DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Le compteur des reviews s'est emballé cette semaine ! Merci à vous de prendre le temps de laisser un petit message, ça fait tellement plaisir !
Bonne lecture !
Chapitre 9 – C'est pas d'l'amour
« C'est un peu ça, tour à tour
mais en tout cas, c'est pas d'l'amour »
(Jean-Jacques Goldman)
19 octobre 2014 – Loch Lomond, Ecosse
Hermione ne s'était plus sentie aussi bien depuis longtemps. Heureuse, reposée, épanouie. Vivante.
Blaise savait y faire, c'était le moins qu'on puisse dire. Sûr de lui, il n'était pas de ces hommes qui se sentaient obligés d'étaler leur connaissance du corps des femmes en les soumettant à toutes sortes de préliminaires longs et compliqués et qui attendaient la même chose en retour. Il lui avait fait l'amour sans fioriture, avec un naturel désarmant, puissant et sincère qui était finalement bien plus érotique et excitant que toutes les caresses savantes que d'autres lui avaient prodiguées.
Il n'avait pas eu la prétention de guetter ses réactions, juste pour se glorifier du fait qu'elle prenait du plaisir grâce à lui. D'autres femmes auraient pu y voir de la fatuité, de la suffisance ou de l'égoïsme. Hermione elle, y voyait seulement une certitude sereine, de la confiance en ce qu'il était. Elle avait aimé ce sentiment de pouvoir s'abandonner à lui, de cesser pour une fois d'être forte, d'être celle sur qui tout reposait.
Blaise lui avait permis de se sentir fragile et d'accepter de l'être. Un sentiment qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant, pas même avec Ron.
Pourtant, elle avait été heureuse avec lui, vraiment. La Guerre l'avait fait gagner en maturité, son tempérament s'était fait plus posé, plus constant aussi. Même s'il vivait toujours dans l'ombre de la célébrité de Harry, il s'était affirmé par rapport à lui, prenant les décisions quand Harry s'avérait incapable de le faire.
L'adolescent gauche et empoté avait aussi fait place à un amant exceptionnel, qu'elle avait longtemps regretté après son divorce et malgré ses multiples conquêtes.
Pourtant une partie de tout cela n'était que de la poudre aux yeux. En réalité, Ron était un homme rongé par la jalousie, l'envie et le dépit. Deux jours après l'accident de Quidditch de Harry, certain qu'il n'en réchapperait pas, il négocia sa reconversion en parvenant à être nommé Directeur du Département des Sports Magiques. Après le divorce, il prit évidemment fait et cause pour sa sœur, dépeignant Harry comme un homme débauché, aux mœurs déviantes et amorales, contribuant à ce que la justice sorcière éloigne Harry de ses enfants.
Hermione avait vécu tout cela dans la confusion la plus totale, partagée entre son meilleur ami et l'homme qu'elle aimait, le père de sa fille, mais qu'elle ne reconnaissait plus. Jusqu'au jour où elle aussi avait fait les frais de la vindicte, perverse et malsaine, de Ronald Weasley.
Elle soupira. Pourquoi raviver de tels souvenirs alors qu'elle était si bien, là, allongée dans le lit d'un homme merveilleux ?
Une main chaude et douce se promena sur son dos, la tirant de ses sombres pensées.
-Quelque chose ne va pas ? Tu sembles soucieuse, demanda Blaise.
- Rien d'important, dit-elle en savourant le contact de cette main sur sa peau. Quand je suis heureuse, j'ai toujours le don de tout gâcher en ressassant de vieux souvenirs.
- Tu veux m'en parler ?
- Blaise, protesta-t-elle en ouvrant les yeux.
- Je sais, je sais… je ne suis pas ton psy. Mais tu pourrais m'en parler comme à… un ami ?
Hermione lui sourit tout en l'attirant à elle.
-Tu es bien plus que cela, murmura-t-elle avant de l'embrasser.
Blaise sourit à son tour, heureux de cette réponse. Depuis des semaines que durait leur relation, il s'employait à ne pas la brusquer, à l'apprivoiser. Et ça fonctionnait.
Il migra de sa bouche vers son cou, son épaule et caressa de ses lèvres sa colonne vertébrale pour arriver au bas de son dos, là où s'épanouissait un tatouage en forme de fleur de lotus.
-Il est magnifique, dit-il en redessinant les contours du bout du doigt. En général, je ne suis pas un grand fan de tatouage ou de piercing mais j'avoue que les deux te vont très bien.
Il la fit rouler sur le dos pour admirer le petit bijou en forme de soleil qui ornait son nombril.
-Je les ai tous les deux fait faire sur un coup de tête, expliqua-t-elle. Pourtant, je ne l'ai jamais regretté. Contrairement à Harry.
- Quoi ? Potter a des piercings ?
- Avait ! précisa-t-elle en riant. Peu après mon divorce, j'ai voulu un changement radical dans ma vie. Tu crois sans doute que ma première décision a été de me couper les cheveux et de porter des vêtements sexy… eh bien, non. La première chose que j'ai voulue faire, c'est ce piercing et ce tatouage. Je te laisse imaginer la tête du tatoueur quand il m'a vue arriver, avec ma dégaine de première de classe.
- J'imagine en effet, plaisanta Blaise. Mais que vient faire Potter là-dedans ?
- Pour me montrer qu'il me soutenait, Harry avait décidé de se faire percer également. Mais il ne fait jamais les choses à moitié… alors, il s'est retrouvé avec des piercings aux tétons, au nombril et… hm… sur le prépuce.
- Putain de bordel de merde, souffla Blaise avec une grimace douloureuse. Il est malade ou quoi ?
- Pour tout dire, il consommait pas mal à l'époque et je crois bien qu'il avait pris quelque chose avant de venir. De l'exta ou un truc du genre. Ce qui expliquait sa réaction catastrophée le lendemain. Il a tout enlevé !
Blaise était encore un peu sous le choc, essayant tant bien que mal de ne pas penser à la douleur qu'impliquait la pose d'un piercing à cet endroit-là.
-C'est dommage, dit encore Hermione. Ça lui allait bien.
- Hm… amena prudemment Blaise, est-ce que Harry et toi… vous… enfin, je veux dire…
- Harry est gay, coupa Hermione.
- Ça je le sais ! Mais… il a été marié, il a eu des enfants… alors, il y a bien un moment où il ne l'était pas ou plus tout à fait…
Hermione soupira, amusée par l'embarras de Blaise et un peu agacée par la question.
-Une fois, dit-elle finalement.
