Chapitre 9
Choose the Lovers
Reiner se réveilla de bonne heure, il n'osa pas bouger pour autant, craignant de réveiller Jean qui était toujours collé à lui. Il avait de plus en plus de mal à comprendre son ami, cette obstination à être contre lui et se désir de l'embrasser. Cela devenait trop compliqué pour lui, quand il s'agissait d'amitié, ça pouvait aller, il s'en sortait très bien, mais "l'amour" ? C'était un concept qu'il se refusait à comprendre, le repoussant aussi loin de lui que possible! Il avait vu quel genre de blessure cette chose pouvait causer par le biais de son ami d'enfance.
Jean se serra un peu plus contre lui, murmurant des choses que Reiner eut du mal à capter, il préféra s'en détourner, le gardant toujours contre lui et se demandant comment il pouvait dormir aussi paisiblement contre lui, la veille, il avait pleuré contre son torse, le colosse faisant comme s'il ne le remarquait pas ... Mais cela lui avait fait du mal au plus profond de lui, blesser le blond de cette manière ne lui convenait pas.
Etait il cruel de faire une telle chose ? De ne pas lui laisser le moindre espoir quant à un retour de ses sentiments ? Ses yeux se posèrent sur le jeune homme, essayant de ne pas y penser : se torturer les méninges pour rien était inutile. Il ne pouvait pas l'aimer, certes, il était beau et même s'il avait un caractère de cochon il n'en restait pas moins intéressant, mais c'était l'amour qui faisait défaut à Reiner : il ne pouvait pas éprouver un amour aussi beau que celui ci ...
Reiner se souvenait de la beauté de la chose, mais lui ... Il avait déjà les mains recouvertes de saletés, alors comment pouvait il éprouver une telle chose ?
Connie fut le deuxième à se réveiller. Il resta muet de stupeur en les voyant. Reiner lui lança un regard si menaçant qu'il ne se mit pas à rire, au contraire, il avala difficilement sa salive et promit de ne rien dire. Menteur, d'ici trente minutes, Ymir arriverait en claquant de la porte pour se foutre de la gueule de Jean ... Hors de question ! Reiner lui fit un sourire carnassier.
- J'espère bien. Gronda t'il.
Berthold réagit à peine quand il constata la petite scène. Il haussa les épaules et partit vers le réfectoire en baillant, sans doute n'avait il pas tout compris. Le Colosse lui donnait trois heures pour réaliser ce dont il avait été témoin et faire un bond. Le réveil était toujours très difficile pour le géant, pas étonnant vu ce qu'il prenait pour y arriver.
Jean finit par se lever, il s'écarta de lui comme si rien ne s'était passé et ils purent se rendre au réfectoire. Vu les tremblements de Connie, il était complètement terrifié et Reiner lui tapota amicalement l'épaule, continuant de le menacer de son regard. Il garderait le secret de cette affaire pour le moment, mais il ne faudrait pas que le colosse relâche sa vigilance.
- N'empêche, ce titan te colle à la peau ! Lâcha Ymir, moqueuse.
Elle s'était adressée à Jean qui soupira de dépit.
- J'te jure que j'ai les boules ! Admit t'il. Je tombe à chaque fois sur lui ! J'ai pas de pot. Il va finir par avoir ma peau !
- De quoi vous parlez ? Interrogea Reiner qui venait de choper la conversation au vol.
- Du déviant Scellé. Répondit Eren. Le monstre qui attaque tout le temps Jean ! Lorsqu'on a fait notre patrouille et puis les deux dernières fois. A priori, il n'en a qu'après Jean.
- Il t'a arraché un bras quand même. Fit remarquer le blond en se passant nerveusement une main dans les cheveux.
- Non, c'est toi qui m'as tranché le bras ! Lui a juste essayé de te choper toi, mais a loupé son coup.
Jean eut un sursaut et se tourna lentement vers Mikasa, celle ci lui lançait un regard plus que sombre et beaucoup à la table eurent envie de s'enfuir alors qu'ils n'étaient même pas visés.
- Non, attends, je lui ai dit de me trancher le bras. Admit finalement Eren en se frottant la nuque. Si le titan s'était écarté en me tirant, j'crois qu'il aurait pu me bouffer ... Heureusement, le reste de notre unité l'avait immobilisé en lui tranchant les muscles, mais il voulait pas me lâcher quoi ...
