Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartient pas.


Milo s'effondra pratiquement derrière le vieux canapé poussiéreux, suivit de près par Angelo et Camus. Sa respiration haletante brûlait sa gorge et ses poumons, rien que d'avaler sa salive lui faisait atrocement mal. Il faisait sombre dans cette vieille demeure, quelques malheureux rayons de la lune passaient entre les épaisses lattes de bois bloquants la plupart des entrées. La lumière pâle éclairait la moquette rouge sombre et poussiéreuse du sol, elle donnait à cet endroit lugubre un ton bien plus terrifiant.

« Mais qu'est-ce qu'on fout là bordel ?!, murmura-t-il avec énervement.

- On est là parce que quelqu'un voulait faire plaisir à Saga et s'occuper de cette affaire à sa place alors que ce n'est qu'un voyant.

- Ferme la Deathmask ! »

Le regard outré de l'homme se posa sur le grec avant de s'assombrir. Camus soupira derrière eux : ils étaient déjà dans de beaux draps mais si en plus ils commençaient à se battre. Ils ne voyaient pas que ça n'était vraiment pas le moment ? Si ils survivaient à ça, le verseau allait probablement les tuer. D'un air fatigué, il regarda le nuage blanchâtre qui s'éleva lorsque Angelo abattit sa main sur le sofa marron tout en pestiférant :

« Ah on utilise les noms maintenant! C'est bas mais ça m'étonne pas de toi ! »

Cette fois, ce fut au tour du scorpion de lancer un regard noir à l'italien. Qu'est-ce qu'il insinuait par là ?! Lentement, très lentement, il sentit la colère monter en lui telle une colonne de fumée. Ce fut à cet instant que le médium décida de les séparer, pas qu'ils soient dans une situation potentiellement mortelle mais si : ils étaient dans une situation potentiellement mortelle.

« Je vous jure, si je vous entends encore une fois vous battre, menaça Camus d'une voix anormalement basse, je demande à Hadès de vous jetez dans le néant. Et vous savez aussi bien que moi qu'il le fera. »

Ces menaces calmèrent les ardeurs de ses deux amis et enfin il put s'entendre penser.

La bâtisse était vieille, il ignorait quand elle avait été construite mais elle devait avoir plus de deux bons siècles. Elle avait été bien entretenue, particulièrement sa façade de pierre blanche qui hormis un peu de lierre de ça de là était toujours d'une teinte éclatante. Le manoir s'étendait sur trois étages et disposait d'une cave ainsi que de nombreuses galeries. Le lieu n'était pas très loin de chez eux, une heure trente tout au plus. Et encore, ça c'était quand Angelo conduisait, se dernier étant un conducteur très prudent.

Le manoir avait été mis aux enchères aux alentours de novembre et, avec ses grandes colonnes qui s'élevaient à l'entrée ainsi que ces hectares de terre qui l'entourait, avait malgré tout eut du mal à trouver un acheteur. Et pour cause : le lieu était bien sûr hanté. Camus passa une main sur son visage et soupira de nouveau.

Le lieu ne pouvait être que hanté : il correspondait à tous ces clichés qu'il voyait dans les films d'horreurs. Le vieux portail rouillé, les portes et les fenêtres barricadées et des bois denses qui l'entouraient. L'intérieur n'était pas en reste : le mobilier était recouvert de grands draps jadis blanc désormais jaunâtre qui donnaient aux meubles des allures de fantôme dans l'obscurité. Tout était couvert d'une épaisse couche de poussière quand les murs, eux, étaient ornés de portraits qui donnait cette désagréable impression d'être observé et ce peut importe où l'on se trouvait dans la pièce. Donc oui, le manoir était hanté et si ça n'avait pas été le cas, ça aurait légèrement déçu le verseau.

Dans d'autre circonstance, il aurait été agréable de visiter les lieux. Les escaliers et les plinthes de bois sombre étaient finement ciselés de feuilles et de fleurs. C'était tout un herbier qui s'épanouissaient sur les rampes d'escaliers sombres. Des hauts plafonds pendaient de grands candélabres de cristal qui maintenant manquait d'éclat. Il ignorait qui avait bien put construire un tel lieu mais il devait avouer que le manoir était magnifique. Le plus beau restait la grande salle de balle où la verrière noyait l'espace de lumière. La bâtisse aurait put être parfait si ce n'était pour la chose qui rodait dans les couloirs. Comment s'étaient-ils retrouvés comme ça déjà ? Ah oui...

C'était au milieu du printemps, alors que le mois d'avril touchait à sa fin, que le lieu avait finit par trouvé un acheteur. Un riche homme d'affaire écossais qui avait un goût prononcé pour les lieux hantés. Cependant, malgré son attrait pour les fantômes, les choses avaient très vite dégénérées et il contacta rapidement Saga et Kanon. C'était leur métier après tout de s'occuper de ce genre d'affaire mais malheureusement, les jumeaux ne pouvaient pas intervenir cette fois-ci, entre autres parce qu'ils étaient actuellement en Roumanie sur les traces d'un démon particulièrement... épineux. Ce fut donc avec sympathie que Milo se proposa, lui et son meilleur ami, pour remplacer les deux invocateurs. Il avait demandé à Camus de l'aider, ce dernier fut plutôt long à persuader, puis Angelo c'était très vite rajouté au petit groupe. Vraiment, qu'est-ce qui pouvait mal se passer ? Eh bien... tout en faite.

Voilà comment ils s'étaient tous les trois retrouvés derrière un canapé au deuxième étage, cherchant vainement à se cacher d'un monstre qui n'était pas répertorié dans le Livre des Morts. La chose en question se déplaçait d'un pas lourd dans les longs couloirs, recouverte de suaires terreux, sanglants ainsi que d'une matière visqueuse. C'était affreux, horrible, ça dégageait une odeur infecte qui empestait les couloirs -ce qui d'ailleurs leur indiqua rapidement que cette chose ne se nourrissait pas d'énergie vital ou de jeunes pousses-. Ça expliquait la carcasse d'une biche qu'avait trouvé le propriétaire lors d'une de ses précédentes visites. C'était même ce charmant détail qui l'avait poussé à appeler les gémeaux.

Le médium jeta un coup d'œil autour de lui : si il s'agissait d'un monstre, il était donc un être physique. Si c'était un être physique, ils pouvaient donc le blesser. Cependant, il y avait aussi de nombreuse chance pour que cela ne marche pas. Sa peau pourrait être plus dure qu'une cuirasse ou il pourrait être blessé sans pour autant en souffrir. Tant de possibilité et si peu de temps.

« Tu cherches quoi ? siffla Milo entre ses dents à voix basse.

- J'en sais rien. Quelque chose de coupant ou de pointu... »

Soudain le médium se stoppa net sous les regards aussi inquiets qu'interloqués de ses deux amis. Il distinguait à peine leur visage dans l'ombre du canapé mais il sentait clairement leur crainte. Il ne leur laissa cependant pas le temps de lui demander ce qui se passait lorsqu'il chuchota comme pour lui même :

« Il nous faut une cheminée...

- Une... cheminée ? »

Le ton incertain de l'italien le fit revenir à lui. Rapidement, il jeta un coup d'œil au dessus du canapé : rien. Ils avaient réussi à semer la chose depuis quelques minutes déjà et malgré sa lenteur, qui sait combien de temps ils leur restait avant que de nouveau ils ne soient poursuivi par un être au cri strident et aux dents aiguisées comme des lames de rasoir.

« Il nous faut un tison en fer. Le fer est connu pour blesser les créatures de l'autre monde. C'est avec ça que j'ai pus m'échapper du domaine démonique la dernière fois.

- Il t'a fallu une demie journée pour ça..., rappela le scorpion en marmonnant.

- Donc, reprit Angelo en ignorant le grec, tu es en train de me dire que si on trouve une satanée cheminée on a peut être un espoir de s'en sortir vivant ?

