Ruses de bas étage

Après le concours, il fallut se mettre à réviser pour les examens de fin d'année. Andromeda misait sur eux pour finir de prouver sa supériorité face à Blackleaf et elle ne se laissa donc aucune seconde de répit. Elle prit l'habitude de travailler à la bibliothèque, loin de la bruyante salle commune des Serpentard, s'installant à une table dans un coin isolé de la grande pièce, où les passages étaient rares. C'était devenu sa place attitrée, la seule où elle arrivait à se concentrer car au fur et à mesure que le mois de mai passait, de plus en plus de monde venait étudier à la bibliothèque après les cours et Andromeda commença à y ressentir une certaine tension générale que seul ce coin du fond arrivait à dissiper.

Le premier jour du mois de juin, Andromeda arriva dans une bibliothèque bondée et étouffante. Elle n'aperçut aucune place libre parmi les tables centrales et se dirigea naturellement vers celle du fond pour vérifier qu'elle n'était point également occupée. Elle croisa d'ailleurs deux élèves quittant la bibliothèque, qui venaient de déboucher du passage qui menait à sa table favorite elle pensa qu'ils devaient l'avoir libérée. L'un d'eux, le reconnut-elle, était Gawain Robards, qui lui lança un regard froid en passant à ses côtés. La jeune fille continua son chemin sans lui prêter attention, avec l'espoir de pouvoir s'installer tranquillement.

Quelle déception ce fut quand elle remarqua qu'un élève était resté à la table. C'était un Poufsouffle. Il avait des livres de potions ouverts devant lui et semblait peiner à faire un devoir pour le professeur Slughorn, le même qui n'avait pris qu'une petite heure du temps de la jeune fille, deux semaines plus tôt. Elle ne se souvenait plus du nom du garçon, mais elle savait ce qu'il était : un Sang-de-bourbe, celui-là même qui l'avait conduite à désobéir à Bigs en début d'année. Il avait des cheveux blonds en bataille et son col de robe n'était qu'à moitié replié. Il était affalé sur la table, supportant sa tête de sa main gauche et tenant sa plume, qui n'écrivait rien, de l'autre. Andromeda détestait ce genre d'individu qui ne savait pas se tenir en public.

Le garçon leva la tête en sentant le regard appuyé de la jeune fille sur lui et il haussa un sourcil en la reconnaissant. Elle resta quant à elle impassible, elle se demandait si elle devait partir à la recherche d'une autre place, puisque cet élève n'aurait certainement pas terminé son devoir avant un long moment. Elle allait se retourner quand le garçon parla :

« Tu peux t'asseoir ici, les places sont libr... »

Il finit brusquement sa phrase en voyant Andromeda hausser un sourcil. Il s'était rendu compte de l'absurdité de sa proposition. Elle n'avait pas souhaité se compromettre en s'asseyant à ses côtés une fois, pourquoi le ferait-elle à ce moment ? Cependant, il disait vrai, il y avait de la place à cette table, mais pas suffisamment pour Andromeda.

« Va-t'en », dit-elle simplement. Le garçon fronça les sourcils.

« Quoi ?

— Va-t'en, cette table est à moi. »

Il resta quelques secondes à la dévisager, la bouche entrouverte, choqué par son impertinence. Il finit par répondre, plus froidement qu'il ne l'aurait voulu :

« Cette table est à tout le monde et j'étais là en premier, je suis prioritaire. Si tu ne veux pas partager, c'est à toi de t'en aller.

— Oh, très bien. »

Le garçon fut stupéfait de cette réponse paradoxale, mais ne voulut pas en demander davantage et baissa la tête pour se concentrer à nouveau sur son devoir. Andromeda l'examina de ses yeux profonds, puis sortit sa baguette. Elle ne pouvait pas accepter une réaction si inconvenante de la part de cet individu. Elle visa le sac du garçon, qui traînait désordonné à ses pieds, murmura une formule et observa l'objet se soulever au-dessus de la table. Le Poufsouffle le remarqua après un temps et essaya vainement de l'attraper, s'exclamant :

« Mais qu'est-ce que tu fais ? »

Alors, Andromeda rompit le sortilège et le sac se renversa sur la table, laissant échapper tout son contenu. Le garçon vit avec effroi son flacon d'encre se vider sur les livres, ses cours et son devoir de potions. En levant la tête pour demander une explication à la Serpentard, il remarqua qu'elle n'était déjà plus là.

