Auteur : Kitty Gets Loose
Traductrice : Arlia Eien
Rating : M
Disclaimer: Daiya no A ne m'appartient pas, évidemment, mais appartient à Terajima Yuuji.
Disclaimer bis : De mon côté, l'histoire est la création de Kitty Gets Loose uniquement ! Je ne suis propriétaire que de la traduction.
Being grown-up about it
Un regard d'adulte
Chapitre 10 - Contagion
Où Ochiai Hiromitsu souhaite faire le ménage.
Le garçon n'était plus qu'un outil cassé. Même s'il avait été utile quand il avait été intact, Ochiai Hiromitsu ne voyait plus l'intérêt de le garder maintenant qu'il était endommagé. Les équipements défectueux devaient être rapidement mis à l'écart, tout comme certains autres, non endommagés, mais qui devraient tout de même être mis jetés à la poubelle. Parce qu'une boîte à outils était plus utile et pratique pour son propriétaire si elle n'était pas pleine à craquer d'objets inutiles.
Ce qui rendait le gamin inhabituellement irritant pour Ochiai, cependant, était le fait qu'il soit persuadé qu'il pouvait être réparé. Bon, peut-être que c'était le cas, mais là n'était pas la question. La question était qu'il ne semblait pas réaliser qu'il ne valait pas la peine qu'on le répare. Il continuait à s'entraîner avec enthousiasme, une vive lueur dans les yeux, souriant comme si le monde était son terrain de jeu – une illusion qui se dissiperait bien assez tôt, une fois qu'il aurait grandi.
Ochiai ne le comprenait pas. Il ne comprenait pas pourquoi cet outil émoussé ne connaissait pas sa place. Il ne comprenait pas à quoi faisaient référence Kataoka Tesshin et Takashima Rei quand ils parlaient du « cœur » de Sawamura. Qu'est-ce qu'était le « cœur » à part une sorte de rêve immature selon lequel on pourrait, un jour, on ne sait pas comment, devenir meilleur que ce que la vie avait prévu ?
Il ne comprenait absolument pas pourquoi Kataoka, en tant que coach, insistait pour conserver dans sa boîte à outils tout une collection de gadgets comme Sawamura et tout un tas d'autres composants qui pourraient très bien ne jamais avoir d'intérêt pratique si l'on cherchait à remporter un tournoi.
Mais ce qui était le plus inconvenant était la boîte à outils elle-même – l'équipe de baseball toute entière – était contaminée par ces rêveries illusoires de « cœur » et d' « espoir » que ce Sawamura semblait incarner. Le fait que ces garçons pourtant sortis depuis longtemps de l'école maternelle puissent croire en de telles idioties plutôt que d'ouvrir les yeux sur la dureté de la vie était forcément la faute des adultes qui s'occupaient d'eux. Ils avaient besoin que quelqu'un leur dise de se réveiller, de considérer les choses froidement, de voir ce qu'ils pouvaient réussir de façon réaliste, et laisser tomber tout le reste, s'ils ne pouvaient faire mieux que second (ou bon dernier).
Ochiai ne voulait pas d'une équipe de quasi cent joueurs. Il avait seulement besoin de joueurs qu'il pouvait brandir tels des armes pour se battre jusqu'au sommet du baseball lycéen. Atteindre cette apogée était la raison pour laquelle le proviseur de Seidô et le conseil d'administration l'avaient engagé, puisque Kataoka avait échoué. Il n'aurait pas le temps et la disponibilité pour entraîner chacun et lui faire développer ses capacités limitées, alors il lui semblait plus miséricordieux de laisser tomber tous ceux qui ne faisaient pas partie des meilleurs. Ainsi ils pourraient se consacrer à leurs études et ne pas gâcher leurs années de lycée à poursuivre un but inatteignable qui ne les mènerait nulle part dans la vie.