- Oui, si par chance cette chose n'a pas une peau extrêmement résistante. »

Ils ne fallut pas plus d'arguments pour convaincre les deux hommes. Ce fut cette fois Milo qui se releva silencieusement et inspecta le couloir. Le canapé était dans une sorte de creux, en face d'une fenêtre à côté de laquelle pendait un vieux tableau de travers. Une petite fille aux longs cheveux ébène y était représentée, tenant dans ses bras un chien bien plus large encore qu'elle. Il y avait quelque chose dans son sourire innocent qui fit frissonner le scorpion alors qu'il avait presque l'impression que ses paupières étaient prêtes à s'ouvrir dans une expression moqueuse.

« La voie est libre, fit-il en se baissant alors que Camus sortit son portable.

- Bien... D'après le plan...

- Tu as photographié le plan ?...

- Oui, mais c'est pas ce qui nous importe là. Donc d'après le plan, nous sommes au milieu de l'aile ouest, entre un bureau et une chambre. Je crois que le canapé permettait aux invités d'attendre que le maitre des lieux les reçoiven-

- On s'en fout abrège !

- J'y viens Milo. Je pense que nous aurons plus de chance de trouver une cheminée dans la salle à manger de l'aile est. il faut redescendre au rez-de-chaussée. »

Angelo sentit son souffle se couper : le rez-de-chaussée... Il fallait traverser un couloir, descendre deux escaliers et traverser le manoir dans l'espoir de trouver une malheureuse cheminée. Pendant un instant, il vacilla : la chose rôdait dans l'obscurité, peut être à quelques mètres à peine d'eux.

Lorsqu'ils avaient posé le pied sur le marbre de l'entrée, ils avaient sentis que quelque chose n'allait pas. Le monstre ne leur était pas tombé dessus, ce n'était que bien plus tard, lorsque l'italien inspectait une gravure sur un mur qu'il le sentit, le souffle putride de la chose sur son cou. Instinctivement, il avait poussé un glapissement et roulé sur le sol alors que l'être planta ce qui ressemblait à des griffes dans le mur de pierre. Il eut à peine le temps de se relever que déjà la chose se dégagea et tenta de se jeter sur lui. S'en était suivit une longue poursuite durant laquelle il fut rejoint par le scorpion et le verseau qui perdit son sac dans la course.

Alors l'idée même de peut être croiser de nouveau cette chose le fit trembler : ils étaient impuissants. Tant qu'ils n'avaient pas trouvé un tison de fer ou quoi que se soit pour se défendre, ils étaient sans défense. Même l'objet dans leurs mains, il y avait beaucoup de chance pour qu'ils finissent tout de même déchiquetés. Ce n'était pas la façon dont il voulait mourir, il ne voulait pas mourir tout court d'ailleurs. Il avait survécu à plusieurs rencontre avec le créateur des Enfers et il allait être tué par une chose s'approchant plus du zombie que du démon ? S'en était presque pathétique.

« On doit y aller Angelo. »

Il regarda Camus, devinant son regard déterminé dans l'obscurité. Pourquoi le verseau était-il aussi calme ? Il avait conscience de ce qui allait sûrement leur arriver ? Et pourquoi il avait décidé de venir lui ? Si il n'avait pas voulu faire le beau devant Aphrodite jamais il n'en serait là ! La prochaine fois, il laisserait le duo infernal qu'était Milo et Camus s'occuper de leur affaire tous seuls... S'il y avait une prochaine fois.

« Camus a raison, allons-y. »

Sur ses mots, le voyant se releva avec lenteur, faisant bien attention de ne faire aucun bruit. Puis se fut au tour de Camus, non sans continuer à chercher du regard quelque chose pour se protéger. Angelo les observa quelques instants, toujours appuyé sur le canapé. Ses yeux passèrent du scorpion au verseau plusieurs fois et recherchèrent sur leurs traits la moindre chose qui pourrait indiquer qu'ils étaient en danger. Finalement, il inspira profondément, replaça les lanières de son sac sur ses épaules et se hissa sur ses pieds.

Le couloir était vide, leurs pas, eux, résonnaient dans le silence parfois troublé par une courte rafale de vent. L'air s'engouffrait souvent par les vitres brisées des fenêtres qui jalonnaient les murs. Il passait entre les trois hommes et se glissait dans les lieux dans un gémissement pareil à celui d'une âme en peine. Il en frissonnait. À côté de lui, Milo avait allumé sa petite lampe de poche, passant de tableaux en tableaux avant d'éclairer de nouveau le fond du couloir. Le léger tremblement de ses mains étaient la seule chose qui trahissait son anxiété ce qui réconforta étrangement Angelo. Camus quant à lui tapotait un message sur son portable, comme si tout ceci n'était qu'une promenade de santé. Puis il éteignit soudainement son écran et regarda droit devant lui.

« Je vous ai envoyé les photos du plan au cas où nous soyons séparé. »

Sa voix était trop calme, bien trop calme pour pouvoir rassurer ses deux amis. Milo sentit ses phalanges craquer lorsqu'il serra le plastique de la petite lampe avant qu'il ne chuchote :

« Ne dis pas ça comme si ça se passer. »

Sa voix tremblait pratiquement, malgré ses mâchoires crispées. Certes, Angelo et Milo pouvaient voir et entendre les esprits, mais Camus les sentait approcher. Il sentait leur énergie, leur cosmos glisser dans l'espace. Autour de lui, c'était un réseau grouillant qui s'entrelaçait et se chevauchait et tout ce que ses deux amis ne ressentaient pas, lui le percevait. Il l'avait sentit, en s'engouffrant dans ce couloir, tel un picotement glacial au bout de ses doigts.

Les escaliers n'étaient qu'à quelques mètres d'eux, ils pouvaient pratiquement voir les rampes sombres et les tapis anciennement beige. La créature n'était nul part en vue. Silencieusement Camus se concentra mais n'en sentit par la moindre trace dans les parages. Il s'interdit de rapidement regarder derrière lui et fit mine de ne pas avoir remarquer le mouvement qu'il avait vu du coin de l'œil.

« Dépêchons-nous... »

Il avança plus rapidement, se faufilant entre ses deux amis pour prendre la tête du groupe. Il entendit Milo grogner derrière de ne pas se mettre devant la lumière mais ne l'écouta pas. À la place il s'avança jusqu'aux grandes fenêtres qui faisaient face aux escaliers. De son coude, il frôla un pot de céramique bleue posé sur une petite table de bois, une feuille fanée se détacha alors. Il ne restait que les nervures, donnant cet aspect de dentelle à ce qui appartenu il y a longtemps à un rosier.

Avec précaution, ils descendirent les marches sans jamais arrêter de surveiller leur entourage. Angelo laissa ses doigts glisser le long de la rampe jusqu'à ce qu'il s'emmêlent dans une vieille toile d'araignée poussiéreuse. D'une mine dégoutée, il la chassa du revers de la main puis planqua ses mains dans ses poches. Son sac commençait à peser sur ses épaules seulement il n'y avait rien à faire : il regrettait tellement de les avoir accompagné.

Milo retenu son souffle en sentant une latte de bois grincer sous son poids, comme prête à rompre. Il s'appuya sur la rampe et fit de son mieux pour ne pas mettre trop de poids sur les marches. Celles-ci étaient âgées et qui sait la dernière fois que quelqu'un les avait utilisées. Un peu plus et il avait des chances de passer au travers. Il lança un coup d'œil à son meilleur ami qui s'en sortait beaucoup mieux.

Le verseau était connu pour être discret et silencieux, plus d'une fois il avait fait peur aux autres en se faufilant derrière eux. Le scorpion fronça légèrement les sourcils. Il ne savait pas si c'était la lumière fantasmagorique de la lune mais son ami ressemblait à un fantôme dans ce manoir. Il paraissait prêt à s'évanouir dans l'air, tel un spectre alors qu'il avançait sans aucun bruit. C'était à peine si il pouvait le voir respirer. Quelque chose l'inquiéta, peut être à cause de l'atmosphère inquiétante du manoir mais il eu peur que le médium ne disparaisse.

« Milo ?... » demanda Camus en sentant son ami poser une main sur son épaule.