Elle s'était retirée, se dirigeant promptement vers le bureau du bibliothécaire. Elle prit un air alarmé et ne fit pas attention à la personne à qui celui-ci parlait. Elle le coupa :

« Mr Beagen, un élève s'est amusé à verser de l'encre sur la table et les livres, là-bas ! »

Elle pointa son doigt vers l'endroit qu'elle venait de quitter, au fond de la salle. Le bibliothécaire était un petit homme aux cheveux et à la barbe grisâtres. Il était sympathique avec les élèves qu'il voyait souvent à la bibliothèque, suspicieux avec les autres, et ne supportait pas de voir des livres maltraités. Il avait regardé froidement Andromeda quand elle l'avait coupé, mais fut choqué par la nouvelle qu'elle rapportait. Il se leva rapidement de sa chaise et se dirigea instantanément vers l'endroit désigné, après avoir dit à son interlocuteur :

« Un moment, je vous prie, professeur Bigs. »

Ce ne fut qu'à ce moment qu'Andromeda prit conscience de la présence de son professeur détesté à ses côtés. Elle leva les yeux vers lui. Il la regardait en affichant un sourire léger.

« Bonjour, Miss Black.

— Bonjour, répondit-elle froidement.

— Il y a quelques mois, j'aurais été étonné de vous croiser ici. »

Andromeda ne répondit rien à cette remarque, se contentant de le dévisager. Encore une fois, il cherchait à la rabaisser, certainement dans l'espoir de la voir commettre une autre infraction aux règles de l'école. Mais elle avait appris à rester calme face à ses provocations.

« Mais il me faut vous féliciter pour les progrès que vous avez faits depuis. Il est rare de voir des élèves commençant l'année avec des résultats aussi déplorables que les vôtres progresser aussi rapidement.

— Merci », répondit Andromeda sans même une once de gratitude dans la voix.

Avait-il vraiment cherché à la complimenter, ou attendait-il encore qu'elle trébuchât dans la faille qu'il avait creusée ? La jeune fille finit par baisser les yeux vers le bureau du bibliothécaire, pour ne pas qu'il pût déceler sa confusion dans ses yeux. Au fond de la salle, ils entendirent la voix de Mr Beagen s'élever, dominant tous les murmures, pour s'apitoyer sur le Poufsouffle, sans que celui-ci pût parler pour se défendre.

« Enfin, reprit alors Bigs, je suppose que pour vous, le problème n'était pas la matière, mais la volonté. »

Le regard d'Andromeda, qui fit comme si elle n'avait pas entendu cette dernière remarque, s'était posé sur un bout de parchemin sur le bureau du bibliothécaire. Plusieurs noms de livres étaient inscrits dessus, tous contenaient le terme « magie noire », comme La plus sombre et terrible magie noire ou La magie noire pour pratiquants avancés, édition de 1233. Le regard du professeur Bigs avait suivi le sien. Ce fut à ce moment que le bibliothécaire revint à son bureau, rapportant les livres dont s'était servi le Poufsouffle et s'exclamant :

« Ce garnement n'est pas prêt de remettre les pieds ici ! »

Andromeda tourna la tête vers le fond de la bibliothèque. Elle vit émerger le garçon, balançant son sac sur ses épaules. Ses mains étaient tâchées d'encre et son visage était envahi par la colère. Il lança un regard noir à la jeune fille quand il l'aperçut, puis il sortit vivement de la bibliothèque. Bigs avait également aperçu cet échange silencieux.

« Bon, où en étais-je ? reprit Mr Beagen. Ah oui, les livres que vous m'avez demandés, professeur. Je vais tout de suite vous les chercher ! »

Il partit vers la réserve en emportant le petit parchemin posé sur son bureau. Le regard de Bigs retomba sur Andromeda qui s'apprêtait à s'en aller à son tour.

« Dîtes-moi, que pensez-vous de la magie noire, Miss Black ? » demanda-t-il très lentement.

