Chapitre 9 : Compter pour quelqu'un.
A aucun moment la vie d'Emma Swan n'avait été facile. Dès sa naissance le destin avait été cruel avec elle, l'envoyant loin de ses parents, ceux-ci n'ayant probablement pas jugé bon de la garder avec eux.
Encore aujourd'hui elle se demandait pourquoi ces derniers n'avaient pas voulu d'elle, et, ne trouvant aucune réponse à ses questions malgré ses recherches, avait peu à peu décidé d'abandonner, et perdu complètement espoir à ce sujet.
Elle était seule, comme toujours, c'était même pire maintenant qu'elle avait abandonné son enfant. Sa première famille n'avait pas voulu d'elle, elle ne leur suffisait pas, il fallait qu'ils aient un enfant à eux. Emma ne leur en voulait pas, elle comprenait, mais le fait est que ce premier abandon lui avait fait terriblement mal à l'époque, et lui pesait encore aujourd'hui.
(S'il n'y avait pas eu ces deux premiers abandons, de ses parents et de ceux qui l'avaient adoptée, aurait-elle abandonné son enfant ?)
Elle était celle que personne ne voulait, que personne n'avait jamais, enfin… jusqu'à une certaine personne qu'elle voulait réellement oublier, une personne qui en plus de l'abandonner l'avait aussi trahie.
Non, ce n'était pas complètement vrai, il y en avait eu d'autres avant, mais c'était elle qui avait fuit alors. Un temps, elle avait pensée, naïvement, que peut-être elle pourrait avoir une famille, avec Ingrid.
Cela n'avait pas duré, cette dernière s'étant finalement révélée être complètement folle, croyant en la magie et d'autres choses invraisemblables. Si Emma Swan avait eu besoin de preuves que la magie n'existait pas, cela aurait pu être ce jour-là, où sa « mère » avait failli la faire mourir.
Sa peur avait été si grande qu'elle s'était jurée de ne jamais croire en toutes ces choses, pas si cela devait la faire tourner folle et devenir comme Ingrid.
Alors cette fois-là, oui, elle avait fui, à toutes jambes, mais qui ne l'aurait pas fait à sa place ?
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Et il y avait aussi eu Lily, Lily qu'elle avait aimée et qui s'était prétendue son amie, mais qui lui avait menti, qui l'avait trahie. Et qu'elle aussi avait fui, qu'elle avait trahie, en quelque sorte. Sa seule amie sauf si l'on exceptait l'Autre, celui qui l'avait laissée, qu'elle voulait oublier, sortir de son esprit pour toujours.
Un homme, qu'elle avait aimé un temps, dont elle pensait qu'il l'aimait aussi, mais qui n'avait fait que le prétendre, et ce pour mieux la trahir elle aussi, lui enfoncer un poignard dans le dos.
Abandonnée, encore une fois, reconnue comme une criminelle, alors qu'il était le coupable. Mais il n'y avait pas que cela…
Qu'est-ce qui l'avait saisie ce jour-là, quand elle avait réalisé qu'elle était enceinte ?
L'horreur, un peu. Savoir qu'elle attendait un enfant de ce salopard qui l'avait balancée dans cet endroit, sans absolument aucun remords.
La détresse aussi, tout comme la peur, parce qu'elle avait conscience qu'elle ne pouvait pas avoir cet enfant, qu'elle ne saurait pas l'élever. Elle était solitaire, et la seule personne avec qui elle aurait voulu s'occuper de ce gosse venait de briser sa confiance.
Il lui faudrait du temps pour qu'elle fasse de nouveau confiance à quelqu'un, et, peu à peu, insensiblement, un mur était en train de se construire autour d'Emma Swan, la princesse envoyée dans un monde sans magie, et qui n'avait connu presque que la souffrance, et la solitude.
Elle ne pouvait pas être mère, elle s'en rendit très vite compte. Parce qu'elle n'en était pas capable, sur le plan financier, elle ne pourrait déjà sûrement pas s'assumer elle-même à sa sortie de prison, alors un bébé !
Sans compter le fait qu'elle ne saurait pas, comment pourrait-elle être mère, alors qu'elle n'en avait jamais eu ? Ingrid ne comptait pas, celle-ci s'était plus considérée comme sa sœur. Elle savait très bien qu'elle était en train de répéter le même schéma que ses parents, qu'elle faisait exactement comme eux.
