Bonsoir ! Remerciez PandorWho et ses gros yeux (non, je rigole, ça marche pas avec moi ça), je veux dire, mon impatience à l'idée de vous faire lire ce chapitre (sur lequel je fantasme depuis quelque temps) pour sa sortie si subite !

Bonne lecture et n'oubliez pas de reviewer ! ^^


Chapitre 9 : Et l'inattendu arriva

Le lendemain matin, Elisabeth se réveilla à cause d'un hurlement étouffé. Sur le qui-vive, elle se redressa aussitôt dans son lit et se tapa l'orteil dans quelque chose de dur. C'était…une poêle. Pourquoi diable avait-elle dormi avec ça ?

Perplexe, elle s'habilla en vitesse pour aller voir ce qui se passait en bas. Elle trouva Jim en train de lire le Times dans la salle à manger. Comme il ne semblait pas s'inquiéter des cris, elle en déduit qu'aucune personne de sa connaissance n'était en train de mourir.

- Ah, bonjour Elisabeth, vous avez bien dormi ? s'exclama Moriarty.

Il avait presque l'air normal, c'était effrayant. Et il y avait quelque chose qui ressemblait à du respect dans sa voix.

- Heu, oui et vous ?

- Comme un bébé. Vous n'avez pas trop mal à la tête ?

- Non, pourquoi est-ce que j'aurais la migraine ?

- He bien à cause d'hier soir, bien sûr. D'ailleurs, Sebastian est en train de s'occuper de votre invité à la cave. Nous allons sûrement apprendre des choses très intéressantes, grâce à lui.

- Mon invité… ? Est-ce que ça a un lien avec la poêle que j'ai trouvée dans mon lit ce matin en me levant ? demanda Liz, un sourcil levé.

Jim esquissa un sourire un peu grimaçant.

- Ah, oui, nous avons essayé de vous la reprendre hier soir, mais vous y étiez accrochée comme si votre vie en dépendait. Du coup on vous l'a laissée, mais je pense que mes cuisiniers aimeraient la récupérer. Quoique, avec les bosses que vous y avez faites, ils vont avoir du mal à s'en servir.

- Les b…?

Dans un flash étourdissant, les événements du jour précédent se réveillèrent dans le cerveau embrumé de la psy, qui vacilla.

- Heu, attendez, ce type est entré dans la maison, je l'ai assommé, puis j'ai bu de la bière et… je ne sais plus trop.

- Justement, combien de bouteilles avez-vous vidées ? s'enquit poliment le jeune homme en repliant son journal. Seb en a retrouvé deux vidées jusqu'à la dernière goutte, mais vu l'état dans lequel vous étiez…

- Je n'ai bu que ces deux-là, il me semble. Mais je tiens très mal l'alcool, d'ailleurs j'oublie toujours plein de trucs quand je bois. Et je fais plein de conneries aussi, il paraît.

Le petit brun lui adressa un sourire franc.

- He bien cette fois, vous pouvez être fière de vous. Vous avez réussi à maîtriser seule un homme armé et énervé sans vous blesser et sans le tuer. En plus, il paraît que vous vous êtes fait passer pour moi, hmmm ? Vous rêvez tant que ça de vous appeler Elisabeth Moriarty ?

La thérapeute rougit furieusement.

- Mais non, pas du tout ! Et puis ça n'a rien d'admirable, mon corps a juste… réagi tout seul.

- L'adrénaline a quand même de drôles d'effets sur vous, vous en conviendrez.

Tiens, il ressemblait à ça, quand il souriait sincèrement ?

La porte de la salle à manger s'ouvrit, révélant un Sebastian en sueur et aux phalanges rougies.

- Ah, tiens, salut Liz, je te croyais au lit avec une gueule de bois.

- Quelles sont les nouvelles ? demanda posément Jim en terminant son thé alors que Seb s'emparait d'un toast.

- Alors, par où commencer ? Félicitations, Liz, tu lui as pété une bonne partie des os de la main, mais je ne sais pas comment tu as fait et lui non plus.

- Je crois que j'ai posé un meuble dessus…

Les deux hommes la dévisagèrent, interdits, puis éclatèrent franchement de rire.

- Oh merde, c'est génial, ricana Seb. En tout cas, tu défends la maison comme un pitbull !

- Sympa la comparaison… grommela la jeune femme en attrapant une pomme.

- Bon, à part ça, l'un de tes clients t'a trahi, Jim. Il a révélé l'emplacement de la maison à ce crétin de dealer, il faudra penser à lui envoyer un courrier ou un message plus parlant un de ces jours.

- Tu enverras l'équipe C lui rendre une petite visite. Oh, et tu me donneras son nom, que je le raye de mon carnet d'adresses.

