Comment dire... Flippant ? Bon, évidemment ce genre de journaux ou notes n'avaient jamais été bien joyeuses, mais celle-là se trouvait tout de même en bonne position sur l'échelle de l'horreur. Quelle idée de vouloir raconter ce genre de choses, aussi... Enfin, d'un certain côté, Chris pouvait comprendre qu'une personne souhaite laisser une trace d'elle, quelle qu'elle fut, avant de disparaître définitivement. Mais était-ce forcé d'être aussi glauque, hein ? Pas qu'il sache. … En même temps, il ne parcourait pas non plus le pays enchanté des Bisounours, donc forcément... Mais passons sur ce genre de réflexions aussi vaines qu'inutiles.
Il fallait voir le bon côté des choses. Si cet homme n'avait pas raconté n'importe quoi dans ses écrits, ils savaient à présent où trouver Alexia. Cependant... Le capitaine n'était pas pressé le moins du monde d'aller la retrouver. Parce qu'il savait parfaitement de quoi cette folle était capable, et qu'il savait aussi très bien qu'il ne supporterait pas une perte de plus. D'autant plus que là il s'agissait de Piers. Le voir se sacrifier une seconde fois pour sauver sa vie le rendrait complètement fou, et ça il en était sûr. Déjà que c'était un véritable miracle que son subordonné lui soit revenu en vie et entier (entier, bon sang ! Il n'aurait jamais espéré pouvoir en demander autant!), alors il était hors de question de le voir lui glisser une nouvelle fois entre les doigts. Pourtant... Chris savait également qu'il ne pouvait pas permettre à Alexia de survivre ne serait-ce qu'un jour de plus. Pour le moment elle se tenait tranquille, mais la jeune femme n'allait sûrement pas s'en tenir là... Avec son caractère arrogant et suffisant, elle se croyait au dessus de toute vie. Elle ne tarderait pas à essayer d'asseoir son autorité sur le reste du monde, à grands coups de créatures aussi immondes que féroces. … A se demander si les Ashford n'auraient pas un lien de parenté avec Wesker, d'ailleurs.
Le capitaine secoua légèrement la tête pour chasser cette pensée idiote de son esprit, avant de laisser tomber le journal au sol. Maintenant qu'il l'avait lu, cet objet n'avait plus aucune utilité. Et il ne pouvait pas se permettre de s'en encombrer pour rien. De son côté, Piers semblait pensif. Les sourcils légèrement froncés, le regard perdu dans le vague, c'était comme si son esprit avait pris la clef des champs. Hum... A quoi pouvait-il bien penser ? Malgré l'évolution toute récente de leur relation, l'aîné n'avait pas encore les connaissances nécessaires pour percer à jour, d'un regard, les réflexions de son amant. Ce genre de choses viendraient avec le temps. Enfin... Pour peu qu'on leur laisse le temps de se connaître, évidemment. Ce qui n'était pas gagné, autant vous le dire... Malgré tout, il gardait l'espoir que les choses pouvaient s'améliorer. Après tant d'années à combattre les armes biologiques issues du virus T, virus G et autres virus et trucs bidules en folie, il commenaçait à se dire que de toute façon, au point où ils étaient rendus, les choses ne pouvaient qu'aller de mieux en mieux. Toucher le fond plus que ça ? Impossible ! … Ou alors la situation serait réellement et définitivement désespérée.
