Hoshino Asuna : Les amis perdus

En rentrant chez moi le soir-même, je m'empressai de ressortir les vieux livres d'astronomie que Drago m'avait offert lorsque nous étions petits. Je me souvenais qu'il avait toujours aimé contempler les étoiles. C'était d'ailleurs l'une des rares activités qu'il pratiquait encore depuis qu'il avait changé. Selon lui, ça lui permettait de s'évader de ce monde, de rêver en s'imaginant l'infini de l'espace. Lorsque Drago se mettait à parler des étoiles, j'avais parfois l'impression de retrouver l'ami que j'avais connu mais j'étais bien incapable de le suivre dans ses explications et donc incapable de comprendre son comportement…

J'abandonnai rapidement la lecture. Je n'y comprenais vraiment rien en rayonnement gamma, quasar et trous noirs... J'avais beau avoir hérité de beaucoup de connaissances scientifiques de la part de mes parents qui m'avaient élevée avec cette culture, je ne devais pas être faite pour les sciences…

Je finis par ranger les livres dans mon sac pour les apporter au club, et, après un diner léger et une douche rapide, je partis me coucher de bonne heure.

Je me levai le lendemain aux aurores en n'ayant qu'une idée en tête. Je m'habillai en quatrième vitesse et je sortis de chez moi à sept heure trente du matin pour prendre la direction de la maison de Drago. Il n'y avait encore personne dans les rues à cette heure et le soleil n'était pas encore tout à fait levé. Seuls quelques rayons rougeoyants scintillaient sur une mer d'huile au loin tandis que les premiers oiseaux se réveillaient. Il faisait tout de même assez frais mais ce n'était plus encore le froid mordant de l'hiver.

J'arrivai devant chez mon ami dix minutes plus tard et je sonnai à la porte. Je savais que ses parents se réveillaient très tôt à cause de leur travail, c'est pourquoi je me permettais de venir de la sorte sans prévenir mais c'était aussi le seul moyen pour m'assurer de ne pas rater Drago.

La porte s'ouvrit une minute plus tard sur une Théa en robe de chambre blanche, encore à moitié endormie et les cheveux partant dans tous les sens. Je me demandai pendant un instant si je ne devais pas repasser plus tard mais la sœur de Drago finit par entrouvrir les yeux.

-Oh, Asuna, qu'est-ce qui t'amène de si bonne heure ? Bailla-t-elle en s'étirant.

-Je suis venue chercher Drago pour l'école ! Lui répondis-je avec entrain.

-Drago tu dis ? Ça fait bien dix minutes qu'il est parti enchaina-t-elle en me montrant le chemin que nous empruntions pour nous rendez à l'école tout en continuant à bailler.

-P…Parti ? Répétai-je, abasourdie.

-Oui, il n'a pas donné d'explication mais il est resté éveillé très tard hier soir pour…

Je ne perdis pas une seconde de plus et je fis demi-tour, laissant Théa sur le parvis de sa maison, visiblement dépassée par la situation.

Mon cœur battit la chamade pendant tout le trajet. C'était la première fois depuis huit ans que Drago partait en avance pour l'école, lui qui était toujours le premier arrivé avant. Evidemment, je n'espérais pas que mon ami d'enfance soit revenu du jour au lendemain comme par magie mais s'il était réellement motivé par cette idée de club, un grand pas aurait été fait…

En entrant dans la classe, encore essoufflée d'avoir couru, je tombai immédiatement sur Kagari en pleine discussion avec Ichigo.

-Eh, Asuna, comment ça…

-Plus tard Kagari, tu n'aurais pas vu Drago ? L'interrompis-je.

-Il est passé et…

Je n'attendis pas la fin de la réponse d'Ichigo et je me précipitai au quatrième étage, devinant facilement la suite de sa phrase. En arrivant devant le bureau des étudiants, je vis la porte entrouverte et je ne pus m'empêcher de regarder à travers de l'autre côté.

Drago était là, ainsi que les deux membres du conseil des étudiants en train de lire les documents qu'ils nous avaient donnés la veille.

-Tout cela me parait en règle déclara la présidente Chizuru, aussi froide que la veille.

-Apparemment, vous aurez besoin de place pour vos activités continua le vice-président. Chizuru, tu penses que la salle donnant sur le toit leur conviendrait ?

-Peu importe, tant qu'aucun club ne vient râler parce qu'il n'a plus de salle lui répondit la présidente en se levant. Au moins, je suis sûre qu'avec celle-là, je n'aurai pas d'ennui…Enfin, j'espère.

Drago restait impassible, gardant les mains dans les poches, regardant au loin à travers la baie vitrée comme si être là l'ennuyait et le mettait mal à l'aise à la fois. Chizuru sortit un trousseau de clé de l'un des tiroirs ainsi qu'une autre pile de feuilles et donna le tout à mon ami d'enfance.

-Je ne sais plus quelle clé ouvre quelle porte mais je sais que tu as besoin des trois pour l'accès à la salle, au toit et au casier

-Au casier ? Répéta Drago avec son habituel manque de vie dans sa voix.

-Vois-tu Drago, la direction demande des rapports hebdomadaires sur les activités des clubs reprit Hinata en remontant ses lunettes sur son nez. Vous devrez donc rendre un compte rendu chaque semaine dans le casier se trouvant devant votre classe.

