NdlA : De retour après une très longue absence pour cause de Beaucoup-De-trucs-A-Faire, me revoilà avec un nouveau chapitre. Je ne sais pas quoi dire pour ma défense, donc je vous laisse seulement lire ce chapitre qui s'est fait attendre comme une diva.

Aria : Merci pour ton commentaire ! Pour Gino... * regarde l'intéressé qui hausse un sourcil *... Je ne sais pas qu'il soit prêt à admettre quoi que ce soit... M'enfin, on va le secouer, ou un des personnages s'en chargera à ma place... Je note que personne n'a relevé le lapsus de Gino dans le chapitre précédent… GNIARK. Will et Kagari ? Ahem. J'avoue que c'est l'idée XD, on verra bien aussi !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 10 : Trompeuses apparences

L'air était frais et le vent froid qui leur fouettait le visage donnait l'impression qu'il était en train de leur mordre les joues. Mika, le nez sensible, renifla avant de comprendre son erreur et de se mettre à éternuer violemment sans discontinuer. La jeune femme resserra les pans de son manteau autour d'elle avant d'accepter le mouchoir que lui tendait son coéquipier avec reconnaissance.

Reconnaissante, mais pas aveugle, Mika dévisagea son partenaire. Depuis ce matin, il avait l'air pensif et avait passé la majeure partie du trajet qui les avait menés là, perdu dans ses pensées. S'ils s'étaient connus plus, elle lui aurait dit en plaisantant ' Un sou pour tes pensées ' mais puisque ce n'était pas le cas, la brune en était réduite à spéculer intérieurement.

Mais si le brun pensif était intrigant, ce n'était pas perdu pour tout le monde, puisque Mika pu l'observer à loisir attentivement sans crainte d'être surprise, étant donné qu'ils étaient les premiers à être arrivés dans le quartier où se terrait l'amie de Kunizuka.

L'exécuteur Ginoza Nobuchika avait de longs cils qui avaient dus rendre plus d'une femme jalouse, mais ce que préférait Mika, c'était ses yeux en amande, séparés par une longue mèche rebelle qui devait tout le temps lui chatouiller l'arête du nez. Il était grand, plus grand qu'elle et avait une stature fine et élégante qui ne laissait pas Mika insensible, à son corps défendant. Sa cheville guérie, il n'avait plus besoin de béquille et pour la première fois qu'elle le connaissait, elle avait eu l'agréable surprise de le voir se déplacer avec fluidité et une certaine grâce qu'elle n'avait jamais soupçonnée jusque-là, sûrement à cause des béquilles. L'inspectrice retint un petit rire en se remémorant les paroles de Will, qu'ils avaient croisés en partant.

Comme Mika marchait derrière Gino, elle avait eu le loisir de le mater — ne nous voilons pas la face — tandis que le brun sortait pour attendre leur voiture.

« Belle bête, hein ? s'était moqué la noire sortie de nulle part, un air goguenard sur le visage. Prise en flagrant délit, Mika avait répondu avec aplomb.

— J'avoue... »

Revenant dans le présent, Sheperd 2 baissât la tête pour dissimuler un sourire dans son col.

« Qu'y a-t-il de si drôle ? demanda Ginoza à qui l'amusement de la jeune femme n'avait pas échappé.

Oh, rien d'important, je me disais encore une fois que Will était un sacré numéro.

Ça, y a pas à dire, c'est un sacré numéro, admit l'exécuteur en hochant la tête.

Elle vous aime bien, vous savez, lui dit Mika en souriant. Mais elle trouve parfois que vous êtes trop coincé.

Parfois seulement ? releva le brun avec humour. Ceci dit, beaucoup de gens me trouvent trop coincé, je suppose qu'ils ont raison...

Moi je dirais que vous êtes réservé, le contredit Mika en s'appuyant à la voiture non loin de lui. Et ça ne me pose pas de problème que vous le soyez. Et puisque seule mon opinion compte, pourquoi vous soucier du reste ? demanda-t-elle en se frottant les bras pour les réchauffer tandis que son collègue se tournait vers elle pour la regarder face à face.

Votre opinion ? répéta-t-il sur un ton qui laissait deviner son amusement.

Eh bien oui ! D'après ce que j'ai compris, vous et moi sommes partenaires dans l'unité 1, c'est donc avec moi que vous devrez travailler et vous entendre, ce qui veut dire que seule mon opinion compte, s'expliqua Mika avec un sourire qui fut masqué par le col de son manteau mais qui fit pétiller ses yeux.

Et bien soit, partenaire, la raillât-il. Pourquoi ne pas monter dans la voiture avant de vous changer en glaçon ?

