10

RETOUR DE BOOMERANG

Ils n'avaient dormi que quelques heures lorsqu'Arthur les réveilla. Il eut recours à la magie pour démonter et plier les tentes et ils se hâtèrent de quitter le camping, passant devant Mr Roberts, debout à la porte de sa maisonnette. Le Moldu avait un étrange regard hébété et il les salua d'un geste de la main en murmurant un vague « Joyeux Noël ».

– Il va se remettre, assura Arthur à voix basse tandis qu'ils s'avançaient sur la lande. Parfois, quand on modifie les souvenirs d'une personne, elle est un peu désorientée pendant quelques temps... Et c'était très difficile de lui faire oublier une chose pareille.

En approchant de l'endroit où se trouvait le Portoloin, ils entendirent des voix affolées et virent une foule de sorcières et de sorciers rassemblés autour de Basil, le responsable des transports: tous exigeaient de partir le plus vite possible. Arthur eut une rapide conversation avec Basil ; ils rejoignirent ensuite la file d'attente et un vieux pneu usé les ramena sur Stoatshead Hill avant le lever du soleil. Dans la lumière de l'aube, ils traversèrent le village de Ottery St. Catchpole en direction du Terrier. Ils étaient trop épuisés pour parler et ne pensaient plus qu'à s'asseoir devant un bon petit déjeuner. Lorsqu'ils eurent franchi la dernière courbe que décrivait le chemin de terre humide avant d'arriver chez eux, ils entendirent un grand cri.

– Oh, merci, merci, au nom du ciel, merci !

Molly, qui les avait attendus devant la maison, se précipita vers eux, encore chaussée de ses pantoufles, le teint pâle, les traits tirés, la main crispée sur un exemplaire froissé de la Gazette du Sorcier.

– Arthur ! J'étais si inquiète ! Si inquiète !

Elle sauta au cou de son mari et la Gazette du Sorcier tomba par terre. Les événements de la nuit dernière faisaient les gros titres: SCÈNES DE TERREUR LORS DE LA COUPE DU MONDE DE QUIDDITCH, au-dessus d'une photo en noir et blanc qui montrait la Marque des Ténèbres scintillant au-dessus de la cime des arbres.

– Vous n'avez rien eu ? murmura Molly, affolée, en relâchant son mari puis en les regardant l'un après l'autre, les yeux rougis. Vous êtes tous vivants... Oh, mes enfants...

A la grande surprise de tout le monde, elle saisit Fred et George par le cou et les étreignit avec tant de force que leurs têtes se cognèrent l'une contre l'autre.

– Aïe ! Maman, tu nous étrangles...

– Je vous ai grondés quand vous êtes partis ! dit Molly en se mettant à sangloter. Je n'ai pas cessé d'y penser ! Si Vous-Savez-Qui vous avait fait du mal alors que la dernière chose que je vous ai dite, c'est que vous n'aviez pas eu assez de BUSE... Oh, Fred... George...

– Allons, Molly, tu vois bien que nous sommes en parfaite santé, dit Arthur d'un ton apaisant.

Il l'arracha aux jumeaux et l'emmena vers la maison.

– Bill, dit-il à voix basse, ramasse le journal, je voudrais voir ce qu'il raconte...

Lorsqu'ils se furent tous serrés dans la minuscule cuisine et qu'Hermione eut préparé à Molly une tasse de thé très fort dans lequel Arthur insista pour verser un doigt d'Ogden's Old Firewhiskey, Bill tendit le journal à son père. Ce dernier parcourut la première page tandis que Percy lisait par-dessus son épaule.

– J'en étais sûr, soupira Arthur. Nombreuses bévues du ministère... Les coupables n'ont pas été retrouvés... De graves négligences dans la sécurité... Des mages noirs se déchaînent... Une honte pour le pays... Qui a écrit ça ? Ah, bien sûr... Rita Skeeter.

– Celle-là, elle a une dent contre le ministère de la Magie ! dit Percy avec fureur. La semaine dernière, elle a écrit que nous perdions notre temps à pinailler sur l'épaisseur des fonds de chaudron au lieu de faire la chasse aux vampires ! Comme s'il n'était pas spécifiquement indiqué dans l'article douze du Règlement concernant le traitement des créatures partiellement humaines...