Après tout, cette année était une année blanche. L'équipe n'était pas suffisamment bonne pour battre ses plus forts adversaires – n'importe qui déposant un regard froid, objectif, sur la plupart d'entre eux dans leur état actuel pourrait le voir. Ochiai ne se reposait que sur les chiffres, les statistiques et sur le bon vieux talent, et rien dans les listes de chiffres qu'il compulsait ne lui montrait de capacité et de forme digne d'une perspective de Kōshien. Il voyait énormément de motivation, mais il n'était sûrement pas le seul qui pourrait dire qu'il était grand temps de se débarrasser de l'ivraie et de faire pousser les graines de grande valeur tel ce prodige nommé Furuya Satoru ? Alors seulement ils pourraient construire une équipe autour du lanceur titulaire pour gravir le sommet d'un grand tournoi durant la prochaine année scolaire.
Il ne pouvait pas se permettre d'avoir des gamins inutiles errant alentours, engloutissant des ressources qui devraient être uniquement dédiées à la crème. Il ne voulait définitivement pas de Sawamura Eijun, avec ses yeux de galago et son sourire contagieux, circulant un peu partout, s'époumonant et redonnant de l'espoir là où il n'y en avait aucun.
Mais pour des raisons mystérieuses, Sawamura semblait important pour Kataoka Tesshin. Et pour le capitaine Miyuki Kazuya. Et même pour les vice-capitaines Kuramochi Youichi et Maezono Kenta, qui lui grognaient après mais le regardaient d'un œil protecteur. Ochiai remarqua que bien que la majeure partie des meilleurs joueurs de Seidô se moque ou embête Sawamura à première vue, leurs agissements et attitudes étaient largement empreints d'une mystérieuse affection pour le garçon, et même – et c'était totalement absurde – même de respect, ils le reconnaissaient comme un des leurs alors même qu'il ne méritait pas sa place parmi eux.
Ça n'avait aucun sens.
Il était stupéfait de la quantité d'efforts déployée par Kataoka et Miyuki pour que le gamin récupère sa forme de lancer. Ils venaient juste de réaliser qu'il était frappé d'une vilaine forme de yips après avoir frappé accidentellement un joueur d'Inashiro… à la tempe, c'est ça ?... avec un lancer raté dans la finale qu'ils avaient perdue, et ils travaillaient longuement après les heures d'entraînement pour régler le problème depuis le match catastrophique contre Yakushi.
Pourquoi mettre autant d'énergie dans la réparation d'une pièce de la machine qui n'était pas une pièce essentielle ? Toujours plus de personnes encourageaient avec détermination le garçon, dépensant un temps précieux à l'aider lors de sessions d'entraînement – comme Kanemaru Shinji et Kariba Wataru – ou en lui donnant du support, et en étant simplement là pour lui – comme Kuramochi, le petit avec les cheveux rose – Kominato Haruichi, Maezono, et une bonne brochette des troisième année qui venaient juste de quitter l'équipe. Sans mentionner l'intimidante Takashima – Ochiai ne savait pas quoi penser d'elle, mais elle semblait très investie dans ce gamin.
Quelle valeur voyaient-ils en Sawamura ?
Il y avait une chose encore plus troublante à laquelle il avait assisté un soir où il rodait entre deux bâtiments, alors qu'il continuait sa reconnaissance du terrain et tâchait de trouver subrepticement les meilleurs endroits du lycée depuis lesquels il pourrait espionner les gens (il croyait fermement que l'essence du pouvoir résidait dans le fait de connaître l'ennemi, de diviser pour régner, et de connaître les faiblesses de l'autre).
Kataoka avait alors un mot en privé avec Miyuki à l'extérieur d'une des structures scolaires – bon sang, il ne savait pas encore de quel bâtiment il s'agissait – et il perçut une partie très intrigante de leur échange :
« ...Je ne suis pas à l'abri de devoir reconnaître que j'ai peut-être eu tort, Miyuki. » Dit Kataoka.
« Kantoku ? » Miyuki semblait stupéfait.
