Petite baisse d'inspiration, pardon pour le délai. Mais maintenant le scénario se précise, les fins ne sont plus très loin.
Merci aux reviewers, qui font vivre cette histoire !
Ce chapitre est long mais un peu plus triste, j'en suis désolée, le suivant le sera moins, promis.
Playlist :
Hurts – Wonderful Life
Ray Parker – Ghostbusters theme song
Switchfoot – Enough to Let me Go
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Lundi 2 novembre, 23h06
Il était étonnant de constater à quel point tout s'était bien terminé.
Vraiment, ils étaient là, tous les trois, dans le canapé, les membres entremêlés, et Bucky se sentait bien.
Peggy s'était allongée sur lui dix minutes plus tôt, épuisée et « trouvant fun d'avoir l'impression de léviter au dessus des coussins ». Donc, elle s'était allongée un moment pour discuter de tout ce qu'elle avait appris, et s'était endormie au milieu d'une phrase.
Steve, leurs deux paires de jambes sur ses genoux, avait eu un rire léger, et Bucky l'avait rejoint avec une bouffée de tendresse étreignant sa poitrine. Ils n'avaient parlé que quelques instants, et au bout d'un moment le fantôme avait appelé dans le vide deux ou trois fois, avant de comprendre que son ami s'était endormi à son tour.
Il avait alors levé les yeux et contemplé le plafond, écoutant les deux respirations tranquilles. Puis il avait dégagé son bras de sous Peggy, l'avait levé au dessus de sa tête, et regardé un long instant le temps filer entre ses doigts.
Son téléphone se mit soudain mis à sonner, et Bucky se rua dessus avant que le thème de ghost buster ne réveille les personnes qu'il aimait.
Quel humour, le Shield, vraiment.
Il se dégagea avec précautions de Peggy et alla dans la cuisine s'isoler.
« Bonsoir agent Coulson, souffla-t-il.
-Barnes, comment se passent les choses ?
-Bien, agent, répondit Bucky d'un ton neutre.
-Donc votre âme jumelle va rejoindre notre organisation ?
-Ça se pourrait, si je suis assez habile.
-N'hésitez pas à larmoyer un peu. On a besoin de gars comme vous.
-Merci, agent, je le ferai.
-Parce qu'il ne vous reste pas beaucoup de temps c'est bien ça ?
Bucky se mordit la lèvre, et jeta un œil par la fenêtre à la ville illuminée.
-Vous avez oublié ? le relança Coulson.
-Trois jours, dit-il dans un souffle.
-85 heures, en fait. Ne vous amputez pas des minutes qu'il vous reste.
-Bien, agent Coulson.
-Vraiment, ne revenez pas seul. Le directeur deviendrait un esprit frappeur pendant une semaine si nous devions vous perdre.
-Je ferai de mon mieux. »
Il sembla qu'il y ait eu un assentiment silencieux, et l'agent raccrocha. Bucky posa son téléphone sur la table, et se prit la tête dans les mains.
Trois jours.
Vendredi à midi il ne serait plus.
Il aurait préféré ne pas savoir. Se faire faucher par une bagnole un matin, comme ça, en un instant. Plutôt que de pouvoir compter les secondes qui le séparaient du moment où il ne sentirait plus rien. D'avoir le temps de reréfléchir à s'il ferait mieux de sauver sa peau, ou non.
Tout cela était pourtant si simple. De parler du Shield à Steve. De lui dire que sans lui il allait mourir pour de bon. Il ne suffirait que de vingt minutes pour arracher Steve à Peggy, Peggy à Steve, et le couper du monde des vivants. Il lui volerait sa vie.
Et pourtant personne ne pourrait dire qu'à sa place il ou elle se serait à coup sûr sacrifié-e.
Il était si jeune, il avait encore tant de choses à faire… Tant de choses à voir…
On se trouve toujours des excuses pour vivre.
Il utilisa le prétexte de chercher qui avait dit ça pour tenter de se calmer, contemplant la ville endormie et écoutant les deux faibles respirations qui lui déchiraient le cœur en rythme.
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Mardi 3 novembre, 7h33, station Balard
Loki n'aimait pas le matin. Tout était trop flou. Il avait des vagues souvenirs, de se réveiller dans son lit, de s'habiller, de sortir dans la rue, de prendre le métro. Mais c'était comme s'il n'avait pas le contrôle de ces moments-là. Que ce n'était que dans le wagon qu'il reprenait conscience et pouvait agir.
Mais ce matin-là il avait été libre de ses mouvements légèrement avant, en descendant les marches. Peut-être était-ce un processus de réappropriation, et qu'il devait simplement être patient.