- Ok. Alors ensuite, il faudrait plus de vigiles dans le parc et installer d'autres systèmes de sécurité, celui-là a été désarmé trop facilement.

- Fais ça au plus vite. Oh, et quant à notre ami dans la cave, tu l'enverras rejoindre son cartel.

- Comme tu voudras.

Sebastian envoya un texto rapide puis ressortit de la pièce. Aussitôt, Jim perdit son air sérieux et se pencha vers Liz, les yeux brillants.

- Vous lui avez vraiment posé un meuble sur la main ?

- Vous êtes sérieux ? J'ai passé une très mauvaise soirée figurez-vous ! Encore heureux que l'alcool aide à oublier !

- Mais… vous lui avez vraiment dit que vous étiez moi ? Et il vous a crue ?

- He bien, il me semblait que peu de personnes connaissaient votre visage, à part les détenus de Pentonville et quelques uns de vos clients… j'ai pris un risque, on va dire.

- Un gros risque. Vous auriez pu mourir si cet homme avait eu du self control.

- Je sais, mais je sais reconnaître un drogué agressif et comment le gérer, merci.

- Vous êtes une étrange et courageuse petite chose, Liz.

Jim rigola en voyant la tête qu'elle faisait et sortit de table.

- Je vous attends pour notre cours de piano, si vous vous sentez d'attaque, souffla-t-il en passant à côté d'elle sans faire de bruit.


Bon, apparemment, frapper quelqu'un de façon répétitive en étant sous l'emprise de l'alcool était suffisant pour gagner une réputation d'enfer.

Du moins d'après Moriarty et Moran. Liz commençait vraiment à se poser des questions sur leur enfance respective.

Les deux plus dangereux criminels de Londres la considéraient maintenant avec un respect tout neuf et parlaient sans cesse de poêle avant de se bidonner comme si c'était la nouvelle blague à la mode. C'était un peu énervant après la dixième fois.

La journée se passa comme toutes les autres, mais Liz réussit à ne pas s'ennuyer, d'une part grâce au cours de musique de Jim, mais aussi grâce à la bibliothèque. Comme il pleuvait, le jardin n'était pas une option.

Sebastian était parti pour la journée, avait dit Jim. Il était sûrement en train d'organiser la vendetta de son patron, et Elisabeth n'aurait pas aimé être le client qui l'avait trahi.

Après avoir entendu ce qui lui était arrivé, les cuistots n'avaient eu aucun mal à lui pardonner ce qu'elle avait fait subir à leur poêle et lui avaient dit de la garder en souvenir, vu que de toute manière les bosses la rendaient inutilisable. Elle eut même droit à un dôme au chocolat pour avoir "protégé la cuisine".

Bon, le problème de la poêle étant réglé, il lui restait à éradiquer celui du "oh mon dieu Jim est cool". Et contrairement à lui, elle ne comptait pas régler tous ses soucis en assassinant les responsables, bien que ce soit tentant. D'un autre côté, l'enfoiré passait son temps (volontairement ou non) à la faire rougir comme une tomate en surgissant de nulle part pour lui proposer du thé, un apéritif ou encore de nouveaux vêtements.

Le tout assorti d'un sourire à faire fondre la banquise, mais il était hors de question qu'elle le lui dise !

Après le repas de midi, Liz avait donc décidé, pour échapper à son geôlier envahissant, de se caler confortablement dans un fauteuil du salon, les écouteurs dans les oreilles, et de lire un roman d'aventure. Rien de tel qu'une après-midi tranquille pour oublier qu'on a failli mourir prématurément la veille.


L'après-midi fila à toute vitesse. Jim reposa un dossier qu'il venait de terminer d'examiner et envoya un mail rapide à un client pour lui exposer les trois plans auxquels il venait de penser pour éliminer la concurrence de sa boîte de cosmétiques.

Être bénévole pour criminels pouvait être une activité sans but lucratif, mais il appréciait toujours un pourcentage du dernier cambriolage de tel ou tel gang. Il fallait bien qu'il vive, après tout. Il faudrait qu'il s'occupe de vérifier les comptes pour le mois d'avril, justement…

Le jeune homme s'étira sur sa chaise et bailla de tout son cœur avant de se passer les deux mains sur le visage pour essayer d'effacer la brûlure de ses yeux. Puis il reprit une posture d'homme d'affaires, une main négligemment posée sur le bureau, et se demanda ce que faisaient ses deux colocataires.