Je n'ai pas froid à ce point ! se récria Mika avec toute la mauvaise foi du monde.

Sh...Mika-san... soupira l'ex sheperd. Je dois vous briefer en attendant que Tsunemori et Kagari arrivent et vous risquez de ne rien entendre à cause de vos claquements de dents !

D'accord, d'accord... » se rendit la jeune femme en s'engouffrant dans l'habitacle.

La température à l'intérieur de la voiture était bien plus cléments qu'à l'extérieur, principalement parce que Ginoza avait pensé à fermer les portes. Se sentant mieux, à l'abri du vent, Mika ouvrit son col pour se mettre à l'aise pendant que Ginoza mettait le chauffage pour la réchauffer. Celui-ci lui jeta un coup d'œil avant de se rencogner dans son siège en se tournant légèrement vers elle. Mutine, à son habitude, Mika plissa les yeux avant de planter son regard dans le sien, comme il le faisait tout le temps pour la désarçonner.

« Briefez-moi, lui dit-elle d'une voix d'héroïne en observant avec satisfaction, les joues de son collègue roser quelques secondes avant qu'il ne se ressaisisse.

Le quartier où nous nous trouvons est un quartier Jaune, selon la classification de la Sybille. Pour faire simple, la moyenne des psycho-pass de ses occupants se trouve entre le jaune et le vert, ce qui fait que la plupart de ses habitants ne nous parleront pas si nous montrons que nous sommes des agents de la Sybille.

Je comprends, lui suivait Mika en tendant les mains vers le souffle d'air chaud que Gino avait allumé. C'est bizarre, mais quand on y pense... se dit Mika.

En général, je dis que c'est une bizarrerie logique, pour ma part, lui indiqua Ginoza.

Mon grand-père aurait plutôt dit : Qui se ressemble s'assemble, je pense.

C'est exactement ça, dit Ginoza, satisfait qu'elle comprenne. Ce n'est pas parce que ces gens sont là que ce quartier est jaune, mais bien parce que ce quartier est réputé pour être jaune que ces gens sont là, se dit le brun en observant des passants se hâter vers les arrêts de bus.

Evidemment, renchérit Mika. Notre société n'est pas tendre avec les personnes qui vivent sur le fil du rasoir, c'est donc normal que ces gens désirent vivre sans personne pour les regarder de travers à cause de leur psycho-pass. Ceci dit, je ne comprends pas pourquoi Kunizuka a dû rester au bureau ? C'est pourtant son amie, que nous sommes venus chercher et je m'attendais à ce qu'elle tienne à venir avec nous, s'étonna Sheperd 2.

Kunizuka ne pouvait pas nous accompagner aujourd'hui, sinon, elle aurait fait exploser notre couverture. Elle est connue des anciens habitants du quartier, lui expliqua Gino. Je ne serais pas étonné qu'il reste des affiches de son groupe encore affiché sur les murs.

Ah, oui, c'est vrai qu'elle était musicienne avant. C'est drôle comme la passion peut être aussi mal jugée de nos jours » pensa à haute voix la dernière arrivée de l'unité une.

Ginoza la regarda un long moment avant de reporter son regard sur le rétroviseur pour observer Tsunemori et Kagari se garer derrière eux.

Il la trouvait désarmante de sincérité.

~o0O_T_T_O0o~

Kagari Shûsei se sentait excité comme une puce — rousse, la puce.

Passer des mois et des mois enfermé dans une bulle avec pour seule compagnie des docteurs qui n'étaient là que pour lui faire passer des batteries d'examen sans piper mots, et la Sybille pour seul confidents avait de quoi en rendre fou plus d'un. Sortir de cette foutue salle et respirer l'air pollué de Tôkyô lui avait fait l'effet d'une cure de jouvence et le fait qu'il puisse désormais se rendre sur le terrain avec des personnes qu'il appréciait était quelque chose qui lui avait manqué durant sa captivité. Il s'étira en grognant de satisfaction, comme un gros chat qui venait de sortir du sommeil, ce que lui fit remarquer sa supérieure qu'il considérait malgré tout comme une amie pour qui il aurait risqué sa vie. Lorsque Sybille lui avait dit qu'il pouvait reprendre ses fonctions d'exécuteur, il avait été euphorique, du moins, plus que d'habitude. Alors que dire, lorsqu'on l'avait aussi informé qu'il reprendrait ses fonctions dans son ancienne unité.