- Et t'as tranché le bras d'Eren ? Demanda Ymir avant de sourire, amusée. Ca a dû te faire plaisir, non ?
- Sûrement pas ! S'énerva Jean en se levant, posant ses mains sur la table. C'était l'horreur ! Putain ! Il m'a demandé de lui trancher le bras ! J'ai ... J'ai pris aucun plaisir à faire ça !
- Bah, pourtant, tu le sais que ses membres à lui repoussent, le prends pas mal Jean mais ...
- Ca repousse, ouais, mais ça veut pas dire qu'il n'a pas mal ! Répliqua acide le blond. Je ... C'est bon, tu m'as coupé l'appétit !
Il attrapa son plateau pour partir, son visage était devenu incroyablement pâle. Eren soupira en faisant remarquer à Mikasa qu'il s'en voulait de lui avait causé autant de mal, qu'il ne fallait pas lui en vouloir. Reiner ne pouvait s'empêcher de suivre le jeune homme du regard, surpris malgré lui de sa réaction.
L'unité entière avaient eu droit à un petit cour au sujet des différentes facultés d'Eren, la régénération des membres s'était avérée juste et chacun d'eux connaissaient la procédure à suivre si jamais le jeune homme perdait le contrôle de son corps, Rivaille le démembrerait pour l'extraire ... Mais jamais personne n'avait évoqué la "douleur" que subirait Eren, d'ailleurs c'était un souci des moindres pour tous ...
Eren se mutilait pour se transformer, il souffrait à chaque fois, la douleur était bien là, c'était un sacrifice nécessaire pour l'humanité et vu qu'il se régénérait, où était le problème ? Jean avait compris lui : Eren souffrait de ses blessures, même si c'était pour un "court instant", la douleur était là, il s'inquiétait pour lui et pour ce qu'il ressentait. Il avait changé au fil du temps, c'était un fait : l'égoïste Jean avait laissé place à quelqu'un d'un peu plus attentionné pour ses amis.
Reiner réalisa ce qui n'allait pas avec lui : il considérait ne pas être à la hauteur du blond.
- Tu devrais peut être aller le voir. Marmonna t'il en se tournant vers Eren. Il a l'air pas bien par rapport à cette affaire ... Tu devrais peut être le rassurer ?
- Il a raison, Eren. Lâcha Mikasa de sa voix habituelle, basse et mortellement sérieuse. Va le voir et dis lui que ce n'était rien.
Le jeune homme resta incertain, se massant la nuque d'un air gêné. Il finit par abandonner, Mikasa l'empêcha de tergiverser en récupérant son plateau, lui faisant gagner du temps. Lorsqu'il fut loin, la jeune fille se tourna vers Reiner, l'interrogeant du regard, mais il préféra ne rien admettre publiquement, encourager Eren à continuer n'était peut être pas la bonne solution ? Après tout, Jean lui avait fait une confession la veille réellement embarrassante, et pourtant ... Il était sûr que quelque chose pouvait se produire entre les deux jeunes hommes ...
Il eut une désagréable impression au plus profond de lui même qui le figea complètement mais ne put mettre le doigt sur sa signification.
Ne plus penser à tout ça ... Eren était assez téméraire pour ne pas abandonner !
La première chose qu'eut envie de faire Eren en retrouvant Jean fut de l'attraper dans ses bras, mais le blond eut un sursaut et tenta de se défaire de l'emprise tout en protestant farouchement, lui rappelant qu'ils n'étaient pas seuls au monde. Le jeune homme s'en offensa à peine, amusé par l'expression outrée de celui qu'il aimait et qui semblait avoir de plus en plus de mal à cacher ses sentiments, ses joues avaient rougi et ne semblaient pas vouloir se décolorer.
- Jean, la dernière fois, en me tranchant le bras, tu as bien compris que tu m'avais sauvé la vie ? Interrogea Eren, allant droit au but.
- Oui, je sais, mais j'ai pas oublié le hurlement que tu as eu non plus! Admit Jean en se détournant, gêné par ce qu'il disait. Savoir que tout ça est arrivé à cause de moi ... T'as juste voulu me protéger alors que moi, j'suis ...
- Tu as juste besoin d'un peu plus d'expérience ! Le combat en temps réel est plus compliqué que prévu, non ?
