Chapitre Huit : Famille
Disclaimers : Les 4 fondateurs appartiennent à notre chère JKRowling. Les faits historiques n'appartiennent à personne. Seule la plume et la trame de ce récit sont miennes.
1031 - Réunion à Bayeux de la famille royale d'Angleterre en exil.
" On se demande souvent comment Poudlard a put naître à une époque aussi troublé que l'était le XIième siècle, comment les Fondateurs ont pu réunir les moyen nécessaires à une telle entreprise et rassembler assez de sorciers pour la rendre viable. Nous oublions bien vite qu'à cet époque le pouvoir était concentré entre peu de mains et que les familles nobles étaient toutes puissantes. Imaginez, comme nous en avons émit l'hypothèse précédemment, qu'un - ou même plusieurs- des fondateurs soit fils de roi. Peut-être ceci expliquerait également pour beaucoup le conflit qui amena leur chute. "
Jad Du Lac, " Les sorciers et la société moldue médiévale "
Suggestion musicale : Final Fantasy IX - CD2 track 10 - Freija's theme
Rowan reprit la route, cette fois accompagnée de Raven, cet aigle noir qui lui semblait lié. Ensembles ils voyagèrent à travers la Bretagne et la Normandie, poussant leurs pas jusqu'au pays de Flandre et à Aix-la-Chapelle pour voir la tombe de celui qui avait été l'Empereur Charlemagne. Ils se rendirent en Germanie, là où le peuple Celte était né, bien des millénaires auparavant. Puis Elle descendit ensuite vers le Sud et l'Espagne, à la recherche de Bibliothèques et Villages atlantes que le Vol des Dragons avait négligé, sur les lieux des exploits Francs.
Elle rendit hommage à Roland et hésita à partir en Quête de Durandal, sa sainte épée. Mais elle préféra chercher des manuscrits, possédant sa propre arme forgée dans son cristal. Elle commença ainsi à accumuler les parchemins et les livres qui feraient la joie de tant d'élèves de Poudlard, qu'elle transporta grâce à une série de sortilège de rétrécissement et de miniaturisation.
Elle voyagea à travers tous les pays où elle savait que l'église ne lui porterait pas trop préjudice, cherchant en plus des dernières traces de civilisation Atlante, à se faire une opinion de la civilisation humaine. Elle vola de la Prusse à l'Espagne, mais évita soigneusement l'Italie, bien que la tentation de vérifier l'exactitude de ses visions de couronnement impériale ait été forte.
Elle voyageait vite, ses ailes lui épargnant le parcours à pied de grandes distances vallonnée. Elle rencontra des tas de gens de tout horizon, chevaliers ou paysans, vagabonds ou pèlerins, envahisseurs ou envahis. Peu à peu, ses idées s'organisaient. Elle se faisait une opinion et aidée de ses visions , elle commençait à se faire une idée de ce qu'elle voulait accomplir.
Elle grandit beaucoup durant sa treizième année qu'elle passa sur les routes. Elle atteint une stature qui, si elle était normale pour les Bacheliers [1], était déjà grande pour une femme et encore plus pour une adolescente. Mais si son corps grandissait, il en se développait pas. Alors que beaucoup d'enfant de cette époque étaient mariées ou fiancées, Rowan pouvait aisément passer pour un jeune homme. Elle ne s'en inquiétait cependant pas, sachant qu'une seconde transformation l'attendait, celle qui ferait d'elle une adulte.
Plus d'une année avait passé. Elle n'oubliait pas Edouard et Alfred, ses deux frères, et elle aurait voulu rencontrer Godgifu, sa sœur [2]. Mais l'appel de la route et le besoin de tout éclaircir dans sa tête était le plus fort. De temps en temps, elle recevait des nouvelles par voie aérienne, usant avec soin de Raven qui était un messager et compagnon précieux.
Ce matin là, Rowan était assise sur la branche d'un chêne, les yeux tournés vers le Nord. Elle avait dépassé Nantes la semaine précédente et marchait à présent vers Lessay [3] où se tiendrait un grande foire à bestiaux. Ainsi elle passait inaperçue parmi les voyageurs.
Depuis plusieurs semaines maintenant, elle ne dormait presque plus. Elle n'avait jamais dormi beaucoup, ayant pris l'habitude avec Morgane d'observer les étoiles toutes les nuits et marchant avec les voyageurs dans la journée. Mais ces dernières nuits avaient été troublé par la vision de flammes, de sang et les cris perçants de villageois.
Rowan ne reconnaissait pas les paysages. Ils ressemblaient un peu à Avalon, mais en plus plat et plus grand aussi. Les hommes étaient surtout de grands hommes blonds aux yeux bleus et barbus, des marins aux visages burinés par les éléments. Ils étaient vêtus de fourrures, le pays devait donc être froid. A part ça...
Il y avait les bateaux, aux grandes voiles blanches et rouges, chargés d'esclaves et de guerriers. Les rires des hommes, l'alcool, les femmes... Rowan se réveillait toujours au même moment, quand un homme s'attaquait à une jeune femme aux courts cheveux roux.
Rowan se réveillait couverte de sueur froide dans un cri. Il lui fallait quelques minutes pour reprendre pieds, et la présence de Raven lui était alors vitale. Aussi n'avait-elle pas donné de nouvelles à ses frères depuis quelques temps déjà, de peur qu'une crise ne la saisisse et qu'elle soit à la merci des moines.
Elle en avait rencontré beaucoup errant sur les routes, à la recherche de quelques âmes charitables, acceptant en échange d'un bénédiction de les loger. Peu parmi eux avaient véritablement la foi. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Rowan l'avait vu tant de foi qu'elle ne comprenait pas comment les petites gens pouvaient le supporter. Elle n'avait pas été élevée dans le culte des chrétiens, mais dans celui de la nature. C'était aussi une des raisons pour lesquelles elle n'avait pas rejoint la cour de Normandie et ses frères. Si Alfred s'était montré très réceptif, Edouard était un fervent défenseur du dieu unique et essayait dans chacune de ses lettres de la convertir.
Pourtant, ses visions devenaient de plus en plus violentes. Elle avait besoin de sources d'informations qu'une voyageuse ne pouvait trouver. Elle avait besoin d'aide. Et puis, il lui faudrait trouver un havre de paix pour le moment où elle subirait la seconde transformation. Elle avait encore le temps, peut-être deux années. Mais elle ne pouvait se permettre d'être seule à ce moment décisif. Et ses frères avaient déjà passé l'âge de cette transformation. Ils pourraient sans doute l'aider.
Raven qui veillait sur la branche au dessus de la jeune fille écarta les ailes. Rowan leva ses yeux argentés sous la lumière de la lune. Elle tendit le bras, et l'oiseau noir vint se poser. Ses yeux d'un bleu profond brillaient.
- Je ne comprendrai sans doute jamais comment tu peux couvrire de telles distances en si peu de temps, mais j'ai une fois de plus besoin de ton talent.
L'oiseau tourna la tête, semblant l'interroger. L'adolescente s'humecta les doigts et remit en place les plumes folles sur la tête de l'oiseau.
- Je vais te donner des messages à porter à Alfred et Edouard. Tu attendras la réponse de Alfred et ses consignes, puis si tu t'en sens, porte le message à Brocéliande.
L'oiseau, sauta du bras de sa maîtresse et se mit à se gratter le dessous de l'aile tendit que Rowan tirait un stylet de plomb. Dans son sac extensible, elle tira un parchemin qu'elle couvrit de sa petite écriture fine et soignée. Elle souffla sur le texte tout en murmurant une parole magique. Seuls les destinataires pourraient le lire. L'aigle voyant qu'elle avait finit se mit à planer juste à hauteur de ses yeux, lui permettant de nouer le ruban à sa patte. Puis il s'envola vers la Normandie et la cour de Bayeux.
Suggestion musicale : Nuebo Uematsu - Mizu no Moi Eria - Track 3 du Cd Final Fantasy Potion.