– Fais-nous plaisir, Perce, dit Bill en bâillant, tais-toi un peu.

Megan ricana.

– Elle parle de moi, dit Arthur.

Ses yeux s'agrandirent derrière ses lunettes lorsqu'il lut la fin de l'article.

– Où ça ? s'exclama Molly en avalant son thé de travers. Si je l'avais vu, j'aurais tout de suite su que tu étais vivant !

– Elle ne cite pas mon nom, dit Arthur. Écoutez ça: « Si les sorcières et sorciers qui s'étaient rassemblés dans l'angoisse à la lisière du bois attendaient quelques paroles rassurantes de la part des représentants du ministère de la Magie, ils en auront été pour leurs frais. Un membre du ministère est en effet arrivé un bon moment après l'apparition de la Marque des Ténèbres, en affirmant que personne n'avait été blessé mais en refusant de donner davantage d'informations. Cette déclaration suffira-t-elle à dissiper les rumeurs selon lesquelles plusieurs corps auraient été découverts dans le bois une heure plus tard ? Il est permis d'en douter. » Et alors ? s'exclama Arthur d'un ton exaspéré en tendant le journal à Percy. C'est vrai que personne n'a été blessé, qu'est-ce qu'elle voulait que je dise ? Les rumeurs selon lesquelles plusieurs corps auraient été découverts... Maintenant qu'elle a écrit ça, c'est sûr qu'il va y en avoir, des rumeurs.

Il poussa un profond soupir.

– Molly, il faut que j'aille au bureau. Nous risquons d'avoir beaucoup de travail pour arranger tout ça.

– Je viens avec toi, père, dit Percy d'un air important. Mr Crouch aura besoin de tout le monde. Comme ça, je pourrai lui remettre mon rapport sur les chaudrons en main propre.

Comme si Crouch pouvait se soucier de l'épaisseur des fonds de chaudron en ce moment-même, pensa Megan en regardant Percy sortir en trombe de la cuisine. Molly avait l'air désemparé.

– Arthur, tu es censé être en vacances ! Tu n'as rien à voir avec cette histoire, ils peuvent sûrement s'en occuper sans toi.

– Je dois y aller, Molly, insista son mari. Les choses ont empiré à cause de moi. Le temps de me changer et j'y vais...

– Mrs Weasley, dit soudain Potter d'un ton étonnamment impatient, Hedwige ne serait pas venue m'apporter une lettre, par hasard ?

– Hedwige ? dit Molly d'un air étonné. Non... Non, mais toi tu as reçu une lettre, Megan.

Sûrement Sirius. Megan hocha la tête tandis que Ronet Hermione observaient Potter avec curiosité, se demandant quelle correspondance attendait leur ami. Celui-ci leur lança un regard appuyé et dit:

– Ça ne t'ennuie pas que j'aille mettre mes affaires dans ta chambre, Ron ?

– Pas du tout. D'ailleurs, je crois que je vais monter aussi, répondit aussitôt Ron. Megan ? Hermione ?

– Je viens avec vous, dit cette dernière.

Megan, qui avait plutôt envie d'aller lire sa lettre, fut contrainte de se le suivre lorsque Hermione l'attrapa par le bras. Tous les quatre sortirent de la cuisine en direction de l'escalier.

– Qu'est-ce qui se passe, Harry ? demanda Ron dès qu'ils eurent refermé derrière eux la porte du grenier.

– Il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit, répondit le garçon. L'autre jour, je me suis réveillé et ma cicatrice a recommencé à me faire mal.

Megan lui adressa un regard morne, voyant mal l'intérêt qu'elle devait porter à cette nouvelle, mais ses amis réagirent différemment : Hermione eut un haut-le-corps et fit aussitôt quelques suggestions, énumérant de nombreux titres d'ouvrages de référence et citant les noms d'à peu près tout le monde depuis Albus Dumbledore jusqu'à Madame Pomfrey, l'infirmière de Poudlard. Ron, quant à lui, semblait abasourdi.

