MAIS. MAIS ! MAIS ?! Seulement un mois et UNE GROSSE SEMAINE après le chapitre 8, keskevoilà toubo toucho ? Je crois que j'ai répondu à toutes les reviews que vous m'avez gentiment laissées (ou si non, fustigez-moi) donc rien ne me retient ici héhéhé.

On va stopper cette introduction ridicule. ALLER. BISOUS.

(ce chapitre est un plus centré sur Papa Swann, j'espère qu'il vous plaira quand même, malgré le fait qu'il soit plus descriptif et plus lent)


Chapitre 9 — Premiers Flocons


La sonnerie de l'école élémentaire de Stamford se mélangea bientôt aux cris et rires d'enfants alors que les classes sortaient une à une, les plus jeunes bien rangés derrière leur enseignant, leurs petits sacs impeccablement posés sur leur dos, et les moins jeunes en troupeau indistinct, les cartables négligemment pendus à leurs mains. Les parents accueillaient leur progéniture avec des grands — ou moins grands — sourires, tendaient des fruits ou des morceaux de chocolat en récompense d'une si dure journée de travail et s'éloignaient avec hâte, en saluant leurs amis. Comme à son habitude, M. Swann resta en retrait, saluant d'un sourire plus ou moins tendu les quelques parents qu'il reconnaissait — « Petite mine Ian, il te faut du soleil ! » lui lança une femme dont il ne se souvenait plus le nom et qu'il trouva particulièrement impolie —, les mains emmitouflées dans ses poches, guettant la classe de Katie.

Il l'aperçut bientôt, menée par leur enseignante Miss Hills, et aussitôt les enfants arrivés à la barrière, le joli rang éclata en une vingtaine de petites têtes pressées de retrouver leurs parents. Katie, accompagnée de son amie Charlotte qui s'éloigna avec de grands signes vers ses parents en les apercevant, laissait traîner son sac de sport derrière elle, l'air éreinté. Un sourire attendri éclaira le visage de M. Swann qui s'approcha pour la délester de son lourd fardeau — elle se laissa tomber dans ses bras en soupirant.

« Eh bien, que t'arrive-t-il ? sourit Ian en enfilant la lanière du sac sur son épaule.

— On a fait la course en sport, expliqua Katie en tâtant les poches du grand manteau à la recherche du sacrosaint goûter. Jon a dit que les filles ne pouvaient pas battre les garçons, alors je l'ai battu pour lui prouver le contraire.

— Bravo Katie, je suis très fier de toi, tu es la meilleure, je te l'avais dit ! Viens, dépêchons de rentrer, j'ai oublié ton goûter.

— Quooooiiiii.

— Désolé, je n'ai pas eu le temps de rentrer en sortant du travail. Aller viens. »

Katie grogna mais le suivit jusqu'à la voiture ensorcelée par M. Weasley garée sur le parking de l'école et s'effondra sur la banquette arrière.

« J'ai faim papa !

— J'ai prévu un gratin de courgettes ce soir, on va festoyer.

— Quoiiii. PFFF ! Papa c'est le week-end, on pourrait pas manger au McDo ou quelque part ?

— Hors de question. On fera un gros gâteau pour fêter ta victoire, alors.

— YOUPI ! »

En rentrant, Ian alla vérifier qu'aucun hibou n'attendait aux fenêtres. Rien. Abby et Will devaient être très occupés, avec l'approche des vacances de Noël. Il se détourna de la contemplation du ciel vide et suivit Katie dans sa danse du week-end, le cœur allégé par la bonne humeur de la fillette.


Le week-end passa trop vite, comme d'habitude. Ian et Katie passèrent leur samedi à acheter les cadeaux et les guirlandes de Noël et le dimanche à jouer à des jeux de société en se goinfrant de petits sablés de Noël, si bien que la fillette tapota le ventre de son père en lui faisant remarquer qu'il aurait rapidement besoin d'aller courir. Ils commencèrent à accrocher quelques guirlandes quand Katie avoua qu'elle avait hâte que Will et Abigail reviennent pour les vacances, le samedi suivant — Ian sourit doucement et lui confirma que lui aussi. Ses enfants commençaient à beaucoup lui manquer.

La soirée se gâta quand Katie monta se laver. Resté seul, Ian entreprit de ranger un peu le salon et se mit à cuisiner, apaisé par les bruits de sa vieille horloge et de la salle de bains du haut. La sonnerie du téléphone, au salon, le fit soudainement sursauter. Il baissa le feu sous ses casseroles et se hâta de décrocher le combiné, inquiet — il n'avait jamais d'appel le dimanche soir à dix-huit heures.

« Allô ?

— Ian chéri, c'est toi ? s'empressa de demander une voix fatiguée dans le combiné.

— Maman ? s'étonna M. Swann, soudainement anxieux — jamais ses parents n'avaient appelé aussi tard, et surtout pas un dimanche.

— C'est moi chéri. Comment vas-tu ?

— Euh, moi ça va, et toi ?

— Oh, écoute je n'ai pas le temps pour ça, je suis désolée. Ian chéri, il y a un souci.

— Un souci ? Quoi comme souci ? Que se passe-t-il ?

— C'est ton père, Ian. Il… Il est très malade. Il faut que tu viennes avant qu'il ne soit trop tard.

— Quoi ? Mais… Depuis quand ? Comment ça, trop tard ?! Et c'est maintenant que tu m'en fais part ? Tu ne trouves pas ça un peu incorrect de votre part ?

— Chéri, on te savait très occupé ces derniers temps…

— C'est une mauvaise blague, en fait, c'est ça ?!

— Non, Ian… »

La porte de la salle de bains s'ouvrit et se referma, à l'étage. Katie passa la tête par l'escalier, étonnée du ton affolé de M. Swann qui, en bas, zieutait nerveusement vers sa cuisine en même temps qu'il serrait inutilement le combiné plus fort sur son oreille.

« Chéri ton père va mourir, c'est une question de jours, maintenant, sanglota Mrs. Swann à l'autre bout du téléphone. Il veut te voir et moi aussi. Il faut que tu viennes demain.

— Maman, je viendrais dès maintenant si je le pouvais, tu le sais très bien, mais demain j'ai du travail, beaucoup de travail, je ne peux pas me permettre de rater toute une journée, ou ils vont…

— Je sais, chéri, je sais.

— Si on m'avait prévenu plus tôt aussi ! C'est incroyable ça !

— On te savait occupé, avec… avec Will, Abby et Katie… Ça a été si soudain, chéri. »

Ian ne répondit pas, une main tremblante sur la tempe, le regard hagard. Katie descendit les escaliers en faisant le moins de bruit possible et s'approcha lentement de lui.

« Écoute maman, je viens demain après-midi.

— Amène Kat avec toi, je m'occuperai d'elle.

— Je… Je ne sais pas. Elle a encore école…

— Ah... »

Comprenant que quelque chose clochait, la petite Katie enroula ses bras autour de la taille de Ian et posa sa joue sur lui dans une étreinte réconfortante. Il se détendit doucement et lui caressa tranquillement les cheveux tout en promettant à sa mère qu'il la rappelait le lendemain matin pour lui faire part de ses décisions.