L'homme aux cheveux bleus la dégagea rapidement, faisant signe de la tête au verseau de ne pas y prêter attention. Camus n'était pas un fantôme, Camus était bien vivant, il en était assuré. Il pria pour ressortir de cet endroit avant qu'il ne devienne fou. Pendant un instant il se demanda pourquoi ils ne se précipitaient pas pour ressortir d'ici puis il se rappela : les portes étaient closes, les planches de bois clouées aux fenêtres trop épaisses pour pouvoir être détruite sans faire un boucan infernal. Maintenant il savait ce que ressentait un héros de film d'horreur.

Tout à coup, il vit son meilleur ami se stopper net et se redresser, ses yeux fixés en contre-bas. Milo jeta un coup d'œil inquiet à Angelo qui lui rendit quand il entendit le médium rapidement inspirer. Ses doigts crispés autour de la rampe de bois sombre ne leur inspirèrent aucune confiance.

« Camus, ça va ? »

Dans une lenteur insupportable, l'homme tourna la tête vers eux. Ses yeux étaient totalement vitreux et donnèrent envie au voyant de lui crier que ce n'était pas le moment de faire une crise, qu'il fallait qu'il reste parmi eux. Seulement le verseau était encore conscient, il s'en rendu compte lorsque ce dernier crispa la mâchoire avant de souffler entre ses dents :

« Quand je vous dit 'courez', courez. »

Angelo avala difficilement sa salive. Ils étaient là, immobile sur cet escalier, suspendu au moindre mot du médium. Leur cœur battait à tout rompre, ils en entendaient le rythme frénétique dans leurs oreilles alors qu'ils retenaient pratiquement leur souffle. Milo fit semblant de ne pas voir le regard du verseau se poser derrière eux, il fit semblant de pas voir ses lèvres s'entrouvrir. Ses muscles se contractèrent, ses jambes étaient prêtes à bondir loin d'ici . Le médium n'avait qu'un mot à dire. Leurs yeux étaient rivés sur sa bouche, sans même cligner ni regarder ailleurs, jusqu'à ce que ça en soit douloureux. L'attente les tuaient.

« COUREZ ! »

Le médium se tourna et dévala les escaliers, suivit par ses deux amis quand le cri strident de la créature déchira le silence et glaça leur sang. Angelo accéléra, sautant les quatre dernières marches avant de s'élancer dans l'escalier menant au rez-de-chaussée. Du coin de l'œil, il vit la peau pourrie du monstre qui les poursuivait, manquant de rater une marche.

En bas, Camus regarda rapidement autours de lui, essayant désespérément de se repérer. Les grandes portes, le vase à gauche et l'applique brisée à droite. La salle à manger, à côté des cuisines et à quelques pas du petit salon. La créature était derrière eux. Il appuya sur ses talons et courut aussi vite qu'il put.

« À DROITE ! » cria-t-il de toutes ses forces.

Milo ignora son souffle court. Il prit son élan et ne s'arrêta même pas lorsqu'il s'engouffra dans le couloir indiqué par son meilleur ami. Il entendit derrière les chaussures d'Angelo déraper et le pas lourd de la créature briser quelque chose, probablement les marches de l'escaliers. Camus était à quelques mètres, regardant frénétiquement tout autour de lui dans l'espoir de trouver la bonne salle mais la distance entre eux devenait de plus en plus grande. Milo sauta au dessus d'une poutre en bois abandonnée sur le marbre et le temps de relever les yeux, le médium avait déjà disparut au croisement d'un couloir.

« GAUCHE ! TROISIÈME PORTE ! »

Instinctivement, Milo hocha la tête, regarda un court instant derrière lui pour voir arriver Angelo avant de se remettre à courir, bien plus rapidement qu'auparavant. Le couloir était sombre, sans aucune fenêtre pour ne serait-ce qu'apportait un peu de lumière. Le scorpion visa le sol de sa lampe torche et esquiva les morceaux grossiers de mur ou de bois qui jonchaient le sol. Angelo, à quelques pas de lui fit de même, non sans pousser Milo à avancer plus vite. Le monstre n'était pas loin, pas loin du tout.

Enfin, il vit la silhouette des portes grandes ouvertes un peu plus loin dans le noir et sans même y réfléchir, il attrapa le poignet d'Angelo qu'il tira de toutes ses forces vers lui. Tous deux bondirent au dessus d'un vieux tableau et s'engouffrèrent dans la pièce.

Le faisceau de la lampe de poche passa rapidement sur les chaises partiellement détruite qui jonchait le sol, sur la table poussiéreuse qui était dressée, pas qu'ils eurent l'occasion de le remarquer. Milo pointa la lumière sur les murs, sur le sol, sur tout ce qu'il pouvait sans même se rappeler ce qu'il cherchait exactement.

« LÀ ! »

Angelo s'élança vers la cheminée éclairée par le scorpion et se saisit de grandes tiges en métal. Les tisons ! Il en attrapa un et l'observa avec incrédulité. Ses yeux se levèrent vers l'homme resté à la porte. Puis il le vit, doucement s'élever.

« MILO ! »

Il envoya la barre de métal à son ami qui se retourna et bloqua les longues griffes du monstre. Malheureusement, l'être était bien plus fort que lui : il ne pouvait pas tenir et le tison et la lampe de poche. Il se résigna à jeter sa seule source de lumière avant de fermement empoigner le fer de son autre main et de se concentrer sur la créature. Angelo profita que l'attention de la bête soit tourner contre le voyant pour rapidement s'avancer et abattre le fer de son arme sur la chose.

D'un revers de la main, elle essuya l'attaque de l'italien, l'envoyant valser contre un mur par la même occasion. Milo n'eut même le temps de crier son nom que la créature pressa d'autant plus contre son tison. Il ne sentait plus ses poignets, il ne sentait plus ses mains. Il ne sentait même plus son cœur qui battait si vite qu'il aurait put s'arrêter. Ce qu'il sentait, c'était l'haleine fétide et moite de la chose mourir sur son visage ainsi que le tranchant de ses dents qui s'approchaient bien trop de sa peau à son goût.

Lorsque le monstre empoigna soudainement le tison et l'arracha des mains de Milo. Le scorpion sentit son corps être projeté quelques mètre. Sa cheville se tordit alors qu'il atterri sur le sol froid, manquant de peu le pied de chaise près de son crâne et déjà une affreuse douleur brûla sa main droite. Quelle ne fut pas son horreur d'ailleurs lorsqu'il vit son indexe ensanglantée, une partie de son ongle littéralement arraché.

La créature jeta le pauvre bout de métal qui alla se ficher dans un mur dans un fracas. Elle s'approcha lentement de Milo, glaçant le pauvre homme de son aura menaçante puis elle attrapa le bras gauche de l'humain comme si il s'agissait d'une vulgaire poupée de chiffon. Le scorpion sentit sa peau visqueuse et frissonna autant de peur que de dégoût. L'odeur pestilentielle de la chose, clair mélange de chair putride et d'eau croupie, lui arracha un haut-le-cœur qu'il réprimanda difficilement. Puis, il sentit les dents de la créature s'ancrer dans la chair au dessus de son poignet et quelque chose au plus profond de lui se brisa.

Milo abattit violemment sa main droit sur la chose. Il déchira ce qu'il imaginait comme être le visage de la bête de ses ongles. Elle glapit de douleur, lâcha l'humain et recula de trois pas en secouant ses tissues en charpies. Milo grimaça, pressant son bras blessé contre ses flancs avant de relever les yeux vers le monstre.

Il se débattait, ramenait ses griffes vers sa face alors qu'il laissait échapper de long cris semblable aux grincement d'ongles sur un tableau noir. Il se débattit. Il vacilla à droite, puis à gauche, manqua la table d'ébène de quelques centimètre et les bris de bois qui jonchaient le sol. Il tenta de se jeter de nouveau sur le scorpion mais s'effondra à la place, emporté par de violant spasmes alors qu'il continuait ses jappements stridents.

