Chapitre 9 :

Sullivan...

C'est la seule chose qui me viens à l'esprit lorsque je la vois. Cette fameuse pièce, c'est ma chambre. Elle est presque l'identique de mon ancienne pièce. Je cligne des yeux un moment et l'impossible mirage se dissipe. Je laisse un murmure, un soupir sortir de mes lèvres. Insensible, inaudible.

Les murs sont teinté de roses, mais là s'arrête la seule ressemblance. Deux fenêtres font éclater le blanc de la neige, depuis l'extérieur jusqu'à moi. Entre les deux ouvertures,se tient un lit, couvert de trois peluche, et surmonté de rideaux en dentelle blanches. Non loin de là, un bureau sur lequel est posé un miroir, une penderie encastré dans le mur, et également un aquarium. On n'entends que le bruissement de l'eau sur le verre. Les murs sont vides par rapport à ceux de l'orphelinat qui pour certains était ornés de mes peintures.

-Alors elle te plaît ?

-Elle est parfaite ! Dit-je alors.

Ce n'est que le lendemain de ce premier jour, mais je sens déjà que cette journée sera une des plus belles. Depuis le début, depuis une éternité, je n'ai rêvé que de cette journée. Depuis mon abandon jusqu'à me retrouver dans cette sublime demeure, ayant l'air d'un chalet au milieu de la brume neigeuse, celle ci indissociable. Mes yeux s'ouvrent, malgré la blancheur du ciel qui illumine ma chambre, à travers les deux immenses fenêtres. J'entends Max se faufiler devant ma porte, essayant d'être la plus discrète possible. Cette petite fille est décidément adorable. J'ouvre un de mes tiroirs et commence à choisir mes habits avec soin. Une robe, rose pâle, se mariant avec des rubans de même couleur, que je nouerais dans mes cheveux. Je me prépare à descendre à l'étage inférieur pour prendre mon petit déjeuner, mais je n'entends qu'un silence complet, imperturbable. Que c'est -il passé ? Y a t-il eu un accident ? Est ce qu'un des membres de cette famille à eu vent de mon histoire passée ? La police a t-elle finalement, après plusieurs mois, retrouvé la véritable cause de l'incendie ? Une myriade de questions se bousculent dans ma tête, sans que je ne puisque y répondre sans douter de moi même. Mon cœur s'agite dans ma poitrine. Je me force à rester calme, je respire lentement. Ce n'est peut-être rien. Mais c'est peut -être tout.

Ne sois pas idiote Leena, affronte la vérité. Ne sois pas faible, ne sois pas une lâche. Ma pensée ne cesse de me pousser. Je prends alors la porte et m'avance vers l'escalier. Tout en bas de celui ci, la famille entière me regarde, tous affichant un sourire sur leurs lèvres, sauf bien sûr Daniel. J'ai bien l'impression qu'il sera difficile de nouer quelque chose entre nous. Peu importe, le temps fera son effet.

Je fixe le visage de Kate et de John, puis celui de Max. Je pose les yeux sur les paquets de cadeaux qu'elle essaye de ne pas faire tomber de ces petits bras. Elle veille sur eux, et me regarde intensément, ne cessant pas une seule seconde d'afficher ce visage, joyeux et heureux.

-Bienvenue à la maison.

C'est un sommeil sans rêve. Peu importe alors qu'il soit coupé par l'orage. Le souvenir lointain de l'Institut revient à moi., sans que je le veuille vraiment. Les orages étaient très fréquents lorsque j'y étais. Ils étaient devenus absents depuis que j'étais partie. Et à vrai dire, ils ne me manquaient pas. Je me lève, et fixe le ciel noir à travers la fenêtre, celui-ci continuellement ponctué d'éclairs. Je les regardent s'écraser, non loin, et leur éclat blanc illumine mon visage d'une lumière forte. Qui se répète encore, et encore. Je me lève en silence. Mes pas sont inaudibles. Le plancher ne craque même pas lorsque je sort dans le couloir.

