Chapitre 10
Après que tout le monde soit parti, Felicity se dirigea vers Oliver. Sa colère s'était évanouie et maintenant l'angoisse avait pris le dessus. Elle préférait mettre les choses au clair, une bonne fois pour toute même si ce n'était pas facile à faire. Elle était bien sûr en colère contre lui pour son comportement mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se faire du souci pour lui. Depuis quelques temps, elle le sentait encore plus rembruni et elle ne voulait pas le laisser dériver. Elle avait eu l'impression que l'arrivée de Ray avait amélioré leur relation mais ces derniers jours tout changeait.
Oliver était en train de préparer ses flèches pour une prochaine ronde quand elle se rapprocha de lui. Il était calme, concentré sur son travail. Il lui avait confié que cette préparation lui permettait de libérer son esprit et ainsi il pouvait se concentrer sur un problème plus facilement.
- « Oliver ? »
Sa voix est plus sèche qu'elle ne l'aurait voulu mais elle a du mal à contenir ses émotions qui sont maintenant à fleur de peau alors qu'ils se retrouvent seuls. Elle sait qu'il l'a écouté, ses épaules se sont raidies, mais il ne se retourne pas.
- « Si quelque chose ne va pas, dis-le. »
Elle arrivait encore à contenir le tremblement de sa voix mais son ton restait tendu. Il n'avait pas intérêt à lui dire que le problème venait de Ray, c'était lui qui l'avait ramené ici. Et si ça n'avait tenu qu'à elle, il n'aurait jamais fait partie de l'équipe. Elle pensait avoir trouvé un homme pour équilibrer sa vie entre son travail de justicière la nuit et sa vie normale le jour. Mais tout s'était encore compliqué.
Elle essayait de se calmer en se disant qu'il y avait peut-être un problème qu'il ne voulait pas partager avec eux. Une équipe s'était constituée autour de lui mais il n'avait jamais réellement réussi à travailler autrement qu'en étant seul. Il veillait bien sûr sur eux, comme eux sur lui, mais il restait seul. Il gardait des secrets pour les protéger mais il ne se rendait pas compte qu'il se mettait en plus grand danger sans tout partager avec eux. Il portait le poids des problèmes et des secrets. Et ça ne changeait pas, c'était une variable inaltérable dans le problème Oliver Queen.
Il ne répondait toujours pas et Felicity posa la question directement.
- « C'est à cause de Ray ?
- Il doit être capable de se battre, de se défendre, de défendre un membre de l'équipe. »
Sa voix était dure, son ton accusateur. Felicity resta quelques secondes sans parler, essayant de se rendre compte s'il lui en voulait vraiment et pourquoi.
- « Je sais, il se forme… il est appliqué.
- Je veux que John le forme plus rapidement. Nous avons un nouveau problème à gérer avec Blackmore et il ne doit pas être un poids s'il sort avec nous. »
Felicity se mordit la langue pour ne pas s'emporter en lui répondant. Elle avait l'impression qu'il essayait de l'éloigner d'elle, même si elle savait qu'il était réellement inquiet pour la condition de Ray.
- « Je comprends. Je lui dirais. »
Elle resta plantée derrière lui, en silence. Elle ne voulait pas envenimer les choses sans raison et Oliver recommença à préparer ses flèches. Ça la rendait triste que leurs échanges s'étaient améliorés pour se détériorer à nouveau.
Oliver usait de toutes ses forces pour ne pas se retourner, pour ne pas la voir si inquiète et pour contrôler sa colère. Il n'avait pas besoin de la voir, il pouvait l'imaginer, ses sourcils froncés, les lèvres serrées et un regard intransigeant. Il avait fait des efforts et continuait d'en faire pour la laisser vivre sa vie, avec Ray et sous ses yeux, partageant maintenant leur mission. Il appréciait Ray en tant que personne mais il ne pouvait pas rester insensible quand il le voyait embrasser la femme qu'il aimait et encore moins quand ils n'avaient plus de retenu. Felicity devait le savoir et c'est pour ça qu'il était autant en colère contre elle, elle avait oublié leur histoire, c'était quelque chose qui ne comptait plus pour elle et elle ne faisait plus attention à lui.