« J'avais de bonnes intentions, mais j'aurais dû écouter mon instinct. J'aurais dû te laisser la main et te faire confiance pour déterminer quelle était la meilleure façon dont tu pouvais interagir avec Sawamura. Je n'aurais pas dû t'imposer de conditions restrictives qui ont limité tes options et sont rentrées en contradiction avec tes instincts le concernant – c'est ce qui est arrivé à la fois lors de la finale contre Inashiro et durant le match amical contre Yakushi. Je te demande à présent d'agir de la façon que tu considères appropriée, du moment que cela le renforce lui et l'équipe et que ça n'impacte par l'unité. »
« Kantoku… » Commença Miyuki, avant de baisser le regard. « Vous n'aviez pas tort. J'avais besoin d'un coup de semonce concernant le côté personnel des choses. »
« Peut-être bien. Mais maintenant que tu as eu ce rappel, es-tu en mesure de trouver un équilibre dans ta façon d'interagir avec lui ? »
« Franchement, je n'en sais rien. » Déclara Miyuki.
« Je ne t'ai jamais vu douter de ta capacité à faire ressortir le meilleur d'un lanceur. »
« A-hahaha, eh bien… » Commença Miyuki en levant une main pour se gratter l'arrière de la tête sans conviction, mal à l'aise.
Le gamin semblait espérer que le coach poursuivrait et dirait ce qu'il avait à lui dire, mais Kataoka garda le silence tout en le fixant.
Alors Miyuki fut dans l'obligation de poursuivre :
« Eh bien, je suppose que je n'ai jamais vu un lanceur autrement que comme un simple lanceur… »
Kataoka sembla y réfléchir un petit moment avant de dire :
« Très bien, dans ce cas, dis-moi ce que tu es certain d'arriver à faire avec lui. »
Cela sembla ramener Miyuki dans un terrain connu, et il dit :
« Je peux le guider vers des alternatives qui fonctionneront bien sur lui jusqu'à ce qu'il surmonte son yips. Et une fois surmonté, il en ressortira plus fort. »
« Alors fais ça. »
« Je ne suis pas la meilleure personne pour dispenser la leçon, cependant. Je vais devoir mettre à contribution d'autres personnes pour qu'il soit plus réceptif. »
« C'est d'accord. Mais tu ne pourras pas éviter d'interagir avec lui éternellement. »
« Je sais. »
La conversation s'était terminée ainsi. Rien qu'à leurs paroles, Ochiai comprit que quelque chose s'était passé entre Miyuki et Sawamura durant la période antérieure à son recrutement par Seidô, et quoi que ce fût, cela avait affecté le jugement du receveur. Il ne pouvait pas savoir ce qui s'était passé, et en vérité, il n'en avait rien à faire – sauf que ça l'agaçait, car apparemment encore plus de ressources allaient être gâchées pour ce garçon aux grands yeux qui n'aurait jamais sa place dans l'équipe une fois que lui, Ochiai, serait le seul décisionnaire.
Cela le hérissa suffisamment pour qu'il passe une bonne partie du lendemain à suivre les allées et venues de Miyuki pour voir ce qu'il comptait faire – rien d'évident puisque les classes avaient repris après la coupure estivale ; il ne pouvait pas lorgner l'intérieur de la classe 2-B toute la journée, où il ne pourrait pas justifier sa présence s'il était interrogé par un membre du staff.
Il pouvait seulement espérer que le plan de Miyuki ne serait pas mis en pratique durant les heures de classe. Heureusement, juste après la fin de l'entraînement du soir, il vit le garçon trottiner vers un autre élève qui était venu assister à l'entraînement et qui ne portait pas de tenue de baseball.
Ochiai se faufila du mieux qu'il put alors que Miyuki entrainait l'élève à part pour parler en tête à tête, et se positionna d'une façon telle qu'il espérait être le moins visible possible tout en pouvant entendre – entre un arbre d'apparence piteuse et une grande poubelle.
