Elle n'arrivait plus à respirer dans ce sac en toile. Elle était épuisée, assommée par le manque d'oxygène. Ils l'avaient cueillie de la même manière que la première fois et maintenant quatre mains l'enserraient. Ils avaient transplané et attendaient depuis une demi-heure à peu près. Elle ne savait pas où on l'avait emmené. Elle n'entendait plus de voitures, plus rien : ils avaient sans doute quitté la ville. Des larmes coulaient sur ses joues. Elle avait été bête, comment avait elle pu tomber deux fois dans le même piège ? Comment n'avaient ils pas pu anticiper ? Ils auraient dû s'en douter, laisser une sang-de-bourbe s'enfuir n'était pas dans leurs habitudes et ils compteraient bien finir le travail. Ils avaient été trop confiants… Sa vue commençait à se brouiller dangereusement lorsqu'elle entendit le bruit d'un transplanage non loin de là où ils se trouvaient. Des voix : ils se rapprochaient. Les deux hommes lui retirèrent le sac de son visage. Dans l'obscurité elle ne percevait que les ombres de ses ravisseurs. Un homme se rapprocha quand soudain :
-Lumos !
Une lumière vive l'aveugla. Elle ne distinguait plus rien si ce n'est que ce rayon lumineux qui lui transperçait les yeux. Sa tête bourdonnait. Elle était perdue. Elle n'était plus très lucide, des lumières dansaient devant ses yeux. C'est sans réagir qu'elle entendit une conversation qui lui semblait lointaine débuter.
-Alors Casey, à toi l'honneur ! Qu'est ce que tu att…
-Je pense que Casey préférerait que nous l'appelions par son vrai non, n'est ce pas Malfoy ?
-Ma…Malfoy ? Lucius Malfoy ? Le célèbre mangemort ?
-Mais non ! Son fils ! Drago Malfoy !
Une pointe d'exaspération pointait dans la voix de l'homme : finalement il n'y avait pas que du bon que de travailler avec de imbéciles.
-Mais alors… On doit être content ?... Par ce que c'est… un honneur ? De travailler avec un sang-pur ?
-Non. Cela aurait pu, mais c'est un traître à son sang.
Ron tournait en rond dans la cuisine. Hermione était en retard. En ces temps troublés, un quart d'heure de retard c'était déjà trop, surtout lorsqu'on se faisait agresser trois semaine plus tôt. Il transplana à St Mangouste. Les collègues de la jeune femme lui assuraient qu'elle était partie il y avait environ vingt minutes. Comme il l'avait pressenti, quelque chose clochait. Elle ne pouvait pas avoir décidé de faire une escapade alors que la victime des membres de la ligue était sans doute déjà entre leurs mains. Un vent de panique souffla et dévasta le rouquin. Trop de coïncidence et faits inhabituels arrivaient en même temps. Il se hâta de transplaner pour avertir Harry et les autres, de ce qu'il considérait déjà comme l'enlèvement d'Hermione.
L'état d'urgence était déclarée, tout le monde envoyait des patronus pour envoyer des messages, arrivait, ressortait. Il fallait trouver une solution. Luna se creusait la tête depuis une demi-heure. Comment retrouver Hermione ? Un moyen rapide qui pourrait la localiser. Drago étant un excellent occlumens, il avait été impossible de le prévenir de la nouvelle. Elle serait sans doute encore une fois attaquée par la ligue. Alors qu'elle regardait soucieusement Harry faire les cent pas, Luna fut traversée par une idée un peu farfelue certes, mais qui pourrait marcher.
-Je…Je crois que j'ai une idée…
Tous la regardèrent surpris et pleins d'espoirs.