En tout cas il s'était arrêté en plein milieu, et la personne derrière lui l'avait traversé. Mais comme il ne sentait rien, il n'avait pas trop réagi. Il avait juste souri et dévalé le reste de l'escalier, heureux de cette nouvelle journée. La veille il était resté avec Tony toute la journée, ils avaient parlé, ri, Loki avait rencontré son poète préféré sur le pont Mirabeau, lui avait demandé quelques éclaircissements, et il lui semblait que ça avait fait plaisir à l'âme quelque peu en peine de l'artiste, de pouvoir lui dire de les interpréter comme il voulait. Le soir Tony avait lancé qu'il faudrait faire quelque chose de spécial, et ils étaient allé sur les champs Elysées monter en haut de l'arc de Triomphe, et Loki avait révisé son allemand avec le soldat inconnu (Tony avait ouvert des yeux ronds à cette découverte et avait parlé de l'emmener en Egypte ou au Pentagone). Après avoir monté les marches, ils avaient contemplé la ville illuminée et bruyante en attendant minuit, et au moment même où l'Iron lady s'embrasait, Loki s'était volatilisé dans un hoquet de surprise de Tony.
Loki fronça les sourcils au souvenir alors qu'il attendait son métro. Se voir transformer en Cendrillon de pacotille l'avait pris par surprise. Et sans parler de la réaction de Tony. Pourquoi disparaître ? Et pourquoi à minuit ? Tout ça pour se réveiller dans son vieil appart dont il ne se rappelait pas grand-chose. Tout cela était vraiment étrange.
Sa rame arriva et il s'engouffra par une porte ouverte. Il était sûr de pouvoir traverser les parois mais il n'était pas encore à l'aise avec ça. Plus tard sans doute.
Il resta debout, ne serait-ce que pour s'assurer qu'il acquérissait bien chaque jour un peu plus de liberté de mouvement, et attendit avec impatience le prochain arrêt. Pour s'occuper il essaya avec succès de traverser la barre de maintien, puis la main de quelqu'un, et n'obtint aucune réaction.
Il était très frustré de ne pas pouvoir toucher les objets. Quantité de blagues de fantômes lui étaient refusées alors qu'il en était un. Casper lui avait donné d'outrageant faux espoirs.
La rame s'arrêta à Lourmel et Loki s'empêcha de trop tordre le cou. Tony monta dans la rame en posant immédiatement les yeux sur sa place assise habituelle, et paniqua un instant avant que l'étudiant ne lui fasse de grands signes. Le fonctionnaire avait ses écouteurs familiers et un attaché-case.
« Tu m'as fait tellement peur hier soir ! s'exclama-t-il en se rapprochant.
-Je ne sais pas du tout ce qui s'est passé, s'excusa-t-il véritablement ignorant.
-Pas grave, maintenant que je sais que tu disparais à minuit, je vais juste t'appeler Cendrillon et m'organiser en connaissance de cause, fit Tony avec un sourire moqueur plein de fossettes.
Loki leva les yeux au plafond de la rame et fut frustré de ne pas pouvoir lui frapper l'épaule. Comme pour tant de choses.
-Au fait, je suis désolé, mais… fit Tony en évitant son regard.
-Je sais, va travailler, lui imposa le revenant. Tu ne dois pas perdre ton boulot. A ton âge, qui sait si tu pourras en retrouver…
Tony le fusilla du regard et Loki vit dans ses yeux que lui aussi mourrait d'envie de lui cogner l'épaule. Puis ses yeux noisette descendirent un court instant vers son grand sourire et le cœur immobile de Loki se serra.
Ils n'avaient pas à être constamment ensemble. Il était tout ce qu'il y avait de plus mort, et Tony était bien vivant, avec du sang chaud coulant en rythme dans ses veines. Ce qu'il voyait dans ses yeux lui procurait autant de plaisir que de douleur.
-Tony, on ne devrait pas être ensemble, avoua-t-il soudain.
-Arrête avec ça, rétorqua-t-il. On se marre bien. Je vais au boulot aujourd'hui, d'accord ? Comme ça je ne regarde pas constamment ta plastique de mannequin.
Une vieille dame près de Loki tourna la tête et jeta un regard noir presque sexy à Tony, qui la remarqua après un instant et tapota son écouteur avec un geste d'excuse : le fantôme laissa échapper un petit rire dans la rame somnolente.
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Mardi 3 novembre, 7h39, appartement de Wanda
Elle émergea avec difficultés, et tendit la main vers son téléphone pour regarder l'heure qu'il était. Mais la mention qu'elle avait un nouveau message de Peter datant de 23h38 lui fit complètement oublier cette intention.