Oliver souffrait mais il ne se rendait pas compte que c'était tout aussi difficile pour lui que pour elle de se retrouver toutes les nuits côte à côte sans ce qui leur permettait d'espérer une vie meilleure.
- « J'ai fait quelque chose de mal ? », lui demanda-t-elle d'une voix hésitante.
Elle avait l'air perdue et il détestait être à l'origine de ce sentiment. Il arrêta de polir sa flèche mais ne se tourna toujours pas vers elle. Felicity avait le sentiment qu'il y avait plus sous sa demande d'entrainement par John, que seulement sa relation et son comportement avec Ray. Il voulait peut-être lui parler mais sans savoir comment. Elle décida de le rassurer pour l'encourager.
- « Tu sais que tu peux me dire tout ce que tu veux. Même si nous ne sommes plus ensemble, je suis ton amie et je suis là si tu en as besoin.
- J'ai besoin que Ray sache se battre. S'il n'est pas prêt …, je ne veux pas être responsable de sa mort. »
Elle déglutit en entendant ses craintes. Elle portait les mêmes. Elle ne le rassura pas sur le fait que ce n'était pas sa responsabilité. Il ne voulait pas de Ray dans l'équipe, tout comme elle mais celui-ci avait été assez têtu et convaincant. Il ne voulait pas entendre ce qu'elle avait à dire ce soir et ça compliquerait encore plus la situation si elle le poussait à lui parler. Elle ne voulait pas le contrarier encore plus, elle aurait une autre occasion de lui rappeler qu'il n'avait plus à se mêler de sa vie privée.
Elle avait l'impression qu'il s'inquiétait pour elle à travers Ray. Ça ne l'étonnerait pas. Oliver souhaitait protéger tous ceux qu'il aimait, bien que ce soit impossible. Elle décida de le laisser tranquille et lui souhaita une bonne soirée. Elle ne s'était pas encore retournée pour partir quand il reprit.
- « Quand vous êtes au QG, c'est pour travailler… pas autre chose. J'attends un peu plus de respect de votre part pour cette équipe. »
Oliver n'avait pas pu garder ça pour lui plus longtemps et il lui avait enfin avoué ce qui le perturbait à demi-mots. Elle rougit quand elle comprit son sous-entendu, il les avait vus avec Ray ou il se doutait de quelque chose.
- « Tu parles de l'équipe ou de toi ?
- Je ne suis pas obligé de subir ton manque de tenu ».
Felicity fit volte-face pour partir. Elle ne voulait pas entendre ça, Oliver qui la reprenait sur son comportement alors qu'elle avait faisait des efforts pour ne pas le blesser et calculait tous ses gestes pour qu'ils ne soient pas mal interprétés. Elle était de dos alors qu'Oliver attrapait son poignet brutalement. Le geste brusque la fit se retourner et leurs regards plongèrent l'un dans l'autre et leurs colères s'affrontèrent.
- « Ça ne semblait pas te gêner quand c'était toi dans cette situation », lui répondit-elle vexée.
Elle est énervée par son manque d'objectivité. Oliver serra les mâchoires et ne répondit pas. Ils savaient tous les deux ce qui se jouait en ce moment. Il relâcha son poignet et elle ressentit les efforts qu'il faisait pour contrôler ses émotions.
- « Ça ne se reproduira plus. »
Il sembla se calmer instantanément et elle fit un pas en arrière et Oliver libéra son poignet.
- « Je suis désolée, je ne voulais pas te blesser. »
Il ne répondit pas mais elle savait qu'il avait besoin d'entendre qu'elle était toujours près de lui, même si leurs échanges étaient limités. Il hocha la tête et la colère se transforma en tristesse. Il l'avait repoussée pour ne pas la mettre en danger et finalement Ray prenait la place qu'il occupait. Elle sortait avec un justicier qui prenait des risques à chaque ronde.
Quand elle partit du QG, la lune était haute dans le ciel et la nuit était claire. Elle resserra son manteau autour d'elle, elle avait promis à Ray de le retrouver chez lui quand elle aurait fini. Elle sourit en pensant à lui, il était son équilibre, son apaisement. Elle était encore troublée par la douleur d'Oliver, il l'avait bien caché jusqu'à maintenant mais elle se rendit compte que tout n'était que mensonge. Elle devrait le savoir pourtant depuis le temps. Oliver cachait tout, à tout le monde. Ça n'avait pas été vrai avec elle pendant un court moment mais elle était redevenue seulement une amie.