-Je pense qu'on pourrait essayer de poser un Tabou sur son nom… Je veux dire, si elle est avec Drago, ce qui me semble plus que plausible, il sera sans doute amené à dire son prénom, ou elle le sien… Nous pourrions aussi le poser sur Drago… Nous pourrions savoir où ils sont…comme ça…
Harry resta sans voix. C'était une idée qui avait du potentiel. Comment avait-il pu oublier la manière dont les mangemorts les avaient retrouvés Hermione, Ron et lui dans leur tente, perdus dans la campagne, alors qu'ils cherchaient les horcruxes ? Elle restait hasardeuse, bien sûr, mais ils n'avaient rien de mieux. Elle ferait l'affaire en attendant d'en trouver une meilleure. Aussi, ils la suivirent : dès que leurs noms seraient prononcés ils sauraient exactement l'emplacement de celui qui les avait dit. Il prit donc les commandes de l'opération. Dès qu'ils auraient un signalement, s'ils en avaient un, un éclaireur partirait, puis, si la piste était bonne, il enverrait un patronus pour les avertir et tous partiraient sur les lieux pour agir. Des noms de code avaient été établis pour désigner les deux absents, permettant ainsi de ne pas brouiller le sort. C'est ainsi qu'ils entamèrent une longue attente, tout en continuant à se creuser la cervelle pour une solution plus sûre.
Bridgestone avait à peine fini sa phrase, celle qui me révélait comme traître, que je sentis des baguettes pointées dans mon dos. Sharp et Milner. Sans doute avaient ils été préalablement avertis par leur chef, au contraire de Taylor qui semblait tomber des nues et qui bégayait qu'il m'avait toujours fait confiance. La différence de traitement qu'il réservait à ses subalternes allait se retourner un jour contre lui, j'en étais certain, mais pour l'instant ce n'était pas mon problème le plus grave. La femme était Hermione. J'essayai en vain de réfléchir à une solution. Bridgestone retira sa baguette du visage de sa pas si nouvelle victime. Je ne pus plus voir son visage inondé de larmes, replongé dans l'obscurité de la nuit. Mes assaillants me firent avancer. Le lumos écarté du visage d'Hermione éclairait la scène. Je pu à nouveau apercevoir son expression d'effroi qui mobilisait tous ses muscles mais malgré son air implorant, ses yeux brillaient d'un éclat nouveau. Elle savait qu'elle allait souffrir, sans doute mourir, elle avait peur mais elle s'y préparait. Non, ne soit pas résignée, Hermione. Battons nous jusqu'au bout.
Je sentis l'arme se planter sur ma joue. Il ne servait à rien de mentir. Soit je dénigrais Hermione et elle perdait sa valeur en tant qu'élément de l'organisation, source de renseignements et redevenait une simple née-moldue, vouée à une mort rapide et certaine dans l'heure qui suivait, soit je lui accordais de l'importance au sein de l'ordre. Elle mourrait plus tard, bien plus tard, mais souffrirait énormément sous la torture. Quant à moi, je serais sans doute tourmenté également. J'étais à ce stade de mes pensées macabres lorsque notre ravisseur s'adressa à moi :
-On s'amuse bien à l'Ordre du Phénix ? Tu pourrais nous présenter… Ton amie Granger c'est ça ? Epargne moi tes tissus mensongers, je sais que tu en fais partie. Nous vous avons laissé venir jusqu'à nous : vous avez fait le travail à notre place, c'est sympathique !
Il retira la baguette, la pointa sur Hermione et avec un sourire cruel il reprit :
-Ah. Je découvre enfin ton véritable air apeuré, Malfoy… Serait-elle ton talon d'Achille, ta faiblesse ?... C'est intéressant tout ce qu'on peut découvrir dans des situations comme celle-ci… Je connais votre manière de procéder : filature, infiltration, livraison et bien sûr interdiction d'utiliser des sortilèges tels que…ENDOLORIS ! Cria-t-il en dirigeant sa baguette sur Hermione qui s'écroula sur elle-même, ne restant debout que parce que les Cordell la tenaient, hurlant d'une douleur qui lui était aussi insupportable à elle qu'à moi. La terreur me tétanisait.
-ARRETEZ !