-C'est noté. Autre chose à ajouter ?

-Oui déclara soudain la présidente en posant les coudes sur la table et s'appuyant le menton sur ses mains. Comment cela se fait-il que toi, l'élève ne venant jamais en cours, aies accepté une telle chose alors que tu pouvais t'en défaire facilement ?

Mon cœur rata un battement. Alors elle avait bien remarqué que j'avais menti la veille même si elle n'en avait rien laissé voir. D'un côté, je voulais entrer et interrompre cette conversation pour tout leur expliquer moi-même, mais de l'autre, je me posai la même question qu'eux…

Je décidai finalement d'attendre la réponse, sachant que je devrais expliquer aussi pourquoi j'écoutais aux portes si j'intervenais. Cependant, Drago resta muet, ce qui eut l'air de mettre le vice-président assez mal à l'aise tandis que la présidente Chizuru soupira.

-J'imagine que tu dois avoir tes raisons finit-elle pas dire, voyant qu'elle n'aurait aucune réponse. Quoiqu'il en soit, retourne en classe, les cours vont bientôt débuter mais je compte sur toi pour être plus présent au club qu'en cours tout de même.

Drago n'ajouta rien et tourna les talons. Je m'apprêtai moi aussi à partir en vitesse avant qu'il ne me voie mais, alors que je m'éloignais du bureau des étudiants, j'entendis la voix de mon ami dire une dernière phrase :

-Je ne vous promets rien mais j'essaierai.

Lorsque je revins en classe, il était presque l'heure et les deux délégués me demandèrent aussitôt ce que j'avais pu faire pendant aussi longtemps. J'allais leur répondre une bêtise habituelle comme les gouttes pour les yeux mais le retour de Drago dans la classe au même moment attira une fois de plus l'attention de tout le monde. Il fallait dire que le voir un jour était un miracle, mais deux jours de suite relevait de l'impossible.

Ichigo, en tant que bon délégué, s'apprêtait déjà à lui faire les remontrances habituelles sur les absences des jours précédents mais Drago fut plus rapide et posa sur la table le dossier et les clés qu'il avait reçus de Chizuru.

-Voilà, tout est là-dedans déclara-t-il sans même regarder le délégué adjoint.

Ce dernier s'arrêta net en voyant cela et Kagari se précipita dessus, l'air ravie d'avoir enfin son club.

-Je savais bien que c'était une bonne idée de nommer Drago en président ! S'exclama-t-elle, des étoiles dans les yeux. Regarde ça Ichigo, on a même un accès direct au toit de l'école !

Le grand gaillard tressaillit lorsque Kagari lui montra les clés et des murmures s'élevèrent dans toute la classe. Je ne comprenais pas vraiment la situation mais quelque chose ne tournait visiblement pas rond avec cette fameuse salle donnant sur le toit.

-Bon, qu'est-ce qu'il se passe encore ? Finis-je par demander, perdant patience. Cette salle est hantée ou quelque chose du genre ?

-Tu n'as jamais entendu parler de cette salle ? S'étrangla Ichigo.

-Bah…Non et Kagari non plus apparemment.

-On dit que tous les clubs ayant essayé de s'installer dans cette salle se sont dissouts aussitôt pour des raisons inconnues.

-Qu'est-ce que c'est que ces bêtises ? M'étonnai-je en voyant que tout le monde dans la classe semblait gober cette histoire de fantôme bonne pour les enfants.

-A cause de ça, la salle a été fermée pendant un bon moment et le conseil des étudiants a arrêté de l'attribuer renchérit le déléguée adjoint, livide.

Je restai totalement de marbre face à son histoire. Mes parents, en tant que scientifiques, m'avaient toujours appris de ne pas croire aux fantômes et autres légendes urbaines, il devait certainement y avoir une explication rationnelle derrière tout ça…

Drago, sans surprise, n'avait pas écouté un traitre mot de ce qu'Ichigo avait pu dire et Kagari, étrangement, elle qui d'habitude était facilement effrayé, semblait en extase.

-Oh, une affaire étrange dès le premier jour de club, j'aime ça, le gout de l'aventure, rien de tel pour créer des liens forts ! S'exclama-t-elle.

-Premier et dernier jour de club rectifia son adjoint en grimaçant.

-Ne fais pas ton rabat-joie, ce soir on va bien s'amuser !

La déléguée fut interrompue dans son élan par notre professeur qui entra dans la classe au même moment. Nous passâmes toute la matinée sur une dissertation dont le sujet était aussi intéressant qu'un discours de remontrances d'Ichigo et nous sortîmes tous lessivés, plus particulièrement Drago qui n'avait vraiment plus l'habitude.

-Voilà ce qu'il se passe quand on décide de revenir les jours des contrôles le taquinai-je alors que mon ami était à moitié endormi sur sa table.

Drago me répondit par un simple grognement qui m'arracha un sourire. Même si ce n'était pas l'ami d'enfance que j'avais connu, ce Drago là avait quelque chose d'attachant dans son comportement…du moins, quand je le voyais, ce qui signifiait très rarement.