– Mais... Il n'était pas là, quand même ? Je veux dire, Vous-Savez-Qui... La dernière fois que ta cicatrice t'a fait mal, il était à Poudlard, non ?

– Je suis sûr qu'il n'était pas à Privet Drive, affirma Potter. Mais je rêvais de lui... De lui et de Peter – tu sais, Queudver. Je ne me souviens plus des détails, maintenant, mais ils étaient en train de faire des projets pour... pour tuer quelqu'un.

Selon toute logique, c'était lui que Voldemort et Queudver voudraient tuer, pensa Megan. Ou peut-être Dumbledore.

– Ce n'était qu'un rêve, dit Ron d'un ton assuré. Un simple cauchemar.

– Ouais, mais je finis par me demander..., répondit Potter en se tournant vers la fenêtre. C'est bizarre, non ? Ma cicatrice me fait mal et, trois jours plus tard, les Mangemorts défilent et le signe de Voldemort réapparaît devant tout le monde.

– Ne – prononce — pas — son — nom ! siffla Ron entre ses dents serrées.

– Et vous vous souvenez de ce qu'avait dit le professeur Trelawney ? poursuivit Potter sans tenir compte de l'intervention de Ron. A la fin de l'année dernière ?

Le professeur Trelawney enseignait la divination à Poudlard. Le regard terrifié d'Hermione s'effaça aussitôt et elle laissa échapper une exclamation dédaigneuse.

– Harry, tu ne vas quand même pas accorder la moindre importance à ce que dit cette vieille folle ? Elle n'a jamais raconté que des mensonges.

Megan approuva d'un hochement de tête distrait. En soit, Potter n'avait pas tort : Sirius lui avait parlé de « signes » inquiétants, et la cicatrice du garçon suivie presque aussitôt d'une manifestation des Mangemorts avait de quoi venir s'ajouter au bas de la liste. Mais elle n'accordait aucune importance aux déblatérations de la vieille chouette qu'était Trelawney.

– Vous n'étiez pas là, répliqua Potter avec vigueur. Vous ne l'avez pas entendue. Cette fois, c'était différent. Je vousai dit qu'elle était entrée en transe... Une vraie transe. Et elle a dit que le Seigneur des Ténèbres surgirait à nouveau... plus puissant et plus terrible que jamais... D'après elle, il allait y parvenir parce que son serviteur s'apprêtait à le rejoindre... Et, la nuit suivante, Queudver s'est enfui.

Il y eut un silence pendant lequel Ron tripota distraitement un trou dans son couvre-lit à l'image des Canons de Chudley.

– Pourquoi tu as demandé si Hedwige était revenue ? dit alors Megan, agacée de ne pas pouvoir aller lire sa propre lettre. Tu attends quoi ?

– J'ai parlé à Sirius de ma cicatrice, expliqua Potter en haussant les épaules. J'attends sa réponse.

Megan haussa les sourcils. Alors elle n'était pas la seule à converser avec l'ancien prisonnier. De plus, que Sirius sache que Potter avait été tourmenté par sa cicatrice leur donnerait matière à discuter.

– C'est une très bonne idée ! s'exclama Ron dont le visage s'éclaira soudain. Je suis sûr que Sirius saura ce qu'il faut faire !

– J'espérais qu'il me répondrait vite.

– Mais on ignore où il est... Peut-être en Afrique ou ailleurs... Hedwige ne pourrait pas faire un tel voyage en quelques jours, dit Hermione avec raison.

– Je sais, admit Potter.

– Venez, Harry Megan, on va faire une partie de Quidditch dans le verger, proposa Ron. Bill, Charlie, Fred et George joueront avec nous... Vous pourrez essayer la feinte de Wronski...

Megan leva un sourcil intéressé, sa lettre pourrait peut-être attendre.

– Ron, dit Hermione d'un ton sous-entendant qu'elle était décidément la seule à se montrer raisonnable, Harry n'a pas du tout envie de jouer au Quidditch maintenant... Il est inquiet, il est fatigué... Nous avons tous besoin d'aller nous coucher...

– C'est une bonne idée de faire une partie de Quidditch, dit soudain Potter. Je vais chercher mon Eclair de feu.