Milo observa la chose horrifié avant de croisé le regard tout aussi terrifié d'Angelo qui, contre le mur, était totalement tétanisé. L'italien tenait son tison dans ses mains comme une bouée de sauvetage, comme si c'était la seule chose auquel il pouvait se raccrocher alors que ses yeux ne quittait pas la créature. Qu'est-ce que c'était que ce bordel ?

Milo recula loin de la chose qui commençait à se décomposer par terre, rapidement il rejoignit Angelo. C'était quoi ce bordel ?! Il releva rapidement sa main vers lui, cette dernière couverte de chair noirâtre qui partait littéralement en fumée, comme la chose face à eux. Une simple griffure et pouf, plus rien ? C'était ça la faiblesse de cette chose ?

Devant leurs yeux, la chose se désintégra lentement. Milo laissa sa main retomber à ses côtés alors qu'il respira profondément. La créature était morte. C'est tout ce qui importait. Il s'en foutait de comment et pourquoi, tant que ce truc ne pouvait plus leur faire de mal, tout allait bien.

Angelo relâcha enfin le tison de ses mains avec difficulté. Il avait tenu tellement fort l'objet en fer que ses phalanges refusaient pratiquement de s'ouvrir. Il avait la nausée, que ce soit à cause de l'odeur que dégageait la créature ou seulement de tout le stress qu'il venait d'encaisser, et ne pouvait pas se relever, ses jambes refusait catégoriquement de lui répondre. Sans même s'en rendre compte, il serra et desserra plusieurs fois les poings avant de se saisir de son sac qui avait échoué à quelques centimètres de lui. Il le prit et l'entoura des ses bras non sans s'assurer que le Livre des Morts était en parfait état.

« Je suis mort. Je crois que je suis mort. »

Milo hocha seulement la tête : il comprenait exactement ce que ressentait son ami à cet instant. Si ça n'avait été pour une montée d'adrénaline, il serait sûrement rien de plus qu'une carcasse à l'heure qu'il était. Il réalisa soudainement à quel point il avait été proche de la mort. Il jeta un regard à la plaie sur son bras où l'on pouvait clairement voir les marques de dent. Ça le brûlait à présent, sur le coup il ne l'avait pas vraiment sentit mais maintenant la douleur se réveillait. Il était pratiquement mort.

« Milo, fit la voix de nouveau inquiète d'Angelo. Où est Camus ? »

Le voyant se releva presque instantanément et courut jusqu'à sa lampe de poche. Il la saisit puis éclaira rapidement autour de lui dans l'espoir de retrouver son meilleur ami. Il passa le faisceau sur la table, sur le sol, près de la cheminée mais rien et il était tellement paniqué à l'idée de le perdre qu'il en oublia la douleur latente qui prenait son bras gauche. Il avança plus profondément dans la salle, poussant d'un coup de pied une chaise abandonnée seulement plus il cherchait, plus l'angoisse lui prenait les tripes.

« Camus ! Camus ! » cria-t-il plusieurs fois.

Angelo se releva doucement, non sans grimacer en sentant une vive douleur dans son dos. La chose l'avait littéralement jeté contre un mur après tout, au moins le Livre des Morts n'était pas abimé. Il chercha du regard le verseau, suivant parfois le faisceau lumineux bien que la lumière qui passaient entre les planches au fenêtre lui suffisait pour voir. La pièce était sombre, vaste et dévastée. Jusqu'à maintenant, ils n'avaient pas eu l'occasion de trainer dans cette partie du manoir et c'était plutôt troublant. Tout était en parfait état à l'intérieur, que ce soit dans les couloirs ou dans les quelques pièces qu'ils avaient visités au début de la soirée, pourtant tout ici était détruit.

Lentement, il s'avança vers la grande table où les couverts étaient disposés. Certaines assiettes étaient détruites, les bouts de porcelaine jonchaient la nappe clair maculé de tâche beige et d'autre d'un marron sale. Il fronça les sourcils alors qu'il se pencha au dessus d'une assiette creuse dans laquelle se trouvait un épais dépôts, trop épais pour n'être que de la poussière. Dans certains verres de cristal, une substance brune et séchée entachait leur fond et sur des plats, des choses noirâtre formaient une masse vaguement reconnaissable.

« Milo... Viens voir ça un instant...

- Pas avant d'avoir trouvé Camus ! »

L'italien le regarda quelques instants s'agiter autour de lui, Milo courait jusqu'aux rideaux pour violemment les jeter dans tous les sens. Puis ses yeux tombèrent de nouveau sur la table. C'était dérangeant. Un manoir rempli de meubles, certes, pourquoi pas, ça arrivait souvent qu'après un décès, les héritiers décidaient de vendre le bien sans même toucher à l'intérieur. Maintenant une pièce où de la nourriture plus pétrifiée que pourris était encore disposée sur la table, là c'était inquiétant. D'autant plus lorsque la dite pièce semblait avoir été ravagée. Était-ce la chose qui avait fait tout ces dégâts ?

Sous ses pieds, l'italien sentit quelque chose craquer et recula d'un pas. Il s'accroupit légèrement, attendit quelques secondes que ses yeux s'habituent à l'obscurité avant qu'il ne voit le contour de ce qui était il y a longtemps une assiette de porcelaine. Lentement, il se saisit d'un morceau brisé en faisant bien attention de ne pas se couper puis se releva. Il y avait une inscription au revers de la porcelaine. Angelo ne s'y connaissait pas vraiment en objets de collection mais il savait avec certitude que la peinture qui s'était effacée à l'arrière l'assiette était une estampille.

Curieux, il s'approcha d'une des grandes fenêtres et chercha à lire ce qui y était inscrit. Il grogna légèrement, la lumière de la lune était clairement insuffisante. Il avait beau pratiquement se coller aux vitres sales, rien n'y faisait. Il se rappela soudainement de son portable et de la fonction lampe de poche dont il était doté. Pendant un instant, il eu envie de se baffer : ils avaient galéré avec leur pauvre lampe de poche alors qu'ils avaient depuis le début de quoi faire de la lumière. L'homme enfonça sa main dans sa poche de jean et ressortit l'appareil. Vraiment, quelle bande d'idiot se dit-il encore une fois. Ça lui donnait presque envie de crier !

« T'entends? »

La remarque de Milo le fit sursauter, manquant de peu de faire tomber son portable. Avant qu'il ne puisse répondre, le scorpion lui fit signe de se taire. Il écouta donc, tendant l'oreille au moindre bruit tout en rangeant son portable dans sa poche. D'abord, rien, seulement le chuchotement du vent qui s'engouffrait dans la demeure. Puis à mesure que son ouïe s'adaptait au silence qui les entouraient, il l'entendit. Quelque chose qui résonnait contre les murs, à peine assez fort pour ne pas être masqué par les courant d'air qui hantaient désormais les lieux et la respiration toujours sifflante des deux hommes.

Milo dirigea lentement sa lampe vers la cheminée, s'avança puis se stopper devant l'âtre. Angelo hésita mais finit par le suivre, abandonnant son morceau d'assiette. Tout deux, ils écoutèrent de nouveau, côte à côte. Il n'y avait plus de monstre, du moins ils l'espéraient, mais l'air restait pourtant bien lourd. Et il avait cette désagréable impression, celle d'être observé. L'italien jeta un coup d'œil rapide à l'une des toiles pendant mollement au mur, le visage d'un homme à moitié arraché.

Si ils étaient seuls, d'où venait ce bruit ? C'était si proche et pourtant si loin, il semblait venir des murs en eux même. C'était irrégulier et sourd, comme si on frappait sur quelque chose ou quelqu'un. Et si il s'agissait d'un fantôme ? Camus était le seul capable de voir tous les esprits, eux ne voyaient que ceux qui se décider à apparaître devant leur yeux.

« C'est quoi ça ? »

Angelo arracha la lampe des mains du scorpion sans lui laisser le temps de seulement répondre. L'italien désigna du faisceau lumineux un coin de la pièce où, non loin de la cheminée et en partie masqué par les épais rideaux qui tombaient en morceaux, un éclat doré attira son attention. Il n'attendit pas une minute de plus pour venir se planter devant, sans faire attention aux morceaux de verre et de porcelaine brisés qui crissaient sous ses pieds.

