieur ? songeais-je alors que la porte pivotait pour la deuxième fois de la journée.

Malefoy entra.

Immédiatement je remarquais sa posture droite, impersonnelle, son visage inexpressif et la dureté de ses yeux.

Quand il sortit quinze minutes plus tard me laissant recroquevillée sur ma paillasse, je me dis que ce salaud était un excellent acteur.

Au fond de moi une petite voix souffla que j'étais perdue.