Et Hermione quitta la pièce en marmonnant quelque chose du genre : « Ah, les garçons ! »et Megan esquissa son premier sourire de la journée.

La partie de Quidditch changea les idées de la jeune fille. De plus, elle semblait petit à petit gagner la confiance de l'aîné de la fratrie Weasley qui proposa même de faire équipe avec elle. Il volait cependant beaucoup moins bien que Charlie, avec qui Megan apprécia beaucoup de jouer.

Une fois que chacun fut épuisé, les Weasley, Hermione, Megan et Potter retournèrent vers le Terrier, leur balai sur l'épaule, les membres engourdis et la tête vide. Ginny, qui venait de se réveiller, laissa sa chambre à Hermione et alla faire une partie d'échec avec Bill tandis que les jumeaux s'enfermaient dans leur chambre et que Charlie allait aider sa mère à la cuisine. Quant à Ron et Potter, ils montèrent dans leur chambre, sûrement pour parler de Sirius.

Megan profita de ce moment de répit pour aller saluer sa chouette, Eleyna, et s'assit dans le salon pour lire sa lettre, là où personne ne faisait attention à elle.

Megan,

Si Dumbledore le dit, alors c'est la vérité. Est-ce que beaucoup le savent ? Je veux dire, ton nom en a fait trembler plus d'un, il y a une quinzaine d'années, j'imagine que tes professeurs ont été prévenus… En tout cas, je suis désolé que tu les aies perdus. Où vis-tu désormais ? As-tu de la famille ?

Tu n'aimes pas Harry ? Très bien, on ne peut pas forcer qui que ce soit à aimer quelqu'un d'autre. Et je me doute que tu as dû être victime de Tu-Sais-Qui, toi aussi, depuis trois ans. Mais quoi qu'il en soit, ne minimise pas ce que Harry a vécu.

Pour ce qui est des signes, je n'ai pas de cas concret à te présenter, il s'agit plutôt d'intuitions, de rumeurs. Puis-je te demander de me tenir au courant de tout ce qui attirerait ton attention, à Poudlard ou ailleurs ? La presse n'est pas facile d'accès pour moi, ici, pourras-tu être mes yeux et mes oreilles ?

Je ne te demanderais pas de veiller sur Harry, j'ai bien compris que tu ne le ferais pas. Mais en tout cas, fais attention à toi, et veille sur tes proches.

Sirius.

Megan relut la lettre plusieurs fois. Le sorcier avait rapidement choisi de croire à l'histoire de ses parents, « Dumbledore » semblait être le mot magique pour gagner la confiance de Sirius Black. Pourquoi les gens se fiaient-ils tous autant à ce vieux manipulateur ? Et pourquoi le parrain de Potter se mettait-il aussitôt à se soucier de son sort, comme si les ennemis de Voldemort ne formaient tous qu'une seule et même famille ? En parlant de famille, non, elle n'en avait pas. Elle n'en avait plus.

Mais ce qui attirait le plus l'attention de Megan, c'était les « intuitions » de Black, et sa requête de faire d'elle une espionne dans le monde de la magie. Il se tramait quelque chose, c'était évident. Mais personne autour d'elle ne semblait vraiment en prendre conscience. Elle ne pouvait pas les prévenir, personne ne prendrait la petite fille de quatorze ans au sérieux. En quelque sorte, elle était contente de pouvoir parler de ses inquiétudes à l'ancien prisonnier, il savait se montrer compréhensif.

La jeune fille tira un parchemin vierge d'une liasse posée sur la table du salon, attrapa une plume et un encrier, et s'attela à la rédaction de sa réponse.

Sirius,

Arthur, Molly, Bill, Fred et George Weasley savent qui je suis. Dumbledore a dû prévenir mes professeurs, je n'en sais rien. Pour le reste, personne n'a besoin de le savoir. Après tout, ce ne sont que mes affaires. Et que le tremblement que mon nom inspire à certaines personnes leur rappelle que les Mangemorts n'ont pas disparu. D'ailleurs, ils l'ont prouvé, pas plus tard qu'hier. J'assistais à la finale de la coupe du monde de Quidditch, avec les Weasley, Hermione et Potter, et un groupe de Mangemorts est venu « semer la terreur » comme dirait La Gazette. Il n'y a pas eu de mort, seulement quelques blessés et une famille de Moldus traumatisée, mais l'un d'eux a fait apparaître la Marque des Ténèbres.

