Rating: K+
Genre: Hurt/Comfort/Drama
Pairing: Bellamy/Mule, Bellamy/Shirahoshi
N/A: Déjà dix chapitres, ça se fête! Merci à Ringo et Emo.16 pour leurs reviews! D'ailleurs Ringo, pas de Sanji/Law de prévu hein! C'est juste que je pensais faire apparaître ces deux personnages, pas forcément ensemble, mais quelque part dans le recueil.
Mule est un personnage qui fait partie du New Age, le premier équipage de Bellamy qui apparaît dans l'arc Jaya. C'est un personnage très secondaire alors si vous voulez en savoir plus...Go google it!
Retour à l'océan
Bellamy fit un pas, puis un autre. Il n'y avait que le bruit de ses bottes sur la chaussée aride. L'horizon lui parut immensément lointain, plus qu'à l'habitude. La ville sale, ses faubourgs miséreux, la chair entassée des morts pourrissants au soleil, les mouches qui y tournaient, s'en repaissant dans un bourdonnement sourd, il les avait oubliés. Seule la route lascivement allongée sur le sol existait, le goudron fondu collé à ses pieds. La sueur de son front dégoulinait dans ses yeux, l'aveuglant un instant avant qu'il ne l'essuie.
Il avait tout abandonné, tout. Il ne faisait que traîner une carcasse vide, remontant une dernière fois les ressorts d'un automate abîmé, les écoutant se gripper doucement. Bientôt, il n'avancerait plus, rattrapé par ses remords, les rouages brisés. Il ne comprenait pas, n'avait jamais compris, s'était résigné à cette ignorance. Il repensait au temps qui lui avait échappé, toutes ces années gâchées. Il revoyait des souvenirs aux couleurs passées, de vieilles photographies au polaroid jaunies, des rires rouillés, des sillons de vinyles tourbillonnants sans fin, des cieux plus bleus, plus heureux. Il se rappelait de son cynisme mordant, cette illusion de se croire éternel quand on n'est que vivant. Il se souvenait avoir cru, de toute son âme, et d'avoir eu tort.
Désormais, il jouait sa vie à la roulette russe. Il avançait, lentement, suivant sa route. Parfois il rencontrait une cité sur son chemin, mais peu d'humains. Ça ne le gênait pas, il ne les avait jamais aimés. Les villes fantômes lui plaisaient un instant, il s'amusait à y vivre quelques jours, fouillant, pillant, détruisant, s'abritant. Les pluies étaient comme lui, de passage. Il entendait presque la voix de ses anciens compagnons, ceux qu'il avait trahi quand ils voulaient lui planter un couteau dans le dos. Ils étaient couards, lui aussi. Ils étaient morts, pas lui. Quand le timbre léger de Mule résonnait dans ses tympans, il savait que le moment de repartir était venu. Oh, il l'avait aimée. À demi-mot, sans tendresse ni promesses. Maintenant, elle n'était qu'un fantôme d'un passé qu'il n'avait pas vécu, il n'y avait plus rien à en tirer, si ce n'est des regrets.
Souvent, il avait l'impression d'avoir perdu sa tête, et qu'elle roulait, vide, loin de lui. Alors il cessait de se poser des questions dont il savait d'avance qu'il n'en connaîtrait pas les réponses, repassait pensivement son doigt la cicatrice le long de son œil, faisait un nouveau pas. Il ne savait pas très bien où il voulait aller, il s'en fichait. Ce qui comptait, c'était de pouvoir fuir un peu plus loin, de respirer un peu plus longtemps, de sentir ses muscles gémir un peu plus fort, de se croire libre, rester debout.
Il avait croisé, un homme et une femme qui marchaient gaiement. Ils avaient l'air heureux, apaisés. L'homme tenait une valise, la femme tenait sa main. Bellamy les avait regardé passer sans rien dire. Il ne savait pas si ils étaient vivants aujourd'hui, il n'était même pas certain qu'ils aient réellement existé. Ce dont il était sûr, c'était d'avoir fait un rêve étrange le soir suivant leur passage. Il se souvenait avoir fermé les yeux, s'être endormi sur l'asphalte encore tiède quand la nuit se faisait glaciale. Il les avait rouverts, faisant face à un serpent qui sifflait le même air que Mule chantonnait en se déshabillant. Il n'avait pas bougé, regardant le reptile l'entourer de ses anneaux, sa langue fourchue frôlant ses vêtements. Relevant la tête, il avait contemplé le ciel étoilé et avait senti les écailles glisser dans sa gorge, lentement, laissant plusieurs années s'écouler.
Le vent chaud lui cracha du sable à la figure, le faisant plisser les yeux, pincer ses lèvres. Il y serait, bientôt. Enfin, il la vit. L'étendue bleue à perte de vue qui se jetait dans le ciel, cette odeur mouillée si particulière, ce bruit de flux et reflux qui ressemblait à sa vie, à son sang battant dans ses tempes. Il quitta la route, pour la première fois depuis longtemps, foula fièrement la terre en direction de l'océan.
La plage était sale, pleine de détritus, de morceaux de verres jetés ça et là. Sur le sable, une fille se tenait agenouillée, le regard perdu dans le lointain. Elle avait l'air d'avoir pleuré, reniflant de temps en temps. Lorsque Bellamy arriva près d'elle, elle se tourna vers lui et son regard terrifié lui vrilla l'âme. Il sentait son estomac se soulever, le serpent s'extirper. Ses cheveux avaient la même couleur que ceux de Mule, mais il ne pensait plus à elle, elle s'était effacée de son esprit, enfin. Il lui sourit. Elle lui en offrit un en retour, timide. Il s'assit à côté d'elle, fit glisser le sable entre ses doigts, les mêmes qui se refermèrent autour du serpent, les mêmes qui saisirent la pierre, les mêmes qui le tuèrent, sans un remord.
Ils restèrent comme ça, côte à côte, sur la plage, loin de l'eau de peur qu'elle ne les brûles. Ils étaient bien ainsi, ils auraient volontiers passé le restant de leurs jours à contempler l'immensité. Il fallait en profiter, tant qu'elle existait. Bellamy ferma les yeux, saisit la main de la fille, qui frémit mais ne la retira pas, et sentit cet apaisement qui se lisait sur les lèvres de la femme et l'homme à la valise. Le voyageur était de retour dans sa patrie, de retour à l'océan.