« J'ai adoré cette soirée, et tu es quelqu'un de fantastique. Puis-je t'inviter au cinéma vendredi soir ? Fais de beaux rêves »
Elle eut un sourire.
Bien, il était temps de se reprendre en main.
Près d'elle son jumeau qui l'avait regardée dormir sourit à son tour, et se dit que peut-être il pourrait bientôt partir.
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Mardi 3 novembre, 8h19, au pied de la tour Montparnasse
« Ca va aller, tu es sûr ? s'enquit Tony.
Loki opina de la tête.
-Tu vas perdre ton travail si tu n'y vas pas. Et puis je ne risque plus grand-chose maintenant, fit-il avec un sourire timide
Tony le lui rendit et le fantôme le trouva beau.
-D'accord. On se retrouve à l'heure du déjeuner alors ?
-Tu me diras si mon kebab préféré est toujours le meilleur de Paris ou non, puisque je ne pourrais pas goûter, confirma Loki.
Il y eut un hochement de tête enthousiaste et Tony partit avec son attaché-case, car il était déjà en retard, en direction de la tour. Loki le regarda partir et passer les portes automatiques.
Quelle mocheté, tout de même, cette tour. Loki avait beau la contempler sérieusement, le nez en l'air, elle trouait le ciel comme un étron.
Il secoua la tête, et fit une liste de tous les endroits où il voulait aller se balader.
Il irait bien au Panthéon, histoire de voir quelle ambiance il y avait. Si Rousseau balançait du plâtre à la tête de Voltaire, si Malraux regardait Jean Moulin en griller une avec des étoiles dans les yeux.
Il se faisait des films. Et puis c'était quoi cette trompette qui jouait si fort ?
Il tourna la tête, sourcils froncés, et vit un homme debout, habillé de vêtements démodés, perdre son souffle dans un instrument qui lui avait perdu son brillant. Comme Loki avait décidé que ça ne servait à rien de se morfondre, ni de faire son timide dans cette capitale soudain surpeuplée, il l'apostropha :
« T'en fais du bruit grand-père !
La réplique eut l'effet escompté. Le type cessa aussitôt son morceau de jazz, et se prépara à l'insulter, levant un doigt menaçant :
-Qui tu traites de grand-père blanc bec ? J'ai 39 ans.
-Et moi vingt ans de moins, répliqua Loki.
Mort… ou un vivant particulièrement sensible et démodé ?
A la mention de son âge, le mendiant soupira, en lui faisant signe d'approcher :
-T'en es jeune… lui dit-il une fois que Loki fut à sa hauteur. Il t'est arrivé quoi petit ?
Le trompettiste posa une main sur son épaule, et ne la traversa pas. Mort, donc. Bien que meurtri par sa question, Loki ressentit une grande chaleur d'être à nouveau touché.
-J'ai loupé la marche du métro, expédia-t-il.
-Je vois. Viens, viens t'asseoir, invita-t-il en posant son instrument contre le mur. Observe les vivants buller et déambuler sans but, ça relativise ce que tu as fait et est devenu.
Ce n'était pas avec ce type que Loki allait retrouver sa joie de « vivre ».
-Ça fait combien de temps que vous êtes un fantôme, s'enquit Loki, 50 ans ? estima-t-il.
-A peu près, marmonna le type en sortant un briquet de sa poche.
-Comment vous arrivez à toucher les objets ? s'enquit Loki, dévoré par la jalousie.
-Toi, t'as quel âge ?
-Dix-neu… quelques jours, se corrigea-t-il.
-C'est pour ça, répondit-il en actionnant la molette. T'es qu'un bébé et tu veux faire du saut à la corde. Apprends à marcher, et on en reparlera.
Loki resta un instant interdit, mouché dans son égo mais dévoré par la curiosité. Il avait une agaçante mais très précieuse source d'informations à ses cotés, alors il allait ravaler son orgueil.
-C'est quoi la première étape ? s'enquit Loki.
Le type laissa échapper un rire.
-Je ne prends pas de disciple. Changer les couches c'est pas mon truc.
-Je suis perdu, ici, argumenta Loki.
-Faux, répliqua-t-il.
Loki haussa un sourcil.
-Bien sûr que si…
-Tu as trouvé ton âme sœur, p'tit veinard, répliqua-t-il, apparemment agacé. Contrairement à beaucoup d'entre nous.
-Je ne comprends pas bien, balbutia Loki.