Je ne sais pas à quoi ils jouaient, ils ne s'étaient plus rassemblés depuis la chute de Voldemort. Quelque chose a dû les pousser à agir, à rappeler au monde qu'ils sont toujours parmi nous. A mes yeux, c'est un signe, bien plus qu'une rumeur ou qu'une intuition.

Autre chose encore, Potter a eu mal à sa cicatrice cet été. Rien de bien grave, je suppose, mais vu que cette marque fait office de détecteur de mage noir, il y a sûrement un lien avec Voldemort quelque part. Je pense que tu as raison, qu'il se passe quelque chose. Compte sur moi pour te faire part de ce qui se passe ici, à condition que tu me dises tout ce que tu sais de ton côté. Donnant-donnant.

A très bientôt je suppose,

Megan.

Elle roula la lettre et l'attacha à la patte d'Eleyna.

- J'espère que tu t'es bien reposée, murmura-t-elle pour ne pas attirer l'attention, parce que tu repars pour un long voyage. Fais attention à toi.

La chouette hulula gentiment puis prit son envol à travers le salon, jusqu'à la fenêtre de la cuisine où Megan la perdit de vue. Attristée de devoir laisser sa chère chouette passer autant de temps loin d'elle, la jeune fille, distraite, eut tout juste le temps de récupérer la lettre de Sirius pour la dissimuler lorsque Charlie, Fred et George vinrent s'asseoir à table avec elle.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda George.

- Je révise, mentit-elle avec aplomb. Et vous ?

- Je voulais te parler, répondit Charlie.

Il avait l'air sérieux, et Megan fronça les sourcils.

- Tu t'appelles Meganna Buckley, c'est ça ? commença-t-il.

Cette fois Megan leva les yeux au ciel. La voilà repartie pour un troisième tour de manège.

- La fille de Meredith et Sylvius, oui, asséna-t-elle, agacée. Maintenant tu peux me détester cordialement, mais de loin, s'il te plaît.

- Tu dis ça à cause de Bill ? C'est lui qui m'a parlé de toi. Et je sais qu'il s'inquiète, qu'il ne peut pas s'empêcher de penser que tu es dangereuse.

- Elle est dangereuse, sourit fièrement Fred.

- Ecoute, reprit Charlie. Fred et George m'ont expliqué… en gros, que tes parents avaient changé de camp. Et que tu es de notre côté. Et qu'ils te font confiance.

Il jeta un coup d'œil à ses jeunes frères, qui observaient Megan en souriant.

- Et s'ils disent que tu es fiable, alors… Alors, je le crois.

Megan observa Charlie avec surprise. Sa réaction était si différente de celle de son frère aîné ! Il ne posait aucune question, se contentait de croire les jumeaux et de lui sourire.

- Je t'aime bien, commenta-t-elle.

- Moi aussi, rit le jeune homme. Et puis tu joues vraiment bien au Quidditch, tu ne voudrais pas entrer dans l'équipe ? En son temps, ton père était un excellent joueur, paraît-il.

Il avait dit cela en souriant, il ne lui reprochait pas d'être la fille d'un Serpentard aussi porté sur la magie noire que l'était son père.

- Si Potter est tué pendant un match, je le remplacerai peut-être, admit Megan.

- Wood tuerait pour que tu rentres enfin dans l'équipe, alors si tu lui dis ça, il pourrait bien étrangler Harry dans son sommeil, rit George.

Megan lui adressa un sourire étincelant, ravie de pouvoir plaisanter à ce sujet avec les trois frères.

- Aller, je vous laisse, dit Charlie, il faut que je parle à Percy… d'un truc. Ravi d'avoir pu discuter avec toi, Megan !

La jeune fille et les jumeaux regardèrent l'éleveur de dragons monter à l'étage. Il se montrait un peu plus discret que son jeune frère, mais de toute évidence il savait ce qui allait se produire à Poudlard cette année, et ne leur en parlerait pas non plus.