- Ah.
- C'était il y a longtemps. Il n'était pas bien, moi non plus. On avait trop picolé. Ça été catastrophique. Il m'a appelé du prénom de son petit-ami de l'époque. Tu vois le tableau… Alors même s'il a été marié et même si on a couché ensemble, je doute que Harry ait jamais vraiment cessé d'être gay.
Blaise digéra l'information qui le contrariait plus qu'il ne voulait bien l'admettre.
-Et ça n'a pas ruiné votre amitié ? demanda-t-il.
- Fort heureusement non. Mais je m'en suis vraiment voulue juste après. Ça m'aurait anéantie de perdre mon meilleur ami pour une histoire de cul.
- Je te comprends. Je ne sais pas ce que je ferais si je perdais l'amitié de Draco. Surtout pour une histoire de cul.
- Et lui et toi…
- Quoi ? Non ! Non, jamais.
- Ça ne doit pas être facile pour lui. Etre ami avec un homme aussi désirable que toi…
Il sourit en caressant tendrement sa joue du bout du doigt.
-Je sais que je pourrais être à son goût et j'avoue que lui aussi est très bel homme. Mais il n'y a jamais rien eu de tel entre nous. En fait, nous sommes très à l'aise ensemble. Ce qui est une bonne chose car Draco est quelqu'un de très tactile. Mais je n'éprouve aucune gêne quand il me prend dans ses bras ou qu'il me touche car je sais qu'il n'a aucune arrière-pensée.
- Tu n'es même pas curieux de savoir ce que ça fait ?
- Non, soupira-t-il avec emphase. Je suis ce que Draco appelle un cas désespéré d'hétérocertitude.
Hermione se mit à rire mais son rire fut bien vite étouffé par la bouche gourmande de Blaise.
-Franchement, quel intérêt peut-on trouver à un torse plat et dur, à des hanches étroites et à des fesses ridiculement petites alors que la nature a créé ça.
Joignant le geste à la parole, il prit les seins d'Hermione en coupe et les embrassa amoureusement.
-Eh bien, de mon point de vue, il y en a, dit Hermione en caressant les pectoraux de son amant avant de prendre en main une fesse délicieusement ferme.
Ils poursuivirent ce passionnant débat du reste de la matinée.
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19 octobre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
Harry était prostré devant son dressing, incapable de choisir la tenue adéquate pour se rendre au Manoir Malefoy. Mentalement, il se traitait d'idiot d'être aussi nerveux.
-Potter, ça fait une demi-heure que tu regardes cette penderie, dit la voix narquoise de Draco dans son dos. C'est quoi le problème ?
- Je ne sais pas quoi mettre.
- Tu sais, nous allons seulement prendre le thé. Quelque chose de simple suffira.
- Quelque chose de simple ? Rien n'est simple avec vous les Malefoy ! s'énerva Harry.
Draco fronça les sourcils avant d'écarquiller les yeux.
-Bordel, j'y crois pas… Tu veux réellement faire bonne impression à ma mère !
Harry marmonna quelque chose d'incompréhensible en rougissant furieusement. Il se remit à chercher, déplaçant les cintres avec des mouvements brusques. Draco s'approcha et lui prit délicatement les poignets.
-Laisse-moi faire, dit-il, stupidement touché par le fait que Harry veuille faire un effort, même pour jouer la comédie.
Il choisit un pantalon léger en flanelle grise, une chemise vichy bleu clair et un pull en cachemire à col zippé anthracite.
-Voilà, dit-il en posant les vêtements sur le lit. Par-dessus, tu porteras ta veste en daim couleur caramel.
Lui-même portait un pantalon beige et un pull à col roulé blanc cassé.
-Je… heu… merci. C'est parfait, dit Harry.
- Ce sera encore mieux avec toi à l'intérieur, susurra Draco en l'entourant de ses bras. Ma mère ne trouvera rien à redire… sauf si nous arrivons en retard, ce qui risque d'être le cas si tu ne te dépêches pas !
Il ponctua son propos d'un baiser sur le front de Harry et quitta la chambre.
Harry s'empressa de s'habiller. Quand ce fut fait, il se regarda dans le miroir et essaya de discipliner ses cheveux. Il passa une main sur la légère barbe qu'il portait dorénavant, se demandant s'il n'aurait pas mieux fait de se raser. Puis il jugea que non. Depuis que Draco lui avait dit que ça lui allait bien, il l'entretenait scrupuleusement à l'aide de sorts et d'appareils moldus.
Il respira un grand coup. Tout irait bien.
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19 octobre 2014 – Manoir Malefoy, Wiltshire
A seize heures précises, Harry et Draco sortirent de la cheminée du salon de réception où ils furent accueillis par deux elfes de maison. Les petites créatures les débarrassèrent de leurs vestes avant de disparaître.
Harry vérifia que le large bouquet de fleurs qu'il apportait n'avait pas souffert du voyage, et aussi qu'il n'avait pas les mains moites, ce qui serait du plus mauvais effet.
Un bruit de talons résonna dans le hall, annonçant l'arrivée de la maîtresse des lieux.
-C'est parti, murmura Draco en lui prenant la main. Tout ira bien, tu verras.
La porte s'ouvrit sur Narcissa Malefoy, fort élégante dans sa robe en soie couleur parme, les cheveux rassemblés en un chignon lâche. Immédiatement, elle se porta à la rencontre de son fils qu'elle serra affectueusement dans ses bras.
-Draco, comment vas-tu ?
- Fort bien Mère. Tu te souviens de Harry, n'est-ce-pas ? dit-il en passant un bras possessif autour de sa taille.
- Madame Malefoy, c'est un plaisir pour moi de vous revoir. Je vous remercie pour cette invitation, dit-il en lui tendant l'énorme bouquet de fleurs.
- Oh Harry ! Elles sont magnifiques !
Elle appela un elfe de maison à qui elle commanda de les placer dans un vase.
-Tu le poseras sur la table de mon salon privé afin que je puisse en profiter.
- Oui Madame, répondit l'elfe obligeamment.
Narcissa reporta ensuite son attention sur Harry à qui elle sourit avec bienveillance.
-Mon cher Harry, je suis tellement heureuse de vous rencontrer enfin dans des circonstances plus agréables que les précédentes.
- Moi aussi Madame Malefoy.
- Appelez-moi Narcissa, je vous en prie. Après tout, vous allez bientôt faire partie de la famille !
- Je… hm… oui.
- Ne restons pas là ! Allons nous asseoir au salon, nous serons bien plus à l'aise pour discuter.