Les deux délégués nous rejoignirent rapidement, Kagari se plaignant du sujet comme toujours et Ichigo jouant au premier de la classe qu'il n'était pas.

Durant la pause déjeuner, nous réussîmes à trainer Drago à notre table et nous en profitâmes pour planifier notre prochaines activités…enfin, Kagari planifiait car Ichigo mangeait impassiblement, Drago semblait ailleurs et moi, je me forçais à l'écouter…

-D'abord, il nous faudra acheter un bon télescope ! J'ai regardé un peu les prix hier, il y en a des bons à des prix très abordables !

-Abordable, ça veut dire quoi pour toi ? Lui demandai-je, connaissant son détachement total de la vraie valeur des choses.

-Les premiers sont à 10000 yens mais ils sont moches, je préfère les beaux modèles qui tournent autour de 50000 yens et…

Je sortis mon portefeuille au même moment et je le retournai, lui montrant qu'il était totalement vide.

-Ce n'est pas un problème, mes parents, pourront bien en acheter un !

-Tes parents sont riches au point de jeter 50000 yens pour un télescope ? Soupira Ichigo d'un air lassé.

-Dis-moi, tu vois la grande maison qui ressemble à un château sur la falaise qui surplombe la ville ? L'interrompis-je. C'est là que Kagari habite.

Lorsque je dis cela, le grand gaillard lâcha sa cuillère et resta bouche bée tandis que la jeune fille rougit. Elle n'aimait pas quand on parlait de sa fortune familiale mais elle n'en restait pas moins l'héritière de la plus grande fortune de la ville.

-D'ailleurs Kagari, ça m'étonne que tu n'aies pas déjà un télescope chez toi. Avec la vue que tu as, tu ne devrais avoir aucun mal à observer les étoiles remarquai-je.

-Je n'y ai jamais pensé à vrai dire avoua la déléguée, gênée. Mais va pour le télescope à 50000 yens alors ?

Ichigo, qui était rentré dans une sorte de transe, ne répondit rien, Drago grogna et j'haussai les épaules, sachant qu'elle n'écouterait pas mon avis de toute façon.

Nous parlâmes de quelques autres détails comme l'achat des instruments de mesure, des appareils photos et éventuellement des décorations si cela s'imposait.

La fin de la journée arriva rapidement. Entre les cours de maths et de physique, nous n'eûmes pas le temps de souffler. Alors que je rangeai mes affaires, je vis Drago sortir les clés de la salle de son sac et je souris. Même s'il jouait à l'asocial, je sentais qu'il était heureux malgré tout d'avoir intégré notre club.

Avec Kagari et Ichigo, nous prîmes la direction de la fameuse salle. Le grand gaillard ne semblait pas très rassuré et avait même tenté de nous fausser compagnie avant que Kagari ne le retienne. Je réfléchissais quant à moi à ce qui avait pu causer les dissolutions des clubs si cette histoire était vraie mais je ne trouvai aucune explication logique.

Le cinquième étage de l'école n'était que très peu fréquenté par les élèves et pour cause, il n'y avait aucune salle de cours. Seul un vieux débarras utilisé pour ranger les ustensiles de ménage et notre salle s'y trouvaient.

Lorsque nous arrivâmes devant la porte, j'eus un très mauvais pressentiment. Cette dernière fermée à clé évidemment mais la poignée était spécialement poussiéreuse, comme si personne ne l'avait ouverte depuis longtemps. Tout autour, les toiles d'araignées foisonnaient et la peinture des murs se décollait.

-V…Vraiment, demandons une autre salle, ça vaudra mieux ! S'exclama-t-il en tremblant de tout son corps.

-Un peu de courage espèce de trouillard le rabrouai-je. Il n'y a absolument rien à craindre et puis, chez Kagari, il y en a des dizaines de pièces comme ça !

-Il faudra que je prenne le temps de faire le tour de chez moi un jour marmonna cette dernière.

Drago n'ajouta rien et tourna la clé dans la serrure rouillée de la porte. Lorsqu'il tenta de l'ouvrir, cette dernière résista un peu mais finit par céder. Immédiatement, un écran de poussière nous fit tous tousser et nous boucha la vue mais, une fois que ce dernier se fut dissipé, je compris alors pourquoi tous les clubs s'étaient dissouts.

-Ce…Ce n'est pas une salle de club…Bégaya Ichigo, interdit.

-Non, c'est un vieux grenier délabré et inutilisable dans son état…soupirai-je.

Devant moi s'étendait une vaste pièce mal éclairée. Le sol était en bois qui semblait prêt à tomber en poussière au moindre contact. Les murs n'étaient pas mieux. Ils avaient beau être en pierre, l'humidité et l'ancienneté avaient créé des fissures un peu partout. Les fenêtres étaient inexistantes, trop de saleté s'était accumulée sur les vitres pour que l'on puisse voir quelque chose à travers. Le plafond quant à lui était retenu par quelques poutres qui me semblaient bien fragiles.

Au fond de la pièce, il y avait un petit escalier menant certainement au toit mais je craignais de le voir s'effondrer si l'un d'entre nous tentait de l'emprunter.

Au sol s'entassaient divers objets allant du simple livre jauni par le temps jusqu'à l'imposante armoire rongée par les termites en passant par les restes de ce qui devait être l'ancien club s'étant établi ici.

