Voici le neuvième chapitre ! Pour "fêter" en quelque sorte le chapitre en question (on entre bientôt dans les dizaines ^^), vous trouverez sur mon profil une petite "bannière" pour cette fiction.
Bonne lecture, et à la semaine prochaine :)
Le Moldu
Chapitre IX – Apprentissage et découvertes
Les semaines qui suivirent furent fantastiques pour Remus. En dehors de son travail au Ministère, il passait le plus clair de son temps avec Sirius, lorsque ce dernier n'était pas occupé par son groupe, son gang de motards ou ses activités à mi-temps. Teddy, quant à lui, était loin d'être délaissé ; Sirius adorait passer du temps avec le petit garçon plein de vie et de surprises, tant et si bien que Remus l'emmenait avec lui à chaque fois qu'il allait chez Sirius. D'autre part, ce dernier s'invitait de plus en plus fréquemment chez les Lupin ; ce qui enchantait évidemment toute la petite famille.
Avec tout ce temps passé en compagnie de quelqu'un d'extérieur au monde magique, le petit Teddy faisait de nets progrès dans le contrôle de ses talents de métamorphomage ; il parvenait à présent à rester aussi normal que possible des heures durant, même si une ou deux transformations involontaires lui échappaient parfois lorsqu'il était particulièrement enjoué et enthousiaste – mais Remus était passé maître dans l'art de détourner l'attention de Sirius dans ces moments-là, et de ramener d'un seul regard son petit garçon à l'ordre.
Remus avait mis de côté ses interrogations pour profiter pleinement de cet ami formidable, plein d'engouement et de joie de vivre, avec lequel il se sentait toujours si bien ; il avait l'impression d'être revenu à ses 16, 17 ans, ces années merveilleuses où la première guerre n'était encore qu'une ombre intangible, sorte de menace sombre et quelque peu indéfinie, incapable de les atteindre par-delà les murs de Poudlard. Pourtant, toutes ses cogitations finirent par le rattraper, le frappant de plein fouet quelques trois ou quatre semaines plus tard.
Sirius et lui se trouvaient alors dans le petit salon si confortable de Sirius – le lieu de prédilection de Remus ; le musicien de Full Moon s'était mis en tête d'apprendre au loup garou à jouer de la guitare, ce dernier ayant catégoriquement refusé de chanter quoi que ce fût. Aussi le pauvre Remus planchait-il sur le complexe instrument, essayant de mettre en pratique le flot de conseils presque ininterrompu de Sirius qui, avachi à côté de lui, discourait avec animation tout en mimant par de grands gestes les accords qu'il jugeait basiques. A un moment donné, l'inévitable survint : l'un des mouvements de Sirius renversa le gobelet de jus de tomate de Teddy, qui faisait la sieste dans la chambre de Sirius. Comme au ralenti, Remus vit le gobelet osciller, s'incliner et finalement tomber lentement de la table basse, son contenu le précédant de peu ; il vit la main de Sirius, vive comme l'éclair, s'emparer du gobelet renversé avant qu'il n'atteigne le sol ; et surtout, il vit le liquide, encore suspendu dans les airs, réintégrer sa place dans le gobelet avant même que Sirius ne le repose sur la table basse. Incrédule, il garda les yeux rivés au petit gobelet, alors que Sirius, qui n'avait même pas interrompu ses explications, passait déjà à la description d'un nouvel accord.
Au bout de quelques minutes, il se rendit compte que son ami ne l'écoutait plus ; impatient, il lui pressa le bras :
« Hé, Johnny, tu me suis ? »
Clignant des yeux pour sortir de son hébétude, Remus bredouilla des excuses et reporta son attention sur la guitare. Une dizaine de minutes plus tard, Sirius, toujours aussi impatient face aux malheureux essais de Remus qui s'acharnait sur les deux premières cordes, l'interrompit :
« Non, ce n'est pas ça… »
Il se mordit la lèvre, cherchant visiblement un moyen plus pédagogique de faire comprendre à Remus l'essence de cet instrument plein de ressources.
« Passe-la moi. »
Remus passa la bandoulière par-dessus sa tête et tendit, avec soulagement, la guitare à Sirius – si il avait accepté de bonne grâce de s'essayer à l'apprentissage de cet instrument (Sirius voulait partager chacune de ses passions avec son nouvel et mystérieux ami), il commençait à douter sérieusement de ses aptitudes à y arriver un jour.
Sirius cala l'instrument contre lui avec cette aisance charismatique que confère l'habitude, puis il se pencha vers Remus avec gravité :
« La musique, c'est avant tout des sentiments, Johnny. Des émotions, que tu veux transmettre au monde entier autour de toi – et pour cela, tu dois d'abord les faire passer à ton instrument. La guitare doit être un prolongement de ton âme, elle doit suivre le moindre de tes ressentis, la moindre de tes pensées ; et c'est ton corps qui la guide, qui lui donne ces indications sur ce que tu ressens intérieurement. Il ne faut pas voir que le côté technique ; une mélodie, ce n'est pas qu'une succession d'accords, c'est aussi une histoire que tu racontes avec ton cœur. »
Il se tut un instant, chassant d'un geste machinal une mèche de cheveux qui lui tombait devant les yeux. Captivé, Remus respecta religieusement ce silence.
« Regarde », dit finalement Sirius.
