Bonjour, bonsoir & bienvenue !

Aaaaaah. Enfin, nos trois zozos forment cette petite bande que nous connaissons tous très bien. Qui a dit "ouais mais il manque Luxus" ?... Bon, oui d'accord, il manque Luxus. Mais je vous rappelle que cette fic est essentiellement basée sur les Raijin. Donc, Luxus, désolée, mais tu vas devoir resté encore un peu en coulisse. Voiiilà, comme ça, ça te permettra de peaufiner le maquillage de ta cicatrice, héhéhé. *se prend un éclair sur le coin du nez*

Bref, revenons à nos moutons ! Que celui qui a dit "non, à nos Raijin" sorte tout de suite. On n'est encore qu'à la phase embryonnaire des Raijin. On parle même pas encore de Raijin, on parle de trio infernal ! D'où le titre. Oh, ne faites pas cette tête là, je sais que vous avez très bien compris. Vous êtes assez grands, enfin ! Bon, j'me calme et je me recentre. Le chapitre du jour est long (un peu plus de 4000 mots) et surtout, il est différent. C'est un chapitre montrant la vie quotidienne, les frasques, les délires et les coups de gueules de nos trois loustics. Ouais, c'est du bonheur et du rire à l'état pur ! Par contre, on se mange presque 3 ans en un chapitre ! Prêts pour le décollage ?

Pause réponse aux reviews

Yu' : Merci pour ta review, petite pantouflemmarde ! Oui, ils sont tous les trois réunis, enfin ! Gné ? Un épisode spécial sur les Raijin ? Mmmh, il va falloir que j'aille voir tout ça… Merci encore ;)

Maeva2749 : Héhé ^^ Merci pour cette pitite review !

Les trois choupinous sont, toujours, la propriété d'Hiro Mashima. Zuzu s'est chargée du reste... *malgré son nez "foudré" et non poudré, héhéhé*

Enjoy ;)


BLACK JACK

- Partie I. L'orphelinat -

- chapitre 07 -

Le trio infernal

.

Fried est un peu plus petit qu'Evergreen. Ça ne se voit presque pas, à cause de ses épis qui faussent un peu. Mais le fait est là, Evergreen est plus grande que lui. Debout en slip dans l'infirmerie, Fried rage en regardant sa fiche de santé. Bixrow à ses côtés ne peut pas s'empêcher de rire à gorge déployée.

- Arrête de te moquer ! Grande asperge !

- Désolé, c'est plus fort que moi !

- Je vais finir par t'envoyer mon poing dans le nez !

L'aîné ne rigole plus. Il sait quand son ami est sérieux et il connaît ses faiblesses mieux que quiconque. Ils se rhabillent en silence et se rendent au foyer où ils retrouvent leur amie. La fillette est étonnée, son ami aux cheveux verts ne lui accorde pas un regard. Elle interroge Bixrow en levant un sourcil et ce dernier met une main à plat sur sa tête en lui faisant un clin d'œil. Evergreen fait "oh" et saute sur Fried.

- Mon petit Fried ! Ne sois pas triste enfin !

- Lâche-moi ! Je suis vexé !

- Ça se voit pas du tout.

- Oh toi la grande asperge, tu la fermes !

D'un geste franc, Evergreen frappe la tête de Fried avec son livre.

- Non mais ! N'insulte pas Bixrow comme ça !

- Mais il me nargue !

- Je ne veux pas le savoir ! Bon, je vais me doucher !

Une fois qu'elle n'est plus en vue, Bixrow déclare :

- Elle a du caractère !

- Sans blague, soupire Fried en se frottant le crâne.

- Mais j'l'aime bien !

- Ouais, pareil. Je serais bien triste sans elle.

- Pareil. Bon, on va se laver nous aussi ?!

- Avec plaisir, ma grande asperge préférée !

Bixrow se met à grogner sous le regard rieur de son ami. Tous les trois, ils savent bien que Fried finira par dépasser Evergreen. Mais, Bixrow est presque assuré de garder la plus haute place. Il fait déjà deux bonnes têtes de plus que les deux plus jeunes et il ne compte pas s'arrêter là. Il n'a que 11 ans, il va continuer à grandir pendant encore un moment. Fried ne se fait aucun souci pour lui. Il est plus inquiet pour Evergreen. Si elle reste leur petite fée, il faudra faire attention qu'elle ne se fasse pas écraser.