Alfred jouait avec la nourriture dans son assiette, mais ne parvenait pas à trouver la force de porter sa fourchette à sa bouche. A coté de lui, Edouard conversait religion avec le prêtre de la famille, assigné par les soins du Duc Robert. Le spectacle lui donnait envie de vomir. Comment Edouard pouvait boire les paroles de cet homme sur le Dieu unique et les saints alors que sa propre mère appartenait aux descendants de l'ancien peuple, cela le dépassait et le rendait malade.
Il se tourna vers sa sœur Godfigu tenant compagnie au petit Guillaume, qui bien qu'à peine âgé de trois années affichait déjà une détermination telle que son père lui avait donné le droit de siéger à sa table. Alfred le soupçonnait surtout de faire cela pour qu'il soit dès à présent accepté comme son héritier... Godfigu était en train de reprendre le jeune garçon qui avait versé sa timbale de lait sur sa bouillie qu'il trouvait trop sèche. Elle le grondait, lui balançant déjà des formules toutes faîtes qu'il avait entendu tant de fois les prêtres leur répéter quand ils étaient réfugiés dans les monastères.
Godfigu n'était pas aussi pieuse que Edouard. Mais voyant leur situation de famille royale en exil inchangée après plus de dix années, la jeune fille songeait à son futur. Et à cette époque, une femme, quel que soit son esprit, était condamnée à mourir en couche ou à vivre dans un monastère. C'était cette dernière voie que Godfigu s'apprêtait à suivre, sans doute par croyance, mais surtout parce qu'elle ne supportait pas d'être un enjeu de pouvoir et esclave de la volonté des hommes.
Alfred se prit à remercier le ciel de ne pas l'avoir fait femme. Il n'aurait pas supporté cette condition. Mais certaines arrivaient pourtant à vivre leur vie comme bon leur semblait. Ses pensées se tournèrent alors vers cette sœur qu'il n'avait jamais rencontrée. Oh, il la connaissait. Cela faisait quelques mois déjà qu'ils correspondaient par l'intermédiaire de Raven.
Des quatre enfants d'Ethereld, c'était sans doute d'elle dont il était le plus proche. Physiquement, il en était sûr, puisqu'on ne cessait de lui reprocher l'humiliation du capitaine de la garde à Rennes. Mais aussi dans le comportement. Tous les deux avaient ce coté qui les rendaient si allergiques aux prêtres, ce coté... magique.
Tout deux avaient subis à moindre degré les transitions, ces étapes de la vie des Atlantes, ce passage des âges, de nourrisson à l'enfant, de l'enfant à l'adolescent, de l'adolescent à l'adulte. Il possédait des ailes, comme Rowan, mais son sang était trop faible. Il ne pouvait pas voler, à peine planer. Mais il possédait le don de magie, et bien que peu éduqué en la matière, il en reconnaissait les manifestations et prêchait son existence. Ce qui le rendait dangereux pour les prêtres. Et ne simplifiait pas ses relations avec son frère aîné.
Ah, comme il aurait aimé être libre comme l'air, comme Rowana, sa chère sœur. Libre de quitter la cour du Duc Robert où ils étaient prisonniers depuis la prise de pouvoir de Knut. Il détestait cette situation, confiés à leur famille française en attendant de grandir et de pouvoir reprendre le trône de leur père... Mais il semblait le seul vraiment soucieux de reprendre ce pouvoir usurpé et de libérer leur mère.
Ces sombres pensées grandissaient avec le temps, ainsi que son ressentiment pour son frère aîné. Pourquoi n'était il pas premier née, Edouard ne semblant attendre qu'un prétexte pour prendre la soutane. Et les nouvelles que lui amenait les chevaliers errants n'étaient pas faîtes pour le rassurer.
Knut semblait décidé à étendre son royaume et tout en unifiant l'île des Forts [4], il frappait les îles du nord. Il avait entendu les marins parler d'un flux anormal de vaisseau entre les îles. Qu'attendait donc Edouard pour lancer l'appel et réclamer le trône d'Angleterre. Que tous ses sujets soient morts ou asservis ?
Suggestion Musicale : Final Fantasy IX - CD1 - Track 20
Une chaise se renversa et des cris de stupéfaction détournèrent Alfred de son pauvre morceau de pain à présent lacéré par sa lame. Il leva les yeux et vit l'oiseau majestueux virer au dessus de la table et planer en direction d'Edouard. Cela l'énerva que Rowan, qui n'avait plus donné signe de vie depuis presque trois mois, lui écrive à LUI. Mais l'oiseau vira et se dirigea vers Alfred.
Il se posa devant le jeune homme et attendit que celui-ci réagisse. Le hasard avait en réalité bien fait les choses. Alfred lui tendit une paume pleine des miettes de son pain et détacha de l'autre le parchemin. Il ne fut pas surpris par la fine écriture qu'il reconnaîtrait entre milles. Un sourire se répandit sur ses lèvres habituellement impassibles. Rowana arrivait. Il avait envie de sauter dans tous les sens tellement il était heureux. Mais il continua sa lecture sous les regards inquisiteurs des prêtres et inquiets de ses frères et sœurs. Car c'était généralement des lettres de leur mère qui leur arrivaient par oiseau. Il fronça les sourcils, terminant le paragraphe.
La situation était grave, et il n'avait pas le temps d'en parler à Edouard. Pas devant les prêtres, pas non plus devant les mignons du Duc de Normandie. Il marcha jusqu'à la cheminée et tira un tison du feu. Il le laissa refroidir, puis griffonna une réponse sur le parchemin. Il tendit le bras, et l'aigle vint se poser sur son poing.
- Porte ce message à qui de droit Raven, je m'occupe de tout ici, murmura-t-il en caressant la tête de l'oiseau.
Celui-ci lui pinça affectueusement les doigts, puis prit son envol et disparut. Alfred le suivit des yeux, son regard de jade s'accordant à l'humeur grise du jour. Une main se posa sur son épaule et Alfred sortit de ses rêveries.
- Et bien mon frère ? demanda Edouard.
- Pas ici, suit moi mon frère, murmura-t-il. Godfigu, je pense que Guillaume sera heureux de venir chevaucher avec nous, que diriez-vous de prendre un peu l'air avant les mauvais mois ?
La jeune femme fut surprise. Alfred ne daignait quasiment plus lui adresser la parole depuis qu'elle avait émis le souhait de prendre le voile. Elle parut affolée, mais voyant les regards insistants de ses frères et le petit Guillaume s'agiter, trop heureux d'échapper à la cour de gardes, elle ne put que se lever et quitter la salle avec ses frères.
Elle se leva, et époussetant sa robe se tourna vers l'enfant.
- Messire guillaume, j'espère ne plus avoir à supporter le spectacle d'un tel carnage dans votre assiette. Ou je serais contrainte de vous interdire de suivre mes frères dans leurs sortis.
- Mais Go'fi... commença Guillaume qui s'essuyait la bouche du revers de sa manche.
- Il n'y a pas de mais. Maintenant veuillez me suivre, le temps est frais. Les vilains risquent de ne pas avoir prévu un tel phénomène, il nous faut veiller à ce qu'ils soient prêts pour l'hiver.
Le visage de Guillaume qui s'était assombri retrouva son éclat en voyant les mines conspiratrices des princes d'Angleterre. Godfigu lui prit énergiquement la main et l'entraîna vers ses appartements. Alfred et Edouard conversèrent encore quelques secondes, répondirent évasivement aux questions qu'on leur adressa. Edouard prétexta qu'il avait besoin d'exercice et quitta la salle à manger devant son jeune frère.
Suggestion musicale : Escaflowne - A girl in Gaia - First Vision (track 02)
L'air s'était considérablement refroidi et le ciel semblait s'être rapproché de la terre. Rowan avait été obligée de voler plus près du sol qu'elle ne l'aurait voulu, fatiguant ses ailes à lutter contre les courants et les aspérités. Bayeux n'était cependant plus très loin et il lui serait plus facile de se faufiler dans la résidence secondaire des Duc de Normandie que dans leur grande cité de Caen. Les murailles n'y étaient pas si élevées, et les gens bien moins méfiant que dans les grandes villes.
Et puis ses frères l'attendraient. Raven l'attendait à quelques lieues de Bayeux avec les réponses qu'elle escomptait. Elle les retrouverait dans les vergers de pommiers, non loin des murs. La brume était à nouveau montée sur les environs, transformant les arbres tordus en figures fantomatiques et guerriers de l'ombre. Instant propice au don de vision pour emporter son détenteur.