Finalement, Piers revint brutalement sur terre, saisissant le bras de son supérieur pour se glisser promptement dans un renfoncement du mur, plaquant une main autoritaire sur la bouche de ce dernier. Au début, Chris n'entendit rien, absolument rien, et se demanda à quoi jouait le cadet. Non pas que la position soit désagréable, leurs corps pressé ainsi l'un contre l'autre, mais ils avaient autre chose d'autrement plus important à faire que de s'amuser au beau milieu d'une base scientifique ennemie. Et c'est alors qu'il levait une main pour écarter le bras de Piers qu'il l'entendit. Ce cliquetis clair qui résonnait dans le couloir. Bientôt suivi d'un léger grondement discontinu, du son humide de gouttes qui chutaient sur le sol et du ripement sourd d'une côte d'écailles raclant les dalles. Un Hunter ? … Non. C'était plus gros. Bien plus gros... Tournant lentement la tête vers l'ouverture donnant sur le corridor, Chris sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale lorsqu'il distingua nettement les contours d'une créature qu'il avait déjà croisée peu avant. Ce même monstre qui les avait poussés, Piers et lui, à fuir l'île de Rockfort en quatrième vitesse. Le plus jeune n'avait pas eu besoin de jeter un œil. Il savait ce que c'était. Pire, il l'avait senti venir. Tout comme à présent il avait l'impression de pouvoir entendre les battements de cœur de cette bête, et d'avoir sa propre respiration calquée sur la sienne. Ou inversement, allez savoir. Silencieusement, Piers priait, suppliait qui voudrait bien l'entendre que la chimère ne les repère pas. Sinon ils étaient condamnés. Le monstre eut une sorte grondement rauque, comme agacé, en faisant trois pas en arrière. Il s'ébroua vivement, tentant de chasser un gêneur invisible, avant de faire volte-face pour s'enfuir en courant, disparaissant totalement dans l'obscurité de l'installation.
Alors là... Il faudrait qu'on lui explique, parce qu'il ne saisissait absolument rien. Mais alors rien du tout, nada, zéro, que dalle ! Chris se défit sans problème du peu d'entrave de son subordonné pour retourner dans le couloir, fixant les ombres comme s'il espérait y trouver une réponse. Cette bête devait avoir un odorat, non ? Alors pourquoi diable ne les avait-elle pas flairés, et qu'est-ce qui avait bien pu la pousser à s'enfuir de la sorte ? On aurait dit qu'un moustique géant la harcelait pour qu'elle détale vite et loin. … Remarquez que des insectes géants et invisibles, c'était possible. Si si. L'agent Kennedy en avait affronté lors de sa mission en Espagne pour sauver la fille du président, selon son rapport. Mais il n'y en avait pas ici, quand même... Si ? Non, sinon ils se seraient fait attaquer depuis un moment. D'autant plus que toujours si on se référait à ce rapport, ces créatures étaient agressives et sautaient sur tout ce qui passait de vivant pour le déchiqueter. Donc non, ils n'avaient pas à se soucier d'immenses machins armés de mandibules tranchantes comme des lames de rasoir. Une bonne nouvelle en soit. Mais qui ne résolvait pas cette énigme-là.
« … Piers, une idée sur ce qui vient de se passer ?
- Non, capitaine.
- Arrête avec tes « capitaine », s'il te plaît. Je t'ai déjà dit que ça m'agaçait.
- Nous sommes en mission, les familiarités seront pour plus tard. rétorqua le plus jeune en se saisissant correctement de son arme. Pour le moment nous devons nous concentrer sur notre objectif.
- Je sais, je sais. Je ne l'oublie pas non plus. Mais sans non plus parler de nous envoyer en l'air dans un coin de ce bâtiment, tu pourrais au moins arrêter avec ça. En plus tu avais abandonné cette fichue manie jusqu'à maintenant. Pourquoi tu t'y remets ?
- Une envie, c'est tout. Bon, on y va ?
- … On y va. Ce que tu es bien luné toi... » marmonna Chris en prenant la direction du Nord.
Rejoindra la partie Nord des installations n'était pas non plus de la tarte. Beaucoup de couloirs étaient devenus impraticables, soit à cause des effondrements causés par la fragilité de la structure, soit parce qu'ils étaient colonisés par de véritables armées de monstres en tout genre. A noter tout de même que la population du coin se résumait surtout aux Hunters. Ce qui arrangeait plutôt Chris. Parce que, certes, ces crapauds géants étaient dangereux, mais il y avait pire selon lui... Les Lickers. Ces saloperies-là, il ne pouvait vraiment pas les supporter.
