[MANHATTAN, NEW YORK, ÉTÉ 1982]

Dean ouvrit les yeux au beau milieu de la nuit, réveillé par des bruits derrière la porte d'entrée. Il se leva d'un bond et alla se cacher derrière le bar de la cuisine. Le bruit des clefs dans la serrure retentit et apparut dans l'encadrement de la porte deux silhouettes collées l'une à l'autre.

« - Attends, dit faiblement une voix que Dean reconnut comme celle de Castiel. »

Il alluma la lumière de la pièce et Dean se plaqua brusquement contre le mur du bar. Il espérait qu'on ne l'avait pas remarqué et ce dût être le cas car la porte se referma.

« - Pourquoi t'es triste Cassie ? »

Dean soupira intérieurement.

« - Pour rien, répondit Castiel, attends, Mike.

- Arrête de faire le coincé, c'est énervant, dit furieusement l'autre.

- C'est pas ça, reprit Castiel.

- Eh bien, de quoi tu te plains ? »

Dean pouvait voir les deux hommes dans le reflet de la vitre. Il vit la façon dont Mike avait plaqué Castiel au mur, et comment il l'embrassait et le titillait du bout des doigts. Castiel gémissait, et bredouillait des excuses incompréhensibles. Quand Dean vit cet homme commencer à déboutonner le jean de Castiel, il explosa et se releva brusquement. Ils tournèrent tous deux leur regard vers lui et Mike lâcha brutalement Castiel qui tomba les fesses par terre.

« - Ah Cassie, commença Mike et se baissant vers Castiel, tu comptais baiser avec lui aussi après ? »

Castiel secoua négativement la tête. Mike se releva pour faire face à Dean :

« - Je t'avais dit de pas t'approcher de lui.

- Excuse-moi, c'est toi qui me dis ça ? Alors que t'en as jamais rien eu à faire de lui ?, répliqua Dean.

- Qu'est-ce que t'en sais ?, lui demanda-t-il la voix pleine de colère.

- En fait t'as tout du gars qui n'assume pas, et à un point tel que tu supportes pas l'idée que Castiel puisse être ton égal masculin, expliqua Dean avec un sourire de vainqueur.

Mike se jeta sur lui et Dean n'eut qu'à se décaler sur le côté pour l'éviter. Dean l'attrapa par la manche et le jeta de l'autre côté, en le poussant vers la porte. Il se releva et Dean le poussa une dernière fois et Mike recula sur le seuil du palier et Castiel ferma rapidement la porte à clefs. Il s'adossa à la porte en soupirant et sursauta quand Mike se mit à tambouriner contre la porte en proliférant tout un tas d'insultes et de menaces. Il se calma au bout d'un moment et partit, sans avoir donné un dernier grand coup dans la porte. Castiel soupira une nouvelle fois en refermant son jean.

« - Merci, murmura-t-il en passant devant lui pour aller s'enfermer dans la salle de bain. »

Dean attendit silencieusement que Castiel en sorte. Il entendit l'eau couler pendant plusieurs minutes, et quand Castiel sortit de la salle de bain, presque une heure après, ses cheveux noirs ébouriffés dans tous les sens encore mouillés, il fut surpris de trouver Dean appuyé à la fenêtre de la cuisine.

« - Qu'est-ce que tu fais encore là ?, lui demanda froidement Castiel

- Je ne sais pas, lui répondit doucement Dean. »

Il se retourna vers Castiel qui essorait les mèches qui se collaient à son front avec ses doigts. Ce dernier s'arrêta pour fixer Dean dans les yeux.

« - Je ne sais pas comment t'expliquer, Cas, mais…

- Encore ?, le coupa Castiel, vraiment, Dean ?

- Laisse-moi finir, reprit Dean, ce que je veux dire c'est que je ne peux pas rester indifférent. »

Castiel haussa un sourcil et mima les guillemets de ses doigts :

« - Rester indifférent ?

- Exactement, soupira Dean, indifférent. Et je n'arrive pas à ne pas penser à tout ce que tu es. Ton sourire est comme gravé sur mes pupilles Cas, et je n'arrive pas à l'effacer.

- Mais tu n'es pas gay, lui répondit Castiel sur un ton gorgé d'ironie. À moins que tu sois guéri de ta sorte d'homophobie ?

- Ce n'est pas le cas !, protesta Dean.

- Non, c'est vrai, tu n'es pas contre, mais si ça pouvait arriver aux autres plutôt qu'à quelqu'un que tu aimes ou toi, ce serait mieux.

- Castiel…

- Non Dean, je ne veux plus rien entendre. Quand tu sauras exactement ce que tu veux, peut-être que je prendrais le temps d'y réfléchir, et j'ai bien dit peu-être.