Qu'elle devenait comme eux.
(Il fallait que son enfant ait toutes ses chances, c'est pour ça qu'elle décida qu'elle devait faire passer son bonheur à lui avant son bonheur à elle. Parce qu'elle aurait voulu pouvoir l'élever cet enfant, mais elle ne le pouvait pas.)
Elle n'avait rien d'une héroïne, elle n'était personne, et tout ce qu'elle espérait désormais, c'était que son fils (apparemment c'était un garçon) puisse trouver une bonne famille.
Qu'il ne devienne pas comme elle, qu'il ne finisse pas dans le système, et surtout, qu'il soit heureux.
C'était ça qui importait, plus que tout le reste.
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Emma Swan avait dix-huit ans, mais intérieurement, elle se sentait beaucoup plus âgée que cela. Ce qu'elle avait déjà vécu y était probablement pour beaucoup, et malgré son jeune âge, la jeune femme se sentait incroyablement fatiguée.
L'accouchement avait été horrible, réellement. Parce que rien ne l'avait vraiment préparée à la douleur qui la submergea à ce moment-là. Elle eut l'impression que cela dura des heures, et en fait ce fut probablement le cas.
Cette douleur, elle ne l'oublia pas, c'est certain, même si un autre type de souffrance se rajouta à celle endurée par son corps, à savoir celle d'abandonner son enfant. Elle n'avait pas le choix, elle aurait voulu pouvoir faire autrement, mais elle ne le pouvait pas.
Ce qu'elle aurait voulu pouvoir faire, c'est serrer son enfant dans ses bras, juste une seule fois, mais elle n'en fit rien, refusant de le porter, sachant que si elle le faisait, elle serait ensuite incapable de s'en séparer, malgré sa décision et toute sa bonne volonté.
Et ça lui déchirait le cœur.
Emma était toujours allongée dans son lit après l'accouchement, épuisée, et les mains pour l'instant détachées, avec en revanche les pieds toujours menottés au lit. Elle se trouvait seule depuis un certain temps, et elle pleurait continuellement depuis que son bébé lui avait été enlevé.
Enfin, plutôt depuis qu'elle l'avait laissé.
C'est sans doute pour cela qu'elle mit autant de temps avant de comprendre qu'elle n'était pas seule, parce que oui, une personne qu'elle ne connaissait pas venait tout juste d'entrer dans sa chambre, et ce n'était ni une infirmière, ni un médecin, ni même la police.
Quand elle s'aperçut de cela, Emma sursauta, extrêmement surprise. Une jeune fille, d'environ son âge, venait tout juste de prendre place sur une chaise proche de son lit à elle, et l'autre fronça les sourcils, inquiète.
Qui elle était, Emma n'aurait pas su le dire, en fait, elle n'avait même pas envie de le remarqua alors que l'autre jeune fille portait dans ses bras un bébé.
« Probablement son frère ou sa sœur », se dit-elle distraitement.
Mais cela n'avait aucune importance, parce qu'elle allait bientôt partir de toute façon, et la laisser, comme tout les autres avant elle. Enfin, ce n'est pas ce qui se passa, parce qu'Éléonora resta assise, sans bouger, et mit un certain temps avant de la regarder.
Immédiatement, Emma lança la conversation, tentant d'être le plus hostile possible :
« Qui êtes-vous ? Et que faites-vous ici ? »
L'autre parut très surprise de son agressivité, mais ne dit tout d'abord rien, ce qui permit à Emma de l'examiner plus attentivement.
Dix-sept ou dix-huit ans. Pas plus. Comme elle en fait.
(A la différence que cette fille semblait beaucoup moins perdue et brisée qu'elle. Elle ne savait pas qu'après une éternité passée à Neverland, Éléonora avait fini par apprendre à bien dissimuler. Contrairement à elle.)
Juste une enfant, en somme, ce qu'elle-même n'était plus depuis longtemps, ce qu'elle n'avait en fait peut-être jamais eu le temps d'être.
(Il fallait qu'elle arrête de se lamenter sur elle-même, à force ça devenait pathétique. En même temps, elle avait des raisons de se plaindre.)
La tristesse l'envahit enfin alors qu'elle voyait le calme et l'impression de plénitude qui se dégageaient d'Éléonora.
Mais un léger sentiment de colère, ainsi qu'un peu de jalousie vint se mêler à tout cela, et l'espace d'un instant elle se dit qu'elle aurait voulu plus que tout pouvoir prendre son fils dans ses bras.
