-J'ai fait exactement c'que vous m'avez demandé! S'écria M. O'Neil.

Assit sur une chaise métal, il ajusta sa position, faisant grincer les pattes contre le plancher de béton dans un cri désagréable au tympan. Il plissa un peu ses yeux, de peur de perdre l'homme devant lui des yeux. Son regard était perdu et déboussolé, afféré et apeuré en même temps. Il craignait que l'homme caché dans l'ombre devant lui ne lui fasse quoi que ce soit. Cet homme dégageait la folie, l'insensé. Il ne lui suffisait que de lâcher un ordre et Peter savait qu'il ne sortirait pas de cet immeuble abandonné vivant. Même s'il se savait trop important pour l'ex-détenu, il ne pouvait pas s'empêcher d'avoir des sueurs froides lorsqu'il lui adressait la parole. Son simple ton de voix et son regard suffisait pour faire trembler le directeur de la police de Gotham.

Peter passa sa main dans ses cheveux gras poivre et sel qu'il n'avait pas lavé depuis quelques jours, trop préoccupé ou seulement trop paresseux pour prendre une simple douche, même de quelques minutes. Il gratta ensuite nerveuse son menton, sentant son début de barbe mal-rasé sous ses ongles et le bout de ses doigts.

Le Joker fixa alors la lampe directement dans les yeux de M. O'Neil en s'appuyant dessus. Celui-ci plaça sa main sur son front pour cacher ses yeux de la lumière brulante de la petite lampe. Peter avala bruyamment sa salive et observa l'homme devant lui, le regard tout de même fuyant, pour se donner un peu de courage. Ses légers tremblements au niveau des doigts et de ses mains le trahirent, tandis que le Joker se mit à marcher lentement autour de la chaise de son invité, comme un lion observant tranquillement sa proie. Il hésitait à continuer sa phrase, mais le regard du Joker le forçait à continuer ce qu'il disait, attendant une suite à cette interlocution.

-Donnez-moi c'que vous m'avez promis… Continua-t-il alors, en baissant le ton de sa voix vers la fin de sa phrase.

Il détourna son regard, clairement intimidé par celui de l'ex-détenu devant lui.

Ce-dernier avait retrouvé son accoutrement habituel; sa longue chemise blanche et son par-dessus vert avec des motifs démodés, son long manteau mauve déboutonné, ses gants blancs, son maquillage complètement craquelé entre les lignes de son visage et son front, le noir encre-de-chine qui contournait ses yeux et qui se dispersait dans son maquillage blanc et son maquillage rouge qui couvrait ses cicatrices, faisant allusion à un sourire qu'il ne portait pas réellement.

Peter fronça ses sourcils lorsqu'il vit le visage du Joker redevenir sérieux, comme s'il hésitait à lui donner ce qu'il avait promis.

De son côté, l'ex-détenu n'hésitait jamais pour aucune raison. Il reprenait en considération ce qu'il avait promis. En temps normal, il n'aurait pas hésité à donner ce qu'il voulait à ce pauvre vieux directeur de la police. Ce gros gras d'imbécile lui était utile, il était un de ses moyens les plus importants de savoir ce qui se passait dans les postes de police, ce que la police faisait et toutes ces choses banales là. Il cessa de regarder ce peureux de O'Neil qui le déconcentrait avec sa peau grasse et ses ronds de sueur qui étampaient sa chemise blanche sous ses aisselles, pathétique. Il renifla et lécha ses lèvres au passage, goutant un peu à son maquillage qui avait le gout de fruit chimique et de vaseline. Il sortit son petit canif suisse et se mit à jouer avec, passant son doigt occasionnellement sur la lame pour réfléchir, ce qui fit sursauter le directeur assis devant lui.

Il repensa à ce qu'il avait promis. De simple photo prise de Mlle. Hunter, dans la rue, son bureau ou son appartement, il y en avait environ une cinquantaine. En temps normal il les aurait donné à se pauvre pervers sans s'en soucier. Mais le visage, les expressions et les petites habitudes nerveuses de Mlle. Hunter lui rappelait vaguement quelque chose qui le retenait de donner aussi facilement des photos qu'il avait lui-même ordonner à quelqu'un d'autre de prendre. Inconsciemment, il fixait son petit couteau. Dès qu'il se rendit compte des nombreuses secondes de silence dans lequel il réfléchissait et dans lequel Peter était devenu mal à son aise, il rentra la lame dans le petit canif et le rangea dans sa manche.