Alors qu'ils marchaient prudemment dans l'un des rares passages encore praticables, Piers se permit de décrocher quelque peu, histoire de revenir sur ce qui s'était passé deux ou trois heures auparavant, avec le monstre. Est-ce que c'était vraiment lui qui avait fait détaler cette créature... ? Objectivement parlant, ce n'était absolument pas logique. Ça ne pouvait pas être ça, impossible. Et pourtant... Et pourtant il avait souhaité la voir s'éloigner le plus vite possible, et c'était arrivé. Il devait y avoir une explication rationnelle à ça. Mais oui, forcément. Tout comme il devait y avoir une explication au fait qu'il s'était presque senti... Comment poser des mots sur cette sensation... Entrer en résonance avec cette chose ? Ça sonnait étrange, mais c'était tout ce qu'il pouvait dire avec ce qui s'approchait le plus de la certitude. L'inquiétude qu'il ressentait depuis le début de la mission commençait à se changer en peur. Il ne contrôlait rien, et cette perte de prise sur sa propre existence l'effrayait. Comment se débarrasser de cette sensation ? Enfin, pour ça il devrait d'abord déterminer d'où elle venait, se serait tout de même plus logique s'il espérait s'en défaire. Piers poussa un profond soupir. Allons bon, il n'était pas sorti des ronces... Tandis qu'il se faisait cette réflexion, son regard glissa vers son capitaine, qui marchait à moins de deux mètres devant lui. Le cadet avait conscience de s'être montré un peu trop cassant envers lui, tout à l'heure, mais le fait d'être déboussolé de la sorte l'avait rendu un tantinet... Irrité. Bah, il aurait tout le temps de se faire pardonner son attitude plus tard. Parce qu'il ferait tout pour qu'ils rentrent tout deux sains et saufs. Il avait plus que tout envie de voir ce que lui réservait le futur auprès de Chris. Alors hors de question qu'on lui vole ça. On lui avait accordé une seconde chance, il n'allait certainement pas la gâcher comme un abruti.
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« Enfin... Enfin ! Mon cher frère, te revoilà enfin ! »
Debout devant la cuve cryogénique grande ouverte, totalement nu et étonnamment réactif pour quelqu'un sortant d'un tel sommeil forcé, Alfred ouvrait et fermait les poings successivement en les fixant, comme pour essayer de se les approprier à nouveau. Ses facultés mentales et physiques redémarraient au quart de tour. Il leva finalement les yeux vers sa sœur quand cette dernière vint lui tendre des vêtements. Son uniforme au veston rouge qu'il portait lors de sa mort, remis à neuf. Un léger sourire étira ses lèvres. Le jeune homme saisit la tenue et l'enfila rapidement, veillant à ce que pas un morceau d'étoffe ne soit de travers. Comme de coutume, un Ashford se devait d'être présentable. Aux anges -bien qu'elle le montrât à sa façon bien à elle- Alexia ne pouvait pas détacher les yeux du visage de son cher jumeau. Celui-ci se permit d'étreindre brièvement sa sœur, avant de descendre les trois ou quatre marches qui menaient au centre de contrôle du système informatique des installations. Il n'avait toujours pas prononcé le moindre mot, quand soudainement Hirngespinst déboula dans la pièce comme une flèche. Sa première intention avait été de venir près de sa maîtresse, mais elle se ravisa lorsqu'elle aperçut Alfred et vint s'aplatir devant lui en grognant, agitant nerveusement sa longue queue rugueuse. Le jeune Ashford fixa la créature en penchant imperceptiblement la tête, toujours aussi silencieux. Alexia observait la scène sans rien dire, pouvant presque voir et sentir le lien intangible qui semblait exister entre ces deux êtres. Finalement, Alfred reporta son attention sur sa jumelle.
« Nous avons de la visite, mais elle n'en est pas certaine. Il semblerait que l'un d'entre eux ait la capacité d'entrer en contact avec elle et de lui donner des ordres. Tout comme moi. Mais d'après ce qu'elle m'a rapporté, il l'ignorerait encore.
- Hum... Je vois. Tout ceci est fort intéressant. Je pense qu'il serait bien impoli de ne pas les accueillir comme il se doit, n'est-ce pas ? Faisons honneur à la légendaire hospitalité des Ashford, mon frère.
- Je ne peux que me rallier à toi, ma chère sœur. Si tu le permets, j'aimerais leur faire une petite démonstration de mes toutes nouvelles capacités.