Elle arriva à l'appartement de Ray en ayant retrouvé le sourire. Elle était impatiente de le revoir même si elle allait devoir lui parler. Elle savait que Ray ferait ce qu'il fallait et qu'il comprendrait qu'il devait se montrer moins entreprenant au QG. Elle frappa à la porte et il vint lui ouvrir immédiatement. Il l'embrassa aussitôt et l'attira à lui. Ils n'avaient été séparés que peu de temps mais à le voir c'était trop. Elle rit doucement en se rendant compte qu'il attendait sa récompense mais elle le repoussa doucement.
- « On doit parler. »
Il redevint sérieux immédiatement. Elle attrapa sa main et l'entraîna vers le salon. Elle s'installa sur le divan et lui fait signe d'en faire de même sur le fauteuil. Elle gardait le silence un moment cherchant comment aborder le sujet.
- « Oliver… souhaite que tu t'entraines avec John. Il a plus d'expériences, de résistance… et il te donnera de meilleurs conseils que moi.
- Mais je n'aurais pas droit aux mêmes récompenses », dit-il en jouant la tristesse.
Elle sourit pour cacher sa peur qui avait était réveillée par Oliver. En parlant de son entrainement, le risque de le perde revenait au premier plan. Elle ne voulait pas qu'il prenne tout ça à la légère.
- « Oliver a raison tu sais. Ce n'est pas un jeu. Et je ne veux pas te perdre.
- Tu ne me perdras pas, je ne risque pas de te laisser partir. »
Son cœur se tordit en entendant ces mots qu'on lui avait déjà dits. Elle voulait être sure qu'il comprenne que c'était sérieux même si elle n'arrêterait pas de se faire du souci, elle voulait qu'il soit le mieux préparé possible pour tout ce qui pouvait l'attendre. Il avait retrouvé son sérieux et ça la rassura. Il était conscient des risques.
- « Et je pourrais toujours demander à John si tu as progressé pour savoir si tu as droit à une récompense. »
Son sourire ne se fait pas attendre. Elle savait maintenant qu'il ferait de son mieux et elle voulait profiter de la soirée avec lui, qu'ils puissent avoir un peu de légèreté et de plaisir pour soulager leur moral. Il vint s'assoir à côté d'elle et son regard la réchauffa.
- « On va manger ce que j'ai commandé et je te laisserai choisir ce que tu préfères en dessert. »
Elle glissa sa main sur sa cuisse, si ce n'était que d'elle, elle commencerait par le dessert mais il lui avait appris que l'attente rendait tout meilleur alors elle patienterait. Ils échangèrent un baiser qui pouvait les embraser mais il se recula avant de perdre toute retenu.
Les jours passaient et les informations s'accumulaient sur Philip Blackmore. L'homme avait été mis sous surveillance en attendant d'en apprendre plus et de le prendre sur le fait. Il ne faudrait sans doute pas beaucoup de temps pour qu'il soit contacté pour une vente d'armes.
Ray passait un moment tous les soirs au QG pour s'entrainer avec John. Ils s'entendaient très bien et John ne manquait jamais de le félicitait quand il notait des progrès. Felicity de son côté profitait de la vue. Elle avait été habitué à voir Oliver se promener ou à faire ses exercices, torse nu et en sueur. Le spectacle maintenant était tout aussi intéressant et en plus elle pouvait assouvir ses désirs quand elle retrouvait Ray chez lui. Bien sûr, elle faisait attention de ne pas se faire prendre en train de mater sans vergogne le corps splendide de son petit ami devant toute l'équipe. Elle ne voulait pas blesser Oliver et que ça envenime leurs relations avec lui.
Celui-ci d'ailleurs, ne faisait que les croiser. Elle l'avait surpris plusieurs fois à discuter avec Ray quand elle n'était pas là et il disparaissait quand elle arrivait. Il tentait de garder bonne figure. L'ambiance dans leur équipe s'en était grandement améliorée mais elle ressentait toujours un pincement au cœur en se rendant compte qu'il la fuyait.
