Auteur : Nakano Hana

Traduction : Ariani Lee

Bêta-lecture : Shangreela

Note: Si vous avez des questions sur l'ordre de publication ou l'avancée de mes histoires, merci de consulter le planning référencé sur mon profil ou de passer par ma page Facebook. Les MP du site déconnent les trois quarts du temps, chez moi.

Plus Loin Que Dans Mes Rêves

Chapitre 9 : Sans peur


Roxas : Je veux courir vers lui, pour conjurer le sort

En suivant sa voix qui murmure dans la nuit

J'entends son chant d'amour infini…


Il avait fallu un moment avant que Marluxia soit capable de voler à nouveau, mais une fois qu'il avait été guéri, le rouge-gorge avait semblé déterminé à s'acquitter de sa dette vis-à-vis de Roxas. Peu importait le nombre de fois où Xigbar avait tenté de le faire partir, il restait, clamant que même si le prince n'avait pas soigné son aile, le code de conduite de son unité lui interdisait de tourner le dos à une personne dans le besoin.

L'automne était déjà là, les feuilles changeaient de couleur et tombaient dans les bois autour d'eux, quand le joli rouge-gorge leur fit part d'une brillante idée.

(\l/)

- Roxas, vous êtes certain d'être prêt à faire ça ? Demanda Marluxia qui faisait les cent pas devant eux comme un officier préparant ses troupes pour la bataille. Ce sera le plus long vol que vous aurez jamais fait, et si nous voulons suivre le plan correctement, il faudra que vous obéissiez à tous mes ordres sans discuter. Compris ?

Le jeune cygne hocha fermement la tête, l'air aussi impatient que déterminé tandis qu'il étirait ses ailes. Elles claquaient dans l'air, les plumes tout ébouriffées, et Marluxia entreprit de passer le plan en revue pour la… était-ce la cinquième ou la sixième fois ? Le garçon n'en avait aucune idée. Il n'avait qu'une hâte : se mettre enfin en route.

- Tout ira bien, dit-il joyeusement.

Il avait l'air plus heureux qu'il ne l'avait jamais été depuis qu'il été arrivé là. Si tout se déroulait comme prévu, il verrait Axel aujourd'hui !

- Je n'ai essayé que quelques fois, mais je suis à peu près sûr de pouvoir voler sans interruption pendant une heure et demie, maintenant, sinon plus…

- Bien, dit le rouge-gorge avec un hochement de tête approbateur.

Il se retourna vers Lexaeus et Xigbar.

- Si l'un ou l'autre d'entre vous voit arriver Zexion, vous devrez le distraire, quoi qu'il en coûte. Je sais de quel côté de se trouve le château, mais j'ignore combien de temps il nous faudra pour faire l'aller-retour. Nous aurons besoin de tout le temps que nous pourrons trouver, et je suis sûr qu'aucun d'entre nous n'a envie que Zexion apprenne ce que nous préparons.

Lexaeus poussa Xigbar de la tête pour s'assurer qu'il était toujours attentif. Il savait que la grenouille n'était pas ravie de faire équipe avec cet étrange oiseau, mais il s'efforçait de ne pas se disputer avec lui, pour Roxas. Xigbar grogna un peu mais acquiesça avec raideur. La vieille tortue sourit et se tourna pour hocher la tête en direction de Marluxia.

- Pas de soucis. Tâchez juste d'être de retour au plus tard au coucher du soleil. Ça vous laisse quelques heures. Zexion ne vient en général pas avant...

Xigbar grommela dans sa barbe quelque chose qui ressemblait beaucoup à « Soyez prudents ». Roxas sourit, touché, et frotta sa tête contre celle de la grenouille, assurant à ses amis que tout se passerait bien. Il ne reçut en retour qu'un grognement fatigué et une tape sur la tête, mais c'était suffisant, et le cygne se tourna vers Marluxia tandis que ce dernier se lançait dans des instructions plus techniques.

- Et donc, étant un membre chevronné de la patrouille aérienne, je connais tous les meilleurs styles de décollages qu'enseigne l'académie ! Regardez-moi faire, Roxas, et suivez mon exemple !

Le cygne sourit, refoulant encore un peu son impatience.