-Tu sais quoi, tu me fais pitié. Viens, on va marcher. »
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Mardi 3 novembre, 8h24, siège social de la BYB
"Et là le SDF il me dit Merci pour la pièce et juste avant que je m'en aille il m'a dit Attends j'ai un truc à te dire ! du coup je m'approche et il me lance tu sais c'qu'il me lance Le fantôme à coté de moi m'a dit de vous dire qu'un jour quelqu'un va vous serrer tellement fort que tous vos morceaux brisés vont enfin se recoller. Et il était genre huit heures du matin et il puait pas l'alcool ! Tu te rends compte ?
-Darcy réponds au téléphone, lui intima doucement Virginia.
-Virgin t'es adorable mais tu causes pas beaucoup quand même. Ressources humaines de la BYB j'écoute, lança-t-elle dans un bâillement.
Virginia était inquiète. Tony avait promis qu'il allait mieux, mais il avait déjà été absent hier et aujourd'hui il avait déjà trente minutes de retard. De plus le patron était d'humeur massacrante. Elle secoua la tête et se leva de sa chaise. Le premier entretien d'embauche avait lieu dans cinq minutes, et elle n'aimait pas arriver après les candidats. Elle laissa Darcy avec son interlocuteur qui apparemment s'était trompé de numéro et cherchait en fait une boucherie. Connaissant sa collègue, elle allait tout de même passer une demi-heure au téléphone.
Elle venait de s'installer dans son bureau quand on frappa à la porte.
-Entrez, autorisa-t-elle d'un ton courtois.
Les charnières couinèrent et la firent tiquer sans qu'elle ne lève la tête de son rapport. Elle devait absolument demander à Rhodes de mettre de l'huile là-dessus.
Ce fut le hoquet de surprise et le fait qu'il lui soit familier qui la fit sursauter et lever la tête.
-Natasha, constata-t-elle avec incrédulité.
-Virgy, fit de même la jeune femme.
-Qu'est-ce que tu fais ici ?
-Je n'ai pas fait exprès, je te jure. Ils cherchent une secrétaire, et je cherche du travail. Comment ça se fait que toi tu sois ici ?
Il y eut un silence stupéfait.
-A-assieds-toi, je suis la directrice RH et je vais faire t-votre entretien.
Virginia songeait que Natasha était plus jolie que jamais et Natasha songeait qu'elle n'avait jamais vu Virginia aussi belle que ça. Elle tendit son CV en empêchant tout frisson trop émotif. Pepper le connaissait mais elle y jeta un coup d'œil curieux pour savoir ce que son ex avait fait les trois dernières années.
Natasha avala sa salive quand elle eut la certitude qu'elle ne la regardait pas.
- D'accord. Donc… euh… Je peux voir que vous avez effectué un CDD d'assistante comptabilité chez NNB, et un autre CDD en tant que secrétaire de direction dans une PME du nom de Vie Meilleure.
-Tout à fait.
-Bien… Pensez-vous avoir les capacités d'être secrétaire chez BYB ?
-J'oserais avancer que oui, se ferma Natasha en ayant aperçu un éclat doré sur la main face à elle. Je sais m'adapter aux demandes et faire preuve de diligence, comme l'ont constaté mes précédents employeurs.
La directrice cacha une grimace face aux souvenirs qui l'assaillaient. Elle fut incertaine si les mots étaient choisis avant de remarquer un regard vert poison fixé sur son alliance.
-Bien. Suivez-vous un traitement psychologique ?
Natasha releva brusquement la tête.
-Evidemment que non.
-Tu m'avais promis, lui rappela-t-elle avec un ton angoissé.
-Je ne suis pas tarée, murmura-t-elle.
-Tu vois des choses qui n'existent pas !
-Ce n'est pas parce que tu as choisi de ne pas les voir qu'elles n'existent pas ! asséna-t-elle en se retenant de se lever.
Elle se rendit soudain compte qu'elle avait besoin de ce boulot et se passa un moment les mains sur le visage.
-Je suis désolée. On a eu cette conversation des centaines de fois, et ce il y a plus de trois ans. J'ai besoin de me ranger, et pour me ranger j'ai besoin de ce boulot. Mais si tu ne supportes pas ma présence, je ne veux pas te pourrir la vie à nouveau.
-Tu les vois toujours ? demanda Virginia.
Natasha se leva pour partir et lui tourna aussitôt le dos.
-Attends ! l'appela Pepper, Je suis désolée !
Natasha, toujours debout, se stoppa. Puis ses épaules s'affaissèrent et elle finit par se tourner vers elle pour l'écouter.