Kagari toussota longuement à cause de la poussière et Ichigo plissa les yeux dans l'espoir de voir quelque chose mais abandonna rapidement. Drago restait impassible, regardant la pièce comme il regardait n'importe quel objet, avec l'indifférence la plus totale.

Je grimaçai face à l'état des lieux. Il nous était techniquement impossible de nous établir ici mais nous avions besoin du toit pour nos activités…Les précédents clubs avaient dû être confrontés au même dilemme et avait dû finir par abandonner face à la montagne de travail s'offrant à eux pour restaurer l'endroit.

-C'est une blague ? Ces deux idiots se sont bien foutus de nous ! S'exclama l'adjoint en tapant du pied, ce qui créa un nouveau nuage de poussière.

-Que fait-on alors ? On fait comme les autres et on abandonne tout ? Proposai-je, voyant mal comment nous pourrions remettre à neuf l'endroit.

-Mais…Notre club ! Gémit Kagari, les larmes aux yeux.

-C'est ta faute Drago ça ! Rugit Ichigo, ne supportant pas voir la jeune fille pleurer. Si tu avais choisi autre chose, nous aurions eu une meilleure salle !

J'attendis la réponse de Drago mais il resta muet et s'avança dans la pièce sombre et délabrée. Sans surprise, le parquet craqua plusieurs fois sous ses pas mais ne céda pas.

Etrangement, je ressentis quelque chose à l'œil. Cependant, ce n'était pas cette douleur habituelle qui me prenait lorsque Drago était triste ou en danger mais une sorte de bien-être.

Sans réfléchir, j'enlevai mon bandeau et je vis l'aura de Drago : bleue comme la mer la plus calme. Mon ami semblait apaisé dans cette atmosphère lugubre.

-On va avoir du travail lâcha-t-il soudainement.

-Tu…Tu veux vraiment remettre ça en état ? Bégaya le délégué adjoint, les yeux exorbités.

-Un problème avec ça ? Répondit Drago, glacial.

-Moi je suis pour ! Renchérit Kagari. C'est mon premier club, je n'abandonnerai pas aussi facilement !

-Pour aussi ! Ajoutai-je, galvanisée moi aussi en voyant que mon ami se motivait à faire quelque chose pour une fois. Vous allez voir, on va la remettre à neuf en moins de deux cette salle !

Ichigo grimaça mais le regard assassin de Kagari finit par le décider et il accepta en soupirant.

Tous bien décidés à faire de ce grenier la plus belle salle de club de l'école, nous commençâmes par faire une inspection rapide des lieux et jeter tout ce qui était inutile ou inutilisable, soit quasiment tout ce qui se trouvait là…

Nous gardâmes néanmoins une grande table en verre qui n'avait pas souffert des effets du temps ainsi que quelques chaises en plastique et deux ou trois ustensiles utiles tels que des poubelles ou des bacs de rangements mais tout le reste fut sorti.

Au bout d'une heure de travail sans relâche, nous décidâmes de faire une pause. Nous étions tous exténués à force de courir entre la benne à ordure et le grenier avec des charges lourdes dans les mains. Nous n'avions même pas tout sorti, il restait encore cette grosse armoire, un bureau fendu en deux et d'autres meubles que nous ne pouvions pas descendre nous-mêmes.

Notre salle de club ressemblait toujours à un vieux grenier délabré mais au moins, c'était un grenier vide. Nous étions tous couverts de poussières de la tête aux pieds, nos vêtements étaient noirs de saletés et par-dessous tout, j'avais le dos en compote.

Ichigo s'étira et j'entendis ses os craquer.

-Pourquoi est-ce qu'on fait tout ça alors qu'en râlant un peu, on pourrait avoir une meilleure salle se plaignit-il.

-Parce qu'on a besoin du toit pour observer les étoiles gros bêta rétorquai-je en m'étirant un peu aussi.

-Et au fait Asuna, tu n'as porté ton bandeau de tout le ménage s'étonna Kagari.

-Ah…Oui…C'est parce qu'il fait sombre, alors je…Bégayai-je avant d'être interrompue.

-Arrête de faire semblant Asuna me coupa Ichigo. On a tous compris que tu ne voulais pas qu'on voit que tu as des yeux vairons.

-Mais non…ce n'est pas…Tentai-je de me défendre.

-Tu n'as pas besoin de le cacher avec nous ! S'exclama Kagari avec un grand sourire. Et puis, tu es plutôt mignonne comme ça, pas vrai Drago ?

Je détournai le regard en rougissant lorsque mon ami tourna la tête dans ma direction. Je ne voulais pas voir son aura à ce moment-là sinon j'aurais compris ce qu'il pensait exactement de moi…

-Donc, quand on est juste tous les quatre, tu n'as pas besoin de porter ton bandeau Asuna, tu n'as pas à avoir honte de tes différences puisque nous sommes tous différents ici ! Ajouta Kagari en me volant mon bandeau dans ma poche.

-D'accord, d'accord soupirai-je, ne voulant pas me lancer dans un débat interminable avec elle. Mais je continuerai à le porter en classe…

-Fais comme tu veux mais pas lorsqu'on est entre nous !