« Tu viendras, n'est-ce pas ?

— Je viendrai.

— Tu laisseras tes vieilles querelles avec ta sœur de côté, n'est-ce pas ?

— Je ferai de mon mieux. À demain maman. »

Sa mère lui souhaita une bonne nuit — quelle ironie, songea-t-il avec acrimonie — et raccrocha. Ian s'accroupit et enroula ses bras autour de la petite Katie qui l'embrassa sur la joue.

« Ça ne va pas ?

— C'est mon papa, il ne va pas bien… Apparemment depuis longtemps, mais comme je suis toujours le dernier au courant... On va aller le voir demain, ajouta-t-il en baissant le ton. J'irai parler à ta maîtresse demain matin, tu rateras l'école cette semaine. Au moins demain après-midi et mardi. »

Katie acquiesça et ils allèrent tous les deux à la cuisine continuer le repas. C'est sans joie qu'ils essayèrent de sauver les légumes trop cuits, et s'installèrent à table sans bruit. Ian rumina l'appel téléphonique de sa mère, pestant intérieurement contre la faculté de ses parents à cacher des informations pourtant cruciales, quand Katie le fit sortir de sa sombre rêverie en lui désignant la fenêtre du doigt.

« Qu'est-ce que-oh ! »

Un grand hibou toquait tranquillement à la vitre, une large lettre accrochée à sa patte. Un accès d'espoir gonfla le cœur de M. Swann alors qu'il se levait précipitamment, ravi de recevoir du courrier de Poudlard. Katie s'était également levée, sautillant pour lire la missive. Mais quand Ian attrapa la lettre et que le hibou s'envola aussitôt, il se rendit compte que l'écriture n'était ni celle de William, ni celle d'Abigail. Son sourire s'effaça aussi soudainement qu'il était apparu, et c'est avec inquiétude qu'il ouvrit l'enveloppe scellée.

Cher M. Swann,

Un malheureux incident s'est produit cet après-midi même à Poudlard, impliquant votre fille Abigail Swann dans un accident fâcheux. Même si votre enfant est alitée et dans l'incapacité de reprendre tout de suite les cours, nous prenons toutes les précautions pour ne pas que la situation s'aggrave. Soyez cependant rassuré : personne n'a été blessé, et notre infirmière Madame Pomfresh s'occupe actuellement des cinq élèves agressés pour leur permettre de quitter l'infirmerie au plus vite. Les conditions de cet incident ne sauraient malheureusement être couchés sur papier mais un professeur de Poudlard vous rendra visite demain matin à sept heures pour vous permettre de vous rendre à l'école, dans le but de rendre visite à votre fille si vous le désirez.

Albus Dumbledore,

Directeur


Un horrible bruit de craquement réveilla Ian en sursaut : il se redressa brutalement dans le canapé où il s'était assoupi l'espace de ce qui lui semblait n'avoir été qu'une minute ou deux, le cœur battant furieusement contre sa gorge alors qu'il essayait de lisser sa veste froissée par sa position peu confortable — voilà qu'il donnait une bien belle image au vieil homme qui se tenait devant lui, la mine interdite. La lettre qu'il n'avait cessée de relire glissa à terre dans son mouvement brusque, il tenta de la ramasser mais se heurta à la table basse, si bien que le sorcier à ses côtés lui intima d'une voix très calme :

« Allons, allons, M. Swann, s'il vous plaît, reprenez vos esprits, tout va bien. »

Ian ne l'écouta pas, attrapa les tasses qui traînaient sur la table et se hâta de les apporter à la cuisine, fuyant le salon pour se remettre de ses émotions. La pendule indiquait sept heures et demie. Il n'avait dormi qu'une demi-heure. La tête lui tournait. Il avait l'impression de vivre un cauchemar tout éveillé.

« M. Swann ? appela-t-on doucement depuis la porte. Vous avez reçu la lettre du professeur Dumbledore, si je ne m'abuse ?

— Exact, marmotta Ian en se tournant vers lui.

— Je suis le professeur O'Cuinn, c'est moi qui ai emmené votre fille à l'infirmerie après… l'incident et donc-

— Comment va Abby ? Que s'est-il passé ? Vous n'auriez pas pu m'expliquer directement par courrier ? Je me suis fait un sang d'encre toute la nuit ! le coupa M. Swann, excédé par l'angoisse.

— Abigail va bien. Plus de peur que de mal. Un peu secouée.

— Mais que s'est-il passé ?

— Des harpies se sont approchées de l'école et ont attaqué un petit groupe d'élève dans lequel se trouvait votre fille, expliqua calmement le professeur O'Cuinn. Vous imaginez donc sans problème je pense qu'il nous était impossible de vous donner cette information par écrit, au cas où le courrier aurait été intercepté d'une manière ou d'une autre… »

Il laissa à M. Swann le temps de digérer l'information, partagé entre le sérieux et l'amusement de voir les yeux de son interlocuteur s'écarquiller ainsi.

« D-d-des quoi ?

— Des harpies, cher monsieur. Pas des créatures que l'on aurait envie de croiser, nous serons d'accord.

— M-m-mais ç-ça n'existe p-pas, les harpies ! »

M. Swann se rendit compte de sa bêtise aussitôt après avoir ouvert la bouche — il se mit à rougir et détourna le regard, une moue sur le visage.

« Ah ? ne put s'empêcher de sourire le professeur O'Cuinn. Permettez-moi de vous contredire, cher monsieur, ces créatures étaient aussi réelles que vous et moi. Je disais donc, j'ai conduit votre fille à l'infirmerie, le professeur Dumbledore a naturellement songé qu'il était normal que je vienne vous chercher, si toutefois vous êtes prêt à me suivre.

— Évidemment ! Mais comment va Abigail ? Que s'est-il passé réellement ? Attaquée, vous avez dit ? Comment ? »

Il se tourna brusquement vers le professeur — celui-ci se grattait distraitement la barbe, ses yeux clairs fixés sur le plan de travail désordonné. Il semblait aussi perdu et anxieux que l'était Ian, à l'exception près qu'il avait l'air de contrôler totalement ses émotions.

« Je n'étais pas là lors de l'attaque. Il semble que la harpie ait pris le petit groupe par surprise, sans qu'aucun n'ait eu le temps de riposter. Oh, il y a quelques petits bleus par-ci, par-là, mais rien de sérieux.

— Mais comment s'en sont-ils sortis ? bredouilla M. Swann dont la tête tournait horriblement.

— Je laisserai à votre fille le privilège de vous le raconter, répondit seulement le professeur. A condition bien sûr qu'elle se soit rendu compte de ce qu'il se passait. Nous ne l'avons pas encore interrogée. »

M. Swann passa une main sur son visage, hagard. Ses pensées refusaient de s'organiser logiquement les unes entre les autres.

« Allons-y, alors ?

— Je-Je dois d'abord réveiller Katie et-et l'emmener à l'école. J-Je n'en aurai pas pour longtemps. À quelle heure voulez-vous être à Poudlard ? Je croyais d'ailleurs que les moldus n'étaient pas censés entrer dans l'école ? »

Le professeur O'Cuinn l'observa patiemment puis porta une main à sa barbe et sembla se plonger dans une intense réflexion.