En soupirant sous la douche, Evergreen se dit que Fried fait beaucoup trop attention à elle. L'autre jour, par exemple, elle était seule dans le couloir lorsqu'il a déboulé, inquiet et stressé. Elle allait juste aux toilettes. Bixrow a beaucoup rigolé. D'ailleurs, le garçon aux cheveux bleus n'est guère mieux, songe la fillette. Il y a deux jours, un garçon de leur dortoir lui a écrit une lettre d'amour… que Bixrow a réduit en miette alors qu'Evergreen ne l'avait même pas lue en entier. De vrais protecteurs ces deux là. Mais au fond, ça ne la dérange pas vraiment car, elle aime leur présence. Ça lui met du baume au cœur de savoir qu'ils sont là, à l'attendre. Et si un jour, ils sont séparés… non, elle n'ose pas l'imaginer.

Cette nuit là, Bixrow fait un cauchemar. Il se réveille en sueur, le cœur battant la chamade et la bouche sèche. Sans réveiller ses voisins de dortoir, il sort dans le couloir pour aller boire aux sanitaires. En revenant sur la pointe des pieds, une voix le fait sursauter.

- Ça ne va pas, Bixrow ?

Il se retourne en un mouvement vif et gracieux. C'est Mary la surveillante du dortoir des filles qui le regarde avec un air concerné.

- Euh, non pas trop. Cauchemar.

- Oh, ce n'est rien. Ça passe toujours ces petites bêtes là. Tu ferais mieux de penser à autre chose avant de te recoucher.

- Oui.

Il avance doucement lorsque Mary le retient encore un peu.

- Merci de vous occuper d'Evergreen, Fried et toi. Elle a toujours été très seule et un peu perdue. Vous êtes une bulle d'air pour elle, un soleil immense ! Vous ne savez pas combien elle est heureuse.

Bixrow tourne la tête et se met à sourire.

- Elle va te manquer quand elle partira, pas vrai ?

- Pour sûr ! Je ne me suis jamais autant attachée à un enfant auparavant. J'espère qu'elle reviendra me voir…

- On essaiera de repasser, quand on sera vraiment plus grands, souffle Bixrow avant de rentrer dans le dortoir.

Après cette conversation un peu étrange, le garçon se recouche et s'endort avec un sourire immense. À quoi ressembleront-t-il lorsqu'ils seront vraiment plus grands ?

.

Evergreen est en train de lire un roman particulièrement captivant. À côté d'elle, Fried et Bixrow s'affrontent aux échecs. Le silence est total et, comme il fait beau, ils sont seuls dans le foyer. Soudain, Fried explose.

- T'as encore triché, je t'ai vu !

- Que nenni mon cher ami.

- Et ne me parle pas comme ça ! J'ai vu, tu as triché !

- Hélà ! Pourquoi ça hurle ? tonne la fille du groupe en sortant la tête de son histoire.

Elle remonte ses lunettes à l'aide de son index et regarde fixement ses deux amis.

- Quel est le problème ?

- Bixrow a triché. Encore.

- N'importe quoi ! déclare le coupable pour sa défense.

- Arrête ça tout de suite ! s'énerve le garçon aux cheveux verts. C'est la troisième fois cette semaine !

- Stop Fried. Qu'est-ce qui te fait dire que Bixrow triche ?

- Il bouge les pions ! Mon cavalier était là et il l'a mit là pour me le bouffer !

L'intéressé hausse les épaules en détournant la tête. Evergreen soupire de désespoir.

- Et bien recommencez votre partie alors.

- Ah non ! s'exclament les deux garçons.

- Bon bah débrouillez-vous mais arrêtez de crier, je lis !

- Là, c'est toi qui crie, Evergreen.

Elle se lève en faisant crisser sa chaise et sort du foyer en claquant la porte. Le silence est total pendant quelques instants puis, Fried dit :

- C'est vraiment trop facile de la faire sortir de ses gonds.

- Ouais ! avoue Bixrow hilare. Trop facile ! Bon, on reprend ?

Ils se recentrent sur leur partie avant que Fried n'explose une seconde fois.