Joignant le geste à la parole, il baissa lui-même les yeux sur la guitare et laissa ses mains virevolter sur l'instrument, avec une précision pourtant teintée de nonchalance, et une fluidité quasi hypnotique. Les sons qu'il tirait de l'instrument, tantôt avec force et tantôt avec douceur, semblaient effectivement provenir du plus profond, du plus intime de son être ; fermant les yeux, il semblait se détacher de ce monde, laissant son esprit s'envoler vers quelque ailleurs onirique, quelque jardin secret inviolé et accessible à lui seul. Les yeux de Remus tentaient de suivre la succession rapide des accords ; focalisé qu'il était sur les cordes que pinçaient si habilement les doigts de Sirius, il faillit ne pas remarquer le curieux phénomène qui s'opérait pourtant devant ses yeux. Lorsqu'enfin il le repéra, il se figea complètement, retenant même sa respiration : il n'y avait pas que les cordes que touchait Sirius qui bougeaient. Là, sous ses yeux, alors même que les doigts de Sirius étaient concentrés sur les deux cordes les plus hautes, Remus voyait certaines cordes du bas vibrer également, alors que rien, absolument rien, ne les touchait. La complexité et la magnificence du morceau improvisé de Sirius lui apparurent alors sous un jour nouveau : effectivement, la guitare semblait suivre la pensée de Sirius, l'homme et l'instrument en totale symbiose, ce qui donnait cette harmonie musicale si parfaite. Hypnotisé, Remus ne quitta pas les cordes des yeux, ces cordes qui, comme mues d'une volonté propre, joignaient leur propre mélodie à celle du musicien, conférant à son jeu une telle profondeur et une telle richesse.
Lorsque les doigts de Sirius s'éloignèrent finalement de la guitare, quelques accords résonnèrent encore avant que toutes les cordes ne s'immobilisent en une ultime vibration basse et profonde, qui emplit la petite pièce d'une voluptueuse plainte musicale. Sirius rouvrit alors les yeux :
« Tu vois ? » s'enquit-il.
Remus força son regard réfractaire à revenir au visage serein de Sirius.
« Oui, murmura le loup-garou. J'ai… j'ai vu, oui. »
De la magie spontanée, comprit Remus, cette pensée s'accompagnant en lui d'un nouveau regain d'incrédulité. Comme les enfants, lorsqu'ils n'ont pas encore appris à contrôler leur magie, Sirius fait de la magie spontanée… et il ne s'en rend pas compte.
Le mystère prenait une toute autre dimension.
L'immensité des possibilités qu'ouvrait ce renversement de situation donnait le tournis à Remus. Le soir même, dans la chambre d'ami de Sirius, tandis que son fils dormait déjà à poings fermés dans le petit lit que le musicien lui avait dégoté (Nymphadora avait prévenu Remus à la toute dernière minute, par hibou - ce qui avait grandement étonné, puis amusé, Will Wands -, qu'elle ne pourrait pas rentrer de la nuit ; aussi Sirius, lisant le parchemin par-dessus l'épaule de Remus, avait insisté pour que Teddy et lui restent en sa compagnie jusqu'au lendemain), Remus laissa ses pensées survoltées, qu'il avait bridées tout l'après-midi, vagabonder enfin.
Jusqu'à présent, la partie la plus rationnelle de lui-même avait plus ou moins considéré Will Wands comme un « moldu », ce qui limitait tout de même les similitudes entre ce Sirius-là et le sorcier accompli que Remus avait connu ; mais ce nouvel aspect changeait complètement la donne. Cela rajoutait une similitude supplémentaire, et tout aussi inexplicable, entre ces deux personnes qui, aux yeux de Remus, n'en faisaient qu'une seule. Plus que jamais, il souhaitait comprendre comment Sirius avait pu être lavé de ses souffrances et de son mal-être pour se retrouver là, vivant une toute autre vie dans le monde moldu, plein de bonne humeur et totalement étranger au monde sorcier…
Songeur, il laissa ses pensées s'attarder sur les souvenirs de ce mystérieux après-midi. Il repassait sans cesse dans son esprit ces deux manifestations de magie incontrôlée, auxquelles il s'était si peu attendu, déjà gagné par la confortable routine des moments passés avec Sirius.
Ce genre de manifestations magiques était lié à des émotions exacerbées, ou à une trop longue inutilisation de la magie ; dans le cas de Sirius, c'était vraisemblablement les deux. La magie qu'il avait exercée sur le gobelet contenant le jus de tomate, sans s'en rendre compte, était liée à son impatience face aux difficultés rencontrées par Remus dans son apprentissage de la guitare ; et c'était la passion du musicien pour ledit instrument qui, lorsqu'il s'était adonné au bonheur et aux sentiments délicieux de créativité et de liberté qu'il lui procurait, avait déclenché cette psychokinésie musicale.
Soudain, un souvenir qu'il cherchait confusément depuis plusieurs minutes, sans parvenir à réellement s'en saisir, lui revint enfin en mémoire : il avait remarqué ces mêmes manifestations lors du concert de Full Moon, plus d'un mois et demi auparavant. Il se souvenait maintenant clairement de ces envolées de guitare surnaturelles, de ces notes qui résonnaient encore quelques secondes après que les mains de Sirius aient quitté sa guitare pour s'agripper au micro, et surtout de cette sidérante harmonie musicale qui mettait la salle toute entière en transe ; ces petits éléments l'avaient étonné sur le moment, mais il avait alors bien d'autres interrogations en tête pour s'y attarder - et depuis, il n'y avait jamais repensé.
A présent, ces détails mystérieux ne faisaient que le conforter dans ses déductions, dans son assimilation de la personne de Will Wands à celle de Sirius Black ; et visiblement, cela devait faire un bon moment que Sirius n'avait pas fait consciemment appel à sa magie, si on en jugeait par ces manifestations totalement incontrôlées.