-Tu sais quoi, reprit-elle, ce ne sont plus mes affaires. Je sais que tu as les compétences pour ce poste, et je n'ai pas le droit de te le refuser. Alors va voir Darcy à coté pour t'enregistrer. Une dernière chose, lança-t-elle alors que Natasha ouvrait la bouche pour la remercier.
Elle se leva.
-J'ai quelqu'un de fixe, et que j'aime.
C'était le mot de trop.
-Mais je ne veux pas revenir avec toi Virg, cracha presque la rousse. On s'est séparées parce que tu es obtuse, frigide et lâche ! Moi aussi j'ai quelqu'un, et lui ne me traite pas de tarée !
Tony entra soudainement sans frapper dans le bureau de Pep', et son immense sourire fondit très vite alors que son regard passait d'une jeune femme à l'autre.
-Ok, apparemment j'interromps quelque chose, donc je vais plutôt aller voir Darcy.
-Non, je m'en vais. Pardon, s'excusa Natasha pour passer.
Il se décala pour la laisser sortir et grimaça quand la porte claqua.
-Ok… constata-t-il en se passant une main dans les cheveux. Qui c'était ?
-Une ex psychotique, grommela-t-elle en allumant son ordinateur. On s'est séparées parce qu'elle voit des gens morts.
-Ah-ah bon ? bégaya Tony. C'est bizarre ça…
-Elle vient de me dire qu'elle n'est même pas allée voir un psy ! Et je viens de l'embaucher, soupira-t-elle. Je suis presque aussi folle qu'elle.
-Je ne crois pas qu'elle soit folle, osa Tony.
-Tu ne vas pas t'y mettre aussi, grogna-t-elle.
-Il y a des personnes plus sensibles à ces trucs-là que d'autres, c'est tout, conclut-il en haussant les épaules.
Virginia fixa son dos la bouche ouverte.
Natasha était entrée dans le premier bureau et une jolie fille au look fantasque était au téléphone et consultait un moteur de recherche à la fois.
« Voilà, c'est ce numéro là. Oui. Après je vous dis je préfère la boutique du septième, mais comme j'y allais quand je n'étais pas végétarienne… Ouais. Ça doit faire cinq ans. Oui, ils ont peut-être changé de propriétaire. Oui. Mais celle dont je vous ai donné le numéro est sans doute très bien, 25 avis google positifs. Oui. Vous n'avez qu'à me rappeler quand vous aurez goutté le gigot. Oui je suis végétarienne, mais ça sert toujours de connaître une bonne boucherie. Oui. Et bien bonnes courses et bonne journée à vous en tout cas. C'est ça, au revoir !
Elle raccrocha se tourna vers elle et lui sourit :
-Que puis-je faire pour toi ?
-Vir- la directrice RH m'a dit de venir vous voir.
Au prénom réprimé, Darcy huma le doux fumet des ragots et agrandit son sourire.
-C'est que tu lui plais et qu'elle t'a embauchée. Tu vas me raconter ta vie et je vais te faire une fiche salariale puis commencer un topo de ton nouveau taf, même si en vrai tu commences jeudi.
Le téléphone sonna et elle le fusilla du regard.
-Première leçon, lança-t-elle d'un ton dramatique, ne jamais se laisser interrompre.
Elle décrocha.
-Banque du sperme bonjour. Ah, vous vous êtes trompé de numéro ? Pas de problème. A bientôt monsieur, au revoir.
Natasha sourit sans pouvoir s'en empêcher.
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Mardi 3 novembre, 8h47, jardins du Luxembourg
« Un fantôme qui naît –d'ailleurs on ne sait toujours pas trop pourquoi- est dans les premiers jours, dépourvu de mémoire, instable, immatériel. Puis petit à petit, il conserve ses souvenirs, commence à s'appuyer sur les murs, à faire bouger la fumée, à toucher l'eau, puis certains objets. Et ce développement est accéléré par son âme « jumelle », s'il la connaît ou la rencontre. Cette âme lui permet également de ne pas devenir mauvais.
Ils marchaient au Luxembourg depuis quelques temps déjà. Loki écoutait très attentivement.
-Mais c'est prouvé, cette histoire d'âmes jumelles ?
-Le Shield y croit dur comme fer, et c'est le seul moyen qu'il ait trouvé pour nous maintenir en respect.
-Le Shield, répéta Loki.
Plus le musicien avançait dans ses explications, moins il y comprenait quoique ce soit.
-T'y connais vraiment rien, soupira le type en s'asseyant sous un arbre dénudé. Le Service Hermétique d'Intervention Ectoplasmique et de Localisation des Défunts. Il est vraiment trop long leur titre, grommela-t-il, heureusement qu'ils ont fait un acronyme. En gros, l'organisation chargée de garder secrète notre existence.