- Non, c'est pas ça Eren ... Toi, tu m'as protégé, mais j'ai pensé qu'à ma gueule, comme d'habitude ! J'ai été rassuré de voir qu'il t'avait chopé toi alors que ...
- Mieux vaut moi que toi, moi, ça repousse et ...
- T'arrêtes de m'interrompre ? S'énerva le blond.
Il lui lança un regard glacial qui fut à peine efficace sur le semi titan, mais qui lui obéit tout de même, l'observant tandis qu'il essayait de se calmer.
- Tu m'as protégé, mais ta vie est tellement plus importante que la mienne et ferme ta gueule, si tu m'interromps une seule fois encore, je te jure que je te pète la gueule ! Menaça t'il en voyant qu'il voulait réagir à ses paroles.
Eren décida de prendre en considération la menace, continuant d'observer son amour et ne s'en lassant pas. Il pouvait le faire en toute impunité, alors pourquoi ne pas en profiter ?
- Je suis un égoïste, Eren, un putain d'égoïste ! J'arrive même pas à comprendre comment tu fais pour seulement mettre ta vie en danger pour moi ! J'arrive pas à comprendre pourquoi toi qui est si bon, tu puisses ... M'aimer ...
Il avait dit le dernier mot très bas, ne voulant sans doute pas que qui que ce soit l'entende.
- Pourquoi on ne pourrait pas t'aimer, Jean ? Demanda Eren, les sourcils froncés.
- Parce que je suis le salop de service ! Soupira désespéré le blond. Je suis le salop qui se réjouit de voir ses amis crever à sa place et qui en tire profit ! Qui s'en fout de ce que les autres pensent ! Je suis l'enfoiré qui t'a entendu lui dire "je t'aime" et qui y arrive pas ! Qui profite et qui ...
- Je sais tout ça, Jean. Le coupa le semi titan. J'ai toujours su qui tu étais Jean ...
Il jeta un regard autour de lui, mais il y avait trop de monde autour, alors Eren attrapa le blond par le poignet pour l'entrainer dans un couloir un peu plus calme, il ne put s'empêcher d'être surpris de le voir si docile. Il finit par le pousser contre le mur.
- Tu crois être un salop, mais ce n'est pas le cas, Jean. Assura t'il. Tu as changé ... Après Trost, tu as radicalement changé ... Et tu es devenu quelqu'un de bien, ne mets pas en doute ce que je te dis ...
Ses mains se posèrent contre ses joues, le blond avait une expression torturée, mais il n'en restait pas moins l'homme qu'il aimait, alors Eren se laissa une nouvelle fois aller en se penchant vers lui, embrassant ses lèvres. Il sentit des mains se poser contre son torse, hésitante mais pas hostile pour autant, un encouragement muet pour le brun qui approfondit le baiser, glissant sa langue sur ses lèvres qui ne résistèrent pas bien longtemps. Les défenses de Jean semblèrent tomber comme un château de cartes, ses mains allant se promener dans le dos du semi titan pour l'attirer à lui, répondant au baiser avec bien plus de vigueur qu'auparavant.
Ils finirent par mettre fin au baiser par manque d'oxygène, Eren posant son front contre celui de Jean, encore loin de la réalité suite au contact intime et savoureux qu'il venait d'avoir. Il rêvait toujours des lèvres du blond la nuit comme de son corps, c'est sans doute pourquoi il colla son corps contre le sien et fut heureux de le sentir frissonner.
- Je suis pas quelqu'un de bien Eren. Soupira Jean contre son oreille. Je te laisse faire alors que je t'aime même pas ! J'suis qu'un connard !
- Si tu me laisses faire, c'est que je ne te suis pas indifférent. Fit remarquer le ténébreux en frôlant sa joue de ses lèvres.
- Je t'aime pas comme il faut ...
- Ne cherche pas d'excuse Jean ... Je t'aimerai assez pour nous deux ... Laisse moi t'aimer Jean ... Je te rendrai heureux.
- Tu devrais pas ... J'en vaux pas la peine !
- Ferme là, Jean, j'suis assez grand pour décider tout seul !