Au cours de ses derniers jours, leur surveillance sur Blackmore s'était resserrée. Ils l'avaient pris en filature plusieurs fois, installé quelques micros pour surveiller ses échanges, les données informatiques n'ayant rien données. C'était facile de ne pas être trop exposé à l'espionnage, il suffisait de limiter ses contacts et de ne pas utiliser des voies de communication piratables. Felicity s'était entêtée pendant longtemps, en se demandant comment il pouvait tout cacher aussi bien. Elle avait passé tout en revue des codes utilisés sur des réseaux sociaux ou des sites de chats, jusqu'à plonger dans le dark web. Et la solution s'était imposée d'elle-même. Il ne se connectait pas pour ses affaires.
Heureusement John, Théa et Oliver s'étaient reliés pour le surveiller. Ses allers et venues ne les avaient pas alertés au début en le surveillant de loin, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que la salle de sport dans laquelle il se rendait deux à trois fois par semaines, lui permettait d'échanger des mots avec ses clients. Laurel s'était moins impliquée pour l'instant dans cette affaire, occupée par son travail d'assistante du procureur mais elle était toujours là s'ils lui demandaient.
Ils s'étaient aperçus de l'organisation de Blackmore quand ils avaient décidés de se rapprocher. John avait rejoint la salle de sport, il s'était installé dans un coin et il le surveillait de loin, il avait surpris des regards échangés entre leur suspect et un homme sur le banc de musculation. L'homme se leva et ressortir dix minutes plus tard des vestiaires. Blackmore ne lui jeta aucun regard mais l'homme le surveilla du coin de l'œil en partant. Cinq minutes plus tard, leur cible se levait à son tour. John se força à rester assis encore deux minutes pour ne pas le suivre de trop prés. Quand il arriva à son tour dans les vestiaires, il se dirigea vers son casier en se tenant le bras.
- « J'ai voulu trop forcé aujourd'hui, en lançant un regard vers Blackmore », un sourire feint sur les lèvres.
L'homme qui se trouvait face à lui devait avoir une cinquantaine d'année, il reconnaissait son maintien dû aux années passées sous l'uniforme militaire. Un corps trapu et musclé, des cheveux courts et grisonnant, des lèvres fines et des yeux froid. Quand son regard glissa rapidement sur lui, il nota qu'il tenait à la main un morceau de papier griffonné, qu'il enfourna dans la poche intérieur de sa veste. Celui-ci l'ignora et sorti de la pièce, John envoya un message à Oliver qui le prit en filature quand il sorti dans la rue. Une demi-heure après il était de retour chez lui.
Théa vint se poster en planque pour relever son frère. Blackmore ne sorti que le lendemain soir. Ils s'étaient tous préparés, sauf Ray. Oliver considérait qu'ils étaient assez nombreux et que Ray n'était pas encore assez formé pour une mission où il pouvait y avoir de plus grands risques. Felicity depuis le QG surveillait les déplacements de la voiture de Blackmore, elle guida Oliver et les autres à travers leurs écouteurs. Il ne valait mieux pas qu'ils soient repérés en étant si près de toucher au but. Même de nuit, Blackmore devait être assez rompu aux techniques de filature pour ne pas se laisser avoir facilement. Une fois arrivés aux docks, la berline s'arrêta face à un pick-up.
Deux hommes en descendirent alors qu'Oliver s'était placé sur un point en hauteur pour surveiller la scène, Théa sur un toit et John était encore en retrait. Oliver voulait le prendre sur le fait, avoir toutes les preuves pour qu'il ne puisse pas s'en sortir.
- « On attend, je vois savoir ce qu'il y a dans son coffre avant qu'on se découvre.
- Tu crois qu'il peut avoir quoi dans son coffre, des sucettes ? », lui demanda Théa d'un ton énervé.
- « On attend j'ai dit ». La voix froide incita tout le monde au silence.
Quelque chose n'allait pas, Blackmore pouvait être sûr de lui et de sa façon de faire, il ne pouvait pas se présenter à une vente comme celle-ci sans un garde du corps ou un associé. Il avait pris de nombreuses garanties pour ne pas être repéré mais il ne pouvait pas avoir autant d'assurance et se présenter seul sur les docks.
Théa leva les yeux au ciel, ne dit rien mais soupira longuement créant ainsi une vapeur blanche dans l'air. Felicity sourit, elle savait que Théa n'était pas toujours d'accord avec les manières de faire de son frère mais alors que les autres essayer d'y mettre les formes pour se faire entendre au début, elle le prenait de front sans passer par la case discussion.