Nous finîmes la journée peu de temps après, laissant notre chantier en cours, prévoyant d'utiliser le week-end pour bien avancer et peut-être même finir en étant très optimiste…même si quelques détails allaient être difficiles à régler comme les escaliers menant au toit…

Le soir, en rentrant chez moi, j'étais tellement pleine de poussière que Gimpei, au lieu de me sauter dessus, aboya pendant cinq bonnes minutes, ne me reconnaissant pas. J'étais tellement épuisée et tous mes membres me faisaient tellement souffrir que je ne m'embêtai même pas à le faire taire et je me contentai de prendre un bon bain chaud dans lequel je m'endormis avant de diner et de retourner me coucher.

Les trois jours qui suivirent furent assez banals en excluant la présence de Drago en cours. Il parlait toujours aussi peu mais nous n'avions plus besoin de le trainer avec nous pour qu'il nous suive et c'était déjà un beau progrès en soi. Evidemment, cela posait de nombreuses interrogations chez les autres élèves de la classe et les rumeurs allaient bon train mais je ne les écoutais pas.

Les travaux de rénovation avançaient lentement mais sûrement aux aussi. Tous les meubles encombrants avaient été envoyés à la casse, nous avions fait une bonne séance de ménage, rendant aux vitres leur transparence d'antan et au bois du sol son éclat d'origine grâce à un produit spécial trouvé par Kagari chez elle.

A présent, le grenier était à peu près présentable mais ce n'était pas du grand luxe non plus et l'escalier menant au toit était toujours inutilisable. Les fissures dans les murs persistaient elles aussi et nous n'avions pas de quoi les combler et encore moins de quoi repeindre.

Le soir du troisième jour, en descendant les escaliers après avoir travaillé jusqu'à tard dans la soirée, nous croisâmes les deux membres du conseil des étudiants qui sortaient de leur bureau également et qui nous regardèrent avec étonnement.

-Oh, si ça ne serait pas le club d'astronomie, comment allez-vous ? Nous salua Hinata avec sa bonne humeur habituelle.

-Ça pourrait aller mieux râla Ichigo en montrant la poussière qui s'accumulait sur nos uniformes.

-Alors comme ça, la rumeur est vraie, vous avez vraiment décidé de remettre ce dépotoir en état ? Demanda la présidente Chizuru avec sa froideur habituelle.

-Ne sous-estime pas notre détermination Chi-chan ! Répliqua Kagari, le regard brillant.

-Je suis content de voir que vous vous en sortez continua le vice-président. Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez surtout pas.

-Merci, mais on va se débrouiller lui répondit la déléguée. Chi-chan, tu as reçu ma demande pour demain ?

-Oui, oui, tu l'as ton autorisation soupira-t-elle, l'air lassée.

-L'autorisation de ? Demandai-je, intriguée.

Kagari n'ajouta rien et se contenta de sourire bêtement, ce qui ne me laissait présager rien de bon.

Nous nous séparâmes devant l'école et je pris la route de la maison en compagnie de Drago. Même si ce dernier semblait totalement indifférent à ma présence, j'étais heureuse de pouvoir à nouveau rentrer avec lui le soir depuis une semaine.

En arrivant devant chez lui, je vis sa mère dans le jardin qui prenait soin des fleurs. C'était une femme assez sombre de peau aux longs cheveux blonds bien mieux coiffés que ceux de sa fille et aux petits yeux marron respirant la bonté. Elle devait bien avoir la quarantaine mais son visage était celui d'une femme de trente ans et elle en avait également l'énergie. Elle portait également toujours une longue robe blanche sans manche ainsi que des sandales, y compris en hiver. Elle possédait également un grand collier doré qu'elle avait toujours arboré d'après mes souvenirs.

En me voyant arriver avec Drago, cette dernière cessa ses activités et vint à notre rencontre, un large sourire aux lèvres.

-Oh, Asuna, ça faisait une éternité s'exclama-t-elle en m'embrassant. Tu as bien grandi dis-donc !

-Pas autant que Drago, j'étais plus grande que lui avant lui répondis-je en blaguant.

-Je me souviens quand vous jouiez ensemble dans le bac à sable, vous étiez si mignons !

Drago s'empourpra lorsque sa mère dit cela et prit congé de nous sans ajouter un mot de plus. Je continuai à parler avec sa mère de tout et de rien pendant une bonne demi-heure encore avant de rentrer à mon tour chez moi.

Etrangement, la mère de Drago n'avait pas été étonnée de me voir avec un œil vert alors qu'elle m'avait toujours connu avec les yeux bleus mais je me dis qu'elle n'avait simplement pas fait attention à ce détail, étant trop occupée à poser toutes sortes de questions.

En poussant la porte de ma maison, je vis qu'une enveloppe avait été glissée dans la boite aux lettres en provenance de Genève et je grimaçai. Je connaissais déjà le contenu de la lettre puisque je n'en recevais que pour une seule raison : lorsque mes parents m'annonçaient qu'ils ne pourraient pas revenir pour les vacances. Par conséquent, je la mis avec la dizaine d'autres semblables et je finis la soirée après avoir passé une heure au téléphone avec Kagari qui commençait déjà à acheter les nouveaux meubles pour la salle de club alors que nous n'avions même pas fini de la restaurer…

Le lendemain, samedi, nous n'avions pas cours mais je me levai néanmoins aux aurores puisque nous avions prévu de profiter de cette journée pour avancer au maximum dans la restauration du grenier. Je rassemblai les quelques ustensiles de ménage qui pourrait être utiles et je pris la direction de l'école.