Il ne lui laissa pas le temps de prendre la parole, avalant ses mots de sa bouche et ne se lassant pas de l'explorer, ses bras l'enlaçant toujours comme pour l'empêcher de fuir. Il ne le repoussait toujours pas, même si ses mots signifiaient une chose, son corps voulait lui faire comprendre autre chose et Eren décida d'être égoïste, n'écoutant que ce qu'il voulait entendre, ses lèvres ne se lassant nullement de celles du blond.
Ymir était de corvée pour les chevaux, Rivaille la punissant pour la mauvaise blague qu'elle avait faite, elle devait nettoyer tout les boxes des chevaux de fond en comble et trouvait la punition bien lourde pour la petite blague qu'elle avait faite, mais bon, c'était sans doute parce que le malheur avait voulu que le sceau d'eau tombe sur la tête du caporal, elle visait pourtant Connie ... Pourquoi ce chauve de malheur s'était miraculeusement rappelé des bonnes manières devant ses supérieurs et l'avait laissé passer devant en lui faisant un salut royal ? Quand le sceau était tombé, elle avait ri à peine quelques centième de secondes avant de se figer, ayant l'impression d'être condamnée à mort !
Heureusement pour elle, cela tombait justement sur le jour où Christa était de corvée elle aussi, la jeune fille devait nourrir les chevaux. Reiner aussi était quelque part dans les boxes, effectuant les longs soins sur eux, mais les deux jeunes filles étaient seules de leur côté, pouvant papoter librement, Ymir faisant part des derniers ragots, Christa l'écoutant d'une oreille distraite tout en continuant consciencieusement sa besogne.
- En tout cas, Eren lâche pas l'affaire, il est tellement borné, j'pense qu'il aura la virginité de ma princesse avant moi, l'ingrat ! Soupira la tannée en amassant le foin sur le sol.
- Ta "princesse" ? Soupira la petite blonde en relevant le visage vers elle.
- Jean ! Ho, ne sois pas jalouse, tu sais bien que toi, tu es ma déesse !
Elle rougit et se détourna pour cacher sa gêne, mais de toute façon, Ymir ne se serait pas moquée d'elle. Elle continua sa tâche en chantonnant joyeusement. Après quelques heures, elles eurent fini et cherchèrent Reiner pour voir où il en était de sa longue corvée. Finalement, elles le trouvèrent assis à l'extérieur, l'air rêveur. La tannée eut un sourire sadique et voulut lui lancer son sceau d'eau dessus, profiter de la situation pour réussir son coup, mais Christa la retint par un pan de sa veste en lui lançant un regard plein d'avertissement.
- Hé, Reiner, tu as fini ? Demanda t'elle doucement tout en s'approchant de lui.
Mais le jeune homme ne répondit pas, gardant les yeux fixés sur l'horizon. Ymir réalisa que même le sceau d'eau ne serait pas suffisant pour le faire revenir à la réalité. Elle le connaissait suffisamment pour comprendre qu'il ne fallait pas l'emmerder maintenant, il avait sans doute besoin d'être seul. Ce ne fut pas de l'avis de Christa qui devait s'inquiéter pour lui, elle posa sa main sur son épaule.
- Reiner ? Appela la jeune fille sur un ton qui laissait maintenant transparaitre une légère inquiétude.
- Laisse le tranquille, il a vraiment besoin de calme là. Admit la tannée.
Elle le sentait, il était probablement sur le point d'exploser, il avait toujours été une bombe à retardement, mais là, les derniers événements avaient sans doute foutu le bordel dans son esprit. Fallait dire que c'était pas le seul dans ce cas, elle même avait quelques soucis ces derniers temps et envisageait sérieusement de déserter pour repartir chez elle, sauf qu'elle n'arrivait pas à s'y résoudre, ne pouvant laisser Christa seule ici.
- Reiner, qu'est c'qui ne va pas ? Insista tout de même la petite blonde.
- Mon village natal. Murmura le jeune homme. Je crois que j'ai besoin d'y aller.
Mauvaise nouvelle, il était réellement en pleine déprime, c'était mais alors pas bon du tout. Ymir se frotta la nuque, se demandant s'il allait finir par craquer, ce serait vraiment une mauvaise nouvelle ! Elle savait qui il était et avait appris à s'en méfier, sans doute le connaissait elle plus que la plupart des autres, il avait ses raisons d'agir de la sorte, mais là ...