- Charlie est un type bien, affirma Fred. Mieux que Percy. Et mieux que Bill, visiblement.

- Il fait des efforts, commenta Megan, dans un élan magnanime. Vous lui avez raconté quoi, exactement, à Charlie ?

- Le strict minimum, la rassura Fred. Rien sur tes supers pouvoirs.

Megan hocha la tête, rassurée. Leur frère ne serait peut-être pas aussi compréhensif s'il savait qu'elle avait reçu une part de Voldemort avant sa naissance.

- Alors, les Farces pour sorciers facétieux vont exploser, cette année ? lança-t-elle pour changer de sujet. Vous vous êtes fait une petit fortune, avec ce pari, non ?

Les jumeaux échangèrent un regard mécontent.

- Pas vraiment, non, avoua George. Bagman nous a payés en or de farfadet. Donc on a plus une pièce, tout a disparu toute à l'heure.

- Quoi ? sursauta Megan. Il l'a fait exprès ?

- Non, on ne pense pas. On va lui écrire pour le lui dire, et puis il nous paiera ce qu'il nous doit.

- Je vous prêterai de l'argent d'ici-là, affirma la jeune fille.

- T'en fais pas pour ça, on se débrouillera, répondit Fred. On a quelques produits avec nous que maman n'a pas encore détruits, on les vendra à Poudlard cette année pour se refaire un peu d'argent de poche.

Megan allait insister lorsqu'un hululement lui fit tourner la tête. Ce n'était pas Eleyna déjà de retour, ou Hedwige, mais un hibou gris aux grands yeux jaunes que Megan reconnut comme étant Morlaix, le hibou de Kevan.

- Je l'avais oublié, lui, murmura la jeune fille en se levant pour aller chercher la lettre.

- D'où il vient ? s'étonna Fred.

Elle leur indiqua le nom de l'expéditeur, puis parcourut la lettre des yeux, consciente que les jumeaux lisaient par-dessus son épaule. Le mot était court et véhément.

Megan !

Je viens de voir les nouvelles, je sais que tu étais à la coupe du monde, envoies-moi vite un mot pour me dire si tu vas bien. Et j'ai dit à Morlaix de ne pas te laisser tranquille tant que tu n'auras pas répondu, alors n'essaye pas m'ignorer ! Et tu as intérêt à aller bien.

George laissa échapper un sifflement admirateur.

- Dis donc, il a l'air inquiet. Tu remarqueras qu'il ne demande pas si, nous, on va bien.

- Vous sortez pas avec lui, à ce que je sache ? répliqua Megan en reprenant sa plume.

Respire, je vais bien, je suis rentrée. Les jumeaux t'embrassent, ils sont ravis d'avoir de tes nouvelles. On se voit à Poudlard.

- C'est plutôt sec comme réponse, commenta Fred. Tu le laisses souvent languir, hein ?

- Je ne suis pas une grande romantique, marmonna la jeune fille en confiant la réponse au hibou. Et puis de quoi vous vous mêlez, vous, vous n'êtes pas supposés être en froid avec lui ?

- Eh bien…

Les deux frères échangèrent un coup d'œil.

- Il a l'air de tenir à toi, dit George.

- Et de prendre soin de toi, ajouta Fred.

- Dans la mesure du possible.

- Du coup on s'est dit qu'on ne lui en voulait plus vraiment.

Megan haussa les sourcils.

- Vous lui pardonnez ? se réjouit-elle. C'est super ! Merci !


Au cours de la semaine qui suivit, ni Arthur, ni Percy ne furent très présents à la maison. Tous deux partaient chaque matin avant que le reste de la famille ne se lève et rentraient chaque soir bien après l'heure du dîner.

– C'est une véritable tempête, leur expliqua Percy d'un air important la veille de leur retour à Poudlard. J'ai passé la semaine à essayer de calmer les choses. Les gens ne cessent de nous envoyer des Beuglantes et, comme vous le savez, les Beuglantes, quand on ne les ouvre pas tout de suite, elles explosent. Il y a des marques de brûlure sur toute la surface de mon bureau et ma meilleure plume a été réduite en cendres.