Sans surprise, Drago était déjà parti sans m'attendre lorsque je vins sonner chez lui. C'était vraiment étrange de le voir s'investir autant alors qu'il avait lui-même demandé à ne pas avoir besoin de venir mais je ne pouvais pas me plaindre non plus.

J'arrivai devant les grilles du lycée dix minutes plus tard et je croisai Ichigo qui arrivait les mains dans les poches comme à son habitude. J'en profitai pour lui refiler tout mon attirail et, après quelques grognements, ce dernier finit par accepter.

Cependant, alors que nous entrions, quelque chose me surprit. Dans la cours, plusieurs camions étaient alignés comme dans un parking et plusieurs s'ouvrier couraient dans tous les sens, chargés de poutres, de pot de peinture et d'outils divers.

-Tiens, ils font des travaux le samedi ? M'étonnai-je.

-S'ils ont assez d'argent à perdre pour faire des travaux, qu'ils commencent par ce grenier miteux qu'ils osent appeler une salle de club cracha Ichigo, visiblement de très mauvaise humeur.

Nous continuâmes notre route mais, plus nous montions dans les étages, plus il y avait d'ouvriers et, arrivés au niveau du bureau des étudiants, je finis par comprendre ce qu'il se passait et je ne pus m'empêcher de sourire bêtement.

Lorsque nous fûmes enfin au cinquième étage, j'eus la confirmation de ce que je pensais en voyant Kagari, un plan à la main, dirigeant plusieurs ouvriers portant des poutres et s'affairant à remplacer le plancher délabré. A côté d'elle se tenait Drago qui regardait tout cela avec une pointe d'intérêt dans les yeux d'habitude si vides de vie.

-Oh, Asuna, Ichigo, par ici ! Nous appela la déléguée.

-Qu…Qu'est-ce que c'est que ça ? Bégaya son adjoint, interdit.

-ça ? Simplement l'entreprise d'architecture des parents de Kagari répondis-je en haussant les épaules.

Je laissai le pauvre délégué adjoint là et j'allai rejoindre mes deux autres camarades de club. J'avais complètement oublié ce détail mais la fortune de la famille de Kagari était fondée sur une grande entreprise d'architecture dont le père de mon amie était le dirigeant. C'était d'ailleurs son père qui avait construit sa propre maison à ses débuts.

-ça alors, je ne pensais pas que ton père accepterait de te prêter ses hommes pour quelque chose comme une simple salle de club m'étonnai-je en arrivant à sa hauteur.

-Tu le connais, mon père ne me refuse jamais rien ! Me répondit la jeune fille avec un clin d'œil.

-Et donc, qu'est-ce que tu dois lui donner en échange cette fois-ci ? Enchainai-je aussitôt.

-De belles photos d'étoiles et une médaille le jour de la fête de l'école ronchonna-t-elle en gonflant les joues.

J'éclatai de rire. Le père de Kagari lui avait certes toujours tout donné mais comme tout bon homme d'affaire, il exigeait également quelque chose en échange. Heureusement, il ne demandait rien d'extraordinaire non plus lorsqu'il s'agissait de sa fille mais j'avais remarqué qu'il prenait autant plaisir que moi à voir Kagari ronchonner.

-Mais à part ça, à quoi va ressembler notre salle de club avec tous ces ouvriers qui travaillent ? Continuai-je, revenant au sujet principal.

Drago me tendit le plan qu'il avait en main sans dire un mot tout en regardant attentivement les travaux s'effectuer.

Je fis un bond d'un mètre en voyant ce que Kagari prévoyait. Mon amie voulait refaire entièrement le plancher ainsi que les murs qui ne lui convenaient pas. Mais il n'y avait pas que ça. Selon ses plans, la salle allait comporter une grande baie vitrée exactement comme dans le bureau des étudiants ainsi que des petites sculptures de fleurs au plafond. De plus, Kagari comptait installer une cheminée de marbre blanc pour le décor ainsi qu'une salle de bain privée dans un coin…

Je la dévisageai en grimaçant. J'aimais beaucoup son initiative mais peut-être poussait-elle le bouchon un peu trop loin… Après tout, ce n'était qu'une salle de club où nous n'allions passer que deux, voire trois heures par jour. Il était inutile d'en faire un palace comme sa chambre…

Cependant, Drago, qui était là depuis un bon moment sûrement, ne semblait pas mécontent de la transformation de la salle. Je finis par me dire que ce n'était peut-être pas plus mal ainsi si tout le monde y trouvait son compte.

Ichigo, sortant de sa transe, vint nous rejoindre mais, lorsque je lui donnai les plans de la salle, le choc le figea à nouveau et nous le perdîmes une fois de plus.

Nous finîmes par nous installer dans le coin de la pièce où se trouvait la vieille table que Kagari avait prévu de remplacer et nous attendîmes en regardant avec intérêt l'avancement des travaux tout en regardant ce que nous pourrions acheter pour la décoration sur l'ordinateur de la déléguée.