La jeune femme s'accroupit devant lui, observant son regard, il n'était toujours pas avec elles. Avait il fait un cauchemar ? Sans doute, il était un peu plus livide que d'habitude. Le seul qui pouvait le rassurer était sans doute Berthold. Elle demanda à Christa de le laisser tandis qu'elle allait chercher l'ami d'enfance du grand blond, s'interrogeant toujours sur ces deux là, se demandant d'où ils venaient et ce qu'ils avaient bien pu vivre dans leur vie. Elle le trouva allongé contre un arbre en pleine discussion avec Sacha et s'enquit tout de suite lorsqu'Ymir lui parla de Reiner.
Les trois jeunes filles les laissèrent seuls, laissant une bonne distance entre eux car elles savaient que ce dont ils avaient besoin en ce moment c'était de l'intimité pour se parler librement. Ymir ne décrocha pas pour autant son regard des deux garçons.
- C'est la première fois que je vois Reiner comme ça. Admit Sacha. Lui qui est si fort ...
- Il doit lui aussi avoir ses limites concernant la force morale. Enchaina Christa. Il faudra juste le soutenir et, Ymir, si tu parles de ça pour le charrier ...
- J'en parlerai pas. Soupira la nommée en se frottant nerveusement les mains l'une contre l'autre. Il a pas besoin qu'on ébruite ça et puis, si je le fais, Christa va encore me frapper !
- Dis tout de suite que je te martyrise ! Soupira la petite blonde, outrée par l'insinuation.
Son petit air fut tout bonnement irrésistible, Ymir ne put s'empêcher de l'embrasser fugacement sur le coin de la bouche, la faisant virer à l'écarlate et remportant cette partie. Sacha avait haussé les sourcils de surprise.
- Je croyais qu'un baiser était important. Dit elle, naïvement.
- Ca l'est, mais il n'a pas été donné à la légère. Répondit la tannée avec un large sourire en attrapant sa petite blonde pour l'attirer à elle. Je n'accorderai plus mes baisers qu'à ma déesse ! Et toi Sacha, à qui as tu décidé d'accorder les tiens ?
La jeune fille marmonna quelque chose, ses joues se teintant tandis qu'elle reposait son regard vers les deux hommes qui semblait bien plus joyeux, Reiner se levant et sortant de cette espèce de béatitude. Ymir se demanda s'il allait finir par craquer et finir ce qu'il avait commencé.
Ils se dirigèrent vers le réfectoire tous ensemble, Ymir suivant du regard les deux jeunes hommes.
Jean était toujours l'enfoiré, le salop, l'enculé de service ! La journée, il passait le plus clair de son temps avec Eren, le laissant l'aimer, l'embrasser dans les coins où ils pouvaient se retrouver seuls, le laissant lui murmurer de belles paroles, mais le soir, il se collait toujours contre Reiner qui était trop gentil pour le repousser et ils dormaient l'un contre l'autre, enlacés. Le blond tentait de temps en temps une approche subtile, sa bouche se plaquant contre la gorge du colosse qui se crispait et lâchait un petit grognement d'avertissement pour le dissuader de continuer.
Il le savait, c'était mal de jouer ce double jeu, laisser Eren espérer tout en continuant d'essayer d'avoir ce qu'il ne pouvait espérer donné lui même, mais c'était plus fort que lui, chaque fois qu'il était entre les bras de Reiner, il oubliait tout ce qui l'entourait, mais sa culpabilité le reprenait lorsqu'il se trouvait en présence d'Eren. Il était un salop ... Il se détestait de plus en plus et ne savait pas comment se racheter, parce que c'était grave ce qu'il faisait, même si personne à part lui ne le voyait.
Il était actuellement avec Eren, ils avaient trouvé un coin tranquille dans la forêt et s'étaient installés au pied d'un arbre, Jean entre les bras du semi titan qui se contentait simplement de l'enlacer, sa tête posée négligemment contre son épaule. C'était le type d'homme à extérioriser ses sentiments et à ne pas avoir honte de les montrer, un peu comme Jean, mais celui ci ne savait plus du tout ce qu'il désirait ... Être contre Eren ou bien contre Reiner. Il fallait qu'il se décide, il en avait bien conscience, il ne pouvait pas jouer sur deux terrains différents, c'était leur manquer de respect à tous les deux.