L'aigle noir vint se poser sur l'épaule de sa maîtresse. Elle ne pouvait se permettre une crise alors que Edouard pouvait la surprendre à tout instant. Lui donner un raison de croire qu'elle était possédée par le " malin " serait malvenue. Elle se concentra donc sur le chemin de terre et les bruits autour d'elle, espérant bientôt retrouver ses frères.
Des bruits de pas...
Rowan se figea. Ils ne auraient dus arriver à cheval. Elle n'était donc pas seule, et ces compagnons n'étaient pas forcément amicaux. Raven passa d'une jambe sur l'autre, ses yeux roulant dans tous les sens, à la recherche de ces intrus. Le froid avait quelque chose de surnaturel, quelque chose de mortel.
Soudain les mouvements se turent. Rowan tendit l'oreille, car au loin des sabots résonnaient sur la terre. La tension devenait palpable à mesure que les chevaux approchaient. Bientôt, elle put distinguer le bruit de Trois chevaux et le babillage encore emprunt d'enfance d'un des cavaliers, mais surtout le bruit glissant d'une course dans les fourrés tout autour d'eux.
- Raven, vole et prévient les, souffla-t-elle en détachant l'oiseau de son épaule et le lançant vers les cavaliers.
Rowan quitta alors l'abri tout relatif des haies et se plaça au milieu du chemin. Elle ferma les yeux, se concentrant sur son entourage avant de tirer son arme. Elle porta la main à son cristal qui devint la lame jumelle de celle qu'elle portait attachée à sa cuisse. Ils pouvaient venir.
Un mouvement sur la droite et déjà sa lame filait à travers la brume. Un cri strident et sec. Le fracas d'os contre la terre, et la bataille était engagée. Rowan laissa venir à elle les marcheurs de la nuit, peu impressionnés par cet adolescente qui se donnait des allures de guerrière. Tel était leur défaut, ne croire que ce qu'ils voyaient.
La jeune fille enchaîna deux adversaires avant que les autres ne se décident à se tourner vers les chevaux.
- Montjoie ! cria la petite voix enfantine alors que les chevaux se cabraient et frappaient de leurs sabots.
- Que faiblisse si je trépasse ! répondirent deux voix, couvrant le bruit de lames tirés à tout vitesse de leur carquois.
Rowan tira la langue. Ce qu'elle pouvait trouver dépassée cette formule pourtant typique des chevaliers français. Qu'avaient ils besoin de crier sur le champ de bataille. Espéraient ils faire fuir leurs ennemis de cette façon ?
Elle étendit un second adversaire et cette fois l'enflamma plutôt que de risquer qu'il ne se relève. Des cris lui parvenaient de la petite troupe. Edouard et Alfred semblaient avoir un peu de peine, mais ce qui l'inquiétait le plus, était que Godfigu semblait se battre non pas contre l'ennemi, mais pour empêcher Guillaume de descendre de cheval.
Et Raven avait beau tourner autour du cheval, menaçant de ses serres tous êtres approchant du cheval, les cris de terreur de la jeune femme et ceux d'excitation de l'enfant ne faisaient que croître. Et Rowan avait beau donner de la dague, de même que ses frères de l'épée, elle semblait être incapable de se rapprocher du cheval, bientôt séparé d'eux par un mur d'adversaire. La panique commençait à la submerger quand un sabre tournoyant lui passa au raz de l'épaule et se jeta à terre l'être qui avait saisit les rêne du cheval fou. Celui-ci s'embrasa aussitôt, ne laissant qu'un nuage de cendres que Raven dissipa de ses ailes.
- Qui ?
- Enfant des vents, tu me déçois, as-tu donc oublié tes précédents combats ? gronda la voix profonde.
Rowan reprit alors ses esprits. Elle croisa les deux dagues sur sa poitrine, tranchant par la même la main de son opposant. Le cristal reprit alors sa forme de larme et le vent se mit à souffler autour de l'adolescente. De la lumière enveloppa le cristal que Rowan lança dans le ciel en criant : Illuminati.
La brume sembla alors se déchirer en longues bandes que le vent balaya. Les marcheurs de la nuit prit au dépourvu levèrent les yeux à présent aveugles vers le soleil, puis s'enflammèrent. Les plus résistants prirent la fuite pour se trouver passés au fils des épées d'Edouard et Alfred. Rowan laissa sa magie agir le temps que les cendres soient dispersées par le vent. Puis elle tendit la main dans laquelle se posa le cristal.
Alfred se tenait près d'elle tandis que Edouard tenait les rênes du cheval de Godfigu. Elle les ignora et se tourna vers la silhouette cachée par les ombres.
- Cela faisait longtemps, j'aurais pourtant aimé vous revoir dans d'autre circonstances.
- Tout le déplaisir est pour moi enfant des vents. Mais je pense que d'autres lieux seraient plus propices à discussions. D'autres créatures pourraient roder dans les environs et je préférerais mettre autant de mur que possible entre nous et elles pour les propos que nous avons à tenir. Messeigneurs Edouard et Alfred, Madame Godfigu, Jeune Guillaume.
Rowan acquiesça de la tête puis se tourna vers ses frères. Elle avança d'un pas, puis s'effondra. Alfred la rattrapa in extremis. Elle était brûlante et le combat n'avait rien arrangé. Il monta en scelle, l'adolescente inconsciente dans ses bras, des milliers de questions tourbillonnantes dans sa tête.
Suggestion musicale : George Winston - February Sea
Alfred, aidé de l'Emrys, positionna Rowan sur la selle, puis il grimpa derrière elle pour la maintenir. Comme elle était grande, songea-t-il. S'il ne s'était pas su son aîné, il aurait pu s'y laisser prendre. Et pourtant, elle semblait si fragile, inconsciente.
Guillaume était agité et Godfigu qui était légèrement blessée avait un mal fou à l'empêcher de se pencher pour regarder l'étrangère vêtu de noir et l'homme au bâton. L'Emrys marchait prestement entre les chevaux, guidé par Raven, l'aigle de Rowan. Sa réaction en voyant l'enfant avait plus que surpris les jeunes princes. Rowan ne l'appelait-elle pas à l'aide car la crise les menaçait ? N'était-ce pas son devoir, de par le titre qu'on lui donnait, de protéger les peuples de Bretagne ?
Toutes ces questions tournoyaient dans leurs têtes alors que leurs chevaux les conduisait rapidement à l'abri des murs de la forteresse de Bayeux.
- Halte là ! cria la sentinelle du haut du pont-levis, pointant son arc vers l'Emrys.
- Tout doux l'ami ! Est-ce ainsi que tu reçois l'homme qui nous a sauvé ? grogna Edouard tout en tirant sur les rênes de son cheval effrayé.
- Messeigneurs ! s'exclama le capitaine qui les observait depuis le chemin de garde. Monseigneur le Duc vous a fait chercher depuis son arrivée. Il voulait que vous prépariez l'arrivée de l'Emrys.
- Ce n'est plus nécessaire mon brave, déclara Kaï ordonnant d'un geste à Raven de cesser son vol menaçant, et de rejoindre son épaule.
- Seigneur Emrys ! s'étouffa le garde reconnaissant l'homme, mais surtout l'épée runique attachée à sa ceinture.
- Le voyage a été difficile, déclara Edouard d'un ton de commandement, tout en descendant de cheval. Nous avons été attaqué à une lieue d'ici. Nous avons des blessés et notre escorte a disparue. Prévenez le Duc que nous serons dans les appartements des guérisseurs.
Les gardes s'occupèrent rapidement des cheveux et entourèrent les voyageurs qu'ils aidèrent à démonter. Le petit Guillaume refusa de quitter Godfigu après avoir vu couler le sang de sa jambe. L'Emrys ouvrait le chemin avec Edouard, Alfred les suivant, sa sœur toujours inconsciente dans ses bras.