Une porte. Les contours d'une porte se dessinait devant lui. Elle avait été décorée de sorte à se fondre parfaitement dans les décors élaborés du mur. Par curiosité, il posa son oreille contre le bois peint de l'ouverture et écouta sous les yeux toujours inquiet de Milo. Il sursauta lorsqu'un coup, plus fort que ceux portés auparavant, résonna contre la surface. Immédiatement, il tourna avec violence la poignée ronde mais tout ce qu'il réussit à faire était d'égratigner sa peau sur le métal rouillé. L'homme n'abandonna pas et mit un violent coup d'épaule contre la porte. Rien. Il grimaça de douleur mais recommença, en vain. Elle n'avait même pas frémit sous les assauts incessants de l'italien.

« Merde ! » jura-t-il dans sa propre langue.

Impuissant, il mit un coup de poing dans le bois sombre. C'était tellement rageant, d'être là, incapable de faire quoi que ce soit quand il était pratiquement certain que leur ami était derrière. Que devait-il faire ? Rester ici et être totalement inutile ? Si ils arrivaient à tous ressortir d'ici, Angelo retrouverai cet enfoiré de millionnaire Écossais qui les avaient engagés et il lui ferait bouffer son acte de propriété.

« Dégage ! »

Il sentit la main de Milo sur son épaule le pousser en arrière et manqua de tomber, le scorpion trop occupé à brandir le tisons qui lui avait servit d'arme quelques minutes auparavant. Il l'abattit sur la poignée, pénétrant dans le bois avec une facilité déconcertante. Il arracha d'un coup sec la pointe de métal, des éclats ébènes se détachèrent et s'échouèrent sur le parquet. Milo frappa de nouveau, entamant avec fureur la porte qui peu à peu tombait en morceaux. Son sang commençait à sécher sur son bras et pourtant le voilà, plus déterminé que jamais, attaquant à grand coup de tison une épaisse porte dans l'espoir de sauver son meilleur ami. Dans un bruit métallique, la poignée tomba à terre.

« CAMUS SI T'ES MORT JE TE TUE ! »

Alors qu'il finit par percer le bois, Angelo vint lui prêter main forte. Celui-ci sursauta en sentant un courant d'air glacer parcourir ses bras mais il reprit rapidement ses esprits et s'évertua à détruire la porte qui les opposaient toujours. Lorsque l'ouverture fut assez grande, le scorpion balança son tison sur le parquet et mit un grand coup de pied dans les bouts restant. La porte cassa dans un bruit sec sous la force du coup et Angelo arracha les morceaux de ses mains avant que tout deux ne s'engouffrèrent dans la pièce.

Il faisait noir, totalement noir, Milo ne pouvait même pas voir sa main devant lui alors qu'il avançait à tâtons. Le sol sous ses pieds paraissait plus mou qu'auparavant, probablement un tapis ou de la moquette, cependant il y avait quelque chose qui craquait sous son poids. Non pas comme du parquet, non, c'était différent mais pourtant familier. Il connaissait se bruit mais ne pouvait pas mettre le doigt dessus.

Sans attendre une minute de plus, Angelo se saisit de la lampe poche qui pendait à son poignée gauche par la dragonne. Par chance, elle marchait toujours malgré la bataille contre la porte qu'ils venaient de mener. Il la dirigea tout d'abord sur le sol et ils virent tous deux avec étonnement une couche de ce qui ressemblait à du gel recouvrir un épais tapis rougeâtre. La lumière passa du sol aux murs exigües de ce qui était un couloir.

À l'instar du reste du manoir, les murs étaient ici d'une pierre massive et d'un gris anthracite pratiquement noir. Milo passa sa main sur la surface irrégulière, c'est fou mais ça lui rappelait ces bouts de roches volcaniques que Camus ramenait parfois de ses voyages en France. Du granite, ça ressemblait à des épais blocs de granites taillés. Et au fond du couloir sombre, une arche s'ouvrait sur une pièce totalement plongée dans l'obscurité.

Les deux hommes retinrent leur respiration, l'espace d'un instant : l'air glacial autour d'eux était tellement étouffant, tellement lourd et saturé d'une odeur de fruits mûrs. Et de grenade.


Lorsque Camus ouvrit les yeux, ce fut avec une affreuse migraine qui l'empêcha de garder les paupières ouvertes pendant ne serait-ce que quelques secondes. Il grogna légèrement, tant son esprit était empli de brume et son corps, se réveillant peu à peu, lui semblait lourd. Avec difficulté, il ramena une main sur son visage puis frotta ses yeux fatigués avant de la poser sur son front plus chaud qu'à l'habituel. Où était-il déjà ? Et que s'était-il passé ? Il se souvenait vaguement du monstre, de la course poursuite dans le manoir mais pas de grand chose d'autre.

Au bout de longues minutes, il réussit enfin à entrouvrir de nouveau les yeux et ce fut un plafond d'un bleu profond incrusté de petites lumières qui l'accueilli. C'était étrangement familier, il avait déjà vu ça quelque part mais où ? Le médium fronça les sourcils alors qu'il laissa, sans s'en rendre compte, sa main glisser de son visage au canapé. Quand il sentit une soudaine chaleur se déposer sur son front rapidement mêlé à une pointe de douleur, il sursauta. Hadès était désormais penché au dessus de lui avec cet air soucieux.

« Hadès.. »

Le souffle du médium fit s'envoler l'une de ses longues mèches qui doucement retomba près de ses lèvres où elle reposait quelques secondes auparavant. Le dieu s'accroupit, lentement et Camus le suivit du regard, bien qu'il peinait à garder les yeux ouverts. Son mal de crâne commençait à peine à s'estomper et il se doutait que le touché du créateur sur son front y était pour beaucoup. Il sentait le cosmos du créateur caresser sa peau, c'était réconfortant, bien plus que le regard inquiet qu'on lui adressait. Lorsque l'entité laissa sa main glisser jusqu'à sa joue et avant de s'en rendre compte, le médium posa sa paume contre sa main.

« Comment te sens-tu ? »

La voix du créateur était plus basse qu'à l'habituelle, s'en était déchirant. Camus était tellement désolé de le voir ainsi, accroupi devant lui, avec tant de peine et de peur peint sur ses traits. Malgré tout, il ne pouvait pas s'empêcher de se réjouir d'une chose il avait l'air d'être sortit en un seul morceau de cette histoire de manoir. Quand était-il d'Angelo et Milo ? Et si ils leur étaient arrivé quelque chose ? Le médium sentit son anxiété lentement lui tordre l'estomac.

« Où sont.. Où sont les autres ?...

- Ils vont bien. Ton ami Milo a détruit l'être qui en avait après vous et n'a gardé de leur rencontre qu'une morsure. Il se trouve qu- Non ! Non ! Reste allongé ! »

Le médium grogna légèrement lorsque l'entité le poussa de nouveau dans le canapé. Il ne pouvait pas rester ici lorsque Milo était blessé ! Malgré tout, il était incapable de bouger et pas seulement parce qu'un dieu le retenait mais aussi parce que tout son corps lui faisait atrocement mal.

« Ton ami va bien, lui et ton autre ami sont allés chez le sorcier.

- Aphrodite ?..., demanda le verseau d'une petite voix.

- Il me semble. »

Camus reposa une main sur son front et ferma ses paupières avant de légèrement soupirer. Certes, Aphrodite allait les soigner, mais il allait aussi les tuer juste après : ce n'est pas comme si le sorcier les avait clairement défendus de s'approcher du manoir. Maintenant, il comprenait pourquoi.