Elle les précéda jusqu'à un confortable sofa dans lequel Harry prit place. Draco s'assit tout à côté de lui et enlaça ses doigts aux siens. Un sourire aux lèvres, Narcissa s'installa à leur droite, dans un fauteuil à dossier haut.
Aussitôt, la table basse se couvrit de tasses, d'une théière et de plats contenant une multitude de pâtisseries qui semblaient toutes plus succulentes les unes et que les autres.
-Draco ? Veux-tu bien faire le service ? demanda-t-elle aimablement.
- Oui Mère.
Si Harry s'étonna de la docilité de Draco, il n'en montra rien, se contentant de prendre la tasse que son prétendu fiancé lui tendait.
-Deux sucres et une tranche de citron, exactement comme tu l'aimes, dit celui-ci en posant un baiser sur sa bouche.
La tasse tangua dangereusement sur la soucoupe.
-Je… hm… merci…. Mon cœur.
Draco haussa un sourcil et fit une petite moue contrariée dont Harry se moqua complètement. Draco voulait jouer à ce jeu-là ? Parfait.
-Dites-moi Harry ? dit Narcissa d'un air dégagé, en faisant tinter sa cuiller contre la délicate porcelaine. Comment en êtes–vous arrivé à vous rapprocher de mon fils ?
- Oh, le plus simplement du monde ! J'étais à New York pour affaires. J'ai croisé Draco au club où j'avais été invité. Nous avons parlé et nous nous sommes rendus compte que malgré nos différends d'autrefois, nous avions énormément de choses en commun. Et puis, Draco peut être tellement persuasif quand il le veut…
Harry soupira mélodramatiquement en le fixant d'un air enamouré.
-Je crois que ça été le coup de foudre, conclut-il. N'est-ce pas mon cœur ?
- Absolument mon amour, grinça Draco avec un sourire faux.
- C'est tout à fait charmant, s'extasia Narcissa. Vous formez un si beau couple tous les deux ! Harry, Draco se comporte bien avec vous j'espère ? Il peut être si insensible par moment…
- Oh, je n'ai jamais connu quelqu'un de plus romantique et attentionné que Draco. Je pourrais vous raconter tout…
- Harry, mon amour, coupa Draco d'une voix lourde d'avertissement, laisse-nous notre jardin secret, si tu veux bien…
- Mais…
Draco n'eut d'autre moyen de le faire taire qu'en l'embrassant. Une toux discrète le rappela cependant à l'ordre.
-Dire que j'attends ce moment depuis si longtemps ! soupira Narcissa. J'ai bien cru que mon fils ne parviendrait jamais à se fixer ! Mais maintenant que c'est chose faite…
Elle posa sa tasse sur la table avant de s'éclaircir une nouvelle fois la gorge. Draco fut immédiatement sur ses gardes.
-… nous allons pouvoir aborder les choses sérieuses, acheva-t-elle avec un sourire inquiétant.
Harry jeta un œil à Draco, peu rassuré par la tournure de la conversation.
-Sachez tout d'abord, Harry, que j'approuve totalement votre relation. Ceci dit, je me dois également de veiller aux intérêts de la famille Malefoy et de son patrimoine.
- Mère, l'avertit Draco.
- Je sais que vous avez connu un premier mariage infructueux, continua Narcissa sans égard pour son fils, et je peux parfaitement vous comprendre. Les Weasley ont toujours été… enfin, soit, dit-elle avec un geste négligent de la main, comme si elle chassait un insecte importun. Une union avec un Malefoy vous sera évidemment bien plus profitable. Nous…
- Quoi ? coupa Harry qui avait soudain perdu toute envie de jouer la comédie. Profitable ? Vous pensez que je suis avec Draco pour son argent ?
- Pas du tout…
- Ce n'est pas le cas ! s'énerva-t-il. J'ai une fortune personnelle considérable qui me permet de vivre sans devoir dépendre de qui que ce soit ! Je me moque de la fortune des Malefoy !
- Je le sais très bien, dit Narcissa calmement. Je voulais seulement éclaircir les choses à propos de…
- Les choses sont très claires ! plastronna Harry. J'aime votre fils et je l'aimerais encore, même s'il n'avait pas un gallion en poche !
Le silence qui suivit son coup d'éclat était presque assourdissant. Harry entendait et sentait le sang pulser à ses tempes et son cœur battre frénétiquement. Il ne pouvait pas avoir dit cela, n'est-ce pas ? Un coup d'œil vers Draco lui confirma pourtant que c'était le cas. Ce dernier était livide et le fixait, les yeux écarquillés.
Harry expira lourdement, pris d'une brusque envie de pleurer. Draco allait le tuer. Ou bien se mettre à rire. Il allait l'humilier en se moquant de lui, puis il lui dirait de dégager, qu'il ne voulait plus jamais avoir à faire à lui.
Il n'entendit rien de tout ça. A la place, une main tremblante attrapa la sienne et la serra de toutes ses forces. Il se sentit tiré vers le haut, eut vaguement conscience d'être debout avant qu'un bras ne lui entoure la taille.
-Nous partons.
La voix avait claqué, lui faisant reprendre ses esprits.
-Draco, assieds-toi. Harry aussi, commanda Narcissa.
- Hors de question. Avec tout le respect que j'ai pour toi Mère, je ne te laisserai pas humilier Harry de la sorte.
- Si vous m'aviez laissée finir ma phrase, vous auriez su que je ne parlais pas d'argent mais de la chance pour vous de contracter une union magique !
Harry et Draco restèrent sans bouger tandis que Narcissa les regardait avec un sourire en coin. Harry se reprit le premier.
-Une union… magique ? Je croyais que…
- Je pourrais peut-être vous expliquer si vous consentiez à m'écouter au lieu de vociférer comme vous le faites !
- Excusez-moi. Je… je n'aurais pas dû m'emporter de la sorte.
- Ce n'est pas grave. Maintenant, si vous voulez bien vous rasseoir tous les deux…
Les deux hommes obtempérèrent, légèrement plus détendus.
-Je disais donc, Harry, que vous pourrez prétendre à contracter une union magique. Les Weasley n'ont aucun respect pour les traditions sorcières, raison pour laquelle ils se sont contenté d'un mariage moldu, mais c'est tout-à-fait inconcevable pour un Malefoy.
- Mère, dit Draco, le plus calmement possible. Je pense qu'il est prématuré de parler de mariage pour le moment. Harry et moi n'avons encore jamais abordé cette question.