« Nous avons le temps, je pense. Abigail a été la dernière à prendre sa potion, d'après Madame Pomfresh. Nous avons jusqu'à neuf heures, neuf heures et quart, peut-être, avant qu'elle ne se réveille.

— Je me dépêche, murmura M. Swann d'une voix blanche.

— Bien sûr. Oh, vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que je me prépare du thé ?

— B-Bien sûr que non.

— Merci. »


Katie se leva sans broncher quand elle se rendit compte de l'état dans lequel était Ian. Il l'amena à l'école, bénissant le jour où l'on avait créé la petite garderie du matin, expliqua à la va-vite que Katie manquerait l'école suite à des soucis familiaux — il s'emmêla tellement les pinceaux et avait l'air si fatigué et hagard que la jeune femme responsable prit Katie en charge aussitôt et accepta de passer le mot à l'enseignante dès que celle-ci arriverait. Ian embrassa plusieurs fois Katie et lui promit de lui donner des nouvelles de Will et d'Abby dès qu'ils se reverraient l'après-midi. Il la prit longuement dans ses bras en lui murmurant qu'il était fier de la voir aussi courageuse, mais eut le cœur brisé quand il la vit le regarder partir à travers la vitre, les yeux remplis de larmes.

Le professeur O'Cuinn attendait tranquillement dans le salon quand Ian revint — celui-ci ne put s'empêcher de remarquer que tout avait été impeccablement rangé, ce qui le fit rougir plus que de raison. Le sorcier l'aperçut et sourit doucement.

« Oh, ne vous mettez pas dans tous ces états, il m'a suffi d'un coup de baguette et tout était à sa place. Êtes-vous prêt ?

— Je-Je crois que oui. Comment… Comment allons-nous à Poudlard ?

— Par poudre de cheminette. N'ayez pas peur, le professeur Dumbledore se chargera de refermer le réseau de votre cheminée une fois le trajet effectué.

— Ce n'est pas ça qui me fait peur, maugréa M. Swann dans sa barbe alors que le professeur O'Cuinn sortait un sac de poudre de sa poche. Et comment-comment suis-je supposé voir – marcher – dans Poudlard ?

— Voyons, voyons, il suffira de lever les sortilèges sur vous pendant la durée de votre visite. Rien de plus simple.

— Ah. En effet, marmonna M. Swann. Et combien de temps suis-je autorisé à voir ma fille ?

— Autant de temps qu'il lui faudra pour se réveiller, et pour vous rendre compte qu'elle va bien. Je passe devant, et vous rattraperai lorsque vous arriverez. Sauf si vous préférez atterrir vous-même, mais je ne donnerais pas cher de votre arrivée.

—N-Non, non, je vous en prie, attendez-moi une fois là-bas.

—Bien. »

Il se plaça au milieu de la petite cheminée en se contorsionnant, tendit le sac de poudre à M. Swann après en avoir pris lui-même une bonne poignée, et énonça très clairement :

« Bureau du professeur Dumbledore, Poudlard ! »

Avant de disparaître, englouti par les flammes vertes. M. Swann dut calmer son angoisse avant de se pencher pour se placer dans la cheminée à son tour, le cœur menaçant d'exploser dans sa poitrine. Il avait hâte que cette journée soit terminée.

« Bureau du professeur Dumbledore, Poudlard, dit-il le plus distinctement possible avant de lâcher la poudre à ses pieds. »

L'arrivée fut moins brutale que prévue. Le professeur O'Cuinn attendait patiemment à la sortie de la cheminée et attrapa le bras de M. Swann pour lui éviter de se retrouver le nez sur le sol. Ian, d'une pâleur translucide, le remercia d'un signe de tête, tout en dépoussiérant ses épaules de la cendre déposée par le chemin dans la cheminée. Quand il eut repris ses esprits, il fut frappé par la décoration du bureau dans lequel il se trouvait. La salle circulaire était tapissée de tableaux mouvants d'une esthétique se rapprochant davantage du romantique que du moderne, et les ouvrages disposés là où aucun tableau ne se trouvait auraient semblé à leur place dans une bibliothèque victorienne — il avait fait un saut dans le passé, il n'avait aucune autre explication. Le professeur Dumbledore était là, vêtu d'une longue cape argentée assortie à son chapeau pointu — lui aussi semblait tout droit sorti d'une autre époque.

« Bonjour, dit-il très calmement. Je ne vous attendais pas si tôt, mon cher Alwin, je suis cependant ravi que vous ayez pu arriver sans problème. M. Swann, c'est un plaisir de vous revoir, malgré les circonstances… fâcheuses.

— J'aimerais d'ailleurs les connaître, ces circonstances, bredouilla M. Swann en essayant de se donner une contenance, omettant le fait que Dumbledore était étonnamment gonflé de se montrer si content de le revoir.

— Oh, bien entendu. Asseyez-vous, je vous en prie. »

Le professeur O'Cuinn prit discrètement congé tandis que M. Swann s'installait sur un superbe fauteuil en velours bleu nuit.

« L'incident est survenu dimanche dans l'après-midi, commença le professeur Dumbledore d'une voix très calme. On ne connaît pas encore tous les détails de l'attaque, votre fille n'ayant pas encore été interrogée, mais elle s'est retrouvée piégée par une harpie dans un couloir de l'école en compagnie de quatre camarades.

— Et… c-c'est habituel, une harpie qui se balade dans les couloirs ?

— Fort heureusement, non. Une enquête a été ouverte pour déterminer la raison de sa venue.

— Et que s'est-il passé avec Abby ? bredouilla M. Swann en se tordant les mains.

— Votre fille a mis en déroute la harpie en utilisant sa magie… particulière. J'ai peur que, comme elle le craint si ardemment, certains élèves présents à ce moment-là ne l'aient entrevue en faire usage. Il sera tout à fait possible de faire passer ceci par un sortilège habilement utilisé, si cela s'avère nécessaire. »

M. Swann déglutit, partagé entre la fierté et l'angoisse, et ne sut que répondre.

« Peut-être devrais-je en parler avec elle, murmura-t-il enfin.

— Peut-être, répéta le professeur Dumbledore dans un murmure sibyllin. Et peut-être voulez-vous lui rendre visite dès à présent, si vous n'avez pas de questions ? »

M. Swann se contenta de se lever en secouant la tête — Dumbledore sourit tranquillement puis lui indiqua une porte en bois datant du moyen-âge.

Si Ian avait pensé qu'il s'était retrouvé dans un autre univers en atterrissant dans le bureau du professeur Dumbledore, ce ne fut rien comparé à la stupeur qui le prit en découvrant l'aigle en pierre, puis les sublimes couloirs du château. Ils longèrent des colonnes de marbre, marchèrent sur des dalles magnifiques, passèrent sous des plafonds extraordinaires. Décidément, les sorciers vivaient dans une autre époque, constata Ian, la tête lui tournant avec fureur. Il avait l'impression de marcher dans un musée vivant du moyen-âge.