Ils arrêtèrent tous de parler quand Blackmore descendit enfin de voiture. Il s'adressa aux deux hommes face à lui, un des acheteurs sorti une mallette de la voiture et l'entrouvrit pour lui montrer son contenu. L'homme avança d'un pas, referma la mallette pleine de billets avant de la déposer sur le sol. La lumière des lampadaires ne les aider pas à avoir un bon aperçu des acheteurs mais ça n'inquiétait pas Oliver, ils les arrêteraient comme les autres.
Quelques gouttes de pluie avaient commencé à tomber sur la ville. Oliver plissa les yeux en voyant Blackmore se diriger vers le coffre de sa voiture et l'ouvrir. John pu voir ce qu'il refermait, une dizaine d'armes de poing différentes et en informa les autres. En plus des armes de poings, des fusils Remington et des carabines M4. De quoi faire des ravages.
- « Oliver, qu'est-ce qu'on fait ? », demanda John, prêt à agir.
- « Il y a quelque chose qui ne va pas… »
Oliver observait toujours la scène et les alentours. Il inspira pour se forcer à réfléchir tranquillement. Ils ne pouvaient pas les laisser repartir avec toutes ces armes et ce n'était pas sûr de les suivre et de se séparer, ils ne savaient pas qui ils étaient.
- « Faite attention, il y a quelque chose de bizarre. »
Il se redressa, John et Théa ne quittaient pas la scène des yeux. John avait sorti son arme et Théa tenait déjà son arc bandé.
- « On y va », lança Oliver.
Sans attendre, il sauta du toit. Les trois hommes portèrent leur attention sur lui, Blackmore ne bougea pas alors que les deux acheteurs avaient déjà leur arme en main et lui tiraient dessus. Ils furent rapidement mis hors d'état de nuire, une flèche plantée dans un bras ou une épaule. Oliver, Théa et John se rapprochèrent un peu plus des voitures. Blackmore, toujours impassible les observait. Il semblait avoir de l'expérience, et dans ce contexte il paraissait tout à fait à l'aise. Un regard froid, aucune émotion ne s'affichait sur son visage, peut-être à part le dédain.
- « Toujours à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas.
- On veille sur la ville et une vente d'armes nous concerne », lui lança Oliver d'une voix dure.
Il n'allait pas se faire dicter sa conduite par un homme prêt à tout pour se faire de l'argent, à vendre des armes qui allaient servir à voler des honnêtes gens. Blackmore n'avait toujours pas fait de geste suspect et n'avait pas tenté de fuir. C'était très étrange. Oliver regarda autour d'eux et quand il posa de nouveau son regard sur l'homme, cette fois-ci il souriait.
- « Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda John.
Le sourire de Blackmore s'agrandit.
- « Vous n'êtes que des débutants. »
A ces mots, une salve de tirs résonna. En une fraction de secondes, ils se mirent à couvert et ils avaient du mal à voir d'où venaient les balles. Il y avait plusieurs tireurs, dans des zones différentes et ils étaient incapables de bouger pour l'instant.
- « Felicity, tu peux voir combien ils sont ?
- Non, ils sont dans des angles morts. »
Oliver l'entendait taper sur son clavier à toute vitesse, tentant de les aider au mieux d'où elle était et quand il reporta son attention sur Blackmore, il n'était plus en vue. Il restait sa voiture pleine d'armes mais plus aucune trace de l'homme. Il ragea en serrant les mâchoires. Tout ce travail pour le voir s'envoler aussi facilement. Au bout d'un moment les tirs nourris se calmèrent, ils se relevèrent tous les trois en vérifiant autour d'eux s'ils ne voyaient personne. Ils avaient tous disparus. Blackmore s'était volatilisé et les acheteurs gisaient à terre.
Quand Oliver entra dans le QG, John et Théa sur les talons, il était d'une humeur exécrable. Felicity ne dit rien et les observa passer devant elle. Oliver était tendu et en colère, John et Théa n'était pas non plus calmes mais ils semblaient moins affectés qu'Oliver, surement dû au fait qu'ils étaient désolé de le voir se mettre dans cet état.
- « Oliver, on ne pouvait pas savoir… »
John s'interrompit au bruit que le poing d'Oliver fit en frappant la table.