Bon, pour Seb, la question n'était pas si compliquée que ça. Il était soit en train de s'informer sur les nouveaux systèmes de sécurité auprès des meilleurs voleurs du monde, soit il participait activement à la mise à mort du traître. Franchement, ce type ne devait pas avoir deux sous de bon sens pour envoyer un assassin aussi pitoyable pour s'occuper de lui.

En ce qui concernait Liz, le jardinage était à exclure. Ou alors son invitée était masochiste et il allait devoir la conduire à l'hôpital, et là ce serait Game over. Donc elle était soit dans le salon, soit dans sa chambre en train de lire des manuels traitant de sujets assommants. Peut-être bien la physique des ustensiles de cuisine, d'ailleurs.

Et s'il allait l'ennuyer un peu ?

Le Criminel Consultant se leva donc de sa chaise et grimaça en sentant des fourmis dans ses pieds. Il attendit que la sensation disparaisse, puis traversa le rez-de-chaussée pour rejoindre le salon. Comme prévu, Elisabeth y était, un livre à la main et les écouteurs dans les oreilles.

Il apprécia le petit sursaut de surprise qu'elle manifesta quand elle l'aperçut et s'assit sur le bout de canapé qu'elle venait de dégager, vu qu'il était précédemment occupé par ses longues jambes.

Se doutant qu'il voulait lui parler, Liz retira un de ses écouteurs et passa nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille en rosissant.

Depuis quand rosissait-elle comme ça devant lui ? Hm, peut-être que la psy lisait un livre pour adulte et avait honte ?

Jim jeta un coup d'œil à la couverture et haussa un sourcil en reconnaissant un livre sur le piano. Rien de très folichon, donc.

- Je ne vous suffis plus comme professeur ? plaisanta-t-il avec un air faussement déçu.

- Ce n'est pas ça… je cherchais une info et comme vous étiez occupé, j'ai décidé de chercher par moi-même. Et j'en ai profité pour prendre d'autres livres en même temps.

- Je vois… Dites-moi, heureusement que vous aimez lire, sinon vous seriez l'ennui personnifié !

- Oh, j'aurais trouvé autre chose à faire…

Jim remarqua qu'elle évitait de le regarder.

- Est-ce que vous vous ennuyez, Liz ?

- Mais non, pas du tout ! Votre bibliothèque est parfaite, il y a tout ce dont je peux rêver ! répondit Elisabeth avec véhémence.

Puis elle rougit au niveau des pommettes.

- Je veux dire… comme sujets. Vous avez énormément de thèmes différents.

- Tant mieux. Mais… est-ce que je vous ennuie ?

Elle le regarda avec des yeux ronds.

- N-Non, pas du tout, vous êtes chez vous, j'ai juste un peu de mal à me concentrer, j'ai encore la musique… je vais la couper, ce sera plus simple.

Jim ne lui en laissa pas le temps. Il saisit l'écouteur délaissé et le porta à son oreille, souriant alors qu'il reconnaissait le morceau.

- Et dire que j'ai sous-estimé vos goûts musicaux, en plus de vos aptitudes au corps-à-corps, lâcha-t-il au bout d'un moment de flottement alors que la chanson se terminait.

- Pourtant Sun Tzu a dit que sous-estimer un ennemi, c'est le meilleur plan pour se faire battre, fit doctement Liz.

- C'est vrai, lui sourit Jim en coinçant l'écouteur dans son oreille pour avoir les mains libres. Quitte à me faire "battre", je me serais attendu à ce que vous vous évadiez, mais je ne pensais pas que vous tabasseriez mon potentiel assassin.

- J'ai juste pensé à sauver ma peau, je vous l'ai dit… grommela Elisabeth. Mourir n'est pas dans mes projets du moment.

- Dans les miens non plus ! s'esclaffa Jim.

- Bah, vous êtes jeune, vous avez plein de temps devant vous. Pour semer la terreur et le chaos, tout ça tout ça…

Le Consultant se rembrunit un peu.

- Je ne pense pas mourir de vieillesse, Liz. Ce serait indéniablement sympa, mais il y a très peu de chances que j'y arrive, vu la vie que je mène.

- Ouais… soupira la psy en se mordant la lèvre inférieure.

Un ange passa et les deux petits bruns détaillèrent toute la pièce, sauf leur interlocuteur. Puis, brusquement, Jim se retourna vers la thérapeute.

- Vous dansez ?

- Heu, danser ?

- Oui, la valse, la salsa, ce genre de trucs.

- C'est-à-dire que je n'ai pas été à une soirée depuis… hé bien depuis mes études.

Jim secoua la main comme pour chasser une mouche invisible.

- Bah ! C'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas ! Allez, dansez avec moi.