« Votre fille a fait d'énormes progrès depuis son entrée à l'école, entendit-il de manière très hasardeuse.

— Ah ? Qu'en pensent les professeurs ?

— Le professeur Flitwick n'a pas encore réussi à obtenir les résultats qu'il souhaitait atteindre, il est vrai que l'exercice est compliqué, même pour un sorcier confirmé. Cependant le professeur McGonagall émet beaucoup moins de réserves. »

Le cœur de Ian remonta douloureusement dans sa gorge, cognant brutalement.

« C'est une excellente nouvelle, murmura-t-il, ému.

— Néanmoins, continua le professeur Dumbledore d'une voix beaucoup trop douce, le professeur McGonagall souhaite revoir votre fille avant les vacances de Noël. Je ne vous cache pas qu'elle vous demandera de retrouver votre foyer plus tôt, comme tous les enfants, cela me paraît évident. Je comprends, ayant moi-même eu onze ans à une époque lointaine de ma vie ! Mais j'espère la voir une semaine de plus sur les bancs de mon école, qu'elle puisse partir pour Noël avec les dernières recommandations de Minerva. »

Sans stopper son avancée, il tourna la tête et perça Ian de son regard électrique, qui se sentit frissonner des pieds à la tête. Il bredouilla, indécis :

« Euh, je comprends, oui… Je… lui parlerai.

— Bien. »

Le professeur Dumbledore ne cessa de parler mais M. Swann ne l'écoutait plus. Passés les premiers moments d'émerveillement fugaces lors de son arrivée au château, il n'était plus intéressé que par l'infirmerie. Le chemin pour y parvenir lui parut horriblement long, et lorsqu'ils se trouvèrent enfin devant les grandes portes, il dut lutter pour ne pas se précipiter. Le professeur Dumbledore, dans le plus grand des calmes, lui indiqua qu'il pouvait entrer, ce qu'il s'empressa de faire, les mains tremblantes.

Quelques têtes se redressèrent en entendant les portes s'ouvrir — M. Swann reconnut sans mal M. Weasley, accompagné d'une femme tout aussi rousse que lui, penchée sur un lit – le petit Charlie avait-il été attaqué, lui aussi ? –, mais n'osa pas se diriger vers eux. Une femme coiffée d'un linge blanc — M. Swann ne put s'empêcher de remarquer qu'elle semblait tout droit sortie d'un film des années cinquante — s'approcha de lui, et lui demanda avec beaucoup de gentillesse s'il cherchait Abigail Swann. Hagard, il hocha seulement de la tête et suivit l'infirmière, son champ de vision réduit par l'anxiété, jusqu'à un lit entouré de rideaux couleur crème. Son cœur dégringola dans ses chaussettes quand l'infirmière les repoussa, laissant apparaître un petit lit à la couverture verte dans lequel dormait Abigail.

Le soulagement fit presque s'écrouler M. Swann sur la chaise postée près de la fillette — elle semblait paisible, lovée en boule sur le côté du lit, ses petites mains gantées enroulées autour de l'oreiller. Un examen rapide de ses poignets et son visage indiqua à M. Swann qu'elle ne présentait aucune trace de lutte. L'émotion le submergea si vite qu'il fut content que l'infirmière eût rabattu les rideaux autour d'eux, et, lentement, d'une main tremblante, il essuya ses yeux embués. Silencieusement, il attendit, qu'elle se réveillât ou qu'on le jetât dehors, une épouvantable sensation de vide lui écrasant les entrailles.

Le visage de la petite Abigail, qu'il avait si souvent vu fermé et froid, s'était détendu dans le sommeil — elle semblait même presque apaisée. Ses cheveux s'étalaient en une flaque sombre derrière elle, son nez était enfoui dans l'oreiller que M. Swann devina d'une douceur agréable. Pour une fois, elle n'avait pas l'air de souffrir, et cette pensée déchira le cœur de M. Swann, lui rappelant la douloureuse impuissance qu'il ressentait en présence de la fillette. Que pouvait-il lui apporter, lui, pauvre moldu dépassé par ce qu'elle pouvait vivre ? Mais même si ses efforts étaient inutiles, il continuerait de se battre pour elle, pour lui donner une vie moins douloureuse.

« Promis, murmura-t-il du bout de ses lèvres tremblantes. »

Lentement, il leva une main, désireux d'offrir à sa fille une caresse bienveillante, mais se ravisa alors que ses doigts effleuraient presque sa joue blanche. Il n'ignorait pas l'aversion qu'elle éprouvait envers la promiscuité physique, et préféra retirer sa main de son visage — s'il l'avait touchée, ne serait-ce qu'une seconde, il aurait eu l'impression de la trahir. Cette distance l'avait toujours blessé, mais il s'était promis de faire tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas nuire à ses enfants, de quelque façon que ce fût.


L'attente se prolongea davantage que l'avait prédit l'infirmière. Vers ce qui lui sembla dix heures, les rideaux se levèrent doucement, lui faisant tourner la tête pour apercevoir Will, le visage fatigué mais visiblement ravi de la visite de son père.

« Papa ! »

Il se rua sur lui et l'enlaça sans préambule. M. Swann, très ému, le serra contre lui, lui caressa doucement le dos puis le laissa s'approcher du lit où dormait sa petite sœur.

« Comment va-t-elle ? demanda-t-il d'une voix pleine d'inquiétude.

— Pour l'instant, rien n'est anormal, répondit M. Swann d'une voix enrouée. Et toi, comment vas-tu ?

— Bien, répondit Will, évasivement. Et toi ? Et Kat ?

— Ça va, mentit son père avec un sourire doux. Katie aussi. On préparait doucement votre retour quand j'ai reçu un hibou. »

Will garda un silence sérieux, puis regarda son père, l'air déboussolé.

« Elle a été attaquée par une harpie, dit-il lentement.

— Je sais.

— On ne sait pas pourquoi elles étaient là.

— Je sais…

— Mais elle va s'en sortir, non ? Les autres s'en sont sortis…

— Je sais. Oui, je pense. Ne t'en fais pas pour elle, c'est une battante. »

Will ne répondit pas, mais s'approcha de son père et l'enlaça de nouveau, le serrant fort contre lui.

« Tu m'as manqué, mon grand, murmura M. Swann en essayant de ne pas laisser l'émotion le submerger.

— Toi aussi, papa. Je t'aime, tu sais.

— Moi aussi mon grand.

— Promets que tu ne mourras jamais. »

Ian fronça légèrement les sourcils lorsque Will resserra davantage son étreinte. En lui caressant doucement les cheveux, il murmura :

« Tout ira bien, mon grand. »

Mais au regard que lui lança le jeune garçon lorsqu'il le relâcha, il était clair que tout n'allait pas bien.

« Comment va Katie ? murmura Will, le regard fuyant. »

Ian hocha doucement la tête, comprenant que la conversation attendrait un autre temps plus propice.