Certes, il s'était attendue à les retrouver changés, mais pas tant que cela. Akane-chan avait perdu un peu de poids et semblait avoir du mal à retrouver son teint de porcelaine, mais ce n'était pas le changement le plus flagrant. Elle s'était durcie de l'intérieur. Plus professionnelle et rodée, mais aussi plus renfermée, désabusée et triste, ce qui faisait de la peine à Hound 4. Ce qui l'avait séduit lorsqu'elle était entrée dans leur unité, avait été sa candeur et son innocence qui lui mettait du baume au cœur, à lui, mais aussi à ses collègues chiens de chasse, bien qu'aucun d'entre eux ne l'ait explicitement avoué.

Kagari avait un peu discuté avec les filles, Kunizuka et Shion, et celles-ci lui avaient avouées qu'elles pensaient qu'Akane ne se remettait pas de la disparition de Kôgami, qu'elle la vivait comme une trahison. Or, Kagari savait que ce n'était pas que cela. Ce qui avait abîmé Sheperd 1 avait été une conjonction de plusieurs événements liés à des choix qu'elle n'avait pas tous maîtrisés et que l'inspectrice en chef s'en voulait, même si Kagari trouvait que c'était une raison stupide. Pour sa part, il ne s'était jamais fait d'illusion sur la nature profonde des gens, même si ça incluait des collègues et amis. Ou peut-être encore plus pour cette raison. Non, la disparition de Kô-chan, la mort du vieux Masaoka avaient marqué la jeune fille que Tsunemori était alors. Mais ce qui l'avait endurcie, et il était le seul à le savoir, avait été de devoir vendre son âme au diable pour sauver quelqu'un d'autre.

L'ignorance est mère de sérénité, disait-on, et Kagari était bien tenté d'abonder dans ce sens, lui aussi, malgré le fait qu'il ne piffait pas les proverbes de vieux cons à la noix. Apprendre la vérité de Sybille, sur sa nature et sa disparition à lui avait été rude pour la jeune femme. Mais beaucoup moins que de voir les propres valeurs en lesquelles elle croyait se retourner contre elle. Elle avait perdu ses illusions, et elle n'avait pas été la seule.

Ginoza avait changé. Pas autant qu'il ne l'aurait cru, mais il avait changé. Après tout, il était évident qu'il changerait : Personne ne se serait attendu qu'il voit son père rendre l'âme dans ses bras, et qu'il s'en sorte indemne. Par contre, le brun avait surpris Shûsei. Il avait l'air de plutôt bien prendre le fait d'être passé de l'autre côté du fourgon. Comme si son statut d'inspecteur l'avait empêché de s'épanouir pleinement. Le rigide ex-inspecteur avait mis de l'eau dans son vin et était plus réceptif à son environnement, ainsi qu'aux gens qui l'entourait comme la petite nouvelle de l'unité, Mika-chan.

Kagari, qui était sortie en premier de la voiture, donna un coup d'épaule à Akane-chan pour lui montrer ce qu'il voyait. Mika-chan faisait le tour de la voiture pour rejoindre Gino-san de l'autre côté de la voiture pour venir à leur rencontre, mais ce qui avait allumé une lueur malicieuse dans le regard du roux était la manière dont Gino regardait celle-ci. Il avait l'air étonné, surprise et la regardait avec un léger sourire aux lèvres pendant qu'il ralentissait son pas pour se caller sur le sien. La dame marchait avec précaution pour ne pas déraper sur le trottoir à cause de ses bottes à talons hauts.

Le rouquin jeta un regard à Akane-chan qui cacha un sourire derrière sa main avant de lui adresser un clin d'œil qui le fit glousser. En les regardant venir à eux, Kagari et Akane ne pouvaient s'empêcher d'avoir envie de rire. Ces deux-là ne s'entendaient pas encore bien et ne semblaient pas pouvoir s'empêcher de se taquiner l'un l'autre, mais à les voir avancer côte à côte, ils avaient fière allure. Avec ses talons, Mika-chan était un tout petit peu plus petite que lui et presque aussi grande que Kunizuka. Et le fait qu'ils soient tous les deux vêtus de pantalons noirs et de pardessus de même couleur donnait une impression d'uniformité qui aurait été flippante sur des personnes plus âgées.

La tête de Ginoza valait le coup d'œil, à présent qu'il s'était aperçut que sa collègue avait du mal à marcher plus vite. Le fils de Masaoka semblait visiblement hésiter entre l'amusement de la voir tanguer comme un navire ivre et l'exaspération qu'elle n'ait pas choisit de chaussures plus adéquates. Mais le plus surprenant fut encore lorsqu'il poussât un profond soupir avant de lui saisir le bras pour la stabiliser sans piper mots, afin de les rejoindre.