- Peu importe. Harry doit connaître nos traditions.
- C'est une tradition réservée aux Sang-purs ! s'exclama Draco. Est-ce là encore une manœuvre pour humilier Harry qui, comme tu le sais parfaitement, est un sang-mêlé ?
Narcissa semblait particulièrement amusée par la situation.
-Il y a une exception lorsque le sorcier est un sang-mêlé de première génération. En l'occurrence, James Potter est le premier de la lignée à avoir épousé une sorcière née-moldue. Harry est donc en droit de contracter une union magique.
- Mais… comment savez-vous cela ? questionna Harry.
- Les Blacks sont très attachés à leur histoire. Mon père m'a fait apprendre l'arbre généalogique de toute la famille.
- Vous voulez dire que…
Il s'interrompit. Il ne parvenait pas à assimiler ce que Narcissa Malefoy était en train de dire.
-Votre ancêtre se nommait Linfred de Stinchcombe, expliqua Narcissa. Il vécut au 12ème siècle et il fut le premier à porter le nom de Potter. Tout simplement parce qu'il se faisait passer auprès de ses voisins moldus pour un potier. C'était un homme excentrique et il trouva sympathique de conserver le nom de Potter. Lorsque le fils aîné de Linfred épousa la fille Peverell, il décida à son tour de se faire appeler Potter. C'est ainsi que commence l'histoire de votre famille. Bien plus tard, Charlus Potter épousera Dorea Black, mon aïeule, liant ainsi l'histoire de la famille Potter à celle de la famille Black. Je ne saurais dire à quel degré mais Draco est en quelque sorte votre cousin.
Harry était sans voix. En quelques instants Narcissa Malefoy venait de lui donner une histoire, une famille. Ce qu'il avait cherché toute sa vie.
-Harry ? Tu vas bien ? s'inquiéta Draco.
- Je… non… je… Sirius… ne m'a… jamais dit…
- Pardonnez ma brutalité, dit Narcissa, mais les seules choses qui intéressaient mon cousin était le Quidditch et de faire les quatre-cent coups avec votre père ! De plus, il détestait notre famille, continua-t-elle plus doucement, presque douloureusement. Il se moquait bien de connaître ses racines.
Harry redressa la tête, frappée qu'elle utilise ce mot.
-Moi, je ne m'en moque pas ! Madame Malefoy… Narcissa, je… merci de m'avoir dit ça. Merci. Vraiment.
La mère de Draco était émue de le voir aussi touché par ce récit, si bien qu'elle se décida à lui raconter autre chose.
-Venez avec moi, je vous prie.
Elle se leva, suivie par Harry et Draco. Ils traversèrent plusieurs couloirs qui désorientèrent complètement Harry.
-Comment faisais-tu pour ne pas te perdre dans une maison pareille ? chuchota-t-il à Draco.
- Oh, je me suis perdu plus d'une fois. Mon père interdisait aux elfes de maison de partir à ma recherche mais il y en avait un qui désobéissait toujours et qui m'aidait à retrouver mon chemin. Dobby... Une vraie tête brûlée, celui-là ! Mais tu le sais, n'est-ce pas ?
Le ton de Draco était un peu caustique, voire coléreux. Harry allait lui répondre mais il n'en eut pas le temps car Narcissa venait de les faire entrer dans une pièce de taille plus modeste et extrêmement chaleureuse. Elle bénéficiait d'une grande porte vitrée qui donnait sur une terrasse fleurie, puis sur une partie des jardins.
Harry reconnut le bouquet de fleurs qu'il avait apporté et comprit qu'ils étaient dans le salon privé de Madame Malefoy.
Elle se dirigea vers un petit secrétaire en bois de rose joliment travaillé et agita sa baguette. Un petit claquement indiqua la levée d'un sort de fermeture posé sur un des tiroirs. Elle fouilla quelques instants avant de revenir vers Harry et de lui tendre une photo.
C'était une photographie sorcière représentant trois femmes. La première était rieuse, menue, aux cheveux châtains coupés courts. La deuxième semblait un peu distante, son sourire était moins franc mais ses yeux trahissaient sa joie. Elle était très belle, très élégamment vêtue et ses cheveux blonds tombaient librement dans son dos. La troisième rayonnait littéralement. Elle avait de longs cheveux auburn et de magnifiques yeux verts.
Toutes les trois arboraient un ventre proéminent.
-C'est… c'est… bafouilla Harry.
- C'est votre mère, en effet.
Draco s'était penché par-dessus l'épaule de Harry pour regarder la photo avec lui.
-Mais… Mère ! Cette femme… là… c'est toi ! s'exclama-t-il.
- Oui. Et la troisième, c'est Alice Londubat.
Harry ne parvenait pas à détacher ses yeux de ceux de sa mère. A intervalles réguliers, elle lui faisait un petit signe de la main.
-Je ne comprends pas… dit-il. C'est… comment…
- Par le plus grand des hasards, expliqua Narcissa, il se trouve que nous avions toutes les trois le même obstétrimage… et que nous devions accoucher à peu près à la même date. Nous nous retrouvions toujours toutes les trois dans la même salle d'attente et nous avons fini par sympathiser. Cette photo a été prise par une des infirmières, peu de temps avant la naissance de Draco.
-Mais… je suis né début juin… et Harry fin juillet, dit-il, perplexe.
- Tu étais censé naître aux environs du 25 juillet. Mais tu es né prématurément. J'avais fait trois fausses couches auparavant et l'obstétrimage n'était pas confiant dans le fait que je puisse mener cette grossesse à terme. Pourtant, tu as survécu.
- Pourquoi tu ne m'en as jamais rien dit ?
- Quelle importance ? Tu étais là, en bonne santé, c'est tout ce qui comptait. J'étais tellement heureuse, ton père aussi.
Harry avait les larmes aux yeux. Du bout du doigt, il caressait la photo. Trois femmes, insouciantes, heureuses. Se doutaient-elles que le destin de leurs enfants allait basculer un an plus tard ?
-Je ne savais pas, dit Narcissa comme si elle avait lu dans ses pensées.
- Excusez-moi ?
- Je ne savais pas que votre vie et celle de vos parents étaient menacées. Ni mon mari ni Severus ne connaissaient les projets du Seigneur des Ténèbres vous concernant. Si j'avais pu le faire, je vous jure que j'aurais averti votre mère ! Jamais je n'aurais accepté qu'on prenne la vie d'un enfant ! Je vous le jure sur la vie de mon fils !
Narcissa Malefoy semblait terriblement et sincèrement affectée.