Sauf qu'elle ne le pouvait pas, et que ce dernier n'était plus son fils, ne le serait plus jamais, et qu'elle avait accepté cela, malgré le fait qu'elle aurait voulu pouvoir faire autrement.
Au bout d'un moment, et alors qu'Emma allait lui demander de partir, El tendit finalement sa main à Emma, dans le but que celle-ci la serre, et qu'elles fassent enfin connaissance. En tout cas, c'est comme ça qu'elle l'interpréta.
Intérieurement, Emma leva les yeux au ciel, puis se décida enfin à serrer la main d'Éléonora dans la sienne. Semblant comme soulagée, cette dernière brisa alors le silence :
« Je m'appelle Éléonora Cassidy. Et vous ? »
Presque malgré elle, Emma répondit :
« Emma, Emma Swan. »
La surprise l'envahit soudainement quand elle vit que l'intruse s'était décidée à se placer au bord de son lit, sans lui demander la permission.
Un nouveau silence apparut, provoqué en partie par Emma, éberluée par l'attitude de l'autre femme, qu'elle ne comprenait pas. Que faisait-elle ici ? Tout ce qu'elle voulait maintenant, c'était qu'elle parte.
« Pourriez-vous me laisser, je vous pris ? »
Elle avait beau avoir cessé de pleurer depuis l'arrivée d'Éléonora, elle savait que malgré tout ses yeux devaient porter les marques de ses pleurs, et sa voix trembla d'ailleurs légèrement.
Elle voulait être seule, qu'on la laisse avec sa culpabilité, était-ce trop demander ?
Apparemment oui.
« Tu pourrais aussi me laisser rester avec toi, fit l'autre avec insolence, ne se laissant pas avoir par sa froideur, et semblant vouloir refuser de partir.
- Et si je n'en ai pas envie ? »
Puis elle tenta désespérément de la faire sortir, en lui indiquant par où aller, sans que la jeune femme ne s'en soucie.
« Hé bien… tant pis ! Je reste ! »
Le visage d'Emma arbora alors un air de grande et profonde lassitude. Puis elle tenta de se faire au fait que cette personne importune ne partirait pas. Pas tout de suite, du moins. Elle n'avait qu'à attendre que cela arrive, en fait.
« C'est ta réponse ? Demanda-t-elle malgré tout, avec un très faible espoir.
- Je n'en ai pas d'autre, désolée. Elle est belle, n'est-ce pas ?
- Oui. »
Les larmes menaçaient de couler à nouveau, et elle se frotta les yeux pour que cela n'arrive pas encore. L'enfant en question était magnifique, du moins autant que pouvait l'être un bébé de seulement quelques heures, et en la voyant endormie, Emma ne put s'empêcher de se sentir mieux malgré toute sa peine.
Poussée par la curiosité, elle demanda :
« C'est ta sœur ? »
La réponse la stupéfia plus qu'autre chose.
« Non, fit El, un instinct protecteur parfaitement visible alors qu'elle enlaçait l'enfant. C'est ma fille. »
Et peut-être est-ce là qu'Emma commença à considérer la jeune femme autrement que comme une parasite, et qu'elle la vit comme ce qu'elle était réellement : quelqu'un qui lui ressemblait, et qui possédait en partie la même histoire qu'elle.
« Ta fille ?
- Oui… Et toi ? »
Emma ne parvint tout d'abord pas à y croire. Comment pouvait-elle lui demander cela ? Pendant un temps, elle envisagea même de ne rien dire, mais, touchée par ce qui semblait être de la sollicitude de la part de l'autre, elle se décida à le dire quant même.
« Je… préfère ne pas en parler. Je l'ai…. Abandonné. J'ai abandonné mon fils.
- Mais… pourquoi ? »
La douleur était toujours là pour Emma, et elle faillit encore une fois ne pas parler de la raison, sans compter le fait que le demande d'Éléonora était très indélicate. Elle osa malgré tout.
« Parce que je ne pouvais pas être mère… »
Persuadée que l'autre ne pourrait pas accepter cela comme explication, elle se prépara intérieurement à d'autres questions sur le pourquoi de sa décision. Questions qui ne vinrent jamais. À la place…
« Je comprends. »
C'était quelque chose auquel elle ne s'attendait, et elle sentit une sorte de connexion avec l'autre mère, presque comme si elles se connaissaient depuis longtemps. Ce n'était pas le cas, mais pour une fois, elle avait envie de se lier avec quelqu'un.