– Pourquoi ils envoient des Beuglantes ? demanda Ginny qui était assise devant la cheminée du salon, en train de rafistoler avec du papier collant son exemplaire de Mille herbes et champignons magiques.

– Pour se plaindre de la sécurité pendant la Coupe du Monde, répondit Percy. Ils veulent des dédommagements pour leurs tentes saccagées. Mundungus Fletcher a déposé une réclamation pour se faire rembourser une tente de douze pièces, cuisine, salle de bains avec jacuzzi, mais je le connais, celui-là, je sais parfaitement qu'il couchait sous une cape tendue sur des piquets.

Molly jeta un coup d'œil à l'horloge de grand-mère qui se trouvait dans un coin du salon. Cette dernière était complètement inutile si on voulait savoir l'heure, mais elle donnait d'autres informations très précieuses. Elle avait neuf aiguilles d'or dont chacune portait le nom d'un des Weasley. Le cadran ne comportait aucun chiffre mais des indications sur les endroits où pouvaient se trouver les membres de la famille. « A la maison », « à l'école », « au travail » étaient bien sûr mentionnés, mais on pouvait également lire « perdu », « à l'hôpital », « en prison » et, à la place où aurait dû normalement figurer le douze de midi, « en danger de mort ». Huit des aiguilles étaient pointées sur « à la maison », mais celle d'Arthur, qui était la plus longue, indiquait toujours « au travail ».

– La dernière fois que votre père était obligé d'aller au bureau le week-end, c'était au temps de Vous-Savez-Qui, soupira Molly. Ils le font beaucoup trop travailler. Son dîner sera immangeable s'il ne revient pas très vite.

– Père sait bien qu'il lui faut rattraper l'erreur commise le jour du match, déclara Percy. Pour dire la vérité, il était un peu imprudent de sa part de faire une déclaration publique sans s'être d'abord concerté avec le directeur de son département...

– Je t'interdis de critiquer ton père à cause de ce qu'a écrit cette horrible petite Rita Skeeter ! s'emporta Molly.

– Si papa n'avait rien dit, la vieille Rita aurait simplement écrit qu'il était scandaleux qu'aucun membre du ministère n'ait fait de commentaire, intervint Charlie qui jouait aux échecs avec Megan. Avec Rita Skeeter, tout le monde a toujours tort.

- Tu te souviens, un jour, elle a interviewé les briseurs de sortilèges de chez Gringotts,dit Bill, et elle a dit que j'étais un « benêt aux cheveux longs ».

– C'est vrai qu'ils sont un peu longs, mon chéri, fit remarquer Molly avec douceur. Si tu voulais bien que je...

– Non, maman !

Megan éclata de rire et mit Charlie en échec et mat.

La pluie martelait les fenêtres du salon. Hermione était plongée dans Le Livre des sorts et enchantements, niveau 4, dont Molly avait acheté plusieurs exemplaires pour Megan, Ron, Potter et elle sur le Chemin de traverse. Charlie choisit de renoncer à affronter Megan une nouvelle fois et se mit à raccommoder une cagoule à l'épreuve du feu. Potter astiquait son Eclair de feu à l'aide du nécessaire à balai qu'Hermione lui avait offert pour son treizième anniversaire et Meganalla rejoindreFred et George, assis dans un coin, à l'autre bout de la pièce, parlant en chuchotant, une plume à la main, la tête penchée sur un morceau de parchemin : ils rédigeaient une lettre à l'intention de Bagman pour lui exposer le problème de l'or de farfadets.

– Qu'est-ce que vous fabriquez, tous les trois ? dit sèchement Molly, en fixant les jumeaux et Megan.

– On fait nos devoirs, répondit Fred d'un air vague.

– Ne sois pas ridicule. Vous êtes encore en vacances, répliqua leur mère.

– On avait pris un peu de retard, dit George.

Megan hocha la tête.

– Vous ne seriez pas en train de refaire des bons de commande, par hasard ? demanda Molly d'un ton inquisiteur. Vous n'auriez quand même pas l'intention de recommencer cette histoire de Farces pour sorciers facétieux ? Megan, tu ne les encourage pas dans ces bêtises ?