- « On a été en dessous de tout. Il nous a bernés sur toute la ligne. »
Ils restèrent à le regarder sans répondre. Ils se sentaient tous fautifs, d'avoir laissé filer cette homme mais ce n'était rien comparé à ce qu'Oliver ressentait.
- « Maintenant qu'il sait qu'on l'a surveillé, il va disparaître, il va trouver un nouveau moyen de réaliser son commerce et il va être à l'origine de nombreuses morts… »
Il se redressa pour les regarder.
- « … et tout ça parce qu'on n'a pas été capable de prévoir cette soirée. »
Felicity baissa la tête, elle aurait dû se rendre compte qu'il y avait d'autres personnes sur les lieux en les ayant guidé tout le long par caméras.
- « Je suis désolée,… je vais visionner les enregistrements des caméras des docks quelques heures avant l'heure du rendez-vous essayer de voir ces hommes. »
Oliver respira profondément et ferma les yeux.
- « Ce soir, on rentre. On a besoin de faire une pause et de penser à ce qui vient de se passer. »
Il les laissa en plan et alla se changer. Quand il revint, il pensait trouver la salle vide mais Felicity se tenait toujours devant ses écrans.
- « On fait une pause ce soir Felicity. »
Elle releva la tête, sa voix s'était adoucie mais il était toujours aussi tendu. Il ne se pardonnerait pas cet échec, comme les autres pensa-t-elle amèrement. Elle hocha la tête sans répondre, elle n'avait pas envie de discuter. Elle se leva en mettant en veille son matériel, attrapa son sac et sa veste. Elle allait souhaiter une bonne nuit à Oliver quand elle se souvint qu'elle n'avait pas sa voiture, Ray l'ayant déposée plus tôt.
- « Tu pourrais me ramener chez moi ? », lui demanda-t-elle timidement.
Elle ne voulait pas imposer à Oliver sa présence mais elle préférait ne pas rentrer seule après la soirée qu'ils venaient de vivre.
- « Oui, bien sûr. »
Il lui sourit doucement et elle lui emboîta le pas quand il passa à côté d'elle. En sortant dans la rue, elle resserra son manteau autour d'elle. La pluie était plus forte maintenant, ils avancèrent d'un pas rapide côte à côte. Oliver déverrouilla la voiture de sport noire garée dans la rue et elle monta dedans sans attendre. Elle s'ébroua en frottant ses mains sur ses bras, Oliver lui jeta un coup d'œil mais ne dit rien. Il y avait longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés dans ce genre de situation, aussi proche l'un de l'autre, aussi proche d'une situation intime qu'ils avaient pu avoir dans le passé. Ils sortirent doucement de la rue, le silence régnant dans la rue tout autant que dans la voiture.
Oliver s'infiltra dans le trafic, les gouttes de pluie qui s'accrochaient aux vitres faisaient briller les lumières des feux des voitures. Felicity se détendit en voyant qu'Oliver semblait avoir retrouvé son calme, elle se laissa bercer par le bruit de la pluie sur le toit de la voiture. Ils s'engagèrent sur le pont qui passait au-dessus du fleuve. Felicity tourna la tête et laissa son regard se perdre dans la noirceur des eaux. Elle ne comprit pas ce qui se passait quand elle ressenti un choc violent. Elle tourna brusquement la tête vers Oliver.
- « Accroche-toi », lui cria-t-il.
Elle regarda par la vitre derrière Oliver, un van noir venait de les percuter et les poussait contre la balustrade du pont. Dans cette position, Oliver ne pouvait rien faire. Elle sentait sa gorge se remplir de cris qui ne parvenaient pas à sortir, elle était tétanisée dans son fauteuil.
Elle attrapa le bras d'Oliver et le serra entre ses doigts. Elle avait terriblement peur de mourir mais elle était aussi terrifiée de ce qui pourrait arriver à son ami. La ceinture se resserra un peu plus autour d'elle quand un nouveau choc les secoua. La voiture commençait à pencher dangereusement dans le vide. Oliver regardait le van les pousser inexorablement vers le vide. Il était bloqué et ne pouvait rien faire.
