Chapitre 10 :

Dans le bureau de son patron, Sacha s'assit sur le siège en face de Richie qui semblait agité. L'employé fronça ses sourcils doucement, se demandant ce que son ami avait alors que ce dernier tritura ses mains entres elles, ses coudes posés sur le bureau.

« Tu voulais me parler ? »

Sacha avait désormais le droit de lui tutoyer mais seulement lorsque les autres collègues n'étaient pas présents, de peur de créer une crise de jalousie et de conflits au sein de l'équipe. Il vit son supérieur le fixer tout en approuvant de la tête faisant augmenter la curiosité de Sacha.

« Tu sais à propos de… De mon secret. » Lâcha-t-il enfin.

« Oui ? » Répondit Sacha, sachant de quoi Richie parlait.

Il l'aperçut de nouveau détourner son regard ailleurs avant de comprendre que ce qu'il s'apprêtait à lui dire était important pour son patron.

« Ma mère est au courant. Je lui ai dit. »

Les yeux écarquillés, Sacha assimila ce que Richie venait de lui dire. Il était au courant depuis un certain temps que son supérieur avait projet de révéler son homosexualité à ses parents et Sacha avait hésité longuement à l'encourager. Parce qu'après tout, si ses parents découvraient son orientation sexuelle, ils auraient pu rejeter Richie.

« Et ? Comment elle a réagi ? »

« Assez bien. » Avoua-t-il avec un petit sourire soulagé sur ses lèvres, « Je crois qu'elle avait déjà eu des doutes. »

Sacha sourit à cette réponse avant de lui demander si son père était lui aussi au courant. Il vit le visage de Richie de se décomposer dans une moue désapprobateur, faisant froncer de nouveau ses sourcils.

« Je n'ose pas lui dire. J'ai peur de sa réaction… »

Cela pouvait se comprendre, pensa Sacha alors qu'il tapa son pied doucement dans un mouvement répété sur le sol.

« Mais n'empêche, qu'est-ce que ça fait du bien de l'avoir dit à ma mère. » Souffla-t-il en s'enfonçant dans son fauteuil, « J'ai l'impression d'être enfin libre, de ne plus être obliger de m'emprisonner dans un lourd secret. »

Sacha fit un petit sourire mélancolique en pensant à son propre secret. Lui aussi il voulait se sentir libre, lui aussi il ne voulait plus avoir l'impression d'être prisonnier d'un terrible secret. Il lâcha un petit soupir discret avant de féliciter son ami d'avoir eu le cran de dévoiler son secret à sa mère. Ce n'est pas tout le monde qui aurait eu le courage de faire ce que Richie avait fait.

Après cette petite discussion qui mettait un terme à la pause déjeuné, il sortit du bureau sous un petit rire de son supérieur qui le suivait alors que leur collègue, Jane, les observa d'un air joyeux.

« J'ai l'impression de voir deux amis. » Déclara-t-elle captant leurs intentions.

« Mais c'est le cas, ma chère ! » Confirma Richie en mettant son bras autour des épaules de Sacha.

Un sourire se dessina sur les lèvres de Jane avant de dire à Sacha qu'il devait la remplacer à la caisse. Le brun acquiesça avant de sentir son corps de décontracter peu à peu face à l'absence du bras de son ami sur lui. Il partit en direction des caisses, repensant à sa conversation avec son patron ainsi qu'à sa situation familiale.

OOOOO

Allongé sur son lit, Sacha fixait le plafond dans un intérêt médiocre, se perdant dans ses songes. Depuis sa visite chez sa mère et son beau-père trois jours auparavant, il n'arrêtait pas de repenser à l'arme qu'il s'était procuré. Il tourna sa tête vers la gauche, le regard dirigé vers sa peluche qui était posée tranquillement sur sa commode où Sacha avait caché l'arme à l'intérieur à son arrivé à l'appartement Finalement, il avait décidé de ramener le lapin en peluche avec lui dans une pensée nostalgie. Il avait mis du polystyrène qu'il avait réussi à piquer à son travail dans le lapin en peluche afin de ne pas discerner le revolver au toucher. Il reposa son regard sur le plafond blanc de sa chambre, se rappelant soudainement la conversation qu'il avait eu avec Richie. Il soupira grassement, enviant son patron d'avoir réussi à parler de son secret à sa mère. Il aurait tellement voulu avoir son courage pour faire de même avec son propre secret. Mais il avait tellement peur. Oui, il craignait qu'il puisse dégoûter sa mère, qu'il puisse briser son bonheur qu'elle créait avec Antoine. Après tout, maintenant qu'il n'habitait plus chez eux, pourquoi risquerai de briser leur couple pour des événements qui s'étaient passés il y a plusieurs années ?