« Mika-san, est-ce que Gino-san a pu vous briefer ? demanda Akane tout de go, qui voulait éviter de rester en plein vent, si peu de temps après sa grippe carabinée.

Oui, acquiesça en jetant un coup d'œil involontaire à Gino.

Coup d'œil qui n'avait pas échappé à Kagari qui se félicitait in petto d'avoir pu croiser la souriante et si sexy médecin-légiste-en-chef-Will. Il sourit d'un air carnassier qui fit froncer les sourcils à Ginoza qui lui, le connaissait, à l'inverse de sa partenaire.

Vous êtes donc au courant que nous devons nous faire passer pour des couples pour pouvoir parler aux habitant, n'est-ce pas ?

La mine déconfite de Mika-chan l'informa que Ginoza avait passé ce détail sous silence, durant son briefing.

Vous n'avez pas besoin de vous tenir la main ou de vous embrasser ou quoi que ce soit, les rassura Akane avec un regard avertissement pour son partenaire à elle, qui haussa les épaules en affichant un air innocent trop honnête pour être vrai.

Je ne voulais pas dire qu'ils devaient faire ça, Akane-chan ! Chouina Kagari. Je dis juste qu'ils doivent éviter de ressembler à des flics en civil et que vu leur allure, faire semblant d'être en couple était la seule manière de ne pas éveiller les soupçons avant qu'ils ne rentrent dans l'immeuble, s'expliqua le roux qui se délectait secrètement de leur airs gêné.

Puis, Shimotsuki releva le menton, lui adressa un regard décidé avant de saisir brusquement le bras de Ginoza qui sursauta.

Faisons ça, lui répondit-elle avec un air bravache qui lui valut un sourire approbateur d'Akane.

Très bien, alors allons-y. » leur ordonna celle-ci.

~o0O_T_T_O0o~

Dire que Ginoza se sentait gauche était un euphémisme.

Déambuler avec Mika à son bras dans les ruelles d'un quartier mal famé n'était pas du tout prévu dans son horoscope du jour. Intérieurement, il maudissait Will et sa manie de l'asticoter à tout bout de champs et de toutes les manières possible et imaginables. Lorsqu'ils avaient quittés le bureau, il avait aperçu Will et Kagari qui discutaient dans le hall et le brun se souvint d'avoir pensé sur le coup que tout cela ne lui disait rien qui vaille et il avait eu raison de se méfier.

Heureusement que Tsunemori avait gardé un visage inexpressif, car à voir le sourire narquois que Kagari avait affiché lorsqu'ils s'en étaient allés, Ginoza s'était surpris à avoir envie de le lui faire avaler… avec une bonne droite s'il avait fallu. Mais il avait gardé son calme, parce qu'après tout, il restait professionnel, lui.

Certes, l'idée de se faire passer pour des couples était une bonne idée, puisque même si lui et ses collègues avaient tenté de ne pas avoir l'air de faire partie des forces de l'ordre, ça avait été peine perdue. Leur apparence était une sorte de déformation professionnelle, et il était difficile de se défaire des habitudes. Mais ce n'était pas vraiment ça qui mettait Gino mal à l'aise, c'était de sentir la jeune femme aussi proche de lui. Il pouvait sentir la chaleur qui se dégageait d'elle à travers la manche de son pardessus, son léger parfum fleuri porté par une légère brise et une mèche de ses longs cheveux qu'elle portait lâchés, lui chatouiller le cou.

Le fils de Masaoka Tomomi retint un soupir résigné. Finalement, il devait admettre que son psy avait peut-être raison : le caractère de sa nouvelle partenaire forçait le respect et le moment où il en finirait à la respecter comme il l'avait fait avec Tsunemori arriverait plutôt tôt que tard. Bien sûr qu'il avait peur qu'elle finisse comme lui, mais apparemment la jeune femme avait déjà réfléchit à cette éventualité et ça n'avait pas l'air de la déranger plus que ça. Sa première réaction avait été d'essayer de lui faire voir la vérité en face, mais force était de constater que c'était inutile. Les femmes de cette unité étaient vraiment têtues comme des mules. Tout ce qu'il pouvait faire pour limiter les dégâts, était de faire son boulot de la meilleure manière possible pour que son équipe ne se retrouve pas avec plus d'exécuteurs que d'inspecteurs.