(L'Autre ne comptait pas, parce qu'au début du moins elle avait tout fait pour le sortir de sa vie.)
Étonnement, Emma se sentit alors un peu plus calme, même si la douleur et la jalousie étaient toujours présents, mais moins fortement qu'avant.
« Je vais retourner dans ma chambre, mon amie devrait s'inquiéter si je n'y suis pas. Mais ne t'en fait pas, je devrais bientôt revenir. Normalement. »
Emma n'y crut pas une seule seconde, pas parce que ce n'était jamais arrivé avant, mais seulement parce qu'à la fin, c'était toujours elle qui se retrouvait seule.
Cela s'était déjà produit avant, cela serait encore le cas ce jour-là.
§§§§
Elle dut attendre plusieurs heures (deux ou trois au moins) avant que la jeune femme ne revienne la voir une nouvelle fois. Entre temps on l'avait rattachée au lit, et ses mouvements étaient désormais beaucoup plus contraints qu'avant. On l'informa également qu'elle repartirait bientôt dans la prison pour femmes de Phoenix.
Emma hocha la tête, sans réellement en tenir compte, attendant le retour de son « amie », sans vraiment y croire cependant.
Elle réfléchissait, sans savoir vraiment ce qui lui arriverait après après sa sortie de prison. Aucune idée sur comment s'en sortir ne lui venait à l'esprit, et ce qui le faisait le plus peur était de reproduire les mêmes erreurs une fois dehors.
Et le plus vraisemblable, c'est qu'elle le ferait, sauf s'il y avait quelqu'un qui lui tendait la main pour l'aider à se relever de sa chute.
(Mais même si quelqu'un le faisait, accepterait-elle l'aide qu'on lui offrirait ?)
Encore une fois elle ne se rendit pas compte de la présence d'El, avant que celle-ci ne se manifeste à elle par la parole.
« Emma ? Comment vas-tu depuis tout à l'heure ? »
L'ironie lui sembla aussitôt être la meilleure réponse entre toutes celles possibles.
« Pas grand-chose. Je suis toujours une prisonnière, on ne peut donc pas dire que ma situation ait vraiment changé. »
Elle savait très bien que cette réponse sèche ne rendait pas justice à Éléonora, qui tentait seulement de nouer un lien avec elle, sans doute plus par ennui que pour une autre réelle raison. Mais encore une fois, bien que persuadée que l'autre la laisserait enfin, elle découvrit qu'elle ne connaissait définitivement pas cette jeune fille.
Parce qu'elle ne le fit pas. Et sa prochaine question fut une véritable attaque.
« Est-ce que tu es une orpheline ? »
Emma était habituée à ce qu'on soit sans absolument aucun tact avec elle, et qu'on lui dise les choses franchement.
(C'était ce qui lui avait d'abord plu chez l'Autre.)
Alors oui, même si la question était surprenante, et se demandant comment elle savait cela, elle répondit malgré tout.
« Oui… mes parents m'ont abandonnée quand j'étais bébé… sur une aire d'autoroute. »
Son ton était amer, et froid, et elle n'attendait absolument rien de l'autre femme.
« Moi aussi… Ma mère… m'a laissée pour voguer sur les mers, et mon père… m'a abandonnée pour le pouvoir. Toi et moi on a peut-être rien à voir, mais en tout cas je sais ce que c'est que de vivre cela. »
Cette fois-ci, étonnamment, Emma s'y attendait, sans savoir vraiment pourquoi. Elles étaient semblables, l'une et l'autre, et cet aveu ne venait que de le confirmer. À cet instant, c'est la main de la prisonnière qui vint chercher celle d'Éléonora, et elle lui sourit.
Peut-être n'était-elle plus vraiment seule maintenant ?
§§§§
Ce fut Emma qui finalement termina leur conversation, avec regret.
« Éléonora… je vais devoir y aller. Il est l'heure pour moi de retourner… en prison. Pour encore deux mois.
- Je sais. »
Quant bien même tout cela n'ait au final même pas duré une heure, Emma se sentait triste. Elle avait désespérément besoin de s'attacher à quelqu'un, surtout après cette solitude vécue en prison et l'abandon qu'elle venait de commettre.