J'ouvre la première porte que je trouve. C'est la chambre de Max. Je ne fait que le supposer car la décoration de la pièce amène à cette hypothèse. Les éclairs retentissent toujours mais la petite fille continue de dormir profondément. Elle a l'air tranquille, plongée dans un sommeil paisible. Je la regarde. Je trouve ma situation injuste. Ou plutôt je la trouvais. Nous sommes toutes les deux malades. Elle, née sourde et sans voix, et moi, née jeune éternellement. Mais le fait est que ses parents s'en sont accommodés tandis que les miens m'ont rejetés. Je l'envie. Et sans le vouloir, je lui lance un regard mauvais. Elle n'y avait pour rien, je le sais bien.

C'est simplement injuste. Et je sais que mes sentiments envers mes parents ne sont que mauvais, et à jamais irréversibles. Tandis qu'elle...jamais elle ne ressentira ce que j'ai ressenti. Mon esprit m'ordonne de la frapper, mais mon bon sens m'indique que la solution n'est pas là. Ma main frôle sa joue, ce qui la réveille. Elle sursaute au premier éclair qu'elle voit. Manque de fondre en larmes. Je la prends dans mes bras et l'entraîne dans le couloir. Je remarque de la lumière sous une porte et me décide à toquer. J'entends la voix familière de Kate.

Quelques minutes plus tard, je suis collé à mon père, tandis que ma mère tiens sa petite fille tremblante dans ses bras. Le corps de John est d'une chaleur apaisante. Et depuis plus d'un an, mon sommeil restera intact. Il ne sera ni troublé par un cauchemar, ni par une de ces stupides crises d'angoisse. Elle ne sera que d'une sereine tranquillité.

Lorsque que je me lève, ni John, ni Max n'est présent à côté de moi. Kate me regarde du coin de l'oeil, attendant mon réveil. Mon cœur rate un nouveau battement. C'est elle aperçue du port de mes rubans ? Si oui, se doute -elle se qu'ils cachent ? Et si non, se pose t-elle également des questions à ce sujet, tout autant que je m'en pose à se moment précis ?

-Tu as bien dormi ? Me demande t-elle, au bout d'une minute.

J'acquiesce et me met debout sans attendre autre réponse de sa part. Idiote. Je me met en route vers ma chambre et entend, à nouveau la voix de Kate me héler depuis l'endroit précèdent. Elle comptait me réveiller, évidemment, mais je l'avais fais avant. Aujourd'hui, c'est mon premier jour à l'école communale. J'avais tellement profité de ma journée passé, que je n'avais pas pensé une seule seconde à la suite qui m'attendais. Je soupire et me choisis de nouveaux habits. Max et Daniel sont déjà en bas, ce dernier est collé à son console de jeu, comme le serais un moustique à la vue du sang. Il n'est sûrement pas, cependant, dépendant à ce point. Ma chambre est intacte à la veille. Rassurée, j'ouvre mon tiroir de vêtements et entreprend de choisir une tenue me convenant. J'examine le jean que Kate m'a offert hier. Ce n'est pas vraiment mon genre, malheureusement. Peut être me servira t-il un jour prochain ?

J'entends la voix masculine de John, puis la porte claquer. Il doit être allé travaillé sur ce nouveau plan, présenter son projet d'architecture espérant un réponse positive. De mon côté je me dirige vers la salle de bain, entre, et comme à mon habitude, ferme la porte à clé. Un tour.