La blessure de Godfigu était heureusement superficielle. Aucun tendon ni ligament n'avaient été touchés. La jeune fille fut soulagée par la rapidité et l'efficacité des soins de l'Emrys. Elle n'en garderait sans doute aucun cicatrice. Alfred sourit à sa sœur et se pencha à nouveau sur Rowan. Elle avait été allongée sur une couche de paille et couverte d'une large couverture de laine. Elle tremblait et son corps était couvert de sueur. Alfred épongeait silencieusement son front brûlant de fièvre, attendant le diagnostic de l'Emrys. Edouard les observait, adossé au mur, ses yeux illisibles, troublés par ses combats intérieurs. L'attaque avait réveillé d'anciennes peurs, et rendue plus présente que jamais l'existence de ce monde magique que l'église voulait tant occulter.
Le petit Guillaume, qu'on avait déjà par deux fois chassé de l'infirmerie improvisée, sortit de sous les jupes d'une servante qui apportait un plateau de linges propres, et s'approcha d'Alfred. Son regard ne cessait de passer du jeune homme à la forme étendue sur la couche, comme s'il s'agissait d'un prodige que l'enfant ne s'expliquait pas. Ne parvenant pas à conclure, il se glissa sous le tabouret où était assis Alfred et se campa entre ses jambes.
- Pourquoi tu dors et t'es réveillé en même temps ?
- Crois-tu à la magie Will ? demanda-t-il en le faisant monter sur ses genoux et se penchant pour éponger une nouvelle fois le front de Rowan.
- Alfred ! ordonna Edouard qui détestait que l'on parle si ouvertement de magie alors qu'il travaillait si dur à se faire accepter par l'église, malgré la campagne de calomnie menée par Knut sur leurs origines " démoniaques ".
Alfred serra les dents, leur désaccord ne pourrait que grandir avec le temps.
- Guillaume, continua Edouard, la personne que tu voies allongée, c'est notre petite sœur, Rowana.
- Mon nom est Rowan ! articula l'adolescente d'une voix rauque, ouvrant violemment les yeux et se redressant dans le lit.
Les yeux de l'enfant s'ouvrirent grand de surprise, et croisèrent le regard de jade embrumé de la jeune fille.
- Bien le Bonjour, le Conquérant, sourit-elle malicieusement avant que son regard ne se focalise et qu'elle ne sursaute.
- Alfred ? Edouard ? Où...
- Tout doux Enfant des Vents ! gronda l'Emrys en la forçant à se rallonger. Le pire a été évité.
Rowan regarda un instant autour d'elle, son esprit revenant peu à peu des limbes prophétiques. Les visages étaient encore doux et tendres, les rondeurs de l'enfance encore visibles malgré la présence de rides d'inquiétude déjà profondément marquées chez certains. Et l'enfant sur les genoux de son frère. Elle le connaissait dans un autre temps. Il la regardait, ahuri. Elle se frappa mentalement. Elle avait dû parler en revenant à elle. Parler du Conquérant...
- Je suppose que j'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas, soupira-t-elle en baissant les yeux.
- Les courants du temps se déchirent et jouent avec toi, Enfant des Vents. Mais toutes les oreilles ne sont pas prêtes à écouter, commença l'Emrys.
- Et pourtant vous avez accouru à Bayeux ! coupa-t-elle en relevant un regard étincelant de colère.
- Pour être sûr que tu ne provoquerais pas plus de mal en parlant !
- Avez-vous donc si peu confiance en moi pour venir en personne me surveiller ? cracha-t-elle.
- Avez vous donc si peu confiance en vous pour m'appeler ? répliqua-t-il.
Ils s'affrontèrent du regard. La colère de l'océan contre la dureté du jade. Les garçons autour d'eux se figèrent et retinrent inconsciemment leur respiration, attendant que le premier coup soit porté.
- Guillaume !!! rugit une voix puissante qui provenait de l'escalier. Où est encore passé ce petit Bâtard !! Il va me faire avoir des cheveux blancs avant l'âge, ce maudit gamin !
L'enfant sursauta et tomba des genoux d'Alfred, brisant l'affrontement muet.
- Papa, pas content, gémit l'enfant en se cachant à moitié.
Alfred lui sourit faiblement. Il avait été en de trop nombreuses occasions victime de tels accès de fureur. Il se glissa de manière à cacher autant que possible l'enfant. Une main douce bien que ferme se posa sur la petite tête blonde.
- Ne craint pas les colères du Duc ton père, Guillaume. Les gens oublieront un jour qu'ils t'appelaient le Bâtard, car tu seras un très grand duc. Si grand que les rois s'arracherons tes services. Et un jour, toi aussi tu revêtiras le manteau de pourpre. Ne craint pas ton père, car il t'apprendra tout ce qui fera de toi ce grand Homme.
L'enfant croisa à nouveau ce regard de jade si étrange. Il n'était plus embrumé comme il l'avait été quelques instants plus tôt. Il brillait à présent. Brillait d'une anticipation non déguisée, de voir ce futur qui venait d'être prophétisé se réaliser. Et lui aussi se mit à y croire. Son visage s'éclaira et il inclina légèrement la tête sur le coté. L'adolescente fit de même et détacha ses doigt de la chevelure blonde. L'enfant se releva et courut vers l'escalier où la voix du Duc croissait en intensité.
- Je suis ici Papa ! appela-t-il tout en se glissant entre le mur et la tapisserie qui couvrait l'entrée de la salle.
Le géant saisit son fils et le leva à hauteur de ses yeux, le regardant sous tous les angles. Guillaume le laissa faire sans broncher, mais finalement éclata de rire face au regard scrutateur de son père.
- Papa, ça chatouille !
Son rire se répandit dans l'infirmerie, bientôt suivit du rire nerveux du Duc, faisant retomber la pression. Il serra son fils dans ses bras, l'enfant posant un baiser sonore et rassurant sur la joue de son père. Son visage se détendit un peu, puis se crispa à nouveau en dévisageant les personnes présentes.
L'Emrys se tenait face à eux, ses yeux bleus marines pétillant, mais il était attendu et sa présence ne surprit pas le Duc. Ce qui l'inquiétait, c'était que la famille royale en exil soit rassemblée autour d'un lit. Si Alfred n'avait pas été assis face à lui, il aurait juré que c'était lui qui se trouvait dans le lit.
Il posa l'enfant et murmura :
- Guillaume, j'aimerai que tu ailles aux cuisines, demander une collation comme quand je t'emmène à la chasse.
L'enfant suivit le regard dur de son père, posé sur ceux qu'il considérait comme ses frères et sœurs. Rowan bougea imperceptiblement la tête. L'enfant pencha à nouveau la tête sur le coté, puis lâcha les hauts de chausse de son père et se dirigea vers la tapisserie entrouverte.
- Guillaume, l'appela son père, tu as le droit de choisir les sucreries du dessert. Mais seulement si tu ne manges pas tout le plateau !
- Oui Papa ! s'exclama-t-il tout à coup moins chagriné d'être écarté de la conversation.
Et puis Rowana, non Rowan, lui avait décrit un avenir glorieux. Celui-ci viendrai en temps et en heure. Mais avant il devait grandir, mûrir et apprendre. C'était le message de l'adolescente qui elle n'avait pas eu cette possibilité. Par deux fois elle était venue de nulle part et lui avait sourit. Et malgré le fait qu'il ne soit qu'un bâtard, elle avait confiance en lui.
Guillaume lança un dernier regard sur l'adolescente aux yeux de jade si changeants, puis disparut dans l'escalier. Robert attendit de ne plus entendre les pas de son fils pour parler.
- Que fait la famille royale d'Angleterre ainsi rassemblée autour du lit d'un étranger, à comploter dans mon dos, en présence de l'Emrys, alors que vous avez pour ordre de me faire part de chacune de vos décisions ? demanda-t-il, haussant le ton à mesure qu'il parlait.
- Mon Oncle, commença Godfigu en boitillant vers lui.
- Il suffit enfant ! De tous les enfants d'Emma, je refuse que vous soyez celle à prendre la parole, ma nièce, car vous savez à quel point le souvenir de ma tendre sœur prisonnière de ce faux roi Danois m'incline à laisser passer le moindre de vos caprices. S'il vous plait. Ne parlez pas ma nièce ! Et d'abord, qui est ce jouvenceau assit ici que je pourrais aisément confondre avec vous Alfred ?