Quand Oliver se tourna vers elle à nouveau, elle était terrorisée, le regard focalisé sur le véhicule noir. Il s'arracha à ses grands yeux bleus plein d'effroi et regarda le parapet qui était en train de céder. Sa dernière heure était peut être arrivée mais il ne laisserait pas arriver celle de Felicity.
- « Oliver… »
Ses yeux étaient remplis de larmes. Son cerveau ne fonctionnait plus ou peut être trop vite. Dans tous les cas, elle ne parvenait pas à avoir un raisonnement logique. Seule l'idée qu'elle allait mourir occupait son esprit. Elle tentait de garder son regard focalisé sur Oliver. Il lui parlait, il devait lui parler, ses lèvres bougeaient bien qu'elle n'entende rien, seul les cris à l'extérieur, le bruit de la ferraille et un grondement sourd tout à coup alors que le voiture plongeait vers le noir.
Elle ne regardait pas où elle était entraînée, elle gardait ses yeux rivés à ceux d'Oliver. Il continuait de lui parler alors qu'ils tombaient. Elle se mit à hurler en fermant les yeux, elle ne voulait pas mourir, pas comme ça, pas maintenant. Elle se débattit, tirant sur sa ceinture qui la retenait prisonnière. Un nouveau choc et un bruit sourd. Ils atterrirent sur l'eau, Felicity se cogna fortement la tête et perdit connaissance. La voiture plongea en se remplissant d'eau gelée.
- « Felicity regarde-moi ! »
Oliver enserrerait sa tête, il voulait qu'elle ouvre les yeux. Quand il se rendit compte qu'elle ne se réveillait pas, il tira encore plus vigoureusement sur sa ceinture. Il faisait appel à toute sa force.
- « On va s'en sortir Felicity…je te le jure. »
Il continuait de tirer de toutes ses forces, il prit appui sur le tableau de bord, en sentant déjà l'eau autour de ses pieds.
- « Je ne te laisserai pas mourir, tu m'entends. »
Il cria presque tentant de la persuader et de se persuader en même temps. L'eau montait inexorablement, elle atteignait maintenant sa taille et Oliver continuait de lutter.
- « Oliver… »
Il entendit son nom murmuré par celle qu'il aimait. Il ne la regardait plus, il ne voulait pas la voir mourir. Il continuait de tirer sur la ceinture mais rien n'y faisait. Il n'y avait aucun moyen pour sortir de là. L'eau finie par les engloutir en passant par-dessus le toit de la voiture. Il posa son regard sur le visage de cette femme qui lui avait tant apporté. Il voyait ses mèches blondes balayées par l'eau qui s'enroulait autour d'eux alors qu'elle était maintenant inconsciente.
Toute sa vie n'aura servi qu'à ça et à le mener à cet instant précis. A voir mourir sous ses yeux la femme qu'il avait toujours aimée. Une dernière idée lui traversa l'esprit avant de perdre conscience, noyé par l'eau qui atteignait maintenant leurs visages. Il ne serait pas forcé de vivre sans elle, avec sa mort sur la conscience. Il l'accompagnerait jusqu'au bout. Oliver était prêt à se laisser aller quand il entendit une détonation. Un bruit sourd et le pare-brise lézardé fini par éclater. Il senti une nouvelle pression de l'eau sur son corps et quand il ouvrit les yeux, une ombre fonçait sur lui.
John trancha les ceintures d'un coup de couteau. Il secoua Oliver pour le faire réagir avant qu'il ne soit trop tard et il attrapa sans attendre Felicity qu'il tira à lui pour la remonter vers la surface. Oliver regarda les cheveux blonds flotter dans les eaux sombres. Il donna un coup de pied pour se propulser et sorti de la voiture en suivant John. Quand il arriva à la surface à son tour, John était déjà en train de traîner Felicity sur la berge. Oliver prit une profonde inspiration qui lui brûla les poumons, il attendit que la douleur s'estompe avant de nager pour retrouver la berge.
Il avait failli mourir et la peur ne le quittait pas. Son regard focalisé sur Felicity, elle ne bougeait toujours pas. Quand il mit pied à terre, il fit deux pas et tomba à genoux à côté de son corps toujours immobile, John penché au-dessus d'elle. Il le repoussa rudement et se pencha à son tour au-dessus de son visage. Elle était encore plus blanche qu'à l'habitude et il ne put s'empêcher de penser que la vie avait déjà quitté son corps. Il posa sa paume sur son front et la caressa doucement en murmurant son prénom.