- Oui, chef…

Après un ou deux essais maladroits, ils se retrouvèrent dans les airs – mais seulement après que le prince eut enfin donné satisfaction à l'exubérant rouge-gorge. Avec un hochement de tête, Roxas fila dans le ciel et savoura la sensation inhabituelle du vent sous ses ailes. Lui et Marluxia se transformèrent rapidement en ombres à contrejour, et les animaux en dessous d'eux les regardèrent passer en leur faisant signe, leur souhaitant de ne pas rencontrer d'obstacles sur la route.

Aussitôt que Roxas eut dépassé la cime des arbres, il monta en piqué jusqu'aux nuages, aussi émerveillé par la vue que par le vol lui-même. Il n'avait pas souvent quitté le couvert des arbres pour voler, jusqu'ici, mais à chaque fois qu'il l'avait fait, ça lui avait procuré une très enivrante sensation de liberté. Le monde se déployait devant lui, n'attendant que d'être exploré. Regarder vers le sol ne le faisait plus chanceler et ne le rendait plus malade il le considérait simplement comme quelque chose qu'il vaudrait mieux ne pas rencontrer à trop grande vitesse. Aussi longtemps qu'il était en l'air, il n'avait aucun raison de s'inquiéter.

Le vent se mit à frapper sauvagement ses ailes, les poussant et le portant en même temps tandis qu'il observait le monde qui défilait à toute vitesse en dessous, béat de stupéfaction. Le courant d'air était si fort que le garçon finit par arrêter de lutter contre, et il se laissa simplement porter par lui, glissant avec délices à travers les nuages.

Marluxia le rejoignit rapidement, bien qu'il volât nettement moins vite à cause de la taille de ses ailes.

- Ralentissez, mon garçon ! Vous allez vous épuiser si vous volez comme ça ! Vraiment, les enfants, de nos jours ! Ils croient tout savoir !

Roxas soupira patiemment et sourit, diminuant sa vitesse jusqu'à voler aux côtés du rouge-gorge à un rythme normal. Il prit le temps de regarder la forêt en contrebas, saisissant quelques détails du sous-bois à travers le couvert des arbres. Ici, un cerf qui buvait dans le lit d'un ruisseau là, un petit champ tapissé de fleurs. Toutes ces choses semblaient plus belles encore vues du ciel qu'elles ne l'étaient au sol, où les promeneurs seraient sans doute passés à côté sans s'arrêter, ignorant leur beauté simple et naturelle. Roxas gloussa un peu pour lui-même. Comme c'était amusant de voir les transformations que pouvait opérer un simple changement de perspective !

Marluxia perçut son excitation, la lueur fébrile dans ses yeux bleu clair et comprit immédiatement que son esprit s'égarait. D'un mouvement gracieux, il se déporta devant Roxas et lui coupa la route, contraignant le cygne à le percuter en plein vol. Ils se rétablirent facilement, cependant, et le rouge-gorge jeta au prince un regard sévère auquel celui-ci répondit par une mine penaude.

- Je vous déconseille de vous mettre des idées bizarres en tête. Vous n'allez nulle part sans moi, compris ? Dit Marluxia en agitant sous le bec de Roxas une plume brandie comme un index. Je comprends très bien que voler est une chose dont les humains ne peuvent que rêver mais ce n'est pas une raison. Vous devez garder les pieds sur terre… si j'ose m'exprimer ainsi.

Roxas rougit légèrement en réalisant à quel point son excitation avait été visible. Il aurait bien levé les yeux au ciel mais Marluxia était juste là et cela aurait été grossier. Se retenant de dire quelque chose d'insolent, il se contenta de hocher la tête sans cesser de sourire.

- Je suis désolé. Vous avez raison. C'est juste qu'il n'y a pas si longtemps, je n'aurais même jamais rêvé de faire une chose pareille ! J'avais un vertige épouvantable, alors voler !

Le garçon rit chaleureusement et se mit à faire des loopings autour de l'autre oiseau pour lui montrer à quel point il se sentait à l'aise.

Marluxia, cependant, avait l'air tout sauf amusé.

- Roxas ! Cessez ces enfantillages et concentrez-vous ! Il s'agit d'une mission sérieuse, et je ne fais tout ça que pour vous aider !