Un an s'est presque écoulé. Mais lorsque que je me regarde à nouveau, je me dit, et me rends compte, que le temps ne peux m'atteindre. Je me prend à comparer mon reflet à celui que me projetais le miroir fêlé de l'hôpital. J'ai sans doute, meilleure mine, il est sûr. Cependant, mon cœur reste aussi noir qu'auparavant. Colère, chagrin qui s'estomperont, je l'espère, d'ici peu de temps. Je décroche délicatement mes rubans. Me débarrasse de mon pyjama et reluque à nouveau mon reflet. Gamine. Je prends une douche rapide, ne souhaitant pas être en retard pour ce premier, que je veux être aussi parfait que le premier. Je me sèche tranquillement, prenant garde à ne pas toucher à mes cicatrices. Je pourrais les faire saigner à tout moment. Que ferais-je alors dans ce cas là ? Me mettrais-je à hurler ? Et si ils retrouvaient du sang, qu'en penseraient-ils ?

J'ouvre ma boite à maquillage, me poudre le visage avec soin. Je remet finalement mes rubans à leur place habituelle, laisse mes vieux vêtements dans un panier à linge sale, et descend. Les trois habitants m'attendent en bas, deux me regardent descendre les marches une à unes, comme si j'étais une extra-terrestre. Je vois les lèvres de Daniel s'agiter et former des mots que je ne peux distinguer. Sans doute me crois t-il folle, comme tous. Peu importe.

Kate fait signe aux enfants de partir s'installer dans la voiture, ils obéissent immédiatement et partent, pendant qu'elle me fixe toujours.

-Tu es...ma chérie, c'est pas une robe pour l'école...

-Mais je l'aime ! Tu ne l'a trouve pas jolie ?

C'est ma robe préféré, la jaune. Celle que Sullivan m'a offerte. Elle me rappelle se jour où je l'ai vu, son paquet à la main. Sourire à mon étonnement. Rire lorsque je me suis jeté dans ses bras et m'écouter lorsque je lui vantais à quel point elle m'allait bien. Il me regardais tournoyer prête de lui, et quand je lui demandais de me juger sur une échelle de dix il disait que c'était une chose impossible à faire. Il me complimentait, sans peut-être l'imaginer.

-Si c'est une pure merveille, mais je ne suis pas sûre qu'elle soit pratique pour l'école...pourquoi pas le jean que je t'ai acheté ?

Comment voudrais-tu que je t'explique la véritable raison Kate...

Cette robe me rappelle Sullivan sur tout les points, voilà tout. Pour démarrer cette journée convenablement, je me dit que la seule façon pour que je me rappelle l'horreur de sa mort, c'est celle ci. Le port de cette robe me le rappelle en tout les points. Elle me rappelle son souvenir. Elle me rappelle la soirée où j'ai laissé ma folie exploser. Je refuse qu'elle revienne. Je me le suis promis à moi même, et c'est le seul objet qui me pousse à me souvenir. Le regard dans ses yeux, la mort hantant son corps ensanglanté. Je refuse d'oublier, tout autant que je refuserais de l'enlever.

-Tu as peur que les autres enfants se moquent de moi, c'est ça ? Je croyais que tu avais dit qu'il n'y avait rien de mal à ne pas être comme les autres.

Je la laisse véritablement sans voix et durant quelques secondes,cela m'étonne. Elle accepte finalement et m'indique de la suivre. Sans broncher, l'air pensif. Mais à quoi donc ? Je me le demande. Et tandis que je prends place dans la voiture noire métallique, mes souvenirs s'égarent à nouveau vers Sullivan. L'oublier n'avait jamais fait parti de mes plans, et de plus, cela me semblait quelque choses d'impossible à faire. Comment voudriez vous que j'oublie l'homme qui m'avait sauvé de mon propre cauchemar ? Demandez aux princesses d'oublier l'homme qui les ont délivré du sort, demandez leur d'ignorer celui qui vous fait danser jusqu'à en oublier de marcher correctement. Ma main effleure le tissu de la robe. Je ne prête ni attention à Max et encore à moins à Daniel. Je reste de marbre, perdue dans mes pensées. Pensant à mes amours perdus, et me demandant seulement pourquoi.