Il se retourna brusquement pour regarder Peter dans les yeux. Celui-ci sursauta encore une fois en reculant dans sa chaise. Les muscles de son dos et de ses épaules se raidirent tandis qu'il agrippa inconsciemment la base de sa chaise de métal. Le Joker fouilla dans son long manteau et en ressortit un enveloppe passablement épaisse et la jeta sur les cuisses de M. O'Neil. L'ex-détenu contourna la lampe et s'arrêta à deux mètres du directeur pour observer sa réaction.

Ce dernier garda longuement son regard et, hésitant, il ouvrit lentement l'enveloppe pour en vérifier son contenu. La bouche légèrement ouverte pour respirer, probablement car son rythme cardiaque était plus rapide à cause de sa nervosité, il fouilla dans les photos pour les regarder vite-fait. Il lécha ses lèvres et hocha un peu la tête en relevant son regard vers le Joker.

Ce-dernier ne fit que le regarder longuement avec ce fameux regard sombre et vide, les contours de son visage complètement détendu, n'exprimant absolument rien, faisant de sa face une surface illisible. Dans le doute quant à la véritable identité de , il ne fit rien et donna tout de même les photos, s'en débarrassant au passage. Il découvrirait bien un jour qui elle était, mais pour l'instant, elle ne faisait pas parti de ses priorités.

Le Joker attendit quelques secondes, dos au directeur qui était toujours assit sur sa chaise. Il entendit celle-ci grincer contre le sol encore une fois, puis il se retourna, les mains dans le dos pour le regarder.

-Il n'y a que dix photos dans cette enveloppe… commenta-t-il en refermant l'enveloppe, une teinte de déception dans la voix.

L'ex-détenu leva les sourcils, feignant la surprise.

-Ah! Oui! C'est que, voyez-vous…, commença ce dernier, en retournant derrière la lampe. Je n'ai pas tout à fait fini d'utiliser vos services... Termina-t-il

Peter fronça les sourcils de confusion et de mécontentement, puis frissonna. Il serra plus fortement l'enveloppe qu'il avait dans sa main, comme pour se réconforter, puisqu'il était seul dans une pièce sombre et qui n'était qu'éclairé par une petite lampe debout, avec le Joker qui lui tournait autour comme un sale vautour, n'attendant seulement qu'il craque pour le dévorer. Il avait déjà réussi à faire sortir le Joker de prison, malgré le fait qu'il lui donnait la chair de poule, que voulait-il de plus? La question serait plutôt: que pouvait-il faire de plus? Il relâcha un soupir par le nez pour calmer son rythme cardiaque nerveux qui cachait son calme. Enfin, il croyait cacher sa panique, mais le Joker voyait plus que bien l'état dans lequel il était.

M.O'Neil se replaça sur la chaise de métal.

-Quel genre… de services..? Osa-t-il demander, le ton de sa voix se cassant vers la fin de sa phrase.

Le Joker cessa de faire les cent pas devant lui pour le fixer. Il lui arbora un de ses meilleurs fameux sourires qui reflétait tout sauf de la joie.

-Vous verrez en temps et lieu, M. O'Neil.

Il fit cesser la conversation en claquant des doigts, avertissant deux de ses hommes d'escorter Peter en dehors du bâtiment. Ce-dernier se leva brusquement lorsqu'il vit les hommes aux masques de clowns sortir de l'ombre. Il ne se débattit pas lorsqu'ils le prirent par le bras pour le faire sortir. Pendant ce temps, le Joker observa patiemment sa marionnette quitter la pièce, sans broncher ou bouger.

Il prit quelques secondes pour se remémorer son propre plan de faire tomber Gotham, hocha la tête, ces pensées lui donnant un sentiment de satisfaction, se retourna et se dirigea vers ses quartiers dans le vieux bâtiment.


-Bien sûr, que dîtes-vous du 28 mai, vers quatorze heure? Demandai-je ai téléphone, dans mon bureau.

J'avançais vers mon classeur près de mon bureau, quelques dossiers en mains, tous séparés par des trombones. Je collai mon portable entre mon oreille et mon épaule droite pour continuer d'écouter Mme Becker. Son accent italien me donnait un peu plus de difficulté à la comprendre, mais j'arrivais tout de même à saisir ce qu'elle me disait.