« Que m'est-il arrivé ?... »

Il rouvrit les yeux et croisa le regard du dieu. Se dernier hésita, ouvrant la bouche pour la refermer. Éventuellement, il lui expliqua :

« Tu as été retrouvé dans une pièce, inconscient. »

Le verseau enfonça sa tête dans un coussin avant de poser ses mains sur ses yeux et de soupirer d'autant plus. Lentement, très lentement, il commençait à se souvenir de ce qui lui était arrivé. Il remontait le fil de ses souvenirs : il se souvenait du manoir, de la poursuite, de la grande salle à mang-

« Tu étais prisonniers d'un domaine. »

L'humain enleva ses mains et regarda l'être assit calmement à ses côtés qui venait de le couper dans ses pensées. Il se souvenait du domaine dans lequel on l'avait trainé de force. Il était rentré dans la salle à mangé, les grandes portes étaient par chance ouverte et il se rappela avoir trouvé ça étrange mais n'y avait pas réellement fait attention. La situation était trop dangereuse pour qu'il ne se pose un tas de question, seulement désormais, ça lui semblait tellement évident.

« Tes amis l'ont détruits.

- Ils s'en sont rendus compte ? »

Hadès parut réfléchir quelques instants, son regard jais se posa sur les peintures sur le murs.

« Je doute qu'ils sachent seulement qu'il s'agissait d'un domaine démonique. »

Cela confirmait les craintes de Camus. Il ferma les yeux, poussant un soupire presque silencieux. Ça avait été un désastre, du début à la fin. Il aurait du le savoir, au moment même où il avait posé le pied dans ce satané manoir... Lui qui était sensible aux esprits résiduels, quelle bonne idée de se jeter tête la première dans un manoir hanté.

Il rouvrit les paupières et observa les lumières qui ornaient le plafond. Doucement, il se releva sur ses coudes sous le regard attentif du créateur, puis s'assit sur le canapé gris et noir. Il sentit la moquette épaisse sous ses pieds et manqua de peu la table basse. Ses yeux glissèrent sur la grande table de verre non loin où trônait un lys, fier et droit dans son vase. Puis il vit à travers la baie vitrée la ville où les gratte-ciels s'élevaient, éclairés dans la nuit.

« Cet endroit, fit Camus en fronçant les sourcils. C'est... votre domaine ? »

Hadès vint s'asseoir à ses côtés, prenant le temps d'observer ce qui l'entourait. Il concéda d'un geste de la tête avant d'ajouter :

« Je l'ai fait naitre du néant.

- C'est magnifique. »

Camus regarda de nouveau autour de lui, toujours autant étonné. Hadès lui avait parlé quelques semaines auparavant du néant, des domaines. De la façon dont les domaines n'étaient pas vraiment des illusions mais de véritable création. Ce n'étaient pas que des écrans de fumés comme Camus avait put le croire mais de mondes physiques à part entière. Il était donc logique que ça ne piège pas seulement l'âme mais le corps tout entier.

Il avait été étonné et c'est ainsi qu'il apprit que sa première visite dans le domaine du créateur ne dura pas des heures mais quelques malheureuses minutes. Le verseau aurait pourtant juré avoir sentit le cosmos de Shaka l'entouré, mais ce n'était rien de plus qu'un peu d'énergie sur un sceau qu'avait glisser l'indien dans sa poche. Il comprenait désormais pourquoi son précieux talisman était resté en la possession du créateur pendant des jours. Quant à ses heures plongés dans le coma, il s'agissait que d'un flagrant manque d'énergie : sa première vite dans un domaine démonique l'avait épuisé.

Hadès observa le jeune homme clairement perdu dans ses pensées. Ce dernier ne faisait plus attention à quoi que se soit, plongé dans de profondes réfections. Discrètement, le créateur en profita pour inspecter les bandages qu'il avait appliqué sur les bras de l'humain lorsque celui-ci était toujours évanoui. Camus n'avait toujours pas remarqué sa tenue ni même les pansements qui s'étalaient un peu partout sur sa peau.

« Camus. »

L'humain tourna la tête vers lui et il dû attendre plusieurs secondes avant d'être sûre que le français allait l'écouter.

« Qui as-tu vu dans le manoir ? »

La question dérangea quelque peu le verseau : Hadès ne lui avait pas demandé ce qu'il avait vu mais qui il avait vu. Alors il s'enfonça légèrement dans le canapé, releva légèrement la tête comme dans un contemplation silencieuse pendant qu'il réfléchit à quoi répondre. Le créateur semblait en savoir déjà beaucoup, bien plus que lui.

Hadès vit l'humain légèrement froncer les sourcils, juste l'espace d'un instant, avant que deux yeux indigos s'ancre dans son regard. Il était troublé, il ne craignait rien et il le savait mais l'humain avait seulement cet air troublé. Camus passa une main dans ses cheveux qu'il nota détaché. Maintenant qu'il y pensait, il ne portait pas ce débardeur ni même ce jean lorsqu'il était dans le manoir. De même, il remarqua enfin le bandage autour de son poignet. Il le regarda rapidement avant de hausser les épaules et de nouveau reporter son attention sur le créateur.

« Lorsque nous sommes entrés, la voix de l'homme était incertaine alors qu'il commença son récit. Lorsque nous sommes entrés, j'ai sentis tant de présences que j'en eux la nausée. Au bout de quelques heures, et accessoirement une course poursuite intense avec une créature étrange, j'ai finis par clairement sentir un cosmos très oppressant. Depuis le début j'avais la sensation d'être observé. Puis la créature nous a retrouvé alors que nous étions en train d'essayer de rejoindre le rez-de-chaussée. »

Camus s'arrêta, le temps de reprendre sa respiration. Le créateur l'écoutait attentivement, il s'était d'ailleurs rapprocher sans que le verseau n'en ai eu réellement conscience. Non, l'humain était perdu dans sa propre histoire, cet air concentré sur le visage.

« J'étais devant Milo et Angelo, j'avais étudié le plan de la maison avant de venir ici. Nous devions nous rendre dans une salle à manger qui se situer au milieu de l'aile est. Les portes étaient grandes ouvertes et sur le coup, j'avais trouvé ça étrange mais vous vous doutez bien qu'étant toujours poursuivit par quelque chose qui ne nous voulez aucun bien, je suis rentré. Il y avait cette porte ouverte près de la cheminée et autant vous dire que je suis tombé tête la première dans le piège. »

L'humain redressa légèrement la tête et sourit avec fatigue avant de passer ses mains sur ses yeux.

« Ne dit-on pas 'jamais deux sans trois' après tout ?, demanda-t-il désabusé. Je pense que ma curiosité aura raison de moi... Une fois la porte franchit, je n'avais aucun moyen de sortir.

- N'avais-tu pas le moindre objet en fer ou même une quelconque potion ?, Camus hocha la tête de droite à gauche.

- Non, malheureusement j'ai perdu mon sac lors de notre première rencontre avec la créature. Le domaine en lui même était vraiment étrange : il s'agissait d'une seule vaste pièce. Elle me rappelait une salle de balle : ronde, sans le moindre meuble et surmontée d'une verrière. Il y avait... Il y avait des peintures tout autour de la voute, je crois qu'une scène de la bible y était dessiné. Je n'en suis pas vraiment sûr, la seule lumière éclairant la pièce étant celle de la lune...

- L'endroit était-il désert ? »

Camus détourna son regard devenu peu à peu lointain pour le poser face à lui. Pendant un court instant, Hadès se demanda si l'humain allait de nouveau perdre connaissance, bien que rien ne l'indique. Le verseau était seulement tellement calme que c'en devenait inquiétant.

« Je... Je n'en sais pour être sincère. La pièce était pratiquement plongée dans le noir, hormis le centre éclairé grâce à la verrière. Je sais qu'il y avait quelqu'un, je sentait clairement sa présence mais je n'ai rien vu. Puis plus rien. J'ai perdu connaissance »

Enfin, il se tourna de nouveau vers le créateur et le regarda avec sincérité. Hadès finit par soupirer et se releva, entrainant avec lui l'humain qui trébucha légèrement. Cet escapade dans le manoir hanté l'avait épuisé.