-Mais il y a bien trop de fantômes, objecta Loki, et si les vieu- plus rodés peuvent toucher les objets, les déplacer… comment personne ne s'en est rendu compte ?
-Pourquoi crois-tu qu'il y a des films de fantômes, petit ? Parce que les vivants ont une imagination débordante ?
-Il y avait des films à ton épo- ouch, se plaignit Loki.
-Bien sûr que oui, répliqua le type après l'avoir frappé sur le haut du crâne, et depuis ma mort je vais très souvent au cinéma. J'ai vu plus de navets que tu ne pourras jamais en voir.
-Mais comment le Shield garde le secret ?
-Je te l'ai dit, ils nous menacent. Ils ont un couteau sous la gorge de chaque vivant pour tenir en respect chaque défunt, grommela-t-il à nouveau.
-Mais si un fantôme s'en fiche des vivants ?
-Alors ils l'exorcisent. Mais le temps qu'ils se déploient, ça peut donner des bavures.
-Donc… ils connaissent tout le monde, chuchota-t-il.
-Peut-être pas toi, fit le trompettiste en le jaugeant du regard. Tu es encore trop brumeux. Il faut attendre que tu aies une semaine à peu près. Moi, ils sont venus me voir treize jours après ma mort.
-Et qu'est-ce qu'ils font ?
-Ça dépend. Soit ils t'exorcisent direct parce qu'ils trouvent qu'il y a trop de monde…
Loki déglutit.
-Soit ils te proposent de rejoindre leur organisation… Soit ils aiment ce que tu faisais de ton vivant et te gardent sur terre, après t'avoir fait promis juré de ne pas faire léviter les chaises. Et pour cela, ils regardent quel vivant tu ne veux surtout pas voir souffrir.
-Et comment on les rejoint ? l'interrogea Loki.
-Tu me soûles. Et pas le sens liquoreux et plaisant du terme.
-Comment on les rejoint ? insista-t-il.
-Avec ton âme sœur.
Le jeune fantôme fronça des sourcils.
-Mais je croyais que l'âme sœur pouvait être encore vivante…
-Il y a des vivants au Shield, et ce sont pratiquement que des âmes sœurs de fantômes. Si celui que tu aimes est vivant, on peut menacer de le tuer pour que tu te tiennes tranquille, et c'est bien plus dissuasif que tous les amis ou la famille que tu as laissés derrière, bien plus. Comme ça, ils ont des esclaves avec d'incroyables capacités et sous contrôle malgré leur nature instable. Une belle bande de salauds, conclut-il.
Le type regardait les branches mortes au dessus de sa tête comme s'il portait le ciel sur ses épaules.
-Dooonc, reprit Loki, tu es de la troisième catégorie ? Les épargnés ?
-Oui. Ils aimaient ma musique mais maintenant c'est plus mes bouquins. Enfin, mon bouquin. Qui a un présentoir entier à Gibert Jeune alors qu'il n'avait même pas eu la Pléiade. Et ce malgré tout ce qu'avait fait Raymond.
-Comment vous appelez-vous ? fit Loki en fronçant les sourcils.
Un nuage gris, tout seul, passait paresseusement au dessus d'eux.
-Boris Vian."
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Mardi 3 novembre, 10h43, Jussieu
Natasha rentra épuisée à l'appartement de Clint. Revoir Virg' lui avait mis les nerfs en pelote. Parfois elle rêvait que Bucky ou quelqu'un d'autre fasse une bavure et ne révèle le pot aux roses, juste pour ne plus douter constamment de sa santé mentale.
M'enfin sa nouvelle collègue devrait l'aider à se sentir dans les standards psychologiques de base.
Elle ouvrit doucement la porte. A cette heure-ci Clint était rentré et avait commencé sa nuit. Tout de même, il aurait été mieux qu'elle trouve un boulot de nuit, elle aussi…
Elle retira ses chaussures, posa son sac et marcha sur la pointe des pieds jusqu'à la chambre. Elle entrouvrit la porte, et entra en le voyant remuer. Il ne dormait pas ?
-Laisse-moi, murmura-t-il, laisse-moi, s'il te plaît.
Elle fronça les sourcils et scruta l'obscurité jusqu'à distinguer ses yeux étroitement fermés. Il parlait en dormant, et était apparemment en plein cauchemar.
-Clint, tout-
Il se redressa soudainement dans un cri et elle lui posa une main sur la joue en lui murmurant des paroles apaisantes.