Peut être était il temps de se décider? Eren ou Reiner ? Celui qui l'aimait ou celui qu'il voulait aimer ?
Eren lui procurait une chaleur qui lui semblait bien irrésistible, dans ses bras, Jean se sentait bien et, par dessus tout, il se sentait aimé. Lorsqu'il l'embrassait, c'était par amour et par passion ...
Le soir arriva et il put de nouveau se retrouver entre les mains de Reiner, c'était autre chose, il éprouvait du désir et de l'envie entre ses bras, mais elles étaient si froides. En sécurité, ça, le blond en était sûr, mais il ne lui rendait pas son emprise, se contentant du strict minimum comme à chaque fois.
Peut être était ce parce qu'il ne voulait pas être avec lui que Jean voulait tant être avec le colosse ? Mais il savait également que l'amour d'Eren ne lui était pas totalement indifférent. Même s'il était rongé par la culpabilité de le trahir de la sorte, mais finalement, son coeur battait pour Eren, il ne pouvait plus en douter ... Pas autant que pour Reiner, mais il n'était vraiment pas indifférent à son rival de toujours, en réalité, c'était même troublant de voir à quel point il pouvait aimer se retrouver seul à seul avec lui.
Cette nuit, il rêva de Marco, cela faisait longtemps qu'il n'avait plus penser à lui. C'était un étrange rêve, le genre troublant qui n'aide en rien parce que dans cette scène imaginaire ils étaient autour d'un feu, tous ensemble, entrain de manger quelque chose. Il ne manquait personne autour du feu, même Annie était installée dans un coin à faire cuire un morceau de viande au bout d'une branche, semblant ne pas porter la moindre attention à son entourage, comme à son habitude. Personne ne parlait, ils étaient ensembles et rien d'autre ne comptait. Jean fut heureux, comme si cette scène était réelle, possible ...
Marco était mort et Annie était une traîtresse, c'est la première chose qui le frappa lorsqu'il se réveilla. Le rêve avait été si beau qu'il aurait sans doute tout donné pour y retourner quelques instants de plus, c'est pourquoi il versa quelques larmes lorsqu'il comprit que plus jamais il ne retrouverait les sentiments de son rêve. Toujours contre Reiner, il tenta de se consoler, mais finit par se dire que ce rêve était un avertissement : il ne pouvait pas tout avoir ... Il ne pouvait pas profiter d'Eren et continuer de chercher à avoir Reiner ...
Ca tombait bien, ils partiraient dans la journée en expédition et Reiner en était toujours dispensé, Hanji préférant être sûre que le jeune homme soit entièrement remis de sa blessure infligée par Eren. Il avait pourtant assuré être en état de faire partie du bataillon de sortie, mais c'était la procédure habituelle, il fallait un rétablissement complet des membres pour aller hors du mur. Jean trouvait cela étrange qu'on ne daigne pas l'emmener alors qu'il semblait rétabli.
- A votre avis, est ce que notre fameux titan Scellé va apparaître ? Ricana Ymir en jetant un regard à Jean. T'as fait une telle touche avec lui, il nous attend peut être devant la porte ?
- C'est qu'il a bon goût ! Répliqua le blond en dédiant un clin d'oeil à sa camarade. Si ça avait été toi, ça aurait été une horrible faute de goût !
- Jean ! Appela quelqu'un dans la foule.
Le jeune homme se tourna vers la direction et fut surpris de voir sa mère présente : habituellement, elle ne venait pas à la porte pour le voir partir, désapprouvant complètement son choix de carrière. Il jeta un regard interrogateur à son chef d'escouade. L'ouverture de la porte ne se faisant que d'ici un quart d'heure, il pouvait casser la formation, mais préférait avoir l'accord de l'homme avant. Ce dernier lui fit signe d'y aller et le blond rejoignit sa mère, descendant de son cheval.
- Qu'est c'que tu fous là, maman ? Soupira t'il en se frottant la nuque.
Il détestait être brutal avec sa mère mais se doutait que la raison de sa venue ne lui plairait pas.
- J'aimerai te dissuader d'y aller. Admit elle, levant enfin les yeux pour rencontrer les siens. Jean, je t'en supplie ... N'y va pas ...