Will resta autant qu'il lui fut possible. Il insista pour montrer Poudlard à son père, qui lui répondit tranquillement qu'il préférait ne pas s'éloigner trop au cas où Abigail se réveillerait, ce que Will comprit aisément. Il lui demanda cependant de le raccompagner à la porte de l'infirmerie quand la sonnerie retentit, ce à quoi M. Swann ne vit aucune objection. Ils se dirigèrent vers la sortie et Will se moqua gentiment quand son père désira lire l'heure et grommela qu'il allait devoir changer sa pile, sa montre s'étant bloquée au moment où il était arrivé dans le bureau de Dumbledore.

« Les objets moldus ne fonctionnent pas à Poudlard, lui expliqua-t-il en gonflant le torse, ravi de posséder un savoir que son père n'avait pas.

— Vraiment ? C'est absurde ! Il faut une montre sorcière pour pouvoir lire l'heure dans le château ?

— Eh bien, oui, aussi fou que cela puisse paraître, répondit une voix amusée derrière M. Swann. »

Celui-ci se retourna avec étonnement, et aperçut M. Weasley, une main sur l'épaule du petit Charlie — lui aussi le raccompagnait certainement, bien qu'il fût étonné de constater que le jeune garçon reprenait déjà le chemin des cours.

« Oh, bonjour Arthur, bafouilla M. Swann. Comment vas-tu, Charlie ?

— Bien, merci, répondit le concerné.

— Déjà à reprendre le chemin des cours ? Je pensais que l'infirmière t'aurait gardé plus longtemps.

— Oh, ce n'est pas moi qui ai été attaqué, répondit timidement Charlie en baissant les yeux.

— Bill, notre aîné, expliqua M. Weasley.

— Oh. »

Will tira légèrement sur la manche de son père en grimaçant, lui indiquant qu'ils devaient absolument se rendre en cours. Son père l'embrassa doucement et le laissa s'éloigner en compagnie de Charlie.

« Comment va Abigail ? demanda M. Weasley d'une petite voix malaisée. »

M. Swann baissa la tête et se massa la nuque, gêné.

« Elle n'est pas encore réveillée. Et Bill, comment va-t-il ? ajouta-t-il aussitôt.

— Plus de peur que de mal, heureusement, il s'est réveillé il y a deux heures. L'infirmière nous a assurés qu'il n'avait pas été touché par le sortilège lancé par Abigail, il a juste attrapé un gros rhume.

— Le sortilège lancé par Abigail, répéta lentement M. Swann en hochant la tête, se remémorant sa conversation avec le professeur Dumbledore.

— C'est étonnant, pour une première année, je vous l'accorde, sourit M. Weasley en lui tapotant le bras. Mais une bien belle prouesse.

— Oh je… Oui, certainement, vous savez, je ne suis pas tellement expert en la matière… En parlant d'Abigail, je vais… retourner la voir.

— Bien sûr. Ma femme Molly est avec moi, si vous désirez un peu de compagnie, en attendant.

— Merci, Arthur. J'y penserai. »

Ils se sourirent poliment, puis M. Swann retourna veiller sur Abigail et M. Weasley sur Bill.


Quand onze heures et demi sonnèrent, l'infirmière écarta discrètement les rideaux et proposa un rafraîchissement à M. Swann, toujours pétrifié sur sa chaise, les yeux rivés sur sa fille endormie, qu'il accepta du bout des lèvres. Le plateau qu'on lui tendit lui parut peser une tonne, bien qu'on eût seulement déposé quelques sandwichs et une tasse de thé.

« Elle ne devrait plus tarder à se réveiller, maintenant, lui assura-t-on. »

Mais il s'en moquait.

Il croqua lentement dans un sandwich, appréciant leur douceur et la chaleur du thé, les yeux fixés sur le visage serein d'Abigail. Tu seras heureuse. Je te le promets, voulut-il murmurer, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge trop nouée. Il attaquait le deuxième petit pain quand il se sentait soudainement observé, à travers les rideaux. Lentement, il les ouvrit à demi et découvrit le visage rosi de timidité d'une fillette blonde de plus petite taille encore qu'Abigail, le cou entouré d'une jolie écharpe aux motifs colorés. Elle rougit davantage en croisant le regard de M. Swann et ramena ses mains l'une contre l'autre en baissant la tête, gênée, avant de jeter un coup d'œil au lit dans lequel Abigail dormait encore.

Le cœur de M. Swann se gonfla de tendresse, il adressa un sourire à la petite, qu'elle lui renvoya maladroitement, le regard fuyant. Était-elle une amie d'Abigail ? Cette pensée enflamma le cœur de M. Swann, qui écarta lentement les rideaux :

« Bonjour. Comment t'appelles-tu ? »

La fillette ne répondit pas, mais plongea le nez dans son écharpe et recula d'un pas. Surprit par sa réaction, M. Swann grimaça légèrement, ennuyé. La fillette se retourna et leva ses mains pour les agiter vers quelqu'un qu'il ne pouvait pas voir. Puis un homme et une femme s'approchèrent, lurent avec attention les gestes rapides et désordonnés que M. Swann ne pouvait pas comprendre, et le regardèrent, le visage illuminé d'un sourire.

« Bonjour, Ivy demande si vous êtes le papa d'Abigail, traduisit doucement l'homme en posant une main sur l'épaule de la petite sorcière qui devait être sa fille.

— Je le suis. Enchanté, ajouta M. Swann maladroitement. Tu es une amie d'Abby ? »

Ivy acquiesça de la tête et reprit son ballet à l'aide de ses mains. Cette fois, ce fut sa mère qui traduisit d'une voix tranquille :

« Elle demande si votre fille va bien.

— Oh ! Oui, Abby va bien, mais je t'en prie, approche. »

La fillette lui adressa un dernier regard mi-méfiant, mi-rassuré et trottina vers le lit, sur lequel elle posa une petite main timide, les yeux braqués sur son amie endormie. Ses épaules s'affaissèrent doucement, elle eut l'air soudainement triste et las. M. Swann éloigna doucement sa chaise pour lui laisser une petite bulle d'intimité.

Puis, avec une lenteur délibérée, Ivy se tourna vers lui et le regarda avec attention. Ses yeux noisette brillaient d'une force qu'il avait rarement vue chez un enfant de son âge. Il fut passablement intimidé — mais trop fatigué pour se trouver ridicule de l'être — quand une lueur de défi illumina le visage de la fillette. Elle essayait, par son regard résolu, de lui dire quelque chose, mais il ne sut lire dans ses prunelles. Puis, tranquillement, elle se détourna et signa quelque chose à l'attention de ses parents. Ceux-ci se regardèrent, troublés, puis reprirent, étonnés :

« Ivy vous signifie qu'elle sait tout. »

Il fallut un temps à M. Swann de comprendre ce que la fillette voulait dire. Son cœur manqua un battement — l'avait-elle deviné ? Savait-elle aux dépends d'Abigail ? Ou au contraire, pour la première fois de sa vie Abigail avait-elle volontairement dévoilé son secret ? Ivy chercha son regard, qu'il accepta, troublé. Dans ses jeunes yeux scintillaient la bienveillance et un respect qu'il comprit sans limites. Un soulagement qu'il ne comprit pas tout de suite lui desserra les entrailles, et il hocha doucement la tête — la fillette sourit timidement.