-C'était un cauchemar, Clint, tout va bien.
Son visage se décrispa et au bout d'un moment il laissa son front s'appuyer sur son épaule.
-Quelque chose ne va pas Nat', murmura-t-il contre son cou, tout va changer.
-C'est fini Clint, c'est fini.
-Non, fit-il en se redressant et en entourant son visage de ses mains, non non, il va se passer quelque chose, je le sens. Reste avec moi, je ne veux pas que-
-N'aie pas peur, ça va aller, murmura-t-elle en lui caressant les cheveux et en lui embrassant rapidement les lèvres. C'était juste un rêve. Juste un rêve, chuchota-t-elle dans un second baiser. Tout va bien.
Clint se résigna, et pendant un long moment, la serra contre lui dans l'obscurité.
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11h11, square Edouard Vaillant
Fred se promenait tranquillement d'un banc à l'autre, écoutant les rumeurs de la manif devant l'hôpital, son chien jappant joyeusement derrière un pigeon albinos. Il s'agissait probablement de la dernière belle journée de l'année. 'Fin il avait déjà pensé ça l'autre jour, donc peut-être en aurait-il une autre. Après tout. Pourquoi se faire des réflexions pareilles alors qu'on était sûr de rien. Il y avait suffisamment de malheur en ce monde sans en rajouter en se disant que c'est la dernière fois qu'on voit le soleil en cinq mois, voyons. Son chien courut vers lui, la langue à l'air, puis arrivé près de lui gémit de ne pas pouvoir recevoir de caresses.
-C'est pas grave mon vieux, au moins personne ne m'embête pour que tu aies une laisse. T'as vu le pigeon là-bas ? Cours mon grand !
Son bâtard eut un aboiement bref et fit un volte-face enthousiaste vers un volatile qui se dandinait un peu plus loin.
-C'est une chance inouïe, n'est-ce pas ?
Fred redressa légèrement son dos voûté. C'était une voix rythmée, claire et sèche. La voix des méchants dans les films d'espionnage. Après sans doute Fred était-il typiquement le genre de personnes à avoir vu trop de films.
-Retrouver ceux qu'on a perdus, continua la voix.
Fred se tourna calmement, pas trop stressé. Si la brigade des chasseurs de fantôme venait lui retirer son chien, eh bien, il avait déjà eu un agréable bonus. Et puis il n'aimait pas le regard triste de Jasper quand sa tête poilue traversait sa paume.
-Bill Murray ? s'enquit Fred avec espoir, ses yeux vert et marron s'illuminant de curiosité.
-Presque, répliqua un renoi borgne, un long manteau de cuir claquant sur les épaules. Nick Fury, directeur du Service Hermétique d'Intervention Ectoplasmique et de Localisation des Défunts. Ghostbuster de mon état.
Il lui tendit une main gantée que Fred serra et trouva froide.
-Vous venez pour mon chien ? demanda-t-il.
-Oui monsieur. On s'assoit un instant ?
Il s'exécuta et posa ses maigres fesses sur le banc tout proche. L'homme fit de même, dégageant une légère aura de puissance qui le fascinait un peu.
Jasper s'approcha, et coucha ses oreilles devant la doublure de Bill Murray, sans pour autant grogner. Donc effectivement puissant, mais pas menaçant. Fred détourna son attention de son chien et regarda l'individu.
-Les fantômes sont des âmes libérées qui sont restées, on ne sait pas encore pourquoi, sur Terre, commença Fury. Mais ces esprits sans corps sont très instables, d'autant qu'il sont frustrés d'avoir perdu leurs capacités d'avant.
En parlant il retira ses gants de cuir noir et tendit sa main vers Jasper, paume vers le haut. Fred se tendit légèrement, mais une fois que son chien se décida à s'approcher pour le renifler et y glisser sa tête, il remua joyeusement la queue, car l'homme pouvait le toucher. Il poussa de petits jappements heureux tandis Nick Fury lui grattait la tête des deux mains.
-Une chose est sûre : ils sont restés par leur attachement à certaines autres âmes, et l'absence de contact des premiers temps peuvent les rendre fous, voire malfaisants.
Il pouvait le toucher. Il pouvait toucher Jasper.
Alors cet homme était un fantôme ?
-Depuis la nuit des temps ils existent, mais leur nombre s'est multiplié au fil des guerres et de leurs tragédies. Alors les vivants ont appris à les apaiser et à les faire passer "de l'autre coté". En 45 a été créé une organisation spécialisée, composée de morts et de vivants, qui localise, surveille et éventuellement exorcise les centaines de fantômes qui naissent chaque jour.