Roxas se calma à nouveau et, mine de rien, revint en planant prendre place au côté du rouge-gorge qui soupira :

- Je vous en prie, Roxas, c'est sérieux ! Nous avons un plan, avec des étapes essentielles à respecter et des précautions importantes à prendre, et vous allez suivre mes ordres !

- D'accord, d'accord ! Je suis concentré !

Ils volèrent un long moment en silence après ça, Marluxia gardant le regard fixé droit devant lui et les yeux de Roxas dérivant encore vers la cime des arbres, s'écarquillant d'émerveillement. Ils passèrent devant une petite cascade qui brillait, bleue et cristalline, dans la chaude lumière du crépuscule. Ignorant les caquètements de protestation du petit oiseau, Roxas plongea et traversa la cascade en tournoyant. Il ne frimait pas vraiment, en fait il se délectait de ses nouvelles capacités et voulait travailler pour les maîtriser au mieux. Si tout se passait bien, ça ne lui servirait pas bien longtemps, mais tant qu'il était sous la forme d'un cygne, ça ne pouvait pas faire de mal. Et en plus, c'était amusant !

Riant joyeusement, le jeune prince piqua, plongea et remonta jusqu'à Marluxia, puis s'ébroua pour se débarrasser du reste de l'eau qui étincelait sur son dos et ses ailes. Le rouge-gorge en reçut un peu et grogna, puis laissa échapper un lourd soupir.

- Ecoutez-moi quand je vous parle, mon garçon ! Ne refaites pas ça, vous m'entendez ? Vous avez failli me faire avoir une attaque.

Roxas le regarda avec un sourire coupable.

- Pardon… C'est plus fort que moi.

- Non, ça ne l'est pas ! Riposta-t-il avant d'ajouter doctement : Contrôle et persévérance, mon garçon ! Apprenez cela et vous verrez que même certaines des plus difficiles des épreuves s'en trouvent simplifiées ! Voyez-vous, dans mon jeune temps, j'étais moi-même….

Roxas écouta à peine Marluxia pendant que celui-ci radotait, planant sur le vent et musant joyeusement un petit air. Le rouge-gorge renonça rapidement en voyant que le cygne ne lui prêtait aucune attention et marmonna à propos des enfants et des humains quelque chose que Roxas ne comprit pas. Mais le garçon n'en avait cure. Il était bien trop excité, et son excitation atteignait des sommets vertigineux quand il se disait qu'il allait revoir Axel. Même s'ils s'étaient séparés sur une dispute, il n'y avait personne d'autre qu'il eut si désespérément envie de revoir.

Ils continuèrent leur chemin en silence après cela, silence que Roxas brisait de loin en loin pour demander s'ils étaient « presqu'arrivés ? » et Marluxia, après un long moment, finit par lui répondre « VOUS VOYEZ UN CHÂTEAU !? ». Cependant, il ne fallut pas longtemps avant qu'ils commencent à entendre des cris qui provenaient de la forêt, en dessous.

- Des chasseurs, dit amèrement Marluxia. D'horribles tueurs de sang-froid, voilà ce qu'ils sont tous. Nous risquons d'avoir des ennuis s'ils nous remarquent. Suivez-moi, Roxas, nous ferions mieux de voler un peu plus vite si nous ne voulons pas…

- Axel ! S'étrangla Roxas en écarquillant les yeux.

- Oui, Axel, parce qu'ils sont très dangereux, avec toutes ces flèches et… je vous demande pardon ?

Le rouge-gorge se tourna vers Roxas et découvrit qu'il regardait droit en-dessous d'eux. À travers l'écran des arbres, il avait brièvement repéré la très reconnaissable chevelure rousse et il était désormais totalement focalisé dessus.

- C'est Axel ! Il est juste en bas ! Je l'ai vu !

Avant qu'il eut pu esquisser le moindre geste, Marluxia lui barra la route et tenta de le repousser vers les nuages.

- Non, Roxas ! Pas ici ! Nous ne devons pas attirer son attention tant qu'il a cet arc entre les mains.

Il lutta encore un instant pour retenir le cygne mais ce dernier se contenta de le repousser et plongea, ignorant complètement ses appels. Maugréant contre lui-même et contre cette tête brûlée de prince, Marluxia fila à sa poursuite en le suppliant de s'arrêter.