« Ma poupette, nous devons voir le professeur McGonagall, annonça soudainement la mère d'Ivy d'une voix très douce. Tu veux attendre qu'Abigail se réveille ou tu viens avec nous ? »

La petite Gryffondor répondit aussitôt en faisant tournoyer ses mains. Ses parents l'embrassèrent tour à tour sur le front et se tournèrent vers M. Swann avec un sourire timide :

« Pouvons-nous vous confier notre fille un moment ? Nous ne serons pas longs.

— Évidemment, coassa Ian en hochant la tête.

— Merci. »

Ivy suivit ses parents du regard, puis ses iris rassurantes se posèrent ensuite doucement sur son amie alitée — à ce moment-là, M. Swann comprit que sa fille n'aurait pas pu faire meilleure rencontre.


Ce fut la douleur qu'elle ressentit d'abord. Un élancement désagréable au niveau de sa poitrine, auquel suivait un engourdissement dans ses bras qu'elle ne sentait plus que par ses mains souffrantes à leur extrémité. Les effets de la potion s'estompaient trop lentement. Elle entendait, autour d'elle, des voix étouffées, des bruits de pas claquant le sol, mais elle n'arrivait pas à ouvrir les yeux. Encore moins à bouger. Les souvenirs émergeaient, lentement. La créature. La glace. Ivy.

Ivy.

Elle ouvrit brutalement les yeux, et se retrouva nez-à-nez avec le visage tiré et inquiet de son père — son père ? Elle fut, un instant, plongée dans une confusion totale — rêvait-elle ? Plus que certainement, les effets de la potion n'étaient toujours pas complètement dissipés… M. Swann poussa un immense soupir — qui semblait pourtant bien réel —, passa ses mains sur son visage, l'air horriblement las, puis se laissa retomber sur son siège en souriant doucement :

« Salut ma puce, comment tu te sens ? Confuse, je dirais, rit-il tendrement. »

Il approcha son siège du lit et garda le silence, le temps qu'Abigail comprenne ce qu'il se passait. Le regard rempli de tendresse qu'il lui adressait lui renvoya avec force les dernières semaines d'angoisse et d'anxiété perpétuelles qu'elle avait vécues, ses longues nuits à rêver de la maison de Stamford et la présence rassurante de son père. Épuisée, elle était épuisée. L'étirement toujours horriblement douloureux de ses mains laissa exploser la fatigue dans son cœur alors qu'elle se redressait légèrement dans son lit et éclatait en sanglots.

« Abby ma chérie, que se passe-t-il ? s'écria M. Swann, horrifié. Tu veux que j'appelle l'infirmière ? Tu as mal quelque part ?

— P-papa, je veux r-rentrer à la m-maison, bredouilla la fillette.

— Abby chérie, murmura son père d'une petite voix, le cœur déchiré, nous en avons discuté avec le professeur Dumbledore… Il… Il semble penser que tu fais de gros progrès, le professeur McGonagall aimerait te revoir une ou deux fois avant les vacances. Écoute, ne pleure plus, je préfèrerais que tu rentres avec moi, c'est évident mais j'ai aussi… deux ou trois choses à régler avant votre retour… »

Abigail cessa lentement de pleurer, le regard vide — son cœur et son corps lui faisaient si mal que le refus de son père ne l'atteignit pas aussi violemment qu'elle ne l'aurait pensé.

« Ma chérie, je suis tellement désolé… »

Il fut coupé par Madame Pomfresh qui, alertée par les bruits, s'était approchée, un plateau de victuailles dans les mains. Elle tendit un gobelet à Abigail sans se soucier de la détresse dans le regard de M. Swann, et déposa la nourriture sur la table de chevet.

« Buvez d'abord, ce sont des vitamines. Ensuite, mangez à votre faim et n'hésitez pas à me rappeler si quelque chose ne va pas. »

Ses pas résonnèrent derrière elle alors qu'elle s'éloignait. Le silence s'installa, épais, gourd, entre M. Swann et Abigail — celle-ci regarda la potion orange à l'odeur âcre, une moue sur le visage, l'avala d'une traite et essuya lentement ses yeux mouillés.

« Tu comprends ? murmura M. Swann d'une voix brisée.

— Oui. »

Elle sentit son père la chercher du regard mais ne releva pas la tête. Comprendre ou pas lui était complètement égal, finalement, au stade où elle en était. Ses mains lui faisaient mal. Encore. Un sanglot s'étouffa dans sa gorge.

« Et Ivy ? Où est Ivy ? murmura-t-elle d'une voix déformée par la détresse.

— Ivy ? Elle est là ma chérie, rassure-toi. Elle va bien.

— Papa, il y avait de la neige partout. »

Sa voix se brisa, elle réprima un sanglot et baissa la tête.

« De la neige partout ? répéta doucement M. Swann, le ventre soudainement noué. Raconte-moi, Abby chérie, que s'est-il passé ?

— La harpie, expliqua Abigail d'une petite voix, les yeux baissés sur ses mains gantées. Je l'ai… je l'ai touchée, sans mes gants, et… »

Sa voix se brisa. Elle n'eut cependant pas besoin d'en dire plus — M. Swann avait compris, et, impuissant face à la détresse de sa fille, il s'assombrit, avant de murmurer avec tendresse :

« Ivy va très bien. Je l'ai rencontrée tout à l'heure. Elle a l'air de tenir à toi.

— Elle n'est pas… gelée ? Personne n'a été… ?

— On m'a assuré que personne n'avait été blessé, et je n'ai pas vu la moindre trace de gel sur Ivy, la rassura M. Swann, un sourire dans la voix. Veux-tu que j'aille la chercher ?

— Je ne sais pas trop. Oui… mais pas tout de suite.

— Ça ne fait rien. Mange, ma puce, c'est important. »

Abigail hocha la tête et attrapa un sandwich au fromage qu'elle croqua, tremblante.

« Ils vont savoir ? marmotta-t-elle d'une voix inquiète. Les autres élèves ?

— Savoir ? Oh ! »

Il se pencha vers elle et chuchota :

« Le papa de Bill m'a dit tout à l'heure que tu avais lancé un sortilège…

— Non, je n'ai rien fait.

— Ce n'est pas ça, Abby chérie, ils penseront que tu as lancé un sortilège, rien de plus. Je suis sûre que tu n'as rien à craindre.

— Mais… »

Charlie sait ! voulut-elle hurler. Le sandwich l'étouffa, elle le reposa et s'emmura dans le silence. Ses pensées s'emmêlèrent, se troublèrent, et il lui sembla qu'en dépit de toutes les heures qu'elle avait passées à dormir, elle n'était pas du tout reposée.

« Je suis très fier de toi, tu sais, entendit-elle à moitié. C'est toi qui as neutralisé la harpie, n'est-ce pas ?

— Je ne sais pas. »

Tout était allé si vite qu'elle ne se souvenait pratiquement plus d'aucune image de la scène. Elle savait juste qu'elle n'avait rien voulu, que ses pouvoirs s'étaient manifestés comme d'habitude, sans qu'elle n'y eût pensé. Juste un moment de panique et d'égarement. Rien qui eût pu rendre son père fier.