La jeune fille mit quelques secondes à comprendre cette question à laquelle elle ne se serait jamais attendue, mais elle ne trouva aucune réponse à fournir. C'était un sujet qu'elle savait très sensible, mais qui ne l'avait jamais préoccupée.

« Je n'en pense rien.

— Vraiment ? » s'assura Bigs en souriant.

Cela était vrai. On ne lui avait appris les méfaits ou les bienfaits de cette magie, elle savait simplement qu'elle n'était pas autorisée en Grande Bretagne, mais n'en connaissait toujours pas les raisons.

« Pourriez-vous rester à la fin de mon prochain cours ? J'aimerais vivement vous montrer quelque chose. »

Andromeda ne répondit tout d'abord rien. Elle était méfiante de ce professeur qui lui parlait ce jour avec beaucoup trop de sympathie après l'avoir ignorée toute l'année, comme elle l'avait fait pour lui et cela lui avait convenu parfaitement. A présent, il lui paraissait encore plus douteux. Elle acquiesça néanmoins, sans montrer sa confusion, pensant que c'était là sa seule option.

« Au revoir, professeur. »

Elle se détourna, marchant rapidement vers le fond de la bibliothèque, cherchant à mettre le plus de distance possible entre Bigs et elle. Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Ce professeur venait de la féliciter, puis il lui avait demandé son avis sur la magie noire. Andromeda avait l'impression qu'il souhaitait se jouer d'elle une nouvelle fois, mais ce n'était pourtant pas la malice qui avait animé ses yeux, mais l'intérêt. Il avait été grandement intéressé par la réponse de la jeune fille à sa question, si futile fut elle, car ce n'était peut-être pas celle qu'il avait espérée, elle le savait.

Plongée dans ses pensées, Andromeda s'assit à la table désormais libérée qu'elle avait convoitée. Celle-ci avait été nettoyée par Beagen. La jeune fille tenta alors de commencer ses révisions, mais ne réussit guère à se concentrer suffisamment. Toutes ses pensées revenaient continuellement vers Bigs, et elle se demanda pour la première fois qui il était réellement. Personne ne savait rien de lui, on ignorait ce qu'il avait fait avant d'être embauché par Dumbledore, et Bigs ne mentionnait jamais rien le concernant. Un mystère planait autour de lui qui intriguait maintenant la jeune fille.

Les révisions d'Andromeda avancèrent lentement. Les examens des deuxième année devaient commencer la semaine suivante, mais elle sentait qu'elle était arrivée à un stade de saturation. Elle n'ouvrit aucun livre le lendemain, puis le vendredi arriva, jour pendant lequel elle avait cours de Défense contre les Forces du Mal.

Après le déjeuner, elle vint avec un peu d'avance devant la salle, en compagnie de Melinda, Rabastan et Rodric. Le repas les avait mis de bonne humeur et cela apaisait l'esprit soucieux d'Andromeda. Elle aurait aimé, comme eux, ne pas penser à Bigs ou aux examens. Elle s'adossa contre le mur, silencieuse, écoutant d'une oreille discrète la discussion de ses amis, portant sur les dernières rumeurs concernant la possible liaison entre Kathleen Goyle et Karl Shafiq ou bien la défaite en duel d'Edgar Bones contre Rodolphus.

Elle sursauta presque quand elle entendit quelqu'un crier son nom à travers le couloir. Elle tourna les yeux pour apercevoir une tête brune se précipiter vers elle.

« Tu n'as donc aucune limite, Black ? »

C'était Gawain Robards. Andromeda vit du coin de l'œil Rabastan se tourner et se positionner, sur la défensive, entre elle et le Poufsouffle, qui n'était plus qu'à deux mètres d'elle.

« Qu'est-ce que tu lui veux ? demanda-t-il.

— Des excuses ! »

Andromeda haussa un sourcil, mais son air resta neutre. Elle se demandait ce qu'elle avait bien pu faire à ce garçon pour qu'il osât lui réclamer des excuses. Rabastan et Rodric éclatèrent quant à eux de rire. Il leur semblait absurde d'un jour imaginer leur amie, une Black, s'excuser. Une Black ne s'excusait pas. Robards jeta alors un regard noir à Rabastan qui demanda :

« Et pour quoi ?