De toute façon il n'aurait jamais réussi à dévoiler ce qu'il cachait au plus profond de lui, comment pourrait-il le dire ? Déjà qu'il s'écœurait lui-même de ce qu'il avait pu subir, il aurait tellement peur que quelqu'un le sache, surtout l'un de ses amis. Il avait toujours cet effroi que Pierre ou Richie puisse se moquer de lui, ou même Ondine… En repensant à elle, il se demandait bien ce qu'elle pouvait bien faire actuellement. Peut-être qu'elle était dans sa chambre tout comme lui, ou bien qu'elle sortait avec sa sœur ou avec des copains. Il mordilla sa lèvre inférieure dans un petit gémissement craintif en s'imaginant que la jeune femme puisse découvrir ce qu'il cachait au fond de lui. Si elle savait, elle n'aurait même plus osé le regarder dans les yeux, songea Sacha d'un air persuadé. Cela la dégoûterait de le savoir persista-t-il d'un regard rempli de honte. Finalement, heureusement qu'elle l'avait quitté, songea le jeune homme, plus en plus pessimiste.

Sacha glissa sa main sur son visage las et fatigué, marre de penser à plein de choses à la fois. Il avait l'impression que sa tête allait imploser d'une seconde à l'autre… Les paupières closes, il souffla doucement essayant de faire le vide dans sa tête.

N'arrivant pas à être tranquille, il profita de l'absence de son colocataire pour regarder le revolver. Il se leva du lit, prit la peluche avant de s'asseoir sur le rebord du matelas tout en ouvrant la fermeture éclair. Il plongea sa main à l'intérieur du lapin en peluche à la recherche de l'arme lorsqu'il sentit un papier où la matière différait celle du polystyrène. Il s'étonna durant quelques secondes avant de se demander ce que cela pouvait bien être. Il tira doucement l'objet de son attention faisant tomber quelques boules de polystyrène à terre. Une fois sortit, il découvrit une photo un peu abîmé par le temps et l'usage faisant étirer un petit sourire triste sur les lèvres de Sacha. Il toucha doucement le visage de son père sur la photo à l'aide de son pouce avant de voir une goutte de larme s'écraser sur le cliché. Il essuya rapidement la tâche d'eau, n'ayant pas vu sa larme lui venir. Il soupira lentement s'imaginant comment aurait été sa vie si son père aurait été encore dans ce monde. Délia et lui n'auraient sûrement jamais rencontré Antoine, il aurait sans doute partagé des tas de choses avec son père, il aurait vécu des moments géniaux avec ses parents… Il tira la fermeture éclair oubliant ce qu'il voulait faire puis déposa sa peluche à côté de lui tandis qu'il s'allongea sur le lit, la photo devant ses yeux. Il se rappelait qu'il avait mis cette photo à l'intérieur de sa peluche préféré afin qu'il puisse la regarder à chaque fois que l'envie lui prenait lorsqu'il pensait à son père. Sur cette photo, il y avait Sacha à l'âge de trois ans dans les bras de son paternel qui avait un grand sourire sur son visage. Tout ce qu'il savait c'était que Délia avait pris cette photo un jour d'Été lorsqu'ils étaient dans leur jardin.

Il entendit la porte d'entrée s'ouvrir, obligeant à Sacha de se redresser de son lit et de diriger ses orbes foncés sur son réveil numérique qui affichait vingt-heures. Déjà pensa-t-il en se levant de son lit, cela fit une heure qu'il était en train de cogiter dans ses pensées. Il posa délicatement la photo auprès de la peluche avant de quitter sa chambre afin de saluer son ami qu'il n'avait pas vu le matin même.

Le manteau et les chaussures retirés, Pierre demanda à Sacha s'il avait diné. Ce dernier lui avoua qu'il avait préféré l'attendre avant de commencer à faire le repas, faisant sourire son colocataire.

Le métis partit rapidement poser son sac de cours dans sa chambre avant de prévenir Sacha qu'il avait une idée de plat à concocter.

« Ah c'est vrai ? C'est quoi ? » Réagit le brun en suivant son ami.

Le jeune homme vit un autre sourire se former sur le visage de Pierre, faisant augmenter sa curiosité avant de l'entendre lui dire qu'il allait attendre pour savoir.

« Allez, dis-moi c'est quel plat ! » Insista Sacha dans un petit air joyeux.