-Eventuellement ? releva Fred.
-Les grands artistes, scientifiques, philosophes appartiennent au patrimoine mondial. Ceux qui sont restés sont gardés sur Terre.
-Mais s'ils veulent partir ?
-C'est difficile.
-Mais si vous les exorcisez ?
-Ce serait un gâchis.
-Vous omettez de leur dire que vous pouvez les libérer, en fait.
-Revenons à votre chien, éluda le bureaucrate, nous l'avons gardé près de vous parce que vous avez aidé au recrutement de deux de nos potentiels agents, Steve Rogers et James Barnes.
-Steve ? balbutia Fred. Steve est un fantôme ?
-Non, il est l'âme très chère d'un fantôme. Il est d'usage de recruter un fantôme et la personne qui l'apaise simultanément, pour ne pas qu'ils perdent le contrôle. Votre chien et vous avez aidé à apprendre à Steve Rogers l'existence des spectres et nous avions prévu de vous laisser quelques semaines…
-… Mais ?
-Mais votre chien vous aime profondément et est profondément malheureux de ne pas pouvoir vous toucher : il risque de perdre la raison et d'avoir un comportement on ne peut plus suspect. A notre grand dam les fantômes sont visibles sur les photographies et les vidéos, ce qui rend difficile la garde de ce grand secret.
-Avec les selfies, vidéos et réseaux sociaux, je ne sais même pas comment vous faites, avoua Fred après un instant.
-Vous avez vu Men in black ?
-Oui.
-Un service analogue au notre, avec les mêmes technologies.
Fred contempla l'homme au bandeau qui gratouillait le ventre de son chien bienheureux, à présent les pattes en l'air.
-Vous allez m'effacer les souvenirs de notre conversation et de mon chien, constata-t-il.
-Pas tous. Seulement ceux des derniers jours. Je suis désolé, mais il vous aime trop pour rester près de vous.
Une brise glacée soufflait dans le parc, et lui asséchait les yeux.
-Bien, d'accord. Je ne veux pas qu'il reste s'il est malheureux.
-Vous êtes un type bien. Merci pour votre aide.
Nick Fury arrêta ses gratouilles et son chien se redressa, mais au lieu de se lever il lui tendit la main. Fred la prit sans comprendre, mais quand la main se déplaça sur son poignet et l'approcha de son chien, il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il sentit à nouveau les poils soyeux bien qu'un peu gras et sales de la tête de Jasper, qui lâchait des petits gémissement surexcités sous les caresses. Son chien voulut lui monter dessus et posa enfin ses pattes boueuses sur ses genoux. La main de l'homme toujours sur son poignet, Fred le câlina pendant de nombreuses minutes, indifférent aux larmes qui gouttaient de son nez.
Quand il sentit qu'il ne pouvait plus abuser de la patience de l'homme, il fixa son chien un long moment, et ferma ses yeux pour graver l'image de l'animal ivre de bonheur derrière ses paupières. Puis il les rouvrit, et hocha la tête en direction de l'homme, qui lâcha son bras et se leva en sortant un gadget argenté de sa poche intérieure.
-Regardez le rayon lumineux. »
Fred s'exécuta et fut aveuglé. Un instant plus tard, il cligna des yeux et vit un renoi câliner un chien puis lui mettre un collier et une laisse. Le chien résista un moment mais céda sous les caresses et suivit l'homme dans l'allée.
Fred les contempla en se disant que ce chien ressemblait un peu au sien puis se dit que tout de même il faisait froid dans ce parc, et suivit les slogans de la CGT basée devant l'hôpital en l'espoir d'un café gratuit.
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Fred ira bien, je vous le promets.
Que pensez-vous de toutes les révélations de Boris Vian (qui était une proposition de Calliston (merci encore pour l'acronyme !)) ? Selon vous, Bucky devrait rejoindre le Shield, ou bien alors se laisser disparaître, malgré la douleur qu'il va laisser derrière lui ? Et Loki ? Que feriez-vous à leur place ?
Important : je rappelle qu'il y aura trois fins à cette histoire, une triste, une neutre et une heureuse (plus ou moins, en nuances de gris). Et que ces fins approchent. Préférez-vous que je les publie toutes en même temps ? ou l'une après l'autre et dans ce cas, laquelle en premier ?
J'ai un groupe facebook, appelé Le métro de 7h37, et demandez en ami Obvy Enough si vous ne le trouvez pas, je vous ajouterai.
Plein de bisous, écoutez-vous Ghostbusters si Bucky, Clint ou Fred vous ont rendu-e-s tristes.