- « Ne me laisse pas seul, Felicity…Je t'en prie. »
Il fut brutalement repoussé en arrière, il se laissa tomber et laissa John lui faire du bouche-à-bouche et un massage cardiaque. Il ne pouvait détacher ses yeux de son visage, ses cheveux ruisselant encore d'eau. Oliver écarquilla les yeux quand il la vit sursauter. Il se redressa sur ses genoux et se rapprocha d'elle, les yeux noyés de larmes. Felicity toussa et se débattit faiblement en sentant le poids de John au-dessus d'elle. Il n'eut pas le temps de lui parler que des ambulanciers l'entouraient et l'installaient sur une civière pour la transporter. Il se releva précipitamment, il ne voulait pas la laisser seuls, mais il fut arrêté par la main de John qui lui attrapa le bras.
- « Elle va bien. Laisse les ambulanciers faire leur travail, on va les suivre jusqu'à l'hôpital. »
Il acquiesça, suivi des yeux le corps de Felicity qui semblait de nouveau respirer avec assistance et suivi son ami sans rien dire. John qui marchait devant lui était étonné, Oliver n'avait pas cherché à discuter. Il était encore sous le choc, il avait failli mourir et il avait failli perdre l'amour de sa vie. Il le poussera à consulter une fois qu'ils seront à l'hôpital, une fois qu'il serait sûr que Felicity était bien entourée, il se laisserait plus facilement faire. Sans attendre, ils suivirent l'ambulance qui partait toutes sirènes hurlantes. John observait Oliver du coin de l'œil, il restait prostré sur son siège sans parler. Il avertit Ray de ce qu'il s'était passé et lui expliqua qu'il étaient en route pour l'hôpital.
- « Oliver ? »
Aucune réaction, il était en état de choc. Ça l'étonnait, il était pourtant habitué à passer aussi près de la mort. Il remarqua que son corps était parcouru de tremblements, dus au choc, au froid accentué par le fait qu'il soit trempé et par l'adrénaline qui devait encore courir dans ses veines.
- « Oliver », l'appela-t-il plus fort.
Son ami fini par tourner la tête doucement vers lui, le regard ravagé.
- « Elle a failli mourir », dit-il d'une voix fragile.
Il serra ses mains l'une dans l'autre pour calmer les tremblements dont il avait maintenant pris conscience.
- « Tout va bien maintenant.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment ça a pu lui arriver.
- Ce n'est pas ta faute Oliver. »
Il n'avait pas besoin de le dire, John savait déjà qu'il se sentait responsable de ce qu'il s'était passé.
- « J'étais avec elle, comment ça peut ne pas être de ma faute ?
- C'était un accident Oliver. J'ai tout vu. »
Oliver le regarda avec incompréhension et John s'expliqua.
- « J'étais revenu au QG car j'avais oublié des affaires. Sur la route du retour, j'ai reconnu ta voiture et presque au même instant, j'ai vu le van changer de fil et vous foncer dessus. Quand je suis arrivé à votre hauteur, ta voiture penchait déjà dans le vide. Je n'aurais pas eu le temps de vous sortir de là avant que vous ne plongiez alors j'ai roulé plus loin et me suis arrêté sur la berge. Quand j'ai dépassé le van, le chauffeur était effondré sur le volant. Il a dû faire un malaise surement. »
Oliver continuait de le regarder sans rien dire, essayant d'intégrer tout ce qu'il lui disait.
- « Ce n'était rien d'autre qu'un accident, Oliver. »
Il finit par détourner le regard de John et le posa de nouveau sur l'ambulance devant eux. Ce n'était pas le moment de penser à ça. Felicity devait s'en sortir, il n'y avait que ça qui comptait. Il se rendit compte à cet instant que même s'il faisait tout pour ne pas la mettre en danger, elle pouvait être blessée et il prit conscience que la distance qu'il lui avait imposé ne servait à rien. Le destin se jouait de lui, il avait tout fait pour la protéger mais ça ne changeait rien.
Que les fans du Olicity se rassurent, Oliver va ouvrir les yeux même si une épreuve (ou plusieurs) l'attend encore. Merci pour vos reviews. Je vous embrasse.