« ... je sais que tu es occupé par tes révisions en vue des examens, Chris-senpai, mais puis-je solliciter ton concours ? Ça n'aura pas le même impact si ça vient de moi – je ne suis pas exactement la personne qu'il préfère en ce moment. »
« Et moi si ? »
« Tu me demandes ça sérieusement ? » Miyuki semblait sincèrement surpris. « Il vénère même le sol sur lequel tu marches. »
« En ce moment ? » Dit doucement ledit Chris, pensivement. « Mais je suis sûr que tu sais que j'essaye – comme toi – de garder mes distances avec lui. »
« Eh bien… »
« Tu ne peux pas ne pas avoir remarqué. » Dit Chris. « Même Tanba s'en est aperçu. »
« Tanba aussi vénère le sol sur lequel tu marches. Il aurait eu du mal à ne pas s'en apercevoir. »
Même si les paroles étaient vives, le ton de Miyuki restait respectueux. (Et Ochiai s'aperçut tout à coup que Miyuki ne parlait respectueusement qu'à Kataoka et aux anciens joueurs de troisième année).
« Donc tu sais. »
« Je sais. »
« Et tu me le demandes quand même parce que… » Chris laissa ses paroles en suspens.
« Parce que contrairement à moi, tu n'étais pas assez stupide pour lui faire une offre qu'il ne serait que trop pressé de refuser. Et dans les faits, toi, il t'écoute. »
« Ça ne peut pas être une solution à long terme, tu sais. »
« Je sais, Chris-senpai. Je résoudrai mon problème de communication – et les autres problèmes – que j'ai avec lui, mais ce ne sera pas immédiat. Je sais à quel point tu es attaché à lui – très bien, n'allons pas sur ce terrain là – je sais à quel point tu te soucies de son développement en tant que lanceur. Tu es un véritable mentor pour lui. Tu es vraiment le seul vers qui je peux me tourner. »
« Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? »
Et ils se dirigèrent vers les dortoirs. Alors qu'Ochiai se demandait comment il pouvait faire pour les suivre, Takashima l'appela pour lui dire que Kataoka demandait une courte réunion entre coaches. Alors il devrait attendre une autre occasion de voir le prochain épisode de cette agaçante série dont il espérait qu'elle ne deviendrait pas une saga, parce qu'il y avait tant d'autres personnes à espionner, tant d'autres conversations à écouter, tant de ménage à faire dans cette boîte à outils…
Hélas, le lendemain soir, qui aurait été le meilleur moment pour voir ce que Miyuki avait demandé à ce Chris de faire pour Sawamura, il devait assister à une autre réunion d'équipe. Puis il reçut un appel urgent de sa mère concernant le fait que sa femme dont il était séparé venait d'appeler pour dire que sa fille voyait le médecin car elle avait une grosse poussée de fièvre, et qu'il ferait bien d'avoir la décence de passer la voir s'il voulait être un père digne de ce nom.
Alors il avait fait son devoir de père ce soir là – heureusement, sa petite fille n'avait rien de trop grave. Bien sûr, il avait payé la note du docteur, alors sa bientôt ex-femme n'aurait pas encore de raisons supplémentaires de le regarder d'un air aigri.
Quand enfin il fut en mesure de reprendre la série dramatique qu'était la vie de Sawamura Eijun, le gamin était passé au niveau suivant, sans doute après l'intervention de son Chris-senpai. Il lançait de façon répétée avec Kariba dans le gymnase, Kanemaru à la batte. Kanemaru portait ce qui ressemblait à une armure complète faite de bric-à-brac – un mélange entre des protections de baseball orthodoxes et d'autres trucs qui devaient provenir du costume raté d'un cosplayer débutant.
Cet entraînement auto-imposé ressemblait à une pathétique série d'essais d'aiguiser un lancer extérieur bas. C'était plutôt pas mal en termes de force et de technique, mais son contrôle était pitoyable, au point que malgré qu'il cherche à effectuer un lancer extérieur, il réussit tout de même à atteindre plusieurs fois Kanemaru à la cuisse et à la hanche.
« Aaargh ! » Hurla Sawamura. « Je peux le sentir – je l'ai sur le bout des doigts ! Mais je n'arrive pas à le lancer ! »
« Sawamura, par pitié, va te reposer ! » Lui hurla Kanemaru en retour, enlevant d'un geste l'espèce de masque de serial killer qu'il portait.