Rowan se contracta. Le ton employé était assez clair. Les mâchoires d'Edouard et Alfred s'étaient crispées. Elle n'avait pas pensé rencontrer le Duc. Du moins pas avant d'avoir parlé à ses frères. Et cette imprudence risquait bien de lui coûter une nouvelle fois sa liberté. Elle se redressa pour répondre.
- Je...
- Cette personne que vous voyez ici est pour le moment sous ma garde, déclara l'Emrys en prenant appui sur son bâton de mage. Et il s'avère qu'elle est également Rowana, votre nièce.
- Je n'ai pas de nièce nommée Rowana, déclara Robert d'un ton ferme.
- Et qu'en est-il de l'enfant disparut il y a bientôt quatorze années ? Rétorqua Kaï.
Le regard dur du Duc quitta l'Emrys pour se poser à nouveau sur la personne dans le lit. Ses cheveux avaient bien ces reflets rosés qui avaient value tant de raillerie au jeune Alfred, et avaient été la fierté de sa sœur Emma. Le visage était légèrement plus rond que celui du jeune prince, et les cils définitivement trop longs pour être ceux d'un homme. Sa taille était certes trompeuse, mais qui connaissait sa lignée pouvait voir à travers l'apparence et rendre à l'adolescente son âge véritable. Et ces yeux qui le regardaient à présent. Il n'y avait aucun doute possible. Il s'agissait bien de sa nièce...
- Approche enfant que je te regarde de plus près.
Rowan se glissa hors du lit et s'approcha. Alfred s'interposa, mais l'adolescente d'à peine une demi tête plus petite posa sa main sur l'épaule de son frère. Elle se laissa dévisager sans dire un mot.
- Ainsi cette jeune personne aurait disparut il y a tant d'années. Et pourquoi ni ma chère Emma, ni mes neveux ici présents n'ont jugé bon de me dire qu'une enfant était né avant Hartacnut ? gronda-t-il.
- Pour la même raison que votre sœur eut tant de mal à trouver époux, et pour laquelle cet enfant fut confiée à la Dame du Lac, puis aux Atlantes, répondit l'Emrys.
- C'est une Faérienne ? demanda-t-il, employant le mot utilisé par les Atlantes et non par les humains.
- Et plus encore, car elle est la septième fille née de madame votre sœur. Plus puissant encore que chez le prince Alfred, coule le sang de l'ancien peuple.
Le regard du Duc se fit à nouveau dur. Alfred qui n'avait pas desserré la mâchoire se mordit profondément la joue.
- Montrez moi vos ailes ! ordonna-t-il.
Ces mots qui se voulaient prononcés avec douceur firent sursauter les jeunes gens. Rowan hésita mais vit qu'Alfred était déjà en train de défaire sa tunique. Elle porta donc la mains aux lacets de son épaule. Le dos de son vêtement glissa, et ses ailes immaculées apparurent lentement.
Le Duc dévisagea longuement les deux jeunes gens. Ses yeux courant d'une paire d'aile à l'autre. Fines et fragiles pour le jeune homme, longues et robustes pour la jeune fille qui avait plus que jamais l'air d'un ange. Son visage était complètement figé, insondable.
Il détourna finalement les yeux et se dirigea vers la tapisserie. Il s'arrêta sur le seuil, et toujours dos à la pièce déclara :
- Tout ce qui a été dit ou vu ne doit pas quitter ces murs. Je vous enverrai Réal après le déjeuner. Nous parlerons plus longuement et à l'abri d'oreilles indiscrètes.
Et sur ceux, il quitta l'infirmerie. Il fallut que le pas du Duc résonnent dans la cour pour qu'Alfred laisse échapper l'air qu'il avait aspirer en déployant ses ailes. Il sourit faiblement à Godfigu dont le regard était fixé à l'endroit où ses ailes étaient encore visibles quelques instants plus tôt. Edouard était silencieux, mais l'orage qui grondait dans ses yeux disait tout. Alfred regarda Rowan, elle leur tournait encore le dos.
Elle frappa le sol de ses ailes et appuya avec elle de toutes ses forces. Puis elle inspira profondément et s'affaissa, laissant peu à peu ses ailes se rétracter. Elle posa ses mains dans son dos et jeta sa tête en arrière.
- ça ne s'est pas aussi mal passé que je pensais ! déclara-t-elle plissant les yeux.
Un sourire malicieux jouait sur ses lèvres. Alfred allait répondre, mais l'Emrys fut le plus rapide.
- Rowan ! Si Viviane te voyait en cet instant, elle aurait honte de toi !
Le visage de l'adolescente reprit cette expression froide, insondable et hautaine qu'elle avait développé au service de Morgane.
- Nos éléments diffèrent et avec eux nos comportements. Viviane n'aurait pas honte de moi, mais de vous pour vous laisser ainsi manipuler par une enfant de 14 printemps ! rétorqua-t-elle.
Elle roula en arrière et se redressa. D'un geste vif, elle attrapa les deux extrémités des lacets de sa tunique et murmura des paroles inaudibles. Ceux-ci prirent vit, et bientôt, le dos de Rowan fut à nouveau couvert et les nœuds en place sur ses épaules. Elle épousseta ses vêtements et passa sa main dans ses cheveux, sous les regards médusés de ses frères et sœurs.
- Je suppose que nous nous doutons tous de l'identité de chacun, mais l'usage voudrait que nous nous présentions chacun notre tour, murmura Godfigu en s'approchant de sa sœur.
Kaï acquiesça et inclina la tête.
- Je suis connu en tant qu'Emrys de Bretagne, chef des Druides. Mais Certains ici me connaissent sous le nom de Maëlwys-Kaï, mage de guerre.
- Je suis le prince Edouard, fils d'Emma d'Angleterre, déclara le jeune homme blond qui semblait victime de terrible combats intérieurs.
- Je m'appelle Godifgu, et je suis la fille d'Emma.
- Je suis Alfred, fils d'Emma, déclara le jeune homme aux cheveux blond rosés, fusillant du regard son frère pour avoir insisté sur son titre.
- Je suppose que je devrais dire que mon nom est Rowana, fille d'Emma. Mais ignorant tout de mes origines et de mon sang, je me contente de répondre au nom de Rowan pour mes amis, et Kieran pour mes ennemis, termina l'adolescente avec un haussement de tête.
Les trois enfants d'Ethereld eurent alors un mouvement surprenant après la gravité qu'ils avaient affiché pendant ces présentations. Ils abandonnèrent leurs masques de cours pour prendre leur petite sœur retrouvée dans leurs bras et l'embrasser. Alors seulement, Rowan commença à comprendre ce dont on l'avait privée en l'arrachant à peine née à sa famille.
L'Emrys termina d'ausculter Rowan, s'assurant qu'elle n'avait aucun séquelle de ce voyage solitaire qu'elle menait depuis plus d'une année et la força à se rallonger en attendant la collation. Malgré ses efforts, elle ne parvint pas à dissimuler la fièvre consécutive aux visions éprouvantes de la nuit précédente. Elle n'avait pas laissé à son corps le temps de récupérer. Elle voulut parler, s'expliquer, mais il lui dit de garder ses explications pour le Duc. Elle ne chercha pas à discuter. Après tout s'il était le chef des Druides, il ne pouvait ignorer ce qui se passait. Aussi se concentra-t-elle sur la bouillie de légume et de lard qu'on lui présenta faisant le meilleur repas depuis plusieurs semaine. Elle en profita pour faire connaissance avec ses frères et sœurs.
A peine eut-elle finit son morceau de pain, qu'un aigle royal entra dans la salle et vint se poser sur l'épaule de Kaï.
- Bonjour Réal, je suppose qu'il est l'heure.
L'oiseau lui mordilla légèrement les doigts qu'il tendit pour le caresser, puis reprit son envol et alla se poser près de Raven.
- Si vous voulez bien me suivre, déclara Edouard en repoussant sa chaise.
- Je préférerais m'abstenir, souffla Godfigu. Je dois rencontrer aujourd'hui la Mère supérieur et préférerais me confesser avant.