Le jeune homme se frotta les cheveux, embarrassé par l'obstination de sa mère, il aurait préféré qu'elle ne vienne pas si c'était pour lui faire à nouveau une histoire en public. Elle l'agrippa par les épaules, ses yeux était emplis de crainte alors Jean se fit une joie de rappeler que le taux de survie aux expéditions augmentait radicalement après la première sortie et il enchaina ainsi d'un ton monotone, espérant que ces statistiques en sa faveur aideraient sa mère à se faire moins de mouron.
- Jean, tu finiras par ne plus revenir. Gémit elle tristement.
- Clair que je risque de pas revenir, t'as vu qui t'as réussi à me mettre sur le dos ? Répliqua t'il en pointant Ymir et Connie du pouce, l'autre main campée fermement sur sa hanche dans un signe d'exaspération.
Ils étaient sûrement aux aguets, le fixant avec des sourires ironiques. Foutus connards !
- Rassure toi, Maman, ce sont des sadiques qui aiment me torturer. Soupira Jean, adoucissant le ton dur de sa voix et la prenant gentiment par les épaules dans un contact rassurant. Ils feront tout pour me ramener en vie juste pour pouvoir faire en sorte de me mettre mal à l'aise en me trainant chez toi ... Ne t'inquiète pas, va, je reviendrai je te le promets.
- Mais un jour, Jean, tu ... Tu ...
Elle n'acheva pas sa phrase, ses lèvres tremblants sous l'effet d'une peur irraisonnable, elle devait pourtant le savoir qu'il ne céderait pas, tenant sa témérité d'elle ... Son pessimisme aussi, elle le lui avait refilé, mais c'était autre chose, son père aussi était du genre à être amer face à cet avenir incertain. Il l'embrassa sur le front et rejoignit la formation sous les moqueries d'Ymir et Connie.
- Tu veux pas un câlin ? Ironisa le garçon en lui tendant les bras de manière exagérée.
- Connie, mon cher Connie, je suis au courant tu sais. Soupira le blond en levant les yeux au ciel. Tu sais, le paquet mystérieux que tu reçois chaque semaine ... Je sais ce qu'il contient.
Ymir fut tout ouïe, mais le chauve se détourna aussitôt, rouge de honte.
- C'est ça ... Tu bluffes !
- Qu'est ce qu'il contient ? Jubilait déjà la jeune femme, sentant le ragot croustillant à des kilomètres à la ronde.
- Des biscuits faits avec tout l'amour d'une mère, des slips propres et puis une lettre d'une môman qui adore son petit sucre d'orge dont elle est si fière ! Un, gros nounours chauve ?
- T'as ouvert un de mes colis ? Gronda le garçon, outré et toujours aussi honteux, détestant que la discussion se soit ainsi retournée contre lui.
- J'vais pas m'gêner, j'vais vous pourrir à vous aussi votre existence ! Ymir, toi aussi tu vas y passer.
- Si tu me fais le moindre coup bas de ce genre, la vengeance sera à la hauteur. Promit elle en se mettant à côté de lui, une expression dangereuse sur son visage. Je connais le secret sur ton ours en peluche ... Tu sais, celui que tu gardes collé contre toi pour dormir le soir ...
Quand avait elle découvert ça ? Jean plissa les yeux de colère contenue et jeta un regard à Connie qui secoua la tête.
- Elle est venue jouer aux cartes une fois, c'est pas ma faute ! Murmura t'il doucement. Vous dormiez déjà ... Elle est repartie sans nous plumer !
Mauvaise nouvelle : si jamais Eren était au courant de ça, il risquait de le voir tel qu'il était ... L'idée de le perdre définitivement traversa Jean et il eut peur, mais Ymir lui donna un petit coup de coude, lui souriant.
- Voyons, je dirai rien du tout, tout ça me parait tellement intéressant ! Rit elle. Tu sais, ce triangle amoureux et tout ... Je me demande comment ça va finir ...
- De quoi vous parlez ? Demanda Eren, les faisant tous sursauter, sauf Ymir.
- On se demandait quand tu allais dépuceler Jean ! Déclara t'elle si fort que tout le monde dut l'entendre.
Le nommé devint écarlate, éprouvant l'envie soudaine de rejoindre sa mère pour pleurer dans ses bras, mais les portes étaient entrain de s'ouvrir, il devrait partir pour la prochaine expédition dès maintenant, Eren ne le lâchant plus du regard.