Malgré qu'il ait un peu perdu l'appétit depuis ces derniers jours, il était toujours content de goûter les nouveaux plats de son colocataire. Ce dernier avait bien remarqué que Sacha n'était pas en pleine forme en ce moment, surtout depuis la rupture avec Ondine. Les cauchemars du jeune homme semblaient avoir pris le dessus faisant passer de courtes nuits à Sacha. Pierre espérait qu'avec ce qu'il allait lui préparer, cela rendrait son ami un peu plus jovial sachant qu'il aimait goûter à de nouvelles recettes.

« Tu verras. »

Sacha soupira d'exagération avant de céder en lui disant qu'il commençait à avoir faim, faisant sourire encore une fois le métis. Si Sacha avait faim, c'était bon signe, songea Pierre en rentrant dans la cuisine tout en mettant sortant son tablier d'un tiroir…

OOOOO

Minuit et demie, Pierre se leva ayant entendu un bruit suspect dans l'appartement. Il ouvrit doucement sa porte de sa chambre avant de voir une lueur vers la salle de bain. Le métis vit la porte de la salle de bain entrouverte, lui donnant curiosité à ce qui se passait, devinant que Sacha s'était encore une fois réveillé en pleine nuit. Il s'avança doucement vers la lumière qui dévoilait l'ouverture de la porte non fermée où il discerna peu à peu des sanglots étouffés. Sa main accroché au poignet, il fit doucement pression afin de pousser lentement la porte, découvrant un Sacha recroquevillé sur lui-même dans un coin entre le lavabo et la baignoire.

« Sacha, qu'est-ce qui se passe ? » Demanda-t-il d'une voix basse.

Il rentra d'un pas lent dans la salle d'eau avant de s'avancer vers le jeune homme. Il s'accroupit à sa hauteur à un mètre de lui où il découvrit pour l'une des rares fois ses yeux rougis et gonflés par les pleurs faisant comprendre au métis que son ami n'allait pas bien. Il le vit détourner le regard ailleurs et su que Sacha ne sentait pas à son aise lorsque quelqu'un le voyait pleurer. Cela se comprenait pensa Pierre avant de l'observer plus en détail. Sacha avait ses cheveux encore plus en bataille que d'habitude, son visage était terne et fatigué alors que ses bras semblaient se resserrer encore plus contre ses genoux. Ces derniers étaient contre le torse du jeune homme et semblaient être légèrement humides dû sûrement aux éclaboussures de larmes que Sacha avait pu réussir à sortir.

« Tu as fait encore un cauchemar, c'est ça ? » Tenta-t-il.

Il le vit s'essuyer ses joues mouillés à l'aide de sa paume avant d'apercevoir un acquiescement de sa part. Pierre soupira discrètement, il ressemblait à un gamin qui avait besoin de se rassurer, d'être réconforté. Il risqua de s'avancer un peu vers lui avant de remarquer que Sacha se cala encore plus contre le mur carrelé, comprenant qu'il ne voulait pas qu'il soit trop près de lui. Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire maintenant ? Il n'allait pas le laisser tout seul ici… Il fallait le faire sortir de la salle de bain songea Pierre. Peut-être qu'il avait envie de parler ?

Au moment où il voulut lui poser une question, il repéra une rougeur au niveau du bras de son colocataire lorsque celui-ci s'essuya de nouveau ses yeux. Il fronça ses sourcils en constatant qu'il n'y avait pas que son bras dévoilé qui était rouge. Le cou de Sacha semblait être rougit, comme s'il était passé sous de l'eau chaude. Pierre regarda autour de lui et aperçut le rideau de douche humide ainsi que des vêtements du jeune homme derrière son propre porte-serviette et comprit face à ces constatations que Sacha était sorti récemment d'une longue douche.

« T'as pris une autre douche, hein ? »

Sacha ne disait toujours rien et resta immobile durant un instant, le regard dans le vide. Pierre glissa sa main dans ses cheveux, en regrettant qu'il ait fait trop en posant cette question. Mais à son plus grand étonnement, Sacha opina de la tête silencieusement faisant comprendre à Pierre qu'il avait bien prit une nouvelle douche. Analysant la situation, Pierre avait compris depuis un petit moment que la plupart des douches que Sacha prenait étaient à la suite de ses cauchemars. Pierre songea qu'il y avait peut-être un lien entre ces prises de douches répétés et les cauchemars que son ami faisait. Il se demandait silencieusement en quoi cela pouvait les lier mais ne connaissant pas le contenu des mauvais songes de son colocataire, il ne pouvait faire malheureusement que des suppositions, malgré qu'il doute bien que celui-ci avait un réel complexe par rapport à son corps. Peut-être se douchait-il car il sentait la transpiration, qu'il était rempli de sueur dû à ses mauvais songes, c'était sûrement cela analysa Pierre silencieusement.