Si ses préoccupations n'étaient que d'ordre professionnel, il aurait été moins dans la panade, hélas, il ne s'agissait pas que de cela. S'ils continuaient dans cette voie, le brun était sûr qu'il finirait par ne plus penser que professionnellement à sa collègue et ceci lui posait davantage de problèmes moraux. Le Bureau de la Sécurité Publique ne voyait pas d'un très bon œil les relations entre collègues, mais leur direction avait décidé de ne pas prendre de mesures en ce sens. Si Sybille considérait comme risquée des relations Exécuteurs / Inspecteurs et Inspecteurs / Inspecteurs, c'était par crainte que le psycho-pass de l'un finisse par contaminer l'autre. Si l'un des partenaires, dans le cas d'une relation entre inspecteurs, venait à voir son psycho-pass s'assombrir au-delà de la limite, le risque que l'autre le suive dans sa descente aux enfers était d'environ soixante-six pourcents.

Etonnamment, le pourcentage n'augmentait que d'à peine sept pourcent pour des relations entre inspecteurs ou agent au psycho-pass clair, et exécuteur. Le fait de savoir ce genre de statistiques aurait pu étonner les collègues de Ginoza, mais ils étaient justifiés dans son cas. Lorsqu'il était sheperd, il passait sa vie au bureau pour ne rentrer chez lui que pour dormir. La probabilité de rencontrer une partenaire au bureau était donc accrue. Le fait que Tsunemori ait presque immédiatement pris les intérêts de Kôgami Shinya à cœur l'avait conforté dans sa position, même s'il s'était bien gardé de partager ses connaissances avec sa jeune collègue d'alors. Tout ça pour dire qu'il n'était pas impossible, statistiquement parlant, qu'il se mette à voir Shimotsuki Mika comme une partenaire potentielle. Inspecteurs comme exécuteurs vivaient quasiment en vase clos et étaient amenés à vivre ensemble des expériences stressantes et dangereuses où les uns confiaient leur vie aux autres. Comment pourrait-il en être autrement ?

« Bon sang ! laissât échapper un Ginoza frustré.

Que se passe-t-il ? l'interrogea Mika en regardant de tous les côtés.

Non, rien. Désolé, je pensais à des choses inappropriées, expliqua-t-il sans donner plus détails, mais c'était sans compter la curiosité de Mika.

Des choses inappropriées ? Dans quel genre ?

Du genre combien de fois je pourrais frapper Kagari avant qu'il ne perde connaissance, mentit-il.

Oh, dit la jeune brune. Eh bien, il a l'air d'être en assez bonne condition physique et on m'a dit qu'il avait pratiqué des arts martiaux mais pas sérieusement, donc je pense que vous pourriez lui en mettre au moins trois avant qu'il ne voit des étoiles, répondit-elle sérieusement.

Interloqué, Ginoza s'arrêta encore une fois pour l'étudier.

Ah, vous plaisantiez ? Désolée, s'excusa la jeune femme embarrassée en lâchant son bras pour se gratter la tête.

Vous prenez tout au pied de la lettre ? se renseigna Ginoza, dont les yeux pétillaient à défaut de sourire.

C'est que vous aviez vraiment l'air agacé, lorsque nous les avons quittés, tout à l'heure. C'est pourquoi je n'ai pas compris que c'était une question rhétorique.

Oui, soupira-t-il avant de prendre son bras pour reprendre leur progression en direction de la maison commune du quartier, où ils devaient recherches des personnes connaissant Takizaki Rina. Kagari a tendance à me faire cet effet depuis que je l'ai rencontré en tant qu'inspecteur.

Est-ce que ça a changé quelque chose que vous soyez passé exécuteurs ? demanda encore Mika.

Oui… Maintenant, je vais pouvoir le frapper sans qu'on ne m'accuse de tirer avantage de la situation. »

Mika éclata de rire avant d'allonger son pas pour accélérer. Ils étaient presque sortit du hall d'entrée d'un immeuble qu'ils devaient traverser lorsqu'une voix familière les interpella de la cage d'escalier.

« Il me semblait bien que c'était vous, mais je n'étais pas sûr à cause de votre…. Proximité.

Hamilton-san ! s'exclama Mika.

Hamilton, le salua Ginoza pour la deuxième fois de la journée. Qu'est-ce que vous faites là ? lui demanda-t-il sans animosité.

J'ai rendez-vous avec un informateur, leur répondit-il en leur faisant signe de se rencogner dans un coin pour éviter qu'on les voit parler ensemble. Vous êtes sur l'affaire du braquage de l'armurerie ?

Comment le savez-vous ? demanda Mika, soupçonneuse, pendant que Ginoza se retenait de hocher la tête.