« Lorsque tes amis t'ont amenés à moi, tu empestais Camus. Tu empestais cette écœurante odeur de grenade. »

Camus ne répondit rien, se contentant d'essayer de tenir sur ses jambes. Le créateur remarqua rapidement le manque d'énergie de l'humain et le soutenu avant de lentement l'emmener jusqu'à la cuisine ouverte. Là, il laissa le verseau se tenir au plan de travail qu'il contourna.

« La même odeur qui s'accrocha chaque fibre de mon être pendant des jours et des jours. Ainsi, j'ai suffisamment de raisons de penser que quiconque t'a épié aujourd'hui à un lien avec mon emprisonnement au sein du Néant. »

Rapidement, il se saisit d'une planche en bois, d'un couteau ainsi que trois pommes vertes qu'il coupa en quart parfaitement égaux. Il sortit un bol en verre où il disposa les morceaux avant de se saisir d'une mangue dans la corbeille de fruit en métal. Avec la même dextérité, il retira la peau du fruit mûr et coupa la chair d'un jaune orangé éclatant en cubes. Camus pencha la tête légèrement sur le côté, fasciné : il n'aurait jamais imaginé voir un jour un dieu cuisiner.

« Quelles sont les autres raisons ? »

Le créateurs mit les dés de mangue dans le bol, posa la planche et le couteau dans l'évier avant d'attraper une grappe de raisins noirs. Il ouvrit le robinet.

« Te souviens-tu des trois démons ?

- Si vous parlez de ceux qui ont essayé de me tuer il y a trois mois, alors oui. Il serait dur de les oublier. »

Une fois le raisin nettoyé, l'entité mit les grains un à un dans le bol, malgré le manque évident d'espace. Ça ne paraissait pas le perturber pour autant.

« Il se trouve qu'ils sont à présent sous mes ordres.

- Oh. »

Du coin de l'œil, il vit Camus devenir visiblement tendu et il ne put s'empêcher de légèrement sourire avec malice.

« Il n'a jamais été dans mon attention de te blesser, et encore moins de tuer. Pour une raison que j'ignore, ils étaient persuadés que tu usais de ma personne.

- Je sais, et sauf votre respect, ils ne sont pas des plus perspicaces. »

Hadès rigola légèrement : il ne pouvait démentir les dires du médium. Il jeta la branche de la grappe, manquant de peu dans son élan de faire tomber les grains qui tenaient dans un équilibre précaires puis passa ses mains sous l'eau.

« Tu as fais très forte impression auprès de Rhadamanthe.

- Rhadamanthe ?

- Celui que tu as, ma foi, parfaitement viser avec ton essence d'alkana. La marque ne l'a quitté il n'y a qu'une semaine. Il n'a aucun désire de s'approcher de toi de nouveau.

- Eh bien, le sentiment est réciproque, Camus passa sa main sur son cou. Je tiens à dire que les hématomes qu'il m'a gentiment laissé ont mis du temps à disparaître eux aussi.

- Je lui ferais la commission. »

Le créateur prit un torchon rouge aux coutures noirs, se sécha les mains puis le plia avant de le reposer près de sa salade de fruit. Et ce qui devait arriver arriva : les raisins dégringolèrent sur le plan de travail sous le regard amusé du verseau et celui déçu de l'entité. Sans un mot, Camus contourna l'îlot de cuisine et vint rejoindre le créateur.

« Avez-vous un saladier? »

Hadès désigna un placard pendant qu'il se battait pour récupérer les grains avant qu'ils ne chutent. Camus s'accroupit et trouva rapidement un saladier en plastique bleu. Il referma le placard, tendit le récipient au créateur qui y mit les raisins, puis le reste des fruits coupés.

« Ils n'ont rien de démoniaques, reprit Hadès, excepté peut être Minos. Il s'agit des trois juges infernaux et les seuls qui semblent tenir à ce que je récupère ma place. Ils avaient, en quelque sorte, une raison de t'attaquer.

- Stupide raison, maugréa le verseau.

- Certes, mais à leurs yeux, leur raison restait parfaitement valable. »

Hadès se retourna et attrapa dans un placard un grand verre doseur gradué dans lequel il versa un quart d'eau. Il sortit un paquet de sucre, ajouta quelques cuillères dans l'eau et remua alors qu'il continua d'expliquer au médium son raisonnement.

« Or, cette 'présence', nommons-la ainsi, n'aurait aucune raison apparente de t'enfermer dans un domaine. Domaine qui, comme tu le sais, sont souvent une source d'épuisement considérable mais aussi particulièrement difficile à réaliser. »

Le verseau regarda alors tout autour de lui le domaine créé par la dieu et au moment où il ouvrit la bouche, Hadès ajouta :

« Je suis un dieu Camus, créer un domaine n'est rien pour moi. »

Hadès ouvrit de multiple placard, cherchant avec ferveur quelque chose. Camus ne put s'empêcher de s'appuyer sur le plan de travail et d'hausser un sourcil : c'était la première fois qu'il voyait le créateur s'agiter autant. Malgré des mois passés dans le monde des humains, il n'avait pas autant d'énergie qu'en ces lieux. Après tout, ce domaine lui appartenait : il était empli de son cosmos.

« Donc, d'après vous, cette 'présence' en a après moi et dons en a après vous ?

- Je sais parfaitement bien que par le passé, tu as eu l'occasion de rencontrer autant d'esprits que de démons seulement, tout ce qui essaie d'attenter à ta vie depuis les quatre derniers mois à un lien avec ma personne. »

Hadès finit par ressortir deux flacons d'un placard, l'un rempli d'une poudre d'un brun si foncé qu'il paraissait noir que le verseau reconnu comme de la vanille et l'autre, probablement de la cannelle s'il se fiait à la teinte.

« J'ignore ce que vous avez bien put faire pour être haït à ce point.

- La haine que l'on porte à mon égard m'est bien égale, il n'y a qu'un seul détail qui m'agace.

- Quel est-il ? »

Camus regarda le dieu ajouter ses épices dans l'eau sucrée puis mélanger de tout. Il le suivit du regard lorsqu'il rangea les flacons pendant qu'il attendait patiemment sa réponse. Hadès ne tarda pas à lui donner, mélangeant de nouveau l'eau dans le récipient.

« Hormis mes juges, les autres dieux ignorent que je ne me trouve plus, et ce depuis des mois à présents, perdu dans le Néant. J'ai bien peur que lorsque la nouvelle sera propagée, tu ne te retrouve une fois de plus être dans une situation dangereuse.

- N'êtes-vous pas celui qui me répète sans cesse que je suis déjà mort ? »

Le créateur versa silencieusement le mélange dans le saladier. Ensuite de quoi il déposa le verre ainsi que le bol dans le lavabo où la vaisselle commençait à s'accumuler. Puis, mimant Camus, il s'appuya contre le plan de travail et le regarda, les bras croisés.

« Il y a bien pire que la mort. L'oubli en fait partie. »

Camus laissa son regard tomber sur le sol, n'ayant rien à répondre aux mots du dieu qui avait loin d'avoir tort. Il n'aimerai pas tout oublier, ne plus se rappeler ni de Milo, ni d'Isaac et Hyoga et de tous ses amis qui au fil du temps était devenu sa famille. Le yeux toujours rivés sur le parquet flottant, il ne vit pas le regard de l'entité se radoucir.

« Approche. » fit le dieu en toute quiétude en se poussant du plan de travail.

Camus releva la tête et s'avança. Hadès posa ses mains sur ses épaules pour le guider face au saladier. Planté là, le verseau lui lança un regard perdu. Qu'était-il sensé faire ? Regarder le saladier ? Le créateur lui accordait un sourire bienveillant lorsqu'il se saisit de ses mains et les posa sur le plastique, de part et d'autre de récipient. Il laissa ses mains au dessus de celles glacial du verseau.

« Fais-moi confiance. »

Il lui faisait confiance, ce n'était pas le problème. Le problème était qu'il n'avait pas la moindre idée de ce que le créateur voulait qu'il fasse. Puis, il sentit soudainement le cosmos du dieu contre ses mains le faisant d'ailleurs brusquement sursauter. Un peu plus et il faillit, par inadvertance, envoyer la salade dans le visage d'Hadès qui le surplombait. Le cosmos rouge du dieu couvrait leurs mains et curieusement, teinta les ongles du verseau du même éclat écarlate.