Edouard acquiesça simplement. Alfred la regarda suppliant, mais Rowan affichait une fois de plus son masque sans émotion. Elle n'était pas surprise, sa sœur n'avait jamais fait parti de ses visions du futur. Du moins pas celles du futur proche, et elle doutait que celles de ce fut lointain arriveraient un jour si elle pouvait l'empêcher. Elle acquiesça donc et se leva à la suite de son frère.
- Pourras-tu recommander mon âme à dieu ? Je sais qu'il ne reconnaît pas les faériens comme faisant partie de son troupeau. J'espère juste qu'il aura pitié de nous ma douce soeur.
Aussi bien Alfred que Edouard avaient les yeux grands ouverts d'étonnement. Décidément leur petite sœur était pleine de surprises. Godfigu qui culpabilisait se jeta dans ses bras, les larmes coulant sur ses joues.
- J'oeuvrerai pour que vous ne soyez plus pourchassés par les hommes de dieu ma tendre soeur.
Rowan sourit tendrement en laissant sa soeur s'écarter. Elle ne la reverrai plus si elle réussissait ce qu'elle était venue accomplir. Son cœur se serra. Elle inspira profondément, et se tourna finalement vers ses frères.
Edouard ouvrit la marche, suivit de l'Emrys et des deux aigles. Alfred s'approcha de Rowan qui ramassait un quignon de pain. Il lui offrit son bras, mais elle le refusa d'un sourire. Alfred remarqua seulement qu'elle avait refusé la robe qu'on lui avait amené et portait toujours ses vêtements de paladins. Il remarqua la manière dont elle se tenait et marchait, d'un pas sûr, la tête haute. Tout dans son attitude témoignait d'une puissance mystérieuse et d'une assurance presque indécente. Et ces anneaux métalliques qu'elle portait un peu partout sur son corps ne faisaient qu'ajouter au mystère. Etait-ce le sang de l'ancien peuple ? Dans ce cas, pourquoi n'était-il pas comme elle ? Ou bien était-ce la marque des hommes libres ?
Ils traversèrent la cour, marchant vers le donjon [5]. Rowan siffla et tendit une main pleine de pain écrasé vers le ciel. Raven vola vers sa maîtresse et se posa sur son épaule, béquetant dans la paume de celle-ci. Elle tendit son autre bras devant elle, et Réal, qui tournait autour d'elle, vint se poser. Il s'envola à nouveau quand le bras de Rowan commença à trembler sous le poids de l'oiseau. Raven resta, enfouissant son bec dans les cheveux courts de la jeune fille.
- Tu as vraiment bien prit soin de Raven. Je n'avais jamais vu un plumage aussi resplendissant. Il est si sombre, qu'on le croirait noir ! s'exclama-t-il en laissant ses doigts courir sur les plumes.
- C'était déjà un bel oiseau quand Edouard me l'a confié. Je devrais le remercier un jour. Je dois avouer ne pas être sûre que je serais encore en vie si Raven n'avait pas été là, comme vous l'avez été après l'attaque.
- Ton don de vision est-il donc si éprouvant et terrible ? s'étonna-t-il.
- Plus encore que vous ne pouvez l'imaginer. La fièvre de ce matin était presque agréable, soupira-t-elle alors qu'il remarquait les coupures encore légèrement visibles sur ses avant-bras. Mais je grandis, je deviens plus forte et surtout résistante. J'espère quand même que la seconde transformation me permettra de contrôler ce don, murmura-t-elle en s'arrêtant et regardant Raven prendre son envol.
- Je ne sais pas, avoua-t-il. Mes dons son biens moins développés que les tiens. Quelques tours, des pressentiments. Et j'en resterai sûrement là, vu que mon oncle refuse de me laisser voyager pour étudier la magie.
- J'apporte le vent du changement Alfred, laisse les regrets et pense plutôt aux opportunités à saisir, déclara-t-elle en posant sa main sur son épaule.
Leurs yeux de jade se croisèrent, et Alfred vit la détermination et la certitude brûler dans le regard de sa soeur. Comment un être si jeune pouvait être aussi sage ? Il ne le savait pas, bien qu'il se doutait que son enfant n'avait pas d être que joie. Mais à ce moment, il sût qu'il l'aimait et qu'il était prêt à la suivre au bout du monde. Il sourit et la saisit par le cou pour la rosser affectueusement.
- Ne prend pas cet air dramatique avec moi gamine ! Ce qui marche avec Guillaume ne marche pas sur un adulte responsable !
- Un adulte ? Et responsable en plus ? Tu parles de l'Emrys, non ?
Il lui frotta la tête un peu plus fort et tous deux éclatèrent de rire.
Suggestion musicale :Howard Shore - the Two Towers - The King of the golden Hall
Alfred et Edouard s'étaient attendu à un tout autre accueil de leur oncle. En tout cas, sûrement pas celui-là. Le Duc Robert était assis dans son grand fauteuil face au feu, un livre ouvert sur les genoux. Le petit Guillaume était endormi contre sa poitrine. Sur un perchoir étaient installés Réal et Raven qui semblaient veiller sur le sommeil de l'enfant.
Il leva la tête en entendant les tapisseries s'écarter, et leur fit signe de prendre place autour de la table. Il se leva précautionneusement, Guillaume bien calé dans ses bras. Il alla déposer l'enfant dans sa chambre, deux pièces plus loin, suivi de Réal qui prit place au pied du lit. Ce fut l'une des rares occasions où les jeunes princes virent leur oncle baisser son masque de seigneur pour ne plus être que père. Une fois de plus, le cœur de Rowan se serra, réalisant un peu plus chaque instant ce que ses dons lui avaient coûtés.
Le Duc s'assit au bout de la table et fit face à ses trois neveux et au sage Emrys.
- Et bien, commença-t-il. A présent que nous sommes tous reposés, nourris et en meilleure condition, j'aimerai savoir ce qui amène, d'une part mes propres neveux à conspirer, d'autre part ma nièce jusqu'à présent inconnu, à défier les préceptes de l'Ancien Peuple pour s'occuper des affaires des humains.
- Moldus pour être exact, le reprit l'Emrys, prenant la parole le premier, comme son âge l'y autorisait. Mais nous ne sommes pas là pour discuter des petits noms que chacun donne au peuple de l'autre. Nous devons parler de notre avenir commun, et celui-ci s'annonce bien sombre.
Le Duc acquiesça et se tourna vers ses neveux, attendant des explications, mais ce fut Rowan qui prit la parole.
- Messire, je me soumet entièrement au châtiment que vous choisirez, mais ne punissez pas mes frères, car je suis aujourd'hui la cause de leur tourment, dit elle en regardant le Duc droit dans les yeux. Si à ce jour vous n'avez point entendu parlé de moi, c'est que jusqu'à ces derniers mois, j'ignorais tout de ma parenté, ayant été confié à ma naissance à Dame Viviane de Brocéliande, puis à la mort de celle-ci j'ai rejoint les île d'Avalon. Je ne peux qu'émettre des hypothèses sur le pourquoi d'une telle protection. Comme vous l'avez vu, je possède des ailes puissantes, mais la nature m'a aussi doté d'un grand potentiel, magie - des étincelles jaillirent au bout de ses doigts, contrôle du vent - une légère brise se mit à souffler dans la pièce, et le don de Vision. Et c'est aujourd'hui l'une de ces visions qui nous réunit autour de cette table.
Le Duc n'avait pas perdu une miette de ce qu'avait dit l'adolescent. Il se souvenait de Dame Viviane, amie de leur mère, puis Dame de compagnie d'Emma. Il se souvint des légendes d'Avalon qu'elle leur contait, ce pays perdu au milieu des brumes, refuge des derniers Atlante et berceau des Faériens. En quelques mots, Rowan avait déjà expliqué beaucoup du mystère qui l'entourait.
- Tout cela est très instructif, Jeune Rowan, mais de ces visions, vous ne nous avez encore rien dit.
Rowan dont le visage était redevenu impassible à l'instant où elle était entrée dans la tour laissa un léger sourire étirer ses lèvres.
- Vous souvenez vous, il y a de cela 4 ans, du couronnement de l'Empereur Constantin à Rome ?
- Si nous nous en souvenons, cracha Edouard. Avec cet imbécile de Danois paradant sous les couleurs de l'Angleterre, alors que nous étions enfermé à Caen.