M. Swann resta encore un moment, proférant des paroles qu'il voulait rassurantes. Abigail sembla à peine se détendre et s'enferma lentement dans une solitude morne et glacée dans laquelle il ne se sentait pas de place, malgré ses efforts. Douze heures sonnèrent, et avec elles l'obligation de se séparer du lit d'infirmerie et de regagner le monde moldu.

« Je dois y aller, ma chérie, j'ai quelques petites choses à régler avec tes grands-parents. »

Abigail hocha la tête sans apparemment désirer en savoir plus. Il se leva sous son regard fermé et lui sourit tendrement, quoiqu'un peu attristé.

« Je suis content de t'avoir vue. »

Elle acquiesça lentement, les yeux baissés, et se mit à jouer avec ses mains.

« On se revoit samedi, ma chérie. Katie et moi nous vous attendrons à la gare. A samedi. »

Il se retourna une dernière fois en passant la porte de l'infirmerie mais Abigail s'était rallongée et lui tournait le dos.


Il rejoignit le bureau de Dumbledore d'un pas lent, la nuque raide. Seuls les parents d'Ivy attendaient dans la pièce circulaire que d'autres parents prennent de la poudre de cheminette. Lorsqu'ils aperçurent M. Swann, ils lui sourirent et s'approchèrent.

« C'est bien que nos filles soient amies. »

M. Swann acquiesça lentement, étonné du ton ému de M. Carson. La fatigue l'accablait, et sa timidité presque maladive en présence d'inconnus l'empêchait de se concentrer et de penser correctement. Mrs Carson aperçut son malaise et reprit, l'air aussi touchée que son mari.

« C'est-à-dire que nous n'avons pas l'habitude de voir Ivy ainsi épanouie. Elle… n'a jamais eu beaucoup d'amis, vous savez. La voir aussi heureuse avec votre fille nous rassure, quelque part…

— Oh. C'est une petite fille charmante, votre Ivy.

— Voulez-vous passer prendre le thé, un après-midi ? continua doucement M. Carson en prenant la main de sa femme. Pendant les vacances ? Je suis sûr que notre Ivy serait ravie de voir Abigail pour Noël.

— Oh ! Euh… Ce serait avec… avec plaisir, bien sûr ! répondit M. Swann en se faisant violence pour accepter l'invitation. »

Mrs Carson sourit doucement et leva une main pour le rassurer, le regard plein de bienveillance.

« Vous n'êtes pas obligés d'accepter, évidemment.

— N-Non, ce n'est pas… Je veux dire, je n'ai pas l'habitude de rencontrer… des gens, encore moins les parents d'amis de mes enfants… surtout depuis que je les élève seul. Mais vraiment, ce serait avec plaisir, ajouta-t-il, pestant intérieurement d'en avoir certainement trop dit.

— Nous vous enverrons un hibou, et n'ayez pas peur de refuser, surtout.

— Non, au contraire, je serais ravi, assura M. Swann en esquissant un sourire. »

M. et Mrs Carson lui adressèrent un dernier sourire timide avant de se diriger vers la cheminée, où Dumbledore les attendait. Lorsqu'ils disparurent dans la grande cheminée, M. Swann s'avança, se rendant compte qu'il n'avait pas appelé sa mère comme promis et qu'il n'était pas prêt à affronter l'après-midi qui l'attendait encore. Au moins, Katie serait avec lui.


Abigail sortit de l'infirmerie — en se promettant qu'elle n'y remettrait jamais les pieds —, la tête basse, seulement accompagnée d'Ivy qui, ravie que son amie soit enfin sur pieds, souriait d'une oreille à l'autre. En passant les portes, elles tombèrent nez-à-nez avec Bill Weasley et son ami de quatrième année qui discutaient en attendant leur amie toujours en train de s'habiller — Abigail croisa leurs yeux l'espace d'un instant et se détourna aussitôt, une horrible sensation lui parcourant l'échine. Peu importe ce qu'on leur avait raconté quant à ce qu'il s'était passé avec la harpie, ils n'avaient visiblement pas été dupes. Ils avaient compris. Ils savaient.

La semaine s'annonça catastrophique. Le professeur Rogue prit un malin plaisir à changer le plan de classe si bien qu'Abigail se retrouva seule devant son chaudron — ce qui, en soi, l'arrangeait plutôt bien. Malheureusement, même sans le regard d'un voisin, elle s'avéra atrocement nulle dans l'art des potions — elle abandonna sa préparation lorsque celle-ci, censée tourner en une jolie couleur crème, avait pris une teinte jaunâtre et s'était mise à croûter. Échec qui lui valut les grincements de Rogue et une humiliation publique qui s'acheva sur la menace d'un zéro pointé au prochain devoir.

« Peut-être que si Rogue avait arrêté de te tourner autour comme un vautour, ça aurait été mieux », signa Ivy quand elles sortirent de la salle, alors qu'Abigail arborait une mine de déterrée.

Le professeur Binns leur fit un cours entier consacré aux harpies — comme si en rencontrer une n'avait pas été suffisant. Même Ivy qui d'ordinaire suivait les cours avec attention lâcha l'affaire au bout d'un quart d'heure de mises en gardes plus ennuyeuses les unes que les autres. Pour la première fois depuis plusieurs mois, le professeur O'Cuinn ne s'enfuit pas lorsque la cloche retentit mais regarda ses élèves ranger leurs affaires dans un joyeux brouhaha, un sourire effacé par sa moustache collé sur ses lèvres. Il apostropha Ivy et Abigail pour leur demander si elles allaient bien, ce à quoi elles répondirent d'un signe de tête rapide et timide.

La fillette se sentait épuisée entre les cours et la douleur dans sa poitrine qui ne s'atténuait plus. Sans compter qu'elle veillait toujours à ne pas rencontrer Bill et ses amis, et qu'elle mettait beaucoup d'énergie à disparaître des couloirs aussi vite que possible, toujours suivie par Ivy qui ne posait aucune question et s'effaçait avec autant d'aisance qu'elle.

Les jours passaient si lentement qu'Abigail eut l'impression de vivre plusieurs semaines en une lorsqu'elle retourna dans son dortoir après un dernier cours éprouvant avec le professeur McGonagall. Ses mains la faisaient souffrir tout autant que sa tête meurtrie par le sommeil en retard. Au moins, elle aurait quelques exercices à faire lorsqu'elle redeviendrait locataire de la petite chambre bleue à Stamford. Un dernier jour, et elle serait dans le train en direction de la maison, pensa-t-elle en se couchant dans son lit à baldaquin, la poitrine et le crâne douloureux. Elle ramena ses draps sur elle, s'enroula dans leur douceur et se laissa emporter par la sensation comateuse du sommeil qu'elle accueillait à bras ouverts.