- Et si je sais ? »

La question de Dean resta en suspend. Castiel semblait réfléchir à ce qu'il allait répondre, mais Dean prit les devants :

« - Je ne peux pas te laisser sortir de ma vie, et je ne veux pas qu'on soit juste des amis qui se voient de temps en temps, parce que je ne supporte pas qu'il y ait quelqu'un dans ta vie. »

Castiel ne répondait toujours rien, perdu dans ses pensées. Ses doigts reprirent machinalement l'essorage de ses cheveux et quand il eut fini, il se racla la gorge :

« - Prouve-le. »

Dean fut déstabilisé par cette réponse. Il ne savait pas quoi faire, partagé entre l'envie de demander quoi faire, justement, à Castiel et faire comme il faisait d'habitude. Castiel soupira et secoua la tête.

« - C'est bien ce que je pensais. Tu ne prends pas d'initiative, et dès qu'on te regardera de travers dans la rue tu lâcheras ma main et tu me laisseras tomber. J'en ai vu des beaux-parleurs dans ma vie, Dean. Tu n'es ni le premier, ni le dernier. »

Sur ce il se dirigea vers sa chambre. Dean eut un moment d'hésitation et lui attrapa la main pour l'attirer plus près de lui. Castiel plongea ses yeux dans les siens, comme s'il attendait quelque chose.

« - Je ne sais pas quoi faire pour te le prouver, avoua Dean, mais je ne veux pas faire comme avec les gens ordinaires. Parce que tu n'es pas ordinaire. »

Castiel resta de marbre, son regard bleu toujours fixé dans celui, vert, de Dean, qui serra un peu plus fort la main de Castiel dans la sienne. Celui-ci baissa la tête pour regarder la main de Dean épouser parfaitement les courbes de la sienne. Il sourit sans que Dean ne put le remarquer, et fut soulagé qu'il soit resté. Il n'aurait pas tenu une autre nuit avec Mike dans son lit. Il posa sa tête sur l'épaule de Dean, inconsciemment, comme si tout cela était naturel et qu'ils avaient toujours été aussi proches. Dean posa sa joue contre le crâne de Castiel. Il ressentit d'abord un très léger tremblement. Il pensa d'abord que Castiel devait avoir froid et il l'entoura de ses deux bras, comme pour le protéger et le réchauffer dans le même temps. Mais Castiel le repoussa et dût se tenir au mur pour aller s'asseoir sur son lit. Il ouvrit le tiroir du meuble qui se tenait à droite et Dean comprit trop tard son intention. Au moment où il rentrait dans la chambre, Castiel vidait le contenu de l'aiguille dans son avant-bras en tremblant, venant ajouter un nouveau petit point rouge à ceux qui remplissaient déjà le creux de son coude. Il rejeta la tête en arrière en prenant une longue respiration et reposa l'aiguille dans le tiroir avant de se laisser tomber sur le lit. Dean pesta furieusement et s'assit près de lui, disposant sa tête sur ses jambes, de façon à voir le visage paisible de Castiel.

« - J'aimerais aller à San Francisco, soupira-t-il. »

Dean caressait à présent ses cheveux doucement, partagé entre l'envie de lui hurler dessus et celle de pleurer.

« - Pourquoi ?

- Parce qu'il paraît qu'ils ont les plus beaux couchers de soleil, lui répondit Castiel, les yeux mis-clos.

- Il y en a aussi à New-York.

- Non, ils ne sont pas pareils, expliqua Castiel. Ici c'est un mélange entre l'orange et le gris.

- Et San Francisco a plus de couleurs ?

- Tellement plus, dit-il en souriant. »

Ils se taisaient tous les deux, laissant le courant d'air de la salle de séjour s'engouffrer légèrement dans la chambre. Dean continuait de caresser doucement les fins cheveux de Castiel, fixant tristement le visage de celui-ci. Et c'est à ce moment qu'il comprit que le moyen le plus évident de prouver à Castiel qu'il l'aimait était de le sortir de cet enfer. Et l'évidence le frappa il aimait Castiel depuis la première fois qu'il l'avait vu, et il était certain de continuer à l'aimer longtemps. Peu importe l'opinion des gens et ce satané sida, il était sûr qu'il réussirait à faire ressentir un sentiment pareil à Castiel. À moins que ce ne soit déjà le cas.

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Bon je pose ça là en vitesse, j'espère que vos vacances se passent bien. Oui, j'ai décidé de poster chaque dimanche et pas aléatoirement. La relation de Castiel et Dean s'améliore, je vous l'accorde, mais pour combien de temps, là est la question.

Merci pour vos reviews, ça me fait super plaisir ! N'hésitez pas à laisser des commentaires et suggestions, même si j'ai quelques chapitres d'avance, toute remarque est bonne à prendre !

À la semaine prochaine :)))