Les premiers corps de mon enquête ont été retrouvés dans ce quartier à un pâté de maison. Ça doit faire trois semaines que je traine dans le coin et que je passe devant des affiches vieillottes de groupe de rock non agréés. Affiches sur lesquelles apparaissent votre collègue accompagnée de la femme dont l'avis de recherche a été lancé à tous les agents, ce matin.

Vous connaissez Takizaki ? releva Ginoza. Vous ne sauriez pas où elle habite, des fois ?

Si, je sais où elle habite, pendant mon enquête j'ai du l'interroger. J'ai envoyé un message à Tsunemori. Je ne pensais pas que vous étiez venus à quatre, sinon je vous en aurais informé aussi, s'excusa-t-il.

Merci, Hamilton, dit Ginoza. Votre enquête avance ?

L'homme à la cicatrice soupira et se frotta la joue, comme surpris d'y trouver une barbe naissante.

Cette affaire est une horreur, commença-t-il. Non seulement les scènes de crimes sont atroces, mais en plus, j'ai l'impression de me battre contre du vent.

Atroces à quel point ? demanda encore Ginoza qui compatissait.

Le suspect leurs prends le cerveau et en général, nous ne retrouvons les corps que lorsque la décomposition est assez avancée.

Oh mon Dieu, c'est horrible, murmura Mika.

Ce n'est pas le plus horrible, se désola Hamilton en s'appuyant avec lassitude contre la rambarde de l'escalier. D'après Willhelmina, l'ablation du cerveau est ante mortem.

Vous voulez dire que… s'étrangla Mika.

… Il prend les cerveaux quand les victimes sont encore vivantes, compléta Ginoza, le visage fermé.

Oui. Mais il y a autre chose de bizarre et que je suis venu vérifier… » les informa Hamilton en regardant nerveusement dans la cage d'escalier pour vérifier que personne ne les écoutait. Le bip du communicateur de Mika les firent sursauter et Hamilton leur fit signe d'y aller.

[ Sheperd One pour Sheperd Two et Hound One

Transmet, Sheperd One.

Nous sommes dans l'appartement de Takizaki Rina, les informa Akane de son écran avant que la voix de Kagari ne leur parviennent.

Vous devriez vous magner de nous rejoindre avant que les drones ne déplacent le corps.

Le corps ? releva Gino avec une grimace.

Oui, le corps, confirma Kagari, d'une voix grondante.

Kagari et moi trouvons qu'il y a quelque chose qui cloche, mais nous n'arrivons pas à nous mettre d'accord. Je voudrais que vous veniez au plus vite pour nous donner votre avis. L'appartement est dans l'immeuble F, sixième étage, appartement 2, leur indiqua Akane avant de couper la communication sur un signe de tête. ]

~o0O_T_T_O0o~

Mika et Gino repèrent l'appartement de Takizaki sans mal. Le ruban de scène de crime barrait déjà la porte et plusieurs drones s'affairaient. Tsunemori et Kagari les attendait devant la porte, le visage fermé et Mika chercha son élastique à cheveux nerveusement dans la poche de sa veste.

« Comment veux-tu procéder ? demanda Ginoza de but-en-blanc.

Je vous l'ai dit, quelque chose cloche, leur dit Akane, les sourcils froncés. J'aimerais que chacun examine une partie de la scène de crime de son côté, ensuite, nous nous retrouvons dans la cuisine ou ici, pour mettre nos impression en commun, est-ce que ça vous va ?

Pourquoi ne pas tout regarder individuellement ? demanda Kagari.

Si nous faisons ça, nous allons voir les mêmes choses et risquer de laisser passer des détails. Je sais que ce n'est pas la procédure habituelle, mais je voudrais essayer pour voir si ça marche, développa Akane.

Je suis d'accord, appuya Ginoza, en jetant un œil méfiant à Mika qui se démenait pour se faire une queue de cheval, à côté de lui. Mieux vaut examiner chacun une partie de l'appartement attentivement, plutôt que de tout regarder en surface. En plus, nous sommes quatre et cet appartement n'est pas énorme. Nous risquons de nous….ourf ! s'interrompit brusquement Gino.

Pardon, s'excusa Mika qui venait de lui fouetter la bouche avec ses cheveux.

… Ce n'est rien, écarta Ginoza qui ignora le gloussement de Kagari. Oui, je disais que sur une si petite scène de crime, nous risquons de nous marcher dessus.

Je prends Gino-san avec moi dans la salle de bain, commença Akane en fusillant Kagari du regard parce qu'il leur faisait des clins d'œil suggestifs. Toi, tu vas dans la cuisine, et Mika-san, vous restez dans le séjour. Regardez partout sans rien toucher, parce que les drones n'ont pas finis de scanner l'appartement. A part ça, regardez la pièce dans son ensemble et notez tout ce qui vous parait intéressant. » ordonna Akane en leur montrant une boite avec des gants en latex aux derniers arrivés.