- Ralentissez, Roxas ! Malédiction ! Freinez, freinez !

(\l/)

- Axel, tu es sûr qu'on a le droit d'être ici ?

Le rouquin, qui avait déjà entendu cette question plusieurs fois depuis le début de la chasse, répliqua sèchement :

- Oui, Demyx ! Il n'y a pas de problème j'ai demandé à ma mère si on pouvait et elle a dit oui ! Alors maintenant, est-ce que tu pourrais s'il te plaît aller voir par là et essayer de ne pas me tirer dessus ?

Le brun hocha nerveusement la tête avant de s'éloigner sur un autre des sentiers obscurs de la forêt. Celui d'Axel était éclairé de loin en loin par des rais de lumière qui crevaient le couvert des arbres. Il sentait que quelque chose se cachait dans cette forêt, et il était prêt à tuer si c'était nécessaire. Même si le temps passant, à force de ne rien trouver, il commençait à se sentir déprimé et à désespérer. Chaque craquement de brindille et bruissement d'arbre le faisait bondir, et ils n'avaient toujours rien trouvé alors qu'ils s'étaient mis en route à l'aube et il perdait espoir.

Et s'il devait ne jamais revoir Roxas ?

Axel regarda autour de lui, scrutant les profondeurs de la forêt, à l'affût du moindre son, du plus petit signe de vie. Il y avait peu de mouvement les cerfs tendaient plus à sortir à la nuit tombée, et les petits animaux comme les lapins et les écureuils faisaient preuve d'une intelligence étonnante quand il s'agissait d'éviter les êtres humains. Cette forêt avait vu par trop de chasseurs, d'autant que chaque année, on y organisait une grande partie de chasse qui rassemblait des participants venus des quatre coins du royaume. Les animaux se terraient maintenant, dans la broussaille du sous-bois ou dans les arbres, sous une canopée de feuilles et d'ombre, attendant le moment où les humains s'en iraient, guettant celui d'entre eux qui, stupide ou imprudent, se ferait repérer et tirer dessus.

Le silence avait de quoi rendre nerveux. Le rouquin regarda à nouveau autour de lui et soupira légèrement quand il s'aperçut qu'il était seul.

Génial….

Où était passé Demyx ? Axel était sûr de l'avoir vu quelques minutes plus tôt, à peine.

C'est bien le genre de Dem de se perdre dans un endroit pareil…

Soudain, le prince entendit quelque chose traverser le couvert des arbres. Dans un réflexe défensif, il leva les bras au-dessus de sa tête, puis il y eut une rafale et grand éclair blanc passa juste à côté de lui, une de ses ailes déployées lui heurtant l'épaule droite.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

C'était grand, quoi qu'il en fût. Roulant sur le côté, Axel se mit à couvert derrière un arbre et retint son souffle en jetant un œil derrière le tronc pour voir ce qui l'avait attaqué…

Il en eut un bon aperçu, car la chose qui lui avait volé droit dessus était désormais posée sur le sol couvert de feuilles mortes, comme si elle essayait de retrouver ses repères.

- Un cygne ?

Pour sûr, c'était un grand oiseau blanc avec un cou élancé et des yeux d'un bleu brillant. Il secouait la tête, manifestement désorienté par son plongeon vertigineux, et plus Axel le regardait, plus il était intrigué. C'était un magnifique spécimen, avec une petite houppe de plumes jaunes qui se dressaient sur sa tête comme des mèches rebelles. Axel supposa qu'il devait s'agir d'un jeune cygne mâle, d'après sa façon de se tenir et son plumage d'une blancheur étincelante. Dans le règne animal, les mâles étaient souvent plus jolis que les femelles, et celui-ci irradiait presque dans la lumière crépusculaire.

Mais que fait donc un cygne dans un endroit pareil… ?

Les cygnes n'étaient pas des oiseaux sylvestres et Axel ne se souvenait pas en avoir jamais vu lorsque l'une ou l'autre partie de chasse l'avait conduit dans ces bois, auparavant. Quelques oies, peut-être, mais des cygnes ? Les seuls dont il ait eu connaissance étaient ceux, domestiqués, qu'on trouvait dans les fermes à l'est du royaume. Les gens là-bas recueillaient souvent des animaux sauvages pour en prendre soin, mais en dehors de cela…

Puis une pensée le frappa.