- Paix mon garçon, murmura l'Emrys en posant ses mains sur la table et s'avançant pour mieux écouter, invitant l'adolescente à continuer.
- Le Roi Knut, fut grandement impressionné par cette homme, et par le pouvoir qui se concentrait entre ses mains. Il décida de ne pas être en reste, et de devenir l'Empereur du Nord.
Alfred s'étrangla, Edouard inspira profondément, les deux adultes croisèrent leurs bras sur leurs poitrines et s'appuyèrent au dossier de leur fauteuil, les yeux fermés. Rowan pouvait voir les rouages de leur réflexion se mettre en branle.
- Cela expliquerait beaucoup de choses, déclara Finalement Robert en se tournant vers Kaï.
- Notamment les mouvements incessant sur Muir Nicht [6], acquiesça l'Emrys.
- Vous voulez parler des navires Vikings que la tempête a jeté sur les rivages du Duc Alain l'année dernière ? s'enquit Alfred.
Le Duc hocha la tête.
- Le problème est qu'il n'y avait pas de survivant à l'époque. Nous n'avons donc que des soupçons, rien de concret.
- Ne s'agit il pas d'une aide aux Vikings d'Ireland ? demanda Edouard. J'ai entendu dire que les partisans de feu-Boré [7] se rassemblaient pour les expulser de l'île.
- D'autre devaient faire de même chez eux, marmonna Alfred ce qui lui valut un bout coup de pied de Rowan sous la table.
- Malheureusement, soupira le Duc, j'ai bien peur que les Danois n'aient renouer leurs alliance et apportent à nouveau leur soutien à cet usurpateur de Knut.
- Prions pour qu'il ne s'agisse pas de troupes supplémentaires, murmura Edouard.
- Je ne sais pas ce que prier nous apportera, mais je peux vous dire ce que ces vaisseaux transportent.
Tous se tournèrent vers l'adolescente silencieuse jusqu'à présent. Son visage était toujours impassible, mais ses yeux brillaient d'anticipation. Les yeux de l'Emrys pétillaient de malice.
- Et bien parle Rowan, ne nous fait pas languir plus longtemps, qui s'était retiré depuis un moment de la conversation.
- Ce que transporte ces vaisseaux, ce sont des troupes venu du Danemark, chargées de prélever un tribu d'Esclaves sur toutes les îles du nord, et de former de jeunes guerriers pour former une grande armée sous les ordres de Knut qui se prépare à soumettre l'Ecosse, puis le Nord tout entier.
Le silence tomba autour de la table. Mais l'Emrys tira rapidement les conclusions de ces révélations.
- Une fois Ynys Pridain totalement sous contrôle, le Danemark étant déjà sien, il ne faudra pas longtemps pour que les royaumes de Suède et Norvège tombent. L'empereur du Nord ne tardera pas à se lever.
- Et toutes chances de retrouver un jour la couronne de notre père et de libérer notre mère, seront définitivement perdues, termina Alfred en baissant les yeux.
Edouard eut le même mouvement, y ajoutant le signe de la croix. Rowan fronça les sourcils. Elle ne croyait pas son frère aussi pieu, ou peut-être avait elle voulu l'oublier de ses visions. Ce froncement avait été imperceptible, mais l'œil exercé du Duc par des années de pouvoir l'avait noté. Ceci le poussa à parler.
- J'aimerai comprendre, Rowana...
- Rowan, je vous pries de m'appeler Rowan.
- Rowan... soupira-t-il, J'aimerai comprendre ce qui te pousse à agir. Je veux dire... Je comprend très bien la présence de Maëlwys-Kaï. Mais toi qui fut conviée à Viviane, et puis, je peux le confirmer à la manière dont tu contrôle les émotions de ton visage, disciple d'Avalon, pourquoi t'intéresser au devenir des moldus.
L'adolescente un sourire mélancolique étirer ses lèvres. Au fond, avait-elle vraiment une raison de faire ce qu'elle faisait ? Depuis sa naissance, tout avait fait pour l'éloigner du monde tellement humain, comme disait avec dédain Morgian.
Mais elle était humaine, malgré ce sang plus pur que celui de tant des jeunes Atlantes d'Avalon, malgré ces nouveaux dons et pouvoirs qu'elle découvrait sans cesse. Elle était humaine, de même que sa conscience. N'importe quel apprenti de l'ancien peuple aurait accepté de laisser les Faériens se faire pourchasser, même si c'était laisser leur propres descendants éliminer, et signer leur propre perte à long terme. Mais pas elle.
Elle n'avait pas cette acceptation de la fatalité, et préférait combattre que d'attendre la mort. Elle ne pouvait pas vivre en sachant qu'elle avait abandonné les siens. Pas après la mort de Viviane, pas après la mort de Morgane, plus après l'apparition de Merlin.
- Humaine, souffla-t-elle. Contrairement a ce que vous pouvez croire, je suis humaine. Nous faériens, comme les moldus, sommes humains. La politique isolationniste actuelle d'Avalon nous met tous en danger. Et en ces temps obscurs, les foules chercherons un bouc émissaire et l'église se fera un plaisir de pointer les faériens, nous associant à toutes les créatures de l'ombre. Ne me contredit pas Edouard. Nous savons tous à quel point tu déteste ce que je suis en train de dire. Mais là n'est pas la question aujourd'hui.
Edouard mortifié s'enfonça dans son fauteuil. Un sourire naquit sur les lèvres d'Alfred, mais disparut aussitôt qu'il croisa le regard glacé de sa sœur et des deux adultes.
- La question est de savoir ce que nous allons faire pour empêcher Knut d'étendre son influence. Puis pour protéger les Faériens.
- Nous n'allons rien faire pour le moment ! déclara l'Emrys en se relevant.
Rowan le fusilla du regard, puis se tourna vers mon oncle qui acquiesçait.
- Mon oncle ! s'emporta Alfred en se levant et serrant les bords de la table à s'en faire blanchir les jointures.
- Je dois avouer ne pas comprendre vos réactions, déclara Edouard qui essayait lui aussi de se contenir.
- Les garçon, il vous reste encore beaucoup de choses à apprendre sur l'art de gouverner et de protéger son peuple, marmonna robert en se passant nerveusement la main dans les cheveux ?
Rowan qui s'était contenue jusqu'à présent éclata.
- Alors c'est comme ça ! Vous aussi vous ne voulez pas faire le premier pas. Vous avez besoin de quelqu'un pour porter l'étendard ?
- Rowan s'il te plait, commença l'Emrys.
- Mes Visions ne sont pas assez, vous ne me croyez pas. Malgré les ailes et la magie, vous ne me croyez pas. C'est d'une preuve dont vous avez besoin ? demanda-t-elle tremblant de rage.
- Rowan ! continua Kaï.
- Et bien vous l'aurez ! déclara Alfred qui avait lâché la table. Prêtez nous un voilier, et nous vous ramènerons cette preuve !
- Alfred ! gronda son frère.
- Oh Edouard, fiche moi la paix ! tu sais très bien que je ne suis d'aucune utilité ici. Ma présence est à peine tolérée par les prêtres, je ne serai plus dans tes pattes si tu me laisses partir.
- Ta mère m'a confié ta garde ! gronda le Duc.
- Si je puis me permettre, déclara l'Emrys en posant la main sur l'épaule d'Alfred. Je crois qu'il est temps de leur dire pourquoi je suis ici.
Tous se retournèrent vers lui interloqués.
- Vous n'êtes pas là à cause de la lettre de Rowan ? demanda Alfred incrédule.
Le Duc hocha négativement la tête.
- Si l'Emrys est ici présent, c'est que nous voulions parler du développement de tes dons, déclara-t-il. Edouard et moi en avons longuement parlé ces derniers mois, et il semblerai que contrairement à ce que l'aspect de tes ailes montrait, tu posséderais un pouvoir magique non négligeable. Pouvoir qui risque de mettre en danger tes proches.
- Mais comment ? Pourquoi ? balbutia-t-il.
- Là ou brille une grande lumière, les ténèbres se rassemblent pour la submerger, déclara Rowan. L'attaque de ce matin n'était pas un hasard.