D'accord, répondit Mika en enfilant les gants.

Allons-y »

~o0O_T_T_O0o~

Une bonne demi-heure plus tard, les quatre agents du bureau se rejoignaient dans la cuisine, à la demande de Kagari. Mika, qui n'avait pas desserré les dents depuis qu'ils étaient entrés, défit ses gants et les jeta avec soulagement dans le sac poubelle prévu à cet effet. Lorsqu'ils étaient entrés dans l'appartement, ils avaient d'abord fait un tour rapide tous ensemble avant de se partager les pièces. Mika voyait encore le corps de la victime qu'elle avait aperçue vivante sur un des poster dont Hamilton leur avait parlé, il y avait de cela à peine une heure. Elle revoyait presque en technicolor, l'endroit où se trouvait le corps de Rina Takizaki.

La salle de bain était vielle et tout juste en état de marche, mais elle était immaculée. Aucune trace de moisissure sur le carrelage, ni dans les coins. Le robinet en inox du lavabo, branlant mais rutilant et dépourvu de traces de savon, ni de dépôt de calcaire, brillait dans la clarté de la pièce. La baignoire, face à la porte, était propre aussi, du moins, le peu qu'elle avait pu en voir sans bouger le corps de la femme morte qui trempait à l'intérieur. Pour peu que l'on oublie le filet de sang qui s'était écoulé de son poignet droit ainsi que la couleur carmin de l'eau de la baignoire, on aurait pu croire que la dame était endormie. Le soleil qui entrait à flot par la grande fenêtre située au-dessus de la baignoire se reflétait dans l'eau immobile et sur les cheveux d'or pale de feu Takizaki-san, qui pendait par-dessus le bord de la cuvette aux joints craquelés qui témoignaient de l'âge du bassin. Mika était sure qu'elle reverrait cette scène en rêve et elle remerciait le ciel que les yeux de la défunte soient fermés. Elle ne voulait pas voir la morte la regarder avec un air accusateur dans ses nuits…

« Mika-san, est-ce que tout va bien ? s'inquiéta Tsunemori qui lui toucha le bras en même temps, la faisant frissonner.

Oui, oui. Désolée, j'étais perdue dans mes pensées. la rassura-t-elle en s'efforçant de ne pas montrer son trouble aux garçons qui l'étudiait de l'autre côté du plan de travail.

Restez avec nous, Mika-san. On a besoin de vous, l'encouragea Akane avec un sourire doux qui requinqua la nouvelle inspectrice. OK. Je commence et vous me direz ce que vous en pensez, les prévint Sheperd One. Lorsque nous sommes entrés, rien ne laissait prévoir que nous allions tomber sur un corps dans la salle de bain, mais en ressortant après avoir trouvé le corps, j'ai trouvé le reste de l'appartement bizarre, expliqua-t-elle tandis que les autres acquiesçaient, car ils avaient tous eus, plus ou moins, la même impression. C'est presque trop…. Propre, trop ordonné, c'est bizarre, dit-elle avant de prendre la boite d'allumette qui se trouvait sur la gazinière, et de commencer à jouer avec.

J'ai ressenti la même chose, renchérit Kagari. Mais je savais déjà qu'il y avait un cadavre ici, quand nous sommes rentrés.

Comment ça ? lui demanda Mika impressionnée.

L'odeur, lui répondit Kagari. La mort est toute fraiche, mais à chaque fois il y a une petite…je sais pas comment dire, mais il y a toujours un truc dans une pièce où un cadavre a séjourné, lui apprit-il.

Concernant la propreté de l'endroit et l'ordre qui y règne, annonça Ginoza, ça peut ne pas être un indice.

Oui, acquiesça Mika. Dans des cas de suicides, la méthodologie diffère selon les hommes et les femmes, expliqua Mika. Les femmes préfèreront prendre des cachets ou s'ouvrir les veines, effectivement, alors que les hommes, eux, préfèrent se faire sauter le caisson ou se jeter dans le vide, dit-elle en faisant une grimace gênée à Kagari qui la regardait d'un air surpris. Mais à mon avis, Akane-san, si quelque chose vous a mis la puce à l'oreille, c'est qu'il y a quelque chose, termina-t-elle, convaincue.

La nouvelle te fait vraiment confiance, remarqua Kagari en souriant.

Intuition féminine, je suppose, éluda Akane. Ce qui m'a interpellé, c'est les chaises.