Sans pouvoir rien faire, elle vit Éléonora se lever, pour partir, et la quitter. Non pas que quelques minutes d'interaction aient suffis pour qu'elle se sente proche d'elle, mais le fait qu'elles avaient partagé quelque chose.
Une forte connexion, une chose qu'elle n'avait jamais vraiment ressenti auparavant, seulement trois fois, en fait, avec des personnes qui l'avaient trahie et qu'elle avait cru pouvoir appeler sa famille.
(Lily. Ingrid. Et Jack, qui l'avait envoyée ici.)
Soudain, quelque chose changea, et El lui tendit alors un papier sur lequel était inscrit quelque chose.
« Mon numéro de téléphone. Comme ça, une fois que tu seras sorti, ou même avant si tu peux, tu pourras m'appeler. Si tu en as envie, du moins. »
Fortement sans aucune raison apparente, la voleuse serra le papier dans sa main gauche, et ne put s'empêcher de rappeler sa nouvelle amie.
« Éléonora ? Merci.
- Oh, mais je t'en pris… A bientôt. J'espère. »
Quand elle sortit, Emma sentit quelque chose de nouveau l'envahir, quelque chose qu'elle n'avait pas ressenti depuis des mois.
De l'espoir.
Peut-être était-il vain, mais une partie d'elle voulait y croire, pour une fois.
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Bien évidemment, cet espoir s'évanouit bien vite, comme tout le reste. Personne ne viendrait pour elle, c'était une certitude. À la prison, les choses ne se passaient pas très bien.
Pas bien du tout, en fait.
Non, en réalité ça avait été horrible.
Déjà avant son accouchement, les autres prisonnières n'étaient pas vraiment tendres avec elle, et ce malgré son état. Ou peut-être justement à cause de ça. Elle ne les aimait pas, et ces dernières non plus. De ce fait, quand elle revint dans la prison, certaines d'entre elles la prirent pour cible.
Même en tentant de les éviter, Emma ne put pas échapper à la confrontation qui suivit. Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'on la laisse seule, souhait qui ne fut pas entendu.
« Hey Swan, c'est vrai ce qu'on dit ? Que t'as abandonné ton gosse ? »
La nouvelle mère fusilla son interlocutrice du regard.
« Ce ne sont pas tes affaires, Sally.
- Je crois que si.
- Absolument pas. Et comment tu le sais ?
- Tout se sait ici. Le fait que ton corps soit un peu différent désormais nous a beaucoup aidé, la railla l'autre prisonnière.
- Et donc toi et les autres avez tout de suite sauté à la conclusion que j'avais forcément abandonné mon enfant.
- C'est ce qui se dit en tout cas, ironisa Sally.
- Il s'agit de ma vie, d'accord ? Je te le répète donc, tu n'as pas à t'en mêler.
- Est-ce vrai ou faux au moins ? »
La jeune femme ne voulait pas en parler, surtout pas à cette vipère, et c'est là qu'elle déclencha sa première bagarre (et aussi la dernière) dans la prison, se jetant sur Sally pour la faire taire.
L'autre femme se défendit, bien évidemment, et très vite on les sépara l'une de l'autre, sans qu'elles se soient réellement battues. Sally arborant malgré tout un sourire sardonique, ravie d'avoir fait sortir l'autre femme de ses gongs.
« Ce n'est pas fini Swan, tu m'entends ? Toi et moi on en a pas fini. »
Emma fut alors aussitôt ramenée dans sa cellule, en rage d'avoir été si vite mise à jour… Sans compter l'attitude de cette autre garce qui prenait plaisir à la manipuler et à lui faire du mal. Pourquoi elle n'en savait rien, mais apparemment, l'autre prisonnière aimait la tourmenter.
C'était le cas depuis l'arrivée de la jeune femme, et une fois qu'elle fut seule, elle dut se retenir de hurler ou de frapper les murs à l'aide de ses poings. Emma prit une profonde respiration, et eut beaucoup de mal pour s'empêcher de pleurer. Le fait d'avoir abandonné son enfant n'avait pas été une décision faite de gaîté de cœur, de ce fait, qu'on lui en parle de cette manière lui faisait toujours aussi mal.
Ce qui venait de se passer soulignait encore plus le fait qu'elle était seule, sans personne à ses côtés.
Personne sur qui compter, cela ne faisait que quelques heures qu'elle était revenue, toujours fatiguée, et on lui rappelait déjà son acte. Elle aurait presque voulu pouvoir oublier.