-Ce serait parfait! S'exclama-t-elle en roulant ses R dans un accent non- intentionnellement sensuel. Dans une semaine alors.

Je fermai le classeur qui grinça, métal contre métal, avant de bien se refermer, puis me relevai. Je sursautai lorsque vis une silhouette noire intentionnellement mal camouflée dans l'ombre. Je lâchai un soupir pour calmer mon cœur qui s'écrasa de peur dans ma poitrine au moment où je l'aperçus. Je relevai les sourcils en le regardant, celui-ci tourna la tête pour me regarder brièvement puis détourna à nouveau le regard, m'incitant à continuer ma conversation avec Mme Becker au téléphone. J'avalai impatiemment mon surplus de salive en passant ma main sur mon front, puis plaçai ma main dans le creux de ma taille.

-Exactement une semaine c'est exact, affirmai-je, légèrement déranger par la chauve-souris qui venait d'envahir mon bureau encore une fois.

-Vous allez bien? Vous avez pris du temps pour répondre, se demanda-t-elle.

Je léchai mes lèvres, en descendant les deux marches pour me rendre au petit salon de consultation, où se cachait mon invité non-attendu. Je lui fis face et le regardai en répondant.

-Non tout va bien, je réfléchissais, c'est tout, mentis-je en gardant le même ton de voix pour mieux paraître.

Le chevalier noir se dressa un peu plus, attendant toujours patiemment que je termine ma conversation téléphonique.

-Je rappellerai dans quelques jours pour confirmer le rendez-vous et vous le rappeler aussi, ça vous va? Lui demandai-je.

-Parfaitement, répondit-elle immédiatement. Merci beaucoup, au revoir, termina-t-elle un peu plus sèchement.

-Ce n'est rien, au revoir, dis-je rapidement avant de l'entendre raccrocher.

J'appuyer sur une touche pour fermer la lumière de l'écran de mon téléphone avant de ma pencher pour le mettre sur mon banc habituelle, où je m'assis toujours avec mes patients. Les bras de chaque côté du corps, je fixai les deux points blancs qui étaient les yeux de la chauve-souris, en levant un peu la tête au passage. Celui-ci ne bougea pas d'un pouce. Je léchai à nouveau mes lèvres, me maudissant, me rappelant ma promesse de ne plus le faire, mais bien entendu, on ne se débarrasse pas d'une mauvaise habitude aussi facilement. Je le vis froncer un peu des sourcils.

-Que puis-je faire pour vous? Lui demandai-je, en levant les bras, lui indiquant l'entièrement de mon bureau et le scrutant un peu au passage.

Que pouvait-il réellement demander de plus? Qu'avais-je pour l'aider?

-Votre mallette, dit-il simplement de sa voix rauque lui grattant le fond de la gorge.

Ce fut à mon tour de froncer des sourcils. Je ne pus m'empêcher de sourire. J'avais peut-être sous-estimé la perspicacité de cet homme. Mon sourire disparus aussitôt lorsque je crispai ma mâchoire. Il n'était pas question qu'il mette la main sur ce que contenait ma mallette. Ce dossier constituait des heures et des heures d'analyse et de travaille de nuit. Je pris une courte respiration en regardant le plancher, puis relevai ma tête vers lui. Son regard n'avait toujours pas bougé et il attendait toujours une réponse de ma part.

-Et pourquoi je devrais vous donner ça? Savez-vous seulement ce qu'elle contient, pour la demander? Le questionnai-je, pour faire sûr qu'il soit vraiment au courant de ce qu'il demandait.

-Cette mallette contient le dossier le plus complet ayant jamais été fait sur le Joker et ce que je veux en faire ne vous concerne pas, dit-il sèchement.

Je baissai légèrement la tête en levant les yeux. Il osait entrer par effraction dans mon bureau pour me demander mon dossier le plus réussi de ma carrière du personnage le plus difficile à analyser que l'histoire de Gotham City ait connu et il croyait que j'allais obéir sans broncher? Il fit un pas par en avant, repérant mon énervement. Par réflexe je reculai, je déteste lorsque ma bulle est envahie et je déteste encore plus que l'on me touche, même s'il ne me touchait pas. Je grinçai les dents en relevant la tête, le fixant directement dans les yeux. Je fronçai les sourcils, relaxant ma mâchoire et mes muscles lorsque je contemplai son regard, qui me disait vaguement quelque chose.