-Je vous crois, dit Harry en lui rendant la photographie. Merci de me l'avoir montrée.
- Gardez-là. Je sais qu'il vous reste très peu de souvenirs de vos parents, alors… je vous en prie, gardez-là.
- Je… vous êtes sûre ?
- Certaine, sourit-elle avec bienveillance.
- Mer… merci, balbutia Harry.
Il serra religieusement la photo contre son cœur.
-Le jour où cette photo a été prise, dit encore Narcissa, Lily m'a dit qu'elle vous appellerait Harry. Votre père, lui, voulait vous appeler Fleamont, comme votre grand-père. Je pense que c'est une bonne chose que votre mère ait eu gain de cause…
- Oui, acquiesça Harry, riant et pleurant à moitié. Oui, je le pense aussi…
Draco entoura la taille de Harry de ses bras et embrassa doucement sa tempe.
-Nous allons rentrer Mère. Je pense que Harry a eu assez d'émotions pour la journée.
- Si ça ne t'ennuie pas, j'aimerais lui parler seule à seul. Je n'en ai pas pour longtemps.
- A vrai dire, si… ça m'ennuie, répliqua Draco en fronçant les sourcils.
- Ça ira, Draco, tempéra Harry.
A contrecœur, Draco desserra son étreinte.
-Je vous attends dans le grand salon, dit-il, mécontent mais surtout inquiet.
Une fois la porte refermée, Narcissa fixa Harry d'un air impénétrable.
-Maintenant que nous sommes seuls, vous pouvez arrêter de jouer la comédie, dit-elle tout de go.
- Quoi ? Je ne comprends pas…
- Vous me comprenez parfaitement. Vous et mon fils. Vous n'êtes pas ensemble.
- Si ! Je vous assure que…
- Oh, il couche avec vous, c'est une certitude mais vous n'êtes pas ensemble, vous n'avez aucun projet de vie avec lui. Vous lui servez seulement de distraction.
Harry était blessé par les mots de Narcissa mais il ne baissa pas les yeux. C'était la vérité, il l'assumait. Il n'en avait pas honte.
-Vous croyiez vraiment que j'allais croire à cette mise en scène ? continua-t-elle. Draco n'est ni romantique, ni attentionné. Il n'utilise pas de mots tendres et ne connaît rien aux coups de foudre. Je sais pertinemment qu'il n'a personne dans sa vie. Je suis entrée dans son jeu uniquement pour le plaisir de l'agacer avec le mot « mariage », le mot qu'il exècre par-dessus tout !
- Ecoutez, je… commença Harry.
- Comme vous avez pu le constater, poursuivit Narcissa sans égard pour ce qu'il allait dire, vous n'êtes pas le seul à savoir jouer la comédie. Et ma petite performance de tout à l'heure a eu au moins un mérite.
- Lequel ?
Narcissa croisa les bras sur sa poitrine et regarda Harry avec une étonnante douceur.
-Cette façon que vous avez eue de vous rebeller lorsque j'ai insinué que vos sentiments n'étaient pas sincères… ça m'a… touchée. Vous l'aimez vraiment, n'est-ce pas ?
Cette fois, Harry baissa la tête.
-N'ayez pas honte Harry. Dites-moi simplement si je me trompe.
- Non, murmura-t-il. Vous ne vous trompez pas.
- Et si je vous dis que mon fils n'aime personne à part lui-même ?
- C'EST FAUX ! cria Harry. IL N'EST PAS COMME CA ! C'EST UNIQUEMENT UNE FACADE QU'IL SE DONNE ! IL… il fait attention aux autres mais il ne le montre pas, termina-t-il plus doucement, conscient de s'être une nouvelle fois donné en spectacle.
Narcissa, elle, continuait de sourire.
-Arrêtez de vous moquer de moi, soupira Harry.
- Je ne me moque pas de vous. Je suis heureuse de voir que vous, vous le connaissez vraiment. Harry, répondez-moi sincèrement. Avez-vous envie de partager la vie de mon fils ?
Harry resta interdit. Oui, il aimait Draco. Oui, il était amoureux de lui. Mais en voulait-il davantage ? Etait-il seulement capable d'en vouloir davantage ? Ouvrir son cœur et pas seulement son lit. Renoncer à sa liberté. Accepter les contraintes d'une vie à deux. S'engager. Tout ce qu'il avait juré de ne plus faire depuis le fiasco de son mariage avec Ginny.
Ne plus être seul. Partager le bon comme le moins bon. Compter l'un sur l'autre. Aimer sans condition. Etre libre… à deux.
-Oui, s'entendit-il murmurer. Merlin oui, j'en ai envie.
- Tant mieux, soupira Narcissa avec un soulagement évident. Car vous êtes le seul à pouvoir le rendre heureux.
- Moi ? Mais…
- Il vous aime Harry. Depuis tellement longtemps que j'ai perdu le compte des années.
- C'est impossible, souffla-t-il. Il me détestait, il… n'a jamais rien dit…
- Et il ne vous dira jamais rien. Vous devez être prêt à ça. Jamais il ne vous dira qu'il vous aime.
- Je ne comprends pas…
Narcissa souffla de dépit et de lassitude.
-Vous devez comprendre que, toute sa vie, Draco a vénéré son père. Après… hm… l'incident du Ministère, il a assisté à sa déchéance et il l'a payée jusque dans sa chair. Pour la simple raison que son père avait choisi de renoncer à sa liberté, choisi d'appartenir à quelqu'un. Draco a vu Lucius renier la fierté des Malefoy pour se prosterner aux pieds d'un monstre qui avait fait de lui un pantin.
- Mais ça n'a rien à voir !
- Je le sais. Vous le savez. Mais Draco, lui, ne le sait pas. Il confond tout, l'amour, la folie, la soumission. Il ne conçoit pas qu'on puisse aimer quelqu'un sans y perdre son âme, sans renoncer à ce qu'on est.
Harry passa nerveusement sa main dans ses cheveux, complètement perdu.
-Mais comment le savoir ? S'il ne me dit rien…
- Vous saurez, dit Narcissa fermement. Vous le verrez, vous le sentirez. Car ce que Draco ne dit pas, il le montre. Il est très tactile avec les gens qu'il aime. Ce seront de petits gestes anodins, des attentions discrètes… C'est tout ce qu'il sera capable de faire. Mais si vous parvenez à vous passer de mots, vous arriverez à l'apprivoiser. Vous réussirez là où tous les autres ont échoué.
- Vous croyez ?