Un bruit aussi doux qu'une bulle de savon éclatant dans l'air la réveilla. D'abord confuse, elle cligna des yeux, persuadée d'avoir rêvé. Puis, très doucement, une clochette tinta dans l'air, suivie d'une multitude de sons qui se mélangèrent et se transformèrent en la plus jolie mélodie qu'Abigail eut jamais entendue. Une mélodie si apaisante qu'elle ressentit une irrépressible envie d'en connaître la provenance. Elle écarta les draps très lentement et entrouvrit ses baldaquins avec beaucoup de précaution, mais il n'y avait aucun mouvement dans le dortoir. Ce fut lorsque la mélodie s'intensifia en une délicieuse cacophonie que son regard se bloqua sur la fenêtre derrière laquelle elle apercevait des dizaines de flocons voleter — il neigeait. Son cœur s'emballa, elle se sentit trembler, mais ça n'avait pas d'importance — sans se soucier une seconde des arabesques glacées qui se dessinaient sous chacun de ses pas, elle s'élança sans bruit à la fenêtre et s'assit sur le rebord, le nez collé à la vitre.

Une curieuse sensation s'empara de son cœur, détendit lentement ses muscles, délia sa gorge étouffée par les angoisses. Le dortoir et ses habitantes s'effacèrent peu à peu mais elle n'était pas seule, pas vraiment. Les flocons tombant près de la fenêtre y semblaient irrémédiablement attirés. Ils voletaient vers elle, semblaient ralentir à sa présence, puis s'écrasaient doucement sur le toit dans des sons chaque fois différents — c'était de là que provenait la mélodie. Abigail ramena ses genoux contre sa poitrine, et laissa son regard vagabonder sur les perles blanches du dehors, l'esprit apaisé. Elle n'avait plus qu'une seule hâte — sortir, et sentir le vent chargé de flocons sur son visage. L'hiver était revenu — enfin.


Quand l'aube se leva, les flocons cessèrent leurs vrilles infernales et les nuages se levèrent doucement, laissant un maigre soleil percer l'horizon d'une douce couleur orangée. Abigail quitta le renfoncement de la fenêtre, parfaitement réveillée malgré les heures passées à observer la neige, et se hâta de se préparer pour la dernière journée du trimestre. Le cours du professeur Binns passa étonnamment vite et elle n'eut aucune hésitation lorsque vint le moment de passer les portes du château pour se rendre en cours de vol — si bien qu'Ivy dû trottiner pour la suivre, emmitouflée dans sa cape.

« Je ne t'avais jamais vue si impatiente de te rendre à un cours de vol, lui fit-elle remarquer en la jaugeant d'un air méfiant.

— Je n'aime pas voler, répondit tranquillement Abigail en enfonçant avec plaisir ses pas dans la poudreuse. »

Ivy comprit alors et sourit doucement, en lui envoyant une boule de neige en pleine tête.

Abigail savait que Madame Bibine avait abandonné tout espoir de la voir un jour monter sur un balai sans une grimace lui déformant le visage, si bien qu'elle ne prit même pas la peine de monter sur son balai, ce jour-là. Elle se contenta de regarder Ivy voleter avec aisance près du sol, en frappant doucement la neige de ses pieds. Madame Bibine lui adressa un regard désabusé mais elle n'y fit pas attention.

« Une bataille de boules de neige, ça te dirait ? »

Dans les yeux d'Ivy, qui disparaissaient presque sous son épaisse écharpe remontée jusqu'au nez, brillait un air de défi féroce. Ses joues étaient rougies par le froid, et sa tresse de longs cheveux blonds parsemées de flocons blancs alors qu'elles se promenaient non loin de la cour de métamorphose, les pieds dans la neige.

« Quelque chose me dit que tu dois en être la reine, non ? » ajoutèrent les mains d'Ivy alors que ses yeux souriaient.

Abigail fit la moue, embarrassée.

« Je n'aime pas trop ça, avoua-t-elle. »

La déception éteignit les yeux d'Ivy. Abigail enfonça ses mains dans ses poches, maussade, mais la jeune Gryffondor ne se laissa pas abattre et se pencha pour former une boule glacée au creux de ses mains protégées du froid par des gants épais en peau de dragon. Son amie la regarda, méfiante, et recula lorsqu'Ivy lui tendit la main. Les yeux de la fillette se mirent à rire :

« Juste un cadeau, murmura-t-elle. Pour que tu ne m'oublies pas pendant Noël. »

Elle fit un pas vers son amie pour lui mettre la boule de neige de force entre les mains. Abigail ne réagit pas spontanément, les yeux fixés sur l'amas blanc, la gorge nouée. Puis elle tendit de nouveau le cadeau à Ivy — celle-ci parut extrêmement vexée mais accepta de la garder entre ses doigts. Quand elle aperçut Abigail retirer ses gants, son visage se détendit ses yeux s'allumèrent. Les doigts blancs de son amie se déroulèrent et se tendirent vers elle, timidement, presque avec méfiance. Ivy n'hésita pas une seconde et déposa très délicatement son petit trésor dans l'étreinte des petites mains. Elle eut presque envie de les toucher, tant ils semblaient aussi doux que la neige, pour en avoir le cœur net, mais Abigail se recula aussitôt qu'elle eut attrapé son dû. Elle baissa son visage de porcelaine et son front se barra de concentration. Ivy attendit, le cœur battant d'impatience, et laissa échapper un couinement admiratif quand une petite lueur s'échappa des mains d'Abigail, dessinant une courbe gelée dans l'air déjà glacé. La poudre blanche qui s'éleva autour des doigts pâles toucha à peine la boule de neige que celle-ci devint aussi lisse qu'une boule de cristal brillante sous la lumière pâle du soleil. Des sinuosités glacées se dessinèrent sur sa surface — Ivy la trouva magnifique.

Les épaules d'Abigail s'affaissèrent brutalement. Elle chancela légèrement, se rattrapa de justesse alors qu'Ivy voulait se précipiter pour l'aider à tenir debout. Sans un mot, elle lui fit comprendre que tout allait bien, puis ses yeux se posèrent sur la petite chose au creux de ses doigts. Elle ne dit rien, mais à la façon dont elle la serra entre ses doigts, Ivy comprit que c'était là un cadeau qu'elle n'oublierait jamais.


Et vous, comment que ça va dans la vie étout ?

Je n'ai pas grand chose à dire à part merci, merci et merciiiii. Vous êtes les meilleures (meilleurs?) lectrices (lecteurs?) du mooonde. Que vous soyez fantômes ou revieweuse(r).

Un immense (vraiment) merci à ma super Citrouille, qui est vrémentrolabest, et qui trouve toujours le temps avec la (plus tellement) petite Myrtille à corriger les incohérences et répétitions qui peuvent se glisser dans mes chapitres ! Gros love sur Polly et sur toi.

Je ne sais pas bien quoi rajouter ahahah. Ahah. AHAH. Bisous. Pluie de corn-flakes sans huile de palme sur vous.

PS: je suis la fatigue.

PS2: j'avais juste envie de mettre un PS. Et puis PS2 c'est comme la console (je me lasse pas de cette blague).

PS3 (commelaconsole*zbaf*): n'hésitez pas à me faire un retour sur votre lecture, ça me fait toujours énormément plaisir.

Je vous dis à dans un mois et demi, love sur vous.