Ce-dernier retourna dans l'ombre. Je brisai le silence, pour faire comme si je n'avais rien remarqué.

-Eh bien, monsieur le chevalier noir, commençai-je le plus calmement possible en replaçant mon masque sur mon visage, j'espère que vous prenez en compte que ce dossier est le plus épais, le plus important et le plus complet de toute ma carrière et qu'il concerne et analyse de façon le plus fidèle possible le personnage le plus difficile qu'il m'ait été d'analyser de toute ma vie et que cela m'a pris des heures à monter.

Je pris une courte respiration. Cette phrase était dangereusement longue. Je m'empêchai de croiser les bras, ne voulant pas paraître trop autoritaire ou donner l'impression que je voulais l'intimider, car ce n'était pas le cas. Je léchai encore mes lèvres et fermai les yeux d'énervement contre moi-même pour avoir recommencé ce maudit tique. Le regardant toujours dans les yeux, je vis dans son regard qu'il réfléchissait avant de prendre la parole.

-Je suis parfaitement conscient qu'il est difficile de donner aussi facilement un dossier sur lequel on a mis énormément de travail, commença-t-il.

-C'est exact, l'interrompis-je, le temps qu'il continue le reste de ce qu'il allait dire.

-Cependant ce dossier est l'un des éléments les plus importants d'une enquête en cours, me concernant ainsi que la police de Gotham, et il ne sera pas utilisé en vain.

Il s'arrêta pour réfléchir encore, pour mettre de l'intensité dans ce qu'il disait. Cette enquête avait cependant l'air, en effet, plutôt important puisque celle-ci concernait le Joker. Celui-ci s'étant échappé, ils cherchaient probablement à le retrouver. Je reculai encore un peu en regardant le plancher pour mieux réfléchir à son offre. Donner une chose aussi importante m'enrageais, certes, j'étais parfaitement consciente du fait que ce jour arriverait probablement dans un tel contexte. Je devais bien partager ces informations un jour. Sous forme de livre ou d'aide pour la police ou le Batman de Gotham City. Je soupirai par le nez et relevai la tête pour l'inciter à continuer.

-Ce dossier est d'une importance capitale pour aider l'avenir de Gotham et la débarrasser d'un ennemi numéro un.

Il termina en faisant quelques pas vers moi. Cette fois je ne bougeai pas, le regardant avancer. Je regardai son maquillage noir autour des yeux qu'il utilisait pour cacher sa peau. La seule partie de son corps qu'on voyait vraiment était sa mâchoire. Je la regardai quelque seconde, me forçant à essayer d'en mémoriser les traits le plus possible, puis je le regardai à nouveau dans les yeux. Je hochai un peu la tête.

-Revenez demain, à la même heure dans mon bureau, commençai-je.

Je le vis hésiter un peu.

-C'est mon droit de garder la copie originale de ce dossier, de ce fait je vous en ferai une copie demain dans la journée et vous la donnerai ensuite, également dans une mallette.

Il hocha une fois la tête en reculant vers la fenêtre. Ce n'est qu'en la voyant grandement ouverte sur la sombre nuit de Gotham que je réalisai à quel point il faisait froid dans mon bureau, l'air chaud sortant de la pièce par cette ouverture à l'extérieur. Un frisson parcourra mon corps. Il fit face à la fenêtre, me jeta un coup d'œil une dernière fois, puis bondit en se donnant un élan contre la fenêtre.

Je plaçai mes bras autour de mon ventre et mon torse pour me réchauffer un peu en fixant la fenêtre, en espérant qu'il soit au rendez-vous. Au moins, cette fois, je m'attendrai à sa visite. Je me retournai pour regarder pensivement la mallette qui était tranquillement debout à côté de mon bureau. Elle était là, tranquille et debout, en attendant que quelqu'un la prenne, innocente et naïve quant à son influence.

Je frissonnai encore puis avançai vers la fenêtre, appuyer mes mains sur les côtés pour éviter de la tâcher, puis la refermai.


A/N: Bonjour! Comme je me le suis promis, je me mets à écrire plus souvent dans mes temps libre. Du coup, j'ai déjà fini un autre chapitre. Merciiiii Insaaaaaane... Derien chers lecteurs!

Question de la semaine: Quel est votre personnage préféré de la Trilogie de The Dark Knight? Et pourquoi?