À moins que…

Ses yeux s'écarquillèrent, brillant d'une lumière nouvelle tandis que l'oiseau remarquait enfin sa présence. Il se tourna lentement vers lui, et ses yeux bleus lui semblèrent humides, à moins qu'il ne se soit agi que d'un effet d'optique dû à la lumière. Il était magnifique, il avait l'air si innocent… royal, même…

Cette chose n'est pas ce qu'elle semble être…

(\l/)

- Oh, je me sens pas bien…, grogna Roxas en secouant un peu la tête.

Il avait l'impression que celle-ci tournoyait pour regagner son orbite naturelle et il regretta amèrement de ne pas avoir de mains pour la prendre et la stabiliser.

- Il faudra me rappeler de ne jamais refaire ça !

Quand le garçon put à nouveau voir clair et que son estomac eut cessé de faire des galipettes, il entendit un léger bruit derrière lui et se figea. Il se tourna lentement et vit Axel qui se tenait là, les yeux rivés sur lui, son expression, médusée, teintée d'autre chose qu'il ne parvenait pas à déchiffrer.

- Axel ! C'est vraiment toi !

Roxas sentit les larmes remplir ses yeux et fut tenté de simplement les laisser couler. Son cœur bondissait de joie et d'amour. Oui, d'amour ! Il n'aurait pu nier qu'Axel lui avait manqué plus que qui ou quoi que ce fût d'autre pendant sa captivité. Mais il y avait de l'espoir, à présent. Peut-être pourrait-il même rentrer bientôt !

Mais alors même qu'il levait une de ses petites palmes, dans l'intention de courir auprès de son bien-aimé, quelque chose dans ses instincts à peine éveillés lui cria subitement de s'encourir… ou de s'envoler. L'un ou l'autre. Mais pourquoi ? Levant les yeux, Roxas sentit son souffle se bloquer dans sa gorge.

- A… Axel ?

Il observa avec une peur grandissante Axel tirer une flèche de son carquois et bander son arc, qu'il pointa droit sur lui, une lueur dure et mortelle dans ses yeux verts. En un instant, l'homme aux cheveux rouges se rapprocha de lui, la pointe de sa flèche frôlant désormais le plumage de son poitrail, pile à l'endroit où se trouvait son cœur.

- Axel ? Tu me fais peur. C'est… c'est moi, Roxas ! Tenta le cygne, incapable de cacher la peur qui suintait dans sa voix, et il recula jusqu'à se retrouver acculé contre un arbre.

Mais il était flagrant que l'autre prince ne pouvait pas le comprendre, et à aucun instant il ne baissa son arc. La flèche resta vrillée sur sa cible, et il était si proche que Roxas n'avait aucun moyen de fuir.

- Axel, je t'en prie…

- Je ne poserai la question qu'une fois, dit Axel d'une voix étonnement ferme.

Mais ses yeux transperçaient Roxas du regard le plus terrible qu'il lui eût jamais vu, et il se mit à trembler.

- Qu'as-tu fait de Roxas ?

Roxas cligna des yeux, commençant tout juste à comprendre. Pour une raison qui lui était obscure, Axel pensait que c'était lui le responsable de sa propre disparition. Cela lui sembla parfaitement ridicule mais là encore, il était évident qu'Axel ne plaisantait pas et la flèche se rapprochait de plus en plus, l'épinglant un peu et l'acculant sans merci.

À contrecœur, le cygne abandonna. Le supplier de l'épargner ne servirait à rien, et il n'avait aucune chance de s'enfuir. Il n'avait aucun moyen de faire comprendre à Axel qui il était, et la lueur meurtrière qui empoisonnait le vert de ses yeux lui disait clairement qu'il n'en avait plus pour longtemps s'il ne lui donnait pas une réponse. Alors Roxas ferma les yeux et attendit.

Mais avant qu'Axel ait pu relâcher la corde de son arc, Marluxia surgit des branches. Le rouge-gorge profita de l'effet de surprise, fit un raffut impossible et percuta le bras d'Axel pour lui faire lâcher son arc.

Roxas ouvrit les yeux et poussa un cri de soulagement.