- Mais je t'en prie, fais donc. »
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Alors celle-là... Ils ne l'avaient pas vue venir. Bon, Chris était au courant que les architectes d'Umbrella avaient tous plus ou moins dû fumer durant leur jeunesse ou lors des esquisses des plans de leurs bâtiments, mais à chaque fois ça lui faisait un effet pas possible. Une réplique on ne peut plus fidèle du hall du manoir Spencer. Encore. Mais ils lui vouaient un culte à cette vieille baraque délabrée et flippante ou quoi ?! Hum. Un peu de calme et revenons à nos moutons. Ou en l'occurrence, à nos deux soldats du B.S.A.A qui venaient d'entrer dans cette immense pièce, et qui en étaient restés bouche bée. Ah ça, pas de doute ça changeait des couloirs métalliques froids et sombres qu'ils avaient parcourus jusqu'à maintenant. Quelque part, ce décor familier avait quelque chose de rassurant pour le capitaine. C'était un environnement qu'il connaissait plutôt bien, pour l'avoir traversé des dizaines et des dizaines de fois, lors de sa première confrontation avec le virus T et les charmantes bestioles qu'il avait engendré. Mais pour Piers... Plongée totale dans l'inconnu ! Ça ne le dérangeait pas plus que ça, honnêtement. Et puis il préférait encore ce décor vieillot mais plus chaleureux -en un certain sens- que celui glacial des installations scientifiques.
« … Tu reconnais les lieux, Chris ?
- Oui. C'est le hall du manoir Spencer. Après, je ne sais pas s'ils se sont amusés à reproduire l'intégralité du bâtiment ou s'ils ont juste construit l'entrée...
- Oh mais nous avons vu grand, le manoir est entier, évidemment. »
Ni une ni deux, les deux hommes brandirent leurs armes, fouillant les environs du regard. Un léger rire que le capitaine connaissait bien résonna dans le hall. Lentement, il leva les yeux vers le haut des escaliers... Et crut qu'il allait s'étouffer avec sa propre salive. Alfred Ashford se tenait tranquillement debout à côté du monstre, assis comme un bon toutou obéissant. Une sorte de chien des Enfers... Mais en chair et en os. Une main posée sur le crâne apparent de la créature, l'autre dans son dos, le blondinet affichait un léger sourire suffisant sur son visage à la peau pâle, donnant une impression générale d'arrogance. Comme d'habitude, quoi. Piers mit en joue le jeune homme, bien déterminé à lui loger une balle entre les deux yeux... Lorsqu'une voix claire et cristalline s'éleva dans le hall pour chanter un refrain qui allait finir par rendre dingue le pauvre Chris.
« There was a friendly but naive King, who wed a very nasty Queen, the King was loved but, the Queen was feared. 'Till one day strolling in his court an arrow pierced the kind King's heart, he lost his life and his lady love... »
L'aîné baissa précautionneusement son arme, posant une main sur celle de Piers pour qu'il en fasse de même. Pour le moment ça ne servait à rien de menacer Alfred, surtout si sa timbrée de frangine était dans les parages. Parce que si sa mémoire ne lui jouait pas de mauvais tour, il se souvenait parfaitement que même Wesker avait préféré battre en retraite devant la jeune Ashford. D'ailleurs, celle-ci ne tarda pas à rejoindre son frère, vêtue d'une longue robe d'un vermeille sombre, pour venir se placer à la gauche de l'hybride. Belle brochette de monstres, songea Piers.
« Alexia...
- Effectivement, nous nous connaissons déjà. Chris Redfield, c'est bien cela ? Je te dirais bien que je suis charmée de te revoir, mais ce serait mentir. La dernière fois tu as manqué de peu de me tuer. Heureusement pour moi, cette charmante créature est venue à mon aide, et à celle de mon frère. Son sang fut une aide précieuse pour le ramener à la vie, et il m'a également permis de reprendre une forme humaine. Surpris, n'est-ce pas ? pouffa-t-elle doucement.
- On peut dire ça comme ça, oui...