- Tout à fait Rowan, tu as toi même été par deux fois victimes d'attaques similaires.
Rowan Frémit. Viviane. Geoffrey... elle ferma les yeux et inspira profondément.
- C'est donc pour cette raison, continua le Duc, que nous avons décidé de te confier aux soins de l'Emrys en attendant que nous passions à l'attaque.
Alfred n'en croyait pas ses oreilles.
- Mais les nouvelles que Rowan nous apportent sont inquiétantes, déclara Edouard, en baissant les yeux sur la table. Si cela se confirmait, nous serions obligés de prendre des mesures radicales. Et nous ne sommes pas prêts.
- Hum... grogna le Duc en fermant les yeux.
- Je ne crois pas... commença Edouard.
- Je pense que c'est une décision raisonnable, déclara l'Emrys. Alfred et moi savons naviguer, et je dois avouer être intrigué par ces mouvements. Je comptais emmener le prince en Ireland, cela ne nous fera qu'un petit détour.
- Je viendrais avec vous, Déclara Rowan.
- Non, répondit Edouard automatiquement.
- Et pourquoi pas ? Aux dernières nouvelles, je ne t'ai pas demandé ton autorisation pour me déplacer.
- Et on voit bien où ça t'a menée. Une petite sauvageonne qui n'a aucune manière et aucun respect des croyances.
- De quel droit oses-tu me juger Edouard ! murmura-t-elle froidement. Tu ne savais même pas que j'existais il y a encore quelques mois, et maintenant tu voudrais gouverner ma vie ?
- Je suis l'aîné et ton futur roi et pour cela tu me dois respect. Mon Oncle aidé moi !
- Rowan, je crois qu'il serait effectivement plus sage de rester auprès de nous. Cela ne nous ferais pas de mal d'apprendre à...
- Il n'en est pas question. J'ai rompu les liens avec Avalon, ce n'est pas pour me retrouver prisonnière d'autres chaînes.
- Rowan ! gronda Edouard.
- Essayez donc de m'empêcher de partir si je le veux, déclara-t-elle en renversant le banc et roulant en arrière.
En un instant, elle fut sur pieds, sa dague à la main. Ses yeux lançaient des éclairs et son visage avait une expression froide. Edouard se plaça entre l'escalier et la jeune fille. Alfred les regardait ahuri.
- Rowan soit raisonnable, dehors n'est pas un endroit pour quelqu'un tel que toi. Une princesse ne doit pas vivre comme tu le fais.
- Quel besoin as-tu besoin d'une princesse pour sœur. Pour l'enfermer avec Godfigu dans un monastère et ainsi apaiser les prêtres ? Non merci, mais très peu pour moi.
- Mais...
Rowan ne le laissa pas parler d'avantage. Elle se redressa et rengaina sa dague. Elle posa deux doigts sur ses lèvres et siffla une note brève et stridente. Tous se bouchèrent les oreilles alors que le vent se mettait à rugir à l'extérieur et projeter des larmes tranchantes à l'intérieur. Raven fila à travers la pièce et vint se stabiliser devant la fenêtre de vitraux qu'elle brisa, passant au travers. Rowan se tourna vers Alfred.
- Rendez vous sur l'île de l'Archange ! Les vents vous mèneront à moi ! Edouard, j'espère qu'à notre prochaine rencontre nos différents seront oubliés. Adieu !
Elle tourna le dos, et sauta par la fenêtre à présent dégagée. Edouard se précipita pour la rattraper, mais ne saisit qu'une poignée de plumes. Sa sœur avait déjà disparue avec Raven dans la tête qui soufflait dehors.
Edouard se tourna vers son oncle qui le regardait.
- Ne me dit pas que j'ai eu tort de la retenir. Tu sais très bien qui elle peut être !
- Je le sais, répondit il. Mais au moins ne sera-t-elle pas seule puisque Vous allez la rejoindre.
Alfred, sursauta, comprenant qu'on parlait de lui et de l'Emrys.
- C'est une enfant difficile à cerner, déclara Kaï en haussant les épaules. Il se peut que se soit elle qui nous protège. Elle a beau être jeune, elle a déjà beaucoup vécu. Et c'est pourquoi elle a du mal à accepter sa condition de femme et le fait que l'on veuille veiller sur elle.
- Pourquoi cela ?
- Ah... Laissez moi vous conter ce que je sais de sa vie et des épreuves qu'elle a déjà dû traverser...
Alfred regarda une dernière fois par la fenêtre. Sa sœur avait bel et bien disparue. Mais il la reverrai bientôt, elle le lui avait promis. Et tout ce que l'Emrys pourrait lui apprendre serait le bien venu. Il se décida donc à reprendre sa place à la table, où le récit avait déjà commencé.
[1] Bachelier : dans l'ordre médiéval, le jeune homme est écuyer dans ses jeunes années, puis adulte, on l'appelle bachelier jusqu'à ce qu'il obtienne le titre de Chevalier. Il a les mêmes devoirs que les écuyers et doit suivre son Chevalier au combat, bien qu'il commence déjà à chevaucher.
[2] Emma, eut trois enfants d'Ethereld : deux fils Edouard et Alfred, une fille Godfigu. Je pose dans cette fic que Rowan est une enfant dont on ne sait si elle est d'Ethereld ou de Knut.
[3] Ai-je vraiment besoin de parler de la foire de Lessay en Normandie ? Faut un peu lire les journaux, lol. Bon d'accord, en gros c'est une foire agricole millénaire où l'on vent des animaux, on fait des concours de bêtes et des plus beaux légumes, meilleurs saucisses, meilleurs Calvados, bref un lieu de rencontre.
[4] l'île des Forts, nom que l'on donnait à la Grande Bretagne.
[5] Je rappelle qu'à cette époque, le donjon était une grande tour construite au cœur de la forteresse qui abritait les quartiers du Seigneur du château, et non des prisons ou les chers donjons de notre maître de potion.
[6] Muir Nicht, nom donné à la Manche en ancien Breton.
[7] Boré avait été le premier roi d'une Ireland unifiée au début du XIième siècle, mais avait été tué vers 1017 lors d'un raid massif des Vikings.
Bla bla psy d'Angharrad :
J'ai cru que je n'y arriverais jamais !!! Du coup, j'ai encore du tronquer ce chapitre. Il y aura donc une troisième partie à ce qui était initialement prévu pour le chapitre 7. Argh, moi qui voulais avoir bouclé cette fic pour noël, ça va être noël l'année prochaine ! lol
Mais je tiens bon ! Comme promis, un fondateur est mentionné ici. De qui il s'agit ? A vous de trouver. Mais on le verra plus dans le prochain chapitre ! Les choses vont s'accélérer maintenant (je dis ça à chaque fois et c'est le contraire qui se produit TT, croisez les doigts avec moi !)
Alana Chantelune : Désolée de t'avoir perdue. Je dois avouer m'être laissée emportée par ma plume. Mais tu verras, tout s'expliquera ! quant à Kaï, normalement, j'ai du expliquer un peu plus de qui il s'agissait ici. Et c'est un de ces foutus personnages secondaires dont on arrive pas à se débarrasser ! mais je crois que tu connais aussi. En fait j'ai cherché et à part dans la chanson avec les deux couples d'amis, j'ai pas souvenir d'autre chose. Si tu te rappelle, hésite pas à me dire !
Miya Black : tu as dû être comblée dans ce chapitre, Vous allez voir que cette pauvre Rowan est pas au bout de ses surprises, et que beaucoup de pouvoir, ça implique beaucoup d'emme***. Lol, je suis démoniaque avec mes persos !
Lolo : j'ai honte de mois. J'avais dit un mois et ça a été presque deux. Pitié me frappe pas ! J'essaierai de pas recommencer ! Je me met à ATL9 dès demain.
Naséis : désolée pour la faute d'orthographe. Pour la bande son, j'ai eu un peu plus de mal cette fois, mais ça devrait coller. J'essaie de vous donner le plus de référence au niveau du titre pour que vous puissiez les trouver facilement. Au fait tu m'as pas dit ce que tu pensais du plan de GWE ? tu comprend pourquoi j'ai préféré HP ?