- Marluxia !

Axel était au sol, les regardant avec stupeur, et le petit oiseau vola droit sur Roxas en criant:

- À quoi diable pensiez-vous ? Remuez-vous un peu, mon garçon, allons ! Avant qu'il ne se relève !

- Oh, d'accord !

Roxas bondit vers le ciel en battant frénétiquement des ailes pour prendre de l'altitude. Il ne se retourna pas pour regarder Axel lorsqu'il prit son envol. Il n'avait pas besoin de le faire, il se représentait très bien l'expression de choc et de colère qui devait déformer ses traits en le voyant lui échapper…

Marluxia le rejoignit lentement, faisant de son mieux pour ne pas le perdre. Mais le cygne volait à tire-d'aile en direction du lac, rebroussant le chemin qu'ils avaient parcouru jusque là, ce qui ne leur laissait pas le temps de faire de pause ou de discuter. C'était devenu une course contre la montre, et le soleil baissait de plus en plus, menaçant de les plonger dans l'obscurité. Il était aisé de se perdre dans le noir et Roxas commençait à sentir la fatigue lui raidir les ailes. Il se maudit d'avoir été si imprudent et d'avoir perdu la notion du temps…

- Roxas, ralentissez ! Je ne peux pas tenir ce rythme-là ! Il est loin à présent, il n'est plus nécessaire d'aller si vite ! Entendit-il Marluxia lui crier.

Il regarda par-dessus son épaule et cria contre le vent :

- Non, il est toujours là ! Il nous talonne !

- De quoi parlez-v – Ah !

Le rouge-gorge regarda en bas et esquiva de très peu une flèche qui le frôla en sifflant. Il aperçut à travers les arbres le prince qui les pourchassait à pied, l'air très en colère et très décidé. Ses yeux s'écarquillèrent.

- Waouh, vous ne plaisantiez vraiment pas !

Le cygne hocha la tête, souriant tristement en jetant un regard à travers la canopée.

- Ouais. S'il y a bien une chose que je sais sur Axel, c'est qu'il n'est pas du genre à abandonner ! S'il a décidé de nous avoir, il est capable de nous pister jusqu'au bout du monde !

Quelle tristesse de penser qu'Axel mettait tant d'efforts et de détermination à essayer de le tuer ! Mais d'un autre côté, Roxas était touché par sa dévotion. Tout ça, il le faisait pour tenter de le retrouver, au fond, et savoir qu'Axel n'avait pas renoncé à lui l'aurait presque fait pleurer. Mais Roxas refoula ses larmes et continua de voler. Tout cela aurait été vain s'il se laissait distraire et qu'il se fatiguait maintenant…

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Ils atteignirent le vieux château et le lac au moment où la lune se levait, et Roxas commençait à voler dangereusement bas. Il devait vraiment lutter pour arriver à suivre Marluxia, maintenant, et ça empirait sans cesse. Il volait à présent si près du sol qu'Axel le manqua de peu en lui tirant dessus. Marluxia lui cria d'en haut, inquiet :

- Roxas, il faut que vous voliez plus haut ! Nous y sommes presque, encore un effort et nous serons en sécurité !

Le cygne secoua la tête avec véhémence, des larmes remplissant ses yeux tandis qu'il se battait pour continuer à voler.

- Je ne peux pas, Marluxia ! Mes ailes ne me portent plus !

Roxas glapit en voyant soudain le sol se précipiter à sa rencontre. Il faillit s'écraser avant d'atteindre la surface du lac, et percuta l'eau la tête la première, plongeant juste au moment où une flèche filait juste au-dessus de sa tête. Marluxia cria et se mit à tirer nerveusement sur ses plumes.

- Changement de plan, les garçons ! On a besoin de soutien, et vite !

Lexaeus et Xigbar arrivèrent aussi vite que possible et freinèrent avec un glapissement de surprise en voyant Axel qui se tenait devant le lac, préparant un dernier tir. Tous deux revinrent rapidement de leur stupeur et se précipitèrent vers lui pour tenter de le distraire, et l'empêcher de décocher une flèche mortelle.

Pendant ce temps-là, Roxas s'était rétabli et avait refait surface, et il trouva deux yeux verts et flamboyants dardés sur lui. Axel banda son arc et, encore une fois, pointa la flèche droit sur son cœur.