- Ah nan ! Tu as changé la place de tous les pions !

.

C'est l'anniversaire d'Evergreen. Elle a 10 ans. Pour l'occasion, les garçons ont demandé à Mary de lui acheter une nouvelle paire de lunette et un grand livre de contes. La surveillante a trouvé l'idée excellente ! Lorsqu'elle donne les deux présents aux garçons, ils se réfugient dans leur dortoir, disant à leur amie qu'ils préparent une farce au petit Maxou. Elle ne se doute de rien et leur demande de lui raconter la réaction du gamin. Ils promettent, en riant doucement. Une fois seuls dans le dortoir, ils découpent les pages du livre de sorte que la boîte à lunette rentre parfaitement dedans. Puis, ils ferment le livre et font un paquet cadeau.

Le soir, ils offrent ce petit présent à leur amie dans le couloir avec Mary. Dès qu'elle voit le livre, Evergreen est aux anges et puis, elle ouvre et trouve l'étui. En voyant la jolie paire de lunette, elle ne peut s'empêcher de sangloter, juste un peu. Elle met les nouvelles lunettes sur son nez. Fried et Bixrow la trouve super belle ! Mary la prend dans ses bras. Evergreen est tellement submergée par ses émotions que la seule réaction appropriée qu'elle trouve à faire, c'est de frapper ses deux amis avec le livre en hurlant :

- Gâcher un si bel ouvrage ! Je vous en foutrais moi des cadeaux comme ça !

Mary ne peut s'empêcher d'éclater de rire devant les mines déconfites des deux garçons.

.

Un jour qu'il neige, Bixrow décide de faire un concours de bonhomme de neige. Les plus petits de l'orphelinat sont enchantés et suivent leur aîné dans la cours. Les bonnets sont vissés sur les têtes et les écharpes enroulées autour des cous. Certains grands se prêtent au jeu et bientôt, la cour est remplie d'embryon de bonhomme de neige. Derrière la fenêtre de la bibliothèque, Evergreen et Fried regardent leur ami faire voler les boules de neige trop grosses pour les petits bras des enfants. Il fait prendre vie à certains bonhommes et poursuit les gamins hilares. Ils ont les joues rouges, les yeux brillants et n'ont pas envie de s'arrêter de courir. Evergreen soupire.

- Qu'est-ce qu'il s'amuse ! Un vrai gamin.

Fried approuve du chef.

- La magie de possession humaine est très intrigante et intéressante en même temps.

- Et il sait s'en servir, ajoute Evergreen.

- J'aimerai être aussi fort que lui…

- Ça viendra, Fried. Ça viendra.

Ils se sourient en se replongeant dans leur lecture. Dehors, Bixrow et les plus petits sont en train de fabriquer le plus grand bonhomme de neige du monde. La nuit commence à tomber, il fait froid. Mais dans leurs cœurs brûle le plus grand des feux de joie !

.

Il y a une rumeur dans l'orphelinat qui dit qu'Evergreen est amoureuse de ses deux amis. Ça fait fureur et sensation : les filles gloussent, les garçons soupirent et les surveillants se marrent.

- Nan mais sérieusement, soupire Mary. C'est n'importe quoi.

- C'est une rumeur ! déclare Brian, le surveillant du dortoir de Fried et Bixrow. Alors, évidemment, c'est n'importe quoi.

- Mais qui a lancé un truc pareil ? demande un autre.

- Sûrement Lanfeust. Vous avez vu comment il dévore la petite Evergreen des yeux ?

- Petite, petite… Elle a eu 11 ans ! réplique Mary à sa collègue.

- Oh mais ce garçon… Il est totalement épris d'elle ! souffle le second surveillant du dortoir des garçons. Il lui écrit des mots en cachette et les fait passer par Lisa.

- Le jour où Bixrow et Fried vont le coincer celui-là…

Un silence suit cette déclaration.

- Evergreen ne les laissera pas faire, assure Mary. Cette gamine a du caractère.

- Oh oui ! Assez pour éconduire tous les garçons de l'orphelinat qui sont amoureux d'elle, assez pour frapper ses deux amis et assez pour éteindre cette rumeur débile.