Les jours passèrent, sans que personne ne vienne et ne la recontacte, ce qui était logique, parce qu'elle n'avait personne encore une fois à qui parler.
Sauf Éléonora.
Mais la jeune fille ne l'avait pas recontactée, ce qui avait un sens, Emma n'avait pas de téléphone à sa disposition. Seule et donc sans personne à qui se confier, elle commençait peu à peu à désespérer, attendant de pouvoir sortir enfin de cet endroit maudit.
Elle était soulagée malgré tout d'avoir laissé son enfant, malgré tout, malgré sa souffrance, parce que c'était pour le mieux. Il méritait mieux que ça, mieux qu'elle, mieux que ce qu'elle-même avait vécu.
Emma espérait juste que tout se passerait bien pour lui.
En réalité, elle n'était pas complètement seule, elle n'avait aucun contact avec les détenues, mais parfois pouvait en avoir avec les gardiennes. Emma n'avait aucune réelle amitié avec aucune d'entre elles, mais leur parlait parfois, surtout en ce qui concernait l'après-prison.
« Dis-moi Swan, qu'est-ce que tu comptes faire après ?
- Je n'en ais aucune idée, avoua la jeune femme. »
Sandra regarda la prisonnière avec inquiétude. Elle était une des rares qui parvenait à discuter avec la prisonnière, celle-ci se fermant la plupart du temps au dialogue, même si certaines des autres gardiennes parvenaient parfois à lui arracher quelques mots.
« Tu vas t'en sortir une fois dehors ? Il te reste deux mois tu sais. »
Sandra était clairement une exception dans cette prison, et si Emma n'avait pas été si perdue et brisée, peut-être aurait-elle accepté son aide. Quoi que, celle-ci ne lui proposait pas réellement d'aide, elle voulait seulement lui parler. La comprendre, savoir si ça irait une fois qu'elle serait partie.
Mais malgré tout ses efforts, la gardienne était face à un mur, qu'Emma avait commencé à bâtir depuis environ neuf mois, depuis la trahison du père de son enfant. Elle ne pouvait pas la comprendre, en fait c'était aussi pour cela que la prisonnière ne se confiait pas à elle.
« Je ne sais pas, répéta obstinément la jeune femme. »
Sandra soupira.
« Emma, tu sais… tu as besoin d'aide. Réellement. Pour la réinsertion, et tout le reste. Si tu ne le fais pas, quand tu sortiras… ça ne se passera pas bien, et tu le sais.
- Je sais. »
Mais ça ne changeait rien au problème.
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Ce n'est que quelques jours plus tard que la vie d'Emma Swan changea réellement, même si celle-ci ne s'en rendit pas compte sur le moment. Quelque chose d'important et de différent allait changer dans sa vie, pour une fois les choses allaient vraiment évoluer.
En bien pour une fois, chose à laquelle elle n'était absolument pas habituée.
C'était un jour ordinaire quand cela arriva, un mauvais jour, sombre et triste, pendant lequel Sally la provoqua à nouveau, bien que cette fois-ci, elle n'en tienne pas compte. Ce qui ne l'empêcha pas d'en souffrir, bien sûr, et quand on lui annonça que quelqu'un voulait la voir, elle ne fut pas sûr que ce serait une bonne chose.
« Swan ? lui dit une des gardiennes, qui n'était malheureusement pas Sandra. Parloir. Quelqu'un veut te parler.
- Qui ? Demanda Emma, inquiète.
- Aucune idée, je ne l'ai jamais vu, une personne assez jeune apparemment.
- Cette personne a tenu à me voir, moi ?
- Exacte, moi aussi ça m'a surprise, mais bon… Tu devrais y aller.
- D'accord. »
Emma était très perplexe. Quelque de bizarre se préparait, et imperceptiblement, elle se mit à trembler. Tout ceci n'annonçait rien de bon pour elle, elle en était sûre. À chaque fois, ça avait été le cas, toutes les expériences qu'elle avait eu le lui avait prouvé.
Pendant un moment, elle imagina que c'était l'Autre qui était là, pour une raison inconnue, ou pour la faire souffrir. Ce qui n'avait aucun sens, bien sûr, mais ça aurait pu arriver, même si ce n'était pas ce qu'elle voulait.
Rien n'aurait pu la préparer à ce qu'elle vit de l'autre côté de la vitre.