Chacun y allait avec sa touche personnelle : une moquette rouge, des étagères, une télévision et un grand canapé en cuir pour Kagari, des rideaux blancs pour Ichigo, tout un matériel d'astronomie pour Drago et enfin un grand bureau en verre pour moi.

Je ne savais pas si tous nos choix allaient se marier ensemble mais au moins, nous passâmes un bon moment à imaginer comment serait la salle. Même Drago qui était d'ordinaire si distant et peu communicatif semblait se prendre au jeu et retrouver sa joie d'antan.

Alors que nous étions tous perdus dans nos rêveries, l'un des employés vint nous annoncer la fin de la reconstruction de l'escalier menant au toit. En me retournant, j'eus du mal à croire ce que je voyais.

Le maigre escalier de bois prêt à s'effondrer au moindre contact – ce qu'il avait dû faire d'ailleurs à en juger par les débris que les ouvriers sortaient – s'était maintenant transformé en un élégant escalier de pierre recouvert d'un tapis rouge et accompagné d'une rampe en bois comme dans les grands hôtels.

-ça alors, qu'est-ce qu'il ne faut pas voir…Murmura Ichigo, encore sous le choc.

-Parfait tout ça ! S'exclama Kagari. Est-ce qu'on peut aller sur le toit dès maintenant ?

-Nous avons vérifié la porte, tout devrait fonctionner mademoiselle Mina lui répondit l'ouvrier en s'inclinant comme un majordome.

Nous ne perdîmes pas une seconde et nous fonçâmes sur le toit. La porte avait été refaite également à en juger par la peinture encore fraiche qui en dégoulinait mais nous n'y prêtâmes guère attention car, en l'ouvrant, nous restâmes tous bouche bée.

Le toit en lui-même n'avait rien d'extraordinaire, il était même assez délabré mais la vue que nous avions sur la ville était magnifique. Le cinquième étage de l'école était très haut comparé aux autres habitations qui n'en possédaient qu'un ou deux si bien que nous pouvions voir absolument tout.

Au loin, la mer s'étendait à perte de vue tandis que centre de recherche des parents de Drago se fondait à merveille dans le décor. Il y avait aussi la maison de Kagari, élégant manoir surplombant la mer depuis la plus haute falaise des environs. Ma maison ainsi que celle de Drago apparaissaient comme de minuscules points à l'horizon alors qu'elles étaient certainement bien plus proches que le manoir de la déléguée.

-Je…Je n'ai pas les mots bégaya Ichigo, tout aussi émerveillé que nous.

-Tu vois que c'était une bonne idée de persévérer finalement ! S'exclama Kagari, aux anges.

-Il faut remercier Drago, c'est grâce à son idée que nous sommes là aujourd'hui ajoutai-je.

Nous nous tournâmes vers lui mais ce dernier avait les yeux rivés au ciel, ne disant pas un mot, le regard perdu dans le vague. Il n'affichait aucune expression particulière sur son visage mais je savais grâce à mon pouvoir qu'il était tout aussi heureux que nous d'être là.

-Les étoiles…doivent être belles la nuit ici déclara-t-il soudainement en levant la main vers le ciel, comme essayant d'attraper quelque chose qui nous était invisible.

Intriguée, je fermai mon œil droit et mon cœur rata un battement. L'aura de Drago avait changé de couleur. A présent, elle était scindée en deux parties bien distinctes, l'une d'un jaune rayonnant de joie et l'autre d'un noir débordant de tristesse, comme si l'âme de Drago était en conflit avec elle-même, ne sachant plus où était le bonheur et où était le malheur.

-Tu as mal à l'œil ? Me demanda soudain Ichigo, me tirant de mes pensées.

-N…Non, pas du tout, le soleil m'a aveuglée, c'est tout mentis-je maladroitement.

-C'est sûr qu'il tape fort ici et pas moyen de se protéger ! Je vais demander aux ouvriers d'aménager un peu cette terrasse aussi une fois qu'ils auront fini en bas ! S'exclama Kagari.

Sur ces mots, nous retournâmes à l'intérieur. Les deux délégués semblaient vraiment emballés désormais par le club et par l'idée de pouvoir revenir ici mais à présent, toutes mes pensées étaient occupées par cette aura. Je ne comprenais pas d'où provenait cette triste dans le cœur de Drago mais je me jurai de l'effacer définitivement. Revoir un semblant de sourire sur la figure de mon ami après tant d'années m'avait motivé encore d'avantage à continuer mon œuvre. Je sentais que, grâce au club de Kagari, j'allais enfin retrouver mon ami d'enfance…

La semaine passa, les travaux avançaient rapidement et, d'après le chef de chantier, la salle serait comme neuve le samedi suivant. Nous attendîmes donc, continuant à chercher la meilleure décoration possible faute de mieux. Evidemment, les travaux attirèrent l'attention sur nous et de plus en plus de gens s'étonnaient de voir que nous avions passé la terrible épreuve de la salle du cinquième étage, ce qui avait le don d'énerver Ichigo et de faire rire Kagari aux éclats.

Finalement, le grand jour arriva, celui de la fin des travaux, celui marquant nos débuts d'activités en tant que club, celui de l'inauguration de notre salle.