Ils approuvent tous en silence lorsqu'un cri se fait entendre dans la salle commune de l'orphelinat.

- Mais il faut vous le dire en quelle langue ?! Bixrow et Fried ne sont rien de plus que mes amis ! Et le prochain qui dit des choses aussi grotesques, je le change en pierre !

Les surveillants éclatent de rire. Et voilà comment meurt une rumeur.

.

Le directeur est venu ce matin dans leur classe et a demandé à Fried de le suivre dans son bureau. Depuis, Evergreen ne cesse de se retourner pour lancer des coups d'œil inquiet à Bixrow. Un peu avant midi, Fried revient en classe. Il a toujours cette expression neutre et le visage calme. Mais ses deux amis voient parfaitement la colère qui fait frémir ses épis.

À table, ils interrogent leur ami. Fried n'a pas desserré les mâchoires. Et soudain, il lâche :

- Mon père est mort et il ne m'a rien laissé de son fric.

Fried a 12 ans et est désormais orphelin. Le silence qui suit sa déclaration est intense. Bixrow et Evergreen sont cloués sur place. Ce n'est pas la dureté du propos tenu par leur ami qui les choquent mais la violence avec laquelle il a prononcé ces mots.

- Ce qui veut dire… ? hasarde le garçon.

- Ce qui signifie qu'en sortant de l'orphelinat à 15 ans, je serai complètement pauvre !

- Comme la moitié des orphelins ici, ajoute Evergreen.

Fried se prend la tête dans les mains.

- Oui, sauf que mon père, il était super friqué ! Il était banquier, le boulot parfait ! Rha ça m'énerve ! De toute façon, il ne m'a jamais aimé ! Mais c'est pas une raison pour me le faire payer de la sorte.

Il s'effondre, la tête sur la table entre le pichet d'eau et son plateau. Assise à côté de lui, Evergreen passe ses deux bras autour des épaules de son ami et le serre fortement.

- On est là, Fried. Et on le sera toujours. Si t'as des problèmes, on a les mêmes problèmes. Alors, calme ta rancœur et continue d'avancer.

- Je t'ai déjà dit qu'on deviendrait des mages supers forts, continue Bixrow. C'est pas ce que tu veux, pour faire comme ta mère ?

- Si…

- Alors, on le fera ! Avec ou sans fric !

- On fera des petits boulots pour aider les gens et on gagnera peu à peu notre vie comme ça, ok ?

Fried se redresse et sèche ses larmes contre ses manches.

- Et puis, poursuit Evergreen. Tu as également le droit d'être attristé par la mort de ton père, même si tu n'as jamais senti d'affection particulière de sa part.

Il se retient deux secondes et éclate à nouveau en sanglot sur l'épaule de son amie. Bixrow se met à songer.

- Moi, j'aimais bien mon père. Il m'offrait toujours des trucs cool et il ébouriffait mes cheveux.

Evergreen sourit. Fried demande :

- Pourquoi t'as pas de nom de famille, Bixrow ?

- Je sais pas. On ne m'en a jamais donné.

- Et toi Evergreen ?

- Je n'en ai aucun souvenir. Je suis Evergreen, c'est tout.

- C'est déjà pas mal, souffle Bixrow.

Il se prend un coup de pied par-dessous la table et éclate de rire.

Le soir, au foyer, Evergreen et Bixrow font une partie d'échec assis par terre sur des tapis de mousse. Allongé, la tête posée sur les genoux de la fille de la bande, Fried écrit des petites runes qui éclatent en faisant des paillettes. La porte s'ouvre et une voix d'homme se fait entendre.

- Fried, le directeur veut te voir.

- Encore ? soupire le garçon en ramassant ses genoux sur sa poitrine.

- Allez, ne fait pas l'enfant, Fried. Viens.

- Désolé, Brian, souffle Bixrow. Je crois que tu ne tireras rien de lui ce soir.

Le surveillant soupire et entre dans le foyer. Il referme la porte et s'assied par terre à côté des enfants.

- C'est drôle quand on y pense, déclare-t-il amusé.

- De quoi ? s'étonne Evergreen en rehaussant ses lunettes de l'index d'un geste machinal.

- Que les seuls enfants de l'orphelinat qui maîtrisent la magie soient les meilleurs amis du monde. Je trouve ça fun.