Les chaises ? répéta Gino alors que tous se tournaient vers les larges chaises de la table du séjour.

Oui. Vous avez remarqué que Takizaki semblait être quelqu'un de vraiment ordonné, limite maniaque — hochement de tête général — or, ces chaises sont mal rangées. La table n'est pas assez large pour qu'on puisse mettre une chaise à chaque bout. Lorsque l'on s'assoit dessus, les accoudoirs doivent dépasser d'environ dix centimètres de chaque côtés de la table, alors que si on met deux chaises de chaque côté, dans le sens de la longueur, les quatre chaises rentrent parfaitement, termina Tsunemori. Vous l'aviez remarqué, Mika-san ?

Non, désolée, s'excusa Mika. Je ne suis pas encore assez formée pour remarquer ce genre de petit détail, mais j'ai remarqué autre chose du même genre, ce qui m'amène à dire que quelqu'un d'autre que notre victime a rangé la pièce, dit-elle alors que les autres l'écoutaient attentivement. Moi, ce que j'ai remarqué, c'est qu'il manque un enfant dans cet appartement.

Un enfant ?! s'exclama Akane

Ça ne m'étonnerais pas, abonda Kagari. Cette fille vivait seule mais rien ne traine. Peut-être qu'elle était effectivement maniaque, mais elle était aussi un petit gabarit. Or, vous remarquerez que les couteaux et ustensiles de cuisines sont suspendus à une hauteur qu'elle ne devait atteindre qu'en se mettant sur la pointe des pieds. Le frigo est plein de produits frais et de légumes, ce qui, je l'admets, veut peut-être seulement dire qu'elle faisait attention à son hygiène alimentaire, lâcha-t-il en haussant les épaules. Désolé de t'avoir coupé la parole, Mika-chan.

Pas de lézard, répondit-elle de bonne grâce. Je disais donc que je suis presque sure qu'un enfant vit ici. Dans la salle de séjour, il y a le même rapport à la hauteur que dans la cuisine, mais là, c'est sur la bibliothèque. Sur les étagères du haut, il y a des romans et d'autres livres de ce genre, mais en bas, ce n'est presque que des livres avec des images. Mais ce qui est le plus parlant pour moi, c'est le coffre à jouer qu'on a manifestement essayé de dissimuler.

Dissimulé ? répéta Gino

Oui. Regardes, lui montra Mika en oubliant de le vouvoyer toute à son explication. Le coffre n'a pas du bouger, mais les pots de fleurs, si. Normalement, ils ne doivent pas être là, mais…. – elle se déplaça jusqu'à la fenêtre – ici, termina-t-elle en montrant la trace des sous-pots. Et il y a des jouets à l'intérieur, les drones me l'ont confirmés.

Impressionnant, admit Ginoza. Mis bout à bout, ce que j'ai remarqué viens confirmer ce qu'Akane et toi viennent de dire, à savoir que ce suicide n'en est pas un. D'après son dossier, Takizaki était droitière et le poignet entaillé est…

Le droit, compléta Kagari.

En examinant la saignée de plus près, j'ai remarqué que l'entaille était nette et que la personne qui l'a fait n'a pas hésité une seconde, mais Willhelmina devrait nous le confirmer. De toute manière, la coupure me semble trop nette et profonde pour que ce soit un droitier qui ait pu se faire ça sur son bras directionnel, finit-il pendant que Kagari chuchotait aux filles qu'il allait devoir prendre des cours de rattrapage avec le médecin légiste… Kagari, l'interpela le grand brun, agacé par ses commentaires. Qu'est-ce que tu as trouvé, toi ?

Seulement un flingue, une vidéo et ce qui ressemble à un testament, dit-il en haussant les épaules.

— Seulement, ironisa l'ancien sheperd.

Comment ? demanda Akane.

Même genre d'indice que vous les filles, les félicita le roux avec un sourire éclatant. Un pot qui n'est pas à sa place, avec de la poussière en dessous, comme si on l'avait enlevé pour monter à genoux sur l'étagère pour prendre un truc au-dessus… »

Toutes les personnes présentes soupirèrent de concert.

« Bon, il ne nous reste plus qu'à attendre les résultats du labo et de Will ensuite pour pourra aller à un endroit que j'aimerais bien visiter avec Yayoi, annonça Akane, d'une voix neutre.

Quel endroit ? demanda Gino et Akane lui jeta la boite d'allumette avec laquelle elle jouait depuis un moment, mais ce fut Kagari qui l'attrapa devant le nez du brun.

…. ' Le moineau désenchanté'… ça va être intéressant… »