« Ça te dit un chocolat chaud ? »

Pierre espérait le faire sortir de la salle de bain afin qu'il puisse se reposer, vu le rougissement de ses yeux, il devait avoir énormément pleuré. Et pleurer cela fatiguait. Il attendit sa réponse mais il comprit que Sacha ne ferait rien pour faire un quelconque signe. Il se leva décider à faire quand même le fameux chocolat chaud, espérant inciter Sacha à sortir de la salle de bain.

Tandis qu'il mit un bol de lait au four à micro-onde, il jeta un œil vers la salle de bain où la porte était complètement ouverte. Pierre espérait que Sacha allait sortir de son plein gré, ne voulant pas brusquer le jeune homme. Il sortit la boîte de poudre de chocolat du placard ainsi qu'une cuillère d'un tiroir avant d'entendre le petit bruit sonore répété, signe que le lait était chauffé. Au moment où il sortit la tasse du four à micro-onde il crut entendre un léger bruit de pas avant de se retourner dans un petit sourire victorieux. Sacha venait de s'asseoir en face de lui sur la grande chaise, toujours en silence. Après avoir mis la poudre de chocolat dans le bol, Pierre avança ce dernier vers son ami lorsqu'il comprit que Sacha ne le boirai pas. Le métis connaissait Sacha, il savait que celui-ci préférait partager les choses simples telles que boire un chocolat chaud. Il sourit en informant au jeune homme qu'il allait chauffer une autre tasse alors qu'il vit enfin les doigts de Sacha se glisser autour de son bol.

La tasse à ses lèvres, Pierre observa son ami boire son chocolat, oubliant que le temps s'écoula rapidement et qu'il devait bientôt partir à sa fac. Il but une longue et agréable gorgée, imaginant ce que pouvait penser Sacha à ce moment-même. Il aurait tant voulu durant un instant s'immiscer dans l'esprit de Sacha pour savoir à quoi il pouvait songer… Il le vit de nouveau son colocataire mettre son bol à ses lèvres avant d'apercevoir une légère tache de chocolat se coller sur l'une des commissures de ses lèvres, faisant sourire le métis. Sacha semblait être plus apaisé remarqua Pierre en souhaitant que son ami pourra mieux finir sa nuit dans un sommeil profond. Peut-être que Sacha repensait à son cauchemar supposa le métis intérieurement. Sûrement qu'il devait il essayait de faire le vide dans sa tête ? Ou bien simplement qu'il voulait oublier cette soirée agité ainsi que ses larmes ? Pierre s'avoua silencieusement que son ami pouvait parfois être un vrai mystère…

Le silence devenait serein, laissant les minutes s'écouler entre les deux hommes, alors que peu à peu le liquide chaud disparaissait dans leur vaisselle.

Tandis que Sacha se leva pour poser son bol dans l'évier, Pierre fit de même avant de voir son ami quitter la cuisine, en direction de sa chambre.

Pierre éteignit la lumière suivit Sacha dans le petit couloir menant aux chambres tout en le guettant entrer dans la sienne. Il attendit un instant devant sa chambre, songeant qu'il devait vérifier que son ami n'allait pas passer les dernières heures de la nuit à rester éveiller comme il le faisait parfois après être sorti d'un cauchemar. Il parcourut les quelques mètres qui séparaient leurs deux chambres avant de voir en dessous de la porte l'éclairage s'évanouir, signe que Sacha avait éteint la lumière. Il osa appuyer doucement sur la clenche de la porte faisant attention aux moindres bruits qu'il pourrait faire lorsque son regard se posa sur la silhouette de son ami. Dans la lumière de la nuit où les volets mi- fermés laissaient éclairer la pièce, Sacha venait de prendre son lapin en peluche et de s'allonger sur son lit tout en le serrant contre lui. Pierre soupira doucement, assuré, avant de fermer lentement la porte et de partir dans sa chambre, profitant enfin pour s'endormir, les pensées dirigées vers cette soirée inattendue.


:-) J'espère que ce chapitre vous a plu.

J'ai aussi un OS sur Sacha/Ondine si ça intéresse quelqu'un. Il s'intitule "Les petits bouts de textes".

Sinon, je poste le prochain chapitre Samedi :-)