— Pour la piètre attitude qu'elle a eue envers Ted, l'autre jour. »

Il retourna son regard vers Andromeda, qui avait finalement compris de quoi il était question. Ce « Ted » devait être le Sang-de-bourbe.

« Ce que tu as fait était bas, Black. Arrête de te croire supérieure aux autres avant que cela ne se retourne contre toi. Le sang et les bonnes notes ne font pas tout. Tu n'es qu'un pitoyable pantin !

— Ferme-la, Robards ! » lança Rabastan.

Andromeda resta silencieuse un moment. Ce qu'il disait était totalement absurde. Bien sûr que son sang la plaçait en position de supériorité par rapport à lui. Seuls les imbéciles comme lui pouvaient en douter. La jeune fille vit alors le Poufsouffle qu'elle avait fait chasser de la bibliothèque deux jours plus tôt se glisser derrière Robards, l'attraper par le bras et tenter de le tirer en arrière, en lui murmurant :

« Laisse tomber, ça ne sert à rien. »

Lui avait peut-être enfin compris où était sa place : très loin d'elle. Mais une question apparut alors soudainement dans l'esprit d'Andromeda qui lui échappa des lèvres :

« Mais c'est un nom, ça ? « Ted » ? »

Tous les regards, dont ceux de ses amis, se tournèrent vers elle. Les Poufsouffle parurent stupéfaits. Ce n'était pourtant pas une expression moqueuse qui s'était affichée sur le visage de la jeune fille, mais de la curiosité. Elle ne pouvait imaginer qu'un prénom fut si court et si étrange.

« Quoi ? » s'exclama Robards.

Son ami fixa la jeune fille avec un regard sombre avant de répondre, sans pourtant aucune agressivité dans la voix :

« Non, c'est un diminutif. Aussi étrange que ton prénom l'est pour moi, Black.

— Cette pimbêche se fout de nous !

— Surveille ton langage, Robards, lança Melinda.

— Ou bien quoi ? Vous allez trouver un mensonge aussi bas que celui de Black, pour nous attirer une punition ? »

Andromeda vit alors Rabastan sortir sa baguette rapidement et la pointer vers le Poufsouffle. Elle eut l'impression de voir Rodolphus à sa place. Celui-ci avait toujours été plus enclin à répondre aux provocations avec sa baguette que son frère.

Rabastan n'eut cependant pas le temps de lancer de sortilège. Rodric s'était avancé vers lui, avait attrapé son bras et l'avait baissé, disant :

« Ne réponds pas à ce genre de provocation futile, Rab, ils n'en valent pas la peine. »

Le silence se fit alors pendant lequel les Serpentard et le Poufsouffle se fixèrent avec dédain. Autour d'eux, les autres élèves qui attendaient le début du cours s'étaient rassemblés. Un raclement de gorge se fit alors entendre. Tout le monde tourna la tête vers le professeur Bigs qui approchait, observant tour à tour chaque personne présente.

« Eh bien, détendez-vous et entrez en classe. »

Alors que chacun se dépêchait de lui obéir et d'aller s'installer dans la salle, Andromeda sentit son regard se poser longuement sur elle. Elle ne le lui rendit pas et alla s'asseoir rapidement à sa place au fond de la classe, pour ne pas lui laisser le temps de lui faire une réflexion.

Elle eut bien du mal à se concentrer durant le cours. Bigs les faisait réviser le programme de l'année pour les examens qui auraient lieu la semaine suivante et répondait aux questions des élèves les plus anxieux. La jeune fille se demanda quant à elle tout du long si le professeur oublierait de la prier de rester à la fin du cours et si elle pourrait discrètement s'éclipser. Elle fut ainsi déçue en entendant Bigs lui dire, alors que tout le monde rangeait ses affaires : « Miss Black, un moment, s'il vous plaît. »

Elle prévint donc ses amis, qui furent surpris qu'elle fût la seule convoquée, de ne pas l'attendre, et patienta le temps que la salle se vidât. Quand la porte se fut refermée, elle leva les yeux vers Bigs qui la fixait intensément, assis à son bureau. Dans l'attente de ce qu'il avait à lui dire, elle sentit son cœur se mettre à battre à tout rompre. Il lui fit signe d'approcher, ce qu'elle fit en gardant tout de même une bonne distance entre eux deux.