Il fallut peu de temps avant que Camus ne sente son propre cosmos répondre à celui de l'entité et il ne put que regarder avec étonnement le saladier doucement se givrer. Progressivement, le contenu du récipient refroidissait, même si il ne pouvait pas vraiment le voir il pouvait le sentir. Ce ne fut qu'une question de seconde avant que les fruits ne soient recouverts du même givre qui couvrait déjà le saladier. Hadès cessa alors de faire brûler son cosmos et retira les mains de l'humain du plastique sans pour autant les lâcher.

« Tu me parais bien étonné.

- J'ignorais que l'on pouvait faire une telle chose avec le cosmos.

- Chacun peut acquérir des compétences particulières, aussi longtemps qu'il sait se servir correctement de son cosmos. Il semble que tu ais, pour ta part, une affinité particulière avec la glace. »

Camus ne put s'empêche de regarder de nouveau le contenu du saladier, puis ses mains que le dieu accepta enfin de libérer. Déjà ses ongles reprenaient leur couleur naturel. Il sentait encore le froid glacial au bout de ses doigts pourtant il n'avait pas mal, il ne trouvait rien de désagréable à cette sensation. Une affinité particulière avec la glace ? Ça expliquait sûrement son goût prononcé pour les températures polaires. Il redressa la tête lorsque Hadès passa devant lui, deux bols ainsi que des cuillères à la mains.

« Pourquoi avez-vous fais une salade de fruit ?, demanda enfin l'homme.

- Pourquoi avons-nous fais une salade de fruit ?, répéta l'entité en insistant sur le 'nous'. Je l'ignore, cela à sûrement un rapport avec le fait que tu n'as pratiquement rien mangé. »

Camus grogna légèrement : ce n'était pas la première fois que le créateur lui reprochait ses habitudes alimentaires. D'un coup de tête, Hadès lui désigna la table en verre, absolument pas près à en démordre. S'il devait retenir l'humain dans son domaine jusqu'à qu'il se décide enfin à manger quelque chose, et bien certes ! Il n'hésiterai pas un instant à la faire ! Particulièrement quand le temps s'écoulait bien plus vite ici que dans le monde de l'humain.

Le médium abandonna cette bataille qu'il savait perdue d'avance, non s'en avoir la décence de prendre les bols et cuillères des mains de l'être à ses côtés pour les emmener jusqu'à la grande table. Camus choisit de s'installer face à la ville, ayant ainsi tout le loisir de l'admirer et ce même si le dieu décidait de s'asseoir face à lui. Ce dernier ne tarda pas à le rejoindre, s'asseyant comme le médium l'avait prédit face à lui. Il posa la saladier sur la table et attrapa le bol de l'humain sans laisser à ce dernier le temps de réagir.

« Je pouvais me servir..., bougonna-t-il.

- Pour ne prendre que deux morceaux de pommes ? Sans façon. »

Il remercia Hadès lorsque celui-ci lui tendit son bol. Le médium attendit patiemment que le dieu se soit lui-même servit avant de plonger rapidement sa cuillère. Il n'avait pas vraiment fait attention jusque là, mais il commençait véritablement à avoir faim et l'idée de l'être en face de lui était loin d'être mauvaise. Le verseau avait toujours aimé les fruits, si en plus ils étaient givrés, il ne pouvait qu'être qu'aux anges. C'est avec joie qu'il mangea sous le regard amusé du créateur. Celui-ci fut d'ailleurs étonné de voir son humain soudainement poser sa cuillère et le regarder droit dans les yeux.

« Puis-je vous poser une question ?

- Je t'en pris . », répondit-il avec étonnement.

Au cours des derniers mois, Camus avait prit l'habitude de lui poser tout un tas de questions sans prendre la peine de lui demander une quelconque permission. Il se mit alors à craindre quelque peu la question qu'on allait lui adresser. Peut être allait-il lui demander pour les bandages et les vêtements ?

« Pourquoi m'avez-vous emmenez ici ? »

Hadès mentirait s'il disait ne pas s'être attendu à ça alors comme l'humain l'avait fait il y à peine quelques secondes, il posa sa cuillère à côté de son bol tout en cherchant les mots justes.

« Il y a plusieurs raisons, la première étant pour te protéger dans le cas où la présence aurait décidé de te suivre. Si elle a le pouvoir de créer un domaine, elle peut sans aucun doute t'observer contre ton grès.

- Je vois... Et quels sont les autres raisons ? »

Le dieu posa ses coudes sur la table avant d'entrelacer ses doigts et d'y poser sa tête. Il scruta le regard indigo cruellement sérieux du verseau qui se remit à manger.

« Ne t'en doutes-tu pas ?

- Je préfère être sûr. »

Hadès ne put et n'eut aucune envie de réprimander le rictus amusé qui se peignit sur ses lèvres. Cependant, plutôt que de répondre, il se saisit de sa cuillère et continua de vider le contenu de son bol. Lorsqu'il le remarqua, Camus fit semblant de bouder : le dieu avait prit pour habitude de ne répondre que quand ça l'arrangeait.

« Très bien, si vous ne voulez pas me répondre, laissez moi vous poser une dernière question.

- Qu'elle est-elle ? »

Camus appuya son dos au dossier de la chaise tout en scrutant tout autour de lui. Hadès ne serait dire si l'humain était en train de réfléchir ou chercher quelque chose de regard, peut être les deux. Il semblait pourtant bien concentrer, peu importe à quoi il pensait. Puis le visage du médium s'illumina, un sourire éclatant égaya ses traits quand ses yeux se posèrent sur l'être en face de lui.

« Pouvez-vous faire de la neige ? »

Hadès haussa un sourcil, intrigué. Quelle idée avait-il encore derrière la tête ?


Anecdote marrante : ce chapitre aurait put être posté une semaine après le chapitre 9. Oui, en faite c'est pas drôle. Désolée de cette longue absence !

Bref ! Qu'avons-nous apprit aujourd'hui ? Que dans les situations de crise, rien de mieux qu'une salade de fruit ! Ça et que si un manoir à l'air hanté, il l'est probablement.

Maintenant, une bonne nouvelle : Ce chapitre est très long (le double d'un chapitre normal) donc il ne s'agit que de la moitié du chapitre, l'autre moitié (ce qui sera le chapitre 11) devrait être posté au plus tard lundi prochain. Et un conseil : sortez vos mouchoirs.

Merci d'avoir lu ce chapitre et à dans (je l'espère) quelques jours !

Saany : Merci pour ton commentaire ! Effectivement, avec un dieu des Enfers pour son anniversaire, la fête est tout de suite plus folle. On peut même dire qu'elle est... *mets des lunettes de soleil* mortelle ! ... Ok, c'était nul. Je sors.

Earwen de Sirfalas : As-tu réussis à adopter ton propre dieu des Enfers ? Non parce que c'est pas pour faire de la pub mais il paraît qu'il cuisine bien. J'avoue que cet anniversaire, Camus est pas près de l'oublier. Je doute que qui se soit puisse l'oublier d'ailleurs. Bon, au moins tout le monde à fait semblant de bien s'amuser. T'en fais pas pour les juges, ils ont pas dit leur dernier. Particulièrement Rhadamanthe. En tout cas, merci beaucoup pour ton commentaire ! =)

Milkagirl26 : Merci d'avoir commenter ! Hadès serait-il un agent double ? C'est vrai qu'il cache des trucs, mais quoi exactement ? Seul le temps nous le dira ! Par contre, je t'avoue qu'il va y avoir de nouveaux couples et des nouveaux visages qui ne vont plus tarder à apparaître !

Hemere : Merci pour ton commentaire ! Effectivement, pour une surprise, voir le dieu des Enfers apparaître doit en être une. Camus aurait dû faire passez ça pour une caméra caché, ça aurait peut être marché !