- Il n'y a rien de fun ! s'étonne l'aîné en haussant les épaules. C'est comme ça, c'est tout. Échec et mat, ma petite Evergreen adorée !

- Zut.

- Je suis sûr qu'il a triché…

- Fried, arrête ça.

Elle donne une petite tape sur la tête de son ami et Brian se met à rire.

- Evergreen, tu serais gentille de lâcher Fried. Le directeur a vraiment besoin de le voir. Apparemment, c'est une histoire d'argent ou je ne sais pas quoi.

- C'est vrai ?! s'exclame Fried en se redressant. Mais il fallait le dire tout de suite ! Bon les amis, je reviens dans pas longtemps ! Refaites une partie en m'attendant. Et laisse Evergreen gagner un peu, Bixrow !

Il file en courant, suivi par Brian qui referme doucement la porte après lui.

Un quart d'heure plus tard, le garçon aux cheveux verts revient, la mine boudeuse. Evergreen soupire.

- Que se passe-t-il encore ?

- Il se passe que ça ne change rien !

- De quoi ?

- Et bien figurez-vous que mon père a donné tout son argent à l'orphelinat pour que j'en profite pour le restant de ma vie ! Mais il n'a pas pensé que j'allais quitter cet établissement dans 3 ans !

Bixrow ne peut s'empêcher d'éclater de rire. Fried lui donne un coup de pied en se roulant contre Evergreen.

- C'est un méchant…

- Oh allez, mec, arrête de pleurnicher ! Dis-toi que cet argent profitera à tous les petits qui arriveront après nous ! Je trouve ça génial !

- Mais moi, je ferai comment, moi !

Il se prend une tape de son amie.

- Arrête de tout ramener à ta petite personne, Fried ! Tu m'énerves ! Tu te débrouilleras, comme tout ceux qui n'ont pas eu de chances dans la vie !

- T'es dure avec moi…

- Non, Fried. Je suis exaspérée.

Bixrow éclate de rire. Son ami se jette sur lui et une féroce lutte s'engage entre les deux. Evergreen soupire de désolation. Elle n'a même pas envie de leur hurler dessus. Lorsqu'ils envoient balader l'échiquier, elle pousse un petit "Bixrow, Fried, ça suffit" qui ne calme en rien les deux combattants. Au bout de cinq minutes, les deux garçons essoufflés se séparent. Bixrow tire sa langue démesurée à son ami. Il se passe un long moment de silence avant que Bixrow ne dise :

- L'année prochaine, je vais avoir 15 ans.

- On le sait ça, soupire Fried. Lâche !

- Hé, c'est pas de ma faute si j'ai deux ans de plus que vous ! Mais je vous attendrais.

- Ah oui ? Et qu'est-ce que tu vas faire ? demande Evergreen en ramassant les pions éparpillés.

Bixrow utilise sa magie pour l'aider.

- Je sais pas. Mais je ne quitte pas cet endroit sans vous, hors de question ! Nous trois c'est à la vie à la mort !

- Comme les trois mousquetaires ?

- À la base, Fried, ils sont quatre.

- Evergreen, tu m'exaspères !

Ils se mettent à rire tous les trois, de ce bonheur intense d'être réuni, même sans argent. Ils ont un toit, un lit pour dormir, ils se sont créé une vie, leur vie. Et elle est très bien comme elle est.

.

L'orage gronde au dehors. Evergreen est pétrifiée de terreur. Enroulée dans sa couette, assise dans un coin du couloir, elle a plaqué ses mains contre ses oreilles et laisse les larmes dévaler ses joues. Elle se dit qu'à 12 ans, on ne devrait plus avoir peur de l'orage… Visiblement, non. Alors, elle attend que l'orage passe.

Dans le dortoir des garçons, Fried se réveille avec une boule au ventre. Il entend l'orage et se met à grogner en se recouchant, se demandant pourquoi il se sent perturbé alors qu'il adore l'orage.

- Tu dors pas ? entend-t-il.

Il redresse la tête et croise le regard apeuré de Bixrow.

- Mec, bafouille un Fried ensommeillé. Me dit pas que tu as peur de l'orage ?

- Nan mais j'ai comme une boule au ventre. Tu m'accompagnes aux toilettes ?!