« Pas tant que je n'y arrive pas ! J'ai tout à fait compris ce que Chris-senpai m'a appris, mais le faire n'est pas la même chose que le comprendre ! Cinquante lancers de plus ! »
« Pas question ! » Beugla Kanemaru.
« J'ai pas besoin de me reposer ! »
« Ben moi si ! » Rugit Kanemaru.
« Je vais recevoir ses lancers encore un petit moment. » Dit gentiment Kariba au blond. « Toi, retournes aux dortoirs. »
« Je t'aiderai encore demain ! » S'énerva Kanemaru à destination de Sawamura alors qu'il passait la porte, forçant Ochiai à se décaler et à plonger derrière un distributeur automatique pour ne pas être vu. « Mais ce soir, j'ai besoin de m'écrouler. Et de faire mes devoirs avant ça. Oh grand dieu, j'aurais jamais terminé ce que j'ai à faire. Pourquoi est-ce que j'ai promis à Chris-senpai… »
Alors qu'il disparaissait en direction de l'internat, marmottant concernant le travail scolaire qu'il avait à faire, Ochiai se glissa à nouveau vers la porte pour continuer à regarder Kariba recevoir patiemment les lancers de Sawamura jusqu'à ce que cet idiot plein d'enthousiasme s'arrête enfin pour réfléchir à ce qu'il ne faisait pas correctement.
Kariba se leva, alla vers lui, et dit :
« Sawamura – de là où je suis, je ne vois rien qui cloche dans ta forme – surtout quand il n'y a pas de batteur. Mais je ne peux pas sentir à ta place l'impression que la balle te laisse sur les doigts, alors c'est quelque chose que tu vas devoir découvrir petit à petit. »
« Je n'ai pas le temps de faire ça 'petit à petit', Kariba. » Gémit Sawamura.
« Eh bien, je suis quasi sûr que tu ne trouveras pas ce qui ne va pas en en faisait trop dès la première session. On a encore demain. D'ici là, tu auras peut-être une meilleure idée. »
« Ouais, peut-être… »
« Allez viens, allons aux bains. »
« Vas-y d'abord. Je vais encore lancer un peu dans le filet, pour voir si j'arrive à récupérer la sensation dans le bout de mes doigts quand je suis plus proche de la cible. »
« Tu vas en faire trop. »
« Non, promis ! » Sourit le gamin, faisant signe à Kariba de la main avant de s'incliner. « Merci pour le temps que tu as consacré à m'aider ce soir ! »
Ochiai dut à nouveau plonger quand Kariba quitta le bâtiment. Il revint dans l'encadrement de la porte juste à temps pour voir Sawamura regrouper les balles au sol, les jetant dans une caisse, puis il traîna la caisse jusqu'à l'endroit d'où il se tiendrait pour lancer dans le filet.
Il lança un peu, marcha alentours, la balle dans la main gauche, la regardant fixement comme s'il tentait de résoudre un mystère lié à la balle elle-même, il relança un peu, s'assit en tailleur sur le sol et contempla à nouveau la balle, puis il recommença à lancer. Cela continua jusqu'à ce que la caisse soit vide. A ce moment-là, il trottina jusqu'au filet où il réunit toutes les balles et les jeta dans leur caisse. Puis, il s'assit, s'adossant contre une pile de caisses, prenant une balle en main et l'étudiant autant que ses doigts jusqu'à ce que, sans doute à cause de la fatigue psychologique, il ne ferme les yeux.
Après presque dix minutes, Ochiai réalisa que le gamin avait vraiment piqué du nez. Il se dit qu'il ferait mieux d'aller le réveiller. Ça ne le ferait pas si des joueurs roupillaient dans le gymnase – cela donnait une mauvaise image en termes de discipline et de bienséance. Il entra et se tint devant Sawamura, qui était affalé contre les caisses, la balle tenue légèrement dans sa main. Il était sur le point de se pencher pour secouer le gamin quand il entendit des pas à l'extérieur.