- J'en suis certaine. Parce qu'à la différence des autres, vous, Draco vous laissera faire.
Harry hocha la tête. Il ne savait pas s'il devait se réjouir ou pleurer. Il soupira, se disant qu'il était tombé amoureux de la personne la plus compliquée qui soit.
Il avait décidément l'art de ne rien faire comme tout le monde.
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19 octobre 2014 – Loch Lomond, Ecosse
Hermione et Blaise se promenaient, main dans la main, au bord du Loch Lomond, profitant des heures encore douces de cette fin d'après-midi.
-J'ai passé un merveilleux weekend, dit-elle. Cet endroit est vraiment splendide.
- Je suis ravi que ça t'ait plu. On reviendra… dans quinze jours, si tu veux.
- Ce serait avec plaisir mais ce samedi-là, c'est mon jour de visite à ma fille.
- C'est vrai, j'avais oublié. La rencontre se fait toujours au Département de l'Enfance, au Ministère ?
- Oui. Sous surveillance. Comme si j'étais une foutue criminelle, dit-t-elle avec amertume.
Blaise passa un bras autour de ses épaules.
-J'aimerais tant pouvoir t'aider, dit-il.
- Tu m'aides bien plus que tu ne le crois. Le fait que tu saches pour Rose m'aide énormément. C'est bien de pouvoir parler d'elle à quelqu'un d'autre que Harry.
- Tu n'as jamais rien dit à tes précédentes relations ?
- Jamais. Je n'avais pas confiance. J'avais peur aussi qu'ils me jugent à cause de ce que j'avais fait. Et puis aucun d'eux n'était suffisamment important pour que je leur parle de la personne qui compte le plus au monde pour moi.
- Si je n'avais pas déjà été au courant, tu me l'aurais dit ?
Hermione réfléchit quelques instants. Ce n'était pas une question facile.
-Je pense que non, admit-elle avec franchise. Mais j'aurais eu tort.
- Pourquoi ?
- Parce que tu n'es pas comme les autres. Tu m'acceptes comme je suis malgré ce que j'ai fait.
- Merlin Hermione, souffla-t-il en resserrant son étreinte. Qui suis-je pour juger une chose que tu as faite il y a tant d'années ? Qui suis-je pour juger des raisons qui t'ont poussée à le faire alors que je ne connais rien de ta vie ?
- Si seulement la justice sorcière pouvait penser comme toi…
- Je sais. C'est intolérable. Comment peuvent-ils considérer que ta fille est mieux avec Weasley qu'avec toi ?
Hermione haussa les épaules.
-En fait, je ne peux rien reprocher à Ron concernant l'éducation de Rose. Elle fréquente une école moldue comme je l'avais souhaité. Elle est très bonne élève et il suit sa scolarité de près. Elle fait des tas d'activités, elle est polie, gentille, toujours parfaitement habillée. Une enfant modèle. Quel reproche puis-je lui faire ?
- Personne ne dit que Weasley ne s'occupe pas bien de votre fille. Mais tu es sa mère ! Une petite fille a besoin de sa mère !
- Plus depuis qu'il a épousé Madame La Vertu…
- Lavande Brown ?
- Elle-même. Femme au foyer, irréprochable, elle peut consacrer tout son temps à Rose. Moi j'ai un job qui me prends ton mon temps et auquel je refuse de renoncer. Je fréquente de trop près un ex-joueur de Quidditch, ex-junkie à la moralité douteuse et qui est devenu mon patron… et surtout je suis une tueuse de fœtus… Sincèrement, quelles sont mes chances ?
- Je t'interdis de dire ça ! s'énerva Blaise. Comment veux-tu changer les mentalités si toi-même tu leur donnes raison !
Voyant que la jeune femme se refermait complètement, il regretta aussitôt d'avoir haussé le ton.
-Je suis désolé. Je n'aurais pas dû te parler comme ça.
- C'est bon, souffla-t-elle. Tu as raison. C'est juste que… ça fait six ans que je ne vois plus ma fille en dehors d'une pièce à la décoration gnangnan et surfaite et en présence de deux mégères qui me reluquent comme si j'allais l'enlever. Ça fait six ans que je me bats et… parfois, j'en ai assez. Ça m'épuise d'être toujours celle qui doit se justifier.
- Tu es déçue de Théo ?
- Deçue ? Non ! Sûrement pas ! Contrairement à mes autres avocats, au moins lui n'a aucun préjugé ! Je me doutais qu'il ne parviendrait pas à faire de miracles. Je trouve au contraire qu'il a assuré, sachant qu'il a repris mon dossier au pied levé, sans être préparé. Vraiment… j'ai confiance en lui. Le problème, c'est Maddy Hooper.
- L'avocate de Weasley ?
- Oui… une vraie teigne. Je ne connais personne d'aussi sournois et hypocrite. Dès la première audience, elle est parvenue à se mettre le tribunal en poche en expliquant, les larmes aux yeux, qu'elle-même ayant perdu un enfant, elle comprenait la douleur de ce pauvre Monsieur Weasley ! A partir de là, les jeux étaient faits.
Blaise resta pensif un moment avant s'arrêter de marcher et de dire :
-En fait, ce qu'il te faut, c'est une autre Maddy Hooper.
- Quoi ? Mais Théo…
- Oh Théo peut être très sournois quand il veut mais ce n'est rien comparé à une autre personne de ma connaissance.
- Qui ça ? Malefoy ?
- Mieux que ça. Je vais sûrement mettre du temps à la convaincre mais j'y parviendrai.
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19 octobre 2014 – Appartement de Harry Potter, Fulham, Londres
-Qu'est-ce qu'elle te voulait ?
Harry était certain que Draco n'allait pas pouvoir attendre une minute de plus pour le questionner sur son entrevue avec sa mère. De fait, ils avaient à peine un pied en dehors de la cheminée que la question fusait.
-Rien de spécial. Juste parler, dit Harry en ôtant sa veste et en allant la suspendre dans le dressing de l'entrée.
- Non, non, non, scanda Draco en le suivant à la trace. Ma mère ne fait jamais ça. Elle ne fait pas que « juste » parler avec les gens. Elle les questionne, elle leur tire les vers du nez… elle les menace parfois.
- Ta mère ne m'a pas menacé ! Qu'est-ce que tu vas chercher…, répliqua Harry en levant les yeux au ciel.
Il alla vers le bar pour se servir un verre de whisky. Il n'aurait pas été contre une cigarette non plus mais comme il avait à nouveau décidé d'arrêter, il tenta de résister.