- Vas-y tout seul, t'as plus 5 ans…

Fried se retourne dans son lit. Il entend Bixrow se lever. Un léger silence s'installe.

- Je ne sais pas pourquoi mais j'ai peur pour Evergreen.

Là, le cadet se relève et, en un bond, il est sur ses pieds. À pas de loup, ils se dirigent vers la porte. Lorsqu'ils arrivent dans le couloir, ils ressentent la peur et la terreur. Vite, ils se mettent à courir. Au bout de quelques mètres, Bixrow tire sur le pyjama de Fried. Il l'a trouvée. Elle est là, recroquevillée dans un coin à pleurer, toute seule.

- Evergreen ! s'exclame Bixrow en se précipitant sur elle.

- Ça va, on est là, souffle Fried.

Ils s'installent tous les deux de chaque côté de leur amie. L'orage continue de gronder.

- J'ai peur, murmure-t-elle.

- Tu n'as pas à avoir peur, c'est juste une colère passagère, assure Fried en frottant les genoux de son amie.

- C'est quelqu'un d'autre qui s'énerve, ajoute Bixrow en passant sa main dans la chevelure de la jeune fille.

- Vous… vous restez avec moi ?

Ils ne répondent pas et posent leurs deux têtes sur ses épaules. L'orage paraît plus lointain, inaccessible. Evergreen se met à sourire et s'endort en soupirant.

Le lendemain matin, lorsque Mary se lève pour aller réveiller les filles, elle est surprise de voir, roulés dans un coin, le trio infernal de l'orphelinat. Elle les regarde avec un sourire tendre avant de les réveiller gentiment. D'abord, Fried ouvre les yeux. Puis, Evergreen et enfin, Bixrow. Ils se regardent, se sourient, sans rien dire. Puis, ils se lèvent. La jeune fille fait un bisou sur la joue de ses deux amis et ils se séparent au milieu du couloir, les yeux gonflés de fatigue et les sourires immenses.

.

Les cheveux de Fried ont beaucoup poussés. Désormais, ils sont même plus longs que ceux d'Evergreen. Le garçon s'en vante ouvertement.

- Bixrow, t'as vu mes cheveux ?

- Tu veux que je te fasse des tresses ?!

- Ne sois pas jaloux, enfin !

Ils sont face au miroir des sanitaires. Bixrow se brosse les dents pendant que Fried brosse sa longue chevelure en chantonnant. L'aîné le regarde faire puis hausse les épaules. Soudain, il entend dans son dos :

- Héhé. On dirait une fille…

Le tube de dentifrice se met à voler et atterris dans le ventre du coupable qui se tord de douleur.

- Oups ! s'exclame Bixrow. Excuse, j'ai eu un geste incontrôlé.

Il récupère son tube et crache dans le lavabo. Fried est vexé de s'être fait traiter de fille. Il fait un demi-tour gracieux et déclare :

- Je vais voir Evergreen pour qu'elle me coiffe !

Bixrow ne répond rien et hausse simplement les épaules en remettant la brosse à dent dans sa bouche. Dix minutes plus tard, il retrouve Evergreen, seule dans la salle commune. Il demande :

- Fried n'est pas avec toi ?!

- Si, il est venu pour se faire coiffer mais vu que je ne suis pas très douée, j'ai plus emmêlé ses cheveux qu'autre chose. Je crois qu'il est parti bouder.

- Zut, il va être infect tout le reste de la soirée.

- Et oui, soupire Evergreen.

Ils se regardent en silence avant de se mettre à sourire.

- On se fait une partie de dame ?

- Ok. Ça changera des échecs.

Et ils se mettent à jouer tranquillement pendant que Fried, enfermé dans les toilettes, tente de démêler sa chevelure. Ce jour là, il décide de ne plus jamais se faire de coiffure. Juste une queue de cheval basse ça ira très bien.