Quelqu'un appelait :
« Oi ! Sawamura ! Comment ça se fait que j'entende Kariba dire que tu es encore ici ? Tu es vraiment assez stupide pour te surmener comme ça ? »
Par réflexe, Ochiai plongea derrière un autre tas de caisses, un peu plus loin du filet (est-ce que les rats et autres nuisibles ressentaient ça, se demanda-t-il ?). A l'évidence, bien sûr qu'il ne faisait rien de mal ici – un membre du staff sur le point de réveiller un joueur endormi dans le gymnase – mais sa nature secrète le poussait à préférer rester caché.
C'était Miyuki. Le capitaine devint silencieux quand il vit Sawamura au sol, et il se dépêcha d'approcher, sans aucun doute inquiet à l'idée que l'autre garçon se soit peut-être écroulé.
« Sawamura ! » Appela-t-il, courant vers lui et s'accroupissant.
Mais le lanceur changea de position et murmura quelque chose d'incohérent avant de retomber dans un sommeil profond, son souffle régulier.
Ayant l'assurance que Sawamura n'était pas mort ou agonisant, Miyuki se calma, s'avança doucement du lanceur jusqu'à être juste à côté de lui, à genoux, et se contenta de regarder le garçon.
Ochiai ne connaissait pas encore suffisamment bien les joueurs de Seidô, alors il ne pouvait pas dire avec certitude qu'il reconnaissait correctement les expressions sur le visage de Miyuki. Mais de ce qu'il savait, le capitaine affichait des expressions allant de la détermination inébranlable au sourire espiègle un peu trop intelligent, en passant par tout un tas d'expressions acerbes et désapprobatrices ainsi que d'expressions désobligeantes et ironiques entre ces deux limites. Pour ce que Ochiai en savait, son expression actuelle – pleine de douceur, avec cette tendresse dans le regard et ce sourire désarmant – n'était pas une expression que Miyuki montrait à quiconque ici.
Le receveur regarda Sawamura dormir ainsi pendant une bonne minute, puis, avec hésitation, il leva la main droite et la passa dans la tignasse humide et désordonnée du garçon – très précautionneusement, presque avec respect d'abord, puis un peu plus franchement, son sourire grandissant, comme un enfant découvrant un animal sauvage qu'il pouvait caresser sans se faire mordre.
Ochiai avait compris des échanges de Miyuki avec Kataoka et Chris qu'il essayait, quelle qu'en soit la raison, de maintenir une distance personnelle avec Sawamura. Eh bien à ce qu'il voyait c'était un échec total à présent, parce qu'il était en train de faire glisser sa main des cheveux du garçon à son visage. Ses phalanges tracèrent délicatement la courbe de la joue de Sawamura jusqu'à son menton, et son pouce frôla la lèvre inférieure du lanceur.
Sawamura bougea et marmonna quelque chose, et Miyuki retira sa main en une fraction de seconde. Ochiai le vit basculer de nouveau dans une position accroupie, plaquer un sourire superficiel sur son visage, et tendre la même main qui avait été caressante un instant plus tôt pour secouer le garçon par son épaule gauche.
« Oi – ce n'est pas l'endroit pour dormir, espèce d'idiot ! Réveille-toi. » Ordonna-t-il.
Sawamura ouvrit les yeux, cilla un peu en voyant Miyuki face à lui, ne comprenant pas ce qu'il se passait. Puis son cerveau se remit en marche et prenant conscience de qui était en face de lui, il se redressa vivement et se mit à hurler :
« Miyuki Kazuya ! Qu'est-ce que tu fiches ici ? »
« Je réveille l'idiot qui s'est endormi là, ça se voit. » Répliqua Miyuki. « Kariba m'a dit que tu étais encore là à t'entraîner, mais apparemment, tu étais en train de buller. »
« Tais-toi ! Je m'entraînais ! Ça m'a juste fatigué de réfléchir, c'est tout ! »
« Tu t'es endormi alors que tu réfléchissais ? Ah – bien sûr, le moindre petit effort cérébral est trop dur à gérer pour toi. » Miyuki sourit d'un air narquois. « Est-ce que je ne t'ai pas déjà dit l'autre jour de ne penser à rien de compliqué, étant donné que tu es stupide ? »
Sawamura sauta sur ses pieds, et Miyuki se redressa un millième de seconde derrière lui, comme si le mouvement rapide du lanceur l'avait emmené dans son sillage.