« Êtes-vous heureuse, Miss Black ? » demanda Bigs d'une voix doucereuse, affichant un léger sourire.

Andromeda fronça les sourcils. En quoi son bonheur pouvait-il l'intéresser ? Elle essaya de déceler le piège qu'elle pensa caché sous cette interrogation, mais le sorcier gardait son visage fermé.

« Est-ce pour me poser cette question que vous m'avez retenue ?

— Non, bien sûr.

— Pour quelle raison, alors ? » demanda-t-elle froidement.

Si elle avait eu envie de lui donner une réponse, elle se serait déclarée parfaitement heureuse, pour la simple raison qu'elle ne se sentait pas malheureuse. Mais elle ne voulait point répondre, craignant de succomber à quelque ruse.

« Votre réponse m'a intrigué, l'autre jour, Miss Black. »

La jeune fille mit quelques temps à se souvenir de quelle réponse il parlait. La tension qu'elle ressentait à se retrouver seule avec lui lui avait fait oublier la raison même de cette situation.

« D'une façon générale, les sorciers soit se fascinent pour la magie noire, soit la rejettent catégoriquement. Mais, vous, n'en pensez rien. »

L'échange qu'ils avaient eu deux jours plus tôt lui revint alors clairement à la mémoire, mais elle ne comprenait toujours pas pourquoi son avis sur une telle question pouvait intéresser son professeur.

« Je n'ai pas de raison de la rejeter ou de l'adorer, dit-elle alors.

— Pas encore, peut-être.

— Et vous ? Qu'en pensez-vous ? demanda-t-elle pour dévier l'attention de son propre avis.

— Elle me fascine, répondit-il en souriant. Grandement.

— C'est pourquoi vous l'étudiez, déduisit la jeune fille en repensant aux ouvrages qu'il avait voulu emprunter à la bibliothèque.

— En effet. En fait, avant de venir enseigner ici, mon travail au Ministère consistait à trouver des moyens de la neutraliser. Beaucoup moins illégal que de la pratiquer, mais tout aussi passionnant...

— Je ne vois toujours pas en quoi mon avis vous intéresse, professeur.

— Il est vrai que trop peu de monde prête attention à ce que des gamins peuvent penser. En vérité, un des objets que l'on m'a confié, il y a de cela quelques années, me résiste toujours aujourd'hui. Je suis certain qu'il contient un grand secret, mais j'ai été jusqu'ici incapable de découvrir un contre-sort assez puissant. Cependant, je pense que vous pourriez m'aider. »

Bigs posa un regard profond sur Andromeda, attendant une réponse positive de sa part. La jeune fille perçut de l'excitation dans celui-ci, et cela l'inquiéta en plus de la surprendre. Elle resta un moment pensive, les sourcils froncés, se demandant quel genre d'aide elle pouvait fournir à un spécialiste de la magie noire, avant de répondre :

« Je ne comprends pas. »

A ces mots, elle vit les lèvres de son professeur s'étirer en un sourire poli, avant que celui-ci n'ouvrît l'un des tiroirs de son bureau pour en sortir un objet enveloppé dans un tissu noir épais. Il le découvrit alors devant les yeux méfiants d'Andromeda puis lui tendit un petit coffret en bois verni. La jeune fille haussa un sourcil. Etait-ce là l'objet qui le mettait en échec ? En quoi pouvait-elle lui être utile pour cela ?

« Regardez plus attentivement, Miss Black », conseilla Bigs en voyant son hésitation.

La jeune fille le dévisagea un instant avant de reposer son regard sur la boîte. A première vue, quelque chose en elle lui paraissait familière. Ainsi, sans qu'elle s'en rendît compte, ses pas la rapprochèrent de l'objet, la faisant contourner le bureau de Bigs, et elle put le voir plus distinctement. Ses yeux s'agrandirent soudainement.