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C'est bientôt la fête de Noël. Tous les ans, l'orphelinat s'illumine de mille feux. Alors qu'elle aide Bixrow à mettre les guirlandes au plafond, Evergreen raconte son premier noël ici lorsqu'elle n'avait que 4 ans. Le temps a passé depuis. Aujourd'hui, elle fait partie des plus grandes de l'établissement et, elle l'avoue, ça la rend fière ! Elle aime beaucoup s'occuper des plus jeunes, les accompagner aux sanitaires, leur expliquer les règles le jour de leur arrivée. Et puis, Mary dit souvent : "si vous avez un problème, allez voir Evergreen". Certes, la jeune fille est souvent de mauvais poil et pas toujours aimable, mais même les plus petites savent voir au fond de ses yeux la joie qu'elle éprouve lorsqu'on lui sourit. Elle est donc là, à tenir la guirlande que Bixrow punaise au mur lorsqu'une ribambelle de fillettes s'approche en criant :

- Evergreen, Evergreen !

- Que se passe-t-il ?!

- Tu peux nous lire une histoire ?

- Je suis occupée pour le moment mais, tout à l'heure, avant d'éteindre la lumière, c'est promis !

- Ma petite Evergreen préférée, souffle Bixrow. Je peux me débrouiller tout seul ! Va donc leur lire quelques histoires.

La jeune fille sourit et laisse la guirlande aux bons soins de son ami.

- Et si tu croise Fried tu me l'envoies ?

- Oui, oui !

Elle s'éloigne, les petites lui tournant autour, la plus jeune fermement agrippée à sa main.

- C'est ton amoureux, Bixrow ? questionne une petite.

- Non. C'est mon meilleur ami.

- Comme Fried ? demande une autre.

- Oui, comme Fried.

- On dirait pourtant que t'es amoureuse…

- Hé non ! Bien, la discussion est close !

Dans le foyer, elle installe les petites sur les poufs et sort son livre. Elle ouvre la première page et…

- Evergreen adorée ! J'ai besoin de ton aide précieuse !

- Ah, non Fried. Je suis trèèèès occupée. Va voir Bixrow, il est dans la salle commune.

Le garçon fait la moue et les fillettes éclatent de rire en le traitant de bébé. Vexé, il tourne les talons et va chercher son ami, certainement pour pleurnicher sur son épaule. Et Evergreen lit son histoire. Une histoire de fée, naturellement. Depuis sa plus tendre enfance, jamais cette passion pour l'univers féérique ne l'a quittée. C'est sans doute pour cela que les petites l'aiment tant.

Pendant qu'elle lit un conte de noël féérique aux petites (et à d'autres qui passaient par là…), Bixrow termine sa guirlande et aide Fried avec le sapin. Puis, tous les deux, ils écoutent la fin de l'histoire, en réclament une autre, l'écoutent jusqu'au bout puis, Fried s'écrie d'une voix pleine d'innocence et d'étonnement :

- Le Père Noël est dans la cour de l'orphelinat !

Tous les enfants se précipitent aux fenêtres. Evergreen s'approche. C'est juste un vulgaire mannequin animé par la magie de Bixrow. Le Père Noël entre silencieusement dans la salle commune, distribue des friandises et des petits jouets et s'en repart dans une poussière d'étoile.

Plus tard, Bixrow demande :

- Comment tu as fait ça, Evergreen ?

- Je ne sais pas.

- En tout cas, c'était joli.

Mary arrive derrière eux et réplique :

- Non, Fried, ce n'était pas joli. C'était magique !


NdZ Voilà, voilà. Avec ce chapitre, je pose plusieurs choses que je vais développer par la suite. Hihi, je ne vous en dit pas plus (sauf si vous réussissez à mettre le doigt dessus, bande de malins) ! Petite note à vous faire, Brian, le surveillant des garçons, va devenir un personnage important de cette partie de la vie de nos trois loustics. Donc, ce chapitre parait peut-être un peu "hors série" mais il est annonciateur de beaucoup de choses, des petits riens qui vont devenir récurrents dans la suite de l'histoire. Mais, avant tout, ce chapitre montre à quel point ces trois là sont liés ! En espérant que ce chapitre vous a plu et que l'aspect chronologique accéléré ne vous a pas trop gêné. Je suis un peu désolée pour ça mais il fallait que je fasse passer le temps un peu rapidement pour avancer dans l'histoire sans que ça ne devienne rébarbatif (ce mot est fun mais très chiant à écrire *c'était la pensée du jour de Zuzu, merci*).

Pour les reviews, c'est juste dessous :)