Ochiai – et Miyuki aussi sans doute – s'attendaient à ce que Sawamura se remette à hurler comme il le faisait habituellement quand ses coéquipiers le taquinaient, mais le garçon les surprit tous deux en fixant Miyuki d'un regard ardent alors qu'il lui demandait très calmement :
« Miyuki Kazuya, est-ce que c'est vraiment ce que tu veux me dire ? »
Miyuki sembla pris de court un instant, mais il se reprit rapidement avant de sourire tel le chat du Cheshire et de répondre :
« Il n'y a que ce genre de choses que tu comprennes, baka – alors qu'est-ce que je pourrais bien vouloir te dire d'autre ? »
« Tu m'as tellement traité d'idiot que ça n'a plus aucun sens depuis longtemps, parce que j'ai compris que c'était juste ta façon d'être – et en plus tu es loin d'être le seul à me dire que je suis stupide, de toute façon. » Grogna Sawamura « Alors ça ne me dérange pas que tu m'agaces et que tu m'insultes si c'est juste ta façon d'être avec moi. Mais ça me dérange si tu fais semblant. Et ce que tu dis ne colle pas avec ce que j'ai ressenti quand tu as posé ton poing sur mon cœur ce jour lors du débriefing, et pendant le match contre Inashiro. Tu dis débectes des trucs désagréables en permanence – ça couvre les choses que je ne t'entends pas dire parce que tu vomis des horreurs en permanence. Mais je t'ai entendu quand tu m'as touché. Vraiment. »
Miyuki, le regard fixé sur Sawamura, affichait l'air le plus choqué et crédule que Ochiai lui ait jamais vu. Mais comme juste avant, il se reprit rapidement et rit :
« Tu t'es vraiment trop entraîné ce soir, hein, baka ? Je ne pensais pas que même toi tu pouvais être stupide à ce point, mais apparemment je me trompais. »
Les yeux de Sawamura brillèrent et ses poings se refermèrent alors qu'il disait :
« Même si tu crois que je n'aimerais pas ce que j'entendrais, tu pourrais au moins être honnête avec moi comme tu l'es quand on joue au baseball. »
« Eh ? » Demanda Miyuki, adoptant un air faussement surpris. « A propos de quoi je n'ai pas été honnête avec toi ? »
« C'est ce que je veux que tu me dises, espèce d'enflure. » S'énerva Sawamura.
« Ahhh… voyons voir… tu ne sens pas super bon là, maintenant, et tu ferais mieux de te prendre un bain ? »
« Enfoiré de Miyuki. » Siffla furieusement Sawamura avant de quitter en trombe le gymnase, Miyuki le suivit à une distance de sécurité de quelques mètres.
Alors que Ochiai sortait de sa cachette, il réalisa qu'il s'était trompé concernant Sawamura Eijun. Il avait largement sous-estimé le gamin. Ce n'était pas un outil cassé – c'était un élément dangereux qui attirait les gens dans son monde illusoire, en résultait l'attitude excessivement protectrice de coaches comme Takashima et Kataoka envers lui, et il charmait des garçons, les poussant à penser à d'autres garçons d'une manière inconvenante. Des joueurs talentueux tels que Miyuki étaient bien trop précieux pour l'équipe pour que Ochiai lui cherche des ennuis concernant ce problème, donc Sawamura serait celui dont il s'occuperait. Ochiai allait mettre un terme à cette contagion, et si ça signifiait qu'il devait trouver un moyen d'anéantir le moral du garçon et de détruire sa forme pour le faire exclure, il le ferait.
NdT : Merci à celles et ceux qui continuent à suivre cette traduction ! Avec ce chapitre, nous commençons les choses sérieuses, la longueur augmente (et continuera à augmenter à chaque chapitre ou presque) et il y a davantage de scènes entre les personnages. J'espère que l'histoire continuera à vous plaire ^-^