Le Consultant attrapa le bras de la jeune femme et se leva du canapé, l'obligeant à le suivre pour ne pas faire tomber les écouteurs. Il posa la main de Liz sur son épaule et plaça la sienne sur la hanche de la jeune femme tandis que les doigts de son autre main s'entremêlaient avec ceux de Liz.

La pauvre était rouge brique.

- Vous êtes conscient que la musique n'est pas vraiment adaptée à la valse ? tenta-t-elle pour lui faire changer d'avis.

Toujours relié à sa prisonnière par le fil blanc, Jim esquissa un sourire joueur et commença à bouger doucement, comme décalé par rapport au tempo de la chanson de Liz. Bien sûr, Elisabeth se prit les pieds dans la table basse et dut se retenir à lui pour ne pas tomber. Nez à nez avec le psychopathe, elle balbutia :

- Heu, nous devrions peut-être aller du côté des fenêtres, non ?

- Vous avez raison…

Jim les mena jusqu'à l'espace dégagé qui menait aux fenêtres et recommença à tournoyer lentement, l'emmenant dans son sillage avant d'accélérer progressivement à mesure que la jeune femme trouvait ses marques.

- C'est bizarre comme sensation, fit remarquer la petite brune en manquant de lui marcher sur le pied.

- N'est-ce pas ? Personnellement, quand je danse, j'ai l'impression de flotter, ça m'aide à oublier et à me vider l'esprit.

Par jeu, il la fit tourner sur elle-même puis passer sous son bras et elle s'en tira bien, étonnamment. Le jeune homme la réceptionna dos à lui et lui adressa un énième sourire qui acheva de la faire rougir. Elle se dégagea rapidement et ils retournèrent à leur valse.

Gênée, Elisabeth se trouva incapable de se concentrer sur son cavalier, qui ne parut pas s'en soucier.

- Fermez les yeux, ce sera plus facile, lui conseilla-t-il.

- Je vais tomber, répondit aussitôt la psychologue.

- Je vous rattraperai.

Ils tournèrent sur eux-mêmes , puis la brune se décida à l'écouter. Elle ferma les paupières et se tendit, puis manqua de chuter.

- Détendez-vous et laissez-moi faire, je vous assure que vous ne tomberez pas. Contentez-vous de… profiter, souffla Moriarty à son oreille, la faisant encore sursauter.

Mais la jeune femme était plus tendue qu'une corde de guitare et Jim soupira d'impatience.

- Faites-moi confiance, Liz.

Soudain, tout devint plus clair pour elle. Elle ne voyait plus rien, mais il lui servait d'ancrage dans la réalité. Elle pouvait se servir de lui comme d'une canne pour l'aide à avancer. Ses épaules se relâchèrent et sa démarche se fit plus fluide, plus calme. Elle ne vit pas le sourire de Jim, mais lui ne rata pas l'expression qui se dessina sur le visage d'Elisabeth.

Le rictus du Consultant se troubla alors qu'il observait sa cavalière. Pour une fois, son visage n'était pas assombri par la colère, la peur ou la haine. Elle n'était pas soûle et il n'avait pas dû la menacer avec une arme à feu pour qu'elle se laisse aller comme ça. C'était étrangement rafraîchissant, de se dire qu'il l'avait mise dans cet état rien qu'avec une danse et quelques mots.

Une force incongrue le fit s'arrêter. Il avait l'impression que quelque chose à l'intérieur de lui voulait se ruer en avant, au risque de lui briser le cou à cause de son élan. Cette chose semblait incontrôlable, mais Jim essaya tout de même de la retenir. C'était comme quand quelqu'un le trahissait, quand cette personne se trouvait juste devant lui et que la Chose voulait tordre le cou du traître, ou lui arracher les yeux.

Comme quand il éprouvait une violente envie de tuer quelqu'un.

Et là, il n'avait aucune idée de ce que voulait la Chose.

Elisabeth finit par rouvrir les yeux, étonnée qu'il se soit arrêté aussi brutalement.

- On arrête… maintenant ? demanda-t-elle sans se douter du combat qui faisait rage à l'intérieur de la tête de Moriarty.

La jeune femme croisa son regard et sembla presque apeurée par ce qu'elle y vit.

- J-Jim… ?

Son prénom.

Elle avait enfin dit son prénom après un long mois d'attente.

Ce simple mot raviva les forces de la Chose et Jim n'eut plus la volonté de la retenir. Il se pencha en avant et ôta l'écouteur de son oreille.

Les lèvres de Liz avaient le goût du chocolat et des épices…


À suivre…

J'ai craqué.
J'espère que vous l'avez aimée autant que moi, cette fin de chapitre plutôt abrupte !

Faites-le moi savoir dans vos reviews ! :D