- Comprenez bien que nous ne pouvons pas vous laisser repartir comme si de rien n'était. Vous pourriez devenir beaucoup trop bavards sur ce que vous avez vus ici. poursuivit Alfred. Cependant, avant d'envoyer Hirngespinst vous tailler en pièces, j'aimerais savoir lequel de vous deux a intégré une partie de son ADN. Simple curiosité. »
Le capitaine fronça les sourcils, perplexe. Encore une fois, il ne comprenait pas où le jeune Ashford voulait en venir. De quoi parlait-il ? En jetant un coup d'oeil à Piers, il crut comprendre. Celui-ci semblait se décomposer sur place, le visage blême, ses prunelles chocolat fichées au sol. Alors c'était ça... ? C'était ça la solution à toutes les énigmes ? Tout ce qu'il avait su sans qu'il se souvienne comment, toutes ces impressions de déjà-vu, ces intuitions... C'était à cause de ça ? A cause de ce remède au virus C ? Manifestement oui... Il avait dû être développé à partir du sang de la chimère qui se tenait juste devant eux. Est-ce que ça voulait dire qu'il avait un... Contrôle sur cette bête ? Est-ce que c'était ça qui avait fait détaler ce monstre ? Sûrement... Mais la pilule avait du mal à passer. Enormément de mal. Tout ça, c'était juste trop, beaucoup trop, pour être vrai. Ses nerfs étaient à deux doigts de craquer. Mais vraiment.
Un éclat de rire brisa le silence lourd de sens qui s'était abattu dans le hall. Les jumeaux Ashford avaient éclaté de rire. Le regard assassin que leur lança Chris ne servit pas à grand chose, mais qui ne tente rien n'a rien, comme disait l'autre.
« Comme c'est amusant... Tant de désespoir pour un cadeau si généreux ! Les humains n'ont aucune idée de la valeur des dons qui leur sont faits. C'est un privilège inestimable qui t'a été accordé, et toi tu te lamentes sur ton sort. Tu aurais pu te joindre à nous, mais ta faiblesse d'esprit ferait de toi un poids que nous ne pouvons nous permettre de traîner. Cher frère, je te laisse le privilège de nous débarrasser de ces parasites encombrants.
- Avec joie, ma très chère sœur. »
C'est là que les choses se gâtèrent. Le blondinet, d'un ordre silencieux, envoya son hybride à l'attaque. C'était un adversaire puissant et vif, qui faisait preuve d'une agilité hors du commun. Les balles ne semblaient pas d'une grande utilité, à part l'énerver davantage... Ce qui, vous en conviendrez, n'était pas franchement le but recherché. Heureusement, ils étaient deux à l'affronter. Ce qui permettait à l'un de distraire le monstre quand l'autre se trouvait en fâcheuse posture. En revanche... Leurs munitions descendaient vite. Beaucoup trop vite. S'ils se retrouvaient à sec, ils n'allaient plus leur rester que leurs couteaux pour se battre, et la situation serait vraiment, mais alors vraiment désespérée.
C'est en esquivant un énième coup de griffes acérées que Chris eut une idée. La réplique exacte du manoir Spencer, hein ? Si les jumeaux avaient dit vrai (jumeaux qui avaient mis les voiles après le début de l'offensive, évidemment), alors avec un peu de chance, ils avaient tout reproduit dans les moindres détails. Vraiment tout. Y compris le système d'auto-destruction du bâtiment. Bon, la dernière fois c'était Wesker qui l'avait actionné, mais si Hirngespinst savait où se trouvaient les commandes, Piers devrait le savoir aussi. Bon, il ne restait plus qu'à trouver quelques instants pour lui parler. Juste quelques instants. Hum... La grenade aveuglante qu'il précieusement sur lui depuis le début allait peut-être enfin lui servir ! Allez hop, on se lance. Le capitaine dégoupilla l'engin, et le lança aux pattes de la chimère. Ayant aperçu la manœuvre de son supérieur, Piers parvint à se protéger les yeux juste à temps. Coup de chance numéro 1, Hirngespinst ne sembla pas apprécier du tout cet éclat de lumière intense, en témoignait son rugissement où se mêlait douleur et colère. Maintenant, il fallait faire vite. Chris se précipita vers son cadet, conscient que le répit serait de courte durée.
« On a pas beaucoup de temps alors je veux que tu m'écoutes attentivement. Dans le manoir d'origine, il y avait un système d'auto-destruction. C'est la seule chose qui pourra venir à bout de ces trois monstres. Seulement je ne sais pas où il se trouve, ou en tout cas je n'ai rien de plus précis que le sous-sol, c'est là où se trouvaient les laboratoires et les commandes de contrôle les plus importants. Cherche dans ta mémoire, tu devrais savoir où ça se trouve, ce monstre le sait sûrement !