-Arrêter quoi ? Ca ? ENDOLORIS ! Pointa-t-il sur moi.
Une douleur fulgurante me traversa de part en part. Je n'étais plus capable de réfléchir. Une seule image s'imposait en moi : le moment où nous nous étions étreint, elle et moi. Sa cruauté le perdra. Mon bourreau s'arrêta un instant, pour me laisser respirer. Je pu voir qu'Hermione se remettait, elle se tenait sur ses deux jambes, cela me rassura partiellement. Il fallait que je trouve un moyen pour qu'elle puisse s'enfuir.
-Tu sais ce qui arrive à ceux qui se moquent de moi ? Endoloris !
Une nouvelle fois, je me tordais de douleur et encore une fois mes pensées convergèrent vers elle. Il le fallait pour tenir.
-Tu t'es cru plus intelligent, plus fort ? Mais c'est ton orgueil qui t'a perdu mon ami ! Ce même orgueil qui vous perds tous, sang-purs !
Je me remettais plus difficilement que la première fois.
-Il reste néanmoins un moyen de te racheter…
Je le regardais pour ne pas perdre la face mais je ne dis mot. Devant mon silence obstiné Bridgestone reprit :
-Le Doloris, jette le sur elle. Montre-nous que tu n'as pas perdu de tes années passées aux côtés du seigneur des ténèbres.
Mon cerveau fonctionnait à toute vitesse. Il était hors de question que je jette un sort de la sorte sur qui que ce soit, d'autant plus sur Hermione. Je devais la sauver, mais rien ne venait à l'esprit. Je lui avais fait la promesse de tout faire pour épargner la victime au détriment de ma vie et elle tenait toujours. Il n'existe aucun sort qui permette de protéger les gens à distance. Je me promettais de me pencher sur la question si j'en ressortais vivant.
-Dépêche toi ! Si ce n'est pas toi qui le lances ce sera moi !
Une parade, une parade, vite, une parade.
-Trois…
Mes réflexions bien qu'en ébullition ne savaient pas où aller, elles voletaient inutilement, brassant de l'air, ne me donnant aucune idée pour la sauver.
-Deux…
Hermione, bien que debout sur ses jambes restait sonnée par la douleur qu'on lui avait infligée précédemment, quoi que je tente, elle ne pouvait pas agir de façon réactive…
-Un…
Elle tentait tant bien que mal à se remettre des répercutions qu'avait provoqué le Doloris et me regardait d'un air suppliant.
-Sauve-toi, je t'en prie, souffla t-elle.
-Je refuse, dis-je d'une voix douce. Si quelqu'un doit être sauvé, ce sera toi, je m'y engage.
Sa mine se fit plus implorante et elle me fit défaillir. Le sol semblait s'ouvrir sous mes pieds et je me demandais quelles forces pouvaient me garder debout. J'étais pris au piège, au fond la solution, je la connaissais. Je n'avais pas le choix.
-Sauve-toi…
Comme vaincu, mon bras commença alors à se lever en tremblant, le plus lentement possible. Maintenant je brandissais ma baguette sur Hermione. Elle fermait les yeux dans l'attente de la souffrance. Je ne réussissais pas à feindre le rictus cruel ni la délectation qui mobilisaient les traits de feue ma tante Bellatrix. C'est dans un murmure, les yeux embués, le cœur brisé car conscient que nous serions séparés sans doute à jamais, que je prononçais la formule :
-Revigor…
Le sort sortit de ma baguette produisant une certaine chaleur au bout de mes doigts et frappa Hermione en plein cœur. Le sort revigorant, conférant de l'énergie aux faibles et aux inconscients. C'était le moins que je puisse faire pour elle, incapable de la protéger. Des larmes s'écrasèrent sur mes joues. Tout était fini. J'avais perdu. Tout se passa très vite, ils essayèrent de me retirer ma baguette, dans un dernier effort je criai :
-Périculum !