– Écoute, maman, répondit Fred en levant vers elle un regard attristé. Si demain, le Poudlard Express déraille et qu'on est tués tous les trois, Meggie, George et moi, imagine dans quel état tu seras en pensant que, la dernière fois que tu nous as adressé la parole, c'était pour nous accuser injustement ?

Tout le monde éclata de rire, même Molly.

– Ah, votre père arrive ! dit-elle soudain en regardant à nouveau l'horloge.

L'aiguille d'Arthur avait soudain bondi de « au travail » à « en déplacement » ; une seconde plus tard, elle rejoignit les huit autres, pointées sur « à la maison », et ils l'entendirent leur dire bonjour depuis la cuisine.

– J'arrive, Arthur ! s'écria Molly en se précipitant hors de la pièce.

Quelques instants plus tard, Arthur entra dans le salon confortable et chaleureux, portant son dîner sur un plateau. Il avait l'air complètement épuisé.

– Cette fois-ci, ça chauffe vraiment, dit-il à son épouse tandis qu'il s'asseyait dans un fauteuil auprès de la cheminée pour grignoter sans enthousiasme le chou-fleur un peu racorni que contenait son assiette. Rita Skeeter a passé la semaine à fureter un peu partout pour voir si le ministère n'avait pas commis d'autres bévues qu'elle pourrait rapporter dans ses articles. Et maintenant, elle a découvert la disparition de cette pauvre Bertha.

Megan, alerte, leva la tête de la lettre.

- Ce sera en première page demain dans la Gazette du Sorcier, soupira Arthur. Pourtant, je n'ai cessé de répéter à Bagman qu'il aurait dû envoyer quelqu'un à sa recherche.

– Ça fait des semaines que Mr Crouch dit la même chose, s'empressa de rappeler Percy.

– Crouch a beaucoup de chance que Rita ne sache rien de ce qui s'est passé avec Winky, répliqua Arthur d'un ton irrité. Elle aurait de quoi faire une semaine de gros titres avec l'histoire de son elfe de maison trouvée en possession de la baguette magique qui a fait apparaître la Marque des Ténèbres.

– Je croyais que nous étions tous d'accord pour dire que, même si elle a eu une conduite irresponsable, ce n'est pas son elfe qui a fait surgir la Marque ? lança Percy d'un ton ardent.

– Si tu veux mon opinion, Mr Crouch a aussi beaucoup de chance que personne, à la Gazette du sorcier, ne sache à quel point il est cruel avec ses elfes ! intervint Hermione avec colère.

– Bon, alors, maintenant, écoute-moi bien, Hermione ! répliqua Percy. Un haut fonctionnaire du ministère comme Mr Crouch est en droit d'attendre que ses serviteurs lui obéissent scrupuleusement...

– Ses serviteurs ? Ses esclaves, tu veux dire, l'interrompit Hermione d'une voix perçante. Il ne la paye pas, Winky, que je sache ?

– Je crois que vous feriez bien d'aller vérifier vos bagages ! dit Molly pour couper court à la discussion. Allez, tout le monde, montez donc dans vos chambres...

Megan ramassa les brouillons des lettres qu'elle avait rédigés avec les jumeaux et les confia à ceux-ci.

- Qu'est-ce que vous en pensez ? leur demanda la jeune fille tandis qu'ils gravissaient l'escalier.

- Que Bagman va sûrement –

- Je parle de Bertha Jorkins, de sa disparition, coupa Megan.

- Rien… tout le monde dit qu'elle est tête en l'air, ils vont sûrement la retrouver quelque part où elle se sera perdue, supposa George. Mais c'est vrai qu'ils auraient déjà dû partir à sa recherche.

- Elle travaille au ministère…, réfléchit Megan à voix basse. Elle doit connaître des informations importantes, vous ne pensez pas ?

- A quoi tu penses ? s'enquit Fred en fronçant les sourcils.

- Je pense qu'elle ne s'est pas perdue, et qu'il y a une raison à sa disparition. Et je finirais par découvrir laquelle.