- Mais comment... Comment tu veux que je me rappelle ça ? C'est pas comme s'il me suffisait d'appuyer sur un bouton d'une télécommande !
- Je sais, mais fais un effort. Sinon on est mal, très mal ! Passe par cette porte, là. Et puise dans ta mémoire pour trouver le chemin, fais attention qu'il n'y ait pas de monstres sur ta route. Sois prudent, l'architecture est conçue pour te perdre, ici. … Je t'aime. »
Sans laisser le temps à Piers de réagir, le capitaine posa une main sur sa joue et l'embrassa doucement, avant de l'entraîner vers la porte qu'il lui avait indiquée quelques secondes auparavant, le poussant dans la pièce avant de refermer le battant de bois. Définitivement.
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… Ô joie. Voilà notre petit Piers perdu au beau milieu d'un manoir totalement inconnu. Bon... Commencer par observer les alentours. Hum... Une salle à manger. Le tic tac de la vieille pendule avait quelque chose de dérangeant, tout comme les ombres projetées par les flammes de la cheminée, qui crépitaient à l'autre bout de la pièce. Etrangement, tout était silencieux... Rien de rassurant. Et puis il sembla subitement se rappeler pourquoi il était là. Piers tourna les talons et s'acharna sur la porte pour tenter de l'ouvrir, en vain. Chris s'était manifestement arrangé pour que ça ne s'ouvre plus. Magnifique ! Déjà qu'à deux ils avaient eu du mal à tenir tête à ce monstre, alors à lui tout seul... ! Bon sang, c'était pas possible d'être aussi borné... Néanmoins, s'il voulait avoir une chance de retrouver son amant en vie, il allait falloir agir vite. Et pour ça... Puiser dans des souvenirs qui n'étaient pas les siens. Exercice dont il ignorait toutes les subtilités. Bon, il fallait bien commencer quelque part, donc Piers entreprit de vider son esprit du mieux qu'il pouvait étant donné la situation, fermant les yeux. Puis il tenta de se visualiser en train de progresser vers les informations souhaitées. A sa grande surprise... Ca marchait. Il ne lui fallut pas plus de cinq minutes pour accéder à la mémoire de la créature et en tirer ce qui l'intéressait. A savoir, un plan plus que détaillé du manoir, et l'itinéraire idéale pour se rendre jusqu'au terminal qui actionnait le système d'auto-destruction. Chris avait raison, il se trouvait bien dans le sous-sol, près des laboratoires. C'était même dans la salle des machines, tout au fond, s'il ne se trompait pas.
Il n'en fallut pas plus au jeune soldat pour foncer vers sa destination. Rapidement, il quitta l'intérieur du manoir pour se rendre dans la cour, et sans hésiter une seule fois, il descendit dans les souterrains, les traversa promptement, et remonta vers une partie de la cour dont la seule autre entrée -une lourde double porte en acier- avait été condamnée. Là, il trouva une fontaine qui s'ouvrait sur un escalier de fer rouge, lui-même donnant accès à un vieil ascenseur. C'est ainsi qu'il accéda aux laboratoires, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire (ou presque, restons logiques). Tout aussi rapidement, le jeune homme prit la direction de la salle des machines, abattant sur son passage les quelques zombies qui se trouvaient là. Il avait beau faire vite, Piers craignait de ne pas arriver à temps pour permettre à son capitaine de s'en sortir. Avec tout ça, il avait un peu perdu la notion du temps, et ses entrailles se nouaient désagréablement à la seule pensée que Chris ait pu mourir face à Hirngespinst. Non. Non, il allait bien. C'était sûr. Il était solide, robuste... Increvable. Il n'avait plus qu'à faire sa part du boulot, et tout irait pour le mieux, il en était certain. Ou tout du moins, il essayait de s'en persuader.
