DIMITRI
Dimitri ne parvint pas à dormir. Il avait des souvenirs plein la tête et passait son temps à contempler la boucle en forme de cavalier n'allait pas l'aider outre mesure. Il repensait à la journée folle qu'il venait de passer. Il aurait tout imaginé à sa venue sur l'île mais certainement pas ça. Sa vie avait été quelque peu chamboulée par une chevelure rousse révolutionnaire. Il s'était amusé comme jamais avec elle et il comptait bien la revoir. Mais demoiselle Viper semblait ne pas vouloir être retrouvée et ça... Dimitri ne pouvait rien y faire. Il décida donc qu'il avait assez ruminé son désespoir et qu'il était grand temps pour lui d'aller se prélasser sur la plage. Finalement, avec ce qu'il s'était passé, il n'en avait pas tant profité que ça. Il descendit donc discrètement se faisant toujours passer pour un touriste. Il vaqua ensuite à ses occupations : bronzette, drague, rinçage d'œil et il fit même trempette. Cela dura une bonne partie de la journée mais rien à faire. Il n'arrivait pas à se retirer Viper de la tête. Il aurait bien voulu se mettre à sa recherche mais il n'avait aucune piste sur là où elle pouvait bien se trouver. Bien sûr il aurait pu commencer par sa chambre mais quelque chose lui disait qu'elle était certainement en vadrouille. Étant incapable de penser à autre chose il échafauda alors un plan. Celui-ci avait pour but d'appâter la jeune révolutionnaire. Une fois le stratagème élaboré, Dimitri se leva et se dirigea avec détermination vers le restaurant où la belle rousse et lui avait dîné la veille. La rancœur des serveurs, vigiles et autres restaurateurs devait être encore vive. Il n'aurait sans doute aucun mal à attirer leur attention. Avant de passer devant le restaurant, il s'arma de son zippo et d'une cigarette. Il l'alluma tira une longue bouffée, relâcha le tout et, préparé à ce qui allait suivre et également prêt à en assumer les conséquences, il passa lentement devant le restaurant montrant bien son visage pour laisser aux restaurateurs le soin de le reconnaître. Ce fut instantané. Ils crièrent, ameutèrent une bonne partie du personnel et se lancèrent à la poursuite de celui qui s'était permis de ne pas payer sa note.
*Aller, il est temps de jouer un peu.*
Le temps que ses assaillants le rejoignent, il prit un appui plus solide sur ses pieds et lorsque qu'ils furent juste à la bonne hauteur pour pouvoir mettre la main sur lui, il effectua un départ éclair. Ils furent cloués sur place mais ils reprirent vite leur esprit et leur course. Cela dura une bonne demi-heure, Dimitri les baladait à souhait. Certes ses créditeurs connaissaient mieux la ville que lui mais de toute évidence, il était plus agile et plus observateur. Il tournait rapidement dans les ruelles, il virait vite à gauche et à droite, renversait tout et n'importe quoi sur son passage et s'il avait le malheur de se retrouver dans un cul-de-sac, il rentrait sans aucun gêne dans les maisons par les fenêtres. En bref : il faisait de cette course un vrai cauchemar pour ses assaillants. Ceux-ci à bout de forces, firent alors appel à des renforts musclés : le service de sécurité. Mais, loin d'être démonté, il continua à courir encore et encore. Une fois qu'il fut bien sûr que les hommes à ses trousses étaient complètement épuisés, il décida enfin de se rendre.
-Bon, nous avons bien couru, nous nous sommes bien amusés, mais je ne suis pas quelqu'un de malhonnête. Je me rends à vous, messieurs.
Ils le regardèrent alors avec un air ahuri pourquoi avait-il fait tout ça si c'était pour se rendre ensuite... Mais qu'à cela ne tienne, ils lui mirent la main dessus.
-On va te conduire au poste mon grand, j'espère que tu ne vas pas nous faire un coup fourré entre temps.
Il ne répondit pas et attendit patiemment d'arriver là où la sécurité se rassemblait. Il se préparait aux négociations. Pourquoi des négociations ? Mais pour obtenir ce qu'il voulait bien sûr. Quelque chose qui pourrait changer définitivement son aventure sur cette île. Quelque chose qui pourrait appâter Viper et faire en sorte qu'elle reste à ses côtés. Quelque chose qui lui permettrait de faire une visite surprise dans une certaine chambre en toute impunité. en pensant à ceci, son visage s'éclaira d'un large sourire. Il se sentait prêt et il était sûre de réussir son entreprise comme un chef ! Mais c'était sans compter sur ce qui allait suivre.
Arrivé au poste, on l'emmena dans une pièce blanche, froide et impersonnelle. On l'installa sur une chaise face à un bureau tout aussi impersonnel et on lui demanda d'attendre. Beaucoup de temps passa, temps pendant lequel il mourra monstrueusement d'ennui. Il se prit alors à compter le nombre de carreaux se trouvant au sol et au plafond. C'est au mille six cent unième carreau qu'un homme, petit et gringalet, fit irruption dans la pièce. ses cheveux bruns bien peignés, ses lunettes à monture épaisse, cachant presque ses yeux d'un bleu vif, lui donnaient l'allure d'un premier de la classe. Dimitri réprima un sourire en le voyant entrer dans la pièce et se positionner face à lui se donnant un air qu'il voulait intimidant.
-Vous savez pourquoi vous êtes là je suppose Monsieur...
-Eisenwald, David Eisenwald. Vous savez je me suis rendu, alors je pense en avoir une petite idée oui.
C'était mal parti. La répartie de Dimitri était dure à contenir, surtout face à cet homme qu'il trouvait tout sauf crédible. L'homme continua sans faire attention au ton insolent qu'avait prit le plaisantin face à lui.
-Vous êtes donc totalement au fait de votre arrestation pour grivèlerie et délit de fuite.
-Délit de fuite ? Ne me suis-je pas rendu ?
-Peut-être bien, dit-il évasif, comme si cette prétendue rédemption ne l'intéressait qu'à moitié. Mais tu as fait courir mes hommes dans toute la ville.
-Oh ! Alors on se tutoie maintenant. Je les ai fait courir pour m'amuser un peu. Le fait est que je suis bien plus rapide, agile et débrouillard que tes hommes et tu le sais très bien. Si je ne m'étais pas rendu, ils seraient bredouilles à l'heure qu'il est. Je ne crois pas mériter cette accusation de délit de fuite.
-Ce n'est pas ce que disent mes hommes dans leur rapport. Si tu ne m'expliques pas tout de suite pourquoi tu as réellement fui, je me verrais obligé de te mettre dans nos geôles pendant quelques temps.
Dimitri était indigné. il ne voulait même pas répondre. Il ne voulait pas s'abaisser à mentir pour arriver à ses fins. Qu'il aille en prison, cela ne lui importait que peu, il arriverait à s'en sortir, seul. Le jeune homme se mit donc debout, ses mains menottées, à son grand dam, lui enlevaient une bonne partie de la classe qu'il s'efforçait d'avoir.
-Emmène-moi là où tu le souhaites, tu ne réussiras pas à me priver de ma liberté bien longtemps.
Il tourna alors les talons et s'en alla avec les hommes qui attendaient hors de la pièce pour le conduire dans sa nouvelle chambre. Une fois sur place, on lui retira ses menottes et on le poussa à l'intérieur. Il s'allongea ensuite tandis que les barreaux se refermaient sur lui, sa rancœur encore bien vive dans son esprit.