La présidente Chizuru et le vice-président Hinata étaient venus voir eux-aussi en tant que représentants de l'administration mais surtout car ils étaient tout aussi intrigués que nous de voir à quel point le dépotoir de l'école avait été transformé.

Ce qui nous frappa d'abord fut que tout l'étage avait été refait par la même occasion : les murs repeints, les portes changées et un sol maintenant recouvert du même tapis que les escaliers menant au toit.

-Est-ce que ça ne fait pas un peu…contraste avec le reste ? Demanda Hinata sans arrière-pensée.

-Peu importe, personne ne vient ici de toute façon lui répondit la présidente en soupirant. Drago, puisque tu as les clés, à toi l'honneur d'ouvrir la porte.

Mon ami s'avança et tourna la clé dans la serrure de la double porte en bois qui s'ouvrit sans difficulté. Lorsque je vis l'intérieur, j'avais beau savoir à quoi la salle devait ressembler, je restai tout de même sans voix. Chizuru haussa légèrement les sourcils, surprise et un grand sourire se dessina sur le visage du vice-président.

Le grenier était méconnaissable. Les murs, auparavant jaunis par l'humidité et fissurés de partout étaient désormais blancs comme la neige et aussi lisses que de la glace. Sur le côté, une grande baie vitrée donnait une vie imprenable sur la ville tandis que des rideaux de soie blanche ondulaient lentement au gré du vent. Le sol, comme prévu, était recouvert d'une moquette de velours rouge ayant l'air si fragile que je ne savais pas si j'avais vraiment le droit de marcher dessus sans risquer de l'abimer.

Devant la grande baie vitrée se trouvait mon bureau en verre sur lequel était posée une petite lampe en bois. Un grand fauteuil noir se trouvait derrière et, juste en face, il y avait d'autres fauteuils plus petits ainsi que le grand canapé de cuir commandé par la déléguée. Accroché au mur d'en face, un grand écran plat de la taille d'un tableau noir occupait tout l'espace.

Au fond de la pièce trônait la fameuse cheminée qui n'était là que pour le décor, juste à côté d'une petite pièce qui n'était autre que la salle de bain de Kagari, dont l'existence était partiellement camouflée par plusieurs étagèrent vide placées juste devant.

Dans un coin s'entassaient des cartons avec le sigle de la NASA dessus et je ne pus m'empêcher de sourire. Kagari ne savait vraiment pas prendre du bas de gamme quand elle commandait quelque chose, pas même lorsqu'il s'agissait de matériel de travail.

Enfin le dessous de l'escalier de pierre menant au toit servait également d'armoire de rangement si la place nous manquait, ce qui m'aurait étonné quand même.

-C'est…euh…Je n'ai pas vraiment les mots…Déclara Hinata en remettant ses lunettes sur son nez, impressionné.

-C'est du bon travail le reprit sa collègue. Qui aurait cru que quelqu'un réussirait à remettre ce dépotoir en ordre un jour. J'ai bien fait vous confier cette salle on dirait.

-Tu attendais simplement que quelqu'un fasse votre boulot à votre place…Marmonna Ichigo.

-Entre autres oui répondit Chizuru sans hésiter. L'école n'a pas les moyens de restaurer tout, il faut bien un peu de volontariat de temps en temps.

-Tu sais que tu es méprisable comme personne ?

La présidente ne répondit rien à l'accusation du délégué adjoint et prit congé de nous, entrainant avec elle Hinata qui nous souhaita une bonne continuation.

Immédiatement après leur départ, Kagari sauta sur le canapé et s'y allongea, Ichigo se mit à la fenêtre et regarda la ville, les bras croisés, Drago s'attela à défaire les cartons d'astronomie et j'allai m'asseoir au bureau.

Le fauteuil était parfait, confortable, de taille réglable et pouvant s'incliner vers l'avant ou vers l'arrière tout en ayant des roulettes ce que j'aimais par-dessus tout.

Tout le monde semblait avoir pris ses marques dès le premier jour. Je n'avais aucune idée de comment serait l'avenir de ce club mais je fus certaine d'une chose en fermant mon œil droit et en regardant Drago : ce club serait un nouveau départ pour nous.

Il n'y avait pas que mon ami d'enfance, Ichigo avait toujours été isolé à cause de son manque d'ouverture et Kagari, malgré sa bonne humeur, n'avait jamais pu se faire d'autre ami que moi à cause de sa fortune.

Quant à moi, j'étais un peu différente. Ce n'était pas que je ne pouvais pas me faire de nouveaux amis, c'était que je ne voulais pas. Etre avec Kagari tous les jours, me disputer avec Ichigo et m'inquiéter pour Drago me suffisait, je n'avais besoin de rien d'autre.

Mais ce club était certainement le vœu le plus cher de la jeune fille, créer un endroit auquel elle appartiendrait et où elle pourrait se faire de vrais amis qui ne la jugeraient pas sur ses origines mais pour ce qu'elle était vraiment.

Eh bien, si tel était le cas, alors moi aussi, j'allais faire de ce club un endroit auquel j'appartiendrais et où Drago ne se sentirait plus obligé de garder ses distances, un club où nous pourrions tous profiter pleinement de notre jeunesse !