C'est essoufflé que Piers arriva devant le poste informatique qui contrôlait l'auto-destruction. Bon... La procédure à suivre, l'hybride n'en avait aucun souvenir, mais ça ne posait pas de problèmes à notre jeune homme. Non, pas le moindre. Il avait hérité d'un esprit vif et méthodique. Après une rapide observation des commandes, il sut ce qu'il devait faire. Ses doigts pianotèrent fébrilement sur le clavier, puis il abaissa le grand levier qui se trouvait sur le côté droit de l'appareil. Quelques secondes s'écoulèrent dans un silence presque parfait. Le doute commença à le tenailler. Avait-il fait une erreur ? Cette réplique du manoir n'avait-elle pas de système d'auto-destruction ? Après tout, c'était possible, il n'était pas un expert en informatique, et ce n'était jamais qu'une reproduction d'un autre bâtiment, détruit il y avait longtemps à présent... Mais non ! Ce fut le soulagement quand l'alarme caractéristique résonna dans toute la bâtisse, accompagnée de la voix synthétique donnant les instructions relatives à l'évacuation du personnel.
« Euh... Parfait, mais je fais quoi maintenant ? » souffla-il en revenant sur ses pas. Effectivement, Chris ne lui avait absolument pas dit où aller ni quoi faire ensuite. Où devait-il le retrouver ? Hum. A défaut de mieux, il décida de retourner dans le hall. Et comme la porte de la salle à manger était condamnée, il passa par le premier étage. Eh, avec la carte du manoir dans la tête, pensez bien qu'il n'allait pas se gêner !
« Piers ! Génial, tu as réussi ! Allez descends de là, il faut qu'on dégage !
- Où est passé le monstre ? s'enquerra le plus jeune en dévalant les escaliers quatre à quatre.
- Il a filé quand l'alarme a commencé à retentir. On s'en occupera plus tard, faut vraiment qu'on se tire ! »
Pour le coup, Piers ne pouvait qu'approuver. Il ne restait plus beaucoup de temps avant que toute la base ne vole en éclats, et il y avait un bout de chemin à faire pour sortir à l'air libre. Surtout qu'idéalement, il faudrait qu'ils s'éloignent autant que possible des installations, afin d'éviter d'être blessés par l'explosion. Par chance, la voie était relativement dégagée, hormis la présence de deux ou trois Hunters, mais rien de bien méchant.
Les deux soldats débouchèrent sur l'extérieur sans trop d'encombres, et eurent à peine le temps de faire une dizaine de mètres, avant que tout n'explose dans un grondement sourd, d'immenses flammes s'élevant dans les airs comme pour aller lécher les nuages. Wow. Ils étaient vivants. Première bonne nouvelle.
« … Tu penses qu'ils sont morts ?
- Je l'espère, Piers, je l'espère... Le futur nous le dira. »
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Si Hirngespinst avait filé comme une flèche dès le début du compte à rebours indiquant l'auto-destruction, c'était pour rejoindre au plus vite ses maîtres. Alfred l'avait rappelée auprès de lui, tandis que sa sœur et lui commençaient à prendre la direction de la plus proche issue. Cependant, tandis qu'elle arrivait vers eux, une explosion retentit dans l'une des salles en dessous, occasionnant de violentes secousses dans toute la structure. Le plafond ne le supporta pas. Après avoir craqué quelques instants, il s'abattit sur les jumeaux Ashford, entraînant dans sa chute tous les étages qui se trouvaient au dessus. Hirngespinst avait bondi à temps, cherchant à protéger ses maîtres des tonnes de décombres qui pleuvaient sur eux en leur servant de bouclier, mais même elle ne pouvait résister à un tel déluge de béton et d'acier. Et comme si le poids écrasant de ces titanesques débris n'avait pas suffit, les flammes se chargèrent du reste.
Alloha la compagnie !
Ce chapitre est plus long que d'habitude, j'espère que ça ne vous découragera pas. C'est l'avant-dernier, d'ailleurs. Je vais m'atteler au suivant immédiatement, mais ça m'étonnerait qu'il soit posté ce soir. Ce sera une sorte d'épilogue. (Hirn' tu vas me manquer chérie ;w; *SBAMM*) J'ai déjà une idée bien au chaud pour une autre fic Resident Evil, peut-être même une sorte de suite à Macabre Lullaby, je dois encore peaufiner les détails !
En espérant ne pas vous décevoir, et encore navrée pour l'attente !
P.S : Un grand merci à sorryformyenglish, qui écrit elle aussi une fan-fic Resident Evil vraiment géniale. Allez la lire, elle veut le détour, croyez-moi ! *w* Hirn' te fait une grosse léchouille pour te remercier, elle aussi. owo