Sur le devant du coffret, elle y avait reconnu, incrustées, les armoiries des Black, sa famille. Il n'y avait aucun doute, elle les aurait distinguées entre mille : le blason doté de deux étoiles et d'une épée, entouré par deux lévriers.

« Comment avez-vous eu cela ?

— Je vous l'ai dit, on me l'a confiée, mais ce n'est pas la question. Le fait est que je n'ai jamais pu ouvrir cette boîte.

— Comment pouvez-vous savoir que cela renferme de la magie noire ?

— Je le sens, c'est tout. Alors ? Acceptez-vous de m'aider ?

— Je ne vois toujours pas en quoi je peux vous aider, professeur.

— Oh si, vous êtes jeune mais intelligente, je suis sûr que vous savez : vous êtes une Black, ce qui signifie que cette boîte et la magie qu'elle renferme vous répondront. Vous n'avez qu'à l'ouvrir. »

Il tendait toujours le coffret en direction de la jeune fille. Celle-ci ne bougea pas pendant un long moment. Elle ne faisait pas confiance à ce sorcier et il voulait qu'elle ouvrît pour lui un objet empli d'une magie qu'on disait malfaisante ? Elle ne voulait pas lui obéir, mais ne pouvait nier qu''il avait réveillé sa curiosité. Quelle chose se cachait dans cette boîte ? Qu'est-ce qu'un Black avait pu vouloir y dissimuler ?

« Est-ce... dangereux ?

— Non, pas pour vous. »

Andromeda avait gardé son regard sur le coffret devant elle. Elle ne comprit pas pourquoi, mais elle sentit ses mains se lever et attraper fermement l'objet. Elle entrevit à ce moment un grand sourire se former sur le visage de Bigs. Sa raison lui disait de le lui rendre, mais une autre force la retenait et dictait ses mouvements. Sans savoir pourtant ce qu'elle devait faire, elle ouvrit la bouche et ordonna, distinctement :

« Ouvre-toi. »

Ses yeux s'agrandirent de surprise en voyant la boîte s'ouvrir par elle-même en un petit grincement, mais tout ce qu'elle vit dans celle-ci fut une épaisse fumée noire qui commença à s'élever, maintenant libérée.

Elle voulait alors lâcher le coffret, prenant conscience que cette fumée était peut-être maléfique, mais elle ne put s'écarter, son corps était paralysé par la soudaine panique qui l'avait envahie et elle regarda avec effroi la fumée noire s'approcher de son visage. Puis sa vue se brouilla et des images lui apparurent devant les yeux. Elle vit défiler rapidement des personnes étendues, ou plutôt des corps, tous inanimés, comme morts, puis elle se mit à entendre des formules obscures, prononcés par une voix lente et grave, puis des cris aigus, toujours plus distincts, et enfin tout s'arrêta.

Andromeda resta paralysée quelques secondes, se demandant ce qui venait de se passer, d'où étaient venues ces images et ces voix, et ce qu'elles représentaient, puis elle remarqua que Bigs lui avait pris le coffret des mains et que la fumée montait à présent vers lui. Il avait le visage déformé par l'extase, alors qu'il récitait une formule que la jeune fille ne comprenait pas. Elle ne le reconnaissait pas.

« Professeur, murmura-t-elle, ne faites pas... »

Andromeda vit alors avec horreur la fumée envelopper le sorcier tout entier, en s'épaississant toujours davantage, et soudainement, il se mit à crier et la jeune fille ne put que reculer brusquement de frayeur, s'écriant :

« Arrêtez ! »

Mais ses pas la projetèrent trop en arrière et elle se cogna violemment contre la petite bibliothèque se trouvant dans son dos. Elle n'aperçut que trop tard l'énorme grimoire chutant depuis le sommet des étagères.


Plus je poste de chapitres, plus je mets de temps à les poster. Pour cela, je m'excuse. Le temps passe vite, et pourtant il nous manque. Mais sachez que j'ai encore beaucoup de choses à dire sur Andromeda !

Ainsi, j'espère que vous avez apprécié ce chapitre, que vous avez apprécié l'apparition de Ted, et que vous ne m'en voulez pas trop d'avoir coupé à ce moment-là !

Une fois de plus, les commentaires, avis, critiques sont les bienvenus. Et un grand merci à vous !