- Axel, je t'en supplie… C'est moi…, pria-t-il inutilement.

Il se sentait tellement pathétique, à l'implorer et à pleurer comme ça, mais il ne pouvait rien faire d'autre. Celui qui déclarait l'aimer si profondément était sur le point de le poignarder en plein cœur, littéralement il ferma les yeux et se résigna à faire face à son destin. Une larme unique glissa sur sa joue et tomba, troublant légèrement la surface.

Axel vit la larme tomber et hésita, soudain très confus. Le cygne… pleurait ?

Mais tout à coup, une vive lumière blanche brouilla la vision du prince et il leva un bras pour se protéger, laissant du même coup tomber la flèche. De l'eau se mit à tournoyer à la surface du lac, s'élevant dans les airs et enveloppant le cygne, l'englobant d'un voile irisé. Mais aussitôt que la lumière se fut éteinte, il se baissa et ramassa sa flèche qu'il ré-encocha. Il se retourna vers l'oiseau, prêt à tirer sur la bête, et ce peu importe la forme qu'elle avait pu prendre, mais il se figea, assommé de surprise et d'horreur.

- R… Roxas ?

Le blond se tenait là, devant lui, de l'eau jusqu'aux genoux, souriant tristement et le regardant de ses grands yeux bleus et brillants de larmes. Axel se demanda s'il ne s'agissait pas de quelque mauvais tour, mais un seul regard à ces iris bleus et expressifs lui dit tout ce qu'il devait savoir. Ils ne pouvaient rien lui cacher ils n'avaient jamais pu, même quand ils étaient enfants, et ne le pourraient jamais.

- Je… Oh, mon Dieu ! Roxas ! Je suis tellement désolé !

Axel lâcha son arc, le jetant presque, comme s'il s'était transformé en serpent. Il se sentait mal, horrifié par ce qu'il avait failli faire.

J'aurais pu le tuer… Merde, je voulais le tuer !...

Mais Roxas semblait avoir lu ses pensées. Il fit un pas en avant, attirant à nouveau l'attention du prince. Il savait qu'Axel n'avait pas voulu lui faire de mal, et il marcha vers lui en ouvrant les bras, un sourire compréhensif sur les lèvres.

- Tout va bien Axel. Je vais bien. Je… Tu m'as tellement manqué…

Axel se mit soudain à courir et saisit le blond, le surprenant. Il le souleva et le fit tourner, comme pour le soir du bal, quand ils avaient dansé, avant de le ramener vers lui, l'enfermant dans une étreinte puissante qui plaqua son visage contre son torse. Roxas le repoussa légèrement pour pouvoir respirer, mais il était tout à fait heureux d'être dans les bras d'Axel, et il se blottit contre lui, laissant ses larmes couler librement. Il cessa toute lutte, et il sentit qu'Axel, lui aussi, tremblait contre lui.

- Tu es en vie… Roxas… Je… J'ai cru que je ne te reverrais jamais…

Roxas leva la tête et plongea son regard dans le vert émeraude de ses yeux humides. Son cœur se gonflait d'amour, de joie et de soulagement, et il tendit une main vers la joue d'Axel qu'il caressa doucement, son pouce recouvrant le tatouage en forme de larme qui s'y trouvait.

- Axel… j'ai tant de choses à te dire… J'ai été -

- Shhhhhh…, lui murmura doucement Axel, un large sourire sur son visage. Tu n'as pas besoin de dire quoi que ce soit, Rox. Je t'aime…

Vivement, le rouquin posa ses lèvres sur celles de Roxas et l'embrassa profondément, aussi passionnément que si ce baiser avait dû être le dernier. Les animaux s'éclipsèrent rapidement pour les laisser seuls, et Axel souleva Roxas dans ses bras pour le ramener sur la rive du lac, sans pour autant cesser de l'embrasser. La lune brillait, de plus en plus haut, sa lumière flottant paresseusement à la surface de l'eau, et le monde entier fut plongé dans un silence qui n'était brisé que par les soupirs passionnés et les doux sanglots des deux princes, à présent perdus dans un océan de joie et de soulagement.

- Je t'aime aussi, Axel…