-Alors ? le pressa Draco.
Harry soupira. Soit il résistait à Draco, soit à la cigarette mais pas aux deux. C'était trop lui demander. Il se dit alors que ses poumons supporteraient mieux Malefoy que la nicotine.
-Elle voulait savoir si après notre mariage, il y avait des chances pour que Ginny renie nos enfants afin que tu puisses les adopter et qu'ils portent le nom de Malefoy.
- HEIN ?! Cette femme est folle, proclama-t-il en levant les bras au ciel.
- Je lui ai dit que c'était malheureusement impossible, continua Harry d'un air détaché en tendant à Malefoy un verre rempli au quart, mais qu'on en avait parlé sérieusement et que tu étais d'accord pour tester une potion expérimentale qui transformerait ta prostate en utérus. Elle était très intriguée de savoir comment l'enfant parviendrait à sortir par ton…
- TU TE FOUS DE MA GUEULE ?
Amusé par l'air furibond de Draco, Harry se mit à rire, doucement puis de plus en plus fort.
-Potter, arrête ça !
- Oh détend-toi Malefoy… tu n'as vraiment aucun sens de l'humour.
Malefoy ne semblait en effet pas du tout d'humeur à plaisanter.
-Si tu lui as parlé de Scorpius, je te jure Potter que tu…
- Pour qui tu me prends ? coupa Harry, furieux. Jamais je ne parlerais de Scorpius à qui que ce soit !
Les yeux gris le scrutaient avec une telle intensité que Harry se demanda si Malefoy n'était pas en train de pratiquer sur lui de la légilimencie.
-Je te crois, dit finalement Draco.
Il vida son verre d'un trait et le posa brutalement sur la table.
-Tu devrais le lui dire. C'est son petit-fils… Elle…
- Tu sais ce qu'elle ferait ? Elle l'enlèverait ! s'emporta Draco.
- Rhaaa… tu exagères !
- A peine ! Elle engagerait les avocats les plus retords pour le faire reconnaître comme un Malefoy ! Sans parler des reproches que j'entendrais à longueur de journée !
- Alors, c'est ça qui te retient ? s'énerva Harry. La peur qu'elle te fasse des reproches ?
- Potter, dit Draco avec une grande lassitude. On a déjà eu cette conversation. Scorpius a une vie, une famille, un équilibre. Il n'a rien demandé. Ni à naître, ni encore moins à être mon fils. Si je peux faire un truc bien pour lui, c'est le laisser tranquille. Il n'a pas besoin qu'un père gay et une grand-mère hystérique qu'il ne connaît pas viennent bouleverser sa vie.
Harry se radoucit. Quoi qu'il en dise, Draco aimait son fils. Rien que par la manière dont il essayait de le protéger de lui.
-Je suis désolé, dit-il. Je n'avais pas à te dire quoi faire.
Draco ne répondit rien. Il se contenta de se resservir un verre.
-Pour te dire la vérité, ta mère voulait me parler de nous, dit Harry après un temps. Elle sait.
- Elle sait quoi ?
- Qu'on n'est pas vraiment ensemble. Qu'on ne l'a jamais été. Elle le sait depuis le début. Elle te fait marcher avec ces histoires de mariage parce que ça l'amuse de te faire enrager.
- Quoi ?
- Ouais. Donc… on n'a plus besoin de jouer la comédie.
- Ah. Bon… ben, c'est déjà ça. Désolé de t'avoir imposé tout ça pour rien. En tout cas, tu as été… vraiment convainquant.
Harry aurait voulu dire quelque chose, n'importe quoi mais il n'y parvenait pas. Une grosse boule douloureuse s'était formée dans sa gorge.
-Je… hm… je vais sur la terrasse, dit Draco en sortant un paquet de cigarettes de sa poche.
- Tu n'es pas obligé. Il fait frais et…
- Pas grave. Mon pull est assez chaud.
Harry le regarda s'éloigner et faire coulisser la porte-fenêtre. Depuis qu'il lui avait dit qu'il voulait arrêter, Draco veillait à ne jamais fumer en sa présence.
Ce que Draco ne dit pas, il le montre… Ce seront de petits gestes anodins, des attentions discrètes… C'est tout ce qu'il sera capable de faire.
Epuisé, il se rendit dans sa chambre et s'allongea tout habillé sur son lit.
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Le briquet se referma avec un petit claquement sec. Draco aspira une longue bouffée de sa cigarette en se demandant pour la centième fois quand il avait perdu le contrôle de sa vie.
Le soleil disparaissait lentement derrière les toits de Londres, faisant rougeoyer les eaux brunes de la Tamise, lui laissant un sentiment de plénitude et de frustration en même temps. S'il était parfaitement honnête avec lui-même, il admettrait qu'il se sentait bien ici. Du premier jour où il avait mis les pieds dans l'appartement de Potter, il s'y était senti chez lui. En sécurité.
Il repensa à cet après-midi. Potter avait parfaitement joué son rôle. Il paraissait tellement sincère, surtout quand…
J'aime votre fils et je l'aimerais encore, même s'il n'avait pas un gallion en poche !
J'aime votre fils et je l'aimerais encore même…
J'aime votre fils…
Il frappa la balustrade du plat de ses mains, agacé d'entendre cette phrase se répéter dans sa tête comme un écho.
Quelque part, tout au fond de lui, une petite voix l'incitait à croire que Potter ne jouait plus la comédie au moment où il prononçait ces mots mais sa raison lui dictait au contraire de s'en tenir aux faits : Potter n'avait aucune raison d'être sincère. L'amour n'était pas sincère. Au mieux, c'était un sentiment fugace, éphémère, inconsistant. Au pire, c'était une duperie, un miroir aux alouettes, un piège qui allait se refermer sur lui, comme une plante carnivore sur un petit insecte.
Pourtant Draco ne pouvait nier le sentiment qui l'envahissait toujours un peu plus depuis qu'il avait emménagé avec Potter. Il était heureux. Et même en se forçant à analyser les choses de manière rationnelle, il parvenait toujours au même constat : il aimait rentrer le soir et savoir qu'Harry et lui dîneraient ensemble avant de s'affaler sur le canapé du salon et regarder un match ou n'importe quelle autre connerie qui passait à la télévision. Il aimait qu'Harry soit la première personne qu'il voie à son réveil et la dernière qu'il voie avait de s'endormir. Exactement comme à Poudlard, où il était sa première pensée du matin et la dernière du soir.
Il aimait ses bras, sa chaleur, l'odeur de sa peau, la douceur de ses cheveux, le vert de ses yeux. Il aimait sa joie de vivre, sa témérité, sa ténacité. Il aimait sa force et sa fragilité.
Il l'aimait lui, tout simplement.
Il s'en doutait depuis le Tournoi des Trois Sorciers, plus précisément la deuxième tâche, lorsque la jalousie s'était brusquement muée en angoisse alors que son ennemi juré tardait beaucoup trop à remonter à la surface.
Puis, ses doutes étaient devenus une certitude ce jour où Potter s'était trouvé dans son Manoir, devant lui, soumis à un maléfice cuisant, et où il avait été incapable de le dénoncer à sa tante et à son père. Ce jour-là, il avait signé l'arrêt de mort de sa famille. Mais il n'avait aucun regret.
Tout comme il ne regrettait pas d'avoir disparu dès la fin de son procès. Sans un mot, sans un merci, sans même un signe pour Potter à qui il devait pourtant son salut. Autant mettre le plus rapidement possible de la distance entre lui et cet homme qui lui faisait ressentir bien trop de choses. Des choses illusoires et dangereuses.
Il avait cru que le temps ferait son œuvre. Mais le temps n'avait rien fait du tout, sinon endormir et recouvrir d'une mince couche de poussière un sentiment toujours bien vivant.
Une douleur sourde lui compressait le cœur. Il avait envie de fuir à nouveau, s'éloigner. Retourner à New-York et reprendre le cours de sa vie. Ou bien s'en créer une autre. Ailleurs.
Ou bien arrêter de lutter. Se rendre à l'évidence.
Draco tira une dernière fois sur sa cigarette et jeta le mégot par-dessus la rambarde.
Oui, c'était ça… il était peut-être temps pour lui d'accepter l'inacceptable.
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Harry redressa la tête en entendant s'ouvrir la porte de la chambre.
-Je te dérange ? demanda Draco.
- Non… je regardais seulement la photo, dit Harry en souriant tristement. C'est incroyable que nos mères se soient rencontrées comme ça…
- C'est surtout incroyable de se dire qu'on est sur cette photo, toi, Londubat et moi.
- Et sans nous cogner dessus…
- Hm… ça, ça reste à voir…regarde ma mère, je suis sûr que je suis en train de lui donner des coups de pieds… juste parce que tu es dans le ventre d'à côté.
- Tu as raison… pas encore né et déjà un emmerdeur, murmura Harry.
Draco lui donna un coup de coude en représailles en riant de bon cœur. Puis il reprit son sérieux.
-Harry… à propos de cet après-midi…
- Quoi ?
L'utilisation de son prénom le mit immédiatement sur le qui-vive.
-Je… je me disais qu'on pourrait… enfin… on pourrait continuer.
- Continuer quoi ?
- Jouer la comédie. Je veux dire, on ne jouerait plus vraiment mais… on pourrait essayer de…
Draco se mordit les lèvres. Cette conversation lui semblait particulièrement pénible. Il inspira cependant un grand coup et dit :
-On pourrait essayer d'être ensemble. Vraiment.
Harry n'aurait pas pu être plus étonné. Il écarquilla les yeux, incapable de prononcer le moindre mot. Draco prit son silence pour un refus.
-Ok… je comprends… c'est une mauvaise idée. Oublie.
Il s'était levé et avait presque atteint la porte quand Harry se décida enfin à réagir.
-Attends ! cria-t-il.
Draco s'arrêta sur le pas de la porte mais ne se retourna pas. Tant mieux, se dit Harry. Ce serait plus facile comme ça.
-Tu dois savoir que… enfin… ce que j'ai dit tout à l'heure à ta mère…
- Te fatigue pas. Je sais. C'était le jeu.
- Non ! Ce n'était pas un jeu. Pas pour moi. Je le pensais. Ça fait un moment déjà que je le pense. Je… Je suis tombé amoureux de toi. Vraiment.
Draco ferma les yeux. Il avait l'impression qu'on lui retirait un poids immense des épaules. Dans sa poitrine, c'était comme si son cœur avait pris toute la place. Il fit un effort pour faire refluer cette vague de joie qui le secouait lamentablement de l'intérieur mais il n'y parvint pas. Dépité, il frappa le poing contre le chambranle avant de se retourner. En trois pas, il était face à Harry qu'il serrait contre lui.
-Draco ? s'inquiéta Harry, à moitié étouffé par l'étreinte. Est-ce que ça va ?
- Ne dis rien. Ne dis plus rien, murmura l'autre homme.
Harry comprit. Il se tut et referma ses bras dans le dos de Draco.
Au bout d'une longue minute de silence, ils s'écartèrent l'un de l'autre. Harry eut peur un instant que Draco lui rie au nez ou qu'il l'insulte. Il n'en fit rien, se contentant de passer une main légère sur sa joue. Dans ses yeux, quelque chose avait changé.
-Alors… on est… ensemble ? demanda Harry.
- Oui. Du moins on va essayer.
- Comment ça va se passer ? Je veux dire… ton appartement, ton cabinet à New-York…
- Eh bien, mon travail ici pour toi n'est pas encore tout à fait terminé… et puis, j'ai cru comprendre que tu aurais besoin qu'on s'occupe du brevet du Cobra… Alors, ça nous laisse encore un peu de temps pour y penser.
- Oui mais…
- Harry, coupa Draco.
Il encadra son visage de ses deux mains et le fixa d'un air mortellement sérieux.
-Tu dois comprendre que ce qui est en train de se passer n'est pas habituel pour moi. C'est même tout le contraire. Tout en moi se rebelle d'avoir osé te proposer ça. Je ne sais pas si j'en suis capable…et pourtant je veux essayer. Mais pour ça, il faut que tu me laisses du temps. Je ne peux pas… je ne veux pas parler d'avenir. Parce que pour moi, l'avenir c'est juste… demain.
Harry hocha la tête. Il comprenait.
-Ne t'inquiète pas, dit-il. C'est pareil pour moi. Alors, ce sera un jour après l'autre.
- Un jour après l'autre, confirma Draco.
Il se pencha et effleura la bouche de Harry de la sienne. Une caresse, aussi légère qu'un souffle de vent. Puis une autre, plus présente. Puis enfin un baiser. Un délicieux et miraculeux baiser.
-Je t'aime, dit Harry en souriant contre ses lèvres.
Il sentit immédiatement le corps de Draco se tendre entre ses bras. Alors il le serra contre lui et dit :
-Ce n'est rien, Draco. Je n'ai pas besoin de mots.
A suivre...