Et un feu de détresse s'échappa de ma baguette, s'éleva haut dans le ciel de juillet et explosa en fines étincelles au dessus de nos tête, entre les étoiles. Tous regardaient les astres, perdus. Je continuais de me démener avec la force du désespoir pendant qu'ils étaient abandonnés dans leur contemplation. Je ne tenais mon arme que de deux doigts, m'écriant :
-SPERO PATRONUM !
Un castor de lumière blanche apparut et attendit mon signal.
-Cours au 12 Square Grimaud. Nous sommes…
Je n'eus pas le temps de finir car on me donnait un violent coup à la mâchoire.
-Nous sommes sur un terrain vague à l'… Reprit Hermione totalement remise grâce à mon premier sort. Elle subit le même traitement que moi.
Le castor s'enfuyait déjà dissipant l'obscurité, porteur d'un message inutile. L'idée m'était venue trop tard. Du début à la fin de cette mission j'avais été pitoyable. Ils me maîtrisaient à trois, je renonçais à me battre, préférant garder mes forces pour quelque chose de plus utile.
-Mes amis, l'Ordre du Phénix est… soit très généreux, soit très idiot par ce qu'il nous a envoyé de lui-même deux agents ! Des otages précieux ! Enfin… je veux dire un... un seul nous suffit n'est ce pas ? Nous pouvons finir la soirée en beauté en en éliminant un ! Lequel ? La sang-de-bourbe ?
-NON !
Mes lèvres avaient parlé si vite que j'avais l'impression que quelqu'un d'autre avait crié à ma place. Mon corps entiers tremblait, agité par des spasmes violents.
-Je ne me souviens pas avoir demandé ton avis. Tiens, prends ça pour la route.
De nouveau, la douleur me déchira le corps en entier.
-ARRETEZ CA !
Hermione était totalement maître de ses esprits. Comme si elle n'avait rien enduré, ses plaies étaient cicatrisées, sa fatigue et sa faiblesse effacées.
-Ah mais il va falloir que vous vous mettiez d'accord ! Je ne sais plus où donner de la tête, moi ! Alors qui faut il que j'agite ? Malfoy ? Une revendication ?
-Je… laissez la… Vous voulez tuer l'un de nous cette nuit ? Dans ce cas prenez moi…
-Non ! Je… Non ! Pourqu…
- C'est trop tard ! Il fallait parler avant miss Granger, les premiers arrivés sont toujours les mieux servis… Nous te tuerons demain ! Quand tu auras répondu à toutes nos questions… A moins que nous la gardions comme moyen de pression ? Hmmm à voir… Alors les enfants ? Commençons !
On me lâcha et jeta à terre. Il ne me restait plus qu'à prier pour que l'Ordre se surpasse et retrouve Hermione. Cet espoir insensé me tenait toujours. Je leur laissais un peu plus de temps. J'essayais de me relever avec toute la dignité dont j'étais capable, du défi plein le regard.
-Ecoute moi…
-SECTUM SEMPRA !
Je fus touché en pleine tête par le maléfice. Rapidement un flot important de sang m'empêcha de voir.
-Ils te retrouveront… Hermione ! J'en suis sûr ! Crois-y !
D'autres sorts du même type continuèrent à frapper différentes parties de mon corps. Mes douleurs n'étaient rien comparé au sortilège Doloris cependant je perdais beaucoup de sang. Après un coup porté au niveau du thorax j'entendais vaguement une voix apeurée appeler mon prénom. C'était une voix lointaine et j'entendais quelqu'un de plus proche de moi lui répondre dans un registre bassement ironique :
-Ah parce que vous vous connaissez ?
Et mon massacre repris. Je ne connus pas la suite de ce dialogue stérile : ayant perdu trop de sang, je sentais venir ma fin. Avant d'autoriser mes yeux à se fermer pour la dernière fois, je regardai le seul visage que j'aimais regarder puis je m'évanouissais, reposant sur